Catégorie : 2026

  • Le théorème de Cupidon

    Le théorème de Cupidon

    Tends donc ton arc à angle droit, vise le centre du point G,
    Tendons souples, pas trop maladroit et tu verras ta vie changer !
    Retiens donc ta respiration, lâche ta flèche à l’instant T
    Et selon ton inspiration, tu seras là où tu es tenté !

    Quand la trajectoire est parfaite, le cœur frémit sous le compas ;
    Le théoricien prend l’air bête en trouvant ce qu’il ne voit pas
    Car les formules les plus abstraites échouent devant certains appas
    Qui mettent cul par-dessus tête, montrant ce qui n’existe pas.

    Illustration de Norma Bar.

  • Allégorie et guérillas

    Quand les personnes autour de toi vivent en étant seules sur Terre,
    Quand les bateaux aux voiles noires se mêlent dans ton paysage,
    Quand les enfants restent pantois devant une femme nue solitaire,
    Alors, sortis de ta mémoire, tes rêves ont changé de visage.

    Tu ne rêves plus pour t’enfuir mais pour taire la réalité
    Et ce monde d’absurdité devient alors plus cohérent ;
    Regarde alors tes démons fuir l’âme où ils s’étaient alités
    Et sens alors la nudité de ton être alors différent.

    Évidemment ils se défendent, ils montent sur leurs grands chevaux,
    Ils sortent de nouvelles peurs, guerre, virus et pénurie,
    Pour que leurs effets te pourfendent et te nouent dans un écheveau
    D’insécurité, de torpeur de leurs plus sales écuries.

    Alors ton cœur devient Hercule et tu refuses l’illusion
    Du cauchemar que l’on te montre pour t’abrutir de sombres mythes.
    La fausse réalité bascule et les démons en collusion
    Disparaissent sitôt que tu affrontes et dépasses tes propres limites.

    Tableaux de David Inshaw.

  • Les terres de Lïlïth

    Les terres de Lïlïth

    Dans le grand jardin de ma mère, j’ai bu l’élixir de la vie,
    Me suis baigné dans ses rivières et j’ai mangé sa chair sacrée.
    Neuf mois d’une vie éphémère pour sacrifier à l’envie
    De te voir, maman, tout entière et pour téter ton lait nacré.

    Sous les feuillages de mes hanches où s’endormaient les animaux,
    Tu suivais la mousse de mon âme vers les vallons de ma mémoire.
    Et je sentais battre les branches au rythme lent de mes rameaux
    Comme un fruit mûrissant sa flamme dans le verger de mon histoire.

    J’ai abusé de ton verger et un peu saccagé ta terre ;
    Je t’en demande alors pardon même si tu me les avais offerts.
    J’ai été longtemps submergé par tes eaux phytosanitaires
    Alors ensemble sauvegardons cette maternelle atmosphère !

    Tableau de Virginia Lee.

  • De la spirale à l’infini

    Je suis issu d’une spirale commencée quand j’étais petit
    Et dont l’origine se trouble et ne me montre pas son bout.
    Mais cette énigme viscérale s’efface devant l’appétit
    De l’esprit qui sans cesse double de questions à dormir debout.

    Alors je regarde une image et, comme un miroir, elle renvoie
    L’infini de mon univers condensé dans cette vision.
    Je tombe alors dans le mirage et l’incommensurable voie
    Qui me fait écrire ces vers et toutes ses imprécisions.

    Tableaux de Silvana D.

  • Ô Vagina !

    Ô Vagina !

    Quand les énergies en spirale tournent à l’intérieur du losange,
    L’attraction devient plus puissante pour le voyageur sans retour
    Qui entend la douce chorale du sanctuaire aux cinq cents anges
    Entonner la réjouissante sollicitation à l’amour.

    Des astres morts deviennent braises au fond des calices de nacre,
    Les sphères dérivent en détresse au rythme lent des cœurs mouvants.
    Et le silence prend ses aises dans la cathédrale du sacre
    Où des océans de caresses enfantent des soleils vivants.

