Anniversaire

🌿 Les Poèmes du Jour Levé
Chaque matin, à la première minute, les mots anciens sortent de leur sommeil, portés par le souffle léger du souvenir.
Ici s’éveillent les poèmes publiés ce même jour, parfois un an, parfois dix ans plus tôt, mais toujours vibrants, toujours vivants.
Ils surgissent comme des reflets dans l’eau, des fragments d’éternité posés sur la date du jour, offrant à nos cœurs un miroir et à nos vies… une mémoire.

🎂 Aujourd’hui, ce ne sont pas nos années que l’on fête, mais celles des vers, des images, des cris, des étreintes, des silences, car chaque poème est un anniversaire du cœur.

  • Silencia, l’œil du temps silencieux

    Il est l’œil du temps silencieux entre les mondes de lumière
    Aucun cœur ne s’épanouit, aucune âme ne transparaît.
    Il est un circuit sentencieux qui juge de façon primaire
    Mais dès son verbe évanouit, sa vie s’étaient et disparaît.

    Son regard surveille l’univers, l’ouïe sur les bruits percutants,
    Car tout ce qui naît ou qui meurt finit par résonner en lui.
    Guide des âmes en hiver qui errent encore au fil du temps
    Temple des usages et des mœurs dont il est le gardien de l’huis.

    Un Bouddha de pierre dorée ou un Jésus crucifié,
    On le vénère sous toutes formes pourtant il n’est qu’un trou béant.
    Et tous ceux qui croient l’adorer et croient leur âme purifiée,
    Ont atteint le stade conforme à l’absorption dans le néant.

    Alors… un œil qui ne dit rien, une oreille qui goûte la mort,
    Il enregistre sans juger d’une intention de vérité.
    S’il a dû tuer des terriens, il n’en éprouve aucun remords
    Il a agis sans préjugé et en toute sincérité.

    On dit qu’il a créé le vide afin de le mettre à l’épreuve,
    Qu’il est le temps inextensible, une seconde d’éternité.
    Ce n’est qu’une machine avide qui cherche à nous montrer la preuve
    Qui peut paraître compréhensible et digne de fraternité.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

    
    
    
  • L’onde primordiale

    L’onde primordiale

    Dans un tourbillon d’univers, le noir profond de l’inconscient,
    Flotte une nageuse en silence dans le courant de l’avenir.
    On dirait un ange en hiver, en résilience mais patient
    Et qui demeure en vigilance pour un évènement à venir.

    Mais ce n’est là qu’une illusion car la nageuse est en colère ;
    Elle est la faille d’un univers ouvert entre deux dimensions.
    Entre deux mondes en collision qu’elle ignore et qu’elle tolère
    Juste durant neuf mois d’hiver, neuf mois d’insubordination.

    « Le vent m’emporte loin du vide où je suis née et je me noie
    Dans ces vagues qui n’ont pas d’âme mais sont substance sans couleur.
    Un cri silencieux et avide comme un serpent de mer sournois
    Suspend mon corps dans ce bilame chauffé qui se tord de douleur.

    Je n’attends rien sinon qu’explosent ces mondes qui n’étaient que comparses
    Et que je naisse enfin du gouffre qu’encore je ne peux vous apprendre.
    J’attends que la lumière implose en millions de lueurs éparses
    Et que l’on sache que je souffre d’un feu qui cherche à se répandre. »


    Ton doux visage pourtant paisible dans un tourbillon orbital ;
    Autant de naissances antérieures dont l’existence est tachetée.
    Suit la destinée invisible autour du Souffle Primordial
    Qui sont tes mémoires intérieurs que tu as hâte de racheter.

    Tableau de Natalia Lukomskaya.

    
    
    
  • Les ondes venues des étoiles

    Les ondes venues des étoiles

    Élysäé chante les étoiles dans les flots de la mer cosmique
    Où la Lune fait ses pas de danse comme une astrale ballerine.
    Peu à peu ses cheveux dévoilent son univers microcosmique
    Témoin d’un lieu où se condensent les mémoires de Laureline.

