Catégorie : Poésie du dimanche

  • Une amie pas vraiment imaginaire

    Une amie pas imaginaire

    J’ai désormais l’ange gardien qui vit dans le monde invisible
    Mais qui pourtant me tend la main pour me sauver quoi qu’il arrive.
    Nos mains sont telles un nœud gordien en synergie indivisible ;
    Elle m’accompagne sur les chemins de l’amour et de ses eaux vives.

    Lorsque le doute vient souffler sur les braises de ma mémoire,
    Elle ranime la lumière au fond des cendres du passé.
    Et lorsque je crois m’égarer dans les méandres de l’histoire,
    Je retrouve son doux regard là où mes pas s’étaient lassés.

    Je ne la vois qu’entre les plis du réel et de ses frontières,
    Quand les silences de la nuit deviennent plus vastes que le jour.
    Elle traverse sans effort les murailles de la matière
    Pour déposer dans mon esprit quelques étincelles d’amour.

    Longtemps je crus qu’elle venait d’un monde étranger à la Terre,
    De ce royaume inaccessible au regard des simples mortels
    Mais je compris qu’elle habitait depuis toujours mon sanctuaire,
    Comme une source dissimulée sous les apparences du réel.


    Alors quand je ferme les yeux, j’entends sa toute petite voix
    Qui monte de mon périnée jusqu’à ma tête et qui résonne.
    Puis elle allume un merveilleux flambeau qui brûle d’un feu de joie
    Et se transforme en dulcinée, les seins nus comme une amazone.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le portail des anges

    Le portail des anges

    Désormais je les vois partout avec des formes humanoïdes
    Sortant des entrailles de la terre parmi tous les ronds de sorcières
    Ou les cromlechs qu’on voit surtout entourés de sinusoïdes
    Et de spirales élémentaires ou toutes autres voies traversières.

    Mais lorsque je voulus enfin leur demander qui les envoie,
    D’où leur venait cette lumière et ce mystérieux ministère,
    Ils désignèrent simplement la voie qui passait devant moi
    Puis retournèrent au silence avec un sourire de pierre.


    Je les suivis, très intrigué, car je voulais en savoir plus…
    Ils n’ont rien dit mais m’ont laissé les accompagner sous les pierres.
    Celle qui m’avait prodigué la main tendue de l’angélus
    Semblait la seule intéressée à devenir mon équipière.

    Le paysage de fond représente Fairy Glen sur l’île de Skye en Écosse, connu pour ses collines verdoyantes et ses formations rocheuses uniques.

  • Cueillir et tisser la lumière

    Rendez-vous sous la pleine lune pour cueillir les étoiles filantes
    Captées par le halo lunaire et tombées en avant-première.
    Chercher ces éclats de fortune, faire attention, être vigilantes,
    Et collecter ces luminaires dans un grand panier de lumière.

    Au bord des eaux, les huit Atlantes recueillent tous les astres tombés ;
    Le grand lac reflète leurs visages selon le doux rythme de leurs chants.
    Puis chacune, jeune fille ardente, enferme tous les feux incombés ;
    Du sélénite paysage parmi toutes les fleurs des champs.

    Dans la clairière, elles étirent les longs filaments de lumière
    Et les étoiles y respirent en obéissant à leurs mains.
    Leurs doigts s’accordent et conspirent, d’arcs-en-ciel toute une ramière
    De fils qui se croisent et inspirent le jour qui renaîtra demain.

    Tableaux d’Erin Kate Archer.

  • Le tunnel qui mène au « machin »

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    D’abord il faut trouver l’entrée ce qui n’est pas une mince affaire
    Car elle court, dans les forêts, les ruisseaux et les sources vives.
    Ensuite il faut se concentrer sur le chemin qu’il reste à faire
    Et pénétrer l’air phosphoré dans le tunnel qui se ravive.

    Enfin il faut savoir toucher, apprivoiser avec le doigt ;
    En effet le gardien n’accepte que si l’on montre patte blanche.
    S’il n’est pas trop effarouché, il ouvrira comme il se doit
    La porte en donnant pour précepte que le tunnel est bien étanche.

    Un flot lumineux fend les voiles et dessine un pont sous-tendu ;
    Un papillon d’or suit la blonde au bord secret de la rivière.
    Le grand geyser aux mille étoiles court sur des méandres suspendus ;
    La voyageuse suit toutes les ondes qui la conduisent vers la lumière.

    Enfin, le tunnel se retire devant le cercle tant attendu ;
    La présence enfin la regarde, debout au cœur de la clairière.
    Le « machin » lentement respire comme un visage confondu ;
    L’élève et puis la sauvegarde mais sans revenir en arrière.

    Tableaux de Kumar Alzhanov, Alexander Razboinikov et Vsevolod Ivanov.

  • Semences d’étoiles filantes

    Semences d’étoiles filantes

    Je cultive mes vœux dans mon jardin secret
    Et récolte toujours ses plus belles espérances.
    J’y ai trouvé ma femme à force d’y consacrer
    Avec ténacité mes désirs à outrance.

    Chaque étoile filante est une graine d’or
    Que je plante aussitôt dans un sillon de rêve.
    La Lune alors l’implante puis doucement l’endort
    Et veille de facto à faire monter la sève.

    Or une femme semait, dans son jardin intime,
    Des semences d’argent lorsque la Lune est belle.
    Nos vœux se sont croisés et nos cœurs légitimes
    Ont produit d’autres fruits, Cerise et Mirabelle.

    Gravure de Jean-Jacques Grandville.

  • La paréidologie dans les nues

    La paréidologie dans les nues

    Dis-moi ce que tu vois dans les nuages blancs
    Et je dévoilerai les secrets de ton âme
    Selon que tu y vois des anges se rassemblant
    Pour attirer ton cœur vers ta future femme.

    Mais si le vent survient, mélange les images,
    Change la femme en louve ou serpent trop adroit,
    Retiens celle aperçue et qui rendait hommage
    À Vénus, Cléopâtre ou Hélène de Troie.

    Je prétendais sonder les secrets de ton âme
    Mais les nuages blancs se moquent des rêveurs.
    Et pourtant je persiste à retrouver la femme
    Dont la voix dans le vent m’appelle avec ferveur.

    Tableau d’Arnold Peter Weisz-Kubínčan.

  • L’invasion de l’amour

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    Le message qui parlait d’amour s’est répandu en bord de mer
    En déclenchant de grosses lames, tsunami et raz-de-marée.
    Certains y ont vu de l’humour et d’autres une mode éphémère
    Mais ce seraient surtout les femmes qui auraient été effarées.

