Anniversaire

🌿 Les Poèmes du Jour Levé
Chaque matin, à la première minute, les mots anciens sortent de leur sommeil, portés par le souffle léger du souvenir.
Ici s’éveillent les poèmes publiés ce même jour, parfois un an, parfois dix ans plus tôt, mais toujours vibrants, toujours vivants.
Ils surgissent comme des reflets dans l’eau, des fragments d’éternité posés sur la date du jour, offrant à nos cœurs un miroir et à nos vies… une mémoire.

🎂 Aujourd’hui, ce ne sont pas nos années que l’on fête, mais celles des vers, des images, des cris, des étreintes, des silences, car chaque poème est un anniversaire du cœur.

  • Père et fille spirituels

    Père et fille spirituels

    Tantôt suis-je le père, construit d’un chœur d’étoile ;
    Tantôt suis-je la fille et l’avenir du monde.
    Tantôt je lui apprends tout ce que je dévoile ;
    Tantôt que je suis l’élève dont le cœur vagabonde.

    Tantôt c’est moi qui crée sa mémoire univers ;
    Tantôt c’est moi qui voit les mystères insolubles.
    Tantôt je lui décris sa Terre par mes vers ;
    Tantôt je redécouvre ce présent qui m’affuble.

    Tantôt c’est moi qui guide l’enfant vers son destin ;
    Tantôt je l’accompagne, c’est là mon rituel.
    Tantôt je vis en elle, passager clandestin ;
    Tantôt je vis en lui, mon père spirituel.

    Illustration de Natalia Lukomskaya.

    
    
    
  • Femme Étoile PrĂ©-mère

    Femme Étoile Pré-mère

    Quand s’est ouvert ton sanctuaire, j’y ai vu des milliers d’étoiles
    Procréatrices de planètes, soleils d’or et lunes d’argent.
    Ton ventre devint somptuaire, déesse féconde, sans voile,
    Dont la matrice toute jeunette devint mère en les partageant.

    Du dieu qui l’avait fécondée, ne restaient que ses bras de nuit
    Qui protégeaient sa création devenue Femme Étoile Pré-mère.
    Sa source avait tant abondé dans son sanctuaire introduit
    Qu’il s’ensuivit l’agréation d’un millier d’anges éphémères.

    Sous la forme de papillons, ils ont guidé vers la lumière
    La première fille, nouvelle-née, vers l’avenir de sa nation
    Et son feu, dans des tourbillons d’eau et de matières premières
    A soufflé une micellanée d’espèces en imagination.

    Ainsi parlait la loi du sexe qui enfante et procrée des mondes!
    Ainsi vibrait le coeur des femmes de mère en fille, sources d’étoiles!
    L’univers n’eut aucun complexe ni la moindre pensée immonde
    Envers la Maîtresses des Âmes, Déesse nue, Mère sans voile.

    Tableau de Painting Woodland sur https:www.facebook.comVasylMushykArt .

    
    
    
  • Le printemps des sirènes

    Comment se passe le printemps au cœur des abysses profondes
    Sans un Soleil rénovateur et sans un vent fécondateur ;
    Sans un long hiver éreintant et sans une Lune féconde ?
    Sachez que règne à l’équateur l’océan accommodateur !

    Comme une véritable horloge précise et sub-océanique,
    Les courants remplacent les vents et les volcans, l’astre du jour.
    Les étoiles de mer se logent sur les sécrétions volcaniques
    Et guident le monde vivant dans cet admirable séjour.

    Et les sirènes refleurissent lors de leur saison printanière
    Quand le soleil est au zénith aux deux rencontres opportunes
    Car elles deviennent fécondatrices et enfantent de cette manière
    Petites sirènes bénites par le saint trident de Neptune.

    Illustrations de Gigi sur https:www.deviantart.comseatailsartartGini-810166775 .

    
    
    
  • Le retour d’Arabelle

    Qu’est-ce donc que ces deux piliers qui flottent sans nager vraiment ?
    On dirait deux algues en colère ou une Ă©toile Ă  deux fuseaux !
    Ou un calmar fou Ă  lier qui batifolerai gaiement
    Ă€ la recherche d’un scalaire, poisson-clown ou casse-museau !