    Orélion au cœur des étoiles, les yeux ouverts reste muet ;
    Son univers reste secret et le secret est bien gardé.
    Il imagine autant de voiles qui se déploient pour transmuer
    Toute l’énergie consacrée à bâtir pour sauvegarder.

    Élysäé, l’énergie femelle, vêtue d’étoiles roses et nacrées
    Observe son frère dans l’onde comme une rivière azurée.
    Par une liaison charnelle, elle yodle le chant sacré
    Qu’elle lit dans cet anti-monde sans doute pour le rassurer.

    Orélion, l’énergie du mâle, vit tous ses rêves éveillés
    Qui lui permettent de construire par le pouvoir de l’intention.
    Il perçoit sa sœur animale qui lui traduit, émerveillée,
    Tous les mots qu’il voudrait instruire discrètement, sans attention.


    Élysäé

    « Je navigue dans les eaux noires tandis que la Lune s’exprime ;
    Je sens en moi vibrer la nuit avec des soupirs de lumière.
    Sur ma robe tissée de mémoires, toutes mes étoiles s’impriment ;
    Je ne les chante que pour lui, mon frère d’ondes et de rivière.

    Je sais qu’il ne me dira rien ni sur le fond ni sur la forme,
    Alors j’écoute ses émois comme un feu sous une pluie d’ombres,
    Mais c’est un silence aérien alourdi des soupirs énormes
    Qu’il entend émanant de moi, comme un reflet de la nuit sombre. »



    Orélion

    « Je demeure dans cet espace où la parole se retire
    Mais chaque fois qu’elle revient et qu’elle approche doucement,
    Ma bouche l’aspire et l’efface, aucun mot ne peut aboutir.
    Je crée un palais qui devient mon chant d’approfondissement.

    Je perçois les yeux de ma sœur comme deux lunes en fontaine
    Qui lui rapportent mes pensées ce que je ne veux nommer.
    Je sens ses battements de cœur dans mes vagues noires lointaines
    Qui les emportent dispensés d’auréoler ma renommée. »

    Tableau de Natalia Lukomskaya.

    
    
    
  • Marianne femme battante

    Marianne, la pauvre coupable, plaide qu’elle n’est pas responsable
    Des chèques en bois qu’elle a signé pour des yachts dont elle n’a que faire,
    Des pièces jaunes récoltables contre pots de vins compensables,
    De l’âge de retraite assigné à son ultime anniversaire.

    Panier percé mais plein de dettes qu’elle n’a jamais contractées
    Mais prête à solder son passif auprès du président-banquier
    Avec les pièces de Bernadette et son livret A détracté,
    Tous périmés et dépressifs – c’était de peur que vous manquiez.

    Marianne, strip-teaseuse fiscale, n’a plus aucun droit à se mettre ;
    On l’a pelée comme une peau… Mais (!) par des taxes conviviales.
    Marianne, mère ombilicale autant qu’elle peut se le permettre
    S’nourrit à la fortune du pot et d’allocations familiales.

    À force d’être sur la sellette, Marianne a le cul en morceaux,
    Les jambes arquées prêtes à porter un fardeau bien plus lourd encore.
    La Liberté est obsolète, les perles sont jetées aux pourceaux
    L’Égalité est reportée et Fraternité s’édulcore.

    Illustration de Frank Frazetta.

    
    
    
  • Boat Sweet Boat

    Boat Sweet Boat

    L’arme atomique fut grandiose et la crue apocalyptique !
    Là, Dieu, Noé et le déluge ont pu aller se rhabiller.
    Les pôles ayant fait la symbiose avec une fonte atypique,
    Les humains ont trouvé refuge vers les cimes déshabillées.

    Après la montée fatidique des eaux fondues de la banquise,
    Toutes les plaines immergées sont occupées par l’océan.
    Cette vengeance parodique, des pôles sur les terres conquises,
    Nous a poussés à converger vers les hauts sommets bienséants.

