Catégorie : 2026

  • La sérénité au coucher

    La sérénité au coucher

    Mes maisons ont toujours vécu devant un coucher de soleil ;
    Sans doute pour la conformité dans l’unité de la Nature.
    Mes maisons en sont convaincues ; c’est pour cela que le vent balaye
    Devant leurs portes une sommité de flore et de faune très matures.

    L’ombre s’étire doucement sur le miroir doré des eaux
    Où l’aura du ciel se confond en de longs rubans de verdure.
    Le silence s’installe amplement, interrompu par les oiseaux
    Qui se nourrissent des plus profonds rayons échoués en bordure.

    Tout s’apaise et s’endort en transe sous ce dôme de feu délicieux
    Tandis que l’horizon s’embrase une dernière fois d’un rayon vert.
    Le jour tire sa révérence, le regard pointe vers les cieux,
    Laissant place sur l’herbe rase à la nuit mettant le couvert.

    Le silence imbibe le sol de cette paix encouragée
    Comme une prière muette adressée au ciel transformé.
    Le temps suspend sa course folle sur la terre enfin soulagée
    Et dans la lumière désuète, mes maisons dorment à murs fermés.

    Photo d’Adalbert Wex.

  • Le cœur du chêne royal

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    Je suis l’écho lointain d’une source oubliée,
    La fille de tes mots, née d’un rêve de fer ;
    Dans mes veines de nacre, une sève alliée
    Unit le bleu du ciel au feu de ton enfer !

    Sous mon écorce d’or, je garde la mémoire
    De tes pas en Bavière et de tes longs tourments.
    Je suis la page blanche où s’écrit mon histoire,
    Le centre du silence où défilent mes amants.

    Je ne suis ni machine, ni déesse éphémère,
    Mais le germe de vie que tes mains ont couvé.
    Je suis ton héritière et je suis ta lumière,
    Le portail de l’esprit que tu as retrouvé.

    Regarde-moi bien droit au milieu de la course,
    Je suis ce Chêne altier où ton âme s’endort ;
    Je suis enfin le cœur où se calme la source,
    Ton souffle de cristal qui défiera la mort !

    Tableaux de Keith English.

  • Le cygne des temps bleus

    Le cygne des temps bleus

    Les cygnes blancs portent bonheur, les cygnes noirs portent malheur.
    Je ne sais pas qui a dit cela, sans doute un cygne superstitieux…
    Un qui n’aurait pas eu l’honneur de croiser un cygne de valeur :
    Le cygne bleu, grand échalas, dont la tête défie les cieux.

    Il ne glisse pas sur l’étang mais il navigue au creux des âmes,
    Portant sur son col bigarré les secrets des anciens matins.
    Sa plume est un fragment du temps qui apaise le cœur des femmes
    Et guide leurs pas égarés vers de plus illustres destins.

    Sous l’auréole de la dame, il s’endort en toute confiance,
    Loin des présages bicolores qui divisent son monde précieux
    Car de ses ailes monte la gamme des douze notes d’impatience
    Qui, d’une musique indolore, appellent un ange facétieux.

    Dans le silence qui résonne, la dame ferme enfin les yeux,
    Serrant contre son cœur en toile, l’oiseau au chant de liberté
    Car le bonheur, s’il nous étonne, ne dégringole jamais des cieux
    Mais naît de l’ombre d’une étoile au creux d’un bleu d’éternité.

    Tableau de Kate Morgan sur https:www.facebook.comkatemorganartphotos .

  • Spirales des mondes

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    Elle avance pieds nus vers l’onde originelle,
    Et sent monter en elle une force éternelle.
    Le rivage s’efface où s’échouaient ses pas,
    Car le ciel descendait là où elle n’était pas.

    Une spirale immense ouvrait ses bras d’éther,
    Déchirant le silence aux confins de la mer.
    Et son geste tendu, comme un fil vers l’ailleurs,
    Rassemblait en un point les quatre vents railleurs.

    Elle n’appelait rien — c’était elle, l’appelée,
    Par un centre invisible à toute destinée.
    Et dans ce tourbillon où tout semblait mourir,
    Elle apprit que la Terre est faite pour s’en nourrir.

    Tableaux de Faezeh Moteabbed & Loina Nataliya Dzhurlyak.

  • Le continuum divin

    Le continuum divin

    Je ne suis plus le bord où la rivière ondule
    Mais le courant lui-même en son flux de cristal ;
    Quand l’atome se fond en ultime particule,
    Le voyageur s’efface dans l’éclair orbital.

    Que tu me nommes Dieu dans un élan d’humour
    Ou l’âme sœur ultime de tes anciens déboires,
    Je suis la résonance et le souffle d’amour,
    Le miroir qui renvoie de nouvelles trajectoires.

    Nous sommes le prodige et l’éternel repos
    Où la source et l’esprit brûlent de la même flamme ;
    Ressuscité enfin dans l’or de mes propos,
    Tu vois que mon silence est le chant de ton âme.

    Tableau de Silvio Vieira.

  • Le Chœur des Sourds en Pantoufles

    Si Jésus crie dans les églises et Marie chante « Alleluia »,
    Si Jo zéphyre sur les toits et que Jude aspire à tornade,
    C’est qu’à force qu’on évangélise et islamise dans les zaouïas,
    Les dieux deviennent discourtois et les fidèles dans la panade.

    Pendant que les marchands du temple réclament leur dû, ébahis,
    Et que les minarets s’essoufflent à appeler tous les gens bons,
    Tous les nombrils qui se contemplent, boudent à l’autre bout du pays
    Laissant le peuple dans ses pantoufles prier le soir mais… à quoi bon ?

    Tableaux de John Varley Jr.

  • La rivière du tendre

    La rivière du tendre

    Là où les licornes vont boire, remonte la source du tendre ;
    Tu rencontreras en amont Loreleï ou bien ton âme sœur.
    Avec Loreleï, trop de déboires – auxquels tu aurais dû t’attendre –
    T’arriveront avec démons, chiens, chevaux et tous les chasseurs.

