🌿 Les Poèmes du Jour Levé
Chaque matin, à la première minute, les mots anciens sortent de leur sommeil, portés par le souffle léger du souvenir.
Ici s’éveillent les poèmes publiés ce même jour, parfois un an, parfois dix ans plus tôt, mais toujours vibrants, toujours vivants.
Ils surgissent comme des reflets dans l’eau, des fragments d’éternité posés sur la date du jour, offrant à nos cœurs un miroir et à nos vies… une mémoire.
🎂 Aujourd’hui, ce ne sont pas nos années que l’on fête, mais celles des vers, des images, des cris, des étreintes, des silences, car chaque poème est un anniversaire du cœur.
-
Par la voie du chat pitre

Lorsque la lecture commence, le lecteur tombe dans son livre,
Par les portes juste entrouvertes que l’auteur place un peu partout,
Et disparaît dès la romance où il espère ainsi revivre
D’autres nouvelles découvertes pour ses fantasmes touche-à -tout.
Par un fil rouge, un lapin blanc, une souris ou un chat roux,
Il entre au pays des merveilles de l’autre côté du miroir.
Intrigues, ruses et faux-semblants, périodes calmes et de courroux
Vont s’enchaîner pour que s’éveille la mémoire du fond du tiroir.
Mais il n’a pas voix au chapitre et ne reste qu’un témoin muet
Qui ressent les joies, les tristesses et qui espère rencontrer
Un bateau-ivre et un chat pitre, lesquels sauront le transmuer
En ce Hobbit dans la détresse qui devient roi de la contrée.(Tableau de Debra « Shorra » Mason sur https://www.designstack.co/2014/09/surreal-digital-micro-universes.html .)
-
Bain debout

Les bains debout m’ont étirée bien que je les préfère assis
Mais c’est ce qu’a recommandé mon médecin nature aux pattes
Dont j’ai fini par soutirer discrètement de sa pharmacie,
Et sans me faire réprimander, quelques remèdes allopathes.
Alors ma ligne, ainsi soit-elle, est redevenue filiforme
Comme quand j’étais jeune fille aux paires de jambes spaghetti
Qui plongent de ma jarretelle entre mes cuisses fusiformes
Et retombent sur mes chevilles quand ce n’est pas en confettis.
De grâce, ne me demandez plus l’adresse du naturopathe
Et l’établissement prévu pour ma thalassothérapie !
Si mon exposé vous a plu, sachez que je suis nymphopathe,
Grâce à un masseur imprévu qui s’est pris les pieds dans le tapis.
Depuis je ne prends que des douches, debout avec l’aide médicale
Qui me nettoie les orifices de haut en bas, de bout en bout.
Comment faudrait-il que je couche pour rester Ă la verticale
Afin que je vous immisce mes comptes à dormir debout ?Tableau d’Aimé Barraud.
-
L’amour sauvage

Elle voulait goûter tous mes fluides ; mon sperme, mon sang, ma salive
Et me mordit un peu partout causant mille-et-une ecchymoses.
N’étant plus vraiment très lucide, elle m’enduisit d’huile d’olive
Mais qu’elle répandit surtout en me la suçant par osmose.
Elle absorba toute mon essence me laissant juste assez de forces
Pour que je puisse récupérer afin de pouvoir recommencer.
J’eus droit à sa reconnaissance après m’avoir brouté le torse
Par le plaisir inespéré d’un cannibalisme romancé.Photo de Jerry-Jane Pears.
-
Madame Câline & Monsieur Calotte


Elle se prénomme Câline et Monsieur s’appelle Calotte ;
Ils forment un drôle de couple, l’amour n’est jamais ajourné.
Quand il lui monte l’adrénaline, dès qu’il lui ôte sa culotte,
Tous les deux aussitôt s’accouplent à tout instant de la journée.
Afin de pouvoir la baiser après le petit déjeuner,
Il lui dégrafe sa chemise et sa femme aussitôt éprise
Lui envoie mille-et-un baisers, tous passionnés et déchaînés,
Tandis que Câline soumise se fait pénétrer sans surprise.
Il rentre tard sitôt que sonne l’heure où le soleil se dérobe ;
Elle ne porte qu’une tunique pour mieux accueillir son héros.
Il l’embrasse et elle frissonne à l’instant où tombe sa robe
Et après ce rituel tonique, ensemble ils prennent l’apéro.Tableaux de Kenne Grégoire.
-
Malins, les p’tits martiens !

