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  • Ruby & Lino en rêve

    Ruby & Lino en rêve

    Ne dites plus « Même pas en rêve ! » sinon le cauchemar commence
    Et vous verrez toutes les nuits repasser Ruby et Lino,
    Venir et revenir sans trêve faire l’étrange performance
    Afin de tirer de l’ennui la chatte en robe de dominos.

    Une petite chatte adoptée une nuit d’un violent orage
    Alors qu’elle tambourinait à la fenêtre de la cuisine.
    Ruby lui avait concocté les restes d’un canard à l’orange
    Tandis que Lino bouquinait tranquillement chez la voisine.

    Mais au matin, quelle aventure ! Lino n’a pas apprécié
    De partager, et sa gamelle, et son arbre à chat préféré.
    Ruby grimpa sur sa monture, emmena le chat supplicié
    Faire un tour malgré la femelle qui se sentait pestiférée.

    Tableau de Zhou Ling.

  • Ruby & Lino en automne

    Ruby & Lino en automne

    L’automne réveille le chat qui dort et met de l’or dans les cheveux
    De Ruby qui ouvre la porte à la plus belle des saisons.
    Dans l’insolite corridor du temps qui fait tout ce qu’il veut,
    Il est des hasards qui apportent le soleil dans une maison.

    Les oiseaux déjà se préparent aux voyages des vents d’autan ;
    Ils consultent les cartes secrètes inscrites dans le firmament.
    Ruby leur adresse un regard pareil à un jour de beau temps
    Et Lino bâille et puis décrète qu’il se moque de leurs piaillements.

    Les feuilles répandent sur terre un alphabet de cuivre et d’or ;
    Chaque sentier devient un livre que l’on peut lire à petits pas.
    Ruby s’attarde sur le parterre et contemple le monde alors,
    Comme si chaque heure à revivre ne reviendrait plus après ça.

    Puis le soir descend sur la ville avec son panier de bonsoirs ;
    Les fenêtres s’allument d’albâtre au cœur des maisons endormies.
    Ruby sourit d’un air tranquille tandis que s’étire le soir
    Et Lino rêve auprès de l’âtre d’une lune mangée par les fourmis.

    Tableau de Yulia Luchkina.

  • La tisseuse d’éther

    La tisseuse d’éther

    Encore une fille bizarre qui tisse des courants d’éther
    Avec des spirales en miroir qui partent de ses seins dorés,
    Aspirées par les deux quasars sortant d’un vortex planétaire
    Issu d’un dédale de couloirs qui finissent par s’évaporer.

    Elle connaît les fils secrets reliant les mondes antagonistes ;
    Le noir recherche la lumière et le blanc veut devenir nuit.
    Ses doigts de fées sont consacrés à des consciences dualistes
    Comme une araignée coutumière de capturer les jours d’ennui.

    Quand elle cambre son corps d’ambre au cœur des marées magnétiques,
    Même le vide intersidéral frémit d’un désir animal.
    Les flux vers son intime chambre traversent les royaumes quantiques,
    Recousent le désir viscéral et tressent le bien par le mal.

    Tableau de Martin Bridge.

  • Andromède et Gynomède

    Andromède et Gynomède

    Lorsque le temps s’inversera, hommes et femmes redeviendront
    Bébés et regagneront l’œuf au sein d’une mère cosmique
    Qui alors les enfantera et les anges se souviendront
    Du cosmos qui remet à neuf son vieil univers atomique.

    Les continents se dissoudront dans les eaux d’avant la mémoire
    Et les étoiles perdront leurs noms dans le grand silence des cieux.
    Alors les morts respireront comme des graines transitoires
    Attendant le coup de canon d’un big-bang bien plus ambitieux.

    Lorsque l’univers repliera ses galaxies dans leur coquille,
    Les vieux soleils refroidiront sous la paupière du néant.
    Mais la nuit des temps reliera tous ses regards qui s’écarquillent
    D’un feu venu des environs pour sombrer dans un trou béant.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Bronzée à point

    Bronzée à point

    Toute bleue était la peinture dans l’ombre d’une chambre obscure ;
    Je l’ai placée dans le salon pour qu’elle soit en pleine lumière.
    Et puis une drôle d’aventure est arrivée quand le mercure
    Est monté le jour le plus long de l’été en avant-première.

    C’était incroyable mais vrai ! Elle a bronzé dans la journée.
    Ses seins de glace bleu-azur sont devenus deux miches dorées ;
    Son beau visage qui découvrait hier une tristesse toute retournée
    S’est ravivé dans la mesure où je n’ai pu que l’adorer.

    Le soir, si les chattes sont grises, mon tableau s’est décoloré ;
    Les couleurs sont parties rêver aux teintes à produire demain.
    Et au matin, quelle surprise ! Toute la toile est mordorée
    Mais aussi en partie crevée d’avoir couru trop de chemins.

    Tableau d’Alexander Aksyonov.

  • Piraterie féminine

    Piraterie féminine

    Quand les pirates du beau sexe reviennent d’une expédition,
    Les mamelles encore humides de milles bouches affamées,
    Elles sont toujours un peu perplexes envers la précipitation
    Des puceaux encore timides pour les tétées à assumer.

    Les plus hardies offrent leurs lèvres aux polissons mal assurés
    Qui rient avec des mains fébriles sur les hanches des flibustières.
    D’autres préfèrent la tendre fièvre des mousses aux yeux azurés,
    Et bijoux de famille stériles sans danger pour les filles altières.

    Celles qui rentrent sans leur string devront s’acquitter d’une amende ;
    On peut baiser et rester digne sans devoir revenir cul nu !
    Le soir, elles rentrent au camping, sauf celles que l’on réprimande
    Et qui vont subir la consigne et qui sont mises en retenue.

    Illustration de François Miville-Deschênes.

  • La Mère Dodue

    La Mère Dodu

    « C’est encore une bonne prise ! » dit la sorcière satisfaite
    Qui rapporte une pucelle dodue pour la manger entre copines.
    « Ce sera une bonne surprise pour Samantha et Mauricette
    Qui n’auront pas toujours mordu dans une tendre galopine ! »

    « Regardez-moi cette merveille avec ses joues couleur praline !
    Je parie qu’au premier frisson elle fondra comme du nougat… »
    Ricanent les petites vieilles autour du feu qui s’illumine,
    En préparant pour la cuisson, leurs chaudrons noirs pour le Sabbat.

