đż Les PoĂšmes du Jour LevĂ©
Chaque matin, à la premiÚre minute, les mots anciens sortent de leur sommeil, portés par le souffle léger du souvenir.
Ici sâĂ©veillent les poĂšmes publiĂ©s ce mĂȘme jour, parfois un an, parfois dix ans plus tĂŽt, mais toujours vibrants, toujours vivants.
Ils surgissent comme des reflets dans lâeau, des fragments dâĂ©ternitĂ© posĂ©s sur la date du jour, offrant Ă nos cĆurs un miroir et Ă nos vies⊠une mĂ©moire.
đ Aujourdâhui, ce ne sont pas nos annĂ©es que lâon fĂȘte, mais celles des vers, des images, des cris, des Ă©treintes, des silences, car chaque poĂšme est un anniversaire du cĆur.
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LaurelĂŻne
Azalea
Dans ses nombreuses incarnations, VÀronixa est toujours trÚs belle ;
La grùce de ses proportions se plie au féminin sacré.
Mathématique émanation de courbes et de galbes fidÚles
Qui donnent la mĂȘme version de VĂ©nus Ă la peau nacrĂ©.
Mais dans son cas, la dimension de lâamour courbe la matiĂšre
Car son ADN contient le génome choisi par la vie
Pour attirer toute lâattention des plus belles Ăąmes de condottiere
Qui lui assurent le maintien de lâardeur dont elle a envie.
VÀronixa a toujours suivi le destin de tous ses enfants ;
Quand elle rencontre un conquérant, elle lui donne une progéniture
Qui assurera la survie dâune lignĂ©e dâhommes triomphants
Et femmes au rÎle prépondérant pour les plus nobles aventures.
Lorsquâelle est jeune, VĂ€ronixa sâidentifie Ă lâazalĂ©e
Plante Ă floraison printaniĂšre dâune magnificence charnelle.
Puis elle devient plus hédonique et, sans le moindre laisser-aller,
Reste à jamais plante saisonniÚre du temps des amours éternelles.Tableau de Tom Gore.
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LaurelĂŻne
LâĆil dans le cĆur de Gemini


Aveugle mais dâune clairvoyance et dâune extra-luciditĂ©
Gemini possĂšde lâĆil du cĆur qui sâouvre sur dâautres dimensions.
Jamais la moindre dĂ©faillance malgrĂ© lâĂ©trange placiditĂ©
Qui ne lui laisse ni rancĆur ni trace dâune dissension.
Car elle est toujours Ă lâĂ©coute et communique avec sa mĂšre
Au moyen de gros coquillages qui lient sa communication.
En effet si elle nây voit goutte, son audition nâest ni primaire,
Ni un espiĂšgle enfantillage mais un don de divination.
Elle me « voit » quand je mâapproche, elle mâentend dans mon silence ;
Elle sait me toucher Ă distance et me sentir dans lâautre monde.
à mes émotions, elle accroche ses pensées et sa vigilance
Demeure, en toutes circonstances, éprouvée à chaque seconde.
Je suis dans lâunivers rĂ©el et elle, dans lâimaginaire,
Un miroir sans tain nous sépare dont mes poÚmes sont les reflets.
Ătre isolĂ©s nous est cruel mais les liens extraordinaires
De tes 3 consĆurs nous prĂ©pare Ă ce que Dieu nous a insufflĂ©.Tableau dâOlga Simonova.
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Ăle Ă©tait une femme
La gĂ©ographie de la femme lâapparenterait Ă une Ăźle
Aux paysages enchanteurs et aux merveilles naturelles.
Pas le moindre marigot infùme mais des montagnes juvéniles
Qui abritent des oiseaux chanteurs pour les visites culturelles.
Et des visites assez fréquentes qui attirent les jeunes mùles !
Vu que, si la femme est une Ăźle, lâhomme en est son explorateur.
Et des naissances conséquentes à cette ruée animale
Pour remplacer la gent sénile par de jeunes adorateurs.
Car puisque la femme est une Ăźle, elle devient par transition
DĂ©esse Ă qui lâon sacrifie les jeunes vierges pas trop malignes.
Cette comparaison débile met alors en opposition
Mes fantasmes que disqualifie mon imagination indigne.
Tous les personnages célÚbres qui ont prétendu à ce titre
Se sont retrouvés simplement couverts du plus grand ridicule.
Lors de leur oraison funĂšbre oĂč ils nâont plus droit au chapitre,
On les a traités amplement de lubriques principicules.Tableau de Pierre Lacombe.
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Transparences


Quand la neige commence Ă fondre sous lâaction des pluies torrentielles,
Les lacs de la région débordent et les riviÚres sont en crues.
On voit les ßlots se morfondre sous ces agressions démentielles
Qui, sous la pression, se sabordent par la désespérance accrue.
Mais la nature est innocente et lâeau du ciel est dĂ©tournĂ©e
Par les nymphes qui font lessive avec essorage en puissance.
Leur peau devient luminescente le temps oĂč elles vont sĂ©journer
Dans les riviÚres agressives qui leur doivent obéissance.
EntiĂšrement nues, chemise ouverte, offertes aux flots intempestifs,
Elles sâĂ©brouent dans le tumulte des torrents quâelles rendent furieux.
Ceux qui partent Ă la dĂ©couverte par soif dâun savoir suggestif
ConnaĂźtront le sort qui rĂ©sulte dâen avoir Ă©tĂ© trop curieux.
Lors des corvĂ©es de blanchissage, jâen ai croisĂ© deux exemplaires
Sans les chercher heureusement ou jâaurais pu ĂȘtre noyĂ©.
Ayant subi lâĂ©claboussage qui nâĂ©tait pas pour leur dĂ©plaire,
Jâai eu de tels Ă©ternuements que je les ai apitoyĂ©es.Tableaux de Neil Gavin Welliver sur https:americangallery20th.wordpress.com20161111neil-welliver-1929-2005 .
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Falbala la belle romaine

Falbala, la belle romaine, avait un Gaulois pour mari ;
Un peu lourdaud et assez rude mais dont le cĆur Ă©tait grandiose.
Il travaillait toute la semaine dans sa carriĂšre aux armoiries
De ses ancĂȘtres, certes un peu brutes, mais une famille de virtuoses.
En revanche, la belle famille nâaimait pas lâapprenti-maçon ;
Le gaulois disait tout le temps : « Mais comme ils sont fous ces Romains ! »
Or un jour tout partit en vrille à propos de contrefaçons
Que les cousins exécutants vendaient sur les bords des chemins.
On se battit Ă coup dâinsultes, de toutes sortes de noms dâoiseaux
Et Falbala cria : « Tonnerre ! Je suis enceinte désormais
Au lieu de coups de pied occulte, reformez votre ancien réseau ;
Redevenez donc débonnaires, fiers gallo-romains à jamais ! »Illustration de Milo Manara
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De la montagne Ă la plaine


Enfant, ma vie paraĂźt montagne Ă apprendre et Ă assumer
Avec le temps surabondant quâoffre une enfance exceptionnelle.
Lâadolescence mâaccompagne Ă la conquĂȘte des sommets
Et prend les courants ascendants de ma carriĂšre professionnelle.
Aujourdâhui je vis dans la plaine et les vallons de lâhabitude
Comme une horloge astronomique oĂč je nâsuis que petite aiguille.
Je ne trotte plus, la coupe est pleine ; je ne cours plus lâincertitude
Mais dans la course laconique du temps qui se recroqueville.Tableaux de Hitesh Durgani et dâAlphonse Osbert
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La mandragore – 2
Au matin elle était partie car la mandragore est ingambe.
Moi, je me sentais épuisé et paralysé à la fois
Comme si en contrepartie jâavais Ă©changĂ© mes deux jambes
Contre deux troncs amenuisés implantés au plancher de bois.
Oui. Tel est pris qui croyait prendre ! Je lâai aimĂ©e, elle mâa baisé !
Elle a dĂ» boire tout mon sang et lâa remplacĂ© par sa sĂšve.
Je vais peut-ĂȘtre vous surprendre mais je mâen trouve fort apaisĂ©
Et tout heureux en renonçant Ă ma pauvre vie qui sâachĂšve.
Nâayez pas peur je reviendrai, vu que jâen ai pris de la graine !
Cet Ă©tĂ©, je porte ses fruits, puis je mâeffeuille cet hiver.
Mais au printemps je deviendrai un vrai poÚte qui égrÚne
Ses vers de ses rimes construits sur les secrets de lâunivers.Illustration de Philippe Caza.
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La mandragore – 1
Croyant déterrer ma carotte plantée au bout du potager,
Jâai dĂ©couvert la mandragore dâune maniĂšre inopportune.
Une petite idée me trotte quant au mystÚre envisagé
Et je soupçonne un égrégore tombé depuis la pleine lune.
Quoi quâil en soit, elle a grandi car elle sâavĂšre ĂȘtre une femme ;
Quatre bras pareils Ă Shiva et une chevelure de saison.
Quant aux objets quâelle brandit, Ă part son nĆud coulant infĂąme,
Je me suis risqué « à Dieu vat » de tout rentrer à la maison.
Dâun bol en guise de baignoire, je lâai laissĂ©e se reposer
Et jâai arrĂȘtĂ© de loucher sur lâeffet de ses quatre mains.
Puis au milieu de la nuit noire, elle est montée me proposer
Dâaller ensemble nous coucher mais⊠je vous en dirai plus demain.Tableau de David S. Herrerias.
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La femme en rouge ouverte
Avec sa robe rouge ouverte, je ne savais que trop penser ;
Ătais-je atteint de daltonisme ou simplement de voyeurisme ?
Jâallai donc Ă la dĂ©couverte dâun coup dâaudace rĂ©compensĂ©
Par une pointe dâoptimisme et un soupçon dâĂ©sotĂ©risme.
« Clac ! » fit-elle dâune main si leste que jâen suis demeurĂ© tout bĂȘte
Mais jâavais pu apercevoir le secret du dĂ©colletĂ©.
Les trente-six Ă©toiles cĂ©lestes qui tournaient autour de ma tĂȘte
Mâont fait un instant concevoir une femme libre et rĂ©voltĂ©e.
Mais comme jâĂ©tais perspicace jâai fait remarquer Ă la dame
Quâune seule claque Ă©tait bon marchĂ© pour deux seins Ă peine surpris.
La belle se fit plus loquace, peu Ă peu nous nous accordĂąmes
Et nous nous sommes attachĂ©s Ă en Ă©valuer le prix.Tableau dâIsaac Grunewald.
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Caméléonne jour et nuit


CamĂ©lĂ©onne, au petit jour, commence par un bain dâazur
Qui des couleurs redonnera selon les caprices du temps.