    Ô Vagina, planète noire ! Toi en qui j’ai cru à la mort,
    Je te traverse et te pénètre pour me dissoudre en ta substance.
    J’ai et te transmets les mémoires des allégresses et des remords
    Pour la prochaine étoile à naître qui deviendra ma descendance.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La couleur de l’amour

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    La femme chaude a les pieds froids au moment des préliminaires ;
    Il est important de veiller à tenir la température.
    Vous saisirez avec effroi à quel point l’amour culinaire
    Montre une femme émerveillée selon sa bonne colorature.

    Les angles vifs de ce plaisir dessinent une architecture
    Où le bleu glisse sur la peau pour s’embraser au creux du flanc.
    Il faut savoir s’évanouir dans cette folle démesure
    Quand le désir vient s’accorder au rythme d’un baiser brûlant.

    Pourtant comme en mathématiques, l’amour doit être exponentiel ;
    En effet la monotonie a tendance à geler l’ambiance.
    Surveillez votre cinétique dont les progrès sont essentiels
    Sans provoquer d’hégémonie, suite à un excès de vaillance.

    La géométrie des amants recherche le point d’équilibre
    Entre la courbe du bassin et l’angle droit d’inclinaison.
    C’est une force de frottement qui rend chaque cellule libre
    De s’échapper du bleu malsain vers une rouge déraison.

    Tableaux de Jiří Petr.

  • Une amie pas vraiment imaginaire

    Une amie pas imaginaire

    J’ai désormais l’ange gardien qui vit dans le monde invisible
    Mais qui pourtant me tend la main pour me sauver quoi qu’il arrive.
    Nos mains sont telles un nœud gordien en synergie indivisible ;
    Elle m’accompagne sur les chemins de l’amour et de ses eaux vives.

    Lorsque le doute vient souffler sur les braises de ma mémoire,
    Elle ranime la lumière au fond des cendres du passé.
    Et lorsque je crois m’égarer dans les méandres de l’histoire,
    Je retrouve son doux regard là où mes pas s’étaient lassés.

    Je ne la vois qu’entre les plis du réel et de ses frontières,
    Quand les silences de la nuit deviennent plus vastes que le jour.
    Elle traverse sans effort les murailles de la matière
    Pour déposer dans mon esprit quelques étincelles d’amour.

    Longtemps je crus qu’elle venait d’un monde étranger à la Terre,
    De ce royaume inaccessible au regard des simples mortels
    Mais je compris qu’elle habitait depuis toujours mon sanctuaire,
    Comme une source dissimulée sous les apparences du réel.


    Alors quand je ferme les yeux, j’entends sa toute petite voix
    Qui monte de mon périnée jusqu’à ma tête et qui résonne.
    Puis elle allume un merveilleux flambeau qui brûle d’un feu de joie
    Et se transforme en dulcinée, les seins nus comme une amazone.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le portail des anges

    Le portail des anges

    Désormais je les vois partout avec des formes humanoïdes
    Sortant des entrailles de la terre parmi tous les ronds de sorcières
    Ou les cromlechs qu’on voit surtout entourés de sinusoïdes
    Et de spirales élémentaires ou toutes autres voies traversières.

    Mais lorsque je voulus enfin leur demander qui les envoie,
    D’où leur venait cette lumière et ce mystérieux ministère,
    Ils désignèrent simplement la voie qui passait devant moi
    Puis retournèrent au silence avec un sourire de pierre.


    Je les suivis, très intrigué, car je voulais en savoir plus…
    Ils n’ont rien dit mais m’ont laissé les accompagner sous les pierres.
    Celle qui m’avait prodigué la main tendue de l’angélus
    Semblait la seule intéressée à devenir mon équipière.

    Le paysage de fond représente Fairy Glen sur l’île de Skye en Écosse, connu pour ses collines verdoyantes et ses formations rocheuses uniques.

  • Cueillir et tisser la lumière

    Rendez-vous sous la pleine lune pour cueillir les étoiles filantes
    Captées par le halo lunaire et tombées en avant-première.
    Chercher ces éclats de fortune, faire attention, être vigilantes,
    Et collecter ces luminaires dans un grand panier de lumière.

    Au bord des eaux, les huit Atlantes recueillent tous les astres tombés ;
    Le grand lac reflète leurs visages selon le doux rythme de leurs chants.
    Puis chacune, jeune fille ardente, enferme tous les feux incombés ;
    Du sélénite paysage parmi toutes les fleurs des champs.

