Le corps s’ouvre au soleil dans un geste sacré, Déployant les couleurs d’un esprit délivré. L’or brûle sur la peau, la pourpre se déchaîne, Effaçant la douleur et le poids de ses chaînes.
Au centre du néant, un bouton de ferveur Éclot comme un calice dans cet instant rêveur. La lumière jaillit en cercles de mystère, Soulevant l’anima au-dessus de la terre.
L’âme n’est plus captive en sa prison de craie, Elle danse au sommet d’un silence discret. Dans l’orbe de ce jour, la vie est une flamme Où le ciel tout entier vient s’offrir à la femme.
Chacun peut comparer sa vie à l’échelle de l’univers ; On naît d’un big-bang où un dieu allume brusquement la lumière. Puis on dort, on tête à l’envi pendant l’espace d’un hiver Et c’est l’âge tendre et radieux dans le confort de sa chaumière.
Le feuilleton de la vie s’écoule avec ses rebondissements ; La première saison à l’école et la deuxième sur le campus. À la troisième, l’armée vous moule avec ses abêtissements Et la quatrième décolle enfin vers un nouvel opus.
Vient la cinquième où la carrière devient le cheval de bataille ; À la sixième, on se construit une famille, une maison. À la septième, c’est la barrière de la retraite qui s’entrebâille Pour offrir aux enfants le fruit affiné au fil des saisons.
Et puis tombent les illusions, le monde change de couleur Et le temps ne s’écoule plus, rien ne sera plus comme avant. Et devant la désillusion, on fait le choix dans la douleur De faire un dernier pas de plus, cependant pas le plus éprouvant.
Pour accueillir tous les migrants qui viennent en masse colossale, Un architecte a eu l’idée d’un hôtel en forme d’éléphant. Cela surprend petits et grands quand ils pénètrent dans la salle Où ils se verront validés pour vivre avec femmes et enfants.
Oui mais voilà : ce qui les trompe, c’est que si l’hôtel paraît grand, À l’intérieur tout est petit, à la mesure des souris. Pas de panique ! En grande pompe, on vous passe au désintégrant ; L’appareil d’ostéopathie, avec scalpel et bistouri.
Et vous êtes ainsi transformés en bonsaï humain tout mignon, Et l’hôtel devient la planète de sept milliards d’heureux élus Qui espéraient se conformer aux lois dictées à Matignon Et se découvrent marionnettes pour anniversaires farfelus.
Le « Colossal Éléphant de Coney Island », construit en 1885, mesurait environ 37 mètres de haut. Il a été détruit par un incendie en 1896. Initialement conçu comme un hôtel, il a principalement servi d’attraction touristique avec une plateforme d’observation.
Dans la forêt, les arbres sentent l’effet des ondes angéliques Qui, de leurs racines en enfer, les attirent tout droit vers le ciel. Et lorsque je parcours les sentes tracées par des courbes magiques, Je me sens prêt pour le transfert via le tout premier arc-en-ciel.
Alors mon corps se décompose en une fusée ragaillardie ; Mon auréole est périmée, mon permis n’est donc plus valide. Mais un archange qui s’oppose me ferme soudain le paradis : « Vous devez la réimprimer sinon, tant pis, pas de bolide ! »
Je comprends maintenant pourquoi les ondes tournent toujours en rond ! Tous les poètes, comme moi, se font refouler par le vent. Sans certificat adéquat, on a beau faire le fanfaron, On se retrouve en fin de mois toujours Gros-Jean comme devant.
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Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.
Comme s’il ne suffisait pas de vivre l’enfer tous les jours, Il faut maintenant aller voter pour qui nous fera le plus souffrir ; Entre la vie et le trépas, l’alternative n’est pas toujours Le meilleur chemin balloté ni même un cadeau à offrir !
La droite promet le progrès, la gauche annonce davantage ; L’une vous prend le portefeuille et l’autre vous prend en otage. L’une ne laisse que des regrets, l’autre un très faible pourcentage D’augmentation et, quoi qu’on veuille, c’est nous qui sommes en ballottage.
La droite, okay, pour les nantis ; la gauche, d’ac, pour les bobos ; Le centre pour les indécis et les extrêmes pour les fachos ; Tant qu’il n’y a pas de démenti, on ira tous vers le tombeau Même si les sombres prophéties nous disent qu’en enfer, il fait chaud !
Comme d’autres pays aux charmes reconnus, On aime bien la France mais pas trop les Français. Faudrait-il alors craindre leurs pensées méconnues Qui font grincer les dents et les sourcils froncer ?
Sans doute, les habitants ont l’esprit de clocher Mais c’est la tradition, on aime sonner les cloches ! Il faut prendre patience et puis les approcher Et ne pas craindre de mettre la main à la poche.
La France est devenue une tour de Babel ; On y parle des langues issues du monde entier. Des quartiers populaires, montent les décibels Et l’on ne s’entend plus dans ce fichu chantier.
L’ortograf é baclé on parle en sms Jtm é sa sufi com mé sage damour. Celui ka di qu’Paris valé bien une mess Été 1 roi kavé bien le 100 de lumour.
L’un des aphorismes les plus célèbres de l’écrivain et voyageur Sylvain Tesson.
« Avec le consentement des trois LLyrïädes fondatrices, nous avons conduit ensemble la première N.T.A. en qualité de fornicatrices officiantes. Yavänor est demeuré en pleine conscience tandis que Laurelïne transmettait le feu, Loreleï l’eau et Lïlïth la terre aux douze appareils. Yggdrasil a reçu ces trois forces, les a transcendées puis rediffusées sans incident dans toute l’Ô ALLEGÔRÏÄ. Aucun effet secondaire n’a été constaté, hormis une communauté désormais impatiente d’en recevoir la diffusion. »
Yanimïä, rédemptrice de l’ÏÄMÔURÏÄ Nérätïs, médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
Yavänor Soumis aux deux fornicatrices, Yavänor, en pleine conscience, Se prépare à appréhender la N.T.A. de l’ÏÄMÔURÏÄ. Les trois LLyrïädes fondatrices inaugurent l’exquise science Qu’Yggdrasil pourra transcender dans le monde d’Ô ALLEGÔRÏÄ.
Laurelïne, le feu Laurelïne, nue, est magnifique, le sanctuaire sacrant l’oracle, La fornication est intense et tous deux entrent en résonance ; Les éronautes béatifiques montent et s’élèvent au pinacle, Relayés par les douze instances de l’érotique dominance.
Soudain une flamme domine pour brûler sans les consumer Et Yggdrasil alors s’enflamme produisant douze langues de feu Dont chaque LLyrïäde s’illumine en sentant l’amour s’assumer De l’intimité de la femme jusqu’à la pointe des cheveux.
Loreleï, l’eau Loreleï, l’épouse favorite, ouvre la porte de l’étoile, S’offrant à la pénétration dans sa position préférée. Pareil à une météorite, Yavänor soudain lui dévoile La force sans modération d’un coït en accéléré.
Soudain un tsunami déferle, pour noyer sans les engloutir Et Yggdrasil devient geyser produisant douze déferlantes, Offrant aux LLyrïädes douze perles qui viennent toutes s’emboutir En scintillant d’un bleu-laser dans leurs prunelles étincelantes.
Lïlïth, la terre Lïlïth, son épouse œdipienne, ouvre l’accès à sa matrice Pour jouir du rut continu de l’instrument de Yavänor. La jouissance clitoridienne transmise par douze génératrices Fait jouer une force inconnue à l’intérieur de l’athanor.
Soudain un volcan explosif s’ébranle sans les ensevelir Et Yggdrasil devient planète produisant douze satellites Allouant l’éclat intensif de douze étoiles pour embellir Chaque LLyrïäde sur les pommettes comme l’offrande de Lïlïth.
« Nous pensions devoir guérir Nérätïs. La T.T.A. a démontré que sa nymphénomanie n’était pas une maladie, mais l’expression individuelle d’une faculté transmissible. Dès demain, les douze prières seront adaptées à ce procédé avant d’être diffusées par Yggdrasil dans toute l’Ô ALLEGÔRÏÄ. Nérätïs n’est donc plus un sujet d’étude. Elle devient la pionnière de l’aphrodisie essentielle. »
Yanimïä, rédemptrice de l’ÏÄMÔURÏÄ
« Entre, Yavänor, je t’en prie ! J’ai pris seule cette initiative Dans le but d’expérimenter une méthode décisive… » Mais les éronautes sont surpris par l’arrivée intempestive De trois LLyrïädes alimentées par une colère affective.