Sâil pleut, elle pourra toujours revĂȘtir brume de lasure
Ou au soleil sâadonnera pour bronzer dâun hĂąle envoĂ»tant.
Caméléonne, quand vient la nuit, adopte les quatre éléments ;
De lâair aux membres supĂ©rieurs, de la terre aux membres infĂ©rieurs,
Du feu ardent au cĆur qui luit Ă travers ses yeux vĂ©hĂ©ments
Et de lâeau fraĂźche au postĂ©rieur pour calmer son for intĂ©rieur.Tableaux de RenĂ© Magritte sur https:dantebea.comcategorypeintures-dessinsrene-magritte .
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Jolie mademoiselle de mai
Toute lâeau passĂ©e sous les ponts a fĂ©condĂ© tant de riviĂšres
Quâil naĂźtra en ce mois de mai tous les coquelicots de rĂȘve.
Coquelicot un peu fripon, coquelicot un peu sévÚre,
Coquelicot plutĂŽt gourmet, coquelicot attrape-rĂȘve.
Tandis que mai débute à peine juste avant le lever du jour,
La premiĂšre fleur, toute jeunette, sâĂ©veille dans lâair transparent.
Elle sort doucement de sa gaine ses pétales en faisant bonjour
Au soleil et Ă sa planĂšte qui lâaccueillent en tant que parents.
Elle sâĂ©panouit Ă midi, reine des fleurettes des champs,
Attire tous les papillons qui lui butinent son nectar.
Et puis le soir, sans comédie, entre chien et loup, au couchant,
Elle retire son cotillon et sâendort⊠il est dĂ©jĂ tard.Tableau de Fabienne Barbier
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TempĂȘte rose
Lâamour comme une tempĂȘte rose dĂ©pose un pollen de velours
Sur le parvis de ma mémoire quand je commence à revenir.
Il laisse quelques pensĂ©es moroses dans le cĆur qui devient balourd
Car il contient dans son semoir toutes les graines du souvenir.
Sur le chemin de mon retour, je pense Ă celle que jâai quittĂ©e
Et me souviens de ses baisers et de la chaleur de ses mains.
Il me semble quâaux alentours apparaĂźt en toute Ă©quitĂ©
Son tendre visage apaisé lorsque je lui dis « à demain ».Tableau de Shiori Matsumoto sur https:iamachild.wordpress.comcategorymatsumoto-shiori .
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La clef de la maturité
Juste derriÚre les hublots de mes yeux braqués sur le monde,
Lâesprit dirige les manettes de mon fier vaisseau corporel.
Et pour compléter le tableau, un navigateur le seconde,
ReliĂ© au cĆur de la planĂšte par un organe intemporel.
Mais souvent lâesprit crie trop fort et lâintuition peine Ă rĂ©pondre
Car mon troisiĂšme Ćil est bouchĂ© par excĂšs dâincrĂ©dulitĂ©.
Seul le cĆur peut fournir lâeffort pour mâempĂȘcher de me morfondre
Mais pour cela, il faut lâattoucher dâune preuve de maturitĂ©.Tableau de Shiori Matsumoto sur https:iamachild.wordpress.comcategorymatsumoto-shiori .
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Lâamour volĂ©





Brunante
Jâirai te voir Ă la brunante quand le jour baissera les yeux
Quand la lumiÚre déclinante hésitera au bord du bleu
Jâirai te voir quand le pelage dâencore chien et bientĂŽt loup
Assombrira le paysage quand lâhorizon deviendra flou.
Et nous attendrons la noirceur avec moi tu nâauras pas peur.
Couchante
Puis quand le soleil fatigué se couchera sur les collines
Je volerai lâastre rougi pour quâil me rĂ©chauffe le cĆur.
Jâirai, sur la Lune intriguĂ©e par cette insolite rapine,
Lire, éclairé par la bougie de cire du soleil moqueur.
Et nos deux corps effarouchant sâamadoueront en se touchant.
Imminente
Avant que lâaube ne dĂ©cide lâhorizon de pointer son nez,
Je permettrai juste au Soleil dâenvoyer un premier rayon
Pas trop afin quâil ne dĂ©vide toute sa pelote illuminĂ©e
Dont je garderai en sommeil un bout fixé à mon crayon.
Et nous quitterons nos toisons et tomberons en pĂąmoison.
Sonnante
Ding dong avant que sonne lâheure de lâaurore qui marque son point,
Je lancerai lâastre Ă la mer pour faire un dernier ricochet.
Tandis que changent les couleurs et que le jour revient de loin,
Nous fuirons son faisceau amer lorsque nous irons nous coucher.
Et nous nâattendrons pas le jour dĂ©robĂ© pour faire lâamour.
(Tableaux de Christian Schloe sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201306Christian-Schloe.html?m=1 .
La premiĂšre strophe « Brunante » est de la main de la merveilleuse et regrettĂ©e Anne Sylvestre.)Images trouvĂ©es sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux dâen mentionner les noms avec respect.
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Les fous du Tarot



Voulant mener Ă bonne fin ma folle course vagabonde,
Jâen examinai les arcanes, lâun aprĂšs lâautre avec ma loupe.
Dâabord je restai sur ma faim puis, en recomptant tout le monde,
Jây aperçus quelques chicanes rĂ©vĂ©lant toute lâentourloupe.
Par un tour de force astucieux, deux cartes étaient escamotées
Pour égarer tous les profanes dans un labyrinthe foldingue.
CâĂ©tait un lion malicieux qui jadis les avaient ĂŽtĂ©es
Les jugeant, lâune trop diaphane et lâautre beaucoup trop lourdingue.
Ce fut la Reine des bĂątons – la femme du roi du tambour –
Qui fit jaillir toute la lumiĂšre crue de la dix-neuviĂšme lame.
Je sortais du rĂȘve Ă tĂątons, aveuglĂ© par le petit jour
Qui répandait dans ma chaumiÚre la joie du soleil sur mon ùme.
(Tableaux de Catrin Welz-Stein
Le premier vers est de Georges Brassens.)Images trouvĂ©es sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux dâen mentionner les noms avec respect.
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Chez Mauricette
Elle naquit un premier mai pour le bonheur de sa famille
Qui lui donna comme prénom « Allégresse quand vient le jour ».
AprÚs un garçon désormais voici que venait une fille
Qui allait vivre, crénom de nom, sa destinée avec bravoure.
« AllĂ©gresse quandâŠÂ » la formulette Ă©tait trop longue Ă prononcer.
On lâappela « Marie la folle » tant elle sâagitait pour des prunes.
AprÚs ce fut « La pipelette » tellement il fallait renoncer
Tant Ă lui couper la parole que dâessayer dâen placer une.
Comme elle nâaimait pas trop lâĂ©cole mais bien manger et cuisiner
Elle demanda Ă ses grands-mĂšres tous les secrets des meilleurs chefs.
Avec marmites et casseroles dans un style indiscipliné
Elle fut dâabord intĂ©rimaire et puis, maĂźtre-queux derechef.
Cassoulet Ă la togolaise, ratatouille de Madagascar,
Elle inventa mille recettes qui ont aidé à son renom.
Du rÎti à la charolaise au magret truffé de canard,
Son restaurant « Chez Mauricette » reste le meilleur de ses noms.Tableau de Fabienne Barbier
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Surgie du néant
Elle a tant voulu exister quâelle a forcĂ© la destinĂ©e
Et, franco, obligé son pÚre à accomplir tous ses devoirs.
Or sa femme eut beau résister, la mÚre a dû se coltiner
Durant neuf mois, dans son repaire, une merveille Ă concevoir.
Et câest ainsi quâun premier mai, la petite fĂ©e apparut,
Née sous le signe du taureau, timorée mais jamais déçue.
Et sa famille désormais, alors obligeamment férue,
Cria de tous ses pectoraux « bienvenue Ă lâange fessue ! »Tableau de Jim Warren.
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⊠et le chat bouda.
Dâabord promu gardien du temple en gage de sa fidĂ©litĂ©,
Notre sauveur vint parmi nous, chasser les souris dâici-bas.
Enfin lassĂ© quâon le contemple pour lâart de sa fĂ©linitĂ©,
Il fut peiné, pauvre minou, et le petit chaton bouda.
Il regagna son couvre-chef, chapeau melon de cavaillon
Mais ne trouva point de repos Ă cause des nombreux lapins
Qui se multipliaient derechef lorsquâil piquait un roupillon.
Alors les nerfs à fleur de peau, il quitta son petit lopin.Tableau de René Magritte.
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Bouddha floral
Si Bouddha était né en mai, Dieu aurait dédié ce jour
Pour cĂ©lĂ©brer la renaissance dâun brin de muguet au printemps.
Si Bouddha sâĂ©tait transformĂ© en belle-de-nuit, belle-de-jour,
Il serait fleur de connaissance semée depuis la nuit des temps.
Si Bouddha était né en mai, il arborerait en boutons
Hortensia et rose des vents, fleur de lotus et fleur de lys.
Si Bouddha sâĂ©tait parfumĂ© aux pommes dâamour, fruits gloutons,
Il luirait au soleil levant tout en délices, fleurs de mélisse.
Si Bouddha était né en mai, il porterait un nom de fée ;
Morgane, Viviane ou Clochette en lâhonneur des fleurs de muguet.
Si Bouddha sâĂ©tait exprimĂ© en gerbes de fleurs et trophĂ©es,
Il serait rosée qui projette sa premiÚre goutte aux aguets.
Si Bouddha Ă©tait nĂ© en mai, jâaimerais quâil soit mon enfant
Que jâaurais eu avec VĂ©nus, DĂ©mĂ©ter ou bien ArtĂ©mis.
Jâaurais chantĂ© sa renommĂ©e par un poĂšme triomphant
Dans la position du lotus avec des rimes qui frémissent.Tableau de Fabienne Barbier
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Le messager des couleurs
Je livre le vert de lâespoir lorsque votre cĆur est morose ;
Je remets la touche violette qui efface les bleus de lâĂąme.
Jâapporte le courrier du soir et vous voyez la vie en rose ;
Et je repars Ă la volette pour renouveler votre flamme.
Lorsque souffle un vent de colÚre, je sÚme vos lettres écarlates ;
Lorsque gronde un orage sombre, jây disperse vos idĂ©es noires.
Je me montre protocolaire par des blancs que lâon relate ;
Les couleurs qui restent dans lâombre glissent dans mes trous de mĂ©moire.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Le temps du Muguet




Lorsque vint le temps du gui, on sâest souhaitĂ© bonne annĂ©e
Et puis quand vient le muguet, dĂ©jĂ , on nây pense plus.