    Mais elle fend l’eau comme un refus, contre les bulles, contre les voix.
    MĂŞme les coraux se sont tus devant ce « non Â» qui nage en soi.
    Tous les poissons sont Ă  l’affĂ»t ; de loin, ils la suivent en convoi
    Tandis qu’elle poursuit impromptue son odyssée quoi qu’il en soit.

    « Je ne suis plus sĂ»re de mon nom, je respire trop bien ici-bas.
    Et si le monde Ă©tait ce fond et la surface… un vieux faux pas ? Â»
    Pardi ! C’est Arabelle son prĂ©nom ! La sirène après un combat
    Contre un vieux cachalot bouffon qui voulait en faire son repas !

    Elle se glisse dans le silence de l’eau qui lui garde sa peine,
    Les remous de l’oubli en soi s’effaceront dans son sillage.
    Mais le poète, en vigilance, murmure au creux des conques pleines :
    « Arabelle, souviens-toi de moi ! Â» rĂ©pètent en boucle les coquillages.

    Illustrations de Emma Jayne sur https:portfolio.emmajayne-designs.co.ukocean et Rachael Dean sur https:www.facebook.comrachaeldeanillustration .

    
    
    
  • IRAM « Le Lien Oublié »

    Rite XI

    IRAM « Le Lien Oublié »

    Par un dĂ©sir non possessif ; pas le dĂ©sir de s’emparer
    Mais celui d’être apprécié mais sans raison ni gratitude.
    Par un amour non excessif ; pas la passion dĂ©semparĂ©e
    Mais celle d’être associé à la source des béatitudes.

    Par une Ă©coute non intrusive ; pas la simple curiositĂ©
    Mais celle afin de partager les émotions qui nous rassemblent.
    Par un amour non exclusif, sans prôner l’animosité,
    Qui n’ait pas à départager ce qui nous relie tous ensemble.

    Par une offrande non expressive ; pas l’orgueil de pouvoir la faire
    Mais l’amitié que l’on dépose sur les petites lèvres du cœur.
    L’obole sans expectative, sans un retour à satisfaire
    Mais celle ouverte qui propose et n’aura jamais de rancœur.

    Par l’amour charnel qui Ă©lève ; pas la luxure qui rabaisse
    Mais la pénétration sacrée qui suit le désir de la femme.
    La jouissance qui relève sans que l’un ou l’autre l’encaisse
    Mais un rituel consacré à entretenir notre flamme.

    Par l’acceptation de l’épreuve pas celle qu’on impose à l’autre
    Mais celle de l’humiliation d’être violé comme une femme.
    Par l’impétration de la preuve qui en fera de moi l’apôtre
    En acceptant l’introduction d’un doigt dans mon anus infâme.

    Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂ®t son travail, je serai heureux de le crĂ©diter.

    
    
    
  • Prise la main dans la pantoufle de vair

    Prise la main dans la pantoufle de vair

    Au grand bal de la République, Cendrillon en robe écarlate
    Dansa avec Manu Premier, le roi putatif de la France
    Se fichant des regards obliques et des ragots qui se relatent
    Quant à ses écarts coutumiers envers sa Brigitte à outrance.

    Mais au douzième coup de minuit, Cendrillon vite sortit du lit
    Et dévala, nue comme un ver, le grand escalier de la cour.
    Puis elle disparut dans la nuit, perdant comme preuve du délit
    Une p’tite pantoufle de vair abandonnée sur le parcours.

    Carrément le chef des armées déploya les forces de l’ordre
    Pour retrouver la délurée dans les quartiers populaciers.
    Tout le pays fut alarmé et, au milieu de ce désordre,
    Les flics partirent à la curée avec tous les chiens policiers.

    On fit essayer la godasse Ă  toutes les putes de Pigalle,
    À celles du Bois de Boulogne mais aucune ne s’y emboîta.
    Puis on retrouva la chaudasse qui avait attrapé la gale,
    L’avant-veille place de Pologne, pour la refiler en l’état.