« Arrête ça immédiatement ! » ordonne Laurelïne furieuse. « Yavänor ne peut forniquer qu’avec ma seule anatomie ! » « J’en veux autant, naturellement ! » proclame Loreleï luxurieuse. « Je veux moi aussi tourniquer avec la nymphénomanie ! »
« Écoutez-moi et calmez-vous car Nérätïs n’est pas fautive Mais a bien agi à ma demande pour intensifier nos prières ! » Dit Yanimïä. « Elle se dévoue pour une quête significative : C’est celle que je recommande à notre communauté entière ! »
« Encore une fois tu as osé te passer de mon consentement ! » Rugit Lïlïth. « Tu aurais dû nous mettre dans la confidence ! » « C’était une idée proposée sans connaître l’aboutissement ! » Plaide Yanimïä confondue, prise en faute de toute évidence :
« Nous allons pouvoir adapter ce procédé à nos prières Qu’Yggdrasil va rediffuser dans toute l’Ô ALLEGÔRÏÄ ! Imaginez chacun capter une jouissance similaire À mille extases transfusées directement par l’ÏÄMÔURÏÄ ! »
« Laissons Nérätïs nous montrer la T.T.A. en fonctionnement ! Nous en sentirons les effets transmis par les douze appareils Qui vont eux-mêmes vous démontrer ce fameux perfectionnement Et sentir l’amour triompher par des orgasmes sans pareils. »
« Ainsi dès demain, tour à tour, Laurelïne, Loreleï et toi, Lïlïth, Vous aurez l’exclusivité de sa diffusion officielle Et reconnaîtrez en retour que Nérätïs est une élite Que nous pouvons plébisciter pour l’aphrodisie essentielle ! »
Quant à Loreleï, elle m’énerve à poser nue des heures entières Sur son rocher à mi-parcours du torrent des derniers orages. Je ne sais ce qu’elle me réserve quand elle m’appelle à la frontière De la rive à l’onde qui court afin de tester mon courage.
« Je ne pose pas sur la pierre afin de troubler les passants ; Je veille au seuil des eaux sauvages où s’égarent les téméraires. Nul ne peut traverser la mer sans donner le goût de son sang Et je regarde leurs visages crier d’un soupir éphémère.
Tu prétends que je t’importune en posant sur mon rocher blanc, Mais tu repasses heure après heure pour en vérifier ma présence. Ne me reproche pas la Lune quand tu regardes mes flots troublants ; Ce que tu cherches n’est qu’un leurre, une assurance de complaisance ! »
À ces mots j’ai plongé vers elle, me suis agrippé au rocher Et nous sommes partis ensemble en disant adieu à la terre. D’une noyade naturelle, j’aurais pu ainsi m’approcher Suffisamment pour qu’elle ressemble à ma traversée pour Cythère.
Loreleï, la sirène des ondes, était, c’est vrai, autoritaire Mais elle savait aimer d’amour quand le moment était venu. Aujourd’hui je vis dans son monde où je ne suis plus solitaire Et nous vivons au jour le jour de ses eaux fraîches, sans retenue.
Parfois nous regagnons la terre quand Loreleï a besoin d’amour Et nous nous aimons sur la plage, les pieds caressés par les vagues… Je redécouvre les mystères des sirènes et leur queue glamour Aux écailles dont le cartilage m’enserre au point que j’en divague…
Puis lorsque revient le grand soir, nous repartons vers les abîmes ; La Lune allume sous les eaux des palais d’algues et d’argent. Alors nous allons nous asseoir dans quelques petits coins intimes Qui m’enchaînent par le museau comme un animal attachant.
Tableau de Maria Filopoulou sur https:www.yatzer.commaria-filopoulou .
« La séance a démontré qu’un sujet parfaitement informé pouvait se montrer beaucoup plus réceptif qu’un patient soumis à une assistance pharmacologique. Les douze appareils ont atteint la zone rouge ; Alinéor, le septième ciel ; et moi, quelques notes jusque-là réservées aux sopranos. Par mesure de précaution, je l’ai maintenu en observation pendant une heure, étroitement serré contre moi. Aucun effet secondaire n’a été constaté. Ce résultat restera strictement expérimental. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
Alinéor sent son phallus gonfler autant qu’il est serré Dans le vagin de Nérätïs jouissant de spasmes aigus. Lui se voit sonnant l’angélus dans une cloche lacérée ; Elle sent ses nerfs qui compatissent à un stimulus suraigu.
Alinéor est survolté et Nérätïs est enflammée Car le couple s’est adapté et participe activement. Chaque coup fait virevolter les deux partenaires affamés Car les deux sexes savent capter le rut significativement.
Tout le plaisir d’Alinéor est amplifié douze fois Et transmis en pleine puissance à Nérätïs en corrélat Comme une course au météore qui donne aussitôt de la voix Car les deux ensemble s’élancent dans un duo a cappella !
Nérätïs est abasourdie de ressentir le membre actif Plus fort que les fois précédentes et découvre tout son potentiel. Dans le dispensaire assourdi par tous leurs cris alternatifs La T.T.A. est trépidante et le couple au septième ciel !
Tous les appareils sont au rouge et le coït accéléré Produit douze éclairs en anneau par les amants électrisés. Éblouie par tout ce qui bouge, les seins et le cul libérés, Nérätïs hurle en soprano sous le plaisir célestisé.
Lorsqu’Alinéor éjacule, Nérätïs pleure de bonheur Et s’effondre sur l’étalon qui l’a incendiée d’amour. Elle reste sur son pédoncule en le serrant une bonne heure Pour faire sentir à l’Apollon les liens de leur polyamour.
Car son tétraèdre amoureux est désormais bien défini : Nérätïs, Amellïä, STELLÏÄ, pour le tripôle féminin ; Alinéor, le savoureux mâle qui vient en catimini D’apporter son partenariat : le quatrième pôle masculin.
« Pour la première fois, le sujet a refusé toute assistance pharmacologique et exigé de connaître la véritable nature du protocole. Je craignais qu’il ne prenne la fuite. La vérité produisit l’effet contraire : Alinéor accepta aussitôt, sans anesthésie, sans cérémonie et sans même réclamer la recette. Il prétend que son amour pour Maman l’incitait naturellement à m’essayer ! Le manche était donc consentant… et la marmite déjà chaude. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Alinéor, bienvenue ! J’avais besoin de ta présence ! » « Merci, Nérätïs. D’ici ce soir j’ai trois heures de disponibles ! » Dit-il alors sans retenue et sans y mettre de complaisance Tandis qu’il fait mine de s’asseoir sur la seule chaise accessible.
« Non ! » dit Nérätïs. « Pas ici, allonge-toi sur la couchette Autour des douze enregistreurs reliés à tes cervicales ! Je veux que tu bénéficies des douze mesures que je projette Afin qu’il n’y ait pas d’erreur à ton examen médical. »
« Bois donc ce philtre pour augmenter tes capacités cognitives ! » « Hé là ! Du calme ! » l’interrompt-il. « Je me méfie de toute drogue ! Ce soir je dois alimenter l’équipe de saveurs nutritives Par un robot assez subtil et je n’veux pas avoir l’air rogue ! »
« Une piqûre ? » propose-t-elle. « Pas davantage ! » rétorque-t-il. « Si tu m’expliquais ton affaire, je me sentirais beaucoup mieux ! Ne fais donc pas dans la dentelle et tes grands mots sont inutiles ; Moi, je veux bien te satisfaire sans que ce soit cérémonieux ! »
« Promets-moi de garder secret ce système expérimental ! Nous allons faire l’amour ensemble reliés à la T.T.A. Ainsi le Féminin Sacré parviendra jusqu’à ton mental Et, sans vouloir faire de l’humour, tu es mon meilleur lauréat ! »
« La drogue pour les récalcitrants ! C’est fin ! » conclut Alinéor. « J’accepte car aimer Thétïs m’incite à essayer sa fille ! Je promets d’être pénétrant et d’agir comme un météore Qui te donnera, Nérätïs, le meilleur de mon estampille ! »
Ils se déshabillent ensemble – Nérätïs n’avait que sa blouse – Et elle prend aussitôt le manche que lui tend son amant couché. Une fois que les sexes s’assemblent, elle compte de « un » jusqu’à « douze » Et les appareils se déclenchent autour du couple effarouché.
L’arbre de vie a pris racine depuis la mère de ma mère, Sa grand-mère, arrière-grand-mère jusqu’à… ma foi… Ève ou Lilith ? Fors ma première branche assassine qui n’aura été qu’éphémère, Mes autres branches plus sommaires me donnent un aspect insolite.
À la première division, le ciel a changé de couleur Depuis l’école des hiboux jusqu’au lycée des Saintes-Chouettes. Puis le conseil de révision m’a envoyé, non sans douleur, M’ennuyer à dormir debout face au miroir des alouettes.
Ma première femme, tout se complique ; les branches elles-mêmes font des petits Mais la greffe a une pleurésie et c’est la fin de l’épopée. Ma deuxième femme, là tout s’explique ; la vie vous met en appétit Dès que l’art et la poésie se marient sur la canopée.
Lorsque la source lumineuse s’aligne avec la conscience, La transmission de la chaleur connecte l’âme avec l’éther Dont les ailes vertigineuses s’élèvent avec de l’insouciance Pour saluer la vraie valeur issue de Zeus et Démeter.
Dès lors, la connexion cosmique du personnage aux bras ouverts Éveille l’être et sa conscience au cœur du mystère éternel. Il s’ancre au champ macrocosmique qui équilibre l’univers Avec la Terre en bienveillance et son principe maternel.
Sur la mélodie du silence qu’apporte la méditation, La paix intérieure l’invite à apporter la guérison. Dès lors, son âme en vigilance accepte la lévitation ; Elle s’envole alors et, bien vite, elle disparaît à l’horizon.
