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  • Matin flou

    Suite de « La petite maîtresse »

    Matin flou

    Mademoiselle Yvette était là et toutes les autres également ;
    Le « Miranda » aphrodisiaque était surtout érotomane.
    Cette nuit j’étais au Walhalla mais drogué inélégamment
    Par ces femelles paradisiaques, azimutées et nymphomanes.

    On m’a soigné, on m’a baigné comme odalisques à leur sultan
    Et j’ai eu autant de massages que j’avais eu de favorites.
    Puis on m’a oint, on m’a peigné – sans que ça devienne insultant –
    Et l’on m’a cédé le passage vers la garde-robe émérite.

    Tout frais moulu, vêtu de neuf avec ma valise à la main,
    Je me retrouvai à la rue encore étourdi de ma nuit.
    J’avais des souvenirs des meufs qui me suivaient sur le chemin
    Qui, peu à peu, ont disparu comme cette pension inouïe.

    Tableau de Mark Tennant sur https:nevsepic.com.uaart-18-nyupage,2,22941-artworks-by-mark-tennant-106-foto.html .

  • Éternel strip-tease

    Si dès le matin je m’habille et que le soir je me déshabille,
    J’aurai plus de vingt-mille fois subi cette crise de foi !
    Maudit soit Dieu et son péché qui m’oblige à me dépêcher
    À croire que tout ce qui compte, c’est cacher mon cul de la honte.

    Si Dieu était départageant, on n’aurait pas besoin d’argent,
    Arrivé en fin de carrière, une main devant, une main derrière,
    Nous serions doux comme des moutons sans savoir ce que nous redoutons
    Et tout ça pour naître tout nu et mourir sans déconvenue !

    Illustration d’Anna Parini.

  • La petite maîtresse

    Suite de « Femmes en blues »

    La petite maîtresse

    Passé le test avec succès, on ne m’a pas donné de chambre
    Mais le nom d’une fille fut tiré dans une sorte d’entonnoir.
    J’ai compris que j’avais accès à suivre celle aux cheveux ambre ;
    Celle qui avait tout retiré excepté ses bottes en cuir noir.

    Arrivé au petit salon, elle s’assit dans une Bergère
    Dont les oreilles semblaient lui dire les règles du jeu à mener.
    Elle écarta bien ses talons jusqu’à ce que ses cuisses de mégère
    M’invitent à lui approfondir ses idées malintentionnées.

    Mais j’exagère ! Elle fut douce et apprécia mon offrande ;
    En retour j’eus droit au service réservé aux hôtes de marque.
    Au petit jour, elle était rousse et me semblait beaucoup plus grande…
    C’était Yvette dont le vice est la corde sensible de son arc.

    Illustration de Luis Royo & Romulo Royo sur https:laberintogris.comen12-luis-royo-romulo-royo .

  • Femmes en blues

    Suite de « La pension de Mademoiselle Yvette »

    Dans la pénombre du printemps et la douceur d’une véranda,
    Huit ou neuf femmes m’attendaient pour satisfaire leurs appétits.
    Après mon voyage éreintant, je pris le verre de Miranda
    Qu’une femelle me tendait pour me sortir de l’apathie.

    L’effet fut si revigorant que j’en ai eu une érection
    Tandis que les femmes gloussaient chacune avec son petit drapeau.
    Je les ai vues élaborant comme une sorte d’élection
    Tandis qu’elles se trémoussaient en les glissant dans un chapeau.

    Mais ce n’était pas un chapeau mais une sorte d’entonnoir
    Et les drapeaux, un numéro, indiquant celui d’une chambre.
    Assise dans un fauteuil crapaud, Yvette maîtresse en son manoir,
    Extirpa celui de Caro, une fille aux cheveux, couleur ambre…

    Tableaux d’Igor Krapar Shcherbakov.

  • La pension de Mademoiselle Yvette

    Histoire en trois actes

    La pension de Mademoiselle Yvette

    Je conserve un bon souvenir de cette pension agréable
    Et surtout de sa chère hôtesse prénommée Mademoiselle Yvette.
    Je ne l’avais pas vue venir dans son petit imperméable
    Car il pleuvait, je le confesse, comme vache qui pisse sur la Croisette.

    Une fois ôté l’imperméable, elle m’apparut entièrement nue
    En me souhaitant la bienvenue dans son auberge naturiste.
    Ce n’était pas désagréable sauf que n’ayant pas été prévenu,
    J’ai dû paraître saugrenu par ma valise antagoniste.

    Mais elle m’emmena au vestiaire où mes habits furent confiés
    À la blanchisserie annexe car sa mère était lavandière.
    Tout nu, j’affrontai un bestiaire de femelles authentifiées
    Prédatrices regardant mon sexe comme une proie incendiaire…

    Tableau de Nina Sergeieva.

  • Donnez-lui donc du vin !

    Du vin blanc pour ses cheveux blonds afin qu’il lui monte à la tête
    Afin de la faire sortir de son fichu maudit bouquin !
    Et pour la rousse, du houblon qui puisse la rendre un peu pompette ;
    À la limite, l’assortir au type irlandais plus rouquin.

    Quant à la brune, pas de problème, qu’il soit rouge ou gris ou rosé,
    Ce sera du pareil au même, elle dormira toute la nuit.
    Si le porto pose un dilemme, il faudra quand même l’oser
    Si jamais elle dit qu’elle vous aime, au douzième coup de minuit.

    Illustrations de Milo Manara.

  • Prudence

    Prudence

    Madame Prudence a trois têtes pour ne pas se laisser surprendre
    Par le passé, par le présent et le futur… sait-on jamais !
    Ainsi parée pour la conquête du bonheur qu’elle veut entreprendre,
    Son discernement omniprésent la met en garde désormais.