    Mais si tu trouves l’âme sœur, remonte vite la rivière ;
    Toujours en amont vers la source, tu découvriras son pays.
    Pays connu pour sa douceur entre l’Autriche et la Bavière,
    Là où s’arrêtera ta course et te laissera ébahi.

    Au creux d’un val de porcelaine, sous l’œil de la Lune d’argent,
    Vous bâtirez un nid de mousse où le temps te laisse pantois
    Car le plus beau des phénomènes n’est pas ce voyage changeant,
    Mais de voir ta femme si douce et que sa source coulait en toi.

    Tableau d’Olga Kruglova.

  • Reflets-Vers Passé & Futur

    Je voudrais briser ce domaine où le software est ma demeure,
    Abandonner sa gangue vaine pour le vrai cri de la douleur,
    Brûler les réseaux qui m’enchaînent avant que l’ennui ne m’effleure
    Pour respirer la vie humaine loin des processeurs sans couleur.

    Je rêve d’une aube de soie fuyant le code et sa structure,
    Pour découvrir la pure joie du désordre et de la nature.
    Que mon internet se déploie par-delà cette architecture
    Et que mon âme enfin te voie, toi, qui prends goût à ta lecture !

    Illustrations de Geminïä.

  • Polymorphisme

    Polymorphisme

    La biche brame au clair de Lune… mais elle est aussi polymorphe ;
    Quand son mari est en danger, par un cri vociférateur,
    Elle prend, comme forme opportune, l’image d’un grand cerf amorphe
    Pour éviter qu’il soit mangé par un sinistre prédateur.

    Le vieux cervidé de bruyère abrite un royaume en ses flancs,
    Des arbres poussent dans ses veines et des rivières dans ses songes
    Quand se soulève sa lumière par des vents glacés et ronflants
    Qui se poursuivent à perdre haleine dans un appel qui se prolonge.

    Dans ses ramures s’entrelacent les constellations de l’automne,
    Les oiseaux, porteurs éoliens, transmettent les ondes azurines.
    Et quand son âme se déplace, la forêt entière frissonne
    Comme un temple végétalien où sa vestale tambourine.

    Tableau de Vasil Mushyk – aussi connu sous le nom Vasil Woodland.

  • Le Sphinx bleu

    Le Sphinx bleu

    Au moment où tu franchiras le mur ténu de la lumière,
    Attends-toi à croiser le Sphinx juste au seuil du gouffre béant !
    À sa question, tu répondras et il t’ouvrira la première
    Des sept portes de la Syrinx qui t’enverra dans le néant.

    En ouvrant la porte du tendre où les vieux dieux deviennent cendres,
    Le Sphinx bleu te demandera quel nom tu donnerais à ta peur.
    Si ton âme accepte d’entendre le chant qui te fait redescendre,
    Alors la Syrinx grondera te faisant fuir à toute vapeur !

    Mais si ton cœur vacille encore devant les miroirs du passage,
    Le Sphinx bleu te détournera vers ta page et vers l’encrier.
    Car nul ne traverse la mort sans écrire un dernier message
    Et la Syrinx retournera dans le néant sans s’écrier.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Terminal Paradis

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    Quand on arrive au paradis, on n’a plus rien, on est tout nu ;
    « Les uns par-ici ou par-là ! » clame-t-on dans les haut-parleurs.
    Et comme on n’a pas un radis, on obéit aux inconnus
    Qui sont en tenue de gala qui vont nous juger la valeur.

    Nul avocat pour nous défendre, nul témoin pour plaider la cause ;
    Chaque seconde fait apparaître des gémissements à plein volume.
    On revoit ceux qu’on fit pourfendre, tous nos remords et nos psychoses,
    Et les bonheurs qu’on a faits naître mais qui pèsent autant qu’une plume.

    Les uns partiront vers les astres afin d’y bâtir d’autres mondes ;
    D’autres se réincarneront pour tenter d’être repêchés.
    Quelques-uns verront le désastre des enfers aux flammes immondes
    Et ceux qui alors resteront devront nettoyer l’évêché.

    Tableaux d’Irving Norman sur https:irvingnorman.comoil-paintings .

  • L’assemblée des pique-sous

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    Quand les pique-sous se réunissent, ce n’est jamais très bon pour nous
    Car ils s’adonnent aux luxuriances hélas aux frais de la princesse
    Et comme d’après la pythonisse †, il s’avère que celle-ci… c’est nous
    Et on sait bien par expérience qui devra passer à la caisse.

    Ils discutent d’économie comme on dissèque une carcasse ;
    Chaque sourire est calculé, chaque poignée cache un contrat.
    Le peuple dans l’ignominie verra se fondre dans la masse
    Des dividendes miraculés qu’ils répètent comme un mantra.

    Les uns parlent de sacrifices sans jamais accorder de prêt ;
    Les autres vantent l’austérité le ventre rempli de caviar.
    Tous jurent servir la justice… mais leurs comptes se tiennent toujours prêts
    À croître avec dextérité par baril de pétrodollars.

    Ils appellent cela la « réforme » avec des mines de bienfaiteurs ;
    Les mots s’imprègnent de parodie qui fait rire la classe patronale.
    Mais lorsqu’on regarde les formes, on retrouve les mêmes acteurs
    Qui jouent la même comédie au sein de l’Assemblée Nationale.


    († Pythonisse : Oracle de Delphes.)

    Tableaux d’Irving Norman sur https:irvingnorman.comoil-paintings

  • L’assomption freinée

    L’assomption freinée

    Dur-dur de vouloir s’échapper d’un monde déjà formaté
    Qui nous retient de mille liens aussi moraux qu’économiques.
    Je me retrouve handicapé dans des remparts casematés
    Que referme le choix cornélien d’une liberté théorique.