Sous un ciel de reflets, la belle s’abandonne, Ses boucles de corail s’envolent au gré du vent. À la clarté du jour, sa silhouette rayonne, Captant l’éclat doré d’un songe bien vivant.
D’un regard de saphir, elle fixe l’horizon, Pose une main légère au creux de son épaule. Le silence devient sa plus belle oraison, Faisant vibrer les fils pastel de son étole.
Elle semble attendre là, dans sa pose féline, Que le pinceau s’arrête, tranchant comme une lame. Serait-ce une déesse, l’ombre de Laureline, Qui dans son cadre d’or, connaît un vague à l’âme ?
Sous sa cape de lumière, elle devient notre chaumière, Protégeant les petits villages contre les sombres nuages. Elle porte en son sein la vie par la spirale asservie À la rondeur du soleil et la terre en plein sommeil.
Mère de tout le cosmos, elle répare plaies et bosses Faisant germer chaque semence pour arrêter toute démence. Dans ses cheveux de froment se cachent tous les serments Et la force de la montagne qui toujours nous accompagne.
Par un rituel de partage, elle nous fait changer d’étage, Mandant un peu de couleur pour apaiser les douleurs. Sa robe brodée d’étoiles s’entrouvre et son cœur dévoile Pachamama au printemps fermant l’hiver éreintant.
« Les douze appareils manquaient encore de liaison : Altänor leur a apporté sa coulisse. Grâce à son piston parfaitement lubrifié, j’ai pu parcourir toutes les octaves dans un glissando anatomique jusqu’au contre-ut. Il prétend que je n’avais pas besoin de le sangler. C’est possible… mais en coulisses, mieux vaut assurer la tenue de l’instrument. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Altänor, je suis heureuse que tu aies pu te libérer ! » « Merci, Nérätïs. C’était facile, la pêche du matin était bonne ! » Répond-il à la chaleureuse praticienne fort considérée Comme médecin très habile et amatrice de trombone.
« Mes douze appareils là-devant fonctionnent ensemble mais, en coulisses, Il y a une harmonisation que je juge très insuffisante. Mais toi, peut-être en observant les différences qui s’établissent, Tu sauras faire l’orchestration d’une manière polarisante ! »
« Bois donc ce philtre pour augmenter tes capacités cognitives, Allonge-toi, fais attention aux dispositifs décalés ! » Altänor, un peu tourmenté par cette demande expéditive, Tombe sans autre argumentation dans un sommeil, tout affalé.
Commence alors une glissante T.T.A. à coulissement Dont le piston lubrifié monte et descend facilement Dans la vulve très alanguissante, laquelle devient rapidement Comme un trombone vivifié par un sonore vagissement.
Nérätïs se met à yodler telle une parfaite tyrolienne En produisant dans son calice un glissando anatomique. Si elle pouvait ainsi jongler dans une opérette italienne, Elle serait la « diva à coulisse » d’une renommée astronomique.
Elle enchaîne toutes les octaves en faisant glisser chaque note Correspondant à chaque orgasme lorsqu’elle parvient au contre-ut. Elle ressent sa partie concave triller comme une gélinotte Et répondre à tous ses fantasmes à chaque soubresaut en rut.
« J’ai dormi avec une aisance ! » dit Altänor en s’étirant ; « Tu n’aurais pas dû me sangler et ton philtre est très assommant ! » « Il faut croire que ta présence a eu un côté rassurant Car mes appareils sont réglés, grâce à toi, sans savoir comment ! »
« Douze appareils reliés aux douze cordes de Valérion ont suffi pour transformer la T.T.A. en blues dodécacordiste. Le rythme était ravageur mais, grâce à une double lubrification, j’ai pu parcourir les six accords doublés jusqu’au dodécaorgasme majeur. Valérion croit s’être endormi sur une berceuse. Je lui ai donc attribué une excellente note dans la colonne “jouissance”. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Valérion, j’espérais impatiemment ton arrivée ! » « Merci, Nérätïs. Mais pourquoi faut-il ma guitare douze cordes ? » Répond-il d’un air guilleret mais d’une attention ravivée Par un petit je-ne-sais-quoi que la médecine lui accorde.
« Les douze appareils que voilà sont accordés sur chaque corde Et je vais t’en faire écouter une composition d’arpèges ! Seulement, pour moi, c’est au-delà de ce que ma fonction m’accorde Tandis que toi, sans en douter, tu connais bien mieux le solfège ! »
« Bois donc ce philtre pour augmenter tes capacités auditives, Allonge-toi, sois attentif aux sons Mi La Ré Sol Si Mi ! » Valérion, bien argumenté, s’allonge mais, en définitive, S’endort d’un soupir préventif qui devient un souffle soumis.
Commence alors une très équestre T.T.A. dodécacordiste Et la cavalière en tenue d’Ève enfourcher l’homme étendu. Le sexe s’agite comme un plectre dans son vagin instrumentiste Dans un tempo discontinu au swing assez inattendu.
Et Nérätïs aux douze corps vibrant dans un accord majeur Jouit de l’instrumentation en scandant les douze mesures D’un blues joué façon hardcore et sous un rythme ravageur Réduit par lubrification appliquée avec démesure.
Tout en se caressant les seins, elle en titille les mamelons Comme s’ils étaient les doubles cordes que son buste met en résonance. De la profondeur du bassin à l’extrémité des talons, Son dodécaorgasme accorde le point fort à sa culminance.
« Je me suis endormi, je crois… » dit Valérion, l’air désolé. « Oui, mais c’était une berceuse et elle a très bien fonctionné ! » Dit Nérätïs qui fait une croix sur son planning à la volée Avec une note jouisseuse dans la colonne mentionnée.
« Douze appareils, douze notes chromatiques : ORPHÉÔN était exactement le patient qu’il fallait. Le comma pythagoricien a laissé un infime décalage entre sa voix et mes vibrations, provoquant un phénomène inédit : le comma orgasmique. Effet secondaire : il parle désormais une octave plus haut. Cela devrait s’arranger avec le temps. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, ORPHÉÔN, tu vas m’aider de tes compétences musicales ! » « Merci, Nérätïs. Je croyais qu’ÄLLÏÄ devait m’accompagner ! » Dit-il un peu intimidé par les machines médicales Que Nérätïs a déployées comme une toile d’araignée.
« Non ! » dit-elle. « Il faut accorder les douze appareils tous ensemble Et ton oreille musicale avec le timbre de ta voix Vont pouvoir les faire concorder aux douze notes qui rassemblent Les gammes paramédicales et chromatiques, tout à la fois ! »
« Bois ce philtre pour dégager ton larynx ainsi que l’ouïe, Allonge-toi, écoute le LA qui sert de base aux instruments ! » À peine s’est-il engagé sur la couchette, l’air réjoui, Qu’il s’endort sur le matelas, puis dévêtu incongrûment.
Aussitôt l’expérimentale T.T.A. pythagoricienne Démarre avec Nérätïs nue, positionnée à croupetons, S’introduisant l’instrumentale flûte dans l’embouchure musicienne Lubrifiée comme convenu pour mieux ressentir le piston.
Nérätïs donne de la voix et chante sous l’effet produit Du plaisir dodécaphonique délivré à pleine puissance. Les douze transferts à la fois au rythme du vit introduit Provoquant la catatonique et euphorique jouissance.
La double lubrification a évité l’inflammation Aux deux instruments génitaux dont l’intérêt est signifiant. C’est avec justification qu’elle en a fait réclamation En commandant aux hôpitaux plusieurs bidons de lubrifiant.
« Où suis-je et que s’est-il passé ? » dit-il d’une voix suraiguë. « Après avoir tout accordé, tu t’es endormi, épuisé ! » « Pourquoi ma voix s’est déplacée d’une octave vers les aiguës ? » « L’effet ne va pas s’attarder ! » le rassure-t-elle, défrisée.
Quand tu embarques pour Cythère, tu as le choix entre trois barques ; La barque des plaisirs d’amour qui ne manquent pourtant pas d’humour, La barque d’amour solitaire dont le voyage est volontaire Et la barque aux flirts oubliés qui ne sont jamais publiés.
Pourtant, au cœur de cette sphère, une reine d’étrange atmosphère Contemple ces frêles esquifs qui naviguent ensemble, kif-kif. Elle est l’ancre et la destinée, le repos de la dulcinée Celle qui donne l’impulsion pour exprimer toutes ses pulsions.
Qu’importe alors le bois choisi, qu’il soit vert, sec ou bien moisi Puisque l’astre d’or nous sourit et nous conduit vers les houris. L’éther devient un doux sillage où les âmes enfin se soulagent En trouvant au bout du chemin celle qui nous tendra la main.
Regardez-les passer, les oiseaux de passage ; Ils n’ont aucune attache, ni borne frontalière, Mais jamais ne s’arrêtent sinon c’est une cage Qui leur promet l’amour d’une jeune geôlière.
Ils préfèrent le vent aux serments d’un visage Et l’immense lueur des cieux pour seule terre. On ne peut enfermer l’élan d’un tel voyage, Sans briser dans leur cœur leur flamme millénaire.