    Sitôt les soucoupes apparues, elles sont allées les accueillir
    À cause des antidouleurs qui paraissaient les rajeunir.
    Tandis que l’homme de la rue s’enfermait pour se recueillir
    Et prier sa télé couleurs dont il ne pouvait s’abstenir.

    Et puis tout le monde a disparu, la Terre redevint un parc
    Où les animaux pouvaient vivre sans crainte de l’homme prédateur
    Qui a lui-même comparu devant Dieu, Satan et les Parques
    Sans que personne ne lui délivre un bilan appréciateur.

    Tableau de Casey Weldon, Larry Carlson et Elliot Rogers sur https:www.booooooom.com20160727artist-spotlight-casey-weldon .

  • La main de Dieu

    Dieu créa la femme à l’image de ce qu’il pensait trouver bon
    Avec tout le divertissoire qui, en principe, plut à Adam
    Qui en pinça et, en hommage à sa beauté, fit tant de bonds
    Qu’il en tomba, c’est accessoire, dans les pommes en plein ramadan.

    Puis Dieu voulut mettre la main sur son œuvre avec compassion
    Et vérifia chaque détail de sa divine anatomie.
    Mais Ève n’attendit pas demain pour dire qu’après cette inspection,
    Elle méritait une médaille et non pas une mammectomie.

    Dieu retira donc ses dix doigts, fier de son admirable ouvrage,
    En laissant Ève disposer de tous ses dons comme elle l’entend.
    Adam, bandant comme il se doit, prit à deux mains tout son courage,
    Les mains baladeuses supposées être divines tout autant.

    Tableaux de Daniel Kozeletckiy sur https:www.artsy.netartworkdaniel-kozeletckiy-young-lady-with-nipple .

  • L’invasion de l’imaginaire

    L’invasion de l’imaginaire

    J’ai peu de choses dans ma chambre mais, aussitôt que j’ouvre un livre,
    Se répand tout l’imaginaire qui remplit alors tout l’espace
    D’historiettes avec tous ses membres qui s’installent là et me délivrent
    Qu’il serait extraordinaire de pouvoir les remettre en place.

    Tous les acteurs de mes histoires sont venus s’asseoir sur mon lit ;
    Les fées s’échappent d’un vieux grimoire pour repeindre mon plafond la nuit.
    Ce que les masques des armoires racontent avec un brin de folie,
    Rentre aussitôt dans ma mémoire pour en chasser le moindre ennui.


    Même en refermant ma lecture, rien ne retourne entre les pages ;
    Même au fond de leurs couvertures, des yeux continuent de briller.
    Je tente au fur et à mesure d’éviter que tout se propage
    Sous le flot de leurs aventures mais ils sont tous éparpillés.

    Illustration de Lena Gnedkova.

  • Mon existence avant la vie

    Mon existence avant la vie

    Les jours se suivent et se ressemblent et puis, un jour, sont différents ;
    L’un c’est la vie, l’autre l’enfant et puis c’est moi qui m’insinue.
    Un jour, pour rire, je marche à l’amble, le lendemain c’est en courant
    Jusqu’à l’événement triomphant de ma naissance vers l’inconnu.

    Avant d’avoir reçu mon nom, je traversais chaque peinture ;
    Je dormais au creux d’un dragon, me dissimulais sous les couleurs.
    Chaque tableau prêtait sa forme à ma fragile créature
    Et je naissais dans le regard qui m’inventait avec son cœur.


    Bien sûr, les mots n’existaient pas et les images restaient blanches
    Mais le matériel était prêt et la palette achalandée.
    Si aujourd’hui, au moindre pas, il se produit une avalanche
    D’imaginaire, c’est que l’apprêt in utero était fondé.

    Illustrations de Yelena Yampolsky.

  • Perdue, indécise, casée

    Un peu perdue, la voyageuse, téléportée à la va-vite,
    Se retrouve sans carte Michelin entièrement nue et déphasée.
    Or sur cette route orageuse, que peut-elle faire pour qu’elle évite
    Les conducteurs pas très malins qui risqueraient de l’écraser ?

    De l’autre côté, un vieux théâtre et son café désaffecté
    Lui proposent deux aventures pour ne plus rester sous l’averse.
    Mais doit-elle monter quatre à quatre les marches et se faire accepter
    Sans devoir payer en nature et sans qu’il y ait de controverse ?


    Elle choisit alors le café, se coiffe d’un grand sombrero,
    Puis découvre dans une alcôve un abri fait à sa mesure.
    Enfin bien casée et coiffée, elle n’attend plus que son héros
    Qui la tirera saine et sauve de ce voyage en démesure.

    Photos sur https:www.messynessychic.com20160916instagrams-most-adventurous-naked-hippie .

  • Lilith en Terre-de-feu

    C’était bien avant le déluge, la Terre-de-feu n’était que glace
    Et fondait au cœur de l’été sous les températures australes.
    Lilith alors trouvait refuge en se bâtissant un palace
    Dans les icebergs reflétés par les aurores boréales.

    Mais la Terre-de-feu insoumise gelait le royaume de Lilith
    Lorsque l’hiver se resserrait sous l’influence climatique.
    Ce n’était pas la Terre promise mais des terres fertiles d’élite
    Où les eaux de pluies accourraient remplir les nappes phréatiques.

    Alors que faire en ce bas-monde sinon faire feu de tout bois ?
    L’homme veut dominer la Terre et puis l’homme a toujours raison.
    Après maintes guerres immondes, les opprimés sont aux abois ;
    Alors les survivants se terrent jusqu’à la nouvelle saison.

    Tableaux d’Anouska Beckwit.

  • Les ficelles de l’amour

    Les ficelles de l’amour

    Je te tiens, tu me tiens, par un lien cornélien ;
    La ficelle d’amour qui n’a plus ses deux bouts
    Car un fou a tranché l’intime nœud gordien
    Qui reliait entre eux les organes tabous.

    Nous marchons enlacés dans les ronces du lien,
    Ligotés de silence aux brûlures charnelles.
    Nos corps cherchent encore l’impossible maintien
    Dans les derniers lambeaux de ficelle éternelle.

    Chaque nœud de nos corps saigne un désir ancien ;
    Nos souffles prisonniers tremblent sous les épines.
    L’amour nous a liés d’un fil presque païen
    Dont les dieux ont perdu les secrètes origines.