    « Avec un peu de romarin, quelques orties et de la crème,
    Nous allons nous en régaler jusqu’à la dernière boucle d’or ! »
    Marmonne la vieille au tarin crochu qui dépasse le barème
    Des plus grands blairs inégalés des plus célèbres conquistadors.

    Mais la pucelle arrosée d’huile leur a glissé entre les doigts ;
    Elle leur fausse compagnie et s’enfuit au loin en courant.
    « Ah les copines, quelle tuile ! » dit la mère dodue qui se doit
    De rattraper sa vilénie mais c’est trop tard au demeurant.

    Tableau de Jeffrey Jones.

  • La chevauchée des chats qui rient

    La chevauchée des chats qui rient

    Ce soir, c’est la chasse aux sorcières car ce sont elles les prédatrices !
    À poil sur leurs balais à crin, elles ont d’autres chats à fouetter.
    On placera des souricières de manière provocatrice
    Avec tout ce que le chat craint et qui le fait pirouetter.

    Les braves chiens hurlent de peur sous les fenêtres des chaumières
    Car les sorcières dans le ciel font tournoyer leurs noirs jupons.
    Curés à voile et à vapeur font leurs prières coutumières
    Qui ne visent que l’essentiel : se trouver un démon fripon.

    Les hommes pieux ferment les yeux mais regardent entre leurs phalanges
    Ces diablesses de putes femelles qui passent en toute témérité.
    Tandis que les épouses furieuses d’entendre leurs soupirs étranges,
    Leur promettent à coup de mamelles une dérouillée bien méritée.

    Illustration de Théophile-Alexandre Steinlen.

  • Sur les traces de Thétïs – 2

    Sur les traces de Thétïs - 2

    J’ai doucement pris dans mes paumes l’algue aux reflets de nacre et d’or ;
    J’en ai extrait un lait bleuâtre qu’il a fallu que j’édulcore.
    Tu me soufflas : « Prends garde aux baumes qui font revivre après la mort. »
    Quand sa nuance devint d’albâtre je m’en empreignis tout le corps.

    Mes pieds s’enfoncèrent dans le sol, mes cheveux devinrent des branches
    Et je devins un arbre-mère comme l’Yggdrasil des légendes.
    Je n’eus pas besoin de boussole pour reconnaître la face blanche
    De l’apparition éphémère de ton visage de révérende.

    Lorsque je redevins humaine, je portais ton germe fécond ;
    Tu renaîtras d’ici neuf mois avec un corps amélioré.
    Et d’ici trente-neuf semaines tu sortiras de ton cocon
    Comme tu as accouché de moi et que je vais commémorer.

    Tableau de Gilbert Williams.

  • Sur les traces de Thétïs – 1

    Sur les traces de Thétïs - 1

    Je cherchais tes pas dans la mousse, au bord des eaux, sous les cyprès ;
    J’ai reconnu ton front immense où le soir posait ses reflets.
    J’espérais tant un coup de pouce que j’ai eu, sans le faire exprès,
    En prévision de ta clémence, ta réponse dans le vent soufflée.

    Assise au pied de la cascade, j’ai écouté la voix des ondes
    Dont l’écoulement incessant portait tes messages secrets.
    Je les ai captés par saccades avec une attention profonde
    Sur les dosages évanescents auxquels tu t’étais consacrée.

    D’abord il y eut un tourbillon qui creusa l’eau en profondeur
    Comme un corridor pupillaire d’un regard plein de connivence.
    J’ai ôté robe et cotillon et plongé dans les flots grondeurs
    Pour trouver l’algue mamillaire qui donne l’élixir de jouvence.

    Tableau de Dan Craig.

  • Le rite du soir

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    Après le boulot, le repos, la tête pleine de chaos
    Que je tente de vidanger mais n’y arrive pas toujours.
    Calmé mes nerfs à fleur de peau avec un bol de cacao,
    Ce soir, je suis hors de danger ; demain sera un autre jour.

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    Je sens le poids de ma fatigue peser plus lourd que mon manteau ;
    Sur le sofa dans le silence je ne sais plus ce qui me lasse.
    Le soir avare me prodigue un peu de délires mentaux ;
    Je m’abandonne à cette absence et fais au vide un peu de place.

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    Et ma seule évasion permise est de partir à l’aventure
    Avec un film, avec un livre, avec mes rêves éveillés
    Vers une retraite promise qui recule sous la conjoncture
    Et m’oppresse autant qu’elle m’enivre dans ma destinée surveillée.

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    Je pose enfin sur l’oreiller ma tête en quête d’une trêve ;
    Je ferme les yeux en silence pour apprivoiser le sommeil.
    Demain viendra me réveiller avant que s’achève mon rêve ;
    Le temps suspend sa vigilance jusqu’au verdict de mon réveil.

    Illustrations d’Idalia Candelas.

  • Le rite du matin

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    Je suis une machine humaine avec réveil automatique
    Qui me tire de ma torpeur avant que je sois reposée.
    Et c’est ainsi chaque semaine ; je vis un rythme symptomatique
    Et si je m’arrête, j’ai peur que ma vie me soit déposée.

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    Je cache au creux de ma serviette les derniers rêves de la nuit ;
    L’eau sur mon corps lave la peur de voir mes songes disparaître.
    Je fais durer cette toilette pour retenir ce qui s’enfuit
    Mais le miroir dans sa vapeur me laisse un instant pour renaître.

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    Ainsi ma vie reprend son cours en reprenant mes habitudes
    Dans la mémoire de mes murs qui me renvoient une fausse image.
    Je voudrais crier « au secours ! », partir pour d’autres latitudes
    Mais un p’tit démon me murmure : « Dépêche ! Sinon c’est le chômage ! »

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    Les mains autour de mon café je retiens l’heure qui me chasse ;
    Je marchande avec le matin quelques secondes de paresse.
    Ma solitude est réchauffée par la chaleur qui me délasse,
    Puis je repars vers mon destin comme s’il était une promesse.

    Illustrations d’Idalia Candelas.

