🌿 Les Poèmes du Jour Levé
Chaque matin, à la première minute, les mots anciens sortent de leur sommeil, portés par le souffle léger du souvenir.
Ici s’éveillent les poèmes publiés ce même jour, parfois un an, parfois dix ans plus tôt, mais toujours vibrants, toujours vivants.
Ils surgissent comme des reflets dans l’eau, des fragments d’éternité posés sur la date du jour, offrant à nos cœurs un miroir et à nos vies… une mémoire.
🎂 Aujourd’hui, ce ne sont pas nos années que l’on fête, mais celles des vers, des images, des cris, des étreintes, des silences, car chaque poème est un anniversaire du cœur.
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La cabane du pĂŞcheur : Vision de l’au-delĂ

« Sœur Anne et frère Dominique, que voyez-vous à l’horizon ? »
Leur demandait la Vérité de sa cabane du pêcheur.
« Je vois la mer prise de panique sous de forts vents de trahison
Qui lutte avec témérité ! » Répondit Anne d’un air bêcheur.
« Je vois un ciel qui vire au rose et la mer perdre ses repères,
Tous noyés dans l’indifférence du Soleil qui s’prend pour la Lune ! »
Dit Dominique, d’un air morose, qui encore une fois espère
Voir cesser la belligérance sur le royaume de Neptune.
« C’est assez ! » Dit la Vérité, entièrement nue sur son rocher.
« J’ vais revenir et apparaître pour confondre ces rodomontades ! »
Tous trois avec sévérité revinrent en ville pour s’approcher
Du peuple guidé par ces traîtres de menteurs à la cantonade.
Facebook censura les photos de la Vérité impudique ;
L’État fit un référendum et le Mensonge l’emporta ;
Les complotistes de facto crurent le moment fatidique
De produire un mémorandum que la fourberie colporta.
La prochaine civilisation, si toutefois il y en a une,
Aura bien du mal à extraire la vérité du sol pourri
Après la stérilisation par notre bêtise commune
Qui est appelée à soustraire ce dont elle a été nourrie.Tableau d’Anders Zorn.
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La cabane du pêcheur : Sortie du puits

Du fond du puits, la Vérité n’avait jamais su remonter
Et le Mensonge, cet imposteur, faisait la justice Ă sa place.
Jusqu’à ce que, par témérité, elle parvînt à surmonter,
À l’aide d’un ange exhausteur, l’ignoble ignominie salace.
Un matin gris, un soleil pâle, la Vérité, sortie du puits,
RevĂŞt sa paire de chaussures tout en se posant la question :
« Quelle est la raison principale pour laquelle les braves gens, depuis
Mon exil, ne sont plus très sûres de leurs propres hétérosuggestions.
Changer de genre, changer de sexe, comme si les chromosomes mentent !
Les X et les Y renient leurs rôles dans l’humanité. »
La Vérité reste perplexe sur la situation alarmante
Et en mesure l’ironie, le déclin et la vanité.
La Vérité, c’est l’empêcheur de tromper et mentir en rond ;
Le mal est fait et rien n’y fait pour revenir à la raison.
Dans sa cabane du pĂŞcheur, tout en se faisant du mouron,
Elle pleure son monde imparfait et enfin reste Ă la maison.Photo de Rose Valentine par Melanie sur https:fashionfav.commagazine-editorialsrose-valentine-melanie-ramon-also-journal .
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Tout ce que l’homme n’atteindra jamais

Si la vitesse de la lumière impose sa limite à l’atome,
Au niveau des rapports humains, une telle barrière se dresse.
Ainsi la femme coutumière d’être inaccessible à son homme
Se révèle après examen conforme aux lois de la tendresse.
Pauvre petit explorateur, tu auras beau évoluer,
Échapper à mon attraction pour jouer dans la cour solaire,
Tu resteras réprobateur en refusant d’évaluer
L’impact de l’émancipation de ta compagne au cœur stellaire !Illustration de Nicky Barkla sur https://www.deviantart.com/nickybarkla .
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L’aile ou la cuisse ?