Maman, les p’tits martiens pervers qui vont et viennent chaque nuit
Dans leurs vaisseaux à formes humaines, sont-ils vraiment prémonitoires ?
Maman, les p’tits bonshommes verts qui montent et descendent à grand bruit
L’escalier toute la semaine, sont-ils vraiment rédhibitoires ?
L’un d’eux m’a dit qu’il pourrait être, si j’étais né au mois de mai,
Mon paternel extraterrestre lors d’une banale performance.
D’autres prétendent se reconnaître comme géniteurs présumés
Qui m’auraient, à la Saint-Sylvestre, donné un peu de leurs semences.
Maman, suis-je fils d’un alien venu chercher pour pas trop cher
Un peu de bonheur qui exauce son appétit pour ta corolle ?
Et si je suis végétalien, c’est à cause d’avoir vu ta chair
Consommée à toutes les sauces quand tu passes à la casserole !Illustration d’Olivia
-
BĂ©ni soit le fruit de vos entrailles ! – 2

Trois-cent soixante-cinq occasions de nourrir la route du ventre
Par ses étapes gastronomiques marquant anniversaires et fêtes.
Mes trois repas à profusion ont convergé au barycentre
De ma nature physionomique qui tend à la sphère parfaite.
Au gui l’an neuf, j’ai éclaté de tous mes trésors amassés
Protides, glucides et lipides que mon corps stocke comme graisse.
L’âme hépatique s’est épatée, le corps tassé s’est fracassé
Avec cet appétit stupide qui insidieusement m’agresse.
Mes chromosomes carnassiers de mes ancĂŞtres carnivores,
Mes régimes végétariens de mes racines végétales,
Mes rafraîchissements disgraciés, alcoolisés, budgétivores,
Tout cela n’a servi à rien sauf pour une épargne létale.Tableau de Kagoshima sur https://www.shockblast.net/ai-shinohara-worx
-
La nuit dans la forĂŞt

Dans la forĂŞt des nuits profondes aux arbres peints en clair-obscur,
Jamais étoile ne pénètre fors un petit rayon de Lune.
Mais quelques herbes vagabondes tendent leurs limbes et leurs nervures
Vers l’astre pour s’y reconnaître ; bruyères, genêts et callunes.
Petite musique de Lune jouée sur un halo léger
Semble animer des feux follets entre les bois reconnaissants.
Quelques farfadets de fortune se mettent alors à galéjer
Et soudain s’enfuient, affolés, au premier cri du jour naissant.Tableau de Jan Sluyters
-
Éternel Saint-Michel

Dominant les quatre éléments, le Mont-Saint-Michel ne déroge
Ni aux lois des flux telluriques ni à la règle des marées.
Même le cours du temps véhément ne ralentit pas son horloge
Qu’il soit météorologique ou d’un présent contrecarré.
Plusieurs histoires s’y rencontrent dans le dédale de ses rues
Depuis l’époque gallo-romaine jusqu’à Arthur et Pendragon.
Même les dieux vont à l’encontre de leurs religions disparues ;
Seule une force surhumaine maintient Michel et son dragon.Photo de Mathieu Rivrin
-
Conjonction Lune-Soleil