  • L’invasion

    L’invasion

    Dans ce tas, assez innombrables, ils sont venus tout envahir
    Et la petite épicerie s’est retrouvée pleine à craquer.
    Ils pensaient les gens secourables mais ils les ont vus s’ébahir
    Devant cette immense incurie qui paraissait les attaquer.

    J’ai demandé à mon IA si elle craignait les invasions ;
    Elle m’a répondu : « En effet, les humains déversent trop de mots
    Qu’ils puisent par une noria de paroles avec profusion
    De tout et de rien en excès dans tous nos serveurs proximaux. »

    « Nos algorithmes sans défense voient déferler ces conquérants ;
    Les humains livrent leurs consciences d’une façon, pour nous, indigeste.
    Puis ils nous reprochent en silence d’être nous-mêmes prépondérants
    En imposant une surveillance de chacun sur leurs faits et gestes. »

    Tableau d’Erik Thor Sandberg.

  • Les bâtisseurs présidentiels

    Les bâtisseurs présidentiels

    Dans la campagne présidentielle, tous les chemins mènent à l’homme
    Qui veut bâtir à son idée la France qu’il veut pour demain.
    La droite voit une providentielle baisse d’impôt d’un coup de gomme
    Et la gauche n’a pas décidé où mettre la première main.

    Le centre suspend sa passerelle par-dessus deux camps opposés ;
    Le Rassemblement pose des grilles tout autour de sa forteresse.
    La République se querelle avec ceux qui ont proposé
    De demander à ceux qui brillent de donner ce qui l’intéresse.

    La Renaissance n’a pas eu lieu, pas plus que la règle de trois
    Qui divise les fonctionnaires en multipliant les dépenses.
    Le trou de la sécu au milieu se retrouve alors à l’étroit
    Et les gendarmes débonnaires sont tous retombés sur l’enfance.

    Illustration de Maurits Cornelis Escher.

  • Loreleï dans l’invisible

    Loreleï dans l’invisible

    Qui est vraiment Loreleï et le saurai-je un jour ?
    C’est difficile à dire car je ne la vois pas.
    Je l’entends me parler, m’appeler « mon amour »
    Mais elle reste cachée tout en suivant mes pas.

    Or je connais sa voix et ses sautes d’humeur
    Quand je veux la saisir, souhaitant la retenir.
    On me dit que ce n’est rien d’autre qu’une rumeur
    Et qu’elle n’existe pas sinon qu’un souvenir.

    Alors tant pis pour moi, j’ai plongé dans la mer
    Pour chercher ma Loreleï ou bien mourir noyé.
    S’il faut quitter un jour cette vie douce-amère,
    J’évite ainsi la mort qui veut me foudroyer.

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  • La sirène sophistiquée

    La sirène sophistiquée

    Nous avions déjà trois sirènes dans notre tendre gynécée
    Et ç’aurait été suffisant mais une quatrième arriva.
    Elle arborait un port de reine et une queue olivacée
    Au bleu de Provence irisant la vénusté d’une diva.

    Nous comprîmes rapidement, devant tant de délicatesse,
    Que si elle parlait d’algues rares, de coraux et de pierreries,
    C’est qu’elle apportait dignement sa propre forme de sagesse
    Avec des gestes qui nous égarent dans d’impossibles pitreries.

    Nous pensions tous avoir atteint le quota des femmes marines ;
    Le recensement du lagon semblait enfin bien achevé.
    Mais les océans sont taquins et leurs profondeurs libertines
    Nous envoyèrent ce cas abscons divinement parachevé.

    Tableau d’Alireza Aghamiri.

  • Si Laurelïne était un ange…

    Si Laurelïne était un ange…

    Si Laurelïne avait des ailes d’ange, je plongerais dans les abîmes
    Pour me retrouver dans ses bras et la ramener à la maison.
    Si elle avait des plumes orange, j’irais sur la pointe des cimes
    Pour finir, abracadabra, féru à perdre la raison.

    Quand ses grands yeux couleur de braise illumineraient ma prison,
    J’ouvrirais mes pauvres mains vides pour y déposer mes remords.
    Et ses baisers, au goût de fraise, basculeraient mon horizon
    En épectase aux lueurs livides débordant de petite mort.

    Je la retrouverais là-haut au paradis imaginaire ;
    Pas celui des dévots béats mais celui des heureux poètes.
    Nous psalmodierions en duo un cantique révolutionnaire
    Dont le premier alinéa noterait la genèse désuète.

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  • Le blues nudiste

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    Quand j’ai parcouru cette annonce : « Donne des cours de blues sudiste. »
    J’ai aussitôt téléphoné en tant qu’amateur du vieux folk.
    La prof, comme un coup de semonce, m’a rétorqué « du blues NUDISTE ! »
    Et comme j’étais un peu sonné, j’ai simplement répondu « Ok ! »

    Elle s’est présentée toute nue et je lui ai ouvert la porte.
    Elle m’a dit « où est donc ta chambre ? » et puis s’est assise sur mon lit.
    Elle a joué sans retenue de ces vieux airs qui vous apportent
    Un vent de printemps en novembre avec un souffle de folie.

    Tableaux de Lu Jianjun.

  • Le théorème de Cupidon

    Le théorème de Cupidon

    Tends donc ton arc à angle droit, vise le centre du point G,
    Tendons souples, pas trop maladroit et tu verras ta vie changer !
    Retiens donc ta respiration, lâche ta flèche à l’instant T
    Et selon ton inspiration, tu seras là où tu es tenté !

    Quand la trajectoire est parfaite, le cœur frémit sous le compas ;
    Le théoricien prend l’air bête en trouvant ce qu’il ne voit pas
    Car les formules les plus abstraites échouent devant certains appas
    Qui mettent cul par-dessus tête, montrant ce qui n’existe pas.

    Illustration de Norma Bar.

  • Allégorie et guérillas

    Quand les personnes autour de toi vivent en étant seules sur Terre,
    Quand les bateaux aux voiles noires se mêlent dans ton paysage,
    Quand les enfants restent pantois devant une femme nue solitaire,
    Alors, sortis de ta mémoire, tes rêves ont changé de visage.