Dans les maisons spécialisées dans la consommation de chair,
On satisfaisait les gourmets en fonction de leurs appétits.
Les produits commercialisés devaient convenir pour pas cher
Et porter les hommes au sommet pour les sortir de l’apathie.
J’imagine le chef proposer son beau gibier chassé la veille,
Son arrivage de premier choix et, pourquoi pas, son plat du jour…
L’aile ou la cuisse, il faut oser et quand on aime, on s’émerveille ;
La chair la plus tendre qui soit est celle qui complaira toujours.Les Ziegfeld Follies sur https://lecomptoirdetitam.wordpress.com/2009/09/12/ziegfeld-folies .
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Quelque part au centre des arbres
Semblable au télégraphe optique, le soleil parle à la forêt
Par l’alphabet arboricole que la nature garde secret.
Sans doute existe un œil magique dont l’acuité élaborée
Permet aux terres agricoles d’en connaître le sens sacré.
Bien sûr, je capte ces messages sans les comprendre toutefois
Mais je sais que la Terre écoute, reste attentive et informée
Sur le temps qui est de passage mais qui explique Ă chaque fois
Que si les nuages dégouttent, c’est pour pouvoir la transformer.Tableau de Claude Monet.
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La nuit au musée
Les grands maîtres improvisateurs avaient laissé pour s’amuser
La liberté à leurs modèles de pouvoir tenter l’aventure.
Lorsque le dernier visiteur a enfin quitté le musée
Les Vénus tiennent la chandelle aux amourettes en peinture.
Sans vergogne, les naturistes se mĂŞlent avec les beaux habits
Dans des rassemblements grandioses avec agapes bien nourries.
En revanche, les miniaturistes d’un bien plus petit acabit,
Préfèrent rester en symbiose avec les rats et les souris.
Car les animaux participent Ă cette parade de nuit
Tous profitent du même droit selon sa muséologie.
Même les enfants s’émancipent et chacun tromper son ennui
En changeant quelquefois d’endroit lorsqu’il regagne son logis.Tableau de Conor Walton.
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Impudiques regards



La femme-grue empanachée observe du bout de ses seins
Mais ferme ses yeux impudiques de peur de révéler son âme
Et lance un esprit détaché relatifs aux sombres desseins
De ses visiteurs sporadiques qui viennent entreprendre la femme.
Regards croisés dans les harems dont les seins indiscrets se croisent
Car ils s’évaluent du regard autant du cœur que la raison.
Ainsi le corps sert de barème et de graduation grivoise
Pour amener le mâle hagard à la maîtresse de maison.
Vous, petites saintes nitouches, qui entraînez à la fenêtre
L’effet de vos visions mammaires qui guettent le héros olympien,
Fermez les yeux, ouvrez la bouche, sentez votre pouvoir renaître
Quand votre corps devenant mère deviendra regard œdipien.Illustrations de Willy Maltaite extraites de l’album « Le jardin des couleurs ».
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La faim du monde



La pyramide des saveurs n’a jamais été étudiée ;
Pourtant le goût est important, vu qu’il nous met l’eau à la bouche.
Le goût est-il une faveur, un privilège dédié
Ou une offense se rapportant au sacrilège qui en débouche ?
Or l’arbre de la connaissance n’était qu’un péché végétal
Tandis que tuer de pauvres bĂŞtes est un pouvoir de droit divin.
Nous apprenons à la naissance à maîtriser ce droit létal
Grâce à notre esprit de conquête sur les ovins et les bovins.
Ne soyons pas plus royalistes que Notre Seigneur Carnivore
Qui nous fait manger de sa chair et mĂŞme boire de son sang.
Mais ne soyons plus fatalistes et si le démon nous dévore
Tuons ces petits ĂŞtres chers car nous sommes les plus puissants.Tableaux de Henri Rousseau.
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Changer les règles

Tous ces échecs consécutifs concernant la constitution
Devraient inciter à changer toutes les règles de l’échiquier
Et limiter l’exécutif du roi par sa destitution
Lorsqu’il vous parait étranger qu’il favorise les banquiers.
Et puis, une assemblée de pions qui acquiescent les projets de lois
Fidèlement sans renâcler ni écouter l’opposition,
C’est déléguer à ces champions de la plus stricte mauvaise foi
Notre pouvoir d’achat bâclé sous le coup des impositions.Tableau de Michael Cheval sur http://chevalfineart.com/portfolio/new-releases
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Allo, les réseaux sociaux ?