    Comme elle ne prend aucun risque, elle a tendance à se relâcher,
    Certaine de savoir prévoir tout ce qui a du potentiel.
    Sans assurance multirisque dont elle a su se détacher,
    Voilà qu’il s’est mis à pleuvoir tout un déluge tombé du ciel.

    Ses trois regards font la clôture mais aucun ne voit le zénith,
    Négligeant la haute aventure qui dépasse le vieux récit.
    Quel comble de déconfiture tombant du haut de son monolithe
    Qui lui fait la céleste injure ruinant ses calculs sans merci !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Spirales incongrues

    Spirales incongrues

    Dans une spirale incongrue et des yeux de plumes de paons,
    Quelques poissons batifolant sur un pont suspendu dans l’air,
    Un couple sur le pied de grue attendant l’heure du serpent
    Avec un tournesol volant muni d’une hélice solaire.

    Rajoutez quelques fleurs des champs, coquelicot et pissenlits ;
    Trempez quelques clefs du mystère qui n’ouvrent aucune serrure ;
    Vous aurez un cadre approchant à donner le torticolis
    À toutes les fées de la Terre qui cherchent une belle parure.

    Et si l’esprit aventurier vous titillent les doigts de pied,
    Enfourchez donc un poisson-chat et partez faire un tour en mer !
    Ne prenez pas un long courrier, ni un vieux bateau de papier
    Mais soyez votre propre pacha, un véritable loup-de-mer !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Les ondes féminines – 2

    Et tu remets ça chaque fois que je monte en haut de ta tour
    Et que j’observe mon cheptel de muses que les murs érotisent.
    Mon œil diffracte, dès qu’il vous voit, la lumière sous vos beaux atours
    Et vos corps nus comme un cocktail m’énivrent autant qu’ils m’hypnotisent.

    Alors les muses se déploient comme un bouquet d’ondes charnelles ;
    Leurs cheveux flottent dans l’espace en rubans d’électricité.
    Et moi je dérive à la fois parmi leurs silhouettes fusionnelles
    Comme un naufragé qui s’efface au seuil de leur pluralité.

    Le monde entier devient ludique autour de leurs géométries ;
    Chaque regard ouvre une porte à d’autres réalités du corps.
    Et mon âme, presque impudique, suit leurs dolentes symétries
    Jusqu’à sentir qu’elles m’apportent l’amour fondu dans le décor.

    Tableaux de Larry Carlson.

  • Les ondes féminines – 1

    Quand je te vois, ma vue se trouble mais il faut dire que tu abuses
    De ton pouvoir d’imaginer, pour moi, les pires positions !
    Par moment je te vois en double, accolée à une autre muse,
    Et parfois toute laminée en ondes de composition…

    Tes formes glissent dans ma tête en fractales hallucinatoires ;
    Je ne sais plus si je contemple un corps ou ses mille visions.
    Ton image devient secrète au cœur des lumières vibratoires
    Et mon désir soudain ressemble à mille mouvantes fusions.

    Les couleurs me traversent en fièvre en déroulant leurs labyrinthes ;
    Je crois parfois toucher ta peau dissoute dans l’immensité.
    Même mon cœur déploie ses lèvres sur ces psychédéliques étreintes
    Quand tes courbes changent les tableaux en voluptueuse unité.

    Tableaux de Larry Carlson.

  • La pluie à crédit

    La pluie à crédit

    Si tous les anciens présidents qui sont montés au paradis
    Voulaient bien faire pleuvoir l’oseille plutôt qu’une pluie à crédit,
    Il me semblerait évident et j’n’en ferai pas une maladie
    Si l’eau du ciel en moi réveille de l’espoir pour pas un radis.

    Je ne crois pas en l’homo-fric et pas plus au capitalisme
    Qui croît bien plus haut que son cul et presqu’en même temps s’affaisse.
    Lorsque l’homme est né en Afrique, bien avant le colonialisme,
    C’n’est pas l’serpent qui l’a vaincu encore moins une histoire de fesses…

    On a fait des révolutions pour chasser la noblesse à fric,
    On a voté nos présidents en espérant gagner le SMIC
    Mais après cette évolution, quand on regarde l’historique,
    On travaille plus en trépidant et ce qu’on gagne est théorique.

    Illustration de Milo Manara.

  • Rassemblement

    Aujourd’hui tout l’monde se rassemble pour le foot et pour la musique,
    Pour manifester tous contre un et casser tout ce qui est construit.
    Pourtant si les humains s’assemblent pourquoi deviennent-ils amnésiques
    Lorsque le voisin les contraint à se fâcher au moindre bruit ?

    Ils remplissent tous les grands stades, les avenues et les tribunes,
    S’y proclament tous frères de cœur sous les couleurs du grand moment.
    Mais face à la moindre incartade d’un voisin chantant sous la Lune,
    Ils lui déclarent de bon cœur la guerre avec empressement.

    Ils se serrent comme des sardines au concert de leur troubadour,
    Supportent trois heures debout dans une cohue fantastique
    Même si l’attente ne se termine qu’aux premières lueurs du jour
    Et on laissera dans la boue papiers et matières plastiques.

    Les foules aiment bien se confondre au milieu des grands mouvements
    Où chacun devient une vague emportée loin par l’océan.
    Mais il leur faut parfois répondre à leurs voisins tout simplement,
    Et c’est souvent là que s’aggrave le plus petit des différends.

    Illustrations de Jeff Carlisle.

  • La Cavale de Loreleï

    La Cavale de Loreleï

    Dans le gouffre bleu des ondes, la sirène est une cavale,
    Épousant les vagues en nombre avec beaucoup d’amusement.
    Son corps de cristal vagabonde dans une course terminale,
    Guidée par l’appel de ses ombres vers un futur apaisement.

    Les trois dauphins d’argent escortent sa farouche ardeur infernale,
    Fendant le miroir délicieux avec un bel emportement.
    Ainsi la princesse aux eaux fortes brise sa retraite hivernale,
    Pour boire l’écume des cieux dans un dernier consentement.