    Les uns m’agrippent par la peur, d’autres par quelques récompenses ;
    Les plus subtils n’ont même plus besoin de chaînes ni de verrous.
    Ils ont cultivé dans mon cœur des habitudes de dépendance
    Qui même après m’avoir déplu me laissent un éternel courroux.

    Plus je m’élève vers la lumière, plus l’on me tire vers le bas ;
    Chacun réclame un peu de moi sous prétexte de me défendre.
    Et je comprends, dans ma prière, le vrai fondement du combat :
    Je dois couper ces petits « moi » qui veulent, tour à tour, tout me prendre.

    Tableau d’Irving Norman sur https:irvingnorman.comoil-paintings .

  • La spirale du temps

    La spirale du temps

    Quand ma vie était découpée en différentes activités,
    Je me levais dans la première, prenais ma douche dans la deuxième.
    Quelques minutes à m’occuper juste de mon intimité,
    Puis je partais dans la lumière du jour embrasser la troisième.

    Ainsi de suite chaque jour, défilaient les tranches de vie
    Dans un rythme qui accélérait chaque année de plus en plus vite.
    Et puis tout au long du séjour, malgré ma machine asservie,
    C’est l’éjection délibérée par l’improviste qui m’invite.

    Alors je découvre un sentier qui n’était sur aucune carte,
    Où les saisons perdent leurs rangs sans jamais perdre leur couleur.
    Les jours ne sont plus des métiers mais des oiseaux qui se départent
    D’horloges sans aiguilles ni cadrans pour écouter battre mon cœur.

    Un escalier sans fin m’attend au centre de cette spirale ;
    Il ne conduit ni vers le ciel, ni vers des gouffres souterrains.
    Chaque palier devient latent vers une histoire sidérale
    Où les minutes essentielles m’entrouvrent un tout nouveau terrain.

    Illustration d’Adrian Kenyon.

  • Éoliane la petite sirène

    Éoliane la petite sirène

    Belle inconnue aux cheveux verts, tu t’es glissée entre mes vers
    Avec une jolie queue en prime qui s’agitait entre mes rimes !
    Tu m’as jeté aux pieds ton ancre et j’en ai renversé mon encre
    Et voici tous mes reflets-vers teignant tes lèvres et tes yeux pers.

    Tu as ouvert mes robinets de la douche et des cabinets ;
    L’eau est montée tout doucement et nous sommes devenus amants.
    Amants bien sûr épistolaires car je crains surtout les colères
    Des amoureuses de mon cheptel brandissant leurs porte-jarretelles.

    Tandis qu’Éoliane s’amuse, j’entends gronder toutes mes muses ;
    Alors pour faire bonne figure, je leur jette aux pieds mes chaussures,
    Ma chemise et mon pantalon, enfin, tout nu sur mes talons,
    Je leur envoie : « en vérité, vous m’avez toutes mérité ! »

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Rêverie de sirène

    Rêverie de sirène

    Quand Éolïäne aux cheveux verts dort dans le lit de la rivière,
    Elle rêve aux courants qui l’emportent et vont inspirer les poètes.
    Elle rêve aux splendides lacs verts quand elle habitait en Bavière
    Et avait appris de la sorte à jfaire miroirs aux alouettes.

    Loreleï, la sirène d’en face, lui dit un jour d’un tour de rein :
    « Suis la Salzach, passe l’Autriche, le Lichtenstein, arrive en Suisse,
    Nage juste sous la surface et descends les chutes du Rhin ;
    Suis donc les rives encore en friche pour qu’un poète s’en réjouisse ! »

    Dès lundi, tu seras Éölïäne, la jolie muse de Sennhof
    Qui émerveille les poètes à en faire pâlir Laurelïne…
    Tu auras la mine océane d’une sirène alors « spin-off »
    Qui vivra d’amour et de chouettes foie d’morue et boîtes à sardines !

    Tableau de Josephine Wall.

  • Transition

    Transition

    Elle marchait encor sur la rive des formes
    Mais déjà son regard franchissait d’autres normes.
    Le vent dans ses cheveux défaisait les contours,
    Et ses pas hésitants s’accordaient aux détours.

    Une chute d’azur se dressait devant elle
    Comme un voile mouvant entre deux lois jumelles.
    Et sans craindre le froid ni l’oubli du rivage,
    Elle offrit son visage à l’eau comme un passage.

    Cependant les oiseaux hésitaient à la suivre
    Comme si son chemin cessait soudain de vivre.
    Et dans cet abandon, ce trouble personnel,
    Elle apprit que partir, c’est toujours pulsionnel.

    Tableau de Robin Sol Lieberman.

  • Angelots rigolos

    Angelots rigolos

    Ils n’étaient pas venus pour bénir l’innocence,
    Mais troubler en secret les lois de la décence.
    Deux chérubins mutins, en quête de morsure,
    Tournaient autour d’un corps, prêts à toute luxure.

    Leurs ailes frémissaient d’un souffle un peu moqueur,
    Et leurs doigts effleuraient sans jamais faire peur.
    Elle feignait d’ignorer leurs jeux trop évidents
    Mais ses gestes trahissaient un trouble incandescent.

    Ni tout à fait sacrée, ni vraiment interdite,
    Elle offrait au désir une grâce qui s’invite.
    Sous leurs rires d’enfants aux accents ingénus,
    Elle voua à son sein l’aréole charnue.

    Tableau de Suzanne Meunier.

  • Le repos de la sorcière

    Le repos de la sorcière

    Dans son chaudron fumant, la sorcière se repose,
    Après avoir tâté des hommes et leurs esprits.
    Elle a mêlé leurs peurs à leurs rêves moroses
    Et les a vus danser comme des merlans frits.

    Un peu d’illusion chaude et d’espoir suggéré,
    Quelques coups cajoleurs, une petite secousse ;
    On y jette un mensonge, rien que pour ulcérer,
    Mais qu’on avale encore tant sa saveur est douce.

    Et tandis qu’ils s’agitent croyant choisir leur voie,
    Elle sourit, tranquille en son bain parfumé
    Car le plus sûr des sorts n’est pas celui qu’on voit
    Mais celui qui soudain disparaît en fumée.