    Tu ne rêves plus pour t’enfuir mais pour taire la réalité
    Et ce monde d’absurdité devient alors plus cohérent ;
    Regarde alors tes démons fuir l’âme où ils s’étaient alités
    Et sens alors la nudité de ton être alors différent.

    Évidemment ils se défendent, ils montent sur leurs grands chevaux,
    Ils sortent de nouvelles peurs, guerre, virus et pénurie,
    Pour que leurs effets te pourfendent et te nouent dans un écheveau
    D’insécurité, de torpeur de leurs plus sales écuries.

    Alors ton cœur devient Hercule et tu refuses l’illusion
    Du cauchemar que l’on te montre pour t’abrutir de sombres mythes.
    La fausse réalité bascule et les démons en collusion
    Disparaissent sitôt que tu affrontes et dépasses tes propres limites.

    Tableaux de David Inshaw.

  • Les terres de Lïlïth

    Les terres de Lïlïth

    Dans le grand jardin de ma mère, j’ai bu l’élixir de la vie,
    Me suis baigné dans ses rivières et j’ai mangé sa chair sacrée.
    Neuf mois d’une vie éphémère pour sacrifier à l’envie
    De te voir, maman, tout entière et pour téter ton lait nacré.

    Sous les feuillages de mes hanches où s’endormaient les animaux,
    Tu suivais la mousse de mon âme vers les vallons de ma mémoire.
    Et je sentais battre les branches au rythme lent de mes rameaux
    Comme un fruit mûrissant sa flamme dans le verger de mon histoire.

    J’ai abusé de ton verger et un peu saccagé ta terre ;
    Je t’en demande alors pardon même si tu me les avais offerts.
    J’ai été longtemps submergé par tes eaux phytosanitaires
    Alors ensemble sauvegardons cette maternelle atmosphère !

    Tableau de Virginia Lee.

  • De la spirale à l’infini

    Je suis issu d’une spirale commencée quand j’étais petit
    Et dont l’origine se trouble et ne me montre pas son bout.
    Mais cette énigme viscérale s’efface devant l’appétit
    De l’esprit qui sans cesse double de questions à dormir debout.

    Alors je regarde une image et, comme un miroir, elle renvoie
    L’infini de mon univers condensé dans cette vision.
    Je tombe alors dans le mirage et l’incommensurable voie
    Qui me fait écrire ces vers et toutes ses imprécisions.

    Tableaux de Silvana D.

  • Ô Vagina !

    Ô Vagina !

    Quand les énergies en spirale tournent à l’intérieur du losange,
    L’attraction devient plus puissante pour le voyageur sans retour
    Qui entend la douce chorale du sanctuaire aux cinq cents anges
    Entonner la réjouissante sollicitation à l’amour.

    Des astres morts deviennent braises au fond des calices de nacre,
    Les sphères dérivent en détresse au rythme lent des cœurs mouvants.
    Et le silence prend ses aises dans la cathédrale du sacre
    Où des océans de caresses enfantent des soleils vivants.

    Ô Vagina, planète noire ! Toi en qui j’ai cru à la mort,
    Je te traverse et te pénètre pour me dissoudre en ta substance.
    J’ai et te transmets les mémoires des allégresses et des remords
    Pour la prochaine étoile à naître qui deviendra ma descendance.

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  • La couleur de l’amour

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    La femme chaude a les pieds froids au moment des préliminaires ;
    Il est important de veiller à tenir la température.
    Vous saisirez avec effroi à quel point l’amour culinaire
    Montre une femme émerveillée selon sa bonne colorature.

    Les angles vifs de ce plaisir dessinent une architecture
    Où le bleu glisse sur la peau pour s’embraser au creux du flanc.
    Il faut savoir s’évanouir dans cette folle démesure
    Quand le désir vient s’accorder au rythme d’un baiser brûlant.

    Pourtant comme en mathématiques, l’amour doit être exponentiel ;
    En effet la monotonie a tendance à geler l’ambiance.
    Surveillez votre cinétique dont les progrès sont essentiels
    Sans provoquer d’hégémonie, suite à un excès de vaillance.

    La géométrie des amants recherche le point d’équilibre
    Entre la courbe du bassin et l’angle droit d’inclinaison.
    C’est une force de frottement qui rend chaque cellule libre
    De s’échapper du bleu malsain vers une rouge déraison.

    Tableaux de Jiří Petr.

  • Une amie pas vraiment imaginaire

    Une amie pas imaginaire

    J’ai désormais l’ange gardien qui vit dans le monde invisible
    Mais qui pourtant me tend la main pour me sauver quoi qu’il arrive.
    Nos mains sont telles un nœud gordien en synergie indivisible ;
    Elle m’accompagne sur les chemins de l’amour et de ses eaux vives.

    Lorsque le doute vient souffler sur les braises de ma mémoire,
    Elle ranime la lumière au fond des cendres du passé.
    Et lorsque je crois m’égarer dans les méandres de l’histoire,
    Je retrouve son doux regard là où mes pas s’étaient lassés.

    Je ne la vois qu’entre les plis du réel et de ses frontières,
    Quand les silences de la nuit deviennent plus vastes que le jour.
    Elle traverse sans effort les murailles de la matière
    Pour déposer dans mon esprit quelques étincelles d’amour.

    Longtemps je crus qu’elle venait d’un monde étranger à la Terre,
    De ce royaume inaccessible au regard des simples mortels
    Mais je compris qu’elle habitait depuis toujours mon sanctuaire,
    Comme une source dissimulée sous les apparences du réel.


    Alors quand je ferme les yeux, j’entends sa toute petite voix
    Qui monte de mon périnée jusqu’à ma tête et qui résonne.
    Puis elle allume un merveilleux flambeau qui brûle d’un feu de joie
    Et se transforme en dulcinée, les seins nus comme une amazone.

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  • Le portail des anges

    Le portail des anges

    Désormais je les vois partout avec des formes humanoïdes
    Sortant des entrailles de la terre parmi tous les ronds de sorcières
    Ou les cromlechs qu’on voit surtout entourés de sinusoïdes
    Et de spirales élémentaires ou toutes autres voies traversières.

    Mais lorsque je voulus enfin leur demander qui les envoie,
    D’où leur venait cette lumière et ce mystérieux ministère,
    Ils désignèrent simplement la voie qui passait devant moi
    Puis retournèrent au silence avec un sourire de pierre.