Ă la fin on sâalanguit, on devient moins spontanĂ©,
Peut-ĂȘtre aussi fatiguĂ© si lâannĂ©e nous a dĂ©plu.
Lorsque vint le temps du houx, on sâest offert des cadeaux
Et puis quand vient le muguet, on sâen est dĂ©jĂ lassĂ©s.
On sâen ira au mois dâaoĂ»t, on prendra les sacs-Ă -dos,
La rentrée sera moins gaie, les vacances sont passées.
Lorsque vint le mois de mai, on était tous confinés
Et puis quand vient le muguet, on regarde la nature.
On le sait tous, désormais, tout a été combiné
Pour nous envoyer dinguer sous la loi des dictatures.Tableaux de Jan Pashley.
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Fille fleurs
Vague de fleurs, vague de flamme Ă lâaube dâun nouveau printemps
Qui rĂ©ussissent Ă supplanter lâĂ©ternel soleil surannĂ©.
Bonjour ma nouvelle oriflamme qui sâharmonise Ă mes vingt ans
Tout en cherchant Ă sâimplanter pour un bonheur instantanĂ©.
Or la beautĂ© se renouvelle car lâart nâest jamais Ă©reintant.
Il anobli, il perfectionne la pierre sortie de la Terre.
PrĂ©cieux trĂ©sor des jouvencelles qui fĂȘtent encore leurs trente ans,
Toujours jolies, toujours mignonnes, toujours empreintes de mystĂšres.
La flamme ne peut dépérir, elle se consume à plein temps
Car le cĆur se nourrit dâamour liĂ© au cycle de la mĂšre.
Je verrai toujours refleurir de quarante ans jusquâĂ cent ans
Celle qui Ă©gaye mes jours depuis quâelle est nĂ©e de la mer.Tableau de Fabienne Barbier
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Arbre-en-ciel
Encore une branche de plus Ă lâarbre-en-ciel pour ce printemps
Qui lui apporte nourriture, pluie et chaleur, avec amour.
Encore un cercle au cĆur du tronc comme une aura qui se propage
Et qui Ă©met sur la frĂ©quence de toute la vie sur la Terre.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Le passage



Chaque fois quâune annĂ©e se forme, sâajoute une aura de lumiĂšre ;
Au corps se rajoute une branche, le cĆur grandit et puis mĂ»rit.
Le paysage se dĂ©forme dâune maniĂšre coutumiĂšre
Comme une petite avalanche de jours dont le temps se nourrit.
Le seuil est trĂšs imperceptible mais, une fois quâil est passĂ©,
Le monde se métamorphose car désormais tout a changé.
Tout ce quâhier Ă©tait possible devient aujourdâhui dĂ©passĂ©
Alors je passe Ă autre chose car je dois bien mâen arranger.
Cette force de lâhabitude masque ce qui est important
Et lorsquâune personne manque, lâoubli lâemporte en triomphant.
Et plus je monte en altitude, plus je trouve réconfortant
De souscrire un compte Ă la banque des bonheurs de mon cĆur dâenfant.Tableaux dâAnita Burnas.
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Ce qui nous plait !
Quâon puisse se dĂ©couvrir dâun fil, une fois passĂ© le mois dâavril !
Quâon puisse faire ce qui nous plait, dĂšs quâarrive le mois de mai !
Que reviennent les filles qui défilent et les garçons plutÎt virils
Pour que lâon puisse contempler tous ces beaux baigneurs costumĂ©s !Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Le premier mai
Les images du passé sont embûchées de bûchettes,
Mais elles font la légende de ce joli mois de mai,
Quand je voyais amassées toutes les jolies clochettes
Que nous vendaient les marchandes aux sourires parsemĂ©s.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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CĆur de mer
NĂ©e de la mer, chĂšre matrice, nĂ©e de lâĂ©ther, cher gĂ©niteur,
Née du feu purificateur, née de la terre nourriciÚre,
Déjà précoce admiratrice des sentiments inspirateurs
Qui montaient lâamplificateur jusquâĂ ton cĆur de justiciĂšre.
Je vis la petite sirĂšne qui sortit en poussant son cri
Pour affronter le vaste monde qui sâoffrait Ă ses dĂ©couvertes.
DĂ©jĂ princesse, future reine, câĂ©tait prĂ©vu, câĂ©tait Ă©crit
Dans les légendes vagabondes ou la magie reste entrouverte.
Ton cĆur de mer sâest Ă©levĂ© comme le soleil renaissant
Qui rĂ©chauffe lâair du matin qui dilate tes pectoraux.
Ton corps de mÚre est révélé par la maturité naissant
Que je vois dans ton air mutin qui fait le signe des taureaux.
Jâessaie de remonter le temps, voir ce qui tâa fait devenir
La jeune femme qui maintenant sirote un verre de vin blanc.
Mais câest inutile Ă prĂ©sent car je suis sĂ»r quâĂ lâavenir
Tes dĂ©sirs seront attenants Ă tes Ćuvres, sans faux-semblant.Tableau de Fabienne Barbier
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Ă chacun son regard
Chacun sa maniĂšre de lire entre les lignes du journal
Lorsque lâon doit choisir dâĂ©lire notre prĂ©sident national ;
Soit avec un regard dâaĂźnesse sur lâĂ©lecteur adolescent,
Soit avec lâĆil de la jeunesse sur un Ă©tat convalescent.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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LĂąchons du lest
Et si, pour arrĂȘter ce cirque, on demandait aux Ă©lĂ©phants
De descendre du train en marche et de quitter leurs servitudes ?
Ăa allĂšgerait les remorques et ferait la place aux enfants
Qui ne seraient donc plus contraints de conserver les habitudes.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Traum von Melisse

Wie entschlĂŒpft aus einem Traum von Melisse parfĂŒmiert,
Habe ich die Welt gekĂŒsst, die Welt hat mich umarmt.
Das GefĂŒhl ist flĂŒchtig und mein GedĂ€chtnis glatt
Von all diesen Sekunden ineinander verschlungen.
Wie Schneeflocken die an der Sonne schmelzen,
Leeren sich meine Erinnerungen von der RealitÀt.
Der Effekt einen einmaligen Zauber
Lass mein Herz von Sinnlichkeit begierig sein.
Aber nach und nach erfĂŒllt sich meinen Geist
Von einer sanften PrÀsenz von Wonnen durchgedrungen
Um mir das Appetit zu eröffnen, damit mein Herz
sich von lieblichen Duft von Melisse parfĂŒmiert erfreut.
Am Ort wo das alte Wesen weilt,
Habe ich mich dort in den Kreis gesetzt
Und die Melissen BlÀtter in der Hand gehalten,
Wie öfters auf meiner Brust gelegt.
Plötzlich, gleich ein schwarzes Loch, öffnete sich
Von auĂen nach innen, wie einen Tunnel volles Licht
Und dann begann die grĂŒne Reise
Die ursprĂŒngliche Wahrheit nach innen flieĂend.
Ich spĂŒrte eine seltsame Kraft, ein Echo des Lebens,
Das, wie einen Diapason, meinen ganzen Wesen stimmte.
Wie eine orange Sonne, der vergoldete und erfreute
Meinen Körper auf dem Rasen sitzend und ruf ihn nach Wiedergeburt.
Am nĂ€chsten Morgen bleibt mir aus diesem GefĂŒhlsort
Der tiefen Eindruck von geborgenes, lichtvolles, glĂŒckliches,
Ausgeglichenes in voller Kraft und wunderbare Ruhe.
Ein Versprechen von Ewigkeit.Bild von Fabienne Barbier
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RĂȘve de mĂ©lisse
Comme Ă©chappĂ©e d’un rĂȘve au parfum de mĂ©lisse,
J’ai embrassĂ© le monde, le monde m’a enlacĂ©e.
La sensation est brÚve et ma mémoire est lisse
De toutes ces secondes, toutes entrelacées.
Comme flocons de neige qui fondent au soleil,
Mes souvenirs se vident de toute réalité.
L’effet d’un sortilĂšge Ă nul autre pareil
Laisse mon cĆur avide de sensualitĂ©.
Mais petit Ă petit tout mon esprit s’imprĂšgne
D’une douce prĂ©sence pĂ©nĂ©trĂ©e de dĂ©lices
Pour mettre en appĂ©tit, pour que mon cĆur s’Ă©treigne
De suaves fragrances parfumées de mélisse.
AuprĂšs de l’assemblĂ©e oĂč vont se rĂ©unir
Tous les anciens esprits, je me suis installée
Et lĂ j’ai rassemblĂ© les feuilles Ă unir,
Comme je l’ai appris, sur mon cĆur, Ă©talĂ©es.
C’est alors que s’ouvrit, tout comme un trou de ver,
Un tunnel de lumiĂšre ouvert sur l’extĂ©rieur.
Alors je découvris, comme un voyage vert,
La vĂ©ritĂ© premiĂšre coulant Ă l’intĂ©rieur.
C’est une force Ă©trange, un Ăcho de la vie,
Qui, comme un diapason, accorde tout mon ĂȘtre.
Comme un soleil orange qui dore et qui ravit
Mon corps sur le gazon et l’appelle Ă renaĂźtre.
Au matin il me reste de ce bonheur perçu
Une douce quiétude, intense sérénité.
Juste un souvenir preste de mélisse reçue
En gage de plĂ©nitude, serment d’Ă©ternitĂ©.
En astrophysique, un « trou de ver » est un objet hypothĂ©tique qui relierait deux rĂ©gions distinctes de l’espace-temps et se manifesterait, d’un cĂŽtĂ©, comme un trou noir et, de l’autre cĂŽtĂ©, comme un trou blanc.Tableau de Fabienne Barbier
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Le chemin des fées
Pas besoin que lâorage gronde ou que la paix soit menacĂ©e
Pour prendre le chemin des fées et se retrouver entre amis.
MĂȘme si c’est la fin du monde, il restera la panacĂ©e
Et produira le mĂȘme effet contre la honte et lâinfamie.
« OĂč est lâentrĂ©e ? » Me direz-vous ! Je vous rĂ©pondrai « nâimporte oĂč !
Il suffit d’Ă©couter les fleurs qui vous montreront le chemin. »
Si vous nâavez pas rendez-vous, il y a des solutions partout !
Oubliez peines et malheurs, le dĂ©nouement est pour demain.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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La rose-muguet
Elle me rappelle tant de choses que jâai plaisir Ă retrouver,
Comme une rose de muguet qui connaßtrait tous mes désirs.
La vie nâest que mĂ©tamorphoses oĂč chaque stade est approuvĂ© ;
On peut naĂźtre un jour portugais, vivre et puis mourir de plaisir.