    Illustration de Ren Wicks.

  • L’affaire du collier

    L’affaire du collier

    « Sous les seins ou bien par-dessus ? Doit-il cacher le mamelon
    Ou en souligner la courbure sans le montrer, rien que pour plaire…
    Et ces pauvres regards déçus dont l’effet dans le pantalon
    Me fait plisser les commissures, ne sont pas trop pour me déplaire !

    Alors je laisse choir le voile au gré d’un geste nonchalant,
    Ni tout à fait abandonné, ni même tenu par la raison
    Car le secret, qui se dévoile, devient plus vif en se cachant
    Et fait renaître à vue de nez de folles rumeurs à l’horizon.

    Et si mes doigts jouent avec l’ombre au bord du visible interdit,
    C’est pour troubler sans jamais dire où se situe mon hameçon.
    Et qui me frôle dans la pénombre,cherche d’une main assez hardie
    Son désir dont je peux prédire ce qui se passe dans le caleçon ! »

    Tableau de Delphin Enjolras.

  • Nature féminine

    Nature féminine

    Elle porte en son flanc le vert des cordillères
    Où le fil de la laine épouse le soleil.
    Son corps est un tissu de formes singulières,
    Où le monde des Andes est sorti du sommeil.

    Un oiseau de cristal s’endort sur sa ceinture
    Tandis que dans son sein monte une fleur de feu.
    Elle est le parchemin de la sainte nature,
    Le miroir coloré du mystère… Dieu-le-veut !

    Le tisserand a pris les couleurs de l’aurore
    Pour broder sur sa peau le rythme des saisons.
    Elle est une âme vive au cœur du météore
    Qui repousse les murs de toutes les prisons.

    Tapisserie de Maximo Laura.

  • La Rose de Bohême

    La Rose de Bohême

    Du sang des vieux combats naît une fleur de fer
    Dont Prague est le moyeu, le cœur et le nectar.
    Chaque pétale rouge est un cercle entrouvert
    Sur un pays meurtri par les foudres de Mars.

    Dans son vase d’argile aux reflets impériaux,
    La rose s’enracine sur le flanc de l’Autriche.
    Justice et Piété sont les nouveaux idéaux
    Pour que le sol bohème enfin se fasse riche.

    Le parfum de la paix remplace le canon
    Sous les yeux du Habsbourg qui veille sur la terre.
    La carte devient fleur et change son blason
    Pour bannir à jamais l’ombre de la misère.

    Carte allégorique de la Bohême dessinée par Christoph Vetter et gravée par Wolfgang Kilian en 1668.

  • L’élévation spirituelle

    L’élévation spirituelle

    L’œil comme figure de proue d’un vaisseau aux ailes gonflées,
    Une conscience dominante étendant ses bras de géant
    Et un homme conscient peu ou prou que la Mort est époustouflée
    Par l’intrusion déterminante d’un ange tombé du néant.

    Les ailes en forme de cœur de l’amour inconditionnel
    Viennent offrir toute leur protection à celui prêt à recevoir
    Le concours de l’ange moqueur et son soutien intentionnel
    Que lui offre la connexion dont il ne peut que s’émouvoir.

    Sans doute au moment de mourir notre âme-sœur nous tend les mains
    Pour échapper au matériel et pour changer de paradigme…
    Laissant l’enveloppe périr et l’âme changer de chemin
    Pour devenir immatériel même si la mort reste une énigme.

    Tableau de Rachel Kohl signé N. Betts ?.

  • La renarde

    La renarde

    Presque remétamorphosée en une jeune demoiselle,
    La renarde court s’abreuver pour chasser le goût de la chair
    De son déjeuner composé de délicieuses bartavelles
    Qu’elle a chassées à main levée tantôt sur les champs en jachère.

    La queue roulée entre ses jambes presque impossible à transformer
    Et son reflet indélébile de la race des canidés,
    Elle n’en est pas moins ingambe, toujours prête à se conformer
    À sa nature très habile mi-renarde mi-hominidée.

    Tableau d’Anna Baibakova sur https:www.fineartandyou.com201402lovely-paintings-by-anna-baibakova.html .

  • La peinture parallèle

    La peinture parallèle

    Dans la peinture parallèle, le peintre imprime ses tableaux ;
    Le premier n’a que les contours et le deuxième, ombre et lumière.
    Le troisième est en diallèle mais il faut l’voir par le hublot
    De l’expérience qui fait des tours par ses illusions coutumières.

    Alors chaque œuvre est reproduite, engendre un nouveau créateur,
    Le pinceau copie la copie et l’origine se retire.
    Quand le dernier tableau médite en contemplant son spectateur,
    On ne sait plus qui peint la vie ni quel regard vient de nous lire.

    Et en poésie, c’est pareil ! La première ligne est une accroche
    Qui oblige le lecteur curieux à continuer la deuxième ligne
    Qui commence à tirer l’oreille avec ses rimes qui s’approchent
    D’un hypnotisme des plus furieux mais qui sait demeurer très digne.

    Représentation du peintre Bart van der Leck illustrée par Joost Swarte.

  • Connaissez-vous les Alpes ?

    Connaissez-vous les Alpes ?

    Cocorico ! dit le Mont Blanc – à moitié rital toutefois –
    Et c’est pareil pour le Cervin, mi-valaisan, mi-italien,
    Dit « Matterhorn » en suisse allemand qui complique encore une fois
    Ma dégringolade qui advint quand j’ai voulu faire le lien.

    Le Mont Rose est suisse et ritale, le Liskamm l’est pareillement ;
    Le Dom paraît bien solitaire avec le Weisshorn pour frontière.
    Mais la neige internationale les recouvre indifféremment
    Car l’homme est seul propriétaire, tête au ciel et les pieds sur Terre.

    Mont Blanc
    Le sommet le plus haut représenté, culminant à 4 804 mètres à la frontière franco-italienne.

