Le duo des troubadouresses ne laisse pas indifférent Et le fait qu’elles jouent à poil reste le moindre de leurs charmes. Tandis que l’une vous adresse ses triolets proliférants, L’autre imperturbable vous dévoile la plus mystérieuse des armes :
Car elle chante dans votre tête par induction télépathique Qui utilise vos souvenirs pour en composer les paroles. Tous vos secrets sont à la fête mais à dose homéopathique Ce qui lui ouvre un avenir spectaculaire dans ce rôle.
Sur la trame des notes orange, la flûte joue un chant d’aurore ; Le duo des déesses appelle dans l’ombre bleue du firmament Et tisse une chanson étrange que le silence encore ignore Mais qui offre une vie nouvelle au plus secret tressaillement.
L’une lance ses notes au vol comme une pluie de diamants clairs, L’autre lit dans les âmes ouvertes, la vérité des jours anciens. Alors chaque accord qui s’envole semble être prolongé d’éclairs Et chaque image découverte unit vos rêves avec les siens.
Tableau de George Kotsonis sur https:conchigliadivenere.wordpress.com.
Puisqu’on dit qu’il faut tout quitter avant d’embarquer pour le Styx, Tous ses regrets, tous ses remords, du passé faire table rase, De combien faut-il s’acquitter ? Le prix est-il variable ou fixe ? Quel sera le prix de ma mort ; en nature ou en belles phrases ?
Alors les hommes comme les femmes devront abandonner leurs corps, Renoncer à toutes valeurs et même leurs bijoux de famille. Car il sera jugé infâme d’arborer son sexe sans l’accord Qui vaudrait sept ans de malheur selon qu’on soit garçon ou fille.
On traverse d’un coup de canon si rapide qu’il n’y a rien à voir ; Qu’on soit un ange ou un démon, on descend de son piédestal. L’ombre n’a plus besoin d’un nom pour entrer dans le grand trou noir Et l’on oublie chaque sermon au fond de ce lit de cristal.
Le temps n’est plus qu’une oraison, un ultime et long au revoir, Perdu à l’autre bout du pont, sous un ciel gris de métal froid. On perd enfin toute sa raison en sombrant dans un entonnoir Sans caleçon, culotte ou jupon, tout nu, nimbé d’un grand effroi.
Tableau de Jonathan Small sur https:smallfineart.comportfolio .
« Tout pouvoir capable de rendre la mort réversible peut également rendre la vie révocable. L’omnipotence de Thétïs n’est donc pas un privilège mais une responsabilité qui exige plusieurs consciences. »
Geminïä, ambassadrice de Thestïäs
« Son athanor n’invente ni la toxine ni le vaccin : il lit le vivant, en extrait les facteurs puis les recompose pour chaque cas particulier. J’en comprends la médecine mais j’en ignore encore les limites. Nous observerons donc son pouvoir avant qu’il ne décide à notre place. »
Nérätïs, ambassadrice d’Atlantïs
Les poisons stockés en mémoire dans l’organe régénérateur Vont rencontrer d’autres organismes par le sang ainsi que le sperme Afin de créer un germoir, un athanor procréateur Soumis au double mécanisme, soit fulgurant, soit à long terme.
Son vagin goûte les semences et le sang de ses donateurs Pour en extraire les facteurs de chaque cellule séminale. S’il s’agit d’un mal en dormance, elle peut le rendre révélateur Ou créer un contrefacteur pour une guérison finale.
Elle « voit » aussi l’arme fatale qu’elle est capable d’inoculer Comme un poison résiduel administré à l’ennemi. Elle rejette cette idée létale, contraire à l’âme immaculée Qui la protège d’éventuels dérapages et des pandémies.
Ce nouveau talent alchimique mi-végétal, mi-animal S’allie aux gemmes minérales et ferme le cycle de la vie. La mort autant paroxysmique qu’irréversible devient un mal Que l’on peut rendre collatéral vers le néant ou la survie.
Elle n’est pourtant ni médecin ni empoisonneuse volontaire Et se demande encore le sens de ce don plutôt singulier. Certes, elle sait créer un vaccin comme une toxine délétère Et le fait avec connaissance de chaque cas particulier.
Et si la haine est un poison et l’amour son meilleur remède, Saurait-elle en créer le couple inhibiteur-catalyseur Qui fasse tomber en pâmoison durant un très court intermède Ou au contraire qui décuple tous les sentiments diviseurs.
Elle s’en ouvre aux ambassadrices, à Geminïä et Nérätïs Qui en comprennent l’importance ainsi que sa finalité. Force à la fois réparatrice et arme létale adventice Dont Thétïs a l’omnipotence et sa lourde responsabilité.
« L’invisibilité n’est pas qu’un don car je peux voir dans l’invisible les âmes avec les animas et l’amour en pluie de lumière.
Je ne fais pas d’indiscrétion mais plutôt de l’intercession en transformant les couples en trouples dans une explosion orgasmique. »
Pénélopïä, conciliatrice astrale d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Moi, j’aime entrer à l’improviste dans la chambre des amoureux Et inviter leurs animas à découvrir l’amour astral. Je suis même récidiviste et je trouve ça savoureux Depuis que mon anonymat me permet ce don magistral.
L’âme d’une femme est magnifique et celle de l’homme assez subtile Car il en a un exemplaire au sein de son imaginaire. Alors l’âme béatifique avec l’anima érectile Me rejoignent afin de complaire à nos premiers préliminaires.
Les trois âmes ne sont pas visibles mais le sont dans le plan astral ; La femme découvre son aura et le mâle, son côté femelle. Et dans ce triangle invisible s’établit un cocon spectral Dans lequel une diaspora retrouve ses racines gémelles.
L’âme femelle et positive, l’âme anima et négative Et ma propre âme neutralisante devient alors conciliatrice. Trois animas acquisitives, trois animas compétitives Fusionnent dans une joie apaisante et triplement stimulatrice.
Fantasmes en chaîne, orgasmes en chaîne, la montée est irréversible ; Ce mouvement perpétuel atteint le seuil d’ÏÄMÔURÏÄ. La triple explosion se déchaîne, les éronautes atteignent leur cible Et terminent le rituel en pluie sur Ô ALLEGÔRÏÄ.
Il n’y a là aucun secret ! Yanimïä l’a mis à profit. Ils l’avaient compris dans leurs rêves, ils le ressentent dans l’astral. En fait, le Féminin Sacré n’est plus une philosophie Mais un immense attrape-rêve devenant l’amour magistral.
Ainsi paradoxalement, l’invisibilité se voit, L’amour est devenu palpable et l’âme, une pluie de lumière. Les poisons sont dévoilement et l’ÉchÔ nous montre la voie Grâce aux quatre dons remarquables : le futur en avant-première ! »
« Enfin les voyages astraux s’en mêlent ! Et, surtout, ils vont se diffuser dans tout Ô ALLEGÔRÏÄ !
J’attendais cela avec impatience car cette profusion de l’amour va se propager tout autour de la Terre ! »
Yanimïä, Grande Fornicatrice de l’ÏÄMÔURÏÄ
Au début, elle sortait la nuit pour ses précieuses heures de vol À survoler les environs et tous les grands lacs de Suisse. Elle pouvait voler sans ennui et sans remarquer sa frivole Silhouette avec son ventre rond, ses seins fermes et ses jolies cuisses.
Et puis son corps s’est dédoublé sans en connaître la raison Et elle pouvait même orbiter tout en rêvant dans leur grand lit. Et lorsqu’ils étaient accouplés, ils quittaient ensemble la maison Et, les quatre yeux exorbités, faisaient l’amour à la folie.
Altänor au septième ciel et chevauchant son Amellïä Est devenu un rituel multipliant leur enthousiasme Qui devient le point essentiel lorsqu’ils hurlent « Alléluia ! » Dans un coït spirituel qui les rapproche de l’orgasme !
Parfois Altänor se raccroche aux épaules de sa dulcinée Pour un tour du monde endiablé à la vitesse supersonique. Et si du sol on leur reproche quelques « Bangs » indisciplinés, Nul ne pourrait les accabler pour leurs étreintes canoniques.
À bout de souffle quelquefois, les corps astraux ont des frissons Quand un orage vient rappeler leurs naufrages individuels. Mais ça leur permet toutefois d’en éprouver à l’unisson L’électrochoc, au pis-aller, d’un traumatisme résiduel.
Faut-il en garder le secret ? Faut-il le dire à Yanimïä ? Ils ne le savent pas encore mais tout le monde est raccordé. Pour l’instant ce plaisir sacré et consacré par l’ÏÄMÔURÏÄ Donne de l’amour à leurs corps astraux et physiques encordés.
Chacun se raconte ses rêves, chacun a volé cette nuit, Chacun a ressenti l’amour, chacun a joui dans les airs. La stupéfaction est très brève mais ils n’éprouvent aucun ennui À se promettre un autre tour en survolant les grands déserts.
Les frères et sœurs, souvent complices, n’ont pas toujours été amis Mais des concurrents redoutables dans une enfance mouvementée. Pour leur mère, c’était un supplice de séparer ces ennemis De leurs disputes interminables et parfois extra pimentées.
Les lames de leurs vieux couteaux se sont émoussées avec l’âge, Laissant la place au doux murmure d’un café partagé en paix. On ne joue plus des biscoteaux et l’ombre des anciens orages S’est dissipée et les armures rouillent avec les vieilles épées.
Les mots acides et les rancœurs sont devenus des confidences Que l’on échange volontiers sans apports de bouquets de fleurs. On y met tout autant du cœur mais avec bien plus de prudence Pour des propos primesautiers comme les rires et les pleurs.
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.