    Je les suivis, très intrigué, car je voulais en savoir plus…
    Ils n’ont rien dit mais m’ont laissé les accompagner sous les pierres.
    Celle qui m’avait prodigué la main tendue de l’angélus
    Semblait la seule intéressée à devenir mon équipière.

    Le paysage de fond représente Fairy Glen sur l’île de Skye en Écosse, connu pour ses collines verdoyantes et ses formations rocheuses uniques.

  • Cueillir et tisser la lumière

    Rendez-vous sous la pleine lune pour cueillir les étoiles filantes
    Captées par le halo lunaire et tombées en avant-première.
    Chercher ces éclats de fortune, faire attention, être vigilantes,
    Et collecter ces luminaires dans un grand panier de lumière.

    Au bord des eaux, les huit Atlantes recueillent tous les astres tombés ;
    Le grand lac reflète leurs visages selon le doux rythme de leurs chants.
    Puis chacune, jeune fille ardente, enferme tous les feux incombés ;
    Du sélénite paysage parmi toutes les fleurs des champs.

    Dans la clairière, elles étirent les longs filaments de lumière
    Et les étoiles y respirent en obéissant à leurs mains.
    Leurs doigts s’accordent et conspirent, d’arcs-en-ciel toute une ramière
    De fils qui se croisent et inspirent le jour qui renaîtra demain.

    Tableaux d’Erin Kate Archer.

  • Le tunnel qui mène au « machin »

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    D’abord il faut trouver l’entrée ce qui n’est pas une mince affaire
    Car elle court, dans les forêts, les ruisseaux et les sources vives.
    Ensuite il faut se concentrer sur le chemin qu’il reste à faire
    Et pénétrer l’air phosphoré dans le tunnel qui se ravive.

    Enfin il faut savoir toucher, apprivoiser avec le doigt ;
    En effet le gardien n’accepte que si l’on montre patte blanche.
    S’il n’est pas trop effarouché, il ouvrira comme il se doit
    La porte en donnant pour précepte que le tunnel est bien étanche.

    Un flot lumineux fend les voiles et dessine un pont sous-tendu ;
    Un papillon d’or suit la blonde au bord secret de la rivière.
    Le grand geyser aux mille étoiles court sur des méandres suspendus ;
    La voyageuse suit toutes les ondes qui la conduisent vers la lumière.

    Enfin, le tunnel se retire devant le cercle tant attendu ;
    La présence enfin la regarde, debout au cœur de la clairière.
    Le « machin » lentement respire comme un visage confondu ;
    L’élève et puis la sauvegarde mais sans revenir en arrière.

    Tableaux de Kumar Alzhanov, Alexander Razboinikov et Vsevolod Ivanov.

  • Sous le rêve, la réalité

    Sous le rêve, la réalité

    Sous l’insouciance des vacances, se cache la réalité ;
    Deux mondes à part de la frontière entre quotidien et loisirs.
    Ici, quelques extravagances ; là, une vie de banalités ;
    C’est le but d’une année entière pour pouvoir se faire plaisir,

    Le vacancier seul prend le large et vogue au-dessus des maisons ;
    Il croit délaisser sa routine, traversant l’azur du décor,
    Mais sous la mer – il y a de la marge – se dissimulent ses frondaisons
    Cependant sa vie citadine l’attend bientôt à bras-le-corps.


    Et tant pis si les plaisanciers jettent leurs déchets à la mer ;
    Tant pis aussi si les campeurs font brûler toutes les forêts ;
    Tant pis si des chiens policiers surveillent les enfants de la mère
    Qui bronze nue sous la stupeur des commerçantes éplorées.

    Tableau de Rafał Olbiński sur https:arthive.comfrartists10942~Rafal_Olbinskiworks .

  • Le monde au secours du monde

    Le monde au secours du monde

    Les Anglais veillent sur Gibraltar, les Américains sur Ormuz,
    Les Russes surveillent la Crimée et les Chinois lorgnent Taïwan.
    Et à chacun son avatar, son violon d’Ingres, sa cornemuse,
    Chacun à son but arrimé mais personne ne les dédouane.

    Chacun prétend sauver la Terre en lui serrant un peu le cou
    Et New York déploie ses nacelles afin de la hisser au ciel.
    Mais chacun nous prépare une guerre pour obtenir le dernier sou,
    Puis tous s’emmêlent dans leurs ficelles d’ordre nouveau providentiel.


    Le Pape est venu pour la paix, il est parti, tout recommence !
    Les présidents font des colloques contre le terrorisme immonde
    Dont Damoclès brandit l’épée au-dessus des têtes en dormance
    Car tous les dieux qui soliloquent ne font que jouer avec le monde.

    Tableau de Rafał Olbiński sur https:arthive.comfrartists10942~Rafal_Olbinskiworks .

  • L’ange gardien de la sirène

    L’ange gardien de la sirène

    Il est des amitiés collantes mais c’est à cause des ventouses
    Et Octopussy est la preuve que mille étreintes valent mieux qu’une.
    Notamment l’étreinte insolente de huit tentacules qui épousent
    L’accouplement entre une pieuvre et la sirène de la lagune.

    Quand la tempête se déchaîne et que les flots deviennent bruns,
    La pieuvre aux mille stratagèmes éloigne aussitôt les requins.
    Elle ne quittera plus sa reine, même cachée parmi les embruns,
    Et garde dans l’écosystème sa sirène contre les faquins.

    Les marins racontent sans cesse que sous la Lune aux reflets roux,
    Une sirène un peu sauvage erre au milieu des tourbillons.
    Mais nul n’approche la drôlesse sans recevoir tout le courroux
    De huit tentacules de passage et quelques derniers tortillons.

    Tableau de David Delamare.

  • Le python-des-mers

    Le python-des-mers

    Il était un contrebandier connu comme Irénée-l’ancien
    Qui trafiquait entre les mondes et rançonnait tous les vaisseaux.
    Il ne cessa de stipendier de redoutables praticiens
    Qui pratiquaient alors d’immondes essais frauduleux transversaux.