    Illustration de Lorenzo Mattotti.

    
    
    
  • Lady Godillot – 1

    Lady Godillot - 1

    La légende

    On connaît Lady Godiva, pas vraiment Lady Godillot
    Qui s’inspira de la diva pour faire fléchir son nobliau.
    À l’instar de la cavalière qui traversa la ville, nue,
    Celle-ci fut plus particulière car n’en serait jamais revenue.

    On dit que dans une ruelle, elle trouva chaussure Ă  son pied
    Et la belle fut assez cruelle pour rompre d’avec son coéquipier
    De mari qui ne la voyant pas revenir de son voyage
    Divorça en lui renvoyant tout son trousseau de mariage.

    Il est dommage que la coutume ne soit plus suivie aujourd’hui
    Car j’aurais vu dans l’même costume Brigitte, sans le sauf-conduit
    De Manu, traverser Paris et poursuivre le rituel
    En montrant de quel gabarit sont ses attributs sexuels.

    Tableau « Lady Godiva » de Jules Lefebvre 1898.

    
    
    
  • Ă€ propos du vin

    À propos du vin

    Quand je lui apporte un bouquet, elle déverrouille son loquet ;
    Je la complimente sur sa robe, ma timidité se dérobe ;
    Elle me propose un peu de vin, l’instant devient des plus divins ;
    J’en flatte la belle couleur d’un timbre des plus roucouleurs.

    Elle m’enivre de son arôme, je me sens devenir un homme
    Et par son corsage fendu, j’adule ses fruits défendus.
    Comme une fière bordelaise, elle pose ses lèvres, à Dieu ne plaise,
    D’un baiser qui sans en découdre me donne le plus beau coup de foudre.

    Photo de Safia Bollini.

    
    
    
  • Lady Amanita Muscaria – 3

    Certains champignons excellents dans la famille des amanites,
    Particulièrement recherchés pour leur saveur dans le palais,
    Possèdent une odeur exhalant une atmosphère sélénite
    Quand la pleine Lune est perchée très haut sur un ciel bordelais.

    J’ai rencontré la belle Oronge qui est l’amanite des Césars ;
    Une champignonne femelle drapée dans sa robe de soie
    Teintée d’une couleur orange aux reflets noirs un peu bizarres
    Et coiffée d’une cloche à lamelles au dernier cri, ça va de soi.

    J’en ai encore sur les lèvres le goût musqué de ses baisers
    Au parfum de truffe et muscade et aux effluves intemporels.
    Je l’ai embrassée avec fièvre et nos cœurs se sont embrasés
    En soubresauts et en cascades de tous nos fluides corporels.

    Je n’en ai point trouvé en Suisse ; je cours les bois et les forêts
    Mais je ne trouve qu’amanites phalloïdes, tue-mouches ou panthères.
    Bien que leurs pieds aient de la cuisse avec des chapeaux décorés,
    Leurs baisers me sont dynamite qui laisse un fiel bucco-dentaire.

    Illustrations d’Emily Balivet.

    
    
    
  • Les ambassadeurs maladroits

    Les ambassadeurs maladroits

    Les ambassadeurs communiquent selon des codes ultra-secrets
    Et se transmettent des confidences dans leurs malles diplomatiques.
    Pour éviter les polémiques, parler tout en restant discrets,
    Ils ont des cabines de silence d’une acoustique fort hermétique.

    Pour déjouer les caméras et les microphones espions,
    Ils transforment et métamorphosent leurs messages sous des grimages ;
    Pour contrer l’agent scélérat, leurs stratagèmes sont champions ;
    En témoigne l’anamorphose du crâne au bas de cette image.

    Ce concentré de diplomates assimilés au consulat
    À l’occasion d’une réception ont fait la chose profanatrice
    De jeter leurs jus de tomate dans la fontaine au chocolat
    Et ont causé la déception de Madame l’ambassadrice.

    Tableau de Hans Holbein.