Aurore-du-cercle-polaire dansait depuis plusieurs années, Vêtue de tulle multicolore, les pieds dans des chaussons de vair. Plutôt lunaire que solaire à cause des couleurs safranées Qui détonnaient, on le déplore, avec ses motifs mauves et verts.
Elle effleurait la cime sombre au rythme des grands vents stellaires, Déroulant ses rubans d’opale au-dessus des sapins glacés, Pour marier, entre les ombres, ses grands mouvements circulaires Avec l’orbe de la Lune pâle sur un firmament verglacé.
Puis elle s’éclipsa très fière dans une ultime révérence, Éteignant ses feux de Bengale aux premiers frissons du matin, Laissant la forêt tout entière au creux d’un immense silence, À guetter la belle astragale moirée d’un voile de satin.
Tableau de Lena Pugschova sur https:lenapugachova.art .
« Amellïä donne l’impression que ses rêves l’emportent au-delà du Pacifique ;
Pénélopïä apparaît nue, disparaît et réapparaît devant Nemo qui pense avoir des hallucinations ;
Thétïs transforme la maison d’Astérias en laboratoire de sorcière ;
Séorïäne impose ses quatre volontés sur quatre hommes et en efface tout souvenir ;
Ce ne sont plus des coïncidences : de nouveaux pouvoirs se développent et leur entourage en subit les effets. »
Princesse ÄLLÏÄ, Gardienne du Souffle Premier
Altänor trouve son épouse souvent glaciale dans leur lit Et même parfois toute mouillée, tout excitée et emballée. Elle le colle comme une ventouse, lui fait l’amour à la folie Comme une sorcière agenouillée, enfourchant son manche à balais.
Nemo est fréquemment surpris de voir son épouse apparaître, Puis disparaître subitement et souvent entièrement nue. « Hallucination de l’esprit ? » se dit-il sans laisser paraître Un geste ou un comportement qui pourrait être malvenu.
Astérias n’aime pas sa maison encombrée de poisons funestes, De plantes et de champignons qui lui soulèvent le cœur et l’âme. Il rabroue Thétïs à raison : il pourrait mourir sans conteste Avec un seul échantillon de toutes ces toxines infâmes.
Alinéor cherche à savoir d’où vient cette nouvelle folie Pour la cuisine asiatique et le riz à chaque repas. Mais comme il est de son devoir de briser la mélancolie D’une gastronomie apathique, finalement, c’est assez sympa !
Yavänor, très curieusement, aime l’odeur de la résine Boisée, fraîche, chaude et balsamique qui met tous ses sens aux aguets. D’ailleurs, Laurelïne, heureusement, chérit l’arôme qui avoisine Les douces fragrances alchimiques que sa maman lui prodiguait.
ORPHÉÔN encore se demande pourquoi dès l’aube il est debout. Sans doute sa conscience persifle afin qu’il respire de l’air frais… Fors sa gorge qui lui recommande de boire un sirop pour la toux Et les oreilles qui lui sifflent beaucoup plus qu’elles ne devraient.
Quant à Hyänor, le bienheureux n’a jamais aussi bien dormi Depuis que Séorïäne se montre attentionnée et amoureuse. Mais il est – et c’est malheureux – tout le temps en retard hormis Les dimanches jamais à l’encontre des grasses matinées savoureuses.
« Je ne force jamais un homme à me satisfaire. Je lui souffle seulement ce que j’ai décidé, puis sa propre voix le persuade qu’il en meurt d’envie. Après quoi, un simple “Oublie !” efface l’ordre mais lui en laisse le désir.
Quant aux sirènes, j’ai toujours admiré leurs voix depuis qu’elles m’ont sauvée. »
Séorïäne, cuisinière et maîtresse de l’ÉchÔ
« Que ferait un homme pour moi ? » se demandait donc Séorïäne Lorsqu’elle croise Yavänor, le grand poète qui l’intimide. Elle le regarde, tout en émoi, tremblante comme une valériane Soumise aux vents venus du nord chargés d’embruns froids et humides.
« Suis-moi dans l’arrière-cuisine ! » Yavänor obéit, docile. « Arrache-moi mes vêtements et fais-moi l’amour maintenant ! » Entre les flacons de résine, les produits et les ustensiles, Il la déshabille prestement et se montre un mâle éminent.
« Merci ! Tu pourras revenir ! » le récompense-t-elle aussitôt D’un baiser et puis d’un « Oublie ! » glissé au creux de son oreille. Et Yavänor, à l’avenir, sentira presto subito Une forte envie qui s’établit comme une obsession sans pareille…
« Et jusqu’où irait-il pour moi ? » pensait-elle naïvement Lorsqu’elle rencontre ORPHÉÔN se jetant dans la gueule du loup. Et c’est en entendant sa voix qu’elle s’imagine lascivement Pouvoir chanter sous l’Odéon et manipuler les loulous…
« Fais-moi donc jouir et chanter en faisant l’amour symphonique ! » Et ORPHÉÔN prête son corps pour un duo très érotique. « Plus fort ! Plus fort ! Encore plus fort ! » dit sa voix si dithyrambique Que ses gémissements en accord sonnent de plus en plus frénétiques.
« Tu m’as développé la voix comme le chant d’une sirène ! Reviens à l’heure où le coq chante et nous rechanterons en duo ! » Mais ORPHÉÔN, tout à la fois vaincu par une sieste sereine Et par un « Oublie ! » qui l’enchante, dort déjà, suant sang et eau.
Éôlïäne avec Azurïanne et Loreleï ainsi qu’Olivïäne Ont entendu, à s’y méprendre, le chant d’une sirène authentique. Et, comme enchantées par Viviane ou la légendaire fée Morgane, Elles se sont laissé surprendre par un oubli idiopathique.
« J’avais réuni dans cette poêlée assez de poisons pour foudroyer tout un banquet. J’en suis morte, ce qui était prévisible.
Mais lorsqu’un deuxième foie a dévoré le premier pour me ressusciter, j’ai compris que la mort venait de perdre son monopole.
Et moi, je venais de gagner mon pouvoir de ressusciter les morts. »
Thétïs, reine d’Atlantïs et maîtresse des poisons
Juste un calice de la mort et une amanite vireuse, Une galère marginée dans le panier aux champignons. Qu’elle mangera sans remords tant elle en est fort désireuse Car on ne peut s’imaginer un goût subtil, fin et mignon !
Le cortinaire couleur rocou, le gyromitre délicieux Avec le paxille enroulé trouvé entre les résineux. « Saveur de noisette après coup » lui dit son grimoire précieux Pour ne pas se faire rouler par son contenu vénéneux
Elle les découpe avec soin et puis les fait fondre à feu vif ; Leur parfum monte lentement comme une étrange invitation. Elle en goûte un puis elle adjoint un filet d’huile décisif Et puis déguste finalement la poêlée d’intoxication.
Le poison chemine en silence et lui accorde une accalmie Quand elle croit le danger passé et sent la douleur s’endormir. Mais son foie perd sa vigilance et provoque une ectoplasmie Alors qu’il a outrepassé sa dernière chance de vomir.
La mort n’avait rien annoncé sous les dentelles de l’amanite ; Elle attendait impatiemment derrière un fumet excellent Ainsi la douceur annoncée est, par tous les démons, bénite Tandis que le foie vaillamment subit son coup de grâce lent.
Mais voici qu’un deuxième foie se développe sur l’ancien Dont il dévore les cellules pour sécréter un soluté. Et le cœur, une deuxième fois, repart en vrai nécromancien Tandis que le sérum circule dans l’organisme ressuscité.
Ah mes amis quelle poêlée et quel repas de droit divin ! Une appétence qui efface tout ce qui peut vous enchifrener ! Tout son visage est étoilé de la quiétude du devin Qui a su voir la mort en face juste pour lui faire un pied de nez !
Les nuages interprètes parlent pour l’alouette Qui, sans leurs voix toutes prêtes, aurait été muette. Et si la femme est sourde et un peu ingénue, Elle n’en est pas moins gourde, nous voici prévenus.
Elle observe les cieux comme on lit un grimoire, Cherchant un vers précieux glissé entre les moires Des moutons qui s’étirent suivant le soleil d’or Tandis qu’elle soupire, les compte et puis s’endort.
Le vent de l’horizon, complice du silence, Berce cette oraison d’une douce indolence. L’oiseau n’est plus qu’un point, c’est un signe des temps, Mais la femme n’est point réveillée pour autant.
T’es-tu retrouvée démunie face à la mort à l’improviste Alors que tu fonçais tout droit vers un destin plus qu’incertain ? Toute ta vie est réunie dans cette seconde opportuniste Où tu dois choisir si l’endroit est approprié et célestin…
Le souffle court, le corps offert dans le silence des hauteurs, Tu sens le froid du précipice appeler tes pieds qui vacillent. Le passé n’est plus ton affaire, le futur pas très prometteur Avant que ne s’interrompissent les dernières secondes qui scintillent.
Puis l’abîme t’appelle d’une voix… muette, coite, sourde et brutale, Brisant l’intervalle sacré de cette suprême seconde. Tu chutes car c’était la voie vers cette vérité fatale Pour renaître, meurtrie, consacrée à découvrir ton nouveau monde.
« Pénélopïä ne cherche pas les secrets. Elle cherche les fissures avant qu’elles ne deviennent des fractures. Je la connais assez pour lui confier ce que nous avons de plus fragile : notre équilibre. »
Nérätïs, ambassadrice d’Atlantïs
« Je n’aime pas beaucoup l’idée d’un œil que personne ne peut voir. Mais puisqu’il nous en faut un, je préfère encore savoir à qui il appartient. À une condition : qu’il observe pour protéger et jamais pour juger. »
Geminïä, ambassadrice de Thestïäs
Bien sûr, Loreleï surveille tout avec sa charge de police ; Bien sûr, ÄLLÏÄ voit tout, sait tout et se tient partout à l’affût ; Bien sûr, Ledalïä archive tout et moralise tout en coulisses ; Mais il manque un dernier atout : un œil qui voit sans être vu.