Mais il y a parfois des jours tapis dans le calendrier
Qui me font voir la vie en rose tel un enchantement sacré.
Si NoĂ«l repasse toujours comme une fĂȘte appropriĂ©e,
Lâanniversaire est une hypnose qui rythme une vie consacrĂ©e.
Aujourdâhui les clochettes sonnent comme un refrain de renaissance
Et je revoie ton arrivĂ©e que jâavais toujours attendue.
Jâentends cette voix qui rĂ©sonne afin dâactiver ta naissance
Pour que ton Ăąme soit ravivĂ©e et que ton cĆur soit entendu.
Câest pourquoi je tâoffre aujourdâhui cette rose-muguet nacrĂ©e
Pour te rappeler les moments, les pires comme les meilleurs.
Si chaque jour il sâest produit comme un enchantement sacrĂ©,
Parfois la vie est un roman, un apprentissage éveilleur.
Maintenant, pour toute lâannĂ©e, la rose-muguet va fleurir,
Arrosée de larmes de joie, baignée du soleil de ta vie.
Son doux parfum sâen va planer pour accompagner tes sourires,
Pour te conseiller dans tes choix, dans tes désirs et tes envies.Tableau de Fabienne Barbier
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Juste un trait de couleur
Juste un trait de couleur perdu dans la grisaille ;
Une touche dâhumeur comme un rai de lumiĂšre.
Je glisse sans douleur sans peur des représailles
Esquivant les rumeurs lourdement coutumiĂšres.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Ă cĆur perdu
Parfois vagues de riziÚres ou escaliers de géants,
TantÎt miroirs en désordre, tantÎt vitraux chatoyants,
Paysages de croisiĂšres dâun impossible ocĂ©an
Perdent mon cĆur dans leurs ordres tant obscurs que clairvoyants.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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Mai fripon
Mai, les cloches à la volée, le soir tintinnabuler.
Mai, la pluie à volonté, dans les flaques clapoter.
Mai, les mésanges envolées, sur les fils funambuler.
Mai, la brise effrontĂ©e, les jupons dĂ©capoter.Image trouvĂ©e sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaĂźt son travail, je serai heureux dâen mentionner le nom avec respect.
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La fille des toiles
Toi qui dessinais des anges, les quatre fers dans la neige ;
Toi qui gribouillais les murs au bon gré de tes humeurs ;
Toi qui collais des losanges sur les chevaux des manÚges ;
Toi qui scrutais les murmures de mes contes endormeurs ;
Toi qui plongeais dans la neige pour une brasse éperdue ;
Toi qui courais sous la pluie pour éteindre tes envies ;
Toi qui pleurais Blanche-neige quand elle sâĂ©tait perdue ;
Toi qui criais dans la nuit comme si tu perdais la vie ;
Toi qui sautais dans mes bras pour te hisser Ă lâhonneur ;
Toi qui riais tout le temps dâun rire croquignolet ;
Toi qui faisais le fier-à -bras pour te donner du bonheur ;
Toi qui ruais en agitant tes jambes sur mes mollets ;
Toi qui versais le soleil tous les jours à la maison ;
Toi qui mettais de la joie Ă lâenvi dans la chaumiĂšre ;
Toi qui donnais des conseils à tort ou bien à raison ;
Toi qui piquais les salzbourgeois de ta voix pleine de lumiÚre ;
Dessine-moi tes bonheurs aux couleurs dâenchantement,
Crayonne-moi tes malheurs pour les désaccentuer,
Peins-moi des nus rayonneurs selon ton consentement,
Exprime-moi tes valeurs et découvre qui tu es.Tableau de Fabienne Barbier
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Le port Ă l’aube
DĂšs que sâenflamme lâaube aux couleurs de lumiĂšre,
Les marins endormis piégés dans leur sommeil
Se retrouvent éblouis et ferment leurs paupiÚres
Devant lâastre puissant qui sonne leur rĂ©veil.
Ăa leur brĂ»le les yeux, le supplice est cruel !
Ils froncent les sourcils, mettent main en visiÚre !
Heureusement pour eux, pas besoin de visuel ;
Ils suivent la marée, tout droit, dans la lumiÚre.
Et lâessor prodigieux du chariot de YahvĂ©
Brille de mille feux dâun Ă©clat glorieux.
Les marins aveuglés ont les yeux délavés
Dâun iris dĂ©layĂ© par ce bleu victorieux !Tableau de Fabienne Barbier
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CONTE DE MAI

Lâun marche vers lâinconnu, lâautre bĂątit ce quâil dĂ©couvre.
Lâun sâĂ©merveille des sentiers, lâautre sâimpose sur les routes.
Ils avancent sans se confondre, mais leurs forces se recouvrent :
LâĂ©lan et la volontĂ© unis sous les astres qui sâajoutent.
Ils sont le miroir lâun de lâautre ; lâun au passĂ©, lâautre au futur.
Lâun anticipe par ses voyages, lâautre concrĂ©tise de sa main.
Lâun part toujours en Ă©claireur, lâautre revient en grand vainqueur
Ils ont ensemble un mĂȘme cĆur, un mĂȘme corps, une mĂȘme Ăąme.Le voyageur
Le voyageur se leva tĂŽt le matin. La nuit avait commencĂ© tourmentĂ©e puis, lui-mĂȘme, par la force de lâamour, sâĂ©tait rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©. La mer Ă©tait calme, les vagues frappaient les dunes encore endormies comme pour les rĂ©veiller. Il plongea dans lâeau fraĂźche matinale avec sa compagne pour se laver de tous les conflits passĂ©s. Lorsque lâaube commença Ă diluer le ciel sombre, il ne prĂȘta pas attention Ă la direction de lâastre naissant par lassitude ; en revanche, il Ă©mergea avec sa compagne sur la plage pour contempler lâaurore matutinale. Les premiers instants du jour Ă©taient ce qui lui faisait le plus de bien. Il avait eu besoin de la nuit pour apaiser en lui tous les conflits ; câĂ©tait la pĂ©riode de dĂ©cantation. Lâaube, au contraire, le nettoyait. CâĂ©tait comme une douche qui Ă©vacuait toutes ses tensions. Lâaurore marquait un renouveau, une nouvelle journĂ©e pour lâhomme nouveau quâil Ă©tait. CâĂ©tait, Ă chaque fois, une renaissance. Tout en observant le spectacle dâamour de lâunion de la mer et du soleil, il aperçut une crique quâil nâavait pas encore remarquĂ©e. Il questionna son amie Ă ce sujet. Tout en souriant, elle se leva, lui prit la main et lui glissa Ă lâoreille : « Viens, allons voir les enfants ! »
Les enfants ! Les enfants Ă©taient rĂ©veillĂ©s ! Au fur et Ă mesure quâils avançaient sur la plage, des cris de joie et de gaĂźtĂ© rythmaient et emplissaient le rivage du matin. Dâabord de tout petits enfants qui courraient joyeusement puis, çà et lĂ , des groupes qui riaient. Ils arrivĂšrent auprĂšs dâun grand Ă©difice qui surplombait la mer. Encore et toujours, la sensation du renouveau, de lâinattendu et du spontanĂ© Ă©manait du site. Lorsquâils montĂšrent les marches du hall, câĂ©tait comme si le voyageur parcourait les escaliers de sa petite enfance enfouie trĂšs, trĂšs loin, dans son ĂȘtre. Chaque marche lui rappelait un souvenir. LĂ , le souvenir de ses parents, ici, la communion avec ses frĂšres et sĆurs, plus loin, les mĂ©moires de ses craintes, de ses aspirations. Plus il montait, plus il revoyait en lui lâinnocence de son enfance. Il nâentendait plus aucun bruit. Non pas que lâespace Ă©tait silencieux mais le cheminement lâemmenait tellement au plus profond de lui-mĂȘme quâil ne percevait plus aucun son sinon sa plus lointaine rĂ©miniscence. Au niveau supĂ©rieur, rien dâautre quâun couloir Ă suivre. Puis, franchi la porte, un foyer. Dâabord, Ă droite, deux enfants, deux jeunes adolescents, un garçon et une fille, face Ă face, les yeux fermĂ©s, entre eux, un objet, un ballon semblait immobilisĂ© dans lâespace. Non. Il bougeait ! Imperceptiblement vers lâun puis vers lâautre comme une joute, un jeu. Quand il atterrit dans les genoux de lâun, lâautre Ă©clata de rire. « Jâai gagnĂ© ! Jâai gagnĂ© ! ». Plus loin, un autre groupe. Assis en tailleurs six garçons et six filles lĂ©vitaient Ă un mĂštre du sol en dĂ©pit de la gravitation. Ils semblaient tous sereins et reposĂ©s. Un autre, lĂ -bas dans le coin, flottait Ă la verticale et Ă lâenvers. Que faisait-il ? Le voyageur se le demandait quand, soudainement, lâenfant dĂ©ploya ses membres et revint au sol. Pendant cet instant, le voyageur sâĂ©tait senti basculĂ© lui-mĂȘme. « Tiens ! » pensa-t-il. « La mĂȘme impression que lorsque nous avons, nous aussi, basculĂ© sur notre bateau. ». Au fond de la piĂšce, des jeunes gens discutaient autour dâune table. Le voyageur pressenti la possibilitĂ© dâune communication. Il les rejoignit.
« Bonjour » annonça-t-il. « Salut ! » rĂ©pondirent-ils en regardant dans sa direction. « Tu es celui qui est arrivĂ© par le bateau, nâest-ce pas ? » demanda lâun dâeux. « Exactement » rĂ©pliqua le voyageur. « Nous tâavons vu lorsque tu as dĂ©barquĂ© avec les marins. Faire passer un bateau entier avec son Ă©quipage, câest extrĂȘmement difficile. Moi, jây arrive avec de petits objets ! » Expliqua un adolescent blond. « Câest surtout lorsquâil y a des ĂȘtres vivants que câest dĂ©licat ! » intervint une jeune fille trĂšs brune aux grands yeux noirs. « Tu devais ĂȘtre important pour quâils accomplissent cet exploit ! » lui dit-elle.