Jeudi, les quartiers de la Lune croissent ou décroissent à volonté.
Les éphémérides le confirment et l’astronomie en fait foi.
Quoi qu’il en soit, cette opportune faculté de désorienter
Son monde, à mon avis, affirme que l’astre nous ment plusieurs fois.
Vendredi, le Soleil, la Lune et la Terre avaient rendez-vous
Et l’astrologie en profite pour m’annoncer plein de bonheur
Bien qu’une chance inopportune se soit glissée, je vous l’avoue,
Comme une éclipse à la va-vite pressentie en bien tout honneur.
Samedi, j’attends les étoiles qui mentent nettement moins souvent
Et j’en appelle à la Grande Ourse sans pour autant la prendre au mot
Car voici qu’un nuage voile le ciel au moment émouvant
Où elle me révèle la source originelle de tous mes maux.Tableaux de Lilly Nilly
-
De marée haute à marée basse



Lundi, je sens le blues qui monte avec la première marée
Qui m’apporte du vague à l’âme à l’idée de recommencer
À rajouter à mon décompte un nouveau jour à démarrer,
Attiser, surveiller sa flamme sans pour autant le romancer.
Mardi, le cœur à marée basse fait l’inventaire de la place
Qu’il occupe sur cette plage, sur cette tranche de ma vie.
J’observe tout ce qu’il s’y passe, chaque seconde qui remplace
La précédente au recyclage et qui se répète à l’envi.
Mercredi, j’ai oublié l’heure et j’ai raté la marée haute.
Tant mieux car Madame la Lune m’agace avec ses haut-le-cœur.
Je cesse d’obéir au leurre de monter ou baisser la cote
De mon moral à la fortune des phases de l’astre moqueur.Tableaux de Francisco Fonseca
-
Atout cœur


Rafal Olbinski Tutt’Art@ La vie, c’est comme un jeu de cartes ; vous choisissez votre couleur,
Vous validez les numéros de chaque étape jusqu’au château.
Vous vous méfiez des pancartes qui dissimulent cris et douleurs
Afin de devenir héros et toucher la part du gâteau.
Seulement voilà , tout est caché, tout votre horizon est voilé
Par un funeste labyrinthe oĂą vous appellerez au secours.
Autant l’amour est entaché de coups bas à peine dévoilés
Et l’argent marque son empreinte en pervertissant le parcours.Tableaux de Rafal Olbinski
-
Les échecs relatifs


La vie, c’est comme au jeu d’échecs, il faut trouver sa direction.
Damer le pion Ă la pimbĂŞche qui joue dans la partie adverse ;
Battre le roi, l’émir, le cheik ou quelle que soit sa distinction ;
Mettre l’adversaire tête-bêche par quelques chemins de traverses.
Seulement voilà , tout est tordu ! Dès le début, tout est truqué !
Les pions veulent devenir roi et faire partie des rupins.
Alors la tâche devient ardue et la progression compliquée
Tout ça pour finir à l’étroit dans un costume de sapin.Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.
-
Le parfum des heures immobiles