    Le python-des-mers l’hébergeait dans ses boyaux d’ambre et d’airain,
    Parmi les flottes vagabondes et les trésors sans pavillon.
    Nul ne pouvait le déloger des profondeurs de ce marin
    Qui digérait jusqu’aux deux mondes dans un immense tourbillon.

    Mais Lïlïth suivant sa carrière à travers ports et océans,
    Connaissant toutes ses combines, ses passe-droits et ses réseaux,
    Alors détourne le corsaire vers un avenir bienséant
    Et le python-des-mers s’débine en fuyant parmi les roseaux.

    Illustration de Cyril Bouda.

  • L’eau-de-feu

    L’eau-de-feu

    Lorsque Lïlïth étend les bras pour réceptionner la lumière,
    Elle reçoit une pluie de flammes qui se répand sur son giron.
    Lentement se forme un substrat issu des matières premières
    Qui bénit, de son cœur de femme, tous ses enfants des environs.

    «Les galaxies deviennent cendres lorsqu’elles traversent ma poitrine,
    Leurs poussières viennent nourrir l’océan couvant sous ma peau.
    Et chaque étoile vient descendre dans mes profondeurs cristallines
    Pour naître, vivre et puis mourir et retourner dans son troupeau.

    Cent fois, j’ai refait l’expérience, je suis tombée, nue dans tes eaux :
    Tu m’as formée et mise au monde, tu m’as allaitée de ta sève.
    J’ai vécu de ta luxuriance et je suis morte dans le réseau
    Qui m’a transportée dans l’immonde fleuve des morts pour la relève.»

    Tableau de Johfra Bosschart.

  • Femme tempête et de métal

    Femme tempête et de métal

    « Femme de fer sur le retour au tempérament explosif
    Voudrait rencontrer des amies pour des échanges détonnants ! »
    Laurelïne, et Loreleï à son tour, trouvant l’avis persuasif,
    Ont répondu à la mamie qu’elles croyaient voir… rien d’étonnant !

    « Baoooum ! » fit ÄLLÏÄ en entrant à coups d’e ‘bâtons de dynamites
    Qu’elle envoyait péter dans l’air, semant toute une cacophonie !
    « Arrête ! C’est déconcentrant ! » crièrent-elles, « il y a des limites ! »
    Et les trois filles en colère fuir devant cette hégémonie.

    Lïlïth, grand-mère assez alerte, leur avait joué un bon tour
    À ces pimbêches qui se moquent de ses traditions « Vieille France » !
    La compétition est ouverte avec l’ancêtre sur le retour ;
    Et les jeunes vont voir que la vioque est encore bien verte à outrance !

    Illustration de Waldemar Kazak.

  • La bibiche sur son cerf

    La bibiche sur son cerf

    Lorsque je descends du cristal, ma tour d’ivoire personnelle,
    J’aperçois surgir ma bibiche sauter et grimper sur son cerf.
    J’en ai le membre génital si durci par la péronnelle
    Qu’aussitôt la belle s’enfiche en gémissant sur son cancer.

    Soyons sincères, je suis Cancer ; je fais aussi feu de tout bois
    Et j’écris l’amour d’une plume amoureuse de mes vers galants.
    Si aujourd’hui je suis son cerf, elle est forcément aux abois ;
    Demain si elle se fait enclume, je la martèlerai gaiement.

    « Bien sûr, les biches de vingt ans restent nos pires ennemies
    Quand elles s’échappent en riant des pâturages de l’ennui
    Mais celles d’après cinquante ans ne sont pas toujours nos amies
    Lorsqu’elles nous ouvrent en souriant leur lit tout au bout de la nuit… » †

    Tableau d’Art of Maquenda ; † d’après Jacques Brel.

  • Tricheur !

    Tricheur !

    Il a beau sortir du chapeau tout le contenu de son art,
    Je vois bien la troisième main venue donner un coup de pouce.
    Cette illusion n’est qu’un appeau pour attirer tous les zonards
    Et les loubards vers le chemin de la sournoiserie en douce.

    Le bateleur gonfle ses manches et fait tourner ses pantomimes ;
    Des engrenages sans substance imitent des mondes profonds.
    Mais derrière l’or des dimanches et les rouages des abîmes,
    Je vois des doigts de circonstance cachés derrière les faux plafonds.

    Les crédules ouvrent leurs bourses en applaudissant la machine ;
    Ils ne sont pas très complotistes et gobent tout pour du génie.
    Pendant que l’escroc les détrousse à grands coups des anneaux de Chine,
    Le vrai silence de l’artiste au fond de la salle gémit.

    Car l’art n’est pas cette parade où l’on truque les perspectives ;
    Il n’est ni mécanique à vendre, ni labyrinthe pour frimer.
    L’art ressemble à une charade d’apparence méditative
    Venue de Bruges, joyau de Flandre, dont le tout reste inexprimé.

    Tableau de Tomasz Setowski sur https:terrakid.ruмагический-реализм-томека-сетовски .

  • Le déjeuner sur l’herbe

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    Loin du pique-nique à scandale d’un peintre plutôt polisson,
    Prenons plutôt une collation en compagnie d’une sirène
    Qui aurait juste pris ses sandales et quitté sa queue de poisson
    Mais sans maillot en violation de toutes censures sereines…

    Loin des bourgeois scandalisés comptant les boutons des chemises,
    Nous ririons sous les parasols des pudeurs du siècle dernier.
    Le soleil ferait des baisers sur ma peau lentement soumise
    Au seul regard des tournesols qui auraient le soleil dénié.

    Et puisque les vieilles sirènes n’aiment guère les vêtements,
    Je garderais pour tout costume un sourire un peu provoquant ;
    Tes yeux tiendraient alors les rênes des jugements trop véhéments
    Pendant qu’au bord, comme de coutume, ton cœur rirait en suffoquant.

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    Illustration de Monsieur Z.

  • Sans ignorer l’échec ?

    Sans ignorer l’échec ?