« Ils » pensa le voyageur. Il y a donc bien quelquâun qui nous a attirĂ©. Quelquâun qui mĂšne le jeu et qui nâa encore dĂ©voilĂ© ni sa prĂ©sence ni ses desseins. Il sâassit Ă leur table. La fille aux cheveux noirs lui proposa quelque chose qui ressemblait Ă un jus de fruit laiteux ainsi quâun plat de gĂąteaux. « Tiens ! Ils sont frais de ce matin ». Lorsque sa compagne le rejoignit, la fille lui demanda : « il les a vus ? » tout en dĂ©taillant le voyageur. « Non. Pas encore. JusquâĂ prĂ©sent, il nâa rencontrĂ© que les anciens. Ils lui ont accordĂ© dâaller au sommet de la montagne. Nous devons prĂ©parer lâexpĂ©dition câest pourquoi jâai pensĂ© vous lâamener. » Les jeunes gens Ă©changĂšrent, entre eux, des regards furtifs. La fille brune et le garçon blond discutĂšrent Ă voix basse. Puis, ils se concertĂšrent tous ensemble. Enfin ils lui dirent « Si tu le veux, nous tâaccompagnerons ! »
Un Ă©clair irradia la plage. Les nuages sombres sâĂ©taient amoncelĂ©s, la pluie commença Ă tomber drue. CâĂ©tait lâorage. Tout en regardant la pluie, le voyageur Ă©tait pensif. « Lâeau. Nous sommes arrivĂ©s par la mer, Celui qui arrive par lâeau repart par lâeau, lâeau est certainement lâune des clĂ©s de ce monde mais comment lâutiliser ? ». Il sâadressa aux jeunes gens : « Que pouvez-vous me dire concernant lâeau ? »
Les enfants se levĂšrent ensemble dâun signe de tĂȘte. Le jeune homme blond lança au voyageur : « Lorsque la pluie sera terminĂ©e, rejoins-nous, nous tâemmĂšnerons. »
La pluie dura toute la matinĂ©e. Des Ă©clairs zĂ©braient briĂšvement le ciel. La mer Ă©tait trĂšs agitĂ©e et la tempĂȘte bravait le ciel et lâocĂ©an. Tandis que tous les habitants sâĂ©taient rĂ©fugiĂ©s dans lâabri que leur offraient les huttes, le voyageur se couvrit et courut vers le navire rejoindre les marins. Lorsquâil arriva, une odeur de cafĂ© chaud lui emplit les narines. Ce fut avec grand plaisir quâil accepta une tasse du breuvage magique. Il Ă©tait heureux de retrouver ses compagnons. Il pensait Ă cet instant dĂ©jĂ loin derriĂšre lui oĂč il avait Ă©tĂ© accostĂ© par le capitaine.
« Avez-vous remarquĂ© que cette tempĂȘte ressemble comme une sĆur Ă celle qui nous a amenĂ©s ici ? » sâenquit le voyageur.
« Nous lâavons remarquĂ© » dit le capitaine. « Crois-tu que nous pourrions essayer de revenir chez nous ? »
« Ce serait trop dangereux ! Trop risquĂ© ! Qui sait si le bateau y rĂ©sisterait ? Nâoublions pas que nous avons Ă©tĂ© guidĂ©s pendant lâarrivĂ©e. Quâarriverait-il si nous tentions la sortie par nos propres moyens ? Aucune vie ne vaut dâĂȘtre risquĂ©e pour tenter lâexpĂ©rience. Je ne suis pas un lĂąche, simplement je suis dâaccord pour prendre des risques lorsque jâaperçois une possibilitĂ©, une ouverture. Dans ce cas, rien, absolument rien ne peut nous apprendre comment se dĂ©roulerait le retour ; si retour il y a. Non. Si la sortie existe, elle est quelque part dans lâĂźle. En revanche, rien ne nous empĂȘche dâobserver. Pourrions-nous lever lâancre et nous rapprocher de la tourmente sans risquer le bateau ? »
« La rĂ©ponse est non, bien sĂ»r ! » trancha le capitaine. « Cependant, tu as raison ; si nous voulons sortir de ce trou un jour ou lâautre il nous faut chercher lĂ oĂč est la solution. Nous allons nous rapprocher au plus prĂšs sans risquer la vie du bateau. Mais au premier danger, que Dieu nous garde ! »
Au fur et Ă mesure que la cĂŽte sâĂ©loignait, les vents devenaient plus forts et les vagues plus hautes. La vision Ă©tait complĂštement assombrie par les Ă©lĂ©ments dĂ©chaĂźnĂ©s mais, paradoxalement, lorsquâun Ă©clair illuminait le ciel, tout devenait clair une fraction de secondes.
« Capitaine, lorsque vous avez tentĂ© la traversĂ©e de ce monde insolite, vous avez dĂ» en Ă©valuer les distances. Naviguez tout droit jusquâau quart de la mesure puis, mettez la barre Ă 90 degrĂ©s et voguez toujours en maintenant le cap. »
« Compris. » Approuva le capitaine. « Nous allons nous mettre en orbite sur lâĂ©quateur imaginaire ! »
Il leur fallu des heures avant dâatteindre le point de bifurcation. Ce qui Ă©tait Ă©trange, câest que, plus ils se rapprochaient de lâĂ©quateur, moins les eaux Ă©taient agitĂ©es. Comme sâils parvenaient dans lâĆil du cyclone. Curieusement, les marins apercevaient les effets de la tempĂȘte Ă bĂąbord et Ă tribord alors que, droit devant eux et en arriĂšre, ils voguaient dans un couloir tempĂ©rĂ©. Ă lâaide de puissantes jumelles et de longues-vues de marine, le voyageur et le capitaine observaient les deux horizons. La foudre lacĂ©rait le ciel ; son flash donnait un bref aperçu Ă chaque dĂ©flagration. Scrutant les deux pĂŽles opposĂ©s, ils entraperçurent une gigantesque trombe dâeau tournoyante tandis que, de lâautre cĂŽtĂ© en direction de lâĂźle, dâĂ©normes nuages noirs impĂ©nĂ©trables coiffaient le paysage et montaient au plus haut des cieux. Le monde semblait pris dans un Ă©tau et frappĂ© des deux cĂŽtĂ©s Ă la fois. Puis, subitement, comme si un ordre fantasmagorique avait Ă©tĂ© donnĂ©, la tempĂȘte se calma, la mer sâapaisa, le ciel bleu dĂ©chira les nuages.
« Rentrons ! » Dit le voyageur. « Il est temps dâaller explorer le cĆur de la montagne de lâĂźle. »
DĂšs lâaccostage, il laissa ses compagnons et courut tout droit Ă la maison des enfants. Il trouva rapidement les adolescents. Il ne prĂȘta pas attention Ă ce quâils faisaient. Il alla tout droit vers le garçon blond et la fille brune. « Soyez prĂȘts. Nous partirons demain Ă lâaube si vous ĂȘtes toujours dâaccord. » Ils acquiescĂšrent. Il sortit. Sur la plage, il retrouva sa compagne. « Viens avec moi » lui dit-il en la prenant par la main. ArrivĂ© devant la hutte de la cheftaine, il entra, elle Ă©tait lĂ . « Je pars, demain matin, pour le centre de lâĂźle. Les enfants mâaccompagnent. Peux-tu mâaccorder quelques guerriĂšres ? ». « Ma fille sâen occupera » rĂ©pondit la vieille. « Les hommes ? » sâenquit le voyageur. « Ils te suivront et interviendront si nĂ©cessaire » termina-t-elle.
CâĂ©tait le soir. Une brise courrait sur la mer et sur le rivage comme pour effacer les traces de la tempĂȘte qui avait secouĂ© la journĂ©e. En accostant, il avait aperçu une forge. Lieu singulier mais rassurant ; un terrain connu. Il sây dirigea. Le maĂźtre des cĂ©ans Ă©tait un homme de haute stature. « Bonsoir, forgeron ! » salua le voyageur. « Puis-je me servir de tes outils ? Jâai une Ă©pĂ©e Ă forger. » Lâhomme, sans dire un mot, lâinvita dans son atelier. La chaleur Ă©tait Ă©touffante. Le voyageur se mit une chemise de travail et choisit parmi les mĂ©taux. Il travailla toute la nuit. Il frappa, martela, trempa, Ă©prouva maintes et mainte fois le mĂ©tal. Il sortit de la masse une Ă©pĂ©e longue et lĂ©gĂšre. Il se confectionna Ă©galement une dague courte. Le forgeron lâavait aidĂ© tout en admirant lâart et la technique du voyageur. Lâaube nâĂ©tait pas encore naissante ; le voyageur se dirigea vers sa hutte pour dormir quelques heures dans les bras de sa promise.
Pendant la nuit, il sâĂ©veilla. Sans un bruit, il sorti et sâassit sur la terrasse. Il se prĂ©para mentalement Ă sa journĂ©e du lendemain. Il se dĂ©tendit dans la brise douce des tĂ©nĂšbres. Il en avait besoin. CâĂ©tait presque un luxe quâil sâaccordait. Il avait besoin de faire respirer son corps et son esprit.Le conquĂ©rant
Le conquĂ©rant regardait en haut. Il nây avait plus personne dans la clartĂ© dominante. Ce nâĂ©tait pas le soleil habituel mais il devait trouver, dans la lumiĂšre, sa force. Ces gens nâavaient rien dâune armĂ©e ; rien de belliqueux nâhabitait leurs regards. Il sâavançùt vers les hommes volants. Sa princesse Ă©tait parmi eux ; elle lâĂ©claira dâun grand sourire. Alors, il sâadressa au chef de groupe : « Qui ĂȘtes-vous, quel est cet Ă©trange pouvoir de voler ? »
Le chef des hommes volants Ă©changea un sourire avec la princesse. Il rĂ©pondit. « Bienvenue Ă toi et Ă tes compagnons, conquĂ©rant ! Lorsque tu es arrivĂ© la premiĂšre fois, nous avons prĂ©fĂ©rĂ© tâaccueillir selon nos rites nomades et observer quelles Ă©taient tes possibilitĂ©s. JâĂ©tais assez indĂ©cis lorsque ma fille sâest Ă©pris de toi et a suivi son intuition car elle Ă©tait persuadĂ©e que tu Ă©tais un ĂȘtre humain Ă©voluĂ©. Elle tâa montrĂ© le chemin sans rien te dĂ©voiler. Par ton expĂ©rience Ă©vidente, tu as montĂ© ton expĂ©dition et tu nâas pas hĂ©sitĂ©. Tandis que tu descendais, nous tâobservions suffisamment loin pour que tu ne nous aperçoives pas. Bravo ! Jâavoue ĂȘtre conquis par ton esprit dâinitiative. Toi, le terrien, tu tâes lancĂ© dans la voie des airs et tu nâas pas eu peur de braver les flammes. »
Le conquĂ©rant Ă©couta son interlocuteur. Il lâestimait Ă son image. CâĂ©tait un honneur. La princesse lui prit la main et lâembrassa. Le chef reprit la parole :
« Nous sommes une civilisation trĂšs ancienne et nous avons prĂ©fĂ©rĂ© nous retirer des cultures barbares. Oh ! Je sais trĂšs bien quâaujourdâhui beaucoup de peuplades se rĂ©clament Ă©voluĂ©es ou divinement Ă©clairĂ©es. Ă nos yeux et Ă nos cĆurs, vous ĂȘtes toujours des barbares. Aussi, nous avons enfouis nos lieux dâhabitations trĂšs profondĂ©ment sous terre tout en Ă©tant observateurs Ă la surface de la terre comme nomades dans des territoires reculĂ©s. Je constate toutefois et avec grand plaisir, quâil existe des hommes vrais. Viens ! Nous tâinvitons dans notre citĂ©. »
La citĂ© ? Lâendroit oĂč ils Ă©taient ne semblait pas trĂšs accueillant. PlutĂŽt mĂȘme assez dĂ©solĂ©. Pourtant, lorsquâil se retourna Ă lâinvite de ses hĂŽtes, il dĂ©couvrit une ville dâune grande richesse parĂ©e de dĂ©corations mĂȘlĂ©es de technologies stupĂ©fiantes. Les maisons Ă©taient dĂ©sormais enrichies de couleurs chaudes et diffĂ©rentes tout en crĂ©ant un dessin gigantesque sur lâensemble de la citĂ©. Des objets flottaient et suivaient des rails invisibles. Des hommes et des femmes se dĂ©plaçaient sur plusieurs niveaux. Lâensemble produisait une sorte de musique fantastique. Le ciel ! Un ciel bleu, parfait recouvrait ce nouveau monde.