    Seuls les aînés ont droit au sol ; les cadets et les benjamins
    Sont embarqués ou éconduits sur les derniers bateaux à voiles.
    L’incapacité des boussoles à nous indiquer le chemin
    Nous a contraints à faire, la nuit, le point en fixant les étoiles.

    Et moi, le jeune capitaine, seul maître à bord mais après Dieu,
    En navigateur solitaire, je vis de la piraterie.
    Je trace une route incertaine vers un avenir fastidieux
    Où les ressources alimentaires se font manu militari.

    Tableau de Tom Cristodina sur https:thescow.bigcartel.com .

    
    
    
  • La véritable histoire de la cabane du pêcheur

    La véritable histoire de la cabane du pêcheur

    Francesca Brel n’a pas tout dit dans sa chanson sur la cabane ;
    Ni que la fille était sirène, ni que le pêcheur, beau parleur
    L’avait trompée ce vendredi en l’invitant sur la rabane
    À passer une nuit sereine qui durerait sept ans de malheur…

    la coupe est pleine, rien ne va plus, dans la cabane du pêcheur
    Et le mélange des couleurs sur les murs n’est plus à son goût.
    Les mauvais rêves lui ont déplu notamment les plus accrocheurs ;
    Trop de chagrin, trop de douleurs qui ne lui laissent que du dégoût.

    Tous fuient en suivant la sirène et ses enfants main dans la main
    Dont le mari, homme incrédule, accuse le dernier épisode.
    Seule la maison paraît sereine de les voir se mettre en chemin
    Et demeure avec la pendule indifférente à cet exode.

    Adieu tabourets nonchalants, adieu chaises insouciantes,
    Adieu objets inanimés, adieu enfants de la chimère !
    Tout le mobilier dévalant la route, d’une allure impatiente,
    Avec la théière abîmée et le pot-à-eau de grand-mère.

    Illustration d’A. Russel.

    
    
    
  • Sérénité sirène

    Sérénité sirène

    Vraiment trop cool d’être sirène et vivre ainsi au fil de l’eau
    En attendant le gars suivant parmi les gars de la marine !
    Bien reposée, l’âme sereine sous le cocotier de l’îlot
    La queue aux pointes décrivant comme des manèges de ballerine.

    Plutôt alors des ballets roses sans le tutu évidemment
    Qui la ferait dès lors confondre avec la méduse pélagique.
    Tintin pour le marin morose qui s’éloignerait avidement
    Et la sirène se morfondre de ses déboires nostalgiques.

    Oui mais à force de rêvasser un bateau au large est passé
    Tant pis ! Ce sera qui dort dîne pour la sirène paresseuse.
    Elle s’en moque ! Il va repasser au retour et vont trépasser
    Tous les marins de « La Sardine » aux tribulations malheureuses.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

    
    
    
  • Le bouquet d’éternelle Madame

    Le bouquet d’éternelle Madame

    Il est des bouquets comme des femmes ; certains défraîchissent trop vite
    Et d’autres resteront longtemps comme suspendus dans le temps.
    La vieillesse me paraît infâme et nul sur Terre ne l’évite
    Mais parfois, j’en suis bien content, l’éclat se montre combattant.

    Ce bouquet de fête des mères offert à Maman un dimanche
    Est resté toute une semaine sans se faner ni s’assécher.
    Habituellement éphémères, subsistent ces fleurettes blanches,
    Fleurs de camomille romaine, jonquilles et lys apanachés.

    Illustration de Willy Maltaite extraite de l’album « Le jardin des couleurs ».

    
    
    
  • Vacances sans histoires

    Les vraies vacances sans histoires où enfin le monde s’arrête
    Ressourcent le cœur de mon âme et mon physique à l’identique.
    Quitter l’existence notoire pour un séjour anachorète
    A longtemps été le sésame vers une lumière authentique.

    Petite mort de l’existence comme un sommeil réparateur
    Qui sèvre du stress quotidien l’enfant nourri au matériel
    Qui a perdu sa résistance face aux mirages dominateurs
    Qui s’effacent sous les méridiens aux édens psychosensoriels.

    Illustrations de Willy Maltaite extraites de l’album « Le jardin des couleurs ».