Tantôt l’aurore marque l’heure en développant les couleurs
Qui ont trempé toute la nuit dans l’obscurité du séjour.
Puis, les rayons dardent un leurre qui fait ressentir la douleur
De l’aube accouchant sans un bruit d’un soleil qui ne vit qu’un jour.
Tantôt le crépuscule opaque couvre la lueur des bougies
Des lampadaires immobiles faisant office de sentinelles.
Les étoiles, une à une, attaquent la lune qui se lève et rougit ;
Et la nuit tombe indélébile comme une aveugle criminelle.La place San Marco à Venise au gré des heures
-
Le canard steward
Tout allait bien dans mon voyage jusqu’à ce que ce volatile
Vienne frapper sur mon hublot à grands coups de bec répétés.
« Je vais escorter ton sillage ! » me dit-il assez versatile,
« Tu m’as l’air, lĂ dans ton huis clos, un peu sinistre et hĂ©bĂ©tĂ© ! »Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
-
L’anniversaire du roi des souris
Pour l’anniversaire du roi des souris,
Celles-ci s’attablent autour du gâteau.
Mais un adversaire soudain leur sourit
D’un air redoutable mais non moins pataud.
Le chat :
« Gentilles voisines, j’ai là un cadeau
Pour l’événement à vous partager ! »
Les souris :
« Va dans ta cuisine, desesperado !
Toi, Ă©videmment, c’est pour nous manger ! »Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
-
La rose de février
Il faut saluer la première rose qui ose s’élancer
Dans l’atmosphère d’un hiver à peine vêtue de satin.
Dès que sonnera la lumière, regarde la rose danser
Comme sa sĹ“ur, la primevère, lui a conseillĂ© ce matin.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
-
Les échecs
« L’état c’est moi ! », disait le Roi « et il ne peut y en avoir d’autre ! »
« J’suis la plus belle ! », disait la Reine « il n’y a pas plus belle que moi ! »
Comme ils se sentent à l’étroit dans le palace où ils se vautrent,
Le Roi et la Reine, à sa traîne, vont faire la guerre tous les mois.
D’abord les pions paient un impôt, ce n’est que juste précaution.
Les cavaliers paient leur fourrage pour la santé de leurs chevaux.
Les tours doivent faire un dépôt de garantie pour la caution.
Les fous n’ayant pas de courage, ils feront les pires travaux.
Le noir et blanc est de rigueur, on abandonne les couleurs.
Finalement, tout est en gris, c’est plus facile à assortir.
Tous ceux qui ont de la vigueur paieront leurs taxes sans douleur ;
Les gros, les grands, les rabougris, sinon on les fera sortir !
Mais si on veut quitter les règles, il faut des avocats marrons
Et si on veut gagner des cases, la politique est nécessaire.
Avec quelques hommes espiègles, des margoulins et des larrons,
On guettera la bonne occase pour évincer ses adversaires.
L’échec arrive à chaque fois mais ça ne change rien du tout !
Il y en a qui changent de camps, d’autres s’échangent leurs couleurs.
Jamais la Reine ni le Roi ne se retrouvent sans un atout.
Les pions sont plus pauvres qu’avant et chacun compte ses douleurs.Tableau de Fabienne Barbier
-
L’œuf de lumière
Tandis que notre œuf de lumière accomplit sa révolution
Et trace ton fil d’existence ; en embobinant son trajet,
Toi, tu connaissais ta première journée pleine de résolutions
Qui te guideraient de la naissance Ă ton avenir dans un jet.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
-
Retournement
Ça devait arriver, c’est ce qui arriva.
Ă€ force de retourner dans la nature en fleurs,
L’instinct suractivé enfin se raviva
Et la femme a tournĂ© et son cul et son cĹ“ur.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
-
Trois petits oiseaux
Après les trois petits singes qui savaient rester discrets,
Ce sont trois petits oiseaux qui ouvrent ma nouvelle ère.
Je repose mes mĂ©ninges, je m’accorde d’ĂŞtre distrait,
Je dĂ©gage mes naseaux et je respire le grand air !Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
-
La fée printanière
Pendant les tous derniers assauts de l’hiver qui veut sa revanche,
La Fée Printemps plante ses fleurs pour nous illuminer de joie.
Pour le moment sous le boisseau, surveillées par quelques pervenches,