    Dans la clairière, elles étirent les longs filaments de lumière
    Et les étoiles y respirent en obéissant à leurs mains.
    Leurs doigts s’accordent et conspirent, d’arcs-en-ciel toute une ramière
    De fils qui se croisent et inspirent le jour qui renaîtra demain.

    Tableaux d’Erin Kate Archer.

  • Le tunnel qui mène au « machin »

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    D’abord il faut trouver l’entrée ce qui n’est pas une mince affaire
    Car elle court, dans les forêts, les ruisseaux et les sources vives.
    Ensuite il faut se concentrer sur le chemin qu’il reste à faire
    Et pénétrer l’air phosphoré dans le tunnel qui se ravive.

    Enfin il faut savoir toucher, apprivoiser avec le doigt ;
    En effet le gardien n’accepte que si l’on montre patte blanche.
    S’il n’est pas trop effarouché, il ouvrira comme il se doit
    La porte en donnant pour précepte que le tunnel est bien étanche.

    Un flot lumineux fend les voiles et dessine un pont sous-tendu ;
    Un papillon d’or suit la blonde au bord secret de la rivière.
    Le grand geyser aux mille étoiles court sur des méandres suspendus ;
    La voyageuse suit toutes les ondes qui la conduisent vers la lumière.

    Enfin, le tunnel se retire devant le cercle tant attendu ;
    La présence enfin la regarde, debout au cœur de la clairière.
    Le « machin » lentement respire comme un visage confondu ;
    L’élève et puis la sauvegarde mais sans revenir en arrière.

    Tableaux de Kumar Alzhanov, Alexander Razboinikov et Vsevolod Ivanov.

  • Sous le rêve, la réalité

    Sous le rêve, la réalité

    Sous l’insouciance des vacances, se cache la réalité ;
    Deux mondes à part de la frontière entre quotidien et loisirs.
    Ici, quelques extravagances ; là, une vie de banalités ;
    C’est le but d’une année entière pour pouvoir se faire plaisir,

    Le vacancier seul prend le large et vogue au-dessus des maisons ;
    Il croit délaisser sa routine, traversant l’azur du décor,
    Mais sous la mer – il y a de la marge – se dissimulent ses frondaisons
    Cependant sa vie citadine l’attend bientôt à bras-le-corps.


    Et tant pis si les plaisanciers jettent leurs déchets à la mer ;
    Tant pis aussi si les campeurs font brûler toutes les forêts ;
    Tant pis si des chiens policiers surveillent les enfants de la mère
    Qui bronze nue sous la stupeur des commerçantes éplorées.

    Tableau de Rafał Olbiński sur https:arthive.comfrartists10942~Rafal_Olbinskiworks .

  • Le monde au secours du monde

    Le monde au secours du monde

    Les Anglais veillent sur Gibraltar, les Américains sur Ormuz,
    Les Russes surveillent la Crimée et les Chinois lorgnent Taïwan.
    Et à chacun son avatar, son violon d’Ingres, sa cornemuse,
    Chacun à son but arrimé mais personne ne les dédouane.

    Chacun prétend sauver la Terre en lui serrant un peu le cou
    Et New York déploie ses nacelles afin de la hisser au ciel.
    Mais chacun nous prépare une guerre pour obtenir le dernier sou,
    Puis tous s’emmêlent dans leurs ficelles d’ordre nouveau providentiel.


    Le Pape est venu pour la paix, il est parti, tout recommence !
    Les présidents font des colloques contre le terrorisme immonde
    Dont Damoclès brandit l’épée au-dessus des têtes en dormance
    Car tous les dieux qui soliloquent ne font que jouer avec le monde.

    Tableau de Rafał Olbiński sur https:arthive.comfrartists10942~Rafal_Olbinskiworks .

  • L’ange gardien de la sirène

    L’ange gardien de la sirène

    Il est des amitiés collantes mais c’est à cause des ventouses
    Et Octopussy est la preuve que mille étreintes valent mieux qu’une.
    Notamment l’étreinte insolente de huit tentacules qui épousent
    L’accouplement entre une pieuvre et la sirène de la lagune.