    
    
    
  • Des tresses en Ă©cheveau

    Des tresses en écheveau

    Au pays des terres ondulées, les herbes poussent en torsades,
    Les chevelures abondantes croissent plus vite par temps d’orage.
    Toutes les fleurs pédonculées frisent après l’éclaboussade
    Par des averses redondantes qui crĂŞpent mĂŞme le fourrage.

    Les femmes portent alors des tresses, et leurs maris, et leurs chevaux
    Dont les folles crinières longues s’entrelacent dans les sabots.
    Ainsi donc, en cas de détresse, imaginez-vous l’écheveau
    De ces créatures oblongues et leurs nattes plein les jabots !

    Les jours d’orages tirebouchonnent les cheveux qui s’mettent à friser
    Et les dames coquettes se plaignent qu’ils sont plus difficiles à peigner
    Car à mesure qu’elles bichonnent leurs queues-de-cheval électrisées,
    Celles-ci poussent à perdre haleine plus vite qu’une toile d’araignée.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

    
    
    
  • Mon atelier

    Dans l’atelier, tout mon désordre subit l’ordre de mes pensées
    Et mes pensées en confusion troublent la suite de mes idées ;
    Idées qui donnent du grain à mordre et du talent à dépenser
    Que je remets en perfusion dans mon sang neuf suroxydé.

    Puis, la nuit vient accommoder tout ce qui reste à décanter
    Et le lendemain, le chaos n’en est que plus incohérent.
    Je n’en suis point incommodé ; l’inverse me ferait déchanter
    Car le désordre crée des cahots qui me rendent proliférant.

    Tableau de Remedios Varo.

    
    
    
  • La bulle de rĂŞves

    La bulle de rĂŞves

    Le grand pouvoir de la rêveuse réside en sa bulle de silence
    Qui l’isole d’une part du monde dans un royaume inaccessible.
    L’ensemble des fibres nerveuses abandonnent toute vigilance
    Pour une liaison vagabonde avec des limbes impossibles.

    Bien sûr, ce n’est qu’une utopie pour s’échapper du matériel
    Où le cerveau se prédispose à puiser dans l’imaginaire.
    Un pays vierge de l’entropie de ce désordre caractériel
    Qui l’agite et qui l’indispose en réduisant son ordinaire.

    Tableau d’Armando Barrios https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201511Armando-Barrios.html .

    
    
    
  • Une autre dimension

    Une autre dimension

    Quand je me plonge dans un livre ou que je parcours une image,
    La page se met en relief entre les détails et les mots.
    Puis, derrière, quelqu’un me délivre une prédiction ou un message
    Comme un double, qui aurait des griefs, les transmettrait Ă  son jumeau.

    Sculpture de Pam Langdon.

    
    
    
  • L’aube du lundi

    L’aube du lundi

    Lorsque le ciel se déchire après une nuit d’orage
    Et que le soleil transperce les fenĂŞtres des maisons,
    Les rayons viennent fléchir la nuit qui s’enfuit de rage
    Loin de l’aube qui disperse ses regrets à l’horizon.

    Tableau d’Igor Goncharov.

    
    
    
  • Le divin quintuor

    Le divin quintuor

    Que j’aimerai le son du cor au fond de ma tombe, endormi,
    Quand je renaîtrai d’un nouveau corps, encore engourdi de fourmis !
    Après une danse macabre avec la mort pour partenaire,
    À la lumière des candélabres, je suivrai l’aube imaginaire.

    Tableau de Nicholas Kalmakoff.

    
    
    
  • Jungfrau

    Jungfrau

    Saluant les sommets de France, les vals d’Italie et de Suisse,
    La Jeune Fille nous assure son ineffable nudité.
    Offrant sa poitrine à outrance et, par derrière, ses fières cuisses,
    Elle s’oppose à la censure et toutes ses absurdités.

    La Jungfrau, « Jeune fille » ou « Vierge », est un sommet suisse dans le massif des Alpes bernoises qui culmine Ă  4 158 mètres d’altitude. Et merci Ă  Damar Val pour la photo.