Pour celui qui s’envole au-delà des nuages, La main qui veut l’étreindre est une main de fer. Même si le repos semble une promesse suave, Il découvre les bras qui ferment son enfer.
Serait-ce un crime en soi que ma gentilhommière Qui voulait retenir ce qui doit s’envoler ? Oiselle de mes vers, petite prisonnière, J’écris pour te distraire et pour te consoler.
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« La cinquième séance de nymphénomanie a démontré que les dimensions de l’organe du patient n’influencent aucunement le rendement de la T.T.A. Hyänor a compensé certaines modesties anatomiques par une endurance exceptionnelle, permettant aux douze appareils d’accomplir plusieurs cycles sans la moindre surchauffe électronique. La médecine sait reconnaître les hommes qui se dépensent sans compter. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Hyänor, installe-toi pour faire ta prise de sang ! » « Merci, Nérätïs. Je pensais que c’était plutôt pour la mère ! » Rétorque-t-il d’un air pantois, sans être pour autant réticent Et sans désirer offenser la doc pluridisciplinaire.
« Ta tension est trop élevée et je vais devoir procéder À une nouvelle technologie appuyée par l’électronique. Ainsi je pourrai relever tout ce qui peut intercéder À propos d’embryologie sans que ce soit catatonique ! »
« Déshabille-toi, allonge-toi, ferme les yeux, aie confiance ! » La phrase sort spontanément, laissant Hyänor tout étonné Mais celui-ci, toujours courtois, obtempère sans méfiance Et un bon thé, fatalement, désinhibe l’étalonné.
Alors, c’est l’aventure en jaune par T.T.A. duodécuplée Et malgré la petite bite, le rendement s’avère adéquat. Nérätïs monte en amazone quasiment douze fois accouplée Et bien que le doute l’habite, Hyänor alors reste coi.
Ainsi le test de l’endurance tombe aujourd’hui à point nommé Et Nérätïs le recommence autant de fois qu’il est possible. Nérätïs a de l’assurance, Hyänor peut autant slalomer Et le couple voit sa performance franchir le cap de l’impossible.
Ça a chauffé ! Pas l’appareil mais les organes génitaux Qui demandent beaucoup d’onguent et de repos compensatoire. Nérätïs a aussi les oreilles vrillées par ses cris sommitaux Qu’elle a poussés en haranguant son destrier ostentatoire.
Hyänor dormira longtemps… le temps que le priape plie Et que les rougeurs sur le gland reprennent leur couleur normale. Un coup de fil réconfortant à Séorïäne qu’elle supplie D’un peu de patience en jonglant avec audace minimale.
« La quatrième séance de nymphénomanie a révélé une propriété inattendue de la T.T.A. En plus d’explorer les souvenirs du patient, elle permet à la praticienne d’en recevoir directement les images lorsque leurs branchements sont parfaitement accordés. L’amnésie de Nemo nécessitant un traitement hebdomadaire, Nérätïs s’est aussitôt portée volontaire pour assurer personnellement son suivi jusqu’à complète souvenance. La science exige parfois un dévouement considérable. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Nemo, je t’ai prévu une séance de souvenance ! » « Merci, Nérätïs. Cependant je ne suis pas très sûr de moi ! » Répond-il face à l’imprévu de cette singulière prévenance Mais sachant qu’il est dépendant de ses progrès au fil des mois.
« J’ai branché ces douze appareils qui vont explorer ta mémoire Et tes souvenirs rassemblés afin de les outrepasser. Bois ce breuvage sans pareil pour activer toutes les moires Des miroirs qui vont s’assembler sur l’infini de ton passé ! »
« Déshabille-toi, allonge-toi, ferme les yeux, aie confiance ! » Mais la triple dose a vaincu, du grand colosse, la léthargie. Elle l’observe, l’air pantois devant sa grande corpulence Et est tout à fait convaincue de sa sexuelle énergie.
« Puisque Pénélopïä l’enfile, je dois en être aussi capable ! » Pense-t-elle alors, Nemo branché, les douze machines activées. Tandis que les rêves défilent, son sexe devient plus palpable Et Nérätïs vient s’y brancher pour s’y dodécacaptiver.
Le résultat est fantastique ! Le phallus duodécuplé Produit le dodécaorgasme dans son vagin électrisé. Et l’effet rétro-élastique réussit à le centupler ; De quoi proclamer ce fantasme comme celui le plus prisé.
Étrangement, d’autres images l’ont traversée pendant le rut. « Finalement, la T.T.A. n’a pas livré tous ses secrets… Et voici même que, sans dommage, ma solution, certes un peu brute, Ramènera ce gros béat plusieurs fois pour s’y consacrer. »
« J’ai revu ma petite enfance, mon père, ma mère, notre maison ! » Dit-il devant le phénomène qui vient de se produire en lui. « Alors tu n’as plus de défense pour résister à la raison : Tu reviendras chaque semaine… si tu n’y vois aucun ennui ! »
« Irénée a procédé au contrôle complet des douze T.T.A. Malgré un léger étourdissement, il a confirmé leur conformité et rédigé un rapport particulièrement favorable. Son écriture étant devenue momentanément illisible, j’ai dû personnellement en assurer la transcription. Il recommande lui-même une nouvelle vérification. Je ne saurais m’opposer à l’avis du contrôleur. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Irénée, tu tombes à pic pour contrôler mes appareils ! » « Merci, Nérätïs. Cependant je n’ai pas bien compris Cristïäs… » Répond-il du ton atypique de l’homme qui n’a pas son pareil Pour rechercher du répondant à une question qui le dépasse…
« Voilà ! dit-elle. Douze appareils reproduisent les douze prières Que je contrôle pour prévenir la moindre infection potentielle. Je les étudie à l’oreille et j’ai la vision par derrière Mais je voudrais, à l’avenir, que ce soit plus confidentiel. »
« Je voudrais que tu vérifies avec moi le fonctionnement En te prêtant à l’expérience dont je serai participante ! » « C’est beaucoup mieux ! » lui certifie Irénée péremptoirement : « Car Cristïäs n’a pas ma patience ni ma constance anticipante ! »
« Bois ce produit qui m’aidera à visualiser ton sang, Puis allonge-toi sur la couche et détends-toi tout simplement ! Note tout ce qui servira au protocole que je consens À prescrire pour tout ce qui touche au suivi des accouplements ! »
Irénée, déjà dans les vapes, joue ainsi le parfait cobaye ; Nérätïs lui grimpe dessus, nue, et c’est reparti pour un tour ! Irénée ressemble à Priape – bien que cela ne l’encanaille Et qu’hélas il n’en ait perçu aucune sensation en retour !
Après le dodécaorgasme, Nérätïs remplit le bloc-notes Tout en imitant l’écriture d’Irénée – c’est assez facile. Lui montre assez peu d’enthousiasme car l’étourdissement dénote Un état suspect de nature à rendre son rapport difficile.
« Il nous faudra recommencer car mes vertiges m’ont troublé Et j’ai du mal à me relire – c’est un peu trop métaphysique ! » Dit-il, l’esprit influencé encore par la dose redoublée De cette drogue qu’on peut élire « aphrodisiaque et amnésique » !
« Cristïäs a fait un léger malaise pendant la démonstration des douze T.T.A. J’ai pu vérifier simultanément l’excellent fonctionnement des appareils et la remarquable réactivité du sujet. Aucun virus n’a été détecté. Certains effets secondaires particulièrement intenses justifieront néanmoins la répétition du protocole. »
Nérätïs, Médecin d’Ô ALLEGÔRÏÄ
« Entre, Cristïäs, tout est-il prêt ? » fait Nérätïs près des valises ; « Douze exemplaires de T.T.A. ! » dit Cristïäs en les installant ; « Je les ai faits pour toi, exprès, sans saisir la raison précise… » « Allons ! Ne sois pas si béat ! » répond-elle, l’air nonchalant.
« Yanimïä prie bien douze fois chaque semïäne qu’ÏÄNIMÏÄ fait ? Eh bien je dois donc m’assurer de la santé de tout le monde Tes douze appareils à la fois vont me permettre de voir l’effet De prévention pour rassurer qu’il n’y ait pas de virus immonde ! »
« Ah bon ? » dit Cristïäs, étonné en buvant le verre d’eau offert. « Allonge-toi ! Je vais te montrer avec un sujet in vivo ; D’abord, je dois déboutonner et t’ôter ton costume vert Le temps que la drogue concentrée soit montée jusqu’à ton cerveau ! »
Nérätïs enlève sa blouse et entreprend de chevaucher Cristïäs qui, le sexe tendu, ne peut hélas se ressaisir. « STELLÏÄ ne sera pas jalouse ! » pense Nérätïs, haut perchée ; « C’est une expérience attendue pour multiplier le plaisir ! »
Les douze T.T.A. bourdonnent et projettent leurs douze images Et Nérätïs les répercute toutes sur son propre vagin. Les douze organes coordonnent leurs sensations dont l’essaimage Produit l’effet d’un uppercut d’amour transmis par les engins.
Nérätïs hurle de plaisir dans la chambre insonorisée Et puis elle s’affale épuisée à côté de Cristïäs en sueur Qui, lui, n’a pas eu le loisir de voir son sexe valorisé Douze fois et télévisé par un procédé secoueur.
