🌿 Les Poèmes du Jour Levé
Chaque matin, à la première minute, les mots anciens sortent de leur sommeil, portés par le souffle léger du souvenir.
Ici s’éveillent les poèmes publiés ce même jour, parfois un an, parfois dix ans plus tôt, mais toujours vibrants, toujours vivants.
Ils surgissent comme des reflets dans l’eau, des fragments d’éternité posés sur la date du jour, offrant à nos cœurs un miroir et à nos vies… une mémoire.
🎂 Aujourd’hui, ce ne sont pas nos années que l’on fête, mais celles des vers, des images, des cris, des étreintes, des silences, car chaque poème est un anniversaire du cœur.
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Vers l’œil de ma mère
Sorti du ventre de ma mère, le cœur, l’âme et l’esprit succincts,
Je n’ai le moindre souvenir du paradis où je suis né.
Ai-je croqué la pomme amère qui m’a expulsé de son sein
Dans lequel je ne peux revenir comme si j’étais condamné ?
D’où viens-je, où vais-je ? Je le sais ! Je suis le fleuve de la vie
Dont la source est alimentée par la même âme qui me convoie.
Et je vis mon dernier essai comme une lumière asservie
Par une énergie cimentée au son d’une petite voix.
Une petite voix qui m’émerveille tout comme l’amour d’une femme
Qui fait le lien des origines aux destinées qui nous rassemblent.
Le cœur, l’âme et l’esprit s’éveillent ; mon corps devient tout feu tout flamme.
Homme ou femme ? Je suis androgyne car nous sommes liés tous ensemble.
Je suis l’écorce et le noyau, la feuille et la racine tendre,
Le fruit tombé dans les confins, l’oubli que j‘ai si peur d’attendre.
Je suis la mémoire des eaux qui montent pour mieux redescendre
Et dans l’œil de ma mère, enfin, je n’ai plus besoin de comprendre.Tableau de Shehrizad Khan du groupe VINCENT VAN GOGH.
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Prie comme l’oiseau – 3
Je n’ai plus besoin de prier, la prière est mon expression ;
Non plus un appel vers le ciel, mais une connexion ouverte.
Je n’ai plus besoin de crier ; je ne suis plus en dépression
J’ai en moi l’écho essentiel vers les plus belles découvertes.
Je suis cet arbre qui écoute et cette averse qui le nomme,
Je suis cette herbe qui repousse sans cesse sans savoir d’où elle vient.
Je crois en même temps je doute, car hélas je ne suis qu’un homme
Mais dont le cœur à la rescousse me conduit vers ce qui convient.
Je suis devenu plus qu’un homme, je suis toute l’humanité ;
Je suis relié au réseau de vie multidimensionnelle
Qui relie chaque chromosome à la chaîne de l’infinité
Et moi je suis comme l’oiseau au cœur d’une étoile éternelle.
Je ne descends plus de l’esprit, je l’habite à chaque seconde ;
Je suis le vent, l’eau et la terre qui brûlent d’un feu essentiel.
Ma pensée dépasse l’écrit, ma plume se fait vagabonde
À l’encre teintée de mystère mais aux échos confidentiels.Tableau d’Emilia Suarez.
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Le démon du peintre ex nihilo



Au-delà du surréalisme se niche l’hyperréalisme ;
Technique d’artiste suprême qui donne à son tableau la vie.
Pas vraiment du créationnisme ni du simple matérialisme
Il s’agit là de l’art extrême où aujourd’hui je vous convie :
Prenez d’abord comme modèle une femme dont les proportions
Vous semblent des plus naturelles des plus divines créatures.
Peignez de manière fidèle et sans la moindre distorsion,
Décidez-vous pour l’aquarelle de préférence grandeur nature.
Une fois votre œuvre achevée, laissez votre cœur s’exprimer
Et lui brosser l’ultime couche d’amour diluée d’eau-de-vie.
Alors la femme parachevée, de la toile en surimprimé,
Sortira sitôt que la touche votre main sous vos yeux ravis.Tableaux de René Magritte, Arnold Kohn et Salvador Dali.
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Les Dandelionnes



Une autre fois, un autre temps, Dame Larousse fut de sortie
Semant sa prose à tous les vents, les noms propres et les pages roses.
Ainsi soit-elle, sans contretemps, elle parla d’un ton assorti
Aux accents qui viennent du levant avec des gloussements moroses.
Dame Robert dodelinant de la poitrine évidemment
Parsema de graines à son tour les pages vierges à carreaux.
Avec des gestes s’acoquinant tous les poètes les plus déments
Pour distribuer aux alentours leurs pamphlets dans Le Figaro.
Comme tout se vend et tout s’achette, Dame Bordas fut de la partie
Comme secrétaire générale de l’assemblée des dandelionnes,
Épistolaires suffragettes qui ont toujours la répartie
D’une misandrie viscérale qui bat dans leurs cœurs de lionnes.Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.
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Les olympiades sexuelles