    
    
    
  • Un vers pour la fleuriste

    Un vers pour la fleuriste

    Qu’offririez-vous à la fleuriste ? Manifestement pas des fleurs,
    Encore moins un joli vase mais un cadeau inattendu…
    Peut-être un poème humoriste, un petit vers qui lui affleure
    Le cœur et me donne l’extase de cueillir ses fruits défendus.

    Tableau Eugen von Blaas.

    
    
    
  • Mon immeuble aux cinq sens

    Mon immeuble aux cinq sens

    J’entends chez la voisine, des bruits dans la cuisine ;
    J’entends dans l’escalier, des bruits sur le palier ;
    J’entends quand vient le soir, le bruit des balançoires.

    Je vois par la fenêtre, des beautés apparaître ;
    Je vois par mon balcon, souvent passer les cons ;
    Je vois tous les matins, rentrer tĂ´t les catins.

    Je sens à travers les plinthes, des râles et des plaintes ;
    Je sens à travers les murs, des vertes et des pas mûres ;
    Je sens Ă  travers le sol, des cris qui batifolent.

    Plaise à Dieu que je goûte le temps au compte-gouttes ;
    Plaise à Dieu que je tâte, les voisins bonne pâte ;
    Plaise à Dieu qu’un jour j’aime la voisine du septième.

    Tableau David Matialshvili.

    
    
    
  • Les blĂ©s d’or

    Les blés d’or

    Sur une mer de cheveux d’or, tous ceux qui y auront navigué,
    Soufflés par les vents des gémeaux, feront la plus belle fournée.
    Le soir, quand le soleil s’endort et que les vents sont fatigués,
    On se chuchote à demi-mots : « Merci pour la belle journée ! »

    Sur les plateaux de Winterthur vers la colline d’Eiberg, le point le plus haut de la commune, 687 m, les champs de blé dorent tranquillement sous le soleil parés de milliers de coquelicots.

    
    
    
  • Le château de verre

    Le château de verre

    On avait enfermé pour cent ans tout le monde
    Dans la prison de verre qui murait le château.
    Et le roi transformé en une bête immonde
    RĂ´dait dans son calvaire tout en haut du plateau.

    Mais un prince informé sur le chemin de ronde,
    Un jour a découvert quels soins fondamentaux
    Donner au roi charmé par tant d’ardeurs fécondes
    Qu’il en fut recouvert de grés sentimentaux.

    Et pour se conformer aux usages du monde
    La princesse a ouvert son cœur en vibrato
    Et a su confirmer combien l’amour l’inonde,
    D’un baiser de travers, cerise sur le gâteau.

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  • Plumeaux aux vents

    Plumeaux aux vents

    Au matin la nature, d’un vent aspirateur,
    Agitait ses plumeaux comme plumes d’oiseaux.
    Et la jolie peinture du lac inspirateur
    Berçait les chalumeaux tout autour des roseaux.

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  • La petite porte qui grandit

    La petite porte qui grandit

    Quand je suis arrivé au monde, j’ai franchi la petite porte
    Et puis au fur et Ă  mesure, les portes ont grandi avec moi.
    Celle de la dernière seconde, finalement que m’en importe
    Qu’elle s’accroisse en démesure, inexorable au fil des mois.

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  • Le temps des transhumances

    Le temps des transhumances

    Quand vient le temps des transhumances, on se rassemble Ă  Saint-Michel
    Pour se retrouver tous ensemble juste Ă  la veille de l’Ă©tĂ©.
    C’est alors que tout recommence, on remet le pied à l’échelle
    Pour faire ce que bon nous semble et notre anniversaire fĂŞter.

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  • L’art singe-Ă -lier

    L’art singe-à-lier

    Profondément dans la forêt, vous trouverez quelques abris,
    Là où nul autobus ne passe dans ces parcours très bigarrés.
    Mais ne soyez pas éplorés si l’art se tient sur les lambris
    Car le singe remplit l’espace pour les fantômes égarés.