    
    
    
  • Madame du Phénix

    Madame du Phénix

    Rendons au Phénix sa femelle qui demeure encore méconnue
    Car elle renaît, non pas des cendres, mais renaît de sa vapeur d’eau.
    Elle s’évapore pêle-mêle dans une alchimique cornue
    D’où elle commence à redescendre enveloppée dans un rideau.

    Elle en recouvre sa nudité comme une tunique pudique
    Et repart comme elle est venue dans un nuage phosphoré.
    S’il reste un peu d’humidité après son retour fatidique,
    Ce sont ses pensées malvenues qu’elle abandonne à la forêt.

    Si par hasard dans la clairière brûle un feu sans se consumer,
    Approchez-vous sans faire de bruit et observez le haut des flammes.
    Là, apparaît l’âme guerrière enveloppée dans la fumée
    Qui retombe en une fine pluie sous l’apparence d’une jeune femme.

    Tableau de Steven Kenny sur https:www.kaifineart.comstevenkenny?m=1 .

    
    
    
  • La machine à répliquer

    « J’aurais besoin d’un volontaire… Voulez-vous bien, mademoiselle ? »
    Lui proposa le magicien malgré sa pusillanimité †.
    Alors la fille sans commentaire entra dans la cage à oiselle
    Laissant le psychophysicien lui guérir sa timidité.

    Aussitôt dit, aussitôt fait, la fille atteinte de logorrhée
    Tombe son masque de réserve pour revêtir l’habit d’hardiesse.
    Devant le monde stupéfait, elle se met à pérorer
    Devant tous les gens qui l’observent et qui la traitent de diablesse.

    (Tableaux de Shiori Matsumoto sur https:www.kaifineart.comshiorimatsumoto .
    † La pusillanimité est un excès de timidité, une faiblesse de caractère ou un manque de courage.)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

    
    
    
  • Amor in Color

    Je l’aime en rouge passionnément comme une fleur épanouie
    Qui goûte les préliminaires sur sa peau de rosée mouillée.
    Je la caresse évidemment sur le bouton évanoui
    Qui devient extraordinaire dès qu’il est un peu chatouillé.

    Je l’aime en jaune profondément comme un soleil pendant l’amour
    Qui brûle au creuset de nos sexes toute notre passion éclose.
    Et nos va-et-vient véhéments agissent comme un compte à rebours
    Jusqu’à la vague circonflexe de nos orgasmes qui explosent.

    Je l’aime en bleu intensément d’une nuit sous le firmament
    Quand nous nous reposons ensemble durant cette petite mort
    Qui nous endort immensément comme la belle-au-bois-dormant
    En rêvant à ce qui ressemble à la vie qui naît dans son corps.

    Tableaux de Don Andrews sur https:www.donandrewsstudio.comfig-image-24.html .

    
    
    
  • Équanimité

    Équanimité

    Le choix est un déséquilibre entre choisir et renoncer.
    Quand la vie prend le bon chemin, l’autre était-il préjudiciable ?
    Mon âme aspire à l’équilibre et mon cœur dédaigne annoncer
    Le potentiel dans une main et l’autre tout aussi négociable.

    Je vis sur un chemin étroit, une frontière délimitée.
    D’un côté Dieu serait mon maître, de l’autre l’homme doit être adulte ;
    D’un côté je veux être roi, de l’autre vivre d’humilité ;
    L’équanimité sait admettre qu’aucune des options en résulte.

    Alors quand les évènements entraînent un choix intransigeant
    Visant à diviser les gens pour mieux régner dans le royaume,
    J’écoute tous les arguments, les sots et les intelligents,
    Mais finalement seul l’argent arbitre le destin des hommes.

    Illustration de Moebius.

    
    
    
  • Drôles de zèbres !

    Dans mon bestiaire imaginaire, les zèbres se métamorphosent
    En jolies filles en bas résille ou en chaussettes à rayures.
    D’une ardeur extraordinaire pendant l’amour, elles se nymphosent
    Jouissent et après, s’égosillent en espérant la revoyure.