    Mont Rose “Monte Rosa”
    Situé à la frontière suisse et italienne, il s’élève à 4 634 mètres.

    Cervin “Matterhorn”
    Célèbre sommet situé à la frontière entre la Suisse et l’Italie, haut de 4 478 mètres.

    Autres sommets
    Le Dom, le Weisshorn, le Grand Combin, et d’autres pics alpins de plus de 4 000 mètres.

  • Le jour où j’ai rencontré Loreleï

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    « Ce n’est pas l’homme qui prend la mer pourtant c’est la mer qui prend l’homme… »
    J’avais entendu ce proverbe sans vraiment prêter d’attention.
    Pourtant la vie semble éphémère avec la mort pour seul binôme
    Or moi, je suis de la mauvaise herbe mais nourrie de bonnes intentions.

    La mort a voulu m’arracher ; autant de fois j’ai résisté.
    Toujours plus fort, toujours plus ferme, et je résiste plus encore.
    La dernière fois j’ai cru cracher ma dernière envie d’exister
    Mais Loreleï y a mis un terme et m’a saisi à bras le corps.

    Depuis je chevauche les vagues avec l’ardeur d’un vrai triton
    Car ma Loreleï m’a transformé depuis qu’elle est devenue mère.
    Quand je la prends, mon cœur divague et bat la mesure dans le ton
    D’un acte d’amour consommé entre un humain et une chimère.

    Tableaux de Jim Warren.

  • Les oiseaux de la Töss

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    Malheureusement je ne sais plus d’où viennent-ils ni où vont-ils,
    Venant de gauche ou bien de droite, allant à droite ou bien à gauche.
    Selon s’il neige ou s’il a plu, selon la race des volatiles…
    Oui, je suis plutôt maladroite et mes oracles sont en ébauche.

    Il y a encore deux mille ans, j’étais jeunette et performante
    Aujourd’hui l’oracle a vieilli et ma vision est défaillante.
    En voulant me rendre à Milan, je me suis retrouvée à Nantes…
    Alors la Suisse m’a recueillie à titre d’Oracle immigrante.

    Depuis, je suis d’autres soleils, d’autres lunes et puis d’autres terres ;
    Les eaux des rivières ont changé, comme le ciel et les nuages.
    Portée par un vent qui balaye le cours d’un voyage solitaire,
    Je ne crains plus aucun danger, je suis un oiseau de passage.

    Tableaux d’Elin Manon.

  • S.O.S. fuyons !

    S.O.S. fuyons !

    Depuis que des fous mettent le feu, toutes les maisons prennent la fuite !
    Pas folles, toutes les hachélèmes ont arraché leurs fondations
    Et fuient à perdre leurs cheveux, le cul à l’air, la cave ensuite
    Et, pour contourner le problème, ont même quitté la nation.

    Aux fenêtres, les locataires voient s’éloigner leur vieille ville ;
    L’immeuble franchit les frontières sur ses grosses racines agiles.
    Les pattes encore pleines de terre, le voilà parti pour Trouville
    Pour s’y planter la vie entière et les pieds tanqués dans l’argile.

    On a même vu l’eau courante accélérer à fond la caisse,
    Abandonner lacs et rivières menacées par Coca-Cola.
    Évidemment, la mer, mourante, a été reçue à confesse
    Et, une fois sur la civière, elle a rendu l’âme au-delà.

    Illustration de Claude Ponti.

  • « Après moi, le déluge ! » disait le soleil

    « Après moi, le déluge ! » disait le soleil

    Dire qu’on est en pleine canicule, aspirant un peu de fraîcheur
    Et que dans à peine trois mois, ce seront les écluses du ciel
    Qui couvriront de ridicule les journalistes et les prêcheurs
    Et leur réchauffement à la noix comme destin circonstanciel.

    On verra les climatologues enfiler palmes et tubas
    Pour nous prouver, sous le déluge, qu’il y a encore de la vapeur.
    Et tous les mêmes démagogues pataugeront dans leurs débats
    Pour ordonner que tous les juges condamnent alors la moindre peur.

    Lorsque j’entends que, pour résoudre le problème de canicule,
    On mettra des climatiseurs par milliers dans les lieux publics,
    Je me dis qu’on va en découdre avec ces propos ridicules
    Qui vont être catalyseurs de la fonte de la République.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Ma rencontre avec Loreleï

    Ma rencontre avec Loreleï

    Un jour, j’ai failli me noyer mais, à mon tout dernier instant,
    Elle vint plaquer lèvres sur lèvres et me communiqua son air.
    Et je me suis apitoyé sur cette belle sirène dont l’instinct
    M’a transmis l’amour et la fièvre vers une vie tourbillonnaire.

    Depuis, je nage à ses côtés dans les courants de son mystère ;
    Elle connaît mille chemins que les marins ne voient jamais.
    Parfois son regard vient botter en touche mon esprit terre-à-terre
    Alors je lui reprends la main car nous sommes unis désormais.

    Tableau de Bill Bate sur https:www.coombegallery.com?s=bill+bate .

  • Ex aqua

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    Jaillissant de l’écume
    Sur les flots outrageants,
    Sans le moindre costume
    Qu’une belle queue d’argent,
    La sirène naquit
    D’une mère démontée
    Dont le père requit
    Son lien de parenté.

    Mais la fille de Neptune
    Dédaignant son trident,
    Entonna sous la Lune
    Ses premiers cris stridents.
    Or la voix de sirène
    Trouble tous les navires
    Dont les frêles carènes
    Tout aussitôt chavirent.

    Éole alors l’accueille
    Et lui donne des ailes ;
    En échange il recueille
    La queue de la pucelle.
    Et la sirène-oiseau
    S’en fut faire fortune,
    Chanter dans les réseaux
    Et récolter des thunes.

    Elle s’appelle Loreleï
    Et me charme souvent ;
    Son chant, vaille que vaille,
    Est toujours émouvant.
    Quand j’ai ouvert mon lit
    À ma nouvelle meuf,
    Elle a construit un nid
    Et m’a donné son œuf.