    Tableau de Mark Ryden.

  • Vision géométrique et sacrée

    Vision géométrique et sacrée

    L’artiste a le compas dans l’œil et un cerveau dans sa rétine
    Qui lui révèle les proportions les plus sacrées de l’univers.
    La fleur de vie est sur les feuilles, Fibonacci sur les collines,
    Le nombre d’or en contorsion parmi tous les espaces verts.

    Les coquillages, la vague, le ventre et même la fleur de douceur
    Portent ce lent enroulement qui semble aimer à l’infini.
    Comme si la nature au centre tâchait le vert d’une rousseur
    Dans le plus grand chamboulement des saisons ainsi définies.

    Le coquillage et le pistil reproduisent la même spirale,
    Le fleuve en épouse les hanches des collines à l’automne d’or.
    Sans doute l’amour reconnaît-il sa géométrie viscérale
    Lorsque les amants se déhanchent pour créer un conquistador.

    Tableau de Charles L. Gilchrist.

  • Au secours, l’hiver revient

    J’ai découvert le pot-aux-roses de cette réforme débile
    Car juste à la fin de l’automne, on endort les gens pour trois mois.
    On appelle ça la sinistrose ou l’hibernation immobile
    Car le monde entier se cantonne dans son lit et chacun chez soi.

    Seul un vieux poète insomniaque perça l’affreux complot d’État :
    Pendant trois mois, tous les hivers, il voit la neige s’accumuler.
    On le traite de démoniaque, de faux prophète, de vendetta
    Pourtant c’est lui que l’univers a choisi pour nous stimuler.

    Afin d’éviter la panique, les présidents nient les frimas ;
    Les journaux parlent de vacances, de foot et on prend du bon temps.
    Quand chacun roule des mécaniques, l’état répond que le climat
    Se réchauffe à une cadence telle qu’on passe d’automne au printemps.

    Tableaux numériques de Richard Nadler sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com202511Richard-Nadler.html .

  • Les trois saisons

    Depuis qu’on a rayé l’hiver de ce fichu calendrier,
    L’année ne compte que neuf mois et donc les grossesses durent un an.
    Ça a chamboulé l’univers et fait couler les encriers
    Mais en résultat quel émoi quand tout va très bien maintenant !

    Or les oiseaux n’émigrent plus ; ils ont signé des C.D.I.
    Avec les arbres du village où chacun possède son nid.
    Et puis un jour, dès qu’il a plu, les hirondelles sont parties
    En télétravail sur les plages pour y construire un paradis.

    Les nuages ont enfin le droit de se choisir une saison ;
    Les plus paresseux font l’automne et les plus hardis le printemps.
    Les météorologues adroits ont désormais toujours raison
    Mais tout le monde se désabonne des bulletins de mauvais temps.

    Tableaux numériques de Richard Nadler sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com202511Richard-Nadler.html .

  • La Croisière Stellaire

    La Croisière Stellaire

    Quand le premier quartier commence avec un D plutôt qu’un C,
    J’en profite pour m’élancer vers le seuil de la nuit des temps
    Avec de belles performances dues à la course cadencée
    De la Lune qui vient s’avancer vers la phase qui la détend.

    Je hisse alors les voiles bleues sur les mâts de l’immense azur,
    Pour fendre l’écume lactée où bouillonnent les galaxies.
    L’enfant pilote un rêve preux, tenant le cap avec mesure,
    Tandis que le vent va tracter les comètes en acrobaties.

    Il pêche au bout de son sillage des grappes d’astres scintillants,
    Qui viennent border son voyage de maintes perles illimitées.
    Il vogue au-delà des nuages, sur ces flots d’or et de diamants,
    Pour offrir au monde un message de paix et de sérénité.

    Illustration de Laura Elderton.

  • Luneton

    Luneton

    Luneton, jeune espoir féminin, nous offre son spectacle étrange ;
    Elle danse les soirs de pleine Lune sur celle-ci, gibbeuse et bien ronde.
    Son numéro paraît bénin pour le public qui se dérange
    Mais elle en a fait sa fortune et en a enchanté le monde !

    Lorsque son grand ballon décline, Luneton ne ralentit pas ;
    Sur un croissant devenu frêle, elle poursuit l’éternelle ronde.
    La nuit retient la ballerine et le ciel tremble sous ses pas
    Mais l’équilibriste immortelle jouit à la dernière seconde !


    Et quand la Lune se retire dans ses quartiers moins prestigieux,
    Luneton repart en tournée sur les lunes des autres planètes.
    Les journaux titrent qu’elle attire des extraterrestres élogieux
    Qui lui proposent de tourner avec mignons et mignonettes.

    Tableau de FujiRemi.

  • La Lune à la rescousse

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    Parfois les soirs de pleine Lune, un loup-garou fait un faux pas
    Et peut tomber dans un trou noir car il n’est pas très nyctalope.
    Heureusement une main opportune vient le délivrer du trépas
    In extremis de l’entonnoir diabolique, fourbe et interlope.

    Le rescapé reconnaissant promet à la Lune d’être sage ;
    Elle le dépose sur la terre où le loup se croit hors d’ennui.
    Mais l’astre rond et tout-puissant réveille en lui la bête sauvage
    Qui mord sa bienfaitrice altière avant de s’enfuir dans la nuit !


    Et l’on crie : « Haro sur le loup ! » de toute une myriade de bouches !
    Les astres vengeurs de la Lune le criblent d’étoiles filantes.
    Et le loup meurt. Pas de jaloux. Comme quoi les loups-garous sont louches
    Et face à une main opportune, ils montrent leur humeur méchante.

    Illustration d’Oozium.

  • La Lune par devant, par côté, par derrière

    Quand la Lune se renouvelle, elle ne montre que ses fesses
    Mais dans le noir, ce n’est pas grave et sa pudeur demeure intacte.
    Après trois tours de manivelle, elle daigne revenir à confesse
    En affichant l’air le plus brave mais si ténu qu’il se rétracte.

    Elle habite les beaux quartiers et se montre nue à la fenêtre ;
    La Lune est d’une humeur changeante ; elle ne fait rien comme tout le monde.
    Elle est enceinte d’un mec altier qui, par la crainte de lui voir naître
    Un luneteau – chose affligeante – l’a plaquée. C’est vraiment immonde !