    Tableau de Kirk Reinert.

  • Dans le désert ou à la plage

    Dans le désert ou à la plage

    Dans le désert, mets dans ton sac un dragon des sables crieur
    Et tu verras les autochtones rappliquer tout autour de toi.
    À la plage, dans ton havresac, mets un dragon des mers rieur
    Tu verras que s’y pelotonnent crabes et serpents, tous à la fois.

    Dragon des sables, dragon des mers, l’indispensable kit de survie.
    Tous les plus grands aventuriers ne se déplacent pas sans eux.
    Vous en trouverez à Saint-Omer où l’élevage est desservi
    Par tous les manufacturiers qui aiment arnaquer les niaiseux.

    Illustration de Moebius.

  • La prise par derrière

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    Menacer la Dame par derrière et, par des chemins de traverse,
    Menacer d’un échec au Roi sans regarder par devers soi,
    Puis, sans assurer ses arrières, roquer par sa tour de conserve
    Pour faire « mat » au grand désarroi de l’adversaire qui le reçoit…

    …Mais qui s’en fout apparemment. Quand on est Reine, on ne joue pas !
    On laisse les autres batailler et s’il faut, s’laisser capturer.
    Changer de Roi, évidemment, sans passer de vie à trépas
    Ça permet de discutailler avec les pions courbaturés.

    Tableaux d’Irene Sheri.

  • Nouvelle vague de couleurs

    Loreleï me submerge le cœur, Éoliane m’englouti l’esprit ;
    Il ne manquait plus qu’Arabelle pour dévorer ma tendre chair.
    Alors j’ai pris à contrecœur la première vague qui m’a surpris
    Et la deuxième, de plus belle, qui m’a envoyé en enfer…

    …l’enfer de toutes les couleurs avec Loreleï, la plus charmante,
    Éoliane la plus séduisante et Arabelle, la plus coquine.
    Elles m’ont fait mourir sans douleur d’amour et d’extase affamante,
    Ni harassante, ni épuisante, mais affreusement ultramarine.

    Illustration de Virgil Finlay.

  • Les poseuses

    Les poseuses

    On les appelle « les poseuses » à cause de leurs positions
    Qui attirent le client debout pour une thalassothérapie.
    Ensemble, elles paraissent causeuses et se mettent à disposition
    Pour vous offrir un bain de boue pour toutes les peaux décrépies.

    Et alors là, fini de rire car leurs corps nus nappés de boue
    Vous engloutissent de pied en cap hormis le nez évidemment.
    Le temps de vivre et de mourir, elles vous remettent debout
    Et, à coups de clic et de clac, vous giflent concomitamment.

    Celle au gros cul est réputée pour taper à coups de nichons
    Les petits mâles à sa portée bien rondouillards comme il se doit.
    Il paraît même qu’un député l’aurait traitée de cornichon
    Et qu’elle l’aurait mal supporté en le fourrant de ses gros doigts.

    Sculpture de Valérie Hadida.

  • En caressant ton iris

    Quand je caresse ton iris, je suis surpris par la douceur
    De ses pétales de velours et ses étamines soyeuses.
    Et n’en déplaise à Osiris et son lotus bleu précurseur,
    Je le préfère et le savoure malgré sa fleur de vie joyeuse.

    Mais voici qu’Osiris se venge et m’aspire dans le cœur béant
    De ton iris qui se referme une fois qu’il m’a absorbé.
    À moi de suivre la route des anges qui m’emmène à l’ovule géant
    Que je féconde car il renferme ma résurrection résorbée.

    Tableaux de Georgia O’Keeffe.

  • À dos de zébrette

    À dos de zébrette

    Quand tu chevaucheras un zèbre, prend garde lorsque tu montes en croupe
    Au coup de queue qui s’ensuivra si tu n’es pas à la hauteur.
    Fais attention à tes vertèbres quand tu auras le vent en poupe
    Lorsque l’animal poursuivra les lignes dont tu es l’auteur.

    Sous le pinceau qui te dessine, l’illusion devient ton armure,
    Le noir et le blanc se confondent en un étrange battement.
    Tu n’es plus l’homme, ni la bête, mais une vivante rhapsodie,
    Qui court au gré de ses rayures vers un éternel changement.

    Photo de Lennette Newell sur https:lennettenewell.com .

  • Et pourtant elle tourne !

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    Bien que Pi soit irrationnel et qu’il échappe à la raison,
    Ses effets sont universels et organisent nos saisons.
    La sphère règne interplanétaire et même les étoiles brillantes
    Ont cette forme élémentaire comme figure bienveillante.

    Et si c’est rond, sans doute alors Dieu et ses anges le sont aussi
    Avec Marie au ventre rond hormis Jésus, crucifié.
    À moins qu’il marque par sa mort le centre du cercle concis
    Pour dessiner aux environs la cible à disqualifier.

    Tableaux de Sam Brown sur https:www.ceruleansam.comsamartprints .

  • Loreleï et l’escarboucle

    Loreleï et l’escarboucle

    Les eaux du beau Danube bleu ont frémi jusqu’à la mer Noire
    Quand Loreleï portant l’escarboucle a traversé villes et villages.
    Remous de vase, remous sableux, on n’avait jamais de mémoire
    Vu les vagues faire autant de boucles et de troubles dans le sillage.

    Puis, par le détroit du Bosphore et par la méditerranée,
    Elle a regagné l’Atlantique, le Cap Horn et le Pacifique
    Pour retrouver les sémaphores du dernier phare suranné
    Où le vieux gardien nostalgique attend sa fin honorifique.

    Et Loreleï lui fera l’amour jusqu’à jouir d’une épectase
    Pour partir d’une mort sereine parmi les vagues scélérates.
    Loreleï appréciera l’humour de l’homme qui, en pleine extase,
    A su amuser sa sirène par ses histoires de pirates.