Mettre au rancard les bouquinistes et déloger les étudiants
A fait tellement couler d’encre que l’état a dû renoncer
À bouger les protagonistes du sexe en les expédiant
Là où les marins jettent l’ancre sur Quais de Seine défoncés.
L’idée semblait bonne d’ailleurs de bien délasser nos athlètes
Pour évacuer les tensions accumulées durant l’effort
Et récompenser les meilleurs avec quelques jolies starlettes
Dans une chambre en demi-pension sinon complète pour les plus forts.
On ne sait qui des députés, des ministres ou du chef d’état,
A bien pu émettre l’idée des jeux olympiques du sexe.
Mais vu combien sont réputés avoir pratiqué sur le tas
Les harcèlements validés, la question peut rendre perplexe.Illustration d’Alan Aldridge & Andy Warhol sur https://rockthebonnie.com/2021/02/21/andy-warhol-alan-aldridge-chelsea-girls .
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Joe Paris Parade

« Joe Paris », notre super-héros, bouleverse nos habitudes
En nous promettant la folie d’une ridicule olympiade.
Mais reprenons donc à zéro le récit de cette folitude
Depuis la rue de Tivoli, ministère des Jérémiades :
Exit les bouquinistes aux quais, le sport remplace la culture ;
Exit les étudiants des Cités U réquisitionnées par l’état ;
Les véhicules sont aux taquets car le trafic se restructure
Pour laisser passer la cohue des touristes et des Lolitas.
Mais qui est donc ce « Joe Paris » ? Habite-t-il à l’Élysée ?
Vit-il à l’Hotel Matignon ? Loge-t-il à l’Hôtel-de-ville ?
Si l’on mesure le gabarit des conneries réalisées
C’est qu’le ridicule a pignon sur rue dans ce siècle servile.
C’est « donner du pain et des jeux » à la nouvelle société
Qui n’a de préoccupation que ses voyages et ses loisirs.
Tout porte à croire que l’enjeu est de fournir à satiété
Son addiction à la nation dont le cœur commence à moisir.Illustration d’Ugo Gattoni sur https://www.paris.fr/pages/une-fresque-spectaculaire-en-tete-d-affiche-des-jeux-de-paris-2024-26446
et quelques restrictions sur https://web.supervan.fr/blog/jo-2024-le-guide-complet-des-interdictions-de-circulation-a-paris-et-en-ile-de-france-en-17-cartes . -
La rose nue
La fleur est la plus présentable surtout lorsqu’elle est en boutons
Qui plaisent à mon cœur d’artichaut ainsi que ses fruits défendus.
Mais ses bonbons sont délectables là où, frisée comme un mouton,
La corolle s’ouvre au soleil chaud, mûrie par l’amour répandu.
Est-ce son parfum qui s’exhale, est-ce le velours des pétales
Qui fait frissonner mon désir de la goûter et la cueillir ?
Est-ce sa vénusté ovale, est-ce ses épines létales
Qui électrisent mon plaisir lorsqu’elle daigne m’accueillir ?Tableau de Konstantin Razumov.
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La pause entre deux univers