Chacun des quatre compagnons de fortune fut entourĂ© de deux hommes volants. Le conquĂ©rant Ă©tait accompagnĂ© de la princesse et de son pĂšre. Ils les saisirent par les bras. Tous ensemble, ils sâĂ©levĂšrent et se dirigĂšrent vers la plus haute tour de la ville. Tandis quâils montaient, chacun essayait de satisfaire sa curiositĂ©. « Comment faites-vous cela » demandait le scientifique pendant que lâĂ©cologiste examinait les corps de ses guides tout en guettant leurs fonctions cachĂ©es. Le commandant ne disait mot ; il observait et Ă©valuait ses possibilitĂ©s. Le conquĂ©rant ne cherchait ni Ă comprendre ni Ă se dĂ©fendre ; il tĂąchait Ă ĂȘtre prĂ©sent dans ce moment incroyable. Des gens volaient autour de lui et lâemmenaient. CâĂ©tait Ă la fois simple et extraordinaire.
Ils parvinrent sur la terrasse surĂ©levĂ©e de la tour. Le groupe se dirigea vers la grande loggia. Spacieuse, elle permettait Ă chacun de trouver sa place, ils sâassirent. La conversation reprit ou, plutĂŽt les questions. La plus importante revint en prioritĂ© : « Qui ĂȘtes-vous ? ».
Ce fut la princesse qui rĂ©pondit : « Comme nous vous lâavons dit, nous sommes dâune antique civilisation. TrĂšs ancienne. La plupart des nĂŽtres ont atteint le degrĂ© dâĂ©volution mĂ©ta terrestre. Ils sont passĂ©s dans un autre plan ou une autre dimension. C’est-Ă -dire quâils sont Ă la fois proches et inaccessibles pour ceux qui ne possĂšdent pas lâouverture sur leur nouvelle dimension. Quelques-uns, toutefois, sont restĂ©s en arriĂšre pour Ă©tablir des liens avec les civilisations suivantes. Nous servons de relais et sommes restĂ©s cachĂ©s pendant des siĂšcles dans les profondeurs de la terre. Aujourdâhui, nous avons dĂ©cidĂ© dâĂ©tablir un contact avec le monde actuel. Mais pour cela, il nous fallait trouver des hommes de cĆur. Lorsque tu as rĂ©pondu Ă notre invitation et que tu es venu, nous avons apprĂ©ciĂ© le fait que tu nous respectais tous avec beaucoup de noblesse. Jâai Ă©tĂ© conquise par ton charisme et je tâai mis Ă lâĂ©preuve. Je devais savoir si tu rĂ©pondrais spontanĂ©ment Ă lâappel de la table dâĂ©meraude. Maintenant je sais. »
« Et en ce qui concerne mes compagnons ? » demanda le conquérant.
« Ils sont avec toi ; tu tâes associĂ© avec eux ; nous les traiterons comme toi. » RĂ©pondit le chef.
Le scientifique était impatient de savoir, se comprendre, il ne put se retenir de demander : « Comment ce lieu, qui était inhabité à notre arrivée, est-il revenu à la vie ? Et comment faites-vous pour voler ? »
Le chef sourit en rĂ©pondant. « En ce qui concerne notre citĂ©, câest tout simplement un transfert dâune dimension vers une autre ; un dĂ©mĂ©nagement instantanĂ© si vous voulez. Nous faisons exister deux citĂ©s dans deux dimensions diffĂ©rentes et nous effectuons un simple dĂ©placement. Quant Ă notre facultĂ© Ă voler, voulez-vous essayer ? »
« Vous voulez dire que nous avons le pouvoir de voler ? » postula lâhomme de science.
« Le pouvoir, non. Pour sâĂ©lever, il faut vaincre lâĂ©nergie de lâattraction ; ou lâĂ©quilibrer. Nous lĂ©vitons parce que nous recevons une Ă©nergie complĂ©mentaire Ă la gravitation. Mais ce nâest pas nous qui crĂ©ons lâĂ©nergie, nous sommes rĂ©cepteurs. Si lâĂ©nergie ne nous atteints pas, nous sommes incapables de quoi que ce soit. Il faut dâabord recevoir. Ensuite, crĂ©er en nous un nouveau sens qui va rĂ©pondre Ă lâoffrande et dĂ©velopper celui-ci, lâĂ©duquer et en faire une partie de nous-mĂȘmes Ă part entiĂšre. Nous allons vous envoyer cette Ă©nergie. Concentrez-vous, ne rĂ©sistez pas, sentez au plus profond de vous-mĂȘme comme un Ă©veil. Acceptez sans contester. »
Les quatre compagnons sâassirent, fermĂšrent les yeux et se dĂ©tendirent. Ils Ă©taient Ă lâĂ©coute lorsquâils sentirent une vibration chaude qui les remplit dâun bien ĂȘtre similaire au plaisir. Lorsquâils ouvrirent les yeux, ils flottaient les uns et les autres Ă 10 mĂštres au-dessus du sol comme sâils Ă©taient portĂ©s par des ailes. Et ces ailes, ils les sentaient profondĂ©ment ancrĂ©es en eux. Ils testĂšrent leur assise et, progressivement, redescendirent vers le sol. AprĂšs lâatterrissage, ils firent chacun quelques mouvements de dĂ©collage afin de mieux sentir et Ă©prouver leurs nouveaux pouvoirs. Ils Ă©taient comme des enfants devant un prĂ©sent merveilleux. Ils Ă©taient redevenus des enfants.
Ils sâĂ©levĂšrent Ă nouveau pour atteindre le sommet de la tour oĂč ils Ă©taient attendus. Ă leur arrivĂ©e, le chef leur adressa dans un sourire : « Vous ĂȘtes, Ă prĂ©sent, des hommes nouveaux. Vous ĂȘtes des nĂŽtres. Venez vous restaurer ; vous en avez besoin ! »
On leur prĂ©senta des coupes. Ils burent tous ensemble. CâĂ©tait un vin blanc lĂ©ger doux et frais. Puis ils prirent place sur de grands coussins autour des tables qui leur Ă©taient prĂ©sentĂ©es. Cela ne ressemblait pas tout Ă fait aux mets auxquels ils avaient goĂ»tĂ©s en surface. LĂ -haut, la cuisine Ă©tait composĂ©e de chasse et de rĂ©colte. En bas, le menu Ă©tait vĂ©gĂ©tarien mais dont les saveurs et les combinaisons nâavaient rien Ă envier au banquet prĂ©cĂ©dent. Les couleurs Ă©taient diffĂ©rentes Ă©galement. Plus douces et plus pastels. Sans doute dĂ» Ă la lumiĂšre ambiante. La lumiĂšre ! Tandis quâils mangeaient, le conquĂ©rant observa Ă nouveau la lumiĂšre. Ce nâĂ©tait pas la lumiĂšre naturelle bien entendu ; ce nâĂ©tait pas une lumiĂšre blanche non plus. Pourtant, autour de lui, il distinguait parfaitement les tons de couleurs tantĂŽt rouges, tantĂŽt bleus, tantĂŽt jaunes ainsi que les autres variations. CâĂ©tait Ă©vident ! Ă cette profondeur, la lumiĂšre ne pouvait ĂȘtre quâartificielle. Or, elle venait de partout Ă la fois ; il en eut la confirmation en observant les objets et les personnes autour de lui. Pas dâombre. CâĂ©tait comme sâils Ă©taient engloutis dans une mer de lumiĂšre. Aucune technologie terrestre nâĂ©tait capable dâun tel exploit. Cette lumiĂšre ainsi que la maniĂšre de la produire Ă©tait de toute Ă©vidence dâun art inconnu. Il discuta Ă voix basse avec le scientifique du groupe. Il en Ă©tait arrivĂ© aux mĂȘmes conclusions. En les entendant chuchoter, lâĂ©cologiste leur rĂ©vĂ©la que les plantes et les vĂ©gĂ©taux nâavaient pas non plus la teinte habituelle que la chlorophylle aurait dĂ» leur donner. Lâhomme de science leur fit remarquer, toutefois, quâil pourrait sâagir de mutations occasionnĂ©es par des annĂ©es passĂ©es sous lumiĂšre artificielle. Mais, de toute façon, rien nâexpliquait sa nature et comment elle Ă©tait produite.
Pendant quâils conversaient, le chef et sa fille les observaient, toujours en souriant. Lorsque les invitĂ©s levĂšrent les yeux, leurs regards se croisĂšrent. Alors, il se leva et dĂ©clara : « Maintenant que vous ĂȘtes rassasiĂ©s et que vous pouvez nous suivre, nous allons vous prĂ©senter qui nous sommes. »
Ils se levĂšrent tous, se tinrent debout sur la terrasse et commencĂšrent Ă sâĂ©lever aussitĂŽt suivis par le conquĂ©rant, le scientifique, lâĂ©cologiste et le commandant comme sâils avaient toujours pratiquĂ© cet art Ă©trange depuis leur prime jeunesse. Le groupe descendit au cĆur de la citĂ© en direction du temple. « La table dâĂ©meraude » pensa le conquĂ©rant, « ce doit ĂȘtre la clĂ© ». Ă leur approche, le temple sâouvrit comme une fleur Ă©clot au soleil.Le maĂźtre
Le maĂźtre attendait. Ils avaient Ă©tĂ© appelĂ©s pour leurs personnes ; ils nâavaient pas Ă ĂȘtre diffĂ©rents dâeux-mĂȘmes. « Nous vous Ă©coutons » dit-il tranquillement.