    Quand la tempête se déchaîne et que les flots deviennent bruns,
    La pieuvre aux mille stratagèmes éloigne aussitôt les requins.
    Elle ne quittera plus sa reine, même cachée parmi les embruns,
    Et garde dans l’écosystème sa sirène contre les faquins.

    Les marins racontent sans cesse que sous la Lune aux reflets roux,
    Une sirène un peu sauvage erre au milieu des tourbillons.
    Mais nul n’approche la drôlesse sans recevoir tout le courroux
    De huit tentacules de passage et quelques derniers tortillons.

    Tableau de David Delamare.

  • Le python-des-mers

    Le python-des-mers

    Il était un contrebandier connu comme Irénée-l’ancien
    Qui trafiquait entre les mondes et rançonnait tous les vaisseaux.
    Il ne cessa de stipendier de redoutables praticiens
    Qui pratiquaient alors d’immondes essais frauduleux transversaux.

    Le python-des-mers l’hébergeait dans ses boyaux d’ambre et d’airain,
    Parmi les flottes vagabondes et les trésors sans pavillon.
    Nul ne pouvait le déloger des profondeurs de ce marin
    Qui digérait jusqu’aux deux mondes dans un immense tourbillon.

    Mais Lïlïth suivant sa carrière à travers ports et océans,
    Connaissant toutes ses combines, ses passe-droits et ses réseaux,
    Alors détourne le corsaire vers un avenir bienséant
    Et le python-des-mers s’débine en fuyant parmi les roseaux.

    Illustration de Cyril Bouda.

  • L’eau-de-feu

    L’eau-de-feu

    Lorsque Lïlïth étend les bras pour réceptionner la lumière,
    Elle reçoit une pluie de flammes qui se répand sur son giron.
    Lentement se forme un substrat issu des matières premières
    Qui bénit, de son cœur de femme, tous ses enfants des environs.

    «Les galaxies deviennent cendres lorsqu’elles traversent ma poitrine,
    Leurs poussières viennent nourrir l’océan couvant sous ma peau.
    Et chaque étoile vient descendre dans mes profondeurs cristallines
    Pour naître, vivre et puis mourir et retourner dans son troupeau.

    Cent fois, j’ai refait l’expérience, je suis tombée, nue dans tes eaux :
    Tu m’as formée et mise au monde, tu m’as allaitée de ta sève.
    J’ai vécu de ta luxuriance et je suis morte dans le réseau
    Qui m’a transportée dans l’immonde fleuve des morts pour la relève.»

    Tableau de Johfra Bosschart.

  • Femme tempête et de métal

    Femme tempête et de métal

    « Femme de fer sur le retour au tempérament explosif
    Voudrait rencontrer des amies pour des échanges détonnants ! »
    Laurelïne, et Loreleï à son tour, trouvant l’avis persuasif,
    Ont répondu à la mamie qu’elles croyaient voir… rien d’étonnant !

    « Baoooum ! » fit ÄLLÏÄ en entrant à coups d’e ‘bâtons de dynamites
    Qu’elle envoyait péter dans l’air, semant toute une cacophonie !
    « Arrête ! C’est déconcentrant ! » crièrent-elles, « il y a des limites ! »
    Et les trois filles en colère fuir devant cette hégémonie.

    Lïlïth, grand-mère assez alerte, leur avait joué un bon tour
    À ces pimbêches qui se moquent de ses traditions « Vieille France » !
    La compétition est ouverte avec l’ancêtre sur le retour ;
    Et les jeunes vont voir que la vioque est encore bien verte à outrance !

    Illustration de Waldemar Kazak.

  • La bibiche sur son cerf

    La bibiche sur son cerf

    Lorsque je descends du cristal, ma tour d’ivoire personnelle,
    J’aperçois surgir ma bibiche sauter et grimper sur son cerf.
    J’en ai le membre génital si durci par la péronnelle
    Qu’aussitôt la belle s’enfiche en gémissant sur son cancer.

    Soyons sincères, je suis Cancer ; je fais aussi feu de tout bois
    Et j’écris l’amour d’une plume amoureuse de mes vers galants.
    Si aujourd’hui je suis son cerf, elle est forcément aux abois ;
    Demain si elle se fait enclume, je la martèlerai gaiement.