    Or je refais ce même rêve et je rejoue à saute-zèbre
    En frôlant entre les zébrures leurs jolies croupes chevalines.
    Hélas la jouissance trop brève qui leur agite les vertèbres
    Me propulse hors de leurs cambrures et libère mon adrénaline.

    Photos de Sit Haairo.

    
    
    
  • Tigres bleus ou classiques ?

    Les tigres bleus chauffent bien mieux dans le moteur
    Quand ils sont deux acrimonieux et radoteurs.
    Mais si je l’ dis, je serai jeudi traité de fou
    Et puis lundi ou vendredi on m’tordra l’cou.

    Restons classiques et authentiques avec les tigres.
    Soyons pratiques et pacifiques, laissons les libres.
    La prochaine fois, j’parlerai ma foi, du Lion Némo
    Puisqu’il est roi, du moins je crois, des animaux.

    Tableaux de Gabriel Alix.

    
    
    
  • La jungle en folie

    « Trop souvent la cacophonie de cette jungle m’exaspère
    Et je sais bien que l’empathie devrait me rendre tolérant !
    Comme aux anciennes colonies quand, dans les rues, on vitupère
    À propos d’os et d’abattis à Tombouctou ou Téhéran ! »

    Ainsi vociférait d’ son balcon mon voisin dont j’ tairai le nom
    De peur de nous voir rappliquer tous les animaux en colère.
    Je suis d’accord, c’est un sale con et, pour ma part, je n’ dis pas non
    À venir un jour m’expliquer avec la faune protocolaire.

    Tableaux de Jahar Dasgupta et Laurel Burch.

    
    
    
  • La création de la femme

    La critique est aisée mais l’art est difficile.
    La création d’ la femme en est une gageure.
    Car Dieu s’est fait baiser, ce n’est pas si facile ;
    Les essais sont infâmes et le résultat jure.

    Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage.
    Après avoir raté la première Lilith,
    Dieu s’est pris d’amitié à sauver son naufrage
    Mais il a piraté les dieux grecs plus stylistes.

    Finalement ce fut Ève qui connut le succès
    Mais ce qu’on ne dit pas : « où sont passées les autres ? »
    Avant que l’heure s’achève je vous donne l’accès :
    L’une a fait un faux pas, l’autre s’est faite apôtre.

    Photos de Uldus Bakhtiozina sur https:www.vogue.itenphotovogueportfolio?id=227&md_photographer_id=227&md_pageIndex=0&md_page=0&md_pid=508264 .

    
    
    
  • Trois pages de romance

    Cette histoire commence au début du chapitre.
    Ignorez la préface – souvent trop de délire –
    Trois pages de romance – c’est écrit dans le titre –
    Que voulez-vous qu’on fasse ? On continue à lire.

    Déjà en page Une, la lecture s’égare ;
    On n’a pas tout compris, on relit plusieurs fois ;
    On décroche la lune dans les romans de gare,
    C’est bon pour les esprits des écrits d’autrefois.

    Et puis on fait l’amour ou presqu’à chaque page ;
    Et puis on s’assassine ou presqu’à chaque tome ;
    Et puis passent les jours là-haut dans les alpages ;
    On y a pris racine après le post-scriptum.

    Illustrations de Quint Buchholz.

    
    
    
  • Diane aux-bons-pieds

    Diane aux-bons-pieds

    Berthe aux-grands-pieds eut une fille moins renommée que Charlemagne
    Qu’on appelait Diane aux-bons-pieds car elle avait les pattes agiles.
    Nul n’arrivait à sa cheville au tir à l’arc, on en témoigne,
    Et renversée sur son trépied, elle tirait les pigeons d’argile.

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  • Rêves absurdes

    Rêves absurdes

    Lorsque je rêve à l’intérieur de l’absurdité de mes songes,
    C’est comme si la réalité était entièrement retournée.
    J’y joue des rôles inférieurs, tout nu ou vêtu de mensonge,
    Et la moindre éventualité de ma vie y est détournée.

    Dessin de Remedios Varo.