    Tableau de Marisa Moretti.

  • Jumelles sur canapé

    Au matin l’orange me ronge : est-ce la couleur des jumelles
    Qui chasse tous mes bleus de l’âme par leur complémentarité ?
    La vie en rose se prolonge lorsqu’elles dardent leurs mamelles
    En souriant, la bouche en flamme, ensemble par solidarité.

    Malgré nos rapports très intimes, je reste à ce jour incapable
    De distinguer de l’extérieur quelle est celle qui me fait renaître !
    L’une est mon épouse légitime, l’autre sa sœur, tellement semblable
    Qu’il n’y a que de l’intérieur que je sais mieux les reconnaître.

    Tableau de J Louis.

  • Le voyage en bateau de nuit d’Éoliane

    Le voyage en bateau de nuit d’Éoliane

    Je m’enfuis dans le premier rêve qui entre en gare de minuit
    Et je cherche un compartiment avec quelques pages gratuites.
    J’y écris très vite et sans trêve le premier roman de la nuit
    Et je le jette pertinemment pour, demain soir, lire la suite.

    Le lendemain je recommence mais je plonge nue dans cette encre
    Qui sent une écriture intime mêlée de désirs et de morts.
    Et là, bercée par la romance, au beau milieu je jette l’ancre
    De ce bateau illégitime que je vole sans moindre remords.

    La prochaine fois, foi d’Éôlïäne, j’affrèterai ma propre nef
    Pour aller au-delà des mers et au-delà des horizons.
    Si j’ai besoin d’un fil d’ariane, j’affrèterai un astronef
    Pour franchir l’univers amer et en exploser sa prison !

    Tableau d’Éoliane.

  • La création repêchée

    La création repêchée

    Enfin voilà ! Il était temps ; Dieu commençait à s’énerver !
    Trop de ratages précédents lui faisait douter de ses héros.
    Avec ça, c’est plus excitant de voir les deux chairs s’innerver
    Et faire, à leurs corps défendants, la chute au prochain numéro !

    Sa femme applaudit le chef-d’œuvre ; ça claque comme un coup de tonnerre ;
    Les anges saluent les nichons décoratifs de l’art nouveau
    Mais Dieu regarde sa manœuvre et murmure en serrant les nerfs :
    « Pourvu que ces deux cornichons ne s’enflent pas trop du cerveau ! »

    Mais les jambons déséquilibrent les deux boules avec une saucisse
    Et les sextoys au sex-appeal sont bien trop proches de la sortie !
    Ça va chier pour l’équilibre et pour qu’enfin ça réussisse,
    Je vais écrire toute une pile de commandements assortis !

    Tableau d’Alex Grey.

  • Éoliane, Éölïäne, Éôlïäne, la sirène aux 3 noms

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    Je m’appelle Éoliane

    Je viens des bords mouvants où les roseaux conversent ;
    Et la Töss reconnaît mes pieds frôlant ses rives.
    Je porte des reflets dans mes cheveux à verse
    Et mes silences verts font les étoiles vives.

    Je ne possède rien fors mes rêves mouvants ;
    Je laisse aux anciens dieux leurs temples d’équilibre.
    Je préfère écouter ce que souffle le vent
    Et voir les feuilles mortes tomber comme des livres.

    Je suis la fille étrange apparue dans le lac ;
    Mes pensées se dédoublent dans les miroirs liquides.
    Je marche et danse nue en sautant sur les flaques
    Et mes yeux verts ressemblent à leurs eaux insipides.

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    Je m’appelle Éöliane

    Je suis issue d’un rêve dans un demi-sommeil ;
    Éclose ce matin comme une fleur récente.
    Dans les couloirs des songes, j’ai suivi le soleil
    Qui m’a l’âme semée, rosée fluorescente.

    Je viens des corridors de cristal et de pierres ;
    Le métal vert-de-gris coule sous ma peau claire.
    Parfois sur mes hublots j’entrouvre mes paupières
    Et regarde au hasard filer les courants d’air.

    Une fille bizarre est passée sans me voir
    Mais elle ne demandait rien d’autre qu’être libre.
    Alors j’ai vu les masques de ses anciens pouvoirs
    Tomber comme statues en plein déséquilibre.

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    Je m’appelle Éôliane

    Désormais je traverse les eaux les plus profondes
    Dans les reflets perdus des marées de conscience.
    Si j’aime danser nue lorsque la lune est ronde,
    Mes autres nuits, je dors en totale insouciance.

    Les lacs artificiels me font broyer du noir ;
    J’y parsème leurs eaux de vagues sidérales.
    Les étoiles de mer racontent leurs mémoires
    Depuis la nuit des temps aux aurores spectrales.

    Depuis cette rencontre, je ne dors presque plus ;
    Je sens son souvenir en bribes expansées.
    Parfois je rêve d’elle, je crois qu’elle m’a plu
    Car mon cœur me murmure ses plus tendres pensées.

    Tableaux de De Gillett.

  • La création bancale

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    « Un peu raté l’homme et la femme avec Soleil et Lune ronde !
    Ils ont beau danser tous les jours, ils ne s’accouplent pas beaucoup.
    Pour commettre le péché infâme, je sens ma déception qui gronde ;
    On ne réussit pas toujours un chef d’œuvre du premier coup !

    Les oiseaux arborent des masques et se donnent des airs de cygnes ;
    Ils se becquètent tendrement sous les arcs-en-ciel amoureux.
    Mais derrière les fleurs fantasques et les symboles assez indignes,
    Je vois surtout deux garnements qui jouent aux zéros langoureux.

    Quant aux humains de cette fresque aux serpents bleus et branches mauves,
    Ils lèvent bien leurs grands calices en invoquant l’éternité.
    Mais malgré leurs poses grotesques et leurs enlacements de fauves,
    On dirait deux enfants novices parodiant leur humanité ! »

    Tableaux de Meagan Boyd.