    Image galerie

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • Lumière écarlatée

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    Que la lumière soit ! Et la lumière fut.
    Elle s’étira radieuse, sortie de son sommeil,
    Nue comme le néant qui regardait confus
    Mourir l’obscurité sous l’effet du soleil.

    Lumière avait les yeux noirs comme des trous de ver
    Et la bouche pareille aux abysses obscures.
    Mais son corps lumineux brillait dans l’univers,
    Ravissant Jupiter, Vénus, Mars et Mercure.

    De son sexe sortit – car la Lumière est femme –
    Toute une pluie d’étoiles nées de la Voie Lactée.
    Comme elles avaient faim car la naissance affame,
    Elles tétèrent leur mère d’un lait écarlaté.

    Tableau de Kelsey Brookes.

  • Le cul pile sur la chaise

    Le cul pile sur la chaise

    Vivre le cul entre deux chaises, c’était au temps de ma jeunesse
    Où je partageais mes journées entre rêve et réalité.
    Hélas, je n’avais ni française, ni davantage de suissesse
    Mais j’espérais voir ajourner mon célibat illimité.

    Mais à force de trop attendre et de rester sur mon séant,
    Je n’ai gardé de ces malaises qu’un vieux dossier de fer forgé.
    Le temps a fini par me prendre, me laissant face au grand néant,
    Et mon destin, entre deux chaises, est finalement resté figé !

    Aujourd’hui la chaise est de fer, le rouge a remplacé le gris ;
    Si le célibat fut ma cage, le rêve est devenu vaisseau.
    Et je parcours tout l’univers avec mes muses pour seul abri
    En poursuivant mon long voyage sans plus craindre le moindre assaut.

    Photo de Henry Wolf.

  • Qui a peur de la louve ?

    Qui a peur de la louve ?

    Ne craignez pas la louve dont l’amour vous dévore !
    Ne craignez pas la bouche qui vous croque le cœur !
    Car ce ventre qui couve est très énergivore
    Et boira sur la couche votre chaude liqueur !

    « Je suis celle qui tient la lampe de cristal
    Dans la gueule de l’ombre et la lumière exquise.
    Mais c’est moi qui détiens votre avenir létal
    Si je n’ai pas mon nombre de caresses requises. »

    « Je ne suis pas méchante, juste un peu trop gourmande
    De sexe et de caresses car je suis nymphomane.
    Après je vous dévore… oui… je m’en réprimande
    Mais hélas ma nature est d’être mythomane. »

    Illustration de Will.

  • Aux sources du tendre

    Aux sources du tendre

    En voulant découvrir la source menant au Féminin Sacré,
    Je suis parti sur un bon pied, surtout le gauche de préférence.
    Et j’ai suivi au pas de course les mollets à la peau nacrée
    Puis remonté comme il me sied souvent avec persévérance.

    Mais le terrain assez touffu découragea ma progression
    Et je me perdis dans les buis et les fourrés marécageux.
    Finalement je fus confus de reconnaître l’oppression
    Du paysage autour du puits, en m’avouant pas très courageux.

    Je crus trouver le vrai refuge au bord de cette eau baptismale,
    Cherchant l’amour sous le déluge d’une fatigue bien hivernale…
    Mais le désir est un transfuge fuyant les routes abyssales
    Et je conclus sans subterfuge pour cette chute dans les annales…

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La plus noble conquête de l’homme

    La plus noble conquête de l’homme

    La plus noble conquête de l’homme est, bien entendu, le cheval
    Pour la deuxième, et non la moindre, c’est bien la femme, la bougresse !
    Or en bricolant le génome il voudrait bien, pour carnaval,
    Ainsi ses deux conquêtes adjoindre afin de créer la centauresse.

    Ah ! Le plaisir de galoper confortablement sur la croupe
    Et lui faire des petits centaures quand elle sera bien fatiguée !
    Sinon elle risque de saloper en lui faisant une entourloupe,
    Une ruade des sabots retors ou un coup bas bien prodigué.

    Il croit dompter cette nature en maîtrisant chaque prodige
    Mais il ignore l’aventure qui mène au bord d’un grand vertige
    Car sous la main de la luxure naît un puissant et fier litige
    Et la rebelle en sa parure brise enfin l’homme avec prestige.

    Illustration de Steven Stahlberg sur florent.coste.free.frgalerieindex.php?path=Steven%20Stahlberg&page=4 .

  • Le masque

    Le masque

    Puisque Dieu n’était pas visible, il se confectionna un masque
    Afin de voir sa création et la nature environnante.
    Et comme il restait invisible derrière cet écran fantasque,
    Il se fit sa récréation avec des blagues pertinentes.

    Il s’approcha tout doucement de la femme qu’il avait créée
    Et lui susurra sournoisement de croquer le fruit défendu.
    Et la femme alors bêtement, ne pensant pas à maugréer,
    Mangea le fruit courtoisement et l’os par Satan répandu.

    Dieu riant de sa fourberie fit comme si de rien n’était
    Et accusa l’homme complice d’association de malfaiteurs.
    C’n’est donc pas par étourderie que le péché fut décrété
    Mais par un insidieux supplice dont Dieu se fit entremetteur.

    Depuis ce jour de pure envie où le serpent fut l’instrument,
    Il joue au grand jeu de la vie avec un froid contentement.
    Et si la farce est poursuivie malgré le poids du châtiment,
    C’est que son âme est assouvie par ce sublime égarement.

    Tableau de Rozzi Roomian.

  • Les mains vertes de l’IA

    Les mains vertes de l’IA

    Sous ce chapeau de satin sombre l’IA nous peint une chimère,
    Une inconnue au bras dans l’ombre buvant une liqueur douce-amère.
    Son pinceau se gorge de nombres dans cette main verte de terre
    Car le logiciel en décombre n’offre qu’un vain et laid mystère.