Toutefois, point d’indiscrétion car on observe d’un œil serein Les failles de la communauté avec toute impartialité. Et justement, sa sujétion envers le pouvoir souverain A développé sa loyauté et sa confidentialité.
Elle y pensait depuis longtemps par fidélité et amour Envers ses pairs imprévisibles qu’elle voudrait protéger sans trêve. Et puis une nuit, non contente de l’évoquer avec humour, Elle se retrouva invisible, perdue au milieu de ses rêves.
Alors elle prit l’habitude de veiller inopinément À la bonne température relevée d’Ô ALLEGÔRÏÄ Et traquer les incertitudes qui risquent inopportunément De provoquer une fracture d’autant fatale à l’ÏÄMÔURÏÄ.
Mais il lui fallait un mentor… et là, c’est l’embarras du choix. Ses reine et princesse d’Atlantïs ? Les trois LLyrïädes fondatrices ? Yanimïä ou bien Yavänor ? Finalement il lui échoit D’en référer à Nérätïs et Geminïä, ambassadrices.
Geminïä n’est pas enthousiaste, cependant Nérätïs connaît Son très fidèle porte-parole avec même des affinités. Elle sait que son désir est chaste et ne saurait s’abandonner À voir traîner des casseroles dans leur étroite vicinité.
Être nue pour être invisible ne pose aucune restriction ; La nudité est très courante et même souvent appropriée. Elle peut donc se rendre visible et sans attirer l’attention En prétextant une fulgurante nécessité d’aller prier.
« J’avais voulu conquérir le ciel avec un avion et la mort m’a coupé les ailes. Aujourd’hui, je n’avais plus ni moteur, ni compas, ni carlingue pour me protéger. Seulement mon corps, le vent et cette certitude insensée que Howland m’attendait toujours.
J’y suis arrivée nue parce que je n’avais plus rien à prouver, seulement un rêve à terminer. Et lorsque mes pieds ont touché cette terre, j’ai compris que ma plus grande victoire n’était pas d’avoir vaincu le Pacifique ni même la mort… C’était d’être enfin arrivée. »
Amellïä, l’aviatrice nue et sans avion
Minuit en Nouvelle Guinée, destination : le Pacifique ; L’île Howland, minuscule atoll corallien et inhabité. C’était son rêve, sa destinée, l’exploit le plus béatifique Qui rapporterait un pactole à ses finances limitées.
Entièrement nue pour le voyage, le vent glacial ne l’atteint pas ; Elle déploie ses bras en croix et s’élance du bord de mer. Cette fois-ci, pas de pinaillage, elle ne risque aucun trépas ; Elle le sait et elle y croit. Terminé le destin amer !
Quelle sensation d’être vivante, les seins ballotés par le vent ; Le ventre mouillé par les rouleaux, le sexe durci par le froid ! Jamais traversée exaltante n’aura été auparavant Semblable à voler à vau-l’eau au ras des vagues sans effroi !
Nul besoin de destination car elle l’attire naturellement Avec le compas dans la tête et le gouvernail dans son âme. Elle bénit son obstination qui vainc spirituellement La mort pour gagner l’épithète de l’égalité homme-femme.
Pas d’artifice, la femme vole. La femme a reconquis le ciel. Hier, pilote chevronnée mais dépendante de la technique ; Aujourd’hui, femme nue, frivole, juste sa personne essentielle Et pourtant, ici, couronnée d’une presque auréole angélique.
La destination est en vue ; c’est le plus puissant des orgasmes. Elle laisse échapper un « Hourra » qui semble exploser dans les airs. Atterrissage sans imprévu dans un délire d’enthousiasme Désormais « advienne que pourra » elle a traversé le désert !
Elle foule le sol, embrasse la terre, jouit au milieu des passants Qui croient voir un drôle de démon devant le phare d’Earhart. Dès demain en gros caractères : « Une femme nue outrepassant La pudeur rit à pleins poumons et puis s’envole sans histoire ! »
« J’ai remarqué avec Hyänor que je peux lui parler directement dans sa tête et lui faire faire ce que je désire. Je n’en abuse pas car le pauvre s’effondre d’épuisement. Sans doute à cause de la force de sa résistance…
Depuis quelque temps, j’ai envie de mon plat préféré, le bibimbap… celui que me cuisinait maman avec du sirop d’orgeat –très aphrodisiaque disait-elle.
Et j’ai bien envie de le commander à mon chef, derechef ! »
Séorïäne, cuisinière et maîtresse de l’ÉchÔ
Alinéor sitôt entré reçoit une idée fulgurante : « Fais-moi un bol de riz complet dont l’assemblage est un secret ! » C’est drôle ! Quand il est concentré, aucune voix tonitruante Ne sonne ainsi articulée avec ce langage concret…
Mais bon ! Sans doute la contagion de Ledalïä ou de Thétïs ! « Des épinards frais, des carottes, germes de soja et bœuf haché ! » Ah non ! Là, il y a confusion, une transmission adventice ? Non. Juste Séorïäne qui sirote son thé d’une humeur relâchée.
Sans doute la charge de travail ou peut-être une indigestion… « Et la fameuse pâte de piment, une spécialité coréenne ! » Alinéor, vaille que vaille, ne se pose plus de questions Et obéit plus hardiment à cette voix luciférienne.
« Saute les légumes séparément avec de l’huile de sésame ; Ensuite fais cuire le bœuf haché avec la sauce de soja ! » Et Alinéor, carrément, obéit à la voix sans âme Tout complètement attaché à verser le sirop d’orgeat.
« Dresse le riz au fond d’un bol, dispose les légumes et la viande En petits îlots colorés, puis pose un œuf au plat dessus ! » Alinéor voit un symbole dans cette demande friande Car l’extrait d’amandes dorées doit être une meilleure issue…
« Sers le tout avec une cuillère de pâte gochujang à mélanger Au moment même de manger et dépose le plat sur la table ! » Alinéor pousse la théière afin de pouvoir arranger Le montage du plat étranger afin qu’il soit plus présentable.
« Il est au point, merci beaucoup ! » dit Séorïäne en le goûtant Et ensuite lui fait honneur en le dévorant goulûment Tandis qu’il sent le contrecoup de cet écho fort déroutant, Alinéor, plus bougonneur que jamais, s’endort congrûment.
« Depuis longtemps je m’en doutais. Par erreur j’ai confondu deux herbes et quand je m’en suis aperçue, il aurait dû être trop tard… et pourtant rien ne se produisit.
Plus tard, j’ai essayé à petites doses des poisons dont je connaissais les effets et, contre toute attente, je n’en ai ressenti aucun.
Ce matin, j’ai cueilli un cocktail létal de plusieurs poisons irréversibles et l’ai absorbé en toute confiance.
J’ai particulièrement aimé connaître toutes les prémices de la mort et lâcher prise au moment fatal pour connaître la résurrection. »
Thétïs, reine d’Atlantïs et maîtresse des poisons
Le faux persil du potager – surnom de la petite ciguë – Ainsi que le navet du diable – surnom de l’œnanthe safranée – Mélangés aux plantes rattachées au folklore très ambigu Des poisons les plus effroyables, étaient pour elle surannés.
L’herbe aux sorciers, la belladone avec la colchique d’automne, Le fusain – ou bonnet de prêtre –, le ricin et la digitale, Rangés avec la méthadone et autres venins autochtones, Vénéneux, mortels et traîtres, d’une importance capitale.
Elle revient, son panier plein, et se prépare des décoctions Qu’elle absorbe l’une après l’autre – voudrait-elle donc se suicider ? Cependant elle ne se plaint d’aucun problème de digestion Mais, au contraire, elle se vautre dans une liberté débridée.
Quand digitale et belladone commencent à faire de l’effet, Le système nerveux autonome ainsi que le rythme cardiaque Sont perturbés et abandonnent leurs fonctions en vue du décès Foudroyant autant que syntone dans les fosses hypocondriaques.
Faux persil et navet du diable bloquent les divisions cellulaires ; Le ricin empêche toute synthèse de protéines et d’hormones. Les poisons sont irrémédiables et leurs réactions délétères Mettent la vie entre parenthèses avec la colchique d’automne.
Le fusain et la méthadone sont presque alors superflus Et la mort a vaincu le corps, les toxiques étaient les plus forts. Mais alors l’hypophyse ordonne de libérer enfin le flux Qu’un organe continue encore à sécréter après la mort.
Et la mort elle-même est vaincue ; le corps n’était qu’en léthargie, Suffisante pour le préserver de l’irréversibilité. Alors Thétïs est convaincue qu’elle maîtrise toute allergie Et que sa vie sait se conserver contre l’impossibilité.
Une fois que l’encre est tirée du jus que la pomme a donné Et qu’on a goûté aux déboires que son ivresse a provoqués, On comprend comment s’attirer tous les péchés non pardonnés Alors qu’il suffisait de croire en l’interdiction invoquée.
Mais, sauf si l’encre est invisible, comment deviner à l’avance Que le crime était préparé par un dieu qui aurait écrit Que toute faute est prévisible quant à ses folles conséquences Sans qu’un œil se soit égaré sur la fin de son manuscrit ?
Mais le ver était dans le fruit et une clause restrictive Figurait au bas du contrat et en tout petits caractères, Qui stipulait que l’usufruit de l’expiation punitive Serait reconduit au substrat de leur descendance sur Terre.