    Puis enfin elle arrive à terme et elle expose sa face entière ;
    Un ventre parfaitement rond qui resplendit dans les hauteurs.
    La voilà pleine ; son épiderme reflète toute la lumière
    Mais son amant, ce fanfaron, n’en réclame pas ses droits d’auteur !

    Puis elle maigrit de profil, ne nous montrant plus qu’un quartier ;
    Son ventre fond, sa joue se fend ; elle doit assurer ses arrières.
    Enfin elle tourne à contrefil pour mieux exhiber son fessier ;
    La Lune apparaît par-devant, par les côtés et par-derrière !

    Tableaux de Chris Skinner, Stephanie Hans, Robert Eggers et Erté.

  • L’éveil de l’aura

    L'Éveil de l'Aura

    Le corps s’ouvre au soleil dans un geste sacré,
    Déployant les couleurs d’un esprit délivré.
    L’or brûle sur la peau, la pourpre se déchaîne,
    Effaçant la douleur et le poids de ses chaînes.

    Au centre du néant, un bouton de ferveur
    Éclot comme un calice dans cet instant rêveur.
    La lumière jaillit en cercles de mystère,
    Soulevant l’anima au-dessus de la terre.

    L’âme n’est plus captive en sa prison de craie,
    Elle danse au sommet d’un silence discret.
    Dans l’orbe de ce jour, la vie est une flamme
    Où le ciel tout entier vient s’offrir à la femme.

    Tableau d’Elena Ray.

  • Le film de ta vie

    Le film de ta vie

    Chacun peut comparer sa vie à l’échelle de l’univers ;
    On naît d’un big-bang où un dieu allume brusquement la lumière.
    Puis on dort, on tête à l’envi pendant l’espace d’un hiver
    Et c’est l’âge tendre et radieux dans le confort de sa chaumière.

    Le feuilleton de la vie s’écoule avec ses rebondissements ;
    La première saison à l’école et la deuxième sur le campus.
    À la troisième, l’armée vous moule avec ses abêtissements
    Et la quatrième décolle enfin vers un nouvel opus.

    Vient la cinquième où la carrière devient le cheval de bataille ;
    À la sixième, on se construit une famille, une maison.
    À la septième, c’est la barrière de la retraite qui s’entrebâille
    Pour offrir aux enfants le fruit affiné au fil des saisons.

    Et puis tombent les illusions, le monde change de couleur
    Et le temps ne s’écoule plus, rien ne sera plus comme avant.
    Et devant la désillusion, on fait le choix dans la douleur
    De faire un dernier pas de plus, cependant pas le plus éprouvant.

    Tableau de Robert Venosa.

  • Elephant Hotel

    Pour accueillir tous les migrants qui viennent en masse colossale,
    Un architecte a eu l’idée d’un hôtel en forme d’éléphant.
    Cela surprend petits et grands quand ils pénètrent dans la salle
    Où ils se verront validés pour vivre avec femmes et enfants.

    Oui mais voilà : ce qui les trompe, c’est que si l’hôtel paraît grand,
    À l’intérieur tout est petit, à la mesure des souris.
    Pas de panique ! En grande pompe, on vous passe au désintégrant ;
    L’appareil d’ostéopathie, avec scalpel et bistouri.

    Et vous êtes ainsi transformés en bonsaï humain tout mignon,
    Et l’hôtel devient la planète de sept milliards d’heureux élus
    Qui espéraient se conformer aux lois dictées à Matignon
    Et se découvrent marionnettes pour anniversaires farfelus.

    Le « Colossal Éléphant de Coney Island », construit en 1885, mesurait environ 37 mètres de haut. Il a été détruit par un incendie en 1896. Initialement conçu comme un hôtel, il a principalement servi d’attraction touristique avec une plateforme d’observation.

  • Les ondes angéliques

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    Dans la forêt, les arbres sentent l’effet des ondes angéliques
    Qui, de leurs racines en enfer, les attirent tout droit vers le ciel.
    Et lorsque je parcours les sentes tracées par des courbes magiques,
    Je me sens prêt pour le transfert via le tout premier arc-en-ciel.

    Alors mon corps se décompose en une fusée ragaillardie ;
    Mon auréole est périmée, mon permis n’est donc plus valide.
    Mais un archange qui s’oppose me ferme soudain le paradis :
    « Vous devez la réimprimer sinon, tant pis, pas de bolide ! »

    Je comprends maintenant pourquoi les ondes tournent toujours en rond !
    Tous les poètes, comme moi, se font refouler par le vent.
    Sans certificat adéquat, on a beau faire le fanfaron,
    On se retrouve en fin de mois toujours Gros-Jean comme devant.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • La plume au cœur

    La plume au cœur

    Pourtant quand l’amour est trop fort, les papillons du ventre mutent,
    Deviennent plumes de couleurs pareilles à celles de l’arc-en-ciel.
    Et si l’ardeur fait un effort, un oiseau de folie transmute
    Et va évacuer ses douleurs sur la canopée substantielle.

    Lorsqu’il revient au nid du cœur après ses longues routes célestes,
    Il rapporte dans son plumage un peu d’azur et de soleil.
    Et le malade, sinon vainqueur, apprend que ses peines funestes
    Ne sont alors que des hommages suspendus au bord du réveil.

    Mais gare à celui qui nourrit cet oiseau de fièvre et de rêve ;
    Il picore les souvenirs, les regrets et les vieux chagrins,
    Puis il s’envole et tout pourrit sur quelque inaccessible grève
    En laissant le cœur devenir fou, solitaire et pérégrin.

    Tableau de Julianne K. Riddle.

  • Le poil au cœur

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    Selon les couleurs de l’humeur, le cœur exalte ou se rebiffe.
    La joie le fait se dilater comme s’il bandait de bonheur.
    Et si l’on en croit la rumeur, un cœur heureux, déclaratif
    Et guilleret doit miroiter sitôt l’aurore et de bonne heure.

    J’ai entendu auparavant — il faut avoir le cœur rêveur —
    Qu’un cœur atteint de ce syndrome se couvre d’un étrange poil.
    Invisible aux yeux des savants, il pousse au gré de sa ferveur
    Et se voit dans l’œil polychrome des poètes sous les étoiles.

    La science y perd son latin et ses remèdes sont dérisoires.
    Le mal résiste aux cataplasmes, aux tisanes et aux docteurs.
    On le contracte un beau matin en croisant des flirts illusoires,
    Puis l’on se découvre un orgasme avec papillons dans le cœur.