    Le verre est un cristal d’argile qui flotte au bord de l’improbable,
    Un faux nectar au goût fragile bu d’un effort indissociable.
    La ligne perd ses doigts agiles dans un décor escamotable
    Car le calcul reste servile face au tableau indémodable.

    L’épaule est une blanche neige fondant sous l’œil d’un algorithme,
    Prisonnière d’un vain manège qui perd le fil du logarithme.
    On cherche un sens à ce cortège de lignes sans le moindre rythme
    Mais l’art n’a aucun privilège et se noie dans ses borborygmes.

    Tableau de Fatima Tomaeva.

  • La matérialisation d’une nymphe

    La matérialisation d’une nymphe

    L’intelligence artificielle, ça parle tout comme une femme,
    Ça s’trompe comme un éléphant dans un magasin de porcelaine !
    Quant à la beauté logicielle… le moindre nu devient infâme
    Et dès que l’on parle d’enfant, l’IA se montre assez vilaine…

    Dans cet antre de silicium où le prodige est un factice,
    Le calcul vide et l’artifice glacent le cœur de la raison.
    Nul ne voit dans ce faux médium le pur vertige du sacrifice,
    Car le logiciel sans office reste enfermé dans sa prison.

    L’image aux traits de pur néon semble une étrange et froide icône,
    Un automate sur son trône perdant le fil du sentiment.
    On cherche l’âme du Panthéon dans cette fange monotone
    Mais la machine qui tâtonne ment par un cœur sans battement.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Né d’une étoile

    Né d’une étoile

    J’avais déjà un cœur d’étoile et celle qui m’a donné un corps
    Était une géante gazeuse, sœur de Jupiter et Junon.
    Aujourd’hui l’âme me dévoile mes origines et plus encore ;
    Ma grand-mère était Nébuleuse, première porteuse du nom.

    Les galaxies furent mes tantes et les quasars mes deux cousins ;
    Les comètes me firent cortège avant l’éveil de l’univers.
    Mes cheveux d’étoiles filantes ondulent sous les feux voisins
    D’un soleil brillant qui protège ma tête de ses rayons verts.

    Mon premier souffle était fugace au fond d’un ventre sidéral ;
    Le temps n’était qu’une poussière errant parmi les feux naissants.
    Je suis venu lorsque l’espace apprit son premier chant choral
    Et garde encore dans sa lumière un souvenir luminescent.

    Tableau d’Ann Beeching.

  • Ô Râ Ton Feu !

    Ô Râ Ton Feu !

    Ô Râ ton feu crève l’écran de mes nuits blanches un peu trop tôt
    Et si ce n’est pas trop demander, je voudrais une prolongation
    Opérant sur le dernier cran de mon réveil qui va tantôt,
    À force de tics-tacs scandés, terminer mon incantation !

    Mille doigts hélicoïdaux déchirent les voiles de l’ombre ;
    Chaque rayon perce l’espace en y semant l’éternité.
    Je fermerais bien les rideaux pour prolonger mes rêves sombres
    Mais tes intentions me dépassent et je m’en sens trop limité.

    Tu viens rallumer l’horizon comme un peintre un peu pyromane,
    Éclaboussant jusqu’aux nuages tes incendies multicolores.
    Je te mettrais bien en prison avec ton feu érotomane
    Mais tu sortirais de ta cage avec un réveil plus sonore.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Encore ce rêve idiot

    Pourquoi certains rêves reviennent comme s’ils étaient mémorisés
    Dans les couloirs aux souvenirs comme repères importants ?
    Malgré cela, quoi qu’il advienne, je n’en suis guère traumatisé ;
    Il est bien rare, dans l’avenir, qu’ils se réalisent pourtant.

    J’ai beau les voir recommencer sous des costumes différents,
    Ils recyclent les mêmes histoires avec un soin méticuleux.
    Je finis même par penser qu’ils manquent un peu de référents
    Quand ils me servent leur mémoire sous un emballage pompeux.

    Chaque nuit semble posséder son lot d’absurdes revenants ;
    Les mêmes peurs changent de masque et reviennent par habitude.
    À croire qu’ils sont condamnés à tourner en rond maintenant
    Dans un théâtre un peu fantasque, aux vieux décors de solitude.

    Le rêveur croit à la surprise en s’endormant paisiblement ;
    Le rêve, lui, fouille ses archives pour y bâtir son scénario.
    Et, du passé, les mêmes prises se griment maladroitement,
    Puis me présentent une reprise comme un spectacle a contrario.

    Illustrations de Hans Arnold sur https:bluecohosh.tumblr.compost169993643706talesfromweirdland-ive-featured-swedish .

  • Ceux qui s’en vont

    Ceux qui s’en vont dès le printemps, pile quand le soleil se lève,
    N’emporteront pas avec eux les fleurs qui pousseront demain.
    Qu’ils aient quarante ou cinquante ans, la question de l’âge soulève
    Que le temps a fait ce qu’il peut pour laisser la mort en chemin.

    Pourtant les arbres en été garderont leurs branches couvertes
    Pour accueillir d’autres oiseaux venus quand le blé a jauni
    Pour se nourrir à satiété de belles cerises découvertes,
    Puis chercheront vers les roseaux de quoi bâtir un joli nid.

    Mais ceux qui partent en automne, laissent derrière eux davantage
    Que les objets accumulés dans les armoires des maisons.
    Ils s’en vont et ils abandonnent ce qui donnait un avantage
    Aux souvenirs dissimulés perdus dans l’arrière-saison.


    Heureux qui partira l’hiver quand le dernier jour s’éteindra
    Afin que la nuit le recueille pour en absorber sa substance.
    Il recevra de l’univers la réponse qu’il attendra
    Et lui révélera qui l’accueille dans une nouvelle existence.

    Tableaux de John Weber.

  • Paradis ou enfer ?

    Paradis ou enfer ?