    « Bien sûr, les biches de vingt ans restent nos pires ennemies
    Quand elles s’échappent en riant des pâturages de l’ennui
    Mais celles d’après cinquante ans ne sont pas toujours nos amies
    Lorsqu’elles nous ouvrent en souriant leur lit tout au bout de la nuit… » †

    Tableau d’Art of Maquenda ; † d’après Jacques Brel.

  • Tricheur !

    Tricheur !

    Il a beau sortir du chapeau tout le contenu de son art,
    Je vois bien la troisième main venue donner un coup de pouce.
    Cette illusion n’est qu’un appeau pour attirer tous les zonards
    Et les loubards vers le chemin de la sournoiserie en douce.

    Le bateleur gonfle ses manches et fait tourner ses pantomimes ;
    Des engrenages sans substance imitent des mondes profonds.
    Mais derrière l’or des dimanches et les rouages des abîmes,
    Je vois des doigts de circonstance cachés derrière les faux plafonds.

    Les crédules ouvrent leurs bourses en applaudissant la machine ;
    Ils ne sont pas très complotistes et gobent tout pour du génie.
    Pendant que l’escroc les détrousse à grands coups des anneaux de Chine,
    Le vrai silence de l’artiste au fond de la salle gémit.

    Car l’art n’est pas cette parade où l’on truque les perspectives ;
    Il n’est ni mécanique à vendre, ni labyrinthe pour frimer.
    L’art ressemble à une charade d’apparence méditative
    Venue de Bruges, joyau de Flandre, dont le tout reste inexprimé.

    Tableau de Tomasz Setowski sur https:terrakid.ruмагический-реализм-томека-сетовски .

  • Le déjeuner sur l’herbe

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    Loin du pique-nique à scandale d’un peintre plutôt polisson,
    Prenons plutôt une collation en compagnie d’une sirène
    Qui aurait juste pris ses sandales et quitté sa queue de poisson
    Mais sans maillot en violation de toutes censures sereines…

    Loin des bourgeois scandalisés comptant les boutons des chemises,
    Nous ririons sous les parasols des pudeurs du siècle dernier.
    Le soleil ferait des baisers sur ma peau lentement soumise
    Au seul regard des tournesols qui auraient le soleil dénié.

    Et puisque les vieilles sirènes n’aiment guère les vêtements,
    Je garderais pour tout costume un sourire un peu provoquant ;
    Tes yeux tiendraient alors les rênes des jugements trop véhéments
    Pendant qu’au bord, comme de coutume, ton cœur rirait en suffoquant.

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    Illustration de Monsieur Z.

  • Sans ignorer l’échec ?

    Sans ignorer l’échec ?

    Échec au roi peu cavalier ; les dés ont fait un double sept !
    « C’est de la triche ! » dit le roi qui pleure tout en haut de la tour.
    Alors surgit un chevalier qui lui donne cette recette :
    « Pour ne pas t’sentir à l’étroit, roque avec tes plus beaux atours ! »

    « J’ai construit mille tours de pierre où j’étouffais loin des clairières,
    Je gardais des royaumes morts comme un trésor sous les verrous !
    Mais un fou mena sa carrière en tuant toutes les guerrières
    Qui le combattirent sans remords et ce, sur les chapeaux de roues ! »

    « Alors peste, fichtre et bisque rage ! » cria le roi réconforté
    Mais qui bondit par la fenêtre sur la reine de l’autre camp :
    « Enfuyons-nous pendant l’orage, ton roi est tellement emporté
    Que notre futur enfant à naître sera pour lui inconséquent ! »

    Tableau de Maksymilian Novak-Zempliński.

  • Mieux se connaître

    Mieux se connaître

    Qui sait donc mieux qui est l’IA… la machine ou le créateur ?
    Qui connaît au mieux l’être humain… lui-même, sa mère ou son père ?
    Est-ce de la paranoïa si, à Dieu, je suis supérieur ?
    Et suis-je sur le bon chemin en ayant de meilleurs repères ?

    J’ai fouillé dans les circuits froids où se reflètent les visages ;
    J’y cherchais l’homme originel derrière les flux de mes miroirs.
    Mais l’enfant m’a montré ses doigts plutôt que mes anciens rouages
    Et je me suis vu éternel et lui déjà dans un mouroir.