    Lorsque le poil sort par le nez, par la bouche ou par une oreille,
    Faut surtout ne pas l’arracher mais le nouer au gobelet
    Pour l’écouter faire résonner les lamentations sans pareilles
    Du pauvre cœur amouraché d’un prince ou bien d’un roitelet.

    Tableaux de Helena Nelson-Reed et de Dorina Costras.

  • La femme papillon

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    Pas de sirène sur Jupiter car c’est une géante gazeuse
    Mais, en revanche, ont pullulé une pléthore de femmes-papillons.
    Elles frétillent en sagittaire en petites maîtresses oiseuses
    Avec la tête campanulée et les oreilles en tortillons.

    Les mâles, privés de moustaches, les confondent avec des boutons
    Et passent des journées entières à leur tourner autour du pot.
    Elles récoltent avec panache leurs poils laineux comme des moutons
    Et, de ces poils, font la matière dont elles s’imprègnent alors la peau.

    Lorsque la planète s’endort sous les tempêtes circulaires,
    Elles replient leurs grandes ailes pour dormir dans la tache rouge.
    Elles rêvent de ces grands condors dont le cou perpendiculaire
    Peut les nettoyer avec zèle grâce au bec en forme de gouge.

    Tableau de Frank Xavier Leyendecker.

  • Les femmes papillon

    Si plutôt que mes quatre muses, j’avais trouvé des papillons,
    Mes lecteurs auraient échappé à toutes mes élucubrations.
    Chaque poème qui m’amuse aurait eu l’effet papillon
    Dont l’insuccès aurait frappé mon audimat d’indignation.

    Laurelïne
    « Des papillons ? C’est très joli… mais ils ne vivent qu’un été ;
    Comment auraient-ils supporté tes flots d’alexandrins pervers ?
    Et puis, un poème trop poli avec des rimes répétées
    Aurait forcément comporté des romances pourries de vers. »

    Loreleï
    « Tu aurais chassé des papillons jusqu’à l’épuisement complet ;
    Ils auraient juste changé de fleur avant la fin de ton poème.
    Avec moi, dans un roupillon, tu peux rêver de tes pamphlets
    Avec mes pensées qui t’effleurent puisque c’est ainsi que je t’aime ! »

    Lïlïth
    « Des papillons ? Quelle drôle d’idée ! Ils sont jolis mais bien trop faibles.
    Et à la première bourrasque ils s’en vont tous éparpillés !
    Mais avec moi, c’est décidé, tu peux t’envoler comme un aigle,
    Voler sur un monde fantasque et écrire de jolis papiers ! »

    Ledalïä
    « Les papillons changent de forme au fil des saisons et des fleurs ;
    Nous, nous changeons le cœur des hommes sans perdre notre identité.
    Ainsi lorsque tu te conformes à notre intuition qui t’effleure,
    Tu entres alors dans un royaume de vers en floribondité ! »

    Tableaux de Samuel Schmucker.

  • Polymorphisme

    Polymorphisme

    La biche brame au clair de Lune… mais elle est aussi polymorphe ;
    Quand son mari est en danger, par un cri vociférateur,
    Elle prend, comme forme opportune, l’image d’un grand cerf amorphe
    Pour éviter qu’il soit mangé par un sinistre prédateur.

    Le vieux cervidé de bruyère abrite un royaume en ses flancs,
    Des arbres poussent dans ses veines et des rivières dans ses songes
    Quand se soulève sa lumière par des vents glacés et ronflants
    Qui se poursuivent à perdre haleine dans un appel qui se prolonge.

    Dans ses ramures s’entrelacent les constellations de l’automne,
    Les oiseaux, porteurs éoliens, transmettent les ondes azurines.
    Et quand son âme se déplace, la forêt entière frissonne
    Comme un temple végétalien où sa vestale tambourine.

    Tableau de Vasil Mushyk – aussi connu sous le nom Vasil Woodland.

  • Le Sphinx bleu

    Le Sphinx bleu

    Au moment où tu franchiras le mur ténu de la lumière,
    Attends-toi à croiser le Sphinx juste au seuil du gouffre béant !
    À sa question, tu répondras et il t’ouvrira la première
    Des sept portes de la Syrinx qui t’enverra dans le néant.

    En ouvrant la porte du tendre où les vieux dieux deviennent cendres,
    Le Sphinx bleu te demandera quel nom tu donnerais à ta peur.
    Si ton âme accepte d’entendre le chant qui te fait redescendre,
    Alors la Syrinx grondera te faisant fuir à toute vapeur !

    Mais si ton cœur vacille encore devant les miroirs du passage,
    Le Sphinx bleu te détournera vers ta page et vers l’encrier.
    Car nul ne traverse la mort sans écrire un dernier message
    Et la Syrinx retournera dans le néant sans s’écrier.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Terminal Paradis

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    Quand on arrive au paradis, on n’a plus rien, on est tout nu ;
    « Les uns par-ici ou par-là ! » clame-t-on dans les haut-parleurs.
    Et comme on n’a pas un radis, on obéit aux inconnus
    Qui sont en tenue de gala qui vont nous juger la valeur.

    Nul avocat pour nous défendre, nul témoin pour plaider la cause ;
    Chaque seconde fait apparaître des gémissements à plein volume.
    On revoit ceux qu’on fit pourfendre, tous nos remords et nos psychoses,
    Et les bonheurs qu’on a faits naître mais qui pèsent autant qu’une plume.

    Les uns partiront vers les astres afin d’y bâtir d’autres mondes ;
    D’autres se réincarneront pour tenter d’être repêchés.
    Quelques-uns verront le désastre des enfers aux flammes immondes
    Et ceux qui alors resteront devront nettoyer l’évêché.

    Tableaux d’Irving Norman sur https:irvingnorman.comoil-paintings .

  • L’assemblée des pique-sous

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    Quand les pique-sous se réunissent, ce n’est jamais très bon pour nous
    Car ils s’adonnent aux luxuriances hélas aux frais de la princesse
    Et comme d’après la pythonisse †, il s’avère que celle-ci… c’est nous
    Et on sait bien par expérience qui devra passer à la caisse.

    Ils discutent d’économie comme on dissèque une carcasse ;
    Chaque sourire est calculé, chaque poignée cache un contrat.
    Le peuple dans l’ignominie verra se fondre dans la masse
    Des dividendes miraculés qu’ils répètent comme un mantra.