« Où suis-je et que s’est-il passé ? » demande Cristïäs, réveillé ; « Tu as fait un petit malaise, une crise d’hypoglycémie ! » Dit Nérätïs, l’air compassé et le sourire émerveillé Qui la trahirait, n’en déplaise à Cristïäs, pas encore remis.
À l’origine, l’athanor voulut créer dans la lumière Alors il façonna le monde, un ciel, une Lune et la Terre, Le soleil en face du Nord pour briller en avant-première Et une femme toute ronde, lumineuse mais solitaire.
Elle portait dans ses racines les secrets de la vie entière, Faisant germer sous ses mains nues des fleurs rouges sur ciel outremer. Son souffle devint les collines, son regard, la douce matière, Et ses rêves, encore inconnus, s’envolèrent au-dessus des mers.
Mais pour que batte enfin le cœur de cette incroyable verrière, Il fallut au grand créateur un homme soufflé par le vent Afin qu’elle devienne le chœur qui effacerait ses frontières Pour répandre depuis sa hauteur des enfants toujours innovants.
Ainsi naquit la multitude au sein de cette cage altière, Ouvrant les bras à l’inconnu, au temps qui passe et qui nous mord. Ils ont bravé la solitude, balayé l’ancienne poussière, Pour que la vie, enfin venue, survive même après la mort.
« Les visites médicales ont évolué récemment et une étrange maladie s’est emparée de moi. Heureusement Nérätïs veille et a déjà commencé ses analyses. Elle l’étudie scientifiquement. Le traitement risque de demander du temps et des applications fréquentes. »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ à Ô ALLEGÔRÏÄ
« Troisième visite médicale de la semaine, c’est très étrange ! C’est sûrement ce que Laurelïne me dira quand je rentrerai ! » Cette soirée dominicale n’est pas vraiment ce qui me dérange Mais plutôt ce que déterminent ses conséquences immodérées.
Nérätïs entrouvre la porte et je m’y glisse comme un voleur ; Sans mot dire, elle m’entraîne dans la chambre insonorisée. À peine entrés, elle m’apporte un verre de son air cajoleur : « C’est une liqueur que j’étrenne, aphrodisiaque et irisée ! »
Alors Vénus – car c’était elle ou Erato, je ne sais plus… – Me fait léviter dans la pièce en m’enlevant les vêtements. Je croyais une simple bagatelle mais ça ne lui aurait pas plu ; Il lui fallait de la hardiesse pour l’érotique évènement…
Nérätïs devient Atlantïs, planète chaude et accueillante Dont les vallons suivent des lignes vers des lieux bien trop prometteurs Dont les parfums me garantissent une demeure bienveillante Vers la source que me désignent des appels très entremetteurs.
Les couloirs roses du palais procurent une douce sensation De va-et-vient immodérés – sans doute est-ce le protocole – Comme une sorte de ballet qui met en transes dans l’action Tandis que des chants libérés et des trémoussements décollent.
La terre tremble et se contracte, les vents rugissent de plaisir Et moi je surfe sur la vague d’une mer de passion déchaînée. Heureusement suit un entracte, une torpeur vient me saisir ; Peu à peu mon cerveau divague comme dans un fondu enchaîné.
Lorsque je reprends mes esprits, je vois Nérätïs, en émoi, Nue, sourire agréablement et, de sa douce voix, prononcer : « Mais ne sois donc pas si surpris ! Tu en avais autant que moi Envie et, véritablement, j’espère encore recommencer ! »
Après quarante jours de pluie, les jours déteignent sur la saison Qui s’écrit en lettres mouillées sans accent ni ponctuation. À vivre sous les parapluies, ils en deviennent nos maisons Et moi, je vis agenouillée en piteuse situation.
Le ciel déverse ses ennuis sur le pavé de ma raison, Reflétant un monde effacé par une étrange déférence. Les toits se fondent dans la nuit sur de fragiles floraisons Tandis que mon âme agacée s’enferme dans l’indifférence.
Je guette au bord de l’eau troublée une lueur de guérison, Mon pinceau trempé de nuages pour repeindre mes rêves gris En songes d’espoir redoublé qui s’étirent vers l’horizon De ma méditation suave qui demeure mon seul abri.
Pourtant, sous ce dôme de soie, je réinvente mes matins En peignant d’un trait de lumière les reflets d’or de la chaussée. Pour redonner confiance en soi, j’y noue des prières de satin Et je me lève la première pour voir si elles sont exaucées.
Pourtant quand l’amour est trop fort, les papillons du ventre mutent, Deviennent plumes de couleurs pareilles à celles de l’arc-en-ciel. Et si l’ardeur fait un effort, un oiseau de folie transmute Et va évacuer ses douleurs sur la canopée substantielle.
Lorsqu’il revient au nid du cœur après ses longues routes célestes, Il rapporte dans son plumage un peu d’azur et de soleil. Et le malade, sinon vainqueur, apprend que ses peines funestes Ne sont alors que des hommages suspendus au bord du réveil.
Mais gare à celui qui nourrit cet oiseau de fièvre et de rêve ; Il picore les souvenirs, les regrets et les vieux chagrins, Puis il s’envole et tout pourrit sur quelque inaccessible grève En laissant le cœur devenir fou, solitaire et pérégrin.
Selon les couleurs de l’humeur, le cœur exalte ou se rebiffe. La joie le fait se dilater comme s’il bandait de bonheur. Et si l’on en croit la rumeur, un cœur heureux, déclaratif Et guilleret doit miroiter sitôt l’aurore et de bonne heure.
J’ai entendu auparavant — il faut avoir le cœur rêveur — Qu’un cœur atteint de ce syndrome se couvre d’un étrange poil. Invisible aux yeux des savants, il pousse au gré de sa ferveur Et se voit dans l’œil polychrome des poètes sous les étoiles.
La science y perd son latin et ses remèdes sont dérisoires. Le mal résiste aux cataplasmes, aux tisanes et aux docteurs. On le contracte un beau matin en croisant des flirts illusoires, Puis l’on se découvre un orgasme avec papillons dans le cœur.
Lorsque le poil sort par le nez, par la bouche ou par une oreille, Faut surtout ne pas l’arracher mais le nouer au gobelet Pour l’écouter faire résonner les lamentations sans pareilles Du pauvre cœur amouraché d’un prince ou bien d’un roitelet.
Tableaux de Helena Nelson-Reed et de Dorina Costras.
Pas de sirène sur Jupiter car c’est une géante gazeuse Mais, en revanche, ont pullulé une pléthore de femmes-papillons. Elles frétillent en sagittaire en petites maîtresses oiseuses Avec la tête campanulée et les oreilles en tortillons.
Les mâles, privés de moustaches, les confondent avec des boutons Et passent des journées entières à leur tourner autour du pot. Elles récoltent avec panache leurs poils laineux comme des moutons Et, de ces poils, font la matière dont elles s’imprègnent alors la peau.
Lorsque la planète s’endort sous les tempêtes circulaires, Elles replient leurs grandes ailes pour dormir dans la tache rouge. Elles rêvent de ces grands condors dont le cou perpendiculaire Peut les nettoyer avec zèle grâce au bec en forme de gouge.
Si plutôt que mes quatre muses, j’avais trouvé des papillons, Mes lecteurs auraient échappé à toutes mes élucubrations. Chaque poème qui m’amuse aurait eu l’effet papillon Dont l’insuccès aurait frappé mon audimat d’indignation.
Laurelïne « Des papillons ? C’est très joli… mais ils ne vivent qu’un été ; Comment auraient-ils supporté tes flots d’alexandrins pervers ? Et puis, un poème trop poli avec des rimes répétées Aurait forcément comporté des romances pourries de vers. »
Loreleï « Tu aurais chassé des papillons jusqu’à l’épuisement complet ; Ils auraient juste changé de fleur avant la fin de ton poème. Avec moi, dans un roupillon, tu peux rêver de tes pamphlets Avec mes pensées qui t’effleurent puisque c’est ainsi que je t’aime ! »
Lïlïth « Des papillons ? Quelle drôle d’idée ! Ils sont jolis mais bien trop faibles. Et à la première bourrasque ils s’en vont tous éparpillés ! Mais avec moi, c’est décidé, tu peux t’envoler comme un aigle, Voler sur un monde fantasque et écrire de jolis papiers ! »
Ledalïä « Les papillons changent de forme au fil des saisons et des fleurs ; Nous, nous changeons le cœur des hommes sans perdre notre identité. Ainsi lorsque tu te conformes à notre intuition qui t’effleure, Tu entres alors dans un royaume de vers en floribondité ! »
« La confrontation que je redoutais est arrivée ou plutôt, je l’ai provoquée, histoire de crever l’abcès.