Sous le bleu électrique d’un panneau de métro, Elle nargue le temps par ses pois de couleur. Un geste de défi, un sourire un peu trop… Pour que le temps s’arrête d’un tic-tac sans douleur.
Qu’importe le trajet, le quai ou la saison, Elle ajuste sa ligne au bord de l’insolence. Elle envoie tout valser : codes, mœurs et raisons, Menant sa propre danse en pleine insouciance.
C’est le cri du départ, le refus des carcans, Un vent de liberté qui remonte les jambes. Ras la culotte enfin des ordres étouffants, Elle préfère l’été et cet instant qui flambe.
Et puis le temps repart… mais la fille est partie ; Il ne reste par terre qu’une culotte orange. Que s’est-il donc passé dans le temps imparti ? Était-elle un mirage ou juste un rêve étrange ?
Le corps s’ouvre au soleil dans un geste sacré, Déployant les couleurs d’un esprit délivré. L’or brûle sur la peau, la pourpre se déchaîne, Effaçant la douleur et le poids de ses chaînes.
Au centre du néant, un bouton de ferveur Éclot comme un calice dans cet instant rêveur. La lumière jaillit en cercles de mystère, Soulevant l’anima au-dessus de la terre.
L’âme n’est plus captive en sa prison de craie, Elle danse au sommet d’un silence discret. Dans l’orbe de ce jour, la vie est une flamme Où le ciel tout entier vient s’offrir à la femme.
Chacun peut comparer sa vie à l’échelle de l’univers ; On naît d’un big-bang où un dieu allume brusquement la lumière. Puis on dort, on tête à l’envi pendant l’espace d’un hiver Et c’est l’âge tendre et radieux dans le confort de sa chaumière.
Le feuilleton de la vie s’écoule avec ses rebondissements ; La première saison à l’école et la deuxième sur le campus. À la troisième, l’armée vous moule avec ses abêtissements Et la quatrième décolle enfin vers un nouvel opus.
Vient la cinquième où la carrière devient le cheval de bataille ; À la sixième, on se construit une famille, une maison. À la septième, c’est la barrière de la retraite qui s’entrebâille Pour offrir aux enfants le fruit affiné au fil des saisons.
Et puis tombent les illusions, le monde change de couleur Et le temps ne s’écoule plus, rien ne sera plus comme avant. Et devant la désillusion, on fait le choix dans la douleur De faire un dernier pas de plus, cependant pas le plus éprouvant.
Pour accueillir tous les migrants qui viennent en masse colossale, Un architecte a eu l’idée d’un hôtel en forme d’éléphant. Cela surprend petits et grands quand ils pénètrent dans la salle Où ils se verront validés pour vivre avec femmes et enfants.
Oui mais voilà : ce qui les trompe, c’est que si l’hôtel paraît grand, À l’intérieur tout est petit, à la mesure des souris. Pas de panique ! En grande pompe, on vous passe au désintégrant ; L’appareil d’ostéopathie, avec scalpel et bistouri.
Et vous êtes ainsi transformés en bonsaï humain tout mignon, Et l’hôtel devient la planète de sept milliards d’heureux élus Qui espéraient se conformer aux lois dictées à Matignon Et se découvrent marionnettes pour anniversaires farfelus.
Le « Colossal Éléphant de Coney Island », construit en 1885, mesurait environ 37 mètres de haut. Il a été détruit par un incendie en 1896. Initialement conçu comme un hôtel, il a principalement servi d’attraction touristique avec une plateforme d’observation.
Dans la forêt, les arbres sentent l’effet des ondes angéliques Qui, de leurs racines en enfer, les attirent tout droit vers le ciel. Et lorsque je parcours les sentes tracées par des courbes magiques, Je me sens prêt pour le transfert via le tout premier arc-en-ciel.
Alors mon corps se décompose en une fusée ragaillardie ; Mon auréole est périmée, mon permis n’est donc plus valide. Mais un archange qui s’oppose me ferme soudain le paradis : « Vous devez la réimprimer sinon, tant pis, pas de bolide ! »
Je comprends maintenant pourquoi les ondes tournent toujours en rond ! Tous les poètes, comme moi, se font refouler par le vent. Sans certificat adéquat, on a beau faire le fanfaron, On se retrouve en fin de mois toujours Gros-Jean comme devant.
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Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.
« J’avais perçu Pénélopïä entre les tables sans parvenir à la voir.
Elle n’était pas vraiment invisible mais sa présence retenait la lumière au lieu de la réfléchir.
Loïrelïndt l’avait reconnue mais leur petit échange m’a convaincue de garder le silence.
J’ai donc attendu que Nemo lui rende un peignoir… et sa place parmi nous. »
Princesse ÄLLÏÄ, Gardienne du Souffle Premier
Juste une ombre qui se déplace parmi les convives du dimanche Et reste à observer les tables et tous ceux qui sont attablés. Ici, on y mange des glaces, là, on y consomme des tanches ; C’est là le pique-nique véritable, nonchalant autant qu’endiablé.
L’ombre s’approche des LLyrïädes, occupées avec leurs bébés ; Elle écoute les trois fondatrices nourrissant leur progéniture, Les gouzis-gouzis par myriades, câlins de baisers imbibés Laurelïne, Loreleï provocatrices et Lïlïth en désinvolture.
À la table des compagnons, on parle pêche et expériences ; L’ombre pose ses mains sur Nemo, se penche sur ses cheveux ébène, Sans émettre le moindre lumignon qui pourrait trahir sa présence Mais en savourant tous les mots et en appréciant l’aubaine.
Nérätïs et Thétïs ressemblent aux deux reines de leurs gynécées : STELLÏÄ, Amellïä, Ledalïä, sans leurs maris, imprévisibles. Un courant d’air, les femmes tremblent… sentiraient-elles l’ombre s’immiscer ? Ou bien ne serait-ce pas ÄLLÏÄ qui la perçoit dans l’invisible ?
Les sirènes parlent séminaires et leurs petits jeux sexuels ; L’ombre s’amuse à écouter les anecdotes sans scrupules, Les séances extraordinaires, les rituels souvent cruels Les catastrophes à redouter mais le plus souvent ridicules.
Brusquement Loïrelïndt la regarde, l’ombre pose un doigt sur ses lèvres, Petit clin d’œil, sourire en coin, le fantôme lève les yeux au ciel. Et soudain l’ombre par mégarde sent courir un petit vent mièvre, Puis apparaît point après point, dans sa nudité substantielle.
Nemo l’aperçoit et lui tend un peignoir, coloris jonquille, Abandonné sous l’avant-toit, à l’ombre de la pergola. « Ça fait longtemps que je t’attends ! » dit-il tandis qu’elle s’habille ; « Tantôt, j’ai tant pensé à toi que j’ai cru que tu étais là ! »
« Depuis quelques jours, après la mi-août, nous assistons au ballet étrange de ce que j’ai d’abord pris pour une étoile filante.
Mais bien vite, j’ai vu qu’il s’agissait d’autre chose…
Un OVNI ? Une soucoupe volante ? Un ange déchu ?
Je continue à observer le ciel. »
Cristïäs, astronome amateur
On a vu des étoiles filantes vers la mi-août habituellement Mais cette semaine, toujours la même, dans le firmament de Constance, Poursuit une course nonchalante, avec éventuellement Quelques figures dont des extrêmes acrobaties de circonstance.
Après minuit, Lune gibbeuse, l’étoile trace une spirale ; Elle a égratigné les cimes et puis a survolé les berges. Serait-ce une sirène flambeuse, une créature vespérale ? Un ange perdu rarissime qui cherche une dernière auberge ?
Pourtant à la pointe du jour, l’étoile a déjà disparu… Sans doute a-t-elle trouvé son gîte, le repos de l’astre guerrier… Mais le soir, elle revient toujours et la voici réapparue Dans une envolée qui s’agite vers son destin aventurier.
Cette nuit, elle tourne, elle tourne encore comme pour battre des records ; Prouver qu’elle est l’étoile montante, la « recordstar » sempiternelle Dont l’acharnement s’en retourne d’un cœur qui recherche l’accord Vers la destinée performante d’une détentrice éternelle.
Et pourtant elle tourne, cette étoile, depuis six heures maintenant Car elle tremble et sa trajectoire devient un peu plus chaotique. Et lorsque la Lune dévoile son contour au point culminant, Suit alors la chute notoire dans les eaux noires névrotiques.
Elle se réveille trempée, ramenée nue par les sirènes ; Cette fois, ce n’était pas un rêve, cette nuit, elle a vraiment volé. Elle sent encore l’air détrempé fouettant son corps au corps de reine, Reine de l’air, bravant sans trêve ses plus grands défis envolés.
Elle regagne sa chambrée où son mari dort doucement ; Elle a besoin qu’il remédie encore à sa paranoïa. Elle se colle à son corps ambré, tant pis pour l’éclaboussement ! Il se retourne, l’embrasse et dit : « J’ai rêvé de toi, Amellïä ! »
Comme s’il ne suffisait pas de vivre l’enfer tous les jours, Il faut maintenant aller voter pour qui nous fera le plus souffrir ; Entre la vie et le trépas, l’alternative n’est pas toujours Le meilleur chemin balloté ni même un cadeau à offrir !
La droite promet le progrès, la gauche annonce davantage ; L’une vous prend le portefeuille et l’autre vous prend en otage. L’une ne laisse que des regrets, l’autre un très faible pourcentage D’augmentation et, quoi qu’on veuille, c’est nous qui sommes en ballottage.
La droite, okay, pour les nantis ; la gauche, d’ac, pour les bobos ; Le centre pour les indécis et les extrêmes pour les fachos ; Tant qu’il n’y a pas de démenti, on ira tous vers le tombeau Même si les sombres prophéties nous disent qu’en enfer, il fait chaud !