    Les uns parlent de sacrifices sans jamais accorder de prêt ;
    Les autres vantent l’austérité le ventre rempli de caviar.
    Tous jurent servir la justice… mais leurs comptes se tiennent toujours prêts
    À croître avec dextérité par baril de pétrodollars.

    Ils appellent cela la « réforme » avec des mines de bienfaiteurs ;
    Les mots s’imprègnent de parodie qui fait rire la classe patronale.
    Mais lorsqu’on regarde les formes, on retrouve les mêmes acteurs
    Qui jouent la même comédie au sein de l’Assemblée Nationale.


    († Pythonisse : Oracle de Delphes.)

    Tableaux d’Irving Norman sur https:irvingnorman.comoil-paintings

  • La peinture parallèle

    La peinture parallèle

    Dans la peinture parallèle, le peintre imprime ses tableaux ;
    Le premier n’a que les contours et le deuxième, ombre et lumière.
    Le troisième est en diallèle mais il faut l’voir par le hublot
    De l’expérience qui fait des tours par ses illusions coutumières.

    Alors chaque œuvre est reproduite, engendre un nouveau créateur,
    Le pinceau copie la copie et l’origine se retire.
    Quand le dernier tableau médite en contemplant son spectateur,
    On ne sait plus qui peint la vie ni quel regard vient de nous lire.

    Et en poésie, c’est pareil ! La première ligne est une accroche
    Qui oblige le lecteur curieux à continuer la deuxième ligne
    Qui commence à tirer l’oreille avec ses rimes qui s’approchent
    D’un hypnotisme des plus furieux mais qui sait demeurer très digne.

    Représentation du peintre Bart van der Leck illustrée par Joost Swarte.

  • Connaissez-vous les Alpes ?

    Connaissez-vous les Alpes ?

    Cocorico ! dit le Mont Blanc – à moitié rital toutefois –
    Et c’est pareil pour le Cervin, mi-valaisan, mi-italien,
    Dit « Matterhorn » en suisse allemand qui complique encore une fois
    Ma dégringolade qui advint quand j’ai voulu faire le lien.

    Le Mont Rose est suisse et ritale, le Liskamm l’est pareillement ;
    Le Dom paraît bien solitaire avec le Weisshorn pour frontière.
    Mais la neige internationale les recouvre indifféremment
    Car l’homme est seul propriétaire, tête au ciel et les pieds sur Terre.

    Mont Blanc
    Le sommet le plus haut représenté, culminant à 4 804 mètres à la frontière franco-italienne.

    Mont Rose “Monte Rosa”
    Situé à la frontière suisse et italienne, il s’élève à 4 634 mètres.

    Cervin “Matterhorn”
    Célèbre sommet situé à la frontière entre la Suisse et l’Italie, haut de 4 478 mètres.

    Autres sommets
    Le Dom, le Weisshorn, le Grand Combin, et d’autres pics alpins de plus de 4 000 mètres.

  • Le jour où j’ai rencontré Loreleï

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    « Ce n’est pas l’homme qui prend la mer pourtant c’est la mer qui prend l’homme… »
    J’avais entendu ce proverbe sans vraiment prêter d’attention.
    Pourtant la vie semble éphémère avec la mort pour seul binôme
    Or moi, je suis de la mauvaise herbe mais nourrie de bonnes intentions.

    La mort a voulu m’arracher ; autant de fois j’ai résisté.
    Toujours plus fort, toujours plus ferme, et je résiste plus encore.
    La dernière fois j’ai cru cracher ma dernière envie d’exister
    Mais Loreleï y a mis un terme et m’a saisi à bras le corps.

    Depuis je chevauche les vagues avec l’ardeur d’un vrai triton
    Car ma Loreleï m’a transformé depuis qu’elle est devenue mère.
    Quand je la prends, mon cœur divague et bat la mesure dans le ton
    D’un acte d’amour consommé entre un humain et une chimère.

    Tableaux de Jim Warren.

  • Les oiseaux de la Töss

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    Malheureusement je ne sais plus d’où viennent-ils ni où vont-ils,
    Venant de gauche ou bien de droite, allant à droite ou bien à gauche.
    Selon s’il neige ou s’il a plu, selon la race des volatiles…
    Oui, je suis plutôt maladroite et mes oracles sont en ébauche.

    Il y a encore deux mille ans, j’étais jeunette et performante
    Aujourd’hui l’oracle a vieilli et ma vision est défaillante.
    En voulant me rendre à Milan, je me suis retrouvée à Nantes…
    Alors la Suisse m’a recueillie à titre d’Oracle immigrante.

    Depuis, je suis d’autres soleils, d’autres lunes et puis d’autres terres ;
    Les eaux des rivières ont changé, comme le ciel et les nuages.
    Portée par un vent qui balaye le cours d’un voyage solitaire,
    Je ne crains plus aucun danger, je suis un oiseau de passage.

    Tableaux d’Elin Manon.

  • Né d’une étoile

    Né d’une étoile

    J’avais déjà un cœur d’étoile et celle qui m’a donné un corps
    Était une géante gazeuse, sœur de Jupiter et Junon.
    Aujourd’hui l’âme me dévoile mes origines et plus encore ;
    Ma grand-mère était Nébuleuse, première porteuse du nom.

    Les galaxies furent mes tantes et les quasars mes deux cousins ;
    Les comètes me firent cortège avant l’éveil de l’univers.
    Mes cheveux d’étoiles filantes ondulent sous les feux voisins
    D’un soleil brillant qui protège ma tête de ses rayons verts.

    Mon premier souffle était fugace au fond d’un ventre sidéral ;
    Le temps n’était qu’une poussière errant parmi les feux naissants.
    Je suis venu lorsque l’espace apprit son premier chant choral
    Et garde encore dans sa lumière un souvenir luminescent.

    Tableau d’Ann Beeching.

  • Ô Râ Ton Feu !

    Ô Râ Ton Feu !

    Ô Râ ton feu crève l’écran de mes nuits blanches un peu trop tôt
    Et si ce n’est pas trop demander, je voudrais une prolongation
    Opérant sur le dernier cran de mon réveil qui va tantôt,
    À force de tics-tacs scandés, terminer mon incantation !

    Mille doigts hélicoïdaux déchirent les voiles de l’ombre ;
    Chaque rayon perce l’espace en y semant l’éternité.
    Je fermerais bien les rideaux pour prolonger mes rêves sombres
    Mais tes intentions me dépassent et je m’en sens trop limité.