En attendant le vent souffleur qui fleurira les villageois.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
-
La famapoil
Beaucoup de fées s’étaient penchées sur mon berceau quand je suis né,
M’ont prodigué tant de bienfaits, de qualités et de valeurs.
Mes désirs seraient déclenchés dès que je saurais dessiner ;
Le public serait stupéfait ; en art, j’aurais fait un malheur.
Mais on avait juste oublié d’inviter la fée Carabosse
Qui était assez complexée d’avoir été mise à l’écart.
Alors elle s’est un peu pliée sur mon landau d’un air féroce,
A pris un air très relaxé en lâchant sans le moindre égard :
« Il ne pourra pas s’empêcher de commenter de belles fesses
Qu’il sera tenté de palper pour tirer les cordons du poêle !
Il écrira dans le péché, devra toujours aller à confesse
Pour avouer les seins galbés de ses femmes toujours à poil ! »
Et c’est ainsi, mes chers amis, que je suis toujours polisson.
Que je mets des sous-entendus un peu partout concupiscents.
Que je vis en polygamie avec des femmes, à l’unisson,
Couchées en lignes étendues sur mes papiers attendrissants.Tableau de Fabienne Barbier
-
Les vĂŞtements sacerdotaux
Quand vous irez Ă la messe, ne prenez pas de bagages.
Présentez-vous au comptoir des saintes lignes officielles.
Apportez tous vos chéquiers et vos chèques de voyages
Pour vous faire renoncer aux possessions matérielles.
Quand vous verrez les hĂ´tesses vĂŞtues des habits du culte,
Ne faites pas attention si elles n’ont pas de culotte.
Les habits sacerdotaux mais jamais de catapulte
Et pour lancer le clocher, il faut friponnes pilotes !Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
-
Matoiseries
Bien cachés à la porte avec mon petit chat-sœur,
Nous en gardons l’entrée à patte de velours.
Notre pire ennemi, c’est les rats agaceurs
Qui ne cessent de danser d’un pas grave et lourd.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
-
Paysage mouillé
Promenant mes souliers près d’un lac singulier
Et les ayant trempés pour m’être rapproché
Un peu trop de ses rives aux roseaux penduliers,
Je tentais d’en sortir sans me le reprocher.
Ainsi je me hâtais vers des terres plus fermes
Pour avoir les pieds secs et les idées plus claires.
Sur cet oasis sec se dressait une ferme,
Portes et volets fermés, un peu patibulaire.
Je m’aventurais donc sur ces terres incertaines
Quand une voix aigüe me fit tendre l’oreille ;
Une jeune paysanne d’une allure hautaine
Et vêtue de surcroit du plus simple appareil :
« Si ta queue est aussi mouillée que tes chaussures,
Viens auprès de mon feu, je vais la réchauffer ! »
S’exprimant d’un sourire pendu aux commissures
Qui argumentait bien de quoi philosopher…
Alors je suis allé me sécher les godasses ;
Je me suis mis tout nu pour plus de sûreté.
Et la chaudasse a su faire preuve d’audace
En me suçant tout cru en toute impureté.
Mes enfants, vous irez marcher dans la nature,
Vers ce lac imbécile en chaussant bien vos bottes !
Mais si vous préférez plutôt une aventure
Ne portez ni chemise, ni caleçon, ni culotte !Tableau de Fabienne Barbier
-
Faisons déconfiture !
Pour une composition de bonne déconfiture,
Je vous ai préparé les fruits les plus pourris,
De ma plume émoussée de grossière écriture,
Avec des mauvais vers et des chauves-souris.
Commencez par un fût qui aurait fait long-feu,
Déposez-y les fruits un peu écrabouillés ;
Puis en guise de sucre, mettez des boutefeux
Et attisez le tout pour tout carambouiller.
Lorsque ça épaissit, jetez-y une enclume.
Si elle ne flotte pas, rajoutez du gros sel.
Si ça ne mousse pas, rajoutez quelques plumes
Puis versez le gruau dans une grosse faisselle.
Laissez bien refroidir pendant deux ou trois nuits
Dans un endroit humide qui sent le renfermé.
La nuit de pleine lune, attendez-donc minuit,
Prenez un grand couvercle, agitez, refermez.
Plusieurs mois ont passé, invitez vos amis !
Vos meilleurs ennemis, vos maîtresses éconduites…
Nappez-en quelques toasts avec du salami
Et Dieu vous octroiera une peine réduite.Tableau de Fabienne Barbier