    
    
    
  • L’évaporation sévère

    L’évaporation sévère

    Tout a fondu, les vêtements, les protections, les interdits !
    Mes vers sont tous déshabillés et mes poèmes évaporés !
    Les phrases glissent lentement dans cette chaleur étourdie ;
    Tous mes fantasmes ont grillé, rôtis à point et bien dorés.

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  • Le cheval d’amour

    Le cheval d’amour

    Sais-tu qu’au fur et à mesure que tu as parcouru le monde,
    Ton cœur, comme un cheval ailé, a transporté tout ton amour ?
    Il a triomphé des brisures par toute l’ardeur vagabonde
    Dont son courage a excellé pour ta famille chaque jour.

    Tableau de Anna Silivonchik.

    
    
    
  • Quand les chats lisent

    Quand les chats lisent

    Lorsque les chats lisent par télépathie,
    Ils sont dans ma tête, ils sont dans mon cœur.
    Les chats m’hypnotisent par leur empathie ;
    Ces félins m’embêtent mais à contrecœur.

    Lorsque les chats lisent, ils se moquent bien
    De perdre l’honneur ou perdre une affaire.
    Les chats symbolisent, mon Dieu, ô combien,
    Que le vrai bonheur, c’est de ne rien faire !

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  • Quand les garçons lisent

    Quand les garçons lisent

    Quand les garçons lisent, ils sont le héros
    De mille aventures autour de la Terre.
    Leurs corps réalisent de beaux numéros
    En désinvolture, bravant les mystères.

    Quand les garçons lisent, c’est pour découvrir
    Comment il faut faire pour devenir fort.
    Eux, ils rivalisent à force d’ouvrir
    Des milliers d’affaires en milliers d’efforts.

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  • À pisser de rire !

    À pisser de rire !

    Quand il pleut, qu’est-ce que je rigole ; quand c’est l’orage, c’est le délire !
    Je m’éclate sous les averses, m’écroule sous les hallebardes.
    Non, ce n’est pas des fariboles, c’en est même à pisser de rire ;
    Toujours, j’en tombe à la renverse, mes aïeux, là-haut, quand ça barde !

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  • Quand les filles lisent

    Quand les filles lisent

    Quand les filles lisent, le cœur bat plus fort,
    Tout au long des pages, pendant le danger.
    Elles se mobilisent de tous leurs efforts
    Devant les images des rêves étrangers.

    Quand les filles lisent, elles sont amoureuses
    Du héros blessé qu’il faut protéger.
    Leur cœur cristallise les larmes douloureuses
    Qu’elles auront versées puis désagrégées.

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  • Au palais des glaces

    Au palais des glaces

    Tout l’hiver j’ai collectionné flocons de neige et givre frais
    Que j’ai conservés pour offrir aux oiseaux sous la canicule.
    Il faut les voir affectionner ce que je sors de mon coffret
    Pour leur dispenser sans souffrir ces petits sorbets minuscules.

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  • Voyage in blues

    Voyage in blues

    Quel voyage sublime, intense que celui qui part dans la brume,
    Où le paysage n’apparait que lorsqu’il est apprivoisé !
    J’y ai bâti mes compétences sans regret et sans amertume ;
    Il m’a, la vie, accaparée sans qu’il y ait de quoi pavoiser.

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  • Chat perli-pelote

    Chat perli-pelote

    C’était un chat fort agacé, un peu bêta, qui s’employait
    À rechercher le bout du fil et s’endormit préoccupé.
    Une souris fort malicée riait à gorge déployée :
    « Je l’ai bien eu, cet imbécile ! Le bout, c’est moi qui l’ai coupé ! »

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  • L’ange-l’eau

    L’ange-l’eau

    J’ai tant fait le tour de mon lac, qu’au bout de trois cent soixante-cinq fois,
    M’est apparu un ange-l’eau, une sorte d’archange émissaire.
    Écartant ses ailes d’un clac, il m’a dit de sa belle voix :
    « Quelques amis sortent du lot, souhaite leur bon anniversaire ! »

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  • De mots vêtue

    De mots vêtue (nu

    Comme j’ai souvent des problèmes avec la censure et les mœurs,
    J’ai demandé à mon amie de bien conserver sa vertu.
    Je crois que le meilleur emblème, pour respecter la bonne humeur
    Et faire taire l’infamie, c’est s’habiller de mots vêtus.