Comme d’autres pays aux charmes reconnus, On aime bien la France mais pas trop les Français. Faudrait-il alors craindre leurs pensées méconnues Qui font grincer les dents et les sourcils froncer ?
Sans doute, les habitants ont l’esprit de clocher Mais c’est la tradition, on aime sonner les cloches ! Il faut prendre patience et puis les approcher Et ne pas craindre de mettre la main à la poche.
La France est devenue une tour de Babel ; On y parle des langues issues du monde entier. Des quartiers populaires, montent les décibels Et l’on ne s’entend plus dans ce fichu chantier.
L’ortograf é baclé on parle en sms Jtm é sa sufi com mé sage damour. Celui ka di qu’Paris valé bien une mess Été 1 roi kavé bien le 100 de lumour.
L’un des aphorismes les plus célèbres de l’écrivain et voyageur Sylvain Tesson.
« Avec le consentement des trois LLyrïädes fondatrices, nous avons conduit ensemble la première N.T.A. en qualité de fornicatrices officiantes. Yavänor est demeuré en pleine conscience tandis que Laurelïne transmettait le feu, Loreleï l’eau et Lïlïth la terre aux douze appareils. Yggdrasil a reçu ces trois forces, les a transcendées puis rediffusées sans incident dans toute l’Ô ALLEGÔRÏÄ. Aucun effet secondaire n’a été constaté, hormis une communauté désormais impatiente d’en recevoir la diffusion. »
Yanimïä, rédemptrice de l’ÏÄMÔURÏÄ Nérätïs, médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
Yavänor Soumis aux deux fornicatrices, Yavänor, en pleine conscience, Se prépare à appréhender la N.T.A. de l’ÏÄMÔURÏÄ. Les trois LLyrïädes fondatrices inaugurent l’exquise science Qu’Yggdrasil pourra transcender dans le monde d’Ô ALLEGÔRÏÄ.
Laurelïne, le feu Laurelïne, nue, est magnifique, le sanctuaire sacrant l’oracle, La fornication est intense et tous deux entrent en résonance ; Les éronautes béatifiques montent et s’élèvent au pinacle, Relayés par les douze instances de l’érotique dominance.
Soudain une flamme domine pour brûler sans les consumer Et Yggdrasil alors s’enflamme produisant douze langues de feu Dont chaque LLyrïäde s’illumine en sentant l’amour s’assumer De l’intimité de la femme jusqu’à la pointe des cheveux.
Loreleï, l’eau Loreleï, l’épouse favorite, ouvre la porte de l’étoile, S’offrant à la pénétration dans sa position préférée. Pareil à une météorite, Yavänor soudain lui dévoile La force sans modération d’un coït en accéléré.
Soudain un tsunami déferle, pour noyer sans les engloutir Et Yggdrasil devient geyser produisant douze déferlantes, Offrant aux LLyrïädes douze perles qui viennent toutes s’emboutir En scintillant d’un bleu-laser dans leurs prunelles étincelantes.
Lïlïth, la terre Lïlïth, son épouse œdipienne, ouvre l’accès à sa matrice Pour jouir du rut continu de l’instrument de Yavänor. La jouissance clitoridienne transmise par douze génératrices Fait jouer une force inconnue à l’intérieur de l’athanor.
Soudain un volcan explosif s’ébranle sans les ensevelir Et Yggdrasil devient planète produisant douze satellites Allouant l’éclat intensif de douze étoiles pour embellir Chaque LLyrïäde sur les pommettes comme l’offrande de Lïlïth.
« Nous pensions devoir guérir Nérätïs. La T.T.A. a démontré que sa nymphénomanie n’était pas une maladie, mais l’expression individuelle d’une faculté transmissible. Dès demain, les douze prières seront adaptées à ce procédé avant d’être diffusées par Yggdrasil dans toute l’Ô ALLEGÔRÏÄ. Nérätïs n’est donc plus un sujet d’étude. Elle devient la pionnière de l’aphrodisie essentielle. »
Yanimïä, rédemptrice de l’ÏÄMÔURÏÄ
« Entre, Yavänor, je t’en prie ! J’ai pris seule cette initiative Dans le but d’expérimenter une méthode décisive… » Mais les éronautes sont surpris par l’arrivée intempestive De trois LLyrïädes alimentées par une colère affective.
« Arrête ça immédiatement ! » ordonne Laurelïne furieuse. « Yavänor ne peut forniquer qu’avec ma seule anatomie ! » « J’en veux autant, naturellement ! » proclame Loreleï luxurieuse. « Je veux moi aussi tourniquer avec la nymphénomanie ! »
« Écoutez-moi et calmez-vous car Nérätïs n’est pas fautive Mais a bien agi à ma demande pour intensifier nos prières ! » Dit Yanimïä. « Elle se dévoue pour une quête significative : C’est celle que je recommande à notre communauté entière ! »
« Encore une fois tu as osé te passer de mon consentement ! » Rugit Lïlïth. « Tu aurais dû nous mettre dans la confidence ! » « C’était une idée proposée sans connaître l’aboutissement ! » Plaide Yanimïä confondue, prise en faute de toute évidence :
« Nous allons pouvoir adapter ce procédé à nos prières Qu’Yggdrasil va rediffuser dans toute l’Ô ALLEGÔRÏÄ ! Imaginez chacun capter une jouissance similaire À mille extases transfusées directement par l’ÏÄMÔURÏÄ ! »
« Laissons Nérätïs nous montrer la T.T.A. en fonctionnement ! Nous en sentirons les effets transmis par les douze appareils Qui vont eux-mêmes vous démontrer ce fameux perfectionnement Et sentir l’amour triompher par des orgasmes sans pareils. »
« Ainsi dès demain, tour à tour, Laurelïne, Loreleï et toi, Lïlïth, Vous aurez l’exclusivité de sa diffusion officielle Et reconnaîtrez en retour que Nérätïs est une élite Que nous pouvons plébisciter pour l’aphrodisie essentielle ! »
Quant à Loreleï, elle m’énerve à poser nue des heures entières Sur son rocher à mi-parcours du torrent des derniers orages. Je ne sais ce qu’elle me réserve quand elle m’appelle à la frontière De la rive à l’onde qui court afin de tester mon courage.
« Je ne pose pas sur la pierre afin de troubler les passants ; Je veille au seuil des eaux sauvages où s’égarent les téméraires. Nul ne peut traverser la mer sans donner le goût de son sang Et je regarde leurs visages crier d’un soupir éphémère.
Tu prétends que je t’importune en posant sur mon rocher blanc, Mais tu repasses heure après heure pour en vérifier ma présence. Ne me reproche pas la Lune quand tu regardes mes flots troublants ; Ce que tu cherches n’est qu’un leurre, une assurance de complaisance ! »
À ces mots j’ai plongé vers elle, me suis agrippé au rocher Et nous sommes partis ensemble en disant adieu à la terre. D’une noyade naturelle, j’aurais pu ainsi m’approcher Suffisamment pour qu’elle ressemble à ma traversée pour Cythère.
Loreleï, la sirène des ondes, était, c’est vrai, autoritaire Mais elle savait aimer d’amour quand le moment était venu. Aujourd’hui je vis dans son monde où je ne suis plus solitaire Et nous vivons au jour le jour de ses eaux fraîches, sans retenue.
Parfois nous regagnons la terre quand Loreleï a besoin d’amour Et nous nous aimons sur la plage, les pieds caressés par les vagues… Je redécouvre les mystères des sirènes et leur queue glamour Aux écailles dont le cartilage m’enserre au point que j’en divague…
Puis lorsque revient le grand soir, nous repartons vers les abîmes ; La Lune allume sous les eaux des palais d’algues et d’argent. Alors nous allons nous asseoir dans quelques petits coins intimes Qui m’enchaînent par le museau comme un animal attachant.
Tableau de Maria Filopoulou sur https:www.yatzer.commaria-filopoulou .
« La séance a démontré qu’un sujet parfaitement informé pouvait se montrer beaucoup plus réceptif qu’un patient soumis à une assistance pharmacologique. Les douze appareils ont atteint la zone rouge ; Alinéor, le septième ciel ; et moi, quelques notes jusque-là réservées aux sopranos. Par mesure de précaution, je l’ai maintenu en observation pendant une heure, étroitement serré contre moi. Aucun effet secondaire n’a été constaté. Ce résultat restera strictement expérimental. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
Alinéor sent son phallus gonfler autant qu’il est serré Dans le vagin de Nérätïs jouissant de spasmes aigus. Lui se voit sonnant l’angélus dans une cloche lacérée ; Elle sent ses nerfs qui compatissent à un stimulus suraigu.
Alinéor est survolté et Nérätïs est enflammée Car le couple s’est adapté et participe activement. Chaque coup fait virevolter les deux partenaires affamés Car les deux sexes savent capter le rut significativement.
Tout le plaisir d’Alinéor est amplifié douze fois Et transmis en pleine puissance à Nérätïs en corrélat Comme une course au météore qui donne aussitôt de la voix Car les deux ensemble s’élancent dans un duo a cappella !
Nérätïs est abasourdie de ressentir le membre actif Plus fort que les fois précédentes et découvre tout son potentiel. Dans le dispensaire assourdi par tous leurs cris alternatifs La T.T.A. est trépidante et le couple au septième ciel !
Tous les appareils sont au rouge et le coït accéléré Produit douze éclairs en anneau par les amants électrisés. Éblouie par tout ce qui bouge, les seins et le cul libérés, Nérätïs hurle en soprano sous le plaisir célestisé.