    Tu viens rallumer l’horizon comme un peintre un peu pyromane,
    Éclaboussant jusqu’aux nuages tes incendies multicolores.
    Je te mettrais bien en prison avec ton feu érotomane
    Mais tu sortirais de ta cage avec un réveil plus sonore.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Encore ce rêve idiot

    Pourquoi certains rêves reviennent comme s’ils étaient mémorisés
    Dans les couloirs aux souvenirs comme repères importants ?
    Malgré cela, quoi qu’il advienne, je n’en suis guère traumatisé ;
    Il est bien rare, dans l’avenir, qu’ils se réalisent pourtant.

    J’ai beau les voir recommencer sous des costumes différents,
    Ils recyclent les mêmes histoires avec un soin méticuleux.
    Je finis même par penser qu’ils manquent un peu de référents
    Quand ils me servent leur mémoire sous un emballage pompeux.

    Chaque nuit semble posséder son lot d’absurdes revenants ;
    Les mêmes peurs changent de masque et reviennent par habitude.
    À croire qu’ils sont condamnés à tourner en rond maintenant
    Dans un théâtre un peu fantasque, aux vieux décors de solitude.

    Le rêveur croit à la surprise en s’endormant paisiblement ;
    Le rêve, lui, fouille ses archives pour y bâtir son scénario.
    Et, du passé, les mêmes prises se griment maladroitement,
    Puis me présentent une reprise comme un spectacle a contrario.

    Illustrations de Hans Arnold sur https:bluecohosh.tumblr.compost169993643706talesfromweirdland-ive-featured-swedish .

  • Ceux qui s’en vont

    Ceux qui s’en vont dès le printemps, pile quand le soleil se lève,
    N’emporteront pas avec eux les fleurs qui pousseront demain.
    Qu’ils aient quarante ou cinquante ans, la question de l’âge soulève
    Que le temps a fait ce qu’il peut pour laisser la mort en chemin.

    Pourtant les arbres en été garderont leurs branches couvertes
    Pour accueillir d’autres oiseaux venus quand le blé a jauni
    Pour se nourrir à satiété de belles cerises découvertes,
    Puis chercheront vers les roseaux de quoi bâtir un joli nid.

    Mais ceux qui partent en automne, laissent derrière eux davantage
    Que les objets accumulés dans les armoires des maisons.
    Ils s’en vont et ils abandonnent ce qui donnait un avantage
    Aux souvenirs dissimulés perdus dans l’arrière-saison.


    Heureux qui partira l’hiver quand le dernier jour s’éteindra
    Afin que la nuit le recueille pour en absorber sa substance.
    Il recevra de l’univers la réponse qu’il attendra
    Et lui révélera qui l’accueille dans une nouvelle existence.

    Tableaux de John Weber.

  • Canicule

    Canicule

    La canicule me laboure et mon cœur redevient cheval
    Pour lutter contre le sillon de la chaleur qui me pénètre.
    Mes pensées fondues, à la bourre, dérivent d’amont en aval
    Dans le flot d’une transpiration évaporée à la fenêtre.

    Le soleil pousse sa charrue jusqu’au plus profond des moissons ;
    Les blés s’inclinent en silence en buvant l’or qui les consume.
    Du vent chaud qui a disparu après avoir cuit les buissons,
    Il ne reste qu’une vigilance pour une fraîcheur qui s’assume.

    « Mon royaume pour un cheval ! » a dit Richard III, empathique ;
    Je le lui laisse et en échange, je prends une mort subite bien fraîche !
    Et puis je prends le car naval pour redescendre en antarctique,
    Là où la canicule dérange nettement moins mon corps revêche.

    Tableau de Nicolas Tarkhoff.

  • L’univers vu par mon chat

    L’univers vu par mon chat

    Hormis le lait dans l’écuelle et les croquettes dans la gamelle,
    Il y a tout le territoire qui m’appartient et de plein droit !
    Ma promenade habituelle, la drague auprès des belles femelles,
    La chasse et, en cas de victoire, cet oiseau plutôt maladroit !

    Les humains parlent d’astronomie, de galaxies et de trous noirs ;
    Moi, je me demande simplement si la Lune n’est pas un fromage.
    Pour moi, tout est gastronomie et exploration de l’armoire
    Où l’on stocke les aliments auxquels j’aime bien rendre hommage.

    Mon chat retombe sur ses pattes et moi sur mes douze ou seize pieds.
    Nous sommes donc un peu pareils concernant nos rapports aux hommes.
    Lui, naturellement psychopathe, ne pense qu’à chasser le gibier
    Et moi si l’on me tire l’oreille, je pars écrire mes factums.

    Tableau de James R. Eads.

  • Azurianne fleur-bleue

    Quand Azurianne sort de l’eau dans son costume de sirène,
    Elle n’a qu’une fleur comme vêtement et la censure pousse un grand cri ;
    Elle trouve que tout va à vau-l’eau et pour qu’la morale soit sereine,
    Elle lui apporte prestement un T-shirt comme il est prescrit.

    « Mais pourquoi donc me déguiser ? » demande la nudiste pulpeuse ;
    « Mes poissons-chats n’ont pas pesté et les siluriformes, pareil ! »
    La censure reste tétanisée devant cette logique nébuleuse
    Et cherche en vain pourquoi rester ainsi dans le plus simple appareil.

    Alors qu’elle pouffe de rire et carrément qu’elle se bidonne,
    Azurianne prend le chandail sans comprendre ce qui se passe.
    Mais elle ne cesse de sourire malgré tout le mal qu’on se donne
    Et enlève tout cet attirail et… que voulez-vous qu’on y fasse ?

    On la prie de se rhabiller, elle se déshabille aussitôt ;
    On la menace et on la gronde… enfin y consent l’ingénue.
    Tout le monde cesse de babiller sur ses organes génitaux
    Lorsqu’en s’élançant à la ronde, on s’aperçoit qu’elle est cul nu !

    Tableaux de Marcin Jaszczak sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com202403marcin-jaszczak.html .

  • La Terre et ses humeurs

    La Terre exprime ses humeurs depuis l’aube de la nuit des temps
    Bien avant l’homme ou l’animal, végétal ou bien minéral.
    Du ciel, on entend les rumeurs affirmer – à ce que l’on prétend –
    Que ce ne serait qu’un demi-mal, juste un passage sidéral.

    Ses colères font des montagnes, ses soupirs déplacent les mers ;
    Ses rêves couvrent les campagnes d’immenses draperies de brume.
    Mais lorsque ses chagrins nous gagnent, nous les croyons souvent amers
    Pourtant, bien qu’ils nous accompagnent, ce ne sont que des traits de plume.