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  • Le cœur d’un espacement

    Le cœur d’un espacement

    Dans la chaleur de l’été, entre nuages et poussières,
    Sept oiseaux vont traverser l’instant d’un espace-temps.
    Impeccable et toilettés d’une pensée justicière,
    Ils s’en vont nous déverser le cœur d’un espacement.

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  • Petit à petit je suis un peu plus fou

    Petit à petit je suis un peu plus fou

    On ne devient pas fou comme ça dans la journée !
    D’abord c’est l’entourage qui devient casse-pied.
    C’est sens dessus-dessous, ça commence à tourner,
    La tête est en bourrage, on est fou à lier.

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  • La carte au trésor

    À partir du nombril, remonter vers les seins,
    Grimper au mamelon et refaire le point.
    Puis choisir un abri, repérer le bassin,
    Sortir son étalon et bien faire l’appoint.

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  • La mer matrimoniale

    La mer matrimoniale

    C’était mon jeune âge où la mer était plus grande que l’univers.
    C’était mon jeune âge où ma mère remplissait les anges du ciel.
    C’était mon jeune âge où mon père était un grand savant sévère.
    C’était mon jeune âge où mes frères étaient compagnons confidentiels.

    La mer m’entrouvrait ses grands bras pour m’appeler dans le lointain.
    Le soleil remplissait la plage de milliers d’étoiles dans le sable.
    Mes châteaux faisaient « patatras » sous mes coups de pelles enfantins.
    Infini était le rivage, tout me semblait indispensable.

    Le soir, tout redevenait gris, mes souvenirs de cartes postales.
    La voiture reprenait le chemin de notre maison familiale.
    Mes jambes s’étaient amaigries d’avoir couru d’envies costales.
    Mais gravées sur le parchemin, mes mémoires cérémoniales.

    Tableau de Fabienne Barbier

    
    
    
  • Si le printemps…

    Si le printemps…

    Si le Printemps
    Pouvait durer
    Quatre saisons
    Si les étoiles
    Pouvaient briller
    En plein midi
    Et le Soleil
    Ne pas sombrer
    A l’horizon
    Adam et Eve
    Seraient encore
    Au Paradis
    Et les pommiers
    Toujours en fleurs

    Tableau de Fabienne Barbier et Poème de Henriette Berge

    
    
    
  • Le cœur papillon

    Le cœur papillon

    Quand je vole dans l’espace, le cœur nu, le cœur ouvert
    Tout mon corps se désagrège et redevient papillon.
    Dans mon âme, un ange casse mes pensées à découvert
    Qui retombent comme neige en milliard de grapillons.

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  • Les arbres à bouteilles

    Les arbres à bouteilles

    Dans mon île hypothétique peuplée de millions d’amis,
    J’ai mes arbres à bouteilles pour envoyer mes messages.
    À chaque rêve prophétique, je vais sur mon tatami
    Décocher de mon orteil l’écho du prochain passage.

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  • La montagne a vomi

    La montagne a vomi

    Quand la montagne se lâche après sa gueule de bois,
    Le front ceint de mille étoiles, elle vomit ses glaciers.
    Que personne ne se fâche ni ne se mette aux abois
    Mais se munisse de poêles trempées du meilleur acier !
    Puis se relaie sans relâche sous le souffle des hautbois
    À se faire péter la moelle dans un feu bien finassier !

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  • Couleur poivre

    Couleur poivre

    Corps luisant et sanglant, à la peau satinée,
    Dont la chair est un feu à ma bouche gourmande,
    Bourgeonnant comme un gland à ses vices platinés,
    Comme ardent boutefeu de la langue allemande.

    Tantôt jaune, orangé, tantôt rouge, émeraude,
    Comme des oriflammes sur le souffle des vents,
    Au goût vif, étranger qu’à ma faim me taraude
    Et fait cracher des flammes à travers les évents.