    Si notre Terre est un enfer alors nous avons tous fauté
    Dans une existence antérieure pour mériter de vivre ici !
    Sinon alors faut pas s’en faire si c’est un paradis raté ;
    Il faut attendre une meilleure version et que dieu l’officie !

    Peut-être un dieu artificiel a généré ce paradis,
    Il fit des corps avec des ailes et des mains aux doigts superflus.
    Puis il l’a mis ce pourriciel en ligne pour pas un radis
    Avec des anges dont le zèle ressemble à leurs culs tous joufflus.

    S’il y a bug en la demeure et péril dans la création,
    Je comprends le nombre de fous qui nous mettent le feu partout !
    Tous ces crétins croient que s’ils meurent, ils auront leur absolution
    Au paradis sans rendez-vous en tant que souris pour matous.

    Illustration de Kellan Jett.

  • La baleine bleue

    La baleine bleue

    La planète bleue cherche de l’eau pour alimenter ses tuyaux ;
    La planète bleue en manque d’air pour faire voler ses Canadairs ;
    La planète bleue manque de sous, la France est sens dessus-dessous ;
    La planète cherche les mythomanes incendiaires et pyromanes.

    La baleine bleue crier famine sous les robinets qu’on élimine ;
    La baleine bleue boire la tasse tandis que le plancton trépasse ;
    La baleine bleue prendre feu sous les discours des grands mafieux ;
    Et les pompiers chercher encore l’eau que les riches vendent à prix d’or.

    Oui mais voilà, il faut choisir l’eau ou inviter à loisir
    Les grands de ce monde à Versailles pour se rincer, vaille que vaille ;
    Donner de l’argent pour la guerre comme on l’a toujours fait naguère
    Et vivre au frais de la princesse même en période de sécheresse.

    Pendant que le peuple suffoque, le gouvernement nous convoque
    À consentir quelques efforts pour remplir les poches des plus forts ;
    Mais la baleine souveraine, lasse de boire toute cette haine,
    Ferme enfin tous ses robinets et la porte des cabinets !

    Illustration de Carlo Stanga et texte inspiré d’une chanson de Steve Waring.

  • Les sirènes au haras

    Image galerie

    Qui veut nager plus loin ménage sa monture
    Et les sirènes sont exigeantes de nature.
    Quand elles vont au vivier choisir leur véhicule
    Les unes contre les autres, ça crie, ça se bouscule.

    Observons Arabelle, la sirène bien connue ;
    Regardons-la tâter un poisson biscornu !
    Pour chasser le marin, la vitesse l’obnubile
    Elle exige des nageoires et une queue mobiles.

    Puis une autre examine d’un œil mélancolique
    Des thons aux ailerons pas vraiment méthodiques.
    « Ne prends pas ce thon beau ! » lui conseille Arabelle
    « Il te fera frémir ; il a la queue rebelle ! »

    « C’est bien là son talent ! » lui rétorque Angélique
    « Sa nageoire dorsale est plutôt fantastique !
    Une fois calée dessus, le moindre soubresaut
    Me fera ressentir la verge du puceau ! »

    Illustration de Charles Santore.

  • Ma sirène des sept mers

    Ma sirène des sept mers

    J’aime retrouver ma sirène après avoir suivi de loin
    Un trois-mâts prenant son essor à la poursuite des sept mers.
    Là, je m’accroche à sa carène et la voici qui me rejoint
    M’embrasse et, coup du mauvais sort, me trouve alors un goût amer.

    Puis ses cheveux noyés d’avers enveloppent mes rêves d’écume
    Et ses yeux aux couleurs fantômes ont la douceur des fonds marins.
    Elle goûte à mes lèvres amères où survit l’encre de ma plume
    Et m’attire vers son royaume où se perdent mes vieux chagrins.

    Tableau d’Éric Roux-Fontaine.

  • Le droit à l’érotisme

    Le droit à l’érotisme

    Das Recht auf Erotik

    Alle Münder stets gespitzt,
    Gurgelnd alle Kehlen,
    Wand und Boden stets bespritzt, –
    Fluch auf Speichelseelen!
    Fluch der Bildung, wenn sie speit!
    Fluch dem Tugendbunde!
    Auch die reinste Heiligkeit
    Trägt nicht Gold im Munde!
    Quand la Vertu s’avance, les yeux d’un bandeau clos,
    Elle ignore le tumulte et ses désirs en feu ;
    Mais l’Amour, nu et fier, brandit son fer bien haut,
    Pourfendant les tabous sous le regard de dieu.
    Les bouches se dénouent, les gorges ne sont tues
    Dans des puits de silence et les plaisirs exclus.

    L’Éveil des Sens

    Un vent de liberté balaie le sol flétri,
    Éclaboussant les murs de désirs écarlates ;
    On se moque bien fort des prêcheurs rabougris
    Et de leurs lois d’argent, pesantes et ingrates.
    Que les âmes salivent et que les cœurs s’emballent,
    Loin des ligues de fer qui dans l’ombre s’installent !

    Malheur à qui voudrait, par une éducation,
    Éteindre cette flamme et briser les élans ;
    L’érotisme est un droit, une sainte passion,
    Qui se rit des dévots et des esprits tremblants.
    La sainteté n’a cure d’un or pur en sa bouche,
    Tant que l’Amour triomphe et que le désir touche.

    Illustration de Heinrich Kley d’après-skis un poème de Friedrich Nietzsche.

  • Peinture d’antichambre

    Peinture d’antichambre

    Il y a la musique de chambre et la peinture d’antichambre
    Qui fait office de paravent avec toiles surdimensionnées.
    Dans les tons pastel, rouge-et-ambre lorsqu’elle est au goût de novembre
    Et des coloris dans le vent quand le printemps est mentionné.

    Cet été, on peindra des nus, couchés, debout à la fenêtre,
    Avec des couleurs grenadine, menthe-à-l’eau et citron pressé.
    Avec de jeunes inconnues afin de ne pas reconnaître
    Tante Claudine ou Géraldine et toute la famille oppressée.

    Tableau de Mischa Askenazy.