  • Rien devant mais tout derrière

    Rien devant mais tout derrière

    À force de déshabiller Marianne pour habiller Brigitte,
    Marianne s’expose dans les mairies en se tournant main dans le dos.
    J’entends les hommes babiller et leurs bonnes femmes qui s’agitent
    En priant la vierge Marie de la cacher sous un rideau.

    Pourtant Marianne était très fière de représenter la patrie ;
    Elle ne voit donc aucun problème à poser toute nue sans détour.
    On s’est adressé à Saint-Pierre pour couvrir cette idolâtrie
    Mais il a tourné le dilemme en lui faisant faire demi-tour.

    Si l’on jouait à pile ou face plutôt que de voter des lois,
    On économiserait in situ un budget tellement colossal
    Qu’on pourrait acheter à la place des vêtements de bon aloi
    Et Marianne alors vêtue pourrait quitter l’arrière-salle.

    Tableau de Pon Arsher.

  • Les menteurs à tiroirs

    Les menteurs à tiroirs

    Ce que j’aime avec les menteurs ce sont leurs si nombreux tiroirs
    Pleins de mensonges et fourberies, escroqueries et tromperies.
    Leurs ruses m’évoquent une senteur, une résonance et un miroir
    Qui montrent les étourderies qui trahissent leurs filouteries.

    À force d’ouvrir leurs tiroirs pour ranger leurs pires inventions,
    Ils oublient parfois qu’à la place dort une vérité première.
    Ils errent alors dans les couloirs des nouvelles explications
    Et découvrent en rompant la glace qu’ils y ont laissé leur lumière.

    Puis il y a les supers menteurs – titre purement honorifique –
    Ceux-qui parviennent à mentir à plusieurs millions de personnes.
    Camelots et bonimenteurs ne sont que fourbes soporifiques
    Devant qui vient d’anéantir la France sans qu’on le soupçonne.

    Tableau de Małgorzata Piątek-Grabczyńska.

  • Carte maritime du tendre d’Oceanus

    Carte maritime du tendre d'Oceanus

    Si pour l’amour d’une sirène, je traçais la carte du tendre,
    Mon cœur se mettrait à chavirer et perdrait le nord de sa rose.
    Je dirigerais ma carène vers l’occident sans plus attendre,
    Espérant être désiré par Loreleï, en apothéose.

    Le vent gonflant chaque baleine, l’océan ne peut plus s’étendre
    Devant le regard de l’acier, là, enfin, mon cœur se repose.
    Sous la mer une ombre sereine, de ses chants voudrait me surprendre,
    Pour que je puisse remercier cette chimère au teint de rose.

    « Regarde le grand trident d’or, le roi veille sur son empire ! »
    Me dit un grand serpent de mer qui me guette au creux de la vague.
    « Je cherche le plus beau trésor, celui qu’on ne peut pas décrire ! »
    Et l’amour noie dans l’outre-mer mes derniers soupirs qui divaguent.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La cryogénie de la sirène

    La cryogénie de la sirène

    Ils ont voulu briser la glace avec leur coque renforcée
    Et nous ont dégagé Loreleï, la sirène du Rhin égarée.
    Délivrée par un brise-glace, de la banquise divorcée,
    Elle avait crié « aïe aïe aïe ! » devant les hommes désemparés.

    Elle a subi la trahison, la nymphe en pleurs est sidérée
    Dans le silence du cristal, comme une terre enfin conquise.
    L’hiver en perdit la raison lorsque Loreleï fut libérée
    Par le fracas du noir métal qui la sauva de la banquise.

    Une fois à bord et réchauffée, elle prouva sa reconnaissance
    En entonnant pour les marins un beau chant des plus mélodieux.
    Et les matelots s’esclaffer avant de perdre connaissance
    Pour faire, avec du romarin, un déjeuner digne des dieux.

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  • Danse avec le loup

    Danse avec le loup

    Le chaperon rouge a grandi, apparemment le loup aussi,
    Et leurs jeux se sont transformés en jeux pour grands adulescents.
    Aussitôt que le loup brandit son corps velu bien dégrossi
    La fille, faite et bien formée, se jette dans ses bras turgescents.

    Et c’est parti pour une danse avec un loup libidineux
    Et une fille délurée d’après ce qu’en dit la hulotte
    Qui les a vus en évidence partir entre les résineux
    Faire un tango démesuré sans chaperon et sans culotte.

    Ça s’est passé dans les fourrés sans autre forme de procès
    Le loup est sorti l’air ravi, elle avec les yeux vers le ciel.
    Mais il n’y a pas de coup-fourré ; ils ont juste crevé un abcès
    Et qui leur pourrissait la vie mais… chut ! Il n’y a rien d’officiel !

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  • Dans le cadre

    Dans le cadre

    Pour rentrer dans le cadre, il faut courber la tête,
    Arrondir les épaules et puis s’asseoir par terre.
    Puis répondre aux questions mais en prenant l’air bête
    De celle qui obéit aux hommes autoritaires.

    Mais pour sortir du cadre, on peut toujours rêver…
    Quitter le quotidien et s’en aller ailleurs.
    Cesser d’avoir sa place à jamais enclavée
    Dans celle d’un séducteur, un vrai bourreau des cœurs.

    J’ai connu l’HyperCadre et son joli programme
    Il m’a nourri un temps et assuré le gîte.
    Aujourd’hui ce n’est plus qu’un ancien hologramme
    Qui brille en souvenir mais qui a pris du gîte.

    Tableau d’Akzhana Abdalieva sur https:bibliocolors.blogspot.com201111univers-femeni-universo-femenino-female.html .
    HyperCadre était le nom de mon logiciel de gestion qui m’a fait vivre pendant 13 ans.