LâĂȘtre de lumiĂšre se plaça au milieu du cercle et commença Ă parler. « Vos nombreuses civilisations sont arrivĂ©es Ă un point de dĂ©sĂ©quilibre. Elles ont dĂ©veloppĂ© un nombre incroyable de choses dâune grande beautĂ©. Leurs arts sont trĂšs diversifiĂ©s, leurs crĂ©ations merveilleusement innovatrices. En revanche elles ne sont pas parvenues Ă chasser la haine de leurs cĆurs. Les anciennes rancunes et le pouvoir orgueilleux sont restĂ©s ancrĂ©s. Nous devons vous aider de plus en plus. Mais plus nous vous aidons et plus nous Ă©veillons les cĆurs de vos semblables, plus la haine et lâorgueil se dĂ©veloppent. Plus nous augmentons la pression, plus le mal se fortifie. »
Le maĂźtre demanda du tac au tac : « Quâest-ce que la haine ? »
« La haine ? Quâest ce qui nous fait rĂ©agir ? Quel est le moteur ? Regardez bien au plus profond de votre cĆur. Cherchez dans vos souvenirs ce que vous haĂŻssez. Vous allez, alors, vous rendre compte que ce que vous croyez haĂŻr est ce que vous craignez le plus. La peur. La crainte. Vos sentiments se mettent en alerte. Une alarme ancrĂ©e profondĂ©ment en vous qui nâest rien dâautre quâun voyant, une alerte. Ce que vous pensez haĂŻr est ce que vous craignez. Vous vous ĂȘtes imaginĂ© que ce qui vous fait le plus peur est le plus dĂ©testable. La rĂ©ponse est en vous. Câest Ă vous â et Ă vous seul â quâil appartient de vaincre vos propres peurs. Câest votre barriĂšre Ă©motionnelle â car vous lui avez donnĂ© une conscience â qui est votre seule frontiĂšre. Allez au-delĂ de vos peurs et de vos craintes pour ĂȘtre des hommes libres ! La haine est, en comparaison, tout Ă fait diffĂ©rente. Elle ne peut sâappliquer quâaux ĂȘtres que vous avez aimĂ©s. Elle nâest le reflet que de vos souvenirs heureux. Des souvenirs oĂč vous avez Ă©changĂ© de lâamour. Ă partir du moment oĂč ces souvenirs ont cessĂ©, alors, votre cĆur sâest chargĂ© de haine. Non pas pour la personne encore aimĂ©e, mais pour les circonstances qui ont changĂ© cet Ă©tat de bien-ĂȘtre. Et vous nourrissez du mal pour quelque chose dâindĂ©finissable qui nâexiste pas en lui-mĂȘme. Alors que la personne est toujours aimĂ©e quelque part dans votre cĆur. Comprenez-vous, Ă prĂ©sent, que la haine nâexiste pas ? Que lâamour existe toujours ? Que vous nommez âhaineâ une frontiĂšre indĂ©finissable qui nâa aucune existence, sinon les circonstances qui ont tuĂ© lâamour ? »
Le maĂźtre Ă©couta attentivement le message de ses hĂŽtes. Puis il rĂ©pondit : « Avant que vous nous expliquiez quel sera notre rĂŽle dans votre plan, pouvez-vous nous dire combien de fois vous ĂȘtes intervenus dans notre monde et ce quâelles en ont Ă©tĂ© les consĂ©quences ? »
Les ĂȘtres se concertĂšrent avant de rĂ©pondre puis expliquĂšrent : « Nous nâallons pas faire lâinventaire exhaustif de toutes nos interventions. Mais nous allons vous dĂ©voiler les plus importantes. La premiĂšre des plus importantes â qui nâest pas forcĂ©ment la premiĂšre chronologique â câest lorsque nous avons apportĂ© la loi. Quand tous les peuples de la terre se querellait et mettait leur propre civilisation en pĂ©ril, nous sommes apparus porteurs dâune loi essentielle de sauvegarde. Une loi qui avait Ă©tĂ© façonnĂ©e pour la sauvegarde de lâespĂšce humaine. Bannir le meurtre, prĂ©server la race, la descendance, la famille et empĂȘcher la propagation dâidolĂątries en mettant en place un Dieu unique. Il Ă©tait unique, en effet, il Ă©tait leur destinĂ©e. Ă partir de lĂ , beaucoup de religions ont vu le jour. Et, bien que nous ayons Ă©tĂ© clairs quant au message Ă suivre, chaque religion a refaçonnĂ© la loi de prĂ©servation de lâhumanitĂ© pour en faire une loi de pouvoir. Lorsque nous avons constatĂ© Ă quel point cette dĂ©rivation de la loi Ă©tait allĂ©e, nous avons provoquĂ© une autre intervention consĂ©quente. Nous avons, alors, apportĂ© la loi de lâamour â le terme est incorrect, câĂ©tait plutĂŽt un droit humain â pour rĂ©tablir dans le cĆur des hommes la vĂ©ritable essence. Encore une fois, le message nâa pas pris au dĂ©but. Et, insensiblement, de nouvelles religions ont Ă©mergĂ© pour profiter et diriger les masses humaines. Quelles que furent les interventions sporadiques qui eurent lieu par la suite, la greffe a donnĂ© un rejet. Câest pourquoi, aujourdâhui, nous nâinterviendrons plus directement. Câest Ă partir de votre propre race, Ă partir de vos fils, de vos filles, de votre cĆur que doivent ĂȘtre apportĂ©s les messages. La raison pour laquelle nous vous avons convoquĂ©s câest, dâabord, parce que, vous-mĂȘmes, vous nous avez appelĂ©s et, ensuite, parce que nous dĂ©sirons que se crĂ©e dans vos cĆurs ce qui va donner lâessor de votre civilisation. »
Le maßtre demanda : « Permettez-nous de répondre tous ensemble. »
LâErmite : « Je vis retirĂ©e du monde Ă cause de la haine, je me suis isolĂ©e pour lâamour. »
Le Guerrier : « JâĆuvre dans de nombreuses batailles pour combattre la haine. »
Le MĂ©decin : « Je guide lâesprit dans la santĂ© pour guĂ©rir de la haine. »
Le Mage : « Je connais les sciences cachĂ©es et je sais oĂč se cache la haine. »
Le Roi et la Reine : « Nous régnons en harmonie pour déloger la haine. »
La Magicienne : « Je connais la magie dâamour et la magie de haine. »
LâAstronome : « Lâunivers entier est un univers dâamour, la haine nâa pas dâunivers. »
LâInitiĂ©e : « Je connais les religions et je connais leurs parts dâamour et de haine. »
Le Juge : « JâĂ©tablis la justice. Je connais la loi des hommes, la loi de lâamour, la loi de la haine. »
Le Diplomate : « Je suis médiateur. Ma vie est consacrée à transformer la haine en amour. »
Le MaĂźtre : « Nous sommes unis dans lâamour et aussi contre la haine ! »
Les ĂȘtres prirent la parole : « Ăcoutez-nous : Vous nâavez pas choisi les choses auxquelles vous croyez. Ce sont elles qui vous ont choisis. »
« Que voulez-vous dire ? » rétorqua le maßtre.
« Eh bien, lorsque vous naissez dans votre monde, vous transportez avec vous des liens. Des racines que vous avez prĂ©alablement choisies pour vous raccorder. Ce sont ces liens qui vous rappellent ce que vous croyez du plus profond de votre cĆur. Tout ce que vous pensez avoir dĂ©veloppĂ© et qui fait votre force au plus profond de vous-mĂȘmes est, en rĂ©alitĂ©, lâĂ©cho de cette force qui a dĂ©veloppĂ© un lien avec vous. Ce que vous appelez votre Ăąme ne fait pas partie de vous. Imaginez-vous comme un long tube. Votre Ăąme est lâĂ©nergie qui circule dans ce tube. Tube qui a, dâailleurs deux extrĂ©mitĂ©s ; lâune masculine et lâautre fĂ©minine. LâĂ©nergie sexuelle est lâune des trĂšs nombreuses Ă©nergies qui circulent entre ces deux pĂŽles. Au milieu se trouve la fontaine dâamour. Cet Ă©tat est difficile Ă retrouver lorsque lâhumain a grandi. LâĂȘtre humain a cependant une possibilitĂ© de dĂ©couvrir et ressentir cette force. Lorsquâil quitte sa petite enfance, juste avant de devenir adulte, il entre dans une pĂ©riode oĂč son cĆur est grand ouvert Ă toutes ces connaissances. Il ne tient quâĂ lui de fixer cette Ă©tape dans sa vie et sây accrocher sans tenir compte de toute lâĂ©ducation qui va le transformer. Durant cette pĂ©riode, une connexion sâĂ©tablit avec ses origines. Cette sensibilitĂ© sera progressivement enfouie sous plusieurs couches d’instruction de la vie des hommes. Seuls ceux qui se souviennent de cette pĂ©riode peuvent ressentir ce que je vous apprends aujourdâhui. Si vous dĂ©sirez dans votre cĆur accepter et faire tomber le masque, alors, concentrez-vous et revenez Ă cette Ă©tape de votre vie. »
« Est-ce pour cette raison que lâadolescence est une Ă©tape difficile ? » demanda la femme mĂ©decin.
« Pas complĂštement car, beaucoup de transformations hormonales se dĂ©clenchent Ă cette pĂ©riode. En revanche, câest bien Ă cette pĂ©riode que les jeunes deviennent trĂšs sensibles. Il se passe mĂȘme un moment important lorsquâils quittent leur enfance et quâils nâont pas encore accrochĂ© leur vie dâadulte. Une pĂ©riode qui peut ĂȘtre imperceptible chez certains mais remarquĂ©e chez dâautres. Ils ne veulent plus ĂȘtre un enfant mais ne veulent pas ĂȘtre adultes. Mais dĂšs quâils se mettent Ă combattre le monde, ils abandonnent cette Ă©tape pour prendre une autre route. En revanche, selon lâintensitĂ©, ils peuvent sâen souvenir toute leur vie. Câest ce souvenir qui est prĂ©sent en chacun de vous et quâil faut rĂ©veiller. »
Le maßtre intervint : « Et lorsque nous serons tous réveillés ? »
« Alors, vous serez prĂȘts Ă relier votre monde au notre » rĂ©pondirent simplement les ĂȘtres fabuleux. « Câest vous qui serez les tĂ©moins et qui enseignerez vos semblables. »
« Est-ce que cela concerne tout le monde ? » demanda le juge qui avait lâexpĂ©rience de la vaste Ă©tendue des diffĂ©rences de comportements humains.