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  • La retraite des bus

    La retraite des bus

    Quand les bus prennent leur retraite, on les envoie en Helvétie
    LĂ  oĂą les touristes sont rares Ă  cause du prix du voyage.
    On part à l’heure de la traite, on attend et on apprécie,
    Mais dès que sonne le dĂ©part, c’est pour aller au nettoyage.

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  • La cabane d’ÉlĂ©onore

    La cabane d’Éléonore

    Si tu passes par le nord, dans la vallée de la Töss,
    ArrĂŞte-toi Ă  Winterthour avant les chutes du Rhin.
    Demande à Éléonore, une fille aux goûts coûteux,
    Combien coûte le détour entre ses chutes de rein.

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  • Que renard me plaise

    Que renard me plaise

    Quand Zorro me fait l’amour, lorsqu’il comble mes envies
    Et que j’atteins le panard juste au milieu des jambettes,
    Il se passe un truc glamour qui se répète à l’envi :
    Il se transforme en renard et me baise comme une bĂŞte.

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  • Faites des paires

    Faites des paires

    Une nuit de pleine lune dans un grand lit adapté.
    Après trente-neuf semaines, vous ne pourrez ignorer,
    Le fruit d’amours opportunes qu’il faudra bien accepter.

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  • Les FĂ©es-mères

    Les Fées-mères

    Elles sont invisibles car on ne les voit pas,
    Elles sont silencieuses, on ne les entend pas,
    Elles sont éphémères, viennent et puis s’en vont
    Et quand elles sont parties, nous nous en émouvons.

    J’en ai à la maison une preuve formelle,
    Elle peint des tableaux quand je ne regarde pas.
    Ses cheveux indociles sont couleur caramel
    Et ses foulards soyeux emballent ses appâts.

    Si vous cherchez Ă  voir comment elle travaille,
    Vous la prendrez pour folle ou comme femme-enfant.
    Laissez-la Ă  son rythme, et voyez les trouvailles
    Qu’elle invente en pouffant son rire triomphant.

    Si elle vous parle un peu, prĂŞtez bien votre oreille
    Car sa voix est fluette et raisonne en son cœur
    Comme un ruisseau murmure et nulle autre pareille
    Vous dira des merveilles sans blâme et sans rancœur.

    Maintenant je vous quitte, je l’entends qui m’appelle !
    Elle a besoin encore d’un peu d’inspiration.
    D’abord un peu d’amour pour nourrir sa chapelle
    Et puis un peu de rĂŞve pour son admiration.

    Tableau de Fabienne Barbier

    
    
    
  • J’ai perdu mon chemin

    J’ai perdu mon chemin, j’ai perdu mon destin
    Je ne sais oĂą je suis, je ne sais qui je suis,
    Je n’ai plus ma boussole, je ne joue plus de rĂ´le
    J’avance sans savoir oĂą m’emmène l’espoir !

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  • Ă€ tire-d’aile

    Self-service Ă  tire-d’aile !
    Boire Ă  tire-larigot !
    Tu peux faire comme chez elle
    Et venir pour boire un pot !

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  • J’ai mis du bleu

    Eh bien voilĂ  ! J’ai mis du bleu !
    J’ai colorĂ© tous mes dĂ©sirs !
    Je les ai teints de mille feux !
    Pour le plus profond des plaisirs !

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  • Dormir dans les nuages

    Dormir dans les nuages,
    RĂŞver sur une plage,
    C’est toujours un voyage
    Avec ou sans bagage…

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  • Les bateaux immobiles

    Les bateaux immobiles sont de grands voyageurs
    Ils tournent avec la Terre et revoient le soleil
    Tous les jours sans relâche et avec du bonheur,
    Ils reflètent l’Ă©clat de cet astre vermeil !

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  • Porter son fardeau

    Porter son fardeau accompagnĂ© d’un enfant,
    Faire la route ensemble et lui tenir la main,
    Lui raconter la vie et ses mille tournants,
    Lui apprendre Ă  marcher sur son propre chemin.

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  • Si la Lune est violette

    Si la Lune est violette
    Nous irons invoquer
    Les flammes follettes
    Et nous en moquer !