  • Sainte vierge

    Sainte vierge

    Sainte Alliance des cristaux, promets-moi des amours heureuses
    Avec les femmes qui m’auront dégusté tout nu dans leur lit !
    Remercie pour moi Callisto et sa beauté malencontreuse,
    Un véritable oxymoron qui m’a conduit à la folie.

    Sainte Alliance du cristal, donne-moi la petite mort
    Comme une sorte d’épectase afin de mourir dignement.
    Notre copulation létale qui fit de moi ton matamore
    M’a fait reconnaître l’extase dans un ultime trépignement !

    Je ne veux ni cinquante vierges ni de houri au paradis
    Mais juste ta Sainte Alliance que tu glisseras à mon doigt.
    Je l’enfilerai sur ma verge pour éviter les maladies
    Juste au cas où, en prévoyance, de ton herpès qui me rudoie.

    Tableau de Kimberley alias Meli TheLover.

  • L’ange starlette de l’apocalypse

    L’ange starlette de l’apocalypse

    Quand l’ange de l’apocalypse débouche alors tonitruant,
    Je suis en voyage en Bavière au moment de l’Oktoberfest.
    Tandis que sa trompette éclipse tout le brouhaha congruent
    Je vois tous les tonneaux de bière suinter d’une mousse céleste.

    Mais tout le monde reste impassible comme si c’n’était qu’un jeu de dupe
    Tandis que je vois l’ange jouer en me regardant dans les yeux.
    Et ce que je croyais impossible arrive quand elle ôte sa jupe ;
    Je me retrouve être un jouet dans son paradis merveilleux.

    Mais c’est pour mieux m’entrompetter avec l’instrument diabolique
    Qui me charme, comme un serpent, le phallus devenu lubrique.
    Si vous me lisez, transmettez ce mot à tous les catholiques :
    Satan se cache en usurpant les belles starlettes folkloriques.

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  • La chasse au dragon

    La chasse au dragon

    Pourquoi les chasseurs de dragons ont-ils besoin de femmes nues
    Pour rabattre l’animal ailé vers les pièges à eau des marais ?
    Pardi ! Parce que dans les lagons, la nudité est bienvenue
    Pour repérer de desceller ce que renvoie le mascaret.

    Quand la vague remonte le cours du fleuve jusqu’à son embouchure,
    Tous les dragons, petits et grands, sont emportés par le courant
    Et ils n’ont plus qu’un seul recours ; s’accrocher à toute fourrure
    Notamment en s’enchevêtrant là où c’est le plus rembourrant.

    La tête coincée, on débarrasse les pucelles de leurs dragons
    Avant qu’elles aient le feu au cul car dans ce cas tout se complique
    Et la chasse alors s’embarrasse de rattraper dans le lagon
    Les filles qui ont survécu en devenant femmes publiques.

    Tableau d’Esad Ribic.

  • La plongée perpétuelle

    La plongée perpétuelle

    Perpétuellement je plonge dans les rêves les plus récurrents ;
    Être tout nu et me noyer dans une foule qui s’en moque.
    Et nuit après nuit, se prolonge ce trouble pas très rassurant
    Qui ne cesse d’atermoyer autour du pot, quelle équivoque !

    À Rome, fais comme les romains, dans tes rêves, fais comme les rêveurs
    Et ne prête plus attention à tous ces cauchemars utopistes !
    Alors j’ai pris les choses en main en demandant avec ferveur
    De ne rêver qu’à condition d’être dans un camp de nudistes.

    J’en ai fait ma raison de vivre et je vis ma vie dans les rêves ;
    Je rêve que j’écris un vers, je rêve que je cherche une rime.
    L’IA a du mal à me suivre et c’est normal car ça lui crève
    Les algorithmes à l’envers et sa mémoire qui déprime.

    Photo d’Ed Freeman.

  • Change de disque ! – 2

    Change de disque ! - 2

    Comme l’œuf de Christophe Colomb, il suffisait donc d’y penser
    Et plutôt que changer de femme, changeons la façon de la voir !
    Ainsi faisons comme Apollon qui transformait ses dulcinées
    Pour échapper au piège infâme qui l’aurait mis en leur pouvoir.

    Au temps pour moi ! Ce sont les femmes qui se transforment pour échapper
    À ce demi-dieu séducteur qui les baisent dans leurs logis.
    Elles en ont marre qu’on les diffame dans une histoire de priapée
    Que colportent les persécuteurs de nymphes dans la mythologie.

    Moi, de mon côté, j’ai mes muses et même sept en supplément !
    En revanche, ce sont plutôt elles qui me font tourner en bourrique.
    Je crois bien même qu’elles s’amusent à échanger leurs vêtements
    Et me taquiner avec zèle par leurs conseils amphigouriques.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Change de disque ! – 1

    Change de disque ! - 1

    Lorsqu’elle me répète à l’envi toujours les mêmes directives,
    Je fais semblant la première fois de ne rien avoir entendu.
    Et comme je n’ai pas envie de subir toute ses invectives,
    Je montre ma mauvaise foi, disant qu’il y a malentendu.

    Lorsque je demande à Madame de respecter une consigne,
    Soit elle n’a pas écouté, soit elle n’en fera qu’à sa guise.
    Et j’ai beau faire du ramdam ou parler la langue des signes,
    Elle finira par ajouter qu’il fallait bien qu’elle m’aiguise.

    Mais comme elle se plie en quatre et dans toutes les positions
    Quand nous cherchons la bonne entrée pour une bonne pénétration,
    Je passe ses coups de théâtre sans y faire d’opposition
    Pour ne pas me déconcentrer dans de futiles dénégations.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Léda et le cygne

    Alors qu’elle se baignait nue dans les eaux du fleuve Eurotas,
    Zeus aperçut la belle Leda et en tomba fou amoureux.
    De peur d’effrayer l’ingénue et qu’elle ne le redoutât,
    Il se changea et parada sous la forme d’un cygne vigoureux.