« Et nous faudra-t-il combattre ceux qui sâopposeront ? » interrogea le guerrier, homme habituĂ© aux conflits entre les peuples de la terre.
« Eh bien, oui et non. Mais vous comprendrez tout cela au fur et Ă mesure. Ne vous inquiĂ©tez pas, pour le moment, de la forme, du fond ou de quoi que ce soit. Ayez confiance ! Tout ce dont vous aurez besoin arrivera en son temps. » SoulignĂšrent les ĂȘtres.
LâinitiĂ©e conclut en ces termes : « Dâautant que ce que vous nous proposez correspond Ă notre mode de vie et Ă nos aspirations. Mais nous renfermons dans nos cĆurs lâhumilitĂ© dâaccepter vos nouveaux enseignements. »Le sage
Le sage prit un temps de repos. Il avait demandĂ© au passeur de le ramener auprĂšs des enfants. Il avait envie de communier Ă nouveau avec leur amour. Lorsquâils arrivĂšrent Ă la grande maison, ils Ă©taient assis silencieusement dans lâherbe sous les arbres. Quand ils le virent ils se levĂšrent joyeusement.
« Viens avec nous ! » criĂšrent-ils de joie en lâapercevant. « Nous sommes en train de jouer Ă crĂ©er des mondes ! Câest trĂšs amusant ! »
Le sage souriait tant quâon aurait pu dire quâil riait aux Ă©clats. Ils le prirent par la main et formĂšrent une ronde.
« Tu vas voir ! Le plus important, câest quand on commence ! »
Le sage sâassit et Ă©couta attentivement, laissant son corps dĂ©tendu.
« Dâabord pour commencer, tu fermes les yeux et tu observes le noir dans lequel tu te trouves. Toujours les yeux fermĂ©s, tu vas visualiser ce que tu voyais. Ă la diffĂ©rence de lâaveugle de naissance qui ne peut imaginer le noir, toi, tu connais la nuance. Maintenant, tu rĂ©alises que tu nâas jamais créé de monde, cette lacune est le noir de ta conscience. Cependant, contrairement Ă lâaveugle, si ta capacitĂ© crĂ©atrice existe, câest que tu possĂšdes en toi lâorgane. Tu vas apprendre Ă le rĂ©veiller. Souviens-toi, lorsque tu as ouvert le passage entre la vie et la mort, celui-ci te semblait sans espace et sans durĂ©e. La maniĂšre dont tu as perçu le passage a Ă©tĂ© accomplie par cet organe cachĂ©, ton troisiĂšme Ćil si tu veux. Ă prĂ©sent, nous allons faire des expĂ©riences et tu vas tâintroduire dans la faille pour crĂ©er ton propre espace et ton propre temps. Câest ainsi que lâon crĂ©e des mondes. »
Le sage repĂ©ra vite le passage, lâexpĂ©rience Ă©tait toujours fraĂźche dans son cĆur. Son cĆur ? Il dĂ©couvrit alors son troisiĂšme Ćil auquel il nâavait pas prĂȘtĂ© attention tant le passage Ă©tait la rĂ©vĂ©lation Ă©clatante ! Il tenta son premier pas. CâĂ©tait chaud ! Ăa fit en lui comme une explosion.
« Attention ! Ă lâinstant de la crĂ©ation tu mets quelque chose lĂ oĂč il nây a pas dâespace. Lâexplosion peut ĂȘtre Ă©pouvantable. Quand tu crĂ©es, lâespace et le temps doivent se crĂ©er en parallĂšle et par consĂ©quence. »
Le sage renouvela lâexpĂ©rience. CâĂ©tait si facile, maintenant, de faire fonctionner son nouvel organe ! Lorsquâil pĂ©nĂ©tra dans la brĂšche, un univers se dĂ©ploya, ce fut trĂšs lumineux une fraction de temps puis, tout sâeffondra.
« Magnifique feu dâartifice ! » Ă©clatĂšrent de rire les enfants.
Le sage Ă©tait prĂȘt Ă recommencer lâexpĂ©rience mais il avait besoin, avant tout, de connaissances et dâapprentissage afin de pouvoir continuer.
« Pour que ton monde soit stable, il faut quâĂ lâinstant de la crĂ©ation il y ait lâessence de tout ce qui devra exister dans celui-ci. Et tu ne pourras y pĂ©nĂ©trer que si lâamour que tu y as semĂ© tâest favorable. » Le passeur levait les bras comme pour embrasser lâespace en prononçant ces mots.
Le sage rĂ©itĂ©ra sa crĂ©ation. Cette fois-ci, il mesura tout son amour dans la composition. Au dĂ©but, ce fut comme dans un kalĂ©idoscope. Des nouveaux atomes sâorganisaient en rĂ©seau pour former des figures comme dans un jeu. Des combinaisons toujours nouvelles sâarrangeaient et offraient au monde que le sage avait créé un Ă©clat harmonieux. Puis, au bout dâun temps, les Ă©toiles sâĂ©teignirent, le monde perdit sa clartĂ© et sâeffondra.
« Les mondes ont une vie et une mort. Ils sâĂ©panouissent puis reviennent au nĂ©ant. Si tu veux lui donner la vie Ă©ternelle, alors il faut lui insuffler ta propre vie et y demeurer. Tu comprends, bien sĂ»r, que tu dois maĂźtriser le processus afin que ton monde soit stable. »
Le sage approuva et accepta les leçons et les conseils de ses quatre guides. Toute la journĂ©e fut consacrĂ©e aux essais, aux Ă©checs, au travail, Ă des dĂ©couvertes, Ă de nouveaux Ă©checs. Mais lâenrichissement augmentait au fur et Ă mesure de lâavancĂ©e de la journĂ©e. Lorsque le soir tomba, ils rentrĂšrent se restaurer. Tandis quâils mangeaient, le garçon aux cheveux de jais annonça au sage : « Ce soir, nous allons pratiquer les songes. Tu verras, câest trĂšs reposant et gĂ©nial ! Tu te laisses transporter et, si tu es douĂ©, il tâarrive plein de choses merveilleuses. »
Ils terminĂšrent leur repas puis, montĂšrent un escalier majestueux pour arriver dans une grande piĂšce circulaire dont le plafond Ă©tait un dĂŽme transparent. Au-dessus des Ă©toiles dessinaient des constellations que le sage nâavait jamais observĂ©es.
« Comment rĂȘve-t-on ? » demanda le sage. Les enfants rĂ©pondirent : « Il y a deux forces opposĂ©es dans le rĂȘve. Dâabord, il y a toi, tes questions, tes prĂ©occupations, tes envies, ton esprit. En face, il y a tes origines. Tu peux imaginer cela comme le yin et le yang. Toi lâhomme terrestre dâun cĂŽtĂ© et toi, lâhomme des Ă©toiles de lâautre cĂŽtĂ©. La rencontre de ces deux entitĂ©s va crĂ©er un rĂȘve. Selon les mĂ©langes et les combinaisons, cela peut ĂȘtre trĂšs beau, trĂšs fort, trĂšs crĂ©atif. »
Il Ă©tait allongĂ© et dĂ©tendu. Il nâavait pas dâeffort de crĂ©ation Ă faire ; juste se laisser dĂ©river dans le voyage, observer et dĂ©couvrir. Il se posait des questions. Il Ă©tait aussi trĂšs curieux de cette rencontre avec lui-mĂȘme ou plutĂŽt son complĂ©mentaire. Dâabord, il sâimagina un long tunnel. Il Ă©tait Ă lâune des extrĂ©mitĂ©s. Il se dĂ©plaça Ă lâintĂ©rieur pour atteindre lâautre terminaison. Il y dĂ©couvrit une femme qui lui ressemblait et avec qui il ressentait une grande communication. Ce nâĂ©tait pas ce Ă quoi il sâattendait mais il comprit aussitĂŽt. Il prit alors la main se son moi fĂ©minin. Lorsque leurs mains se serrĂšrent ce fut comme un coup de foudre, comme une grande compassion, comme sâils avaient vĂ©cu et partagĂ© tous leurs souvenirs pendant toute une vie. Alors, ils rentrĂšrent dans le tourbillon du tunnel afin de trouver le passage. Lorsquâils arrivĂšrent au centre, ils repliĂšrent le tunnel puis, le retournĂšrent. Ils baignĂšrent alors dans un espace empli de lumiĂšre. Plein de lumiĂšre. Comme sâil en venait de partout. Ils virent quâils Ă©taient dans une fontaine de lumiĂšre et quâils en faisaient partie. Quand leurs yeux furent habituĂ©s Ă la clartĂ© ambiante, un paysage fantastique se rĂ©vĂ©la dans leurs cĆurs. Dans leur cĆur et non dans leurs yeux car, Ă©trangement, ils voyaient et percevaient le monde qui les entourait sans en discerner les formes comme dans la rĂ©alitĂ© de leur monde originel. Ils en avaient la perception mais sans la vision. Un Ćil nouveau venait de naĂźtre dans leur cĆur. Le sage et la sage trouvĂšrent donc cela naturel. Non seulement naturel mais beaucoup plus prĂ©cis et plus riche. Par leurs nouveaux sens, ils se dirigĂšrent sans difficultĂ© sur la piste qui sâĂ©levait dans le jardin conique. Au sommet de la pyramide arboricole, une clĂ©. Pas une clĂ© qui ouvre les portes mais une clĂ© qui ouvre les mondes et la conscience. DĂšs quâils lâeurent en main, ils sâaperçurent que leurs corps avaient fusionnĂ©, que leurs cĆurs sâĂ©taient rejoints et quâils vivaient dans un monde aux multiples dimensions auxquelles ils avaient droit. En recouvrant le pays de ses origines, lâĂȘtre nouveau salua ses congĂ©nĂšres qui lâaccueillaient.
« Bravo pour ton rĂȘve, tu es douĂ© » lui annonça lâun des garçons. Il venait de se rĂ©veiller dans un matin calme. Il avait encore quelques bribes, quelques fragments, quelques souvenirs de son rĂȘve. Il avait un peu de peine de lâavoir quittĂ© mais il Ă©tait trĂšs heureux dâavoir approchĂ© dâaussi prĂšs sa source de lumiĂšre. Il se mit debout. Il avait faim.
La vie est faite dâexpĂ©riences et de nourriture sâexclama-t-il !Tableau de Laureline Lechat