Lorsqu’Alinéor éjacule, Nérätïs pleure de bonheur Et s’effondre sur l’étalon qui l’a incendiée d’amour. Elle reste sur son pédoncule en le serrant une bonne heure Pour faire sentir à l’Apollon les liens de leur polyamour.
Car son tétraèdre amoureux est désormais bien défini : Nérätïs, Amellïä, STELLÏÄ, pour le tripôle féminin ; Alinéor, le savoureux mâle qui vient en catimini D’apporter son partenariat : le quatrième pôle masculin.
« Pour la première fois, le sujet a refusé toute assistance pharmacologique et exigé de connaître la véritable nature du protocole. Je craignais qu’il ne prenne la fuite. La vérité produisit l’effet contraire : Alinéor accepta aussitôt, sans anesthésie, sans cérémonie et sans même réclamer la recette. Il prétend que son amour pour Maman l’incitait naturellement à m’essayer ! Le manche était donc consentant… et la marmite déjà chaude. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Alinéor, bienvenue ! J’avais besoin de ta présence ! » « Merci, Nérätïs. D’ici ce soir j’ai trois heures de disponibles ! » Dit-il alors sans retenue et sans y mettre de complaisance Tandis qu’il fait mine de s’asseoir sur la seule chaise accessible.
« Non ! » dit Nérätïs. « Pas ici, allonge-toi sur la couchette Autour des douze enregistreurs reliés à tes cervicales ! Je veux que tu bénéficies des douze mesures que je projette Afin qu’il n’y ait pas d’erreur à ton examen médical. »
« Bois donc ce philtre pour augmenter tes capacités cognitives ! » « Hé là ! Du calme ! » l’interrompt-il. « Je me méfie de toute drogue ! Ce soir je dois alimenter l’équipe de saveurs nutritives Par un robot assez subtil et je n’veux pas avoir l’air rogue ! »
« Une piqûre ? » propose-t-elle. « Pas davantage ! » rétorque-t-il. « Si tu m’expliquais ton affaire, je me sentirais beaucoup mieux ! Ne fais donc pas dans la dentelle et tes grands mots sont inutiles ; Moi, je veux bien te satisfaire sans que ce soit cérémonieux ! »
« Promets-moi de garder secret ce système expérimental ! Nous allons faire l’amour ensemble reliés à la T.T.A. Ainsi le Féminin Sacré parviendra jusqu’à ton mental Et, sans vouloir faire de l’humour, tu es mon meilleur lauréat ! »
« La drogue pour les récalcitrants ! C’est fin ! » conclut Alinéor. « J’accepte car aimer Thétïs m’incite à essayer sa fille ! Je promets d’être pénétrant et d’agir comme un météore Qui te donnera, Nérätïs, le meilleur de mon estampille ! »
Ils se déshabillent ensemble – Nérätïs n’avait que sa blouse – Et elle prend aussitôt le manche que lui tend son amant couché. Une fois que les sexes s’assemblent, elle compte de « un » jusqu’à « douze » Et les appareils se déclenchent autour du couple effarouché.
L’arbre de vie a pris racine depuis la mère de ma mère, Sa grand-mère, arrière-grand-mère jusqu’à… ma foi… Ève ou Lilith ? Fors ma première branche assassine qui n’aura été qu’éphémère, Mes autres branches plus sommaires me donnent un aspect insolite.
À la première division, le ciel a changé de couleur Depuis l’école des hiboux jusqu’au lycée des Saintes-Chouettes. Puis le conseil de révision m’a envoyé, non sans douleur, M’ennuyer à dormir debout face au miroir des alouettes.
Ma première femme, tout se complique ; les branches elles-mêmes font des petits Mais la greffe a une pleurésie et c’est la fin de l’épopée. Ma deuxième femme, là tout s’explique ; la vie vous met en appétit Dès que l’art et la poésie se marient sur la canopée.
Lorsque la source lumineuse s’aligne avec la conscience, La transmission de la chaleur connecte l’âme avec l’éther Dont les ailes vertigineuses s’élèvent avec de l’insouciance Pour saluer la vraie valeur issue de Zeus et Démeter.
Dès lors, la connexion cosmique du personnage aux bras ouverts Éveille l’être et sa conscience au cœur du mystère éternel. Il s’ancre au champ macrocosmique qui équilibre l’univers Avec la Terre en bienveillance et son principe maternel.
Sur la mélodie du silence qu’apporte la méditation, La paix intérieure l’invite à apporter la guérison. Dès lors, son âme en vigilance accepte la lévitation ; Elle s’envole alors et, bien vite, elle disparaît à l’horizon.
Sous un ciel de reflets, la belle s’abandonne, Ses boucles de corail s’envolent au gré du vent. À la clarté du jour, sa silhouette rayonne, Captant l’éclat doré d’un songe bien vivant.
D’un regard de saphir, elle fixe l’horizon, Pose une main légère au creux de son épaule. Le silence devient sa plus belle oraison, Faisant vibrer les fils pastel de son étole.
Elle semble attendre là, dans sa pose féline, Que le pinceau s’arrête, tranchant comme une lame. Serait-ce une déesse, l’ombre de Laureline, Qui dans son cadre d’or, connaît un vague à l’âme ?
Sous sa cape de lumière, elle devient notre chaumière, Protégeant les petits villages contre les sombres nuages. Elle porte en son sein la vie par la spirale asservie À la rondeur du soleil et la terre en plein sommeil.
Mère de tout le cosmos, elle répare plaies et bosses Faisant germer chaque semence pour arrêter toute démence. Dans ses cheveux de froment se cachent tous les serments Et la force de la montagne qui toujours nous accompagne.
Par un rituel de partage, elle nous fait changer d’étage, Mandant un peu de couleur pour apaiser les douleurs. Sa robe brodée d’étoiles s’entrouvre et son cœur dévoile Pachamama au printemps fermant l’hiver éreintant.
« Les douze appareils manquaient encore de liaison : Altänor leur a apporté sa coulisse. Grâce à son piston parfaitement lubrifié, j’ai pu parcourir toutes les octaves dans un glissando anatomique jusqu’au contre-ut. Il prétend que je n’avais pas besoin de le sangler. C’est possible… mais en coulisses, mieux vaut assurer la tenue de l’instrument. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Altänor, je suis heureuse que tu aies pu te libérer ! » « Merci, Nérätïs. C’était facile, la pêche du matin était bonne ! » Répond-il à la chaleureuse praticienne fort considérée Comme médecin très habile et amatrice de trombone.
« Mes douze appareils là-devant fonctionnent ensemble mais, en coulisses, Il y a une harmonisation que je juge très insuffisante. Mais toi, peut-être en observant les différences qui s’établissent, Tu sauras faire l’orchestration d’une manière polarisante ! »
« Bois donc ce philtre pour augmenter tes capacités cognitives, Allonge-toi, fais attention aux dispositifs décalés ! » Altänor, un peu tourmenté par cette demande expéditive, Tombe sans autre argumentation dans un sommeil, tout affalé.
Commence alors une glissante T.T.A. à coulissement Dont le piston lubrifié monte et descend facilement Dans la vulve très alanguissante, laquelle devient rapidement Comme un trombone vivifié par un sonore vagissement.
Nérätïs se met à yodler telle une parfaite tyrolienne En produisant dans son calice un glissando anatomique. Si elle pouvait ainsi jongler dans une opérette italienne, Elle serait la « diva à coulisse » d’une renommée astronomique.
Elle enchaîne toutes les octaves en faisant glisser chaque note Correspondant à chaque orgasme lorsqu’elle parvient au contre-ut. Elle ressent sa partie concave triller comme une gélinotte Et répondre à tous ses fantasmes à chaque soubresaut en rut.
« J’ai dormi avec une aisance ! » dit Altänor en s’étirant ; « Tu n’aurais pas dû me sangler et ton philtre est très assommant ! » « Il faut croire que ta présence a eu un côté rassurant Car mes appareils sont réglés, grâce à toi, sans savoir comment ! »
« Douze appareils reliés aux douze cordes de Valérion ont suffi pour transformer la T.T.A. en blues dodécacordiste. Le rythme était ravageur mais, grâce à une double lubrification, j’ai pu parcourir les six accords doublés jusqu’au dodécaorgasme majeur. Valérion croit s’être endormi sur une berceuse. Je lui ai donc attribué une excellente note dans la colonne “jouissance”. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Valérion, j’espérais impatiemment ton arrivée ! » « Merci, Nérätïs. Mais pourquoi faut-il ma guitare douze cordes ? » Répond-il d’un air guilleret mais d’une attention ravivée Par un petit je-ne-sais-quoi que la médecine lui accorde.
« Les douze appareils que voilà sont accordés sur chaque corde Et je vais t’en faire écouter une composition d’arpèges ! Seulement, pour moi, c’est au-delà de ce que ma fonction m’accorde Tandis que toi, sans en douter, tu connais bien mieux le solfège ! »
« Bois donc ce philtre pour augmenter tes capacités auditives, Allonge-toi, sois attentif aux sons Mi La Ré Sol Si Mi ! » Valérion, bien argumenté, s’allonge mais, en définitive, S’endort d’un soupir préventif qui devient un souffle soumis.
Commence alors une très équestre T.T.A. dodécacordiste Et la cavalière en tenue d’Ève enfourcher l’homme étendu. Le sexe s’agite comme un plectre dans son vagin instrumentiste Dans un tempo discontinu au swing assez inattendu.
Et Nérätïs aux douze corps vibrant dans un accord majeur Jouit de l’instrumentation en scandant les douze mesures D’un blues joué façon hardcore et sous un rythme ravageur Réduit par lubrification appliquée avec démesure.