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  • L’orient-express

    Je prendrai l’orient-express
    Pour aller jusqu’au couchant,
    Enchaîner, si rien ne presse,
    Et atteindre l’occident !

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  • La cigogne

    C’est aux jeunes lueurs de l’aube
    Que s’envolera la cigogne.
    RevĂŞtez vos plus belles robes,
    Envolez-vous pour la Pologne !

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  • L’homme bleu

    C’est l’homme bleu qui marche sur les dunes.
    Il court le soir sifflant au clair de Lune.
    Rien ne l’arrĂŞte, ni le vent ni le sable,
    Toujours il court vers ses rĂŞves insondables.

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  • La voyageuse que j’aime

    Aussi loin qu’ira la voyageuse que j’aime,
    Les bagages de son cĹ“ur l’accompagneront.
    J’ai semĂ© Ă  l’intĂ©rieur un peu de moi-mĂŞme,
    Partout oĂą elle sera, nous nous retrouverons.

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  • Mille jambes

    J’ai rĂŞvĂ© mille jambes pour parvenir Ă  toi,
    J’ai pensĂ© mille bras pour pouvoir t’y serrer,
    J’ai rĂŞvĂ© mille bouches pour pouvoir t’embrasser,
    Mais il suffit d’un cĹ“ur pour vivre auprès de toi.

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  • L’enfant intĂ©rieur Ă  la fenĂŞtre

    Quand l’enfant intĂ©rieur regarde Ă  la fenĂŞtre
    Avec son chat fripon qui lui tient compagnie,
    Tout un monde de fĂ©e est en train d’apparaĂ®tre
    Car les yeux de son cœur sont sa source de vie.

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  • Ma vie est d’orange

    Ma vie est d’orange et rien ne me dĂ©range.
    Mon cĹ“ur est de pourpre et l’amour l’empourpre.
    Mon âme est de jaune et mon corps est jeune.
    Toutes ces couleurs chaudes comme des reines-claudes
    Sustentent ma faim et mes lendemains.

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  • Les chrysanthèmes bleus

    Les chrysanthèmes bleus

    Un souvenir éternel accroché à ma mémoire
    Comme un trousseau amoureux préservé dans une armoire,
    Dans un livre de cuisine ou dans les meilleurs grimoires,
    Font les meilleurs ustensiles et les meilleures écumoires.

    Souvenir d’une beauté, la plus belle de la ville,
    Des frous-frous et des pompons et un petit air tranquille.
    Je la rejoignais souvent avec mon p’tit baise-en-ville.
    Nous vivions dans le secret, notre petit Vaudeville.

    Les études coûtaient cher nous n’avions pas de fortune
    Et pour payer ses études, elle fut bien opportune
    D’ôter un peu ses frous-frous pour avoir un peu de thune
    Elle gardait ses pompons branchés autour de sa lune…

    Et quand elle s’effeuillait, c’était avec bonne grâce,
    Une belle plante heureuse, qui savait laisser la trace
    D’une ineffable beauté qui n’avait point de disgrâce.
    La fine de barbarie d’une jolie plante grasse !

    Pour prolonger ses attraits et payer ses magasines
    Elle savait adapter les recettes de cuisine.
    Après avoir provoqué l’orgasme de Mélusine,
    Elle me mijotait des mets qui ravissaient les voisines

    Juste habillée de pompons et de ruban bleu-marine,
    Rien n’est plus beau que ses mains qui pétrissent la farine !
    Rien n’est plus aromatique que les sucs dans sa crépine !
    C’est la princesse étoilée, à poêlée, la ballerine !

    Tous ces chrysanthèmes bleus harmonisent mes pensées
    Des souvenirs merveilleux pour trois pièces dépensées.
    J’aime toujours Mélusine, sa cuisine a compensé
    D’avoir jeté ma soutane et j’en suis récompensé !

    Tableau de Fabienne Barbier

    
    
    
  • La mare fleurie

    La mare fleurie

    Le silence est tombé cette nuit sur la mare.
    Les grenouilles en deuil vivent un cauchemar.
    La crevaison soudaine et tout le tintamarre
    D’un stupide animal, un idiot, un vantard.