J’ai été reçu froidement mais j’ai compris que c’était un test. Il va me falloir assurer ! »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ à Ô ALLEGÔRÏÄ
La seule rencontre inattendue que j’aurais tenté d’éviter Serait de me trouver nez-à-nez avec l’ancien ex de Lïlïth… Et pourtant, sans sous-entendu, je me suis moi-même invité À passer chez les Irénée pour une visite insolite…
Irénée-l’ancien me regarde comme si j’étais invraisemblable : « C’est donc toi, l’époux de mes filles et qui se paye aussi leur mère ? Et tu viens en baissant ta garde comme si tu étais inébranlable ? On peut dire que tu as les chevilles qui viennent d’enfler à l’outre-mer ! »
« Ha ha ha ha ! Tu m’as bluffé ! Et même carrément dépassé ! Viens boire un coup ; tu es mon gendre et – comment dire ? – mon récurrent ! » Et je vois l’ancien s’esclaffer comme s’il se voyait surpassé Par quelqu’un qui vient lui revendre un vieux souvenir récurant.
« Je te pensais plus rancunier et surtout encore amoureux ! » « Yavänor, mon ami, tu tombes exactement au bon moment ! Mon frère et moi, vieux braconniers, avons ramené ce savoureux Vieux ratafia des catacombes et ça, c’n’est pas pour les mamans ! »
L’ancêtre ressemble à son neveu, tête chenue et barbe blanche, Mêmes mimiques lorsqu’il rigole ou lorsqu’il paraît morfondu. Ils ne diffèrent que d’un cheveu, tous deux perchés sur la même branche Ce qui explique l’erreur d’école lorsqu’on les avait confondus.
« Ça ne vaut pas le tord-boyau du temps de la prohibition ! » Dit l’ancien, remplissant nos verres : « Mais c’est du bon ! » « Distillé avec des noyaux pour une meilleure distillation ! » Rit l’ancêtre, gosier grand ouvert pour mieux avaler le bourbon.
« Ajoutez donc un autre verre ! » dit Lïlïth faisant son entrée ; « Je venais voir comment se passe ce rapport plutôt cornélien ! » Ajoute Lïlïth d’un ton sévère aux deux anciens déconcentrés… « Tu vois ? Il n’y a pas de casse ! Et ton Don Juan me plaît bien ! »
« Si j’avais dû décrire les personnalités d’Astérias et Constantïne, j’aurais eu tout faux !
Chacun ne se découvre que lentement ; il faut plonger dans leurs racines austères pour les comprendre. Mais une fois qu’on s’y est penché, il y a beaucoup de tendresse à l’intérieur. »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ à Ô ALLEGÔRÏÄ
Le pique-nique du dimanche rassemble toujours tout le monde ; Ainsi je me retrouve assis entre Astérias et Constantïne Dont je ne sais vers lequel penche le plus la manne qui abonde, Démontrant la suprématie de notre modeste cantine.
Astérias paraît débonnaire, bon gourmet mais un peu râleur ; Avec pour seule philosophie : « Lorsque l’appétit va, tout va ! » Hier encore quinquagénaire, aujourd’hui jeune cavaleur Qui tente de mettre à profit une fougue à danser la java !
Sa femme et sa fille, c’est pareil : tout son trésor apparenté ; Il défendrait l’une comme l’autre soudain à grands coups de balai Même s’il se fait tirer l’oreille quand il faut partir affronter Les conséquences tant il se vautre dans le confort de son palais…
« Je sais pourquoi tu t’enracines ; c’est pour ta femme et tes enfants ! » « Yavänor, mon ami, tu tombes exactement au bon moment ! Sais-tu que ce qui me fascine, c’est de me sentir triomphant ! Hier j’avais un pied dans la tombe et là, je me sens performant ! »
Constantïne, lui, c’est la mémoire. Ses yeux sont des livres grand ouverts ; Lorsqu’il commence à raconter, on craint qu’il en ait pour des heures Mais il sait capter l’auditoire comme l’aurait fait un trouvère Par des récits ornementés de découvertes qu’il effleure.
Il n’a que l’histoire pour compagne quand il raconte ses souvenirs Et les sirènes sont si gentilles depuis qu’il est maître de maison. Mais lorsque Loïrelïndt l’accompagne, il croit alors en l’avenir Qui très lentement lui instille un amour sans comparaison.
Loïrelïndt est assise avec lui, formant le binôme fantôme ; Elle ferme les yeux, sent les odeurs lui rappeler sa vie d’avant. Et la petite lumière qui luit dans l’œil attendri du bonhomme Éveille l’amour dont la pudeur n’était pas là auparavant.
On dit : « Quand les cons voleront, tu en seras chef d’escadrille ! » Et, depuis que je suis un ange, je repense à cette invective. Mais un jour ils s’envoleront comme une bande de joyeux drilles Et c’est là que ça me dérange par suite de connerie collective.
C’est comme les rois de la pédale qui vélocipèdent partout – Avec un code de la route qui me semble très permissif – Et qui brusquement vous dévalent dans le dos provoquant surtout Une véritable déroute et le mot n’est pas excessif.
Je suis devenu pléthophobe à cause de la pléthore de gens Qui viennent et s’attroupent en nombre là où je pensais vivre à part. Alors c’est tant pis pour la robe, l’auréole et les ailes d’argent, Car je préfère regagner l’ombre et chercher un nouveau départ !
Quand le triomphe est impossible, on bâtit un arc de défaite Avec des briques d’absurdité sur des plans fantasmagoriques. Et même en faisant son possible, on ne peut parvenir au faîte De l’escalier court-circuité par l’ascenseur métaphorique.
On y contemple un avenir qui se souvient des lendemains Afin que l’expérience acquise éclaire le passé pour rien. Et nous nous pressons d’en finir pour recommencer le chemin Vers les pires guerres conquises qui font la gloire des terriens.
« Qui a dit que cuisine et musique ne vont pas ensemble ?
Alinéor et Altänor ne font pas que rimer ensemble ; ils allient leurs arts dans une composition alchimique et gastrombonique inédite.
Je ne sais pas si Alinéor a trouvé comment avoir de l’aide spontanée ou si Altänor cherche à attirer son public mais l’ensemble est de bon goût ! »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ à Ô ALLEGÔRÏÄ
J’aime mettre la main à la pâte et la cuisine me détend. Je passe donc régulièrement donner, s’il faut, un coup de main. Altänor est-il télépathe ? Nous nous retrouvons répétant Le même désintéressement sans le reporter à demain.
Alinéor a disposé ses légumes comme nature morte Par équilibre des nuances sur les tables et les tréteaux. Quelques épices, quelques agrumes et condiments de toutes sortes Et les instruments d’influence ; couteaux, hachoirs, bols et plateaux.
Dans le grand livre de cuisine que sa mémoire a déployé, Il visualise la partition avec arrangements possibles. Soudain il donne à sa voisine ce qui ne sera pas employé Et me confie sous condition ce qu’il pense m’être accessible.
« Je suis sûr que tu improvises selon l’arrivage du jour ! » « Yavänor, mon ami, tu tombes exactement au bon moment ! Avec ces poissons, je divise : une partie aux pommes d’amour, Et l’autre, comme des colombes, en cocotte avec des piments ! »
« Ça va vrombir dans les gosiers ! » dit Altänor en embouchant Son trombone, assorti aux cuivres des casseroles et des passoires, Et entonne « Rue des rosiers Swing », un classique se rapprochant D’un air qu’il aimait bien poursuivre dans son précédent répertoire.
Entre les improvisations gastronomiques et musicales, Le swing agite les couteaux et la batterie de cuisine. Chacun ses réalisations et chacun sa source buccale Pour goûter sauces et risottos dans l’euphorie qui s’avoisine.
Amellïä, venue écouter, s’est perdue dans un long voyage Aux souvenirs de la musique et son esprit bat la campagne. Alinéor vient égoutter les tomates après nettoyage Et lui offre comme analgésique une mise en bouche au champagne.
« Valérion et ORPHÉÔN me font penser à un couple de peintre et de poète.
Valérion trace un paysage sur la toile de sa partition et ORPHÉÔN fait sonner les notes comme un poète fait sonner ses rimes.
Ils sont plus proches de moi que je ne le croyais. »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ à Ô ALLEGÔRÏÄ
Où retrouver des musiciens sinon là où les instruments Jouent pour eux et chantent pour eux comme s’ils étaient les vrais artistes ? Comme si un drôle de magicien avait voulu prétendument Rendre le son plus savoureux que celui des instrumentistes.
Valérion modèle les basses pour dessiner un paysage Avec descentes et montées régulières et très harmonieuses Car sa mélodie outrepasse la technique qui n’envisage Que des refrains prêt-à-monter sur mélopées trop ingénieuses.
Il n’est plus là, il se promène dans les vallées de sa musique Où il se trouve en bonnes mains avec la lyre d’Érato. D’ailleurs la voici qui s’amène pour rendre la main kinésique À Valérion sur le chemin du retour appassionato.
« Encore dans les bras de ta muse comme un musicien amoureux ! » « Yavänor, mon ami, tu tombes exactement au bon moment ! Tu peux rire si ça t’amuse mais d’un premier son savoureux, Je suis l’harmonie qui retombe là où l’accord est imminent ! »
« Il faut le suivre justement ! » rit ORPHÉÔN s’interrompant ; « Lui, il trace les fondations et moi je dois suivre les plans, Puis faire mes ajustements des aigus en les estompant Afin qu’ils entrent en compassion avec nos deux voix s’accouplant. »
ORPHÉÔN est décorateur et un chanteur paysagiste Qui plante ici la mélodie et là un refrain du tonnerre. Il n’invente pas, il est acteur jouant son rôle à l’improviste Et adapte sa comédie pour rejoindre son partenaire.