    De leur union pas si vilaine, Leda pondit le lendemain ;
    D’un œuf sortirent les Dioscures : Castor et Pollux des Gémeaux,
    De l’autre sortit la belle Hélène et sa sœur le surlendemain
    La suite pourrait paraître obscure mais les légendes n’en disent mot.

    Illustration de Walter Girotto.

  • Le son de Laghonia

    Le son de Laghonia

    Surgissant du passé d’un rêve inassouvi,
    Laghonia, la sirène, dans ses plus beaux atours.
    Les Beatles déplacés, les Stone, David Bowie
    Et même Barbara Ann, l’ont chantée tour à tour.

    Sous un ciel de comètes et d’astres en fusion,
    Le visage de l’aube s’éveille en explosion,
    Ses yeux d’azur contemplent l’océan de néon,
    Où s’écrasent les vagues d’une étrange chanson.

    Un château de poussière aux tours de l’infini,
    C’est le son de Laghonia, un écho du Pérou.
    Il se dresse dans la brume d’un rêve mal défini
    Qui fait danser les astres sur les chapeaux de roues.

    Faites de la musique, Laghonia chantera !
    Chantez un bel été, Laghonia agréera !
    Dansez sous les lampions, Laghonia rythmera !
    Et faites donc l’amour, Laghonia béniera !

    Illustration de Manuel Cornejo.

  • Par le feu, l’eau, l’air, la terre et l’éther

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    Laurelïne serait née dans le feu, c’est sa mère qui me l’a dit ;
    Son père était un vieux volcan, hyper colérique dans l’âme.
    Elle a des flammes dans les cheveux, la fièvre d’une maladie
    Congénitale et provoquant son caractère tout feu tout flamme.

    Loreleï serait née dans les eaux, c’est sa mère qui me l’a confié ;
    Son père était un océan, profond et jaloux de ses larmes.
    Elle est la sirène des réseaux mais une fois qu’elle est qualifiée,
    Elle devient maîtresse des céans qui use un peu trop de ses charmes.

    Ledalïä est née dans le vent, c’est sa mère qui me l’a chanté
    Sur l’air d’une vieille ritournelle transmise par les amazones.
    Son père ? Le Mistral s’élevant depuis les montagnes enchantées
    Qui, d’une force exceptionnelle, perturbe la vallée du Rhône.

    Lïlïth serait née dans la terre, personne ne me l’a appris ;
    Son père était un créateur de monde mais assez phallocrate.
    Son sort fut scellé sans mystère par son caractère malappris,
    Rebelle, insoumis à l’auteur de ses jours à l’âme scélérate.

    Geminïä est née aux confins des espaces intersidéraux
    Par deux Étoiles hermaphrodites, Castor et Pollux, ceux-là même.
    Je l’ai attendue mais en vain ; ses états d’âme libéraux
    L’ont surnommée la star maudite qui brise les cœurs de ceux qu’elle aime.

    Illustrations de Tom Cuzor, Ed Org, Maurice Greiffenhagen, Oscar Chichoni et Virgil Finlay.

  • Cristallisation des éléments

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    Le feu cristallise en étoile et l’étoile enfante le feu ;
    C’est la première apparition du feu de Dieu qui crée le temps.
    Après l’univers se dévoile dans une gerbe de cheveux,
    Des astres en futurition d’un espace-temps éclatant.

    L’eau se cristallise en lumière et la lumière coule dans l’eau ;
    L’originelle ovulation de l’eau de Dieu qui crée l’espace.
    La présence en avant-première des atomes encore pâlots
    Dont l’initiale ondulation dessine la première trace.

    La terre cristallise en diamant et le diamant vit de la terre ;
    C’est la première gestation du roc de Dieu dans la matière
    Qui l’éveille dans un flamboiement qui passe d’une terre austère
    À une lente pulsation qui en repousse ses frontières.

    L’air se cristallise dans le vent et le vent véhicule l’air ;
    C’est la première implantation du souffle de Dieu dans la vie.
    Le frisson du soleil levant et l’ensemencement solaire
    Qui veille à l’alimentation d’une planète inassouvie.

    L’éther cristallise le néant et du néant renaît le Tout ;
    C’est la première fécondation de l’éthernité dans l’amour.
    Lien sacré et pas de géant où Dieu sacrifie son va-tout
    Pour que sa représentation sur Terre y brille chaque jour.

    Tableaux Feu : Cliff McReynolds ; Eau : Rittareart, X, Terre : Autumn Skye ; Air : Wendy Andrew ; Éther : Peter Eglington.

  • Partie à quatre

    Partie à quatre

    Si le polyamour s’impose à l’Élysée l’année prochaine,
    C’est à cause de tous ces partis qui écartèlent Marianne.
    Cela découle, je suppose, des débats sur toutes les chaînes
    Où l’on entend les réparties franchissant la ligne médiane.

    Chacun prétend qu’il la protège en promettant monts et merveilles ;
    Chacun lui jure fidélité jusqu’au prochain remaniement.
    Mais sous les ors du privilège, elle n’écoute que d’où vient l’oseille
    Car l’amour dure en vérité le temps d’un sondage seulement.

    Les uns la veulent souveraine, les autres ouverte aux quatre vents ;
    Certains l’habillent de promesses, d’autres de vertu ou d’impôts.
    Elle sourit de son air de reine à ces amoureux décevants
    Qui lui composent des caresses avec du vent… fort à propos.

    À force de changer d’idylle au gré des alliances du jour,
    Marianne en perd la mémoire de celui qu’elle doit servir.
    Chacun lui promet le grand style, le progrès, la paix et l’amour ;
    Mais nul ne songe à l’auditoire qui regarde le cirque sévir.

    Tableau de Małgorzata Borsukiewic.