    Pour ressembler aux princes, riches de connaissances,
    Une pauvre reinette, venue sans importance,
    S’est embellie d’orgueil et, dans l’effervescence,
    A confondu la taille avec la compétence.

    Elle s’est efforcée pour être à leur image
    De se gonfler d’éther à force de ramage.
    Si bien que bien avant de l’être davantage,
    Elle s’est éventrée à son désavantage.

    Ceux à qui elle avait voulu s’apparenter
    N’en ont même pas eu ni chagrin, ni pitié.
    Ils s’en sont amusés sans être tourmentés,
    Ce n’était là pour eux, qu’éphémère amitié.

    Les siens ont recueilli sa peau éparpillée,
    Honoré sa mémoire sans même la houspiller.
    N’est ce point grand dommage de voir tant gaspillée
    Toute une éducation et la voir torpillée ?

    Les gerbes, les couronnes, tous les bouquets de fleurs
    Rendent un dernier hommage à l’animal gonfleur.
    Les lucioles brillent à l’abri des souffleurs
    Et la mare est fleurie d’un vent écornifleur.

    Tableau de Fabienne Barbier

    
    
    
  • La nostalgie de la fuite

    La nostalgie de la fuite

    Frêle bateau sur l’eau qui va à la dérive
    Tandis qu’au fil du rêve, le voyageur arrive.
    Partir est un remède au gré de son navire,
    Filer droit devant soi, sans regarder la rive.

    J’étais ce voyageur qui parcourait en rêve
    Des rivages impossibles, des périples sans trêve,
    Abandonnant son monde, le laissant sur la grève,
    Fuyant l’autorité, les ordres « Marche ou crève » !

    Vivre sa vie en rĂŞve comme procuration
    N’est pas la solution mais une aberration.
    Mais la fuite préserve et, de l’aliénation,
    Permet la sauvegarde, une amélioration.

    Bientôt le fugitif découvre son naufrage.
    Il arrĂŞte sa fuite, empoigne son courage.
    Il fixe l’horizon renforce son ancrage
    Pour sa métamorphose, son nouveau démarrage.

    Il a tellement vu, acquis de connaissance,
    Tout ce qu’il a glané dans sa convalescence
    Guide son intuition, devient incandescence
    Pour diriger ses pas avec luminescence.

    Autrefois voyageur, aujourd’hui conquérant,
    Partout où tu regardes, ton cœur est requérant.
    Il a forgé ton corps aujourd’hui différent
    Et tu sais dénouer tes nombreux différends.

    Nostalgie de la fuite, mes souvenirs d’antan.
    Je vis dans le présent, ici et maintenant.
    J’accepte mon destin et j’en deviens le maître.
    Le sage, quelque part, est en train d’apparaitre.

    Tableau de Fabienne Barbier

    
    
    
  • La porteuse d’eau

    La porteuse d'eau

    Juste au pied de la tour qui côtoie les étoiles,
    Elle avance inconnue, cachée derrière son voile
    Qui enclave son corps drapé dans cette toile
    Qui la tient au secret, jamais ne la dévoile.

    Elle est juste un maillon composant de noria,
    Native du mythique royaume d’Almeria.
    Puis aux sources du Nil, aux chutes Victoria,
    Là-bas elle a connu la vraie passionaria !

    Désormais tous les jours, du levant au couchant,
    Elle part à la source, d’un air effarouchant,
    Transporter l’eau du puits de son cœur accouchant,
    C’est là toute sa vie, regardez, c’est touchant !

    Origine du monde, mère de l’humanité,
    Tu es devenue l’esclave et la propriété
    Du peuple que tu as par toi-même enfanté.
    Pour lui, tu t’es soumise en toute humilité.

    Mais bientôt tu te lèves à l’appel de tes filles
    Et tu reprends ta place, tu brises ta coquille.
    La chenille a quitté son cocon, sa Bastille.
    Tu redeviens la femme reine dans la famille.

    Tableau de Fabienne Barbier