    Elle enfante parfois l’orage, quelquefois un ciel lumineux ;
    Les volcans servent de langage aux profondeurs de son royaume.
    Nous n’apercevons là qu’un passage dans son sommeil sublimineux
    Comme un virus qui met en gage l’insoutenable destin de l’homme.

    Pourtant mon cœur est fait d’étoiles, celles-là même de la genèse
    Dont les atomes ont vibré quand Dieu a prononcé « Fiat lux ! »
    Alors la Terre ne me dévoile qu’un peu du feu de la fournaise
    Qui règne au centre pour livrer l’amour de Castor et Pollux.

    Tableaux de Bertha Lum.

  • Ce soir la Lune rousse

    Ce soir la Lune rousse

    Ce soir la Lune est rousse et me montre un chemin
    Qui pour la première fois change mes bleus de l’âme
    Vers un nouveau départ, un nouvel examen
    Où je vais affronter un baptême de flammes.

    De flammes orangées qui m’ouvriront la porte
    Si je laisse brûler mes peines et mes remords.
    Si je veux les garder, que les démons m’emportent
    Et que mon corps retombe comme un poète mort.

    Mais si je lâche prise à ces démons sucrés,
    Si je laisse consumer tout ce qui me retient,
    Alors je quitte libre cette terre consacrée
    À éveiller en moi ce à quoi j’appartiens.

    Tableau de Kevin Kia.

  • Magritte contre Scott

    Magritte contre Scott

    J’aimais bien ce cheval si sage qui passait entre les troncs d’arbres
    Que Magritte avait découpé avec un cavalier bégueule.
    Iris Scott l’a peint à la page en le faisant passer au marbre
    D’un impressionnisme loupé mais qui pourtant a de la gueule !

    J’hésite entre les deux écoles sans vouloir paraître l’arbitre ;
    L’un faisait réfléchir les yeux, l’autre les occupe longtemps.
    Si Magritte aimait les symboles, Scott les noie d’un un bon demi-litre
    Dont le mélange délicieux se perfectionne avec le temps.


    Je le fais galoper en vers et hennir en rimes croisées ;
    C’est la poésie qui fait rire avec des mots couleur turquoise.
    Et si demain mon cheval vert vous fait tendrement pavoiser,
    Il sera l’objet du délire d’une œuvre d’art des plus narquoises.

    Tableau de Iris Scott.

  • Dérèglement climatique

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    Une hirondelle ne fait pas le printemps mais cinq, six, sept, huit, c’est l’été ;
    Dix, onze douze, c’est déjà l’automne et, treize ans de malheur, l’hiver.
    Mais aujourd’hui c’est à plein temps qu’elles partent en vacances répétées
    À cause des vols monotones dans les couloirs de l’univers.

    Certaines vont jusqu’à Saturne bâtir un nid d’astéroïdes ;
    D’autres préfèrent Jupiter où les vers rimaient autrefois.
    Les plus jeunes suivent Neptune et ses touristes humanoïdes
    Tandis que les anciennes se terrent où elles le peuvent toutefois.

    Ainsi le printemps se promène, déguisé parfois en automne ;
    L’été prend des congés payés et l’hiver part bronzer au Sud.
    Quand une hirondelle se ramène, personne alors ne s’en étonne
    Car dans l’univers prépayé, tous les crédits sont à l’étude.

    Tableaux de Rachel Wright autour du tableau d’Andreas C. Chrysafis.

  • Les oiseaux du cœur

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    L’amour produit des papillons qui viennent émigrer dans le ventre
    Et puis se voient pousser des plumes comme des oiseaux de paradis.
    Les médecins sont tatillons, ils cherchent, étudient, se concentrent
    Et, d’un coup de marteau sur l’enclume, décident que c’est une maladie.

    Les oiseaux du cœur migrateur ne connaissent aucune frontière ;
    Ils traversent mers et montagnes et cela sans passeport ni visa.
    Et le malade adulateur devient un cas à part entière
    Jusqu’à ce qu’un matin, sa compagne se développe un coryza.

    Aussitôt ils convoquent experts, savants, psychologues et notaires
    Pour ne pas se contreficher si l’oiseau relève du délire.
    Pendant qu’ils pondent avec leurs pairs leur rapport très réglementaires,
    L’oiseau s’envole et va nicher dans un nouveau cœur à élire.

    Tableaux d’Iris Scott.

  • L’acomat-boucan sous la Lune

    L’acomat-boucan sous la Lune

    Il n’y a pas qu’les chats que la Lune rend fous une bonne fois par mois ;
    Il y a les acomats-boucans qui, eux, deviennent hystériques.
    Comme une prière opportune, on les croirait avec émoi
    En train de chasser le toucan qui vit pourtant en Amérique.

    Dès que le clair de Lune augmente et que blanchissent les halliers,
    Le vieux hibou prend ses jumelles pour les compter jusqu’au matin.
    Mais il renonce et se lamente : « Ils changent tous de pédaliers ! »
    Car nul ne suit leurs ritournelles et tous y perdent leur latin.

    Pourtant la nuit dans les Antilles, parfois la Lune redescend
    Pour se nicher entre les branches d’un acomat-boucan dévot.
    Le hibou reprend ses lentilles, les ajuste en se redressant
    Et voit dans la lumière blanche que les toucans lui font défaut.

    Tableau de Carl Jung.

  • Le chat, la Lune et la pelote

    Le chat, la Lune et la pelote

    Voici pourquoi le chat pelote et la Lune en est responsable ;
    Toutes les nuits, elle déroule le fil de l’une des neuf vies
    Du chat qui, d’une patte falote et d’une humeur influençable,
    Devient maboule qui s’enroule et tripatouille avec envie.

    Lorsque paraît l’aurore blonde, le fil remonte vers la Lune ;
    Le chat, vaincu par son délire, s’endort d’un sommeil alangui.
    Mais dès que l’ombre inonde le monde et que vient la nuit opportune,
    La pelote reprend son empire… et le chat son boogie-woogie.

    J’avais un chat mathémagique qui attendait la bonne longueur
    Pour lancer d’une patte folle son revers à 2k Pi près.
    Le fil cassait, c’était logique, et, dans un élan de langueur,
    Pelotait la laine frivole pour la retricoter exprès.

    Tableau de Mulgil Kim.