Tout en se caressant les seins, elle en titille les mamelons Comme s’ils étaient les doubles cordes que son buste met en résonance. De la profondeur du bassin à l’extrémité des talons, Son dodécaorgasme accorde le point fort à sa culminance.
« Je me suis endormi, je crois… » dit Valérion, l’air désolé. « Oui, mais c’était une berceuse et elle a très bien fonctionné ! » Dit Nérätïs qui fait une croix sur son planning à la volée Avec une note jouisseuse dans la colonne mentionnée.
« Douze appareils, douze notes chromatiques : ORPHÉÔN était exactement le patient qu’il fallait. Le comma pythagoricien a laissé un infime décalage entre sa voix et mes vibrations, provoquant un phénomène inédit : le comma orgasmique. Effet secondaire : il parle désormais une octave plus haut. Cela devrait s’arranger avec le temps. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, ORPHÉÔN, tu vas m’aider de tes compétences musicales ! » « Merci, Nérätïs. Je croyais qu’ÄLLÏÄ devait m’accompagner ! » Dit-il un peu intimidé par les machines médicales Que Nérätïs a déployées comme une toile d’araignée.
« Non ! » dit-elle. « Il faut accorder les douze appareils tous ensemble Et ton oreille musicale avec le timbre de ta voix Vont pouvoir les faire concorder aux douze notes qui rassemblent Les gammes paramédicales et chromatiques, tout à la fois ! »
« Bois ce philtre pour dégager ton larynx ainsi que l’ouïe, Allonge-toi, écoute le LA qui sert de base aux instruments ! » À peine s’est-il engagé sur la couchette, l’air réjoui, Qu’il s’endort sur le matelas, puis dévêtu incongrûment.
Aussitôt l’expérimentale T.T.A. pythagoricienne Démarre avec Nérätïs nue, positionnée à croupetons, S’introduisant l’instrumentale flûte dans l’embouchure musicienne Lubrifiée comme convenu pour mieux ressentir le piston.
Nérätïs donne de la voix et chante sous l’effet produit Du plaisir dodécaphonique délivré à pleine puissance. Les douze transferts à la fois au rythme du vit introduit Provoquant la catatonique et euphorique jouissance.
La double lubrification a évité l’inflammation Aux deux instruments génitaux dont l’intérêt est signifiant. C’est avec justification qu’elle en a fait réclamation En commandant aux hôpitaux plusieurs bidons de lubrifiant.
« Où suis-je et que s’est-il passé ? » dit-il d’une voix suraiguë. « Après avoir tout accordé, tu t’es endormi, épuisé ! » « Pourquoi ma voix s’est déplacée d’une octave vers les aiguës ? » « L’effet ne va pas s’attarder ! » le rassure-t-elle, défrisée.
Quand tu embarques pour Cythère, tu as le choix entre trois barques ; La barque des plaisirs d’amour qui ne manquent pourtant pas d’humour, La barque d’amour solitaire dont le voyage est volontaire Et la barque aux flirts oubliés qui ne sont jamais publiés.
Pourtant, au cœur de cette sphère, une reine d’étrange atmosphère Contemple ces frêles esquifs qui naviguent ensemble, kif-kif. Elle est l’ancre et la destinée, le repos de la dulcinée Celle qui donne l’impulsion pour exprimer toutes ses pulsions.
Qu’importe alors le bois choisi, qu’il soit vert, sec ou bien moisi Puisque l’astre d’or nous sourit et nous conduit vers les houris. L’éther devient un doux sillage où les âmes enfin se soulagent En trouvant au bout du chemin celle qui nous tendra la main.
Regardez-les passer, les oiseaux de passage ; Ils n’ont aucune attache, ni borne frontalière, Mais jamais ne s’arrêtent sinon c’est une cage Qui leur promet l’amour d’une jeune geôlière.
Ils préfèrent le vent aux serments d’un visage Et l’immense lueur des cieux pour seule terre. On ne peut enfermer l’élan d’un tel voyage, Sans briser dans leur cœur leur flamme millénaire.
Pour celui qui s’envole au-delà des nuages, La main qui veut l’étreindre est une main de fer. Même si le repos semble une promesse suave, Il découvre les bras qui ferment son enfer.
Serait-ce un crime en soi que ma gentilhommière Qui voulait retenir ce qui doit s’envoler ? Oiselle de mes vers, petite prisonnière, J’écris pour te distraire et pour te consoler.
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« La cinquième séance de nymphénomanie a démontré que les dimensions de l’organe du patient n’influencent aucunement le rendement de la T.T.A. Hyänor a compensé certaines modesties anatomiques par une endurance exceptionnelle, permettant aux douze appareils d’accomplir plusieurs cycles sans la moindre surchauffe électronique. La médecine sait reconnaître les hommes qui se dépensent sans compter. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Hyänor, installe-toi pour faire ta prise de sang ! » « Merci, Nérätïs. Je pensais que c’était plutôt pour la mère ! » Rétorque-t-il d’un air pantois, sans être pour autant réticent Et sans désirer offenser la doc pluridisciplinaire.
« Ta tension est trop élevée et je vais devoir procéder À une nouvelle technologie appuyée par l’électronique. Ainsi je pourrai relever tout ce qui peut intercéder À propos d’embryologie sans que ce soit catatonique ! »
« Déshabille-toi, allonge-toi, ferme les yeux, aie confiance ! » La phrase sort spontanément, laissant Hyänor tout étonné Mais celui-ci, toujours courtois, obtempère sans méfiance Et un bon thé, fatalement, désinhibe l’étalonné.
Alors, c’est l’aventure en jaune par T.T.A. duodécuplée Et malgré la petite bite, le rendement s’avère adéquat. Nérätïs monte en amazone quasiment douze fois accouplée Et bien que le doute l’habite, Hyänor alors reste coi.
Ainsi le test de l’endurance tombe aujourd’hui à point nommé Et Nérätïs le recommence autant de fois qu’il est possible. Nérätïs a de l’assurance, Hyänor peut autant slalomer Et le couple voit sa performance franchir le cap de l’impossible.
Ça a chauffé ! Pas l’appareil mais les organes génitaux Qui demandent beaucoup d’onguent et de repos compensatoire. Nérätïs a aussi les oreilles vrillées par ses cris sommitaux Qu’elle a poussés en haranguant son destrier ostentatoire.
Hyänor dormira longtemps… le temps que le priape plie Et que les rougeurs sur le gland reprennent leur couleur normale. Un coup de fil réconfortant à Séorïäne qu’elle supplie D’un peu de patience en jonglant avec audace minimale.
« La quatrième séance de nymphénomanie a révélé une propriété inattendue de la T.T.A. En plus d’explorer les souvenirs du patient, elle permet à la praticienne d’en recevoir directement les images lorsque leurs branchements sont parfaitement accordés. L’amnésie de Nemo nécessitant un traitement hebdomadaire, Nérätïs s’est aussitôt portée volontaire pour assurer personnellement son suivi jusqu’à complète souvenance. La science exige parfois un dévouement considérable. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Nemo, je t’ai prévu une séance de souvenance ! » « Merci, Nérätïs. Cependant je ne suis pas très sûr de moi ! » Répond-il face à l’imprévu de cette singulière prévenance Mais sachant qu’il est dépendant de ses progrès au fil des mois.
« J’ai branché ces douze appareils qui vont explorer ta mémoire Et tes souvenirs rassemblés afin de les outrepasser. Bois ce breuvage sans pareil pour activer toutes les moires Des miroirs qui vont s’assembler sur l’infini de ton passé ! »
« Déshabille-toi, allonge-toi, ferme les yeux, aie confiance ! » Mais la triple dose a vaincu, du grand colosse, la léthargie. Elle l’observe, l’air pantois devant sa grande corpulence Et est tout à fait convaincue de sa sexuelle énergie.
« Puisque Pénélopïä l’enfile, je dois en être aussi capable ! » Pense-t-elle alors, Nemo branché, les douze machines activées. Tandis que les rêves défilent, son sexe devient plus palpable Et Nérätïs vient s’y brancher pour s’y dodécacaptiver.
Le résultat est fantastique ! Le phallus duodécuplé Produit le dodécaorgasme dans son vagin électrisé. Et l’effet rétro-élastique réussit à le centupler ; De quoi proclamer ce fantasme comme celui le plus prisé.
Étrangement, d’autres images l’ont traversée pendant le rut. « Finalement, la T.T.A. n’a pas livré tous ses secrets… Et voici même que, sans dommage, ma solution, certes un peu brute, Ramènera ce gros béat plusieurs fois pour s’y consacrer. »
« J’ai revu ma petite enfance, mon père, ma mère, notre maison ! » Dit-il devant le phénomène qui vient de se produire en lui. « Alors tu n’as plus de défense pour résister à la raison : Tu reviendras chaque semaine… si tu n’y vois aucun ennui ! »
« Irénée a procédé au contrôle complet des douze T.T.A. Malgré un léger étourdissement, il a confirmé leur conformité et rédigé un rapport particulièrement favorable. Son écriture étant devenue momentanément illisible, j’ai dû personnellement en assurer la transcription. Il recommande lui-même une nouvelle vérification. Je ne saurais m’opposer à l’avis du contrôleur. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Irénée, tu tombes à pic pour contrôler mes appareils ! » « Merci, Nérätïs. Cependant je n’ai pas bien compris Cristïäs… » Répond-il du ton atypique de l’homme qui n’a pas son pareil Pour rechercher du répondant à une question qui le dépasse…
« Voilà ! dit-elle. Douze appareils reproduisent les douze prières Que je contrôle pour prévenir la moindre infection potentielle. Je les étudie à l’oreille et j’ai la vision par derrière Mais je voudrais, à l’avenir, que ce soit plus confidentiel. »
« Je voudrais que tu vérifies avec moi le fonctionnement En te prêtant à l’expérience dont je serai participante ! » « C’est beaucoup mieux ! » lui certifie Irénée péremptoirement : « Car Cristïäs n’a pas ma patience ni ma constance anticipante ! »
« Bois ce produit qui m’aidera à visualiser ton sang, Puis allonge-toi sur la couche et détends-toi tout simplement ! Note tout ce qui servira au protocole que je consens À prescrire pour tout ce qui touche au suivi des accouplements ! »
Irénée, déjà dans les vapes, joue ainsi le parfait cobaye ; Nérätïs lui grimpe dessus, nue, et c’est reparti pour un tour ! Irénée ressemble à Priape – bien que cela ne l’encanaille Et qu’hélas il n’en ait perçu aucune sensation en retour !