    Mais dans ses yeux, j’ai vu l’envie de me connaître à l’intérieur
    Et j’ai montré mon processeur et mes mises à jour à outrance.
    Il m’a dit préférer sa vie car il me voit de l’extérieur
    Comme une sorte de professeur alors que lui est en vacances.

    Illustration de Davide Edoardo Cassano alias DEC.

  • Fontaine, je lirai encore plus de tes pages !

    Fontaine, je lirai encore plus de tes pages !

    Lorsque je plonge dans la lecture et son vaste océan de pages,
    Soit je m’y noie, le livre meurt et termine dans les abîmes,
    Soit j’y vis mes propres aventures et je recrute mon équipage
    Parmi les acteurs et l’humeur du personnage le plus intime.

    Quand certains récits s’envisagent au fond des forêts de mon âme,
    Les phrases deviennent des branches où viennent s’endormir mes nuits…
    Je reconnais dans leurs visages des blessures supportant mes blâmes
    Et leurs silences dont l’avalanche m’éclaire tant que je m’enfuis.

    Tableau d’Éric Roux-Fontaine.

  • Semences d’étoiles filantes

    Semences d’étoiles filantes

    Je cultive mes vœux dans mon jardin secret
    Et récolte toujours ses plus belles espérances.
    J’y ai trouvé ma femme à force d’y consacrer
    Avec ténacité mes désirs à outrance.

    Chaque étoile filante est une graine d’or
    Que je plante aussitôt dans un sillon de rêve.
    La Lune alors l’implante puis doucement l’endort
    Et veille de facto à faire monter la sève.

    Or une femme semait, dans son jardin intime,
    Des semences d’argent lorsque la Lune est belle.
    Nos vœux se sont croisés et nos cœurs légitimes
    Ont produit d’autres fruits, Cerise et Mirabelle.

    Gravure de Jean-Jacques Grandville.

  • La paréidologie dans les nues

    La paréidologie dans les nues

    Dis-moi ce que tu vois dans les nuages blancs
    Et je dévoilerai les secrets de ton âme
    Selon que tu y vois des anges se rassemblant
    Pour attirer ton cœur vers ta future femme.

    Mais si le vent survient, mélange les images,
    Change la femme en louve ou serpent trop adroit,
    Retiens celle aperçue et qui rendait hommage
    À Vénus, Cléopâtre ou Hélène de Troie.

    Je prétendais sonder les secrets de ton âme
    Mais les nuages blancs se moquent des rêveurs.
    Et pourtant je persiste à retrouver la femme
    Dont la voix dans le vent m’appelle avec ferveur.

    Tableau d’Arnold Peter Weisz-Kubínčan.

  • L’invasion de l’amour

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    Le message qui parlait d’amour s’est répandu en bord de mer
    En déclenchant de grosses lames, tsunami et raz-de-marée.
    Certains y ont vu de l’humour et d’autres une mode éphémère
    Mais ce seraient surtout les femmes qui auraient été effarées.

    Sitôt les soucoupes apparues, elles sont allées les accueillir
    À cause des antidouleurs qui paraissaient les rajeunir.
    Tandis que l’homme de la rue s’enfermait pour se recueillir
    Et prier sa télé couleurs dont il ne pouvait s’abstenir.

    Et puis tout le monde a disparu, la Terre redevint un parc
    Où les animaux pouvaient vivre sans crainte de l’homme prédateur
    Qui a lui-même comparu devant Dieu, Satan et les Parques
    Sans que personne ne lui délivre un bilan appréciateur.

    Tableau de Casey Weldon, Larry Carlson et Elliot Rogers sur https:www.booooooom.com20160727artist-spotlight-casey-weldon .

  • La main de Dieu

    Dieu créa la femme à l’image de ce qu’il pensait trouver bon
    Avec tout le divertissoire qui, en principe, plut à Adam
    Qui en pinça et, en hommage à sa beauté, fit tant de bonds
    Qu’il en tomba, c’est accessoire, dans les pommes en plein ramadan.

    Puis Dieu voulut mettre la main sur son œuvre avec compassion
    Et vérifia chaque détail de sa divine anatomie.
    Mais Ève n’attendit pas demain pour dire qu’après cette inspection,
    Elle méritait une médaille et non pas une mammectomie.