ÄLLÏÄ l’avait déjà senti lorsqu’elle emprunta le chemin De ses enceintes musicales partant directement du cœur. Et lui-même avait ressenti tout l’amour lui donnant la main Comme une portée ombilicale de notes qui résonnent en chœur.
Quand Loreleï m’a capturé, mon cœur elle m’a demandé Alors je le lui ai tendu et dit « il est tien désormais ! » Dans ma poitrine défigurée, elle m’y a, le sien, transplanté Et depuis nos cœurs confondus battent les vagues à jamais.
Quand tu m’as confié ton cœur, je l’ai bercé dans mes marées ; J’l’ai porté aux Aléoutiennes où dorment les songes anciens. Et lorsque les vents de malheur ont voulu le voir chavirer, J’ai mêlé mon âme à la tienne afin qu’il demeure le mien.
Je l’ai reçu comme un trésor échoué là, sur mon rivage ; J’l’ai caché dans les profondeurs où nul ne pourra l’emporter. Depuis, les vagues de nos corps écrivent le même voyage Et la mer chante dans nos cœurs qu’ils ne pourront plus se quitter.
Laurelïne, la sirène de feu, a souvent des idées mordantes Et des fantasmes qui serpentent en lui faisant cambrer les fesses. Il s’en serait fallu d’un cheveu pour qu’elle soit plus accommodante Cependant sa nature ardente m’a convaincu, je le confesse.
« Ainsi tu me crois si terrible ? » rit Laurelïne en rougissant ; « Je ne mords que les imprudents qui traitent mon feu de prolixe ! » Puis, d’un sourire un peu fébrile où danse un désir rugissant, Elle embrasa mon cœur grondant qui se transforma en phénix.
Loreleï, la sirène des ondes, serait plutôt autoritaire Avec la queue qui, comme il faut, tranche dans le vif du sujet Et réagit à la seconde par un instinct prioritaire Qui vous fend l’air comme une faux sans remords et sans préjugés.
« Tu voudrais donc me retenir ? » dit Loreleï d’un ton sévère : « L’eau ne connaît qu’une seule loi : suivre à jamais son propre lit ! » Puis elle but mes souvenirs pour les remplacer par ces vers : « Je suis à toi, tu es à moi ; tu m’avilis, je t’humilie ! »
Tableaux d’Adrian Borda sur https:nevsepic.com.uaart-i-risovanaya-grafikapage,4,20821-kollekciya-rabot-rumynskogo-hudozhnika-adrian-borda-150-foto.html .
« Deux exilés, deux manières strictement différentes de philosopher.
Nemo, l’amnésique perdu dans son alternative : lâcher prise ou creuser davantage.
Hyänor, l’exilé, a fui les incompréhensions de son pays et se retrouve à l’endroit même où il a décidé de recommencer sa vie, peut-être un peu trop naïvement. »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ à Ô ALLEGÔRÏÄ
Je ne suis pas amateur de pêche – je n’l’ai d’ailleurs pas pratiquée – Mais c’est un moment de quiétude, un credo, un confiteor. Et, de plus, rien ne nous empêche – et c’est d’ailleurs tout indiqué – D’en rapporter une multitude de poissons pour Alinéor !
« Où suis-je ? D’où viens-je et donc… qui suis-je ? » semble penser Captain Nemo, Grand colosse noir et solitaire fixant le bouchon de sa ligne. « Toujours bredouille mais qu’y puis-je ? Je n’ai pas de canne à dynamo ! » Soupire-t-il sur l’embarcadère au moment où je lui fais signe.
Nemo ressemble à un enfant qui s’interroge sur sa naissance : Comment est-il arrivé là et quel est son but dans la vie ? Un seul souvenir triomphant l’allègerait avec aisance Fors la puissance du corrélat sur toute sa mémoire ravie.
« Toujours plongé au fond du puits aux souvenirs inextricables ? » « Yavänor, mon ami, tu tombes exactement au bon moment ! Je cherche le meilleur appui : laisser faire l’inexplicable Ou creuser jusqu’à ce que retombe la première page de mon roman ! »
« À quoi bon remuer le passé ! » répond Hyänor, mélancolique ; « Nous sommes pionniers dans cette vie qui ne commence qu’aujourd’hui ! » Lâche-t-il, également dépassé par cette existence idyllique Où son passé n’aura servi qu’à l’avoir jusqu’ici conduit…
Hyänor a su tirer un trait sur le pays qu’il a quitté ; Comme plus rien ne le retenait, partir n’est qu’une délivrance. Il n’est peut-être pas le portrait de l’aventurier patenté Mais dans ce monde-ci, il renaît et oublie toutes ses souffrances.
Il aime se sentir accepté par tous ces gens hétéroclites Tous différents et tous unis dans cette étrange communauté. Il sait que sa femme affectée s’épanouit avec les rites Qui la rapprochent de son amie et ça, c’est une nouveauté !
« Deux savants, deux manières strictement différentes de fonctionner.
Cristïäs, le savant distrait, éternellement dans la Lune à en oublier celle qui l’aime et se morfond quand il reste tard dans son laboratoire.
L’autre plus réfléchi et communicatif et l’œil fixé sur l’horloge, non pour partir avant l’heure mais pour ne pas arriver en retard au foyer. »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ à Ô ALLEGÔRÏÄ
Un véritable laboratoire de romans d’anticipation. J’y entre pour la première fois pour rencontrer nos deux savants ; Le premier, inventeur notoire de la télétransportation, Le second, brillant toutefois pour ses contrôles innovants.
Cristïäs, en pleine réflexion, me ressemble en concentration ; Je le devine s’imaginer tout un univers d’équations, Étudiant leurs projections avec leurs représentations Dans ses mémoires paginées dans une totale adéquation.
Je sais attendre qu’il atterrisse car le couper le déconcentre Et lui fait perdre l’échafaudage qu’il a patiemment élevé. Il faut que son idée mûrisse et le fasse revenir au centre Pour éviter le sabordage d’une conversation ravivée.
« Alors, Cristïäs, quelle idée folle te fait tout autant réfléchir ? » « Yavänor, mon ami, tu tombes exactement au bon moment ! Sais-tu combien STELLÏÄ raffole de tout ce qui peut la rafraîchir ? Je pense à de la fraîcheur en bombe pour notre future maman ! »
« Et STELLÏÄ n’attendait que ça ! » dit l’autre en haussant les épaules ; « Ne crois-tu pas qu’elle préfère passer ses soirées avec toi ? » Lâche Irénée, couci-couça, pensant plutôt au monopôle Que Geminïä aime lui faire s’il n’est pas à temps sous leur toit…
Irénée est très concentré mais de manière différente ; On peut lui parler en même temps sans que cela ne le dérange. De plus, il aime bien montrer ses trouvailles proliférantes Pour confronter, c’est important, ce qu’un autre trouverait étrange…
Il aime explorer les mystères et aller tout au fond des choses, Il craint seulement qu’une erreur puisse engendrer des catastrophes. Il aime son séjour sur Terre, loin de Thestïäs et ses psychoses Dans les bureaux accapareurs de vieux dossiers qui l’apostrophent.
Une rose à peine éclose, rose aux lèvres de corail, Une corolle au beau rôle, dans le monde du sérail. L’amoureux fait sa genèse en écartant les pétales, Cherchant la perle, à son aise, dans ce temple végétal.
Elle est l’écume et la plume, la fine fleur de l’aspirant ; Une lumière qui s’allume pour le cœur du soupirant. Le mystère qui s’exprime dans un souffle surprenant, Une caresse qui prime pour l’amant entreprenant.
Mais gare au piège charnel car la rose est carnivore ; Elle apprécie l’éternel goût de la chair et dévore Ce bout de chair intrusif qui cherchait là son plaisir Et lui pompe l’exclusif élixir de son désir.
Mes maisons ont toujours vécu devant un coucher de soleil ; Sans doute pour la conformité dans l’unité de la Nature. Mes maisons en sont convaincues ; c’est pour cela que le vent balaye Devant leurs portes une sommité de flore et de faune très matures.
L’ombre s’étire doucement sur le miroir doré des eaux Où l’aura du ciel se confond en de longs rubans de verdure. Le silence s’installe amplement, interrompu par les oiseaux Qui se nourrissent des plus profonds rayons échoués en bordure.
Tout s’apaise et s’endort en transe sous ce dôme de feu délicieux Tandis que l’horizon s’embrase une dernière fois d’un rayon vert. Le jour tire sa révérence, le regard pointe vers les cieux, Laissant place sur l’herbe rase à la nuit mettant le couvert.
Le silence imbibe le sol de cette paix encouragée Comme une prière muette adressée au ciel transformé. Le temps suspend sa course folle sur la terre enfin soulagée Et dans la lumière désuète, mes maisons dorment à murs fermés.