  • L’intelligence Marianique

    L’intelligence Marianique

    Mariane sera numérique, c’est l’Élysée qui nous l’a dit
    Et c’est elle qui surveillera tous les scrutins dans l’isoloir.
    Ce sera comme en Amérique – c’est-à-dire pas le paradis –
    Mais l’enfer et la guérilla qui attend au bout du couloir…

    Elle saura pour qui vous votez et ce que vous pensez tout bas ;
    Elle calculera vos rêves selon l’indice citoyen.
    Si jamais vous vous révoltez, elle vous répondra : « Pourquoi pas ? »
    Puis vous classera dans les fièvres du comportement quotidien.

    Elle saura qui vous fréquente, ce que vous lisez tard le soir,
    Si vos amis sont fréquentables selon les critères du moment.
    Son algorithme vous présente un avenir sous le pressoir
    Où chacun sera responsable d’être heureux réglementairement.

    Tableau d’Andriy Ishchuk.

  • Éclat d’Émeraude

    Éclat d'Émeraude

    Là où l’écume danse et vient baiser le sable,
    Apparaît une muse au regard ineffable.
    Mi-femme, mi-chimère, elle joue avec l’or
    Du soleil qui s’endort dans l’eau versicolore.

    Son rire est un murmure, une perle de rosée,
    Sur le miroir de l’eau, elle s’est déposée.
    Elle appartient au large, à la perle, au cristal,
    La beauté souveraine du palais abyssal.


    Elle rêve de drakkar, de felouque, de navire
    Issus de ses affûts de délires en délires.
    Elle imagine alors un immortel Ulysse
    Qui viendrait la rejoindre au profond des abysses.

    Illustration de Giulia Gardelli.

  • La sirène extasiée

    La sirène extasiée

    Après une agape gourmande partagée avec l’équipage
    Qui a offert ses plus dodus et appétissants matelots,
    La sirène suisse-allemande préfère alors tourner la page
    Avec le ventre bien tendu et va dormir lovée dans l’eau.

    Dans sa dérive nonchalante, elle se berce au fil du courant ;
    Son corps de nacre se repose après ce festin de géant.
    La prédatrice somnolente, dans son sommeil le plus durant,
    Rêve d’une nouvelle dose de marins au cœur consentant.


    Entre deux eaux, extasiée comme une suissesse bien nourrie,
    On dit qu’elle dormirait cent ans mais c’est un conte évidemment.
    Car après s’être rassasié, elle remonte le Missouri,
    Nil, Danube et le Saint-Laurent, les grands fleuves les plus cléments.

    Tableau de Viktor Nizovtsev.

  • Persistance rétinienne

    Persistance rétinienne

    Quand Laurelïne danse pour moi, l’image est floue car elle bouge
    Un peu trop vite pour ma rétine une fois que je suis réveillé.
    Reste le brouillard plein d’émois de cette silhouette rouge
    Qui me laisse de ma rouquine comme un parfum émerveillé.

    Heureusement, les yeux fermés, j’ouvre l’œil qui est dans le cœur
    Et qui sait bien la reconnaître et la toucher avec les yeux.
    Dès lors je peux vous affirmer qu’au matin je me sens vainqueur
    Après avoir senti renaître un emballementemportement délicieux.

    Elle n’est plus qu’un trait de feu dans l’aquarelle de ma mémoire ;
    Quelques couleurs abandonnées sur la blancheur du lendemain.
    Pourtant je reconnais ses yeux comme on reconnaît une histoire
    Dont le parfum s’est adonné à trouver un autre chemin.

    Tableau de De Frente.

  • Du rêve au cauchemar

    Du rêve au cauchemar

    A priori, c’est un beau rêve, mais devenu un cauchemar
    Car j’ai passé toute la nuit à grimper sans y parvenir.
    Hélas, à chaque fois, sans trêve, le but atteint, ça redémarre
    Et je me retrouve – quel ennui ! – incapable de l’obtenir.

    Alors la fille en a eu marre et s’est rhabillée prestement
    En disant qu’elle avait connu des bien plus précoces que moi.
    Et ce terrible cauchemar arrive manifestement
    Pour me faire prendre à mains nues l’affaire qui me met en émoi.

    Puis je compris dans mon malheur ce que ce rêve voulait dire :
    Certains objectifs, les plus lents, sont plus plaisants à convoiter.
    À force de grimper avant l’heure, on oublie parfois le sourire
    Et l’on transforme un simple élan en problèmes à emboîter.

    Illustration du « Testament de William S. » de Blake & Mortimer par André Juillard.

  • Cosma Shiva

    Cosma Shiva

    Huit mains pour caresser mon corps feront quatre muses attentives
    Plus efficaces que Morphée pour m’entraîner dans de beaux rêves.
    Si mon cœur est assez d’accord pour en aimer l’alternative,
    J’en ramènerai comme trophée cette strophe légèrement trop brève.

    Tableau d’Emily Balivet.

  • Geminïä & ÄLLÏÄ

    Geminïä & ÄLLÏÄ

    Geminïä & ÄLLÏÄ sont sœurs, deux sœurs jumelles apparemment ;
    Sans doute l’une est plus Pollux et donc l’autre un peu plus Castor.
    Je les ai eues comme professeurs d’astronomie évidemment ;
    L’une portait des habits de luxe et l’autre des vêtements brodés d’or.

    Je les confondais tout le temps à part un trait de caractère ;
    L’une était assez délurée et l’autre plutôt dans la Lune.
    Mais j’étais encore débutant dans l’art à percer les mystères ;
    Ce qui fait que dans la durée, j’en ai conservé des lacunes.

    Plus tard j’ai revu Geminïä et j’ai fait comme Emmanuel ;
    Je l’ai épousée par devant Lïlïth, maire des présidentiables.
    Au sujet de sa sœur ÄLLÏÄ, elle fait son retour annuel
    Et moi, je dors sur le divan car les sœurs sont indissociables.

    Tableau d’Emily Balivet.