Après le dodécaorgasme, Nérätïs remplit le bloc-notes Tout en imitant l’écriture d’Irénée – c’est assez facile. Lui montre assez peu d’enthousiasme car l’étourdissement dénote Un état suspect de nature à rendre son rapport difficile.
« Il nous faudra recommencer car mes vertiges m’ont troublé Et j’ai du mal à me relire – c’est un peu trop métaphysique ! » Dit-il, l’esprit influencé encore par la dose redoublée De cette drogue qu’on peut élire « aphrodisiaque et amnésique » !
« Cristïäs a fait un léger malaise pendant la démonstration des douze T.T.A. J’ai pu vérifier simultanément l’excellent fonctionnement des appareils et la remarquable réactivité du sujet. Aucun virus n’a été détecté. Certains effets secondaires particulièrement intenses justifieront néanmoins la répétition du protocole. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Cristïäs, tout est-il prêt ? » fait Nérätïs près des valises ; « Douze exemplaires de T.T.A. ! » dit Cristïäs en les installant ; « Je les ai faits pour toi, exprès, sans saisir la raison précise… » « Allons ! Ne sois pas si béat ! » répond-elle, l’air nonchalant.
« Yanimïä prie bien douze fois chaque semïäne qu’ÏÄNIMÏÄ fait ? Eh bien je dois donc m’assurer de la santé de tout le monde Tes douze appareils à la fois vont me permettre de voir l’effet De prévention pour rassurer qu’il n’y ait pas de virus immonde ! »
« Ah bon ? » dit Cristïäs, étonné en buvant le verre d’eau offert. « Allonge-toi ! Je vais te montrer avec un sujet in vivo ; D’abord, je dois déboutonner et t’ôter ton costume vert Le temps que la drogue concentrée soit montée jusqu’à ton cerveau ! »
Nérätïs enlève sa blouse et entreprend de chevaucher Cristïäs qui, le sexe tendu, ne peut hélas se ressaisir. « STELLÏÄ ne sera pas jalouse ! » pense Nérätïs, haut perchée ; « C’est une expérience attendue pour multiplier le plaisir ! »
Les douze T.T.A. bourdonnent et projettent leurs douze images Et Nérätïs les répercute toutes sur son propre vagin. Les douze organes coordonnent leurs sensations dont l’essaimage Produit l’effet d’un uppercut d’amour transmis par les engins.
Nérätïs hurle de plaisir dans la chambre insonorisée Et puis elle s’affale épuisée à côté de Cristïäs en sueur Qui, lui, n’a pas eu le loisir de voir son sexe valorisé Douze fois et télévisé par un procédé secoueur.
« Où suis-je et que s’est-il passé ? » demande Cristïäs, réveillé ; « Tu as fait un petit malaise, une crise d’hypoglycémie ! » Dit Nérätïs, l’air compassé et le sourire émerveillé Qui la trahirait, n’en déplaise à Cristïäs, pas encore remis.
À l’origine, l’athanor voulut créer dans la lumière Alors il façonna le monde, un ciel, une Lune et la Terre, Le soleil en face du Nord pour briller en avant-première Et une femme toute ronde, lumineuse mais solitaire.
Elle portait dans ses racines les secrets de la vie entière, Faisant germer sous ses mains nues des fleurs rouges sur ciel outremer. Son souffle devint les collines, son regard, la douce matière, Et ses rêves, encore inconnus, s’envolèrent au-dessus des mers.
Mais pour que batte enfin le cœur de cette incroyable verrière, Il fallut au grand créateur un homme soufflé par le vent Afin qu’elle devienne le chœur qui effacerait ses frontières Pour répandre depuis sa hauteur des enfants toujours innovants.
Ainsi naquit la multitude au sein de cette cage altière, Ouvrant les bras à l’inconnu, au temps qui passe et qui nous mord. Ils ont bravé la solitude, balayé l’ancienne poussière, Pour que la vie, enfin venue, survive même après la mort.
« Les visites médicales ont évolué récemment et une étrange maladie s’est emparée de moi. Heureusement Nérätïs veille et a déjà commencé ses analyses. Elle l’étudie scientifiquement. Le traitement risque de demander du temps et des applications fréquentes. »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ à Ô ALLEGÔRÏÄ
« Troisième visite médicale de la semaine, c’est très étrange ! C’est sûrement ce que Laurelïne me dira quand je rentrerai ! » Cette soirée dominicale n’est pas vraiment ce qui me dérange Mais plutôt ce que déterminent ses conséquences immodérées.
Nérätïs entrouvre la porte et je m’y glisse comme un voleur ; Sans mot dire, elle m’entraîne dans la chambre insonorisée. À peine entrés, elle m’apporte un verre de son air cajoleur : « C’est une liqueur que j’étrenne, aphrodisiaque et irisée ! »
Alors Vénus – car c’était elle ou Erato, je ne sais plus… – Me fait léviter dans la pièce en m’enlevant les vêtements. Je croyais une simple bagatelle mais ça ne lui aurait pas plu ; Il lui fallait de la hardiesse pour l’érotique évènement…
Nérätïs devient Atlantïs, planète chaude et accueillante Dont les vallons suivent des lignes vers des lieux bien trop prometteurs Dont les parfums me garantissent une demeure bienveillante Vers la source que me désignent des appels très entremetteurs.
Les couloirs roses du palais procurent une douce sensation De va-et-vient immodérés – sans doute est-ce le protocole – Comme une sorte de ballet qui met en transes dans l’action Tandis que des chants libérés et des trémoussements décollent.
La terre tremble et se contracte, les vents rugissent de plaisir Et moi je surfe sur la vague d’une mer de passion déchaînée. Heureusement suit un entracte, une torpeur vient me saisir ; Peu à peu mon cerveau divague comme dans un fondu enchaîné.
Lorsque je reprends mes esprits, je vois Nérätïs, en émoi, Nue, sourire agréablement et, de sa douce voix, prononcer : « Mais ne sois donc pas si surpris ! Tu en avais autant que moi Envie et, véritablement, j’espère encore recommencer ! »
Après quarante jours de pluie, les jours déteignent sur la saison Qui s’écrit en lettres mouillées sans accent ni ponctuation. À vivre sous les parapluies, ils en deviennent nos maisons Et moi, je vis agenouillée en piteuse situation.
Le ciel déverse ses ennuis sur le pavé de ma raison, Reflétant un monde effacé par une étrange déférence. Les toits se fondent dans la nuit sur de fragiles floraisons Tandis que mon âme agacée s’enferme dans l’indifférence.
Je guette au bord de l’eau troublée une lueur de guérison, Mon pinceau trempé de nuages pour repeindre mes rêves gris En songes d’espoir redoublé qui s’étirent vers l’horizon De ma méditation suave qui demeure mon seul abri.
Pourtant, sous ce dôme de soie, je réinvente mes matins En peignant d’un trait de lumière les reflets d’or de la chaussée. Pour redonner confiance en soi, j’y noue des prières de satin Et je me lève la première pour voir si elles sont exaucées.
Pourtant quand l’amour est trop fort, les papillons du ventre mutent, Deviennent plumes de couleurs pareilles à celles de l’arc-en-ciel. Et si l’ardeur fait un effort, un oiseau de folie transmute Et va évacuer ses douleurs sur la canopée substantielle.
Lorsqu’il revient au nid du cœur après ses longues routes célestes, Il rapporte dans son plumage un peu d’azur et de soleil. Et le malade, sinon vainqueur, apprend que ses peines funestes Ne sont alors que des hommages suspendus au bord du réveil.
Mais gare à celui qui nourrit cet oiseau de fièvre et de rêve ; Il picore les souvenirs, les regrets et les vieux chagrins, Puis il s’envole et tout pourrit sur quelque inaccessible grève En laissant le cœur devenir fou, solitaire et pérégrin.
Selon les couleurs de l’humeur, le cœur exalte ou se rebiffe. La joie le fait se dilater comme s’il bandait de bonheur. Et si l’on en croit la rumeur, un cœur heureux, déclaratif Et guilleret doit miroiter sitôt l’aurore et de bonne heure.
J’ai entendu auparavant — il faut avoir le cœur rêveur — Qu’un cœur atteint de ce syndrome se couvre d’un étrange poil. Invisible aux yeux des savants, il pousse au gré de sa ferveur Et se voit dans l’œil polychrome des poètes sous les étoiles.
La science y perd son latin et ses remèdes sont dérisoires. Le mal résiste aux cataplasmes, aux tisanes et aux docteurs. On le contracte un beau matin en croisant des flirts illusoires, Puis l’on se découvre un orgasme avec papillons dans le cœur.
Lorsque le poil sort par le nez, par la bouche ou par une oreille, Faut surtout ne pas l’arracher mais le nouer au gobelet Pour l’écouter faire résonner les lamentations sans pareilles Du pauvre cœur amouraché d’un prince ou bien d’un roitelet.
Tableaux de Helena Nelson-Reed et de Dorina Costras.