Les synapses contactent un neurone Ă des milliers de connexions
Et celui-ci fait la synthèse pour choisir une solution.
Chez les hommes, la testostérone leur permet de faire objection
Aux informations sur les thèses qui mènent à la révolution.
Si le cerveau est complotiste – puisqu’il se renseigne pour agir –
Les hommes, en troupeau de moutons, élisent leur loup-président.
Les « sauve-qui-peut » humanistes mettent longtemps à réagir
Avant que, nous le redoutons, il bouffe tous ses résidents.Illustrations d’Oksana Grivina sur http://www.dripbook.com/grivina/style/illustration-portfolios
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Amours et géographie
Est-ce en Islande, est-ce en Finlande ou est-ce en Nouvelle-Zélande
Qu’au milieu d’un champ de printemps, je fis l’amour pour mes vingt ans ?
C’était au temps où j’emmêlais les Maliens avec les Malais,
Les Hindous avec les Indiens, les Canadiens, les Acadiens.
J’étais plus porté sur l’amour, dans les jardins du Luxembourg,
Que les cours de géographie, l’Atlas et sa cartographie.
Le seul auquel j’ai su prétendre s’appelle « la carte du tendre »
Car je ne garde de paysages que les filles aux jolis visages.Photo de Linda Ólafsdóttir sur https:www.flickr.comphotoslindaola .
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Cœurs à prendre