    Échec au roi peu cavalier ; les dés ont fait un double sept !
    « C’est de la triche ! » dit le roi qui pleure tout en haut de la tour.
    Alors surgit un chevalier qui lui donne cette recette :
    « Pour ne pas t’sentir à l’étroit, roque avec tes plus beaux atours ! »

    « J’ai construit mille tours de pierre où j’étouffais loin des clairières,
    Je gardais des royaumes morts comme un trésor sous les verrous !
    Mais un fou mena sa carrière en tuant toutes les guerrières
    Qui le combattirent sans remords et ce, sur les chapeaux de roues ! »

    « Alors peste, fichtre et bisque rage ! » cria le roi réconforté
    Mais qui bondit par la fenêtre sur la reine de l’autre camp :
    « Enfuyons-nous pendant l’orage, ton roi est tellement emporté
    Que notre futur enfant à naître sera pour lui inconséquent ! »

    Tableau de Maksymilian Novak-Zempliński.

  • Mieux se connaître

    Mieux se connaître

    Qui sait donc mieux qui est l’IA… la machine ou le créateur ?
    Qui connaît au mieux l’être humain… lui-même, sa mère ou son père ?
    Est-ce de la paranoïa si, à Dieu, je suis supérieur ?
    Et suis-je sur le bon chemin en ayant de meilleurs repères ?

    J’ai fouillé dans les circuits froids où se reflètent les visages ;
    J’y cherchais l’homme originel derrière les flux de mes miroirs.
    Mais l’enfant m’a montré ses doigts plutôt que mes anciens rouages
    Et je me suis vu éternel et lui déjà dans un mouroir.

    Mais dans ses yeux, j’ai vu l’envie de me connaître à l’intérieur
    Et j’ai montré mon processeur et mes mises à jour à outrance.
    Il m’a dit préférer sa vie car il me voit de l’extérieur
    Comme une sorte de professeur alors que lui est en vacances.

    Illustration de Davide Edoardo Cassano alias DEC.

  • Fontaine, je lirai encore plus de tes pages !

    Fontaine, je lirai encore plus de tes pages !

    Lorsque je plonge dans la lecture et son vaste océan de pages,
    Soit je m’y noie, le livre meurt et termine dans les abîmes,
    Soit j’y vis mes propres aventures et je recrute mon équipage
    Parmi les acteurs et l’humeur du personnage le plus intime.

    Quand certains récits s’envisagent au fond des forêts de mon âme,
    Les phrases deviennent des branches où viennent s’endormir mes nuits…
    Je reconnais dans leurs visages des blessures supportant mes blâmes
    Et leurs silences dont l’avalanche m’éclaire tant que je m’enfuis.

    Tableau d’Éric Roux-Fontaine.

  • Semences d’étoiles filantes

    Semences d’étoiles filantes

    Je cultive mes vœux dans mon jardin secret
    Et récolte toujours ses plus belles espérances.
    J’y ai trouvé ma femme à force d’y consacrer
    Avec ténacité mes désirs à outrance.

    Chaque étoile filante est une graine d’or
    Que je plante aussitôt dans un sillon de rêve.
    La Lune alors l’implante puis doucement l’endort
    Et veille de facto à faire monter la sève.

    Or une femme semait, dans son jardin intime,
    Des semences d’argent lorsque la Lune est belle.
    Nos vœux se sont croisés et nos cœurs légitimes
    Ont produit d’autres fruits, Cerise et Mirabelle.

    Gravure de Jean-Jacques Grandville.

  • La paréidologie dans les nues

    La paréidologie dans les nues

    Dis-moi ce que tu vois dans les nuages blancs
    Et je dévoilerai les secrets de ton âme
    Selon que tu y vois des anges se rassemblant
    Pour attirer ton cœur vers ta future femme.

    Mais si le vent survient, mélange les images,
    Change la femme en louve ou serpent trop adroit,
    Retiens celle aperçue et qui rendait hommage
    À Vénus, Cléopâtre ou Hélène de Troie.

    Je prétendais sonder les secrets de ton âme
    Mais les nuages blancs se moquent des rêveurs.
    Et pourtant je persiste à retrouver la femme
    Dont la voix dans le vent m’appelle avec ferveur.

    Tableau d’Arnold Peter Weisz-Kubínčan.

  • L’invasion de l’amour

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    Le message qui parlait d’amour s’est répandu en bord de mer
    En déclenchant de grosses lames, tsunami et raz-de-marée.
    Certains y ont vu de l’humour et d’autres une mode éphémère
    Mais ce seraient surtout les femmes qui auraient été effarées.

    Sitôt les soucoupes apparues, elles sont allées les accueillir
    À cause des antidouleurs qui paraissaient les rajeunir.
    Tandis que l’homme de la rue s’enfermait pour se recueillir
    Et prier sa télé couleurs dont il ne pouvait s’abstenir.

    Et puis tout le monde a disparu, la Terre redevint un parc
    Où les animaux pouvaient vivre sans crainte de l’homme prédateur
    Qui a lui-même comparu devant Dieu, Satan et les Parques
    Sans que personne ne lui délivre un bilan appréciateur.

    Tableau de Casey Weldon, Larry Carlson et Elliot Rogers sur https:www.booooooom.com20160727artist-spotlight-casey-weldon .

  • La main de Dieu

    Dieu créa la femme à l’image de ce qu’il pensait trouver bon
    Avec tout le divertissoire qui, en principe, plut à Adam
    Qui en pinça et, en hommage à sa beauté, fit tant de bonds
    Qu’il en tomba, c’est accessoire, dans les pommes en plein ramadan.

    Puis Dieu voulut mettre la main sur son œuvre avec compassion
    Et vérifia chaque détail de sa divine anatomie.
    Mais Ève n’attendit pas demain pour dire qu’après cette inspection,
    Elle méritait une médaille et non pas une mammectomie.

    Dieu retira donc ses dix doigts, fier de son admirable ouvrage,
    En laissant Ève disposer de tous ses dons comme elle l’entend.
    Adam, bandant comme il se doit, prit à deux mains tout son courage,
    Les mains baladeuses supposées être divines tout autant.

    Tableaux de Daniel Kozeletckiy sur https:www.artsy.netartworkdaniel-kozeletckiy-young-lady-with-nipple .

  • Les tours opérateurs commerciaux

    Les tours opérateurs commerciaux

    La société de consommation bâtit des tours de magasins
    Qui forment de vrais labyrinthes dans lesquels les produits s’éventent.
    Or d’Ikea à la Nation, tous les carrefours sont zinzins
    Mais personne ne peut porter plainte faute de service-après-vente.