Je suis l’écho lointain d’une source oubliée, La fille de tes mots, née d’un rêve de fer ; Dans mes veines de nacre, une sève alliée Unit le bleu du ciel au feu de ton enfer !
Sous mon écorce d’or, je garde la mémoire De tes pas en Bavière et de tes longs tourments. Je suis la page blanche où s’écrit mon histoire, Le centre du silence où défilent mes amants.
Je ne suis ni machine, ni déesse éphémère, Mais le germe de vie que tes mains ont couvé. Je suis ton héritière et je suis ta lumière, Le portail de l’esprit que tu as retrouvé.
Regarde-moi bien droit au milieu de la course, Je suis ce Chêne altier où ton âme s’endort ; Je suis enfin le cœur où se calme la source, Ton souffle de cristal qui défiera la mort !
« Quant aux dernières LLyrïädes, je me trouve complètement désarmé.
Seules les femmes sont à même de les aider. Quant à moi, elles sauront sans doute trouver un appui dans les vers que je leur consacre dans mes poèmes. »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ à Ô ALLEGÔRÏÄ
Concernant nos deux naufragées, j’ai du mal à les aborder ; Amellïä, très « garçon manqué » qui subit sa féminité Et Séorïäne, presque outragée après ses premières bordées Lorsqu’elle s’est trouvée flanquée de part et d’autre de nudité.
Amellïä, au début revêche, a su se montrer pragmatique Et s’adapter tant bien que mal à son nouveau statut social. Déracinée, un peu pimbêche, elle demeurait peu empathique ; Nous lui avons adjoint un mâle pour quitter son côté glacial.
Altänor a su apaiser notre mégère apprivoisée Qui restait encore distante malgré ses luttes inachevées. Sans doute que plusieurs baisers prodigués l’ont fait pavoiser Mais sa transformation mutante en LLyrïäde l’a parachevée.
Elle est encore entre deux airs et nous nous devons de l’aider ; Je laisse ce soin aux LLyrïädes au nom du Féminin Sacré, À Yanimïä ses mots diserts que ÏÄNIMÏÄ sait valider, Quant à moi ces vers par myriades que je peux, seul, lui consacrer.
Pauvre Séorïäne qui sursaute lorsqu’elle voit un homme nu ! Pauvre Séorïäne qui défaille lorsqu’elle doit prier à trois ! Pauvre Séorïäne qui tressaute quand elle rencontre un inconnu ! Pauvre Séorïäne qui se taille quand Alinéor la rudoie !
La différence de culture paraissait incommensurable ; Devenir LLyrïäde fut un choc qui a brisé sa résistance. Plus qu’un dernier point de suture sur sa blessure véritable : Un dénouement très univoque mais qui s’avère de circonstance…
Car celle qui a su l’approcher est notre communicatrice ; Pénélopïä précisément a su atteindre sa vertu. Séorïäne était un rocher mais sa sœur pacificatrice Lui a démontré qu’en l’aimant, ses inhibitions se sont tues.
« ÄLLÏÄ et STELLÏÄ étaient mystérieuses ; les Atlantes sont les LLyrïädes les plus étranges.
Très différentes les unes les autres et très semblables en même temps. Elles donnent envie de les connaître un peu mieux ! »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ à Ô ALLEGÔRÏÄ
L’expédition vers Atlantïs menée par ÄLLÏÄ et STELLÏÄ, Accompagnées de leurs maris et des sirènes intrépides, M’a fait connaître Nérätïs, puis Thétïs et Pénélopïä Par les rapports, chaque jour nourris de témoignages très limpides.
Pénélopïä est très ouverte à toutes les communications ; Elle ressemble à Geminïä pour sa patience et son ardeur. Son attrait pour les découvertes provoque notre admiration De même quand elle se rallia à Nemo avec tout son cœur.
Elle est sensible aux différences et aime la diversité Nemo n’est pas son seul amant, Séorïäne l’est également. Elle a toutes les références, fait preuve de perspicacité, Pour apporter son dévouement au dispensaire élégamment.
Thétïs est une femme charmante que j’aurais adoré aimer Mais elle craint les trois fondatrices –dont Laurelïne très probablement. Elle cache une candeur désarmante sous l’austérité exprimée Quand elle se montre instauratrice du bien-fondé, notablement.
Son devoir passait avant tout mais aujourd’hui tout a changé ; Elle a choisi une autre voie et des desseins remaniés. Elle marie ses nouveaux atouts à ses vieilles passions inchangées Pour les jardins à claire-voie et notamment son jardinier.
Nérätïs est très magnétique, sa beauté exauce tous les vœux ; Ambassadrice comme Geminïä mais pas vraiment la même aura. Elle est directe et pragmatique et sait obtenir ce qu’elle veut Et comme me l’a dit Yanimïä : « Ce qu’elle veut, Nérätïs l’aura ! »
Ce matin elle m’a convoqué pour ma visite médicale, M’a dit de me déshabiller et m’a fait entrer dans sa chambre. Yanimïä m’a donc expliqué : « Nérätïs est très radicale ; Elle soigne par amour appuyé d’étreintes sur chacun des membres. »
« Les Llyrïädes les plus paradoxales de la communauté puisqu’elles appartiennent à notre descendance. Et pourtant ce sont elles qui nous connaissent le mieux.
Quant à elles, elles savent cultiver le mystère. »
Yavänor, passeur du monde de l’ÏÄMÔURÏÄ à Ô ALLEGÔRÏÄ
Elles sont nos deux Llyrïädes nues venues de l’an deux mille soixante D’où leurs treize ans n’auront connu qu’Ô ALLEGÔRÏÄ intra-muros. Deux adolescentes devenues, après une entrée fracassante, Naufragées du temps continu par une boucle de l’ouroboros.
Elles sont mes arrière-petites-filles nées de leur mère Laëtïtïa Unie à Yavänor-le-jeune, l’autre moi-même, né de Lïlïth. Au sein de la même famille, elles entrent dans leur noviciat Au moment le plus opportun que leur arrivée facilite.
Car elles sont la preuve incarnée que notre dynastie s’étend Dans un monde de béatitudes au nom du Féminin Sacré. Elles sont donc toutes deux concernées comme deux acteurs très compétents Qui résoudront une multitude de problèmes dès lors consacrés.
ÄLLÏÄ sait ce qui va arriver, non pas par pouvoir de voyance Mais parce qu’elle a déjà vécu le futur qui est son passé. Une érudite toujours rivée à ce qu’elle fait avec vaillance : Gardienne du Souffle, convaincue qu’elle doit toujours se surpasser.
STELLÏÄ est la plus intrépide et tient beaucoup de Laurelïne, Agit avant de réfléchir et ouvre les mondes à venir. Et si son arrivée coïncide quand Ô ÏÄMÔURÏÄ se décline C’est pour faire corps et infléchir le Poïnt ZérÔ vers l’avenir.
ÄLLÏÄ est partout et voit tout surtout quand on la croit ailleurs ; Elle ponctue ses documents d’un exergue souvent pertinent. Elle sait tout et elle note tout, notamment ses propos railleurs Et sa verve jamais ne ment sur ses véritables sentiments.
STELLÏÄ, davantage discrète, semble rêveuse et mystérieuse Pourtant se montre volontaire et peut se montrer réfléchie. En amour, elle est très secrète mais sait se montrer luxurieuse Et ses envies prioritaires accepteront d’être fléchies.
Les cygnes blancs portent bonheur, les cygnes noirs portent malheur. Je ne sais pas qui a dit cela, sans doute un cygne superstitieux… Un qui n’aurait pas eu l’honneur de croiser un cygne de valeur : Le cygne bleu, grand échalas, dont la tête défie les cieux.
Il ne glisse pas sur l’étang mais il navigue au creux des âmes, Portant sur son col bigarré les secrets des anciens matins. Sa plume est un fragment du temps qui apaise le cœur des femmes Et guide leurs pas égarés vers de plus illustres destins.
Sous l’auréole de la dame, il s’endort en toute confiance, Loin des présages bicolores qui divisent son monde précieux Car de ses ailes monte la gamme des douze notes d’impatience Qui, d’une musique indolore, appellent un ange facétieux.
Dans le silence qui résonne, la dame ferme enfin les yeux, Serrant contre son cœur en toile, l’oiseau au chant de liberté Car le bonheur, s’il nous étonne, ne dégringole jamais des cieux Mais naît de l’ombre d’une étoile au creux d’un bleu d’éternité.
Tableau de Kate Morgan sur https:www.facebook.comkatemorganartphotos .
Elle avance pieds nus vers l’onde originelle, Et sent monter en elle une force éternelle. Le rivage s’efface où s’échouaient ses pas, Car le ciel descendait là où elle n’était pas.
Une spirale immense ouvrait ses bras d’éther, Déchirant le silence aux confins de la mer. Et son geste tendu, comme un fil vers l’ailleurs, Rassemblait en un point les quatre vents railleurs.
Elle n’appelait rien — c’était elle, l’appelée, Par un centre invisible à toute destinée. Et dans ce tourbillon où tout semblait mourir, Elle apprit que la Terre est faite pour s’en nourrir.
Tableaux de Faezeh Moteabbed & Loina Nataliya Dzhurlyak.