Exactement entre deux mondes, un rêve se fige dans l’interstice
Entre la mémoire furtive et la mémoire permanente.
Juste à la dernière seconde, comme une impression subreptice
Qui fixe l’image fugitive sur ma conscience rémanente.
Bien qu’empreint de fausses couleurs, le songe attrapé se conserve
Pour le temps d’une digestion quant au message présumé.
Je ne sais à quelles douleurs je m’échappe ou je me réserve
Mais sans me poser de question, je m’en écris un résumé.Tableaux de Zeng Chuanxing.
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D’autres formes de vie
Parle-moi de métabolisme qui ne serait pas minéral,
Non seulement ni végétal mais encore moins organique,
Qui n’ait besoin de symbolisme, ni de challenge viscéral,
Ni d’obscur désir génital d’obnubilation orgasmique !
Parle-moi d’une création qui n’ait pas besoin de manger
La vie sans risquer à son tour d’être absorbée par le système !
Une vie de récréation où la mort serait l’étranger
À l’unique énergie d’amour d’un Dieu qui dirait que je t’aime !Résine de Bruce Riley.
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Au-delà de mes rêves
Je me bâtis plein de romances ou bien me je me mène en bateau
Selon si mes rêves prospèrent ou demeurent inassouvis.
Dès que le premier pas commence – même si ce n’est pas du gâteau –
En quittant ma chambre pépère et en honorant mes envies.
Parfois j’ai sauté dans un train qui venait inopinément
D’entrer en gare de peur de voir s’évanouir ma destinée.
Et j’ai franchi avec entrain des garde-fous précisément
Placés pour m’empêcher d’avoir rencard avec ma dulcinée.Photo du National Geographic.
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Suspendu à la routine
Revêtu de mes habitudes, ma conscience au portemanteau,
Je m’acquittais de la routine commandée par ma hiérarchie.
Je suivais avec rectitude les décrets gouvernementaux
Jusqu’à ce qu’un jour se mutine mon aptitude à l’anarchie.
Un petit oiseau s’est posé là où je n’avais plus de tête,
Puis, il s’est mis à chantonner là où je n’avais plus de cœur.
Alors je me suis opposé à cette marque de la bête
Qui me forçait à ânonner mon obéissance aux vainqueurs.Tableau de Rafal Olbinski sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201104rafal-olbinski-surrealista-polacco.html .
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L’homme qui a vu l’homme qui peint l’homme au chapeau
Celui qui peint « l’homme au chapeau », celui qui photographie l’homme,
Celui qui écrit ce poème, celui ou celle qui le lira,
Tous sont sous le même capot de ce véhicule autonome
Qui regroupe l’espèce humaine qui ne sait où la conduira.
Je suis toi, je suis lui ou elle ; je suis de toutes les parties ;
Je suis de toutes les époques ; nous sommes « un » finalement.
Mais hélas l’individuel ne prend pas en contrepartie
Cette liaison équivoque qui nous unit comme un aimant.René Magritte peignant « L’homme au chapeau melon », 1964 par Christian Gibey.
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Stradivarius
Mon chat s’appelle « Stradivarius » et dort dans sa boîte à violon
Tout ça parce qu’un olibrius de matou lui a dit : « Miaulons ! »
Le soir, il joue des sérénades avec ses copains, ses minettes
À faire des fanfaronnades avec crincrins et clarinettes.Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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L’expression de Pâques
La Pâque a marqué le passage d’esclaves fuyant l’oppression,
Les Pâques ont porté le message des jours que dura la Passion.
On en trouve encore la trace parmi les grandes migrations
Et dans le sang de chaque race, les regards et les expressions.Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Um zum Zug zu gelangen, nehmen Sie den Zug
Si vous voulez aller à Zug, ça se prononce comme « souk » !
Les gens ne sont pas dissipés mais plutôt stéréotypés.
On n’y parle pas politique juste une langue germanique.
Langue hermétique, soit allemande, soit helvétique, mais romande.
« Pour aller à Zug, prenez le train »
En allemand, « Zug » c’est le train ; ça se prononce « tsouk » et lorsqu’ils passent, ils font « tsouk tsouk ». Le début du titre se prononce donc « oum tsoum tsouk tsou … »Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Larousse
J’aimerais visiter les plages qui bordent ses yeux d’opaline,
Explorer les gorges profondes derrière sa langue juteuse,
Compter les points sur le visage éclaboussé de coralline,
Oindre sa coiffe floribonde de mes envies solliciteuses.Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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La forêt des souvenirs – 2
Une fois l’an, je remonte et je jette un regard neuf
Sur mes souvenirs passés enfouis sous les flots du temps.
J’ai besoin d’une refonte et de sortir de mon œuf
Afin de me dépasser et vivre un nouveau printemps.Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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La pêche au trésor – 1
Capturer les plus beaux trésors et récolter tout l’or du monde
Demande d’être prévoyant et d’être un peu conquistador.
Ma pirogue est toujours au bord de cette plage vagabonde
Et dès le soleil rougeoyant je vais pêcher les poissons d’or.Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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Le printemps sous cloche
Toutes les fleurs ont percé, les bourgeons ont éclaté
On n’attend plus que Monsieur qui se cache sous sa cloche.
Mais où t’es-tu dispersé, Printemps au nom frelaté ?
Ton retard est fallacieux et le délai s’effiloche !Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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La bouquetine
J’ai demandé à ma ballerine d’aller cueillir sur la colline
Un bouquet de belles pensées pour agrémenter mon palais.
Elle se changea en bouquetine, tressautant sur son trampoline,
Et puis, pour me récompenser, me remercia d’un ballet.Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
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La forêt des souvenirs – 1
Chaque fois mes pas me ramènent dans la forêt des souvenirs
Où je retrouve mon enfance et mes amours adolescentes.
J’aime sentir l’odeur amène de tous mes projets d’avenir
Que je plantais en innocence dans ma terre reconnaissante.Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.