    Piment rouge, piment fort je te croque, tu me mords,
    Tu m’as communiqué ton paprika glamour,
    À grands coups de renforts, par la petite mort
    Qui m’a fait tourniquer la chaleur de l’amour.

    Je sais de tes arômes et toutes ses essences
    Empreindre mon palais sur un parfum d’extase.
    C’est la force de l’homme ténue dans sa semence
    Faisant au chevalet jouir mon épitase.

    Fier de ta forme étrange et de son goût suave,
    Tu enflammes ma langue au profond de ma bouche.
    Es-tu démon ou ange ? Intrépide ou bien zouave ?
    Mon cœur et mon corps tanguent quand je perce ta couche.

    Poivre noir, poivre blanc, qu’importe ta couleur
    Si tu sais relever les goûts et les saveurs.
    Dans ma main, tout tremblant, c’est un peu de douleur
    Quand tu vas t’élever et devenir baveur.

    Tableau de Fabienne Barbier

    
    
    
  • La montagne coiffée

    La montagne coiffée

    C’est la reine des montagnes, elle porte une couronne.
    Cinq rangs de perles de pluie, une richesse inouïe !
    Pour monter jusqu’à la cime, il faut l’âme fanfaronne
    Et le cœur bien accroché à l’esprit très ébloui !

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  • Le merle doré

    Le merle doré

    Il vient sous ma fenêtre toutes les nuits d’été.
    Quand il me sent bien triste, il se plait à chanter
    Quelques chansons d’amour dont il a le secret.
    Il vient me consoler, mon petit merle doré.

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  • L’Étoile Polaire

    L’Étoile Polaire

    Cette fleur impossible, c’est l’Étoile Polaire !
    Elle suit constamment le cap de la Petite Ourse.
    Mais pour compenser la rotation de la Terre,
    Elle tourne en spirale tout au long de sa course.

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  • Cerf Forever

    Cerf Forever

    Le roi de la forêt, c’est le Cerf Forever !
    Il arbore ses bois dès la sortie des bois.
    Son royaume sur Terre, c’est dans la forêt vert
    Et il tombe en émoi pour les biches aux abois.

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  • Retour à la nature

    Retour à la nature

    Ce soir à pleine lune, je retrouve une amie
    On va se retrouver plongés dans la nature
    On va se consacrer à notre allogamie
    Pour transmettre mon nom à ma progéniture.

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  • Ami, prends donc un verre – 1

    Ami, prends donc un verre

    Coucou monsieur l’oiseau, venez donc prendre un verre !
    J’ai des amuse-gueules et des olives vertes !
    Oiseau multicolore ou oiseau uniforme,
    L’important c’est l’ivresse, peu importe la forme !

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  • Chatpeau

    Chatpeau

    Le chat dort dans les melons,
    Le chasseur est endormi,
    Il ressemble au mamelon,
    De la reine des fourmis !

    S’il dormait dans les pastèques,
    Les souris dansotteraient
    Et le chat de source aztèque
    Me les boursicoterait.

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  • La voix de son maître

    La voix de son maître

    Mon chien se prend pour une guitare !
    De pure race, c’est pas un bâtard !

    Quand il se gratte, il frappe l’accord,
    Quand il s’ébroue, c’est du rock hardcore !

    Il est classique, c’est dans sa nature
    Et il s’endort sur mes tablatures.

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  • Le retour du Cerf Forever

    Le retour du Cerf Forever

    Couronné par la Lune, glorifié par la Terre,
    C’est le roi des forêts, c’est le Cerf Forever !
    Il a choisi pour reine la biche Déméter,
    Celle qui l’ensorcelle et qui le fait rêver !

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  • Les pêcheurs de feu

    Les pêcheurs de feu

    Encore une sortie pour les pêcheurs de feu.
    C’est à la Pleine Lune qu’on les attrape mieux,
    Les poissons flamboyants qui font le mets des dieux.
    Ce soir on fait la fête, le sourire radieux !

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