Tous les cœurs à prendre au printemps, comme jeunesses de vingt ans,
Vont commencer à végéter puis, mûriront pendant l’été
À condition d’entretenir beaucoup d’amour à contenir
Et offrir ses belles faveurs aux cœurs des jeunes filles en fleurs.
Pour la récolte, il faut attendre car l’amour est dur à comprendre
Envers les femmes, et renâcler car chaque serrure a sa clef.
Mais après l’été vient l’automne et, sous sa langueur monotone,
S’ouvriront les fruits défendus et leurs effets inattendus.Tableaux de Christian Schloe et Catrin Welz-Stein.
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La voie de ses maîtres
Qu’elle est longue la destinée qui fait passer l’humanité
Dans un monde de connaissances grâce à la civilisation.
Combien de gens ont cheminé pour gagner la modernité
D’un monde en pleine Ă©vanescence grâce Ă la communication.Tombe de Ramses V – 1150-1145 av.JC – et Ramses VI – 1145-1137 av.JC -.
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Tandis que l’île s’endort
La triste berceuse du vent m’a souvent paru langoureuse
Comme si Monsieur du Soleil nous quittait ce soir pour toujours.
Madame la Lune, lĂ -devant, serait-elle toujours amoureuse,
S’il ne lui glissait Ă l’oreille : « demain sera un nouveau jour » ?Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Sur le mont Faron
Si tu passes là -bas à Toulon, prends donc plutôt le téléphérique
Qui t’élèveras sur les hauteurs loin de tous les soucis de la Terre.
Quand tu atteindras le mont Faron qui domine la ville historique
Tout en bas dans le gris des moteurs, laisse ronfler la rade militaire.Affiche de Richard Zielenkiewick.
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Tandis que l’île dort
Elles sonnent bien fort les divines trompettes
Et, de leurs cornets d’or, s’élève dans le vent
Une voix de ténor qui brave la tempête
Tandis que l’île dort sous le soleil levant.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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La longue-rue
Ah, Longue-rue, si tu pouvais me rapprocher les souvenirs
Tapis dans l’ombre de la chape qui s’accumule sous les ans !
Ah, Longue-rue, si tu voulais me projeter mon avenir
Du passĂ© sombre qui s’échappe dans la lumière du prĂ©sent !Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Adieu les dégâts (La femme des coupées)
Je vous donne un truc, les gars, sans avoir de goût pervers,
C’est sans danger pour la dame, elle ne peut pas se noyer.
Pour éviter les dégâts, je lui verse deux grands verres ;
Du coup, son regard s’enflamme derrière ses doubles-foyers.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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L’amnésique
C’est une fiction que je m’inventais souvent quand j’Ă©tais plus jeune.
Je prenais une personne au hasard dans la rue
Et je m’imaginais dans son corps.
Dans sa tĂŞte Ă elle mais avec mes souvenirs personnels.
Alors commençait le jeu :
« Qui suis-je ? Où habité-je ? Qu’est-ce que je vais faire maintenant ?
OĂą dois-aller en prioritĂ© ? La police, l’hĂ´pital ?
Est-ce qu’on va me croire quand je vais leur dire que je suis amnĂ©sique ? »Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Les petites ailes dorées
Petite fée a peint deux ailes sur ses petites joues dorées.
Elle a allumé les lumières comme pour une invitation.
Petite fée, comme l’oiselle, a le bec fin subodoré
Qui lui fait sentir, la première, une divine lĂ©vitation.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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L’acte volontaire
Quelle est la longueur nécessaire de corde que je dois tresser
Pour relier la Lune Ă la Terre et dois-je partir de bonne heure ?
Quelle foi faut-il donc que j’insère dans mon cœur pour le déstresser
Et faire un acte volontaire qui m’apportera le bonheur ?Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Larguez les amarres
Larguez les amarres je repars un an !
Un nouveau voyage autour de la Terre.
Tout le tintamarre qu’on fait maintenant
Pousse mon sillage vers l’aube salutaire.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Temps illusoire
Que le soleil joue à l’horloge ou qu’il nous fasse croire au temps,
Il ne nous montre qu’une illusion dans son trivial déplacement.
Je ne puis faire que l’éloge de ce mécanisme d’autant
Plus que cette dĂ©sillusion n’en donne aucun remplacement.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Qui est l’oiseau, qui est la branche ?
Je suis un tout petit oiseau qui aurait besoin de sa branche,
Mais je suis aussi cette branche sur laquelle je te soutiendrai.
Tous mes petits amis ailés m’apportent leur amitié franche ;
Ils sont ma branche, je suis la leur, tout comme Ă toi j’appartiendrai.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Échecs et provisions
Vêtu de l’habit rouge et le cul sur la selle
Comme un fier cerf-volant qui jouerait aux échecs,
Il saute les obstacles, il connait les ficelles,
Mais c’est son cheval qui provisionne ses chèques.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Infusion de cœurs
Un remède de bonne femme mais qui serait efficace ?
La barre peut paraître bien haute à tous ces sots misogynes,
Mais j’aspire à témoigner comme intime dédicace
Que seul l’amour d’une femme guérit les maux androgynes.
Comme un Saint-Graal féminin, une coupe aphrodisiaque
Qui dégagerait des bulles légères en forme de cœur.
De ce verre de nectar, au parfum paradisiaque,
J’aime sentir sur mes lèvres papilloter la liqueur.
Prenez le trois fois par jour, buvez le trois fois par nuit,
Jusqu’à ce que son effet, vous donne envie de voler !
Vous en prendrez quelques gouttes dans votre bain de minuit
Jusqu’à ce que les étoiles vous incitent à convoler !
J’en ai senti les fragrances jusqu’au soleil de midi,
Des arômes hermétiques dans leur flacon bien fermé.
Mais l’essence de l’amour peut faire cas d’apatridie ;
Elle traverse les frontières et n’est jamais enfermée.
Cet élixir de jouvence aux mille cœurs effervescents
Est le reflet de mon âme, comme un double inconscient.
J’en ai appris la recette d’un hymen interressant
Qui m’a transformé l’esprit jusqu’au profond subconscient.Tableau de Fabienne Barbier