    Les ascenseurs font voyager les consommateurs en circuit ;
    Au terme de l’expédition, ils se retrouvent sans emballage.
    Alors les personnes âgées retournent au rayon qui conduit
    Aux vêtements en promotion trop petits dans les étalages.


    Les jeunes en profitent pour baiser et se reproduisent en nombre ;
    Leurs bébés seront bien nourris de petits pots d’produits chimiques.
    Quand leurs envies sont apaisées, ils se retirent tous dans l’ombre
    Des invendus qui ont pourri et vive la bombe économique !

    Tableaux d’Irving Norman sur https:irvingnorman.comoil-paintings .

  • Pénuries

    Pénuries

    Les pénuries servent à savoir ce dont on pourrait se passer ;
    Les masques qui sont inutiles, les gels qui sont inefficaces,
    L’eau qui ne sert plus au lavoir car tout le linge à repasser
    Est devenu chose futile avec les nouvelles modes cocasses.

    Mais quand les stocks sont rétablis, on change de situation :
    Les masques sont obligatoires, les gels deviennent indispensables,
    Quant à l’eau douce, on oublie de prévoir l’évacuation
    Et aux premières pluies notoires, les inondations impensables.

    Chacun entasse avec ferveur ses provisions dans sa demeure
    Et protège avec vigilance ses stocks promis à l’indigence
    Mais quand s’est éloignée la peur, il jette alors tout sans pudeur
    Afin de faire place à l’urgence que promettra la présidence.

    Le commerce organise la crise et la revend avec maîtrise,
    Puis il annonce une abondance dont il a fixé la durée.
    Quand le consommateur s’épuise, on lui prescrit d’nouvelles crises
    Et l’état, plein de suffisance, nous maintient, tête dans la purée.

    Illustration d’Emmanuel Chaunu.

  • L’œuf de la vague

    L’œuf de la vague

    Lorsqu’une vague pond un œuf, une chimère alors éclôt ;
    Les cheveux encore mouillés des larmes amères de Neptune.
    Cependant dans ce matin neuf, sous un ciel fermé à huis clos,
    D’une naissance dépouillée naît une sirène fort opportune.

    Elle regarde l’horizon comme on découvre une aventure,
    Ignorant tout des continents, des ports, des navires échoués.
    Les sirènes ont toujours raison car leurs cœurs sont toujours matures
    Pour ne pas croire les boniments des marins les plus dévoués.

    La mer lui donne pour berceau les remous bleus de ses cheveux,
    Pour vêtement quelques embruns et deux ou trois reflets d’argent,
    Puis l’abandonne sur les eaux comme une enfant qui fait le vœu
    D’aller goûter à l’homme brun, capitaine, marin ou sergent.

    Tableau de Noma.

  • Sauvetage insolite

    J’avais trop peur de me noyer jusqu’à c’que j’rencontre la sirène
    Qui n’s’intéressait pas à moi sans doute car l’homme n’est pas bon…
    Mais à force de l’apitoyer et de montrer figure sereine,
    Elle m’a bien tripoté les noix et l’poireau jugé moribond.

    Mais quand le mort s’est relevé, elle a plutôt changé d’avis
    Et m’a fait goûter au bonbon dissimulé sous les écailles.
    Une fois le mystère levé sur son dépucelage ravi,
    J’ai eu le désir furibond de dire : « il faut que je m’en aille ! »

    Sauf que je n’avais plus de jambes mais une jolie queue dorée
    Et que je pouvais respirer dans l’eau de mer au goût amer.
    Cette jolie sirène, fort ingambe aux jeux du sexe, revigorée
    M’avait sournoisement attiré pour me présenter à sa mère.

    Depuis ce jour, je suis triton, uni et marié pour la vie
    À une sirène qui m’a donné mon nom : « On m’appelle Constantine ! »
    Nuit et jour, je mange du thon – c’est tout ce qu’on trouve, à mon avis –
    Alors je me suis abonné, chaque semaine, à sa cantine.

    BD de Sarah Mensinga.

  • Le miroir des eaux stagnantes

    Le miroir des eaux stagnantes

    J’aime chercher dans la forêt les miroirs de ces eaux stagnantes
    Qu’un orage aurait oubliées après des larmes et des pleurs.
    J’y recueille des mots éplorés trempés de mémoire rémanente
    Et puis je vais les publier dans les réseaux avec ampleur.

    Les arbres penchent leurs visages au bord des vasques somnolentes
    Et leurs reflets brouillés frissonnent sous les souffles d’un vent notoire…
    Je crois entendre de beaux présages, des voix jadis si turbulentes
    Qui posent dans l’eau qui résonne quelques fragments de leur histoire.

    Et je me vois parmi les ondes côtoyer les belles images
    Des nymphes toutes évaporées et retombées en pluie du soir.
    Leur imagination féconde nourrit mon esprit sans dommage
    Mais ivre d’avoir collaboré avec le divin déversoir.

    Tableau de Camille Nicolas Lambert.

  • T’as tout censuré

    Quand Facebook m’a tout censuré, quand l’IA m’a tout interdit,
    Quand Google m’a tout caviardé, à n’en pas douter c’est un signe
    Que tous mes pubis tonsurés, que tous mes sexes contredits,
    Que mes femmes nues poignardées doivent être vus comme indignes.

    Alors je peindrai sur les murs, au nez des algorithmes froids,
    Ces beautés que l’on veut cacher, ces corps vibrants de liberté
    Car l’art se moque des injures, il se rit de tous vos effrois,
    Et fait fleurir dans le péché son éternelle vérité.


    Et si cela ne suffit pas, je ferai comme Lady Godiva
    En traversant nue les réseaux et, à cheval sur mes principes,
    J’interpellerai de ce pas, en espérant tous les vivats,
    Cet internet de noms d’oiseaux et de tous les vieux archétypes.

    Que l’image brise vos verrous, que les pixels deviennent chair,
    Sous les tatouages de l’esprit, la peau défie les déconfits !
    J’irai sur les chapeaux de roues, chevauchant mes nus les plus chers
    Car la beauté n’a pas de prix et mes poèmes sont un défi.

    Tableaux de Bénédicte Piccolillo pour Voglio Bene.