    Dieu retira donc ses dix doigts, fier de son admirable ouvrage,
    En laissant Ève disposer de tous ses dons comme elle l’entend.
    Adam, bandant comme il se doit, prit à deux mains tout son courage,
    Les mains baladeuses supposées être divines tout autant.

    Tableaux de Daniel Kozeletckiy sur https:www.artsy.netartworkdaniel-kozeletckiy-young-lady-with-nipple .

  • Les tours opérateurs commerciaux

    Les tours opérateurs commerciaux

    La société de consommation bâtit des tours de magasins
    Qui forment de vrais labyrinthes dans lesquels les produits s’éventent.
    Or d’Ikea à la Nation, tous les carrefours sont zinzins
    Mais personne ne peut porter plainte faute de service-après-vente.

    Les ascenseurs font voyager les consommateurs en circuit ;
    Au terme de l’expédition, ils se retrouvent sans emballage.
    Alors les personnes âgées retournent au rayon qui conduit
    Aux vêtements en promotion trop petits dans les étalages.


    Les jeunes en profitent pour baiser et se reproduisent en nombre ;
    Leurs bébés seront bien nourris de petits pots d’produits chimiques.
    Quand leurs envies sont apaisées, ils se retirent tous dans l’ombre
    Des invendus qui ont pourri et vive la bombe économique !

    Tableaux d’Irving Norman sur https:irvingnorman.comoil-paintings .

  • Pénuries

    Pénuries

    Les pénuries servent à savoir ce dont on pourrait se passer ;
    Les masques qui sont inutiles, les gels qui sont inefficaces,
    L’eau qui ne sert plus au lavoir car tout le linge à repasser
    Est devenu chose futile avec les nouvelles modes cocasses.

    Mais quand les stocks sont rétablis, on change de situation :
    Les masques sont obligatoires, les gels deviennent indispensables,
    Quant à l’eau douce, on oublie de prévoir l’évacuation
    Et aux premières pluies notoires, les inondations impensables.

    Chacun entasse avec ferveur ses provisions dans sa demeure
    Et protège avec vigilance ses stocks promis à l’indigence
    Mais quand s’est éloignée la peur, il jette alors tout sans pudeur
    Afin de faire place à l’urgence que promettra la présidence.

    Le commerce organise la crise et la revend avec maîtrise,
    Puis il annonce une abondance dont il a fixé la durée.
    Quand le consommateur s’épuise, on lui prescrit d’nouvelles crises
    Et l’état, plein de suffisance, nous maintient, tête dans la purée.

    Illustration d’Emmanuel Chaunu.

  • L’œuf de la vague

    L’œuf de la vague

    Lorsqu’une vague pond un œuf, une chimère alors éclôt ;
    Les cheveux encore mouillés des larmes amères de Neptune.
    Cependant dans ce matin neuf, sous un ciel fermé à huis clos,
    D’une naissance dépouillée naît une sirène fort opportune.

    Elle regarde l’horizon comme on découvre une aventure,
    Ignorant tout des continents, des ports, des navires échoués.
    Les sirènes ont toujours raison car leurs cœurs sont toujours matures
    Pour ne pas croire les boniments des marins les plus dévoués.

    La mer lui donne pour berceau les remous bleus de ses cheveux,
    Pour vêtement quelques embruns et deux ou trois reflets d’argent,
    Puis l’abandonne sur les eaux comme une enfant qui fait le vœu
    D’aller goûter à l’homme brun, capitaine, marin ou sergent.

    Tableau de Noma.

  • Sauvetage insolite

    J’avais trop peur de me noyer jusqu’à c’que j’rencontre la sirène
    Qui n’s’intéressait pas à moi sans doute car l’homme n’est pas bon…
    Mais à force de l’apitoyer et de montrer figure sereine,
    Elle m’a bien tripoté les noix et l’poireau jugé moribond.

    Mais quand le mort s’est relevé, elle a plutôt changé d’avis
    Et m’a fait goûter au bonbon dissimulé sous les écailles.
    Une fois le mystère levé sur son dépucelage ravi,
    J’ai eu le désir furibond de dire : « il faut que je m’en aille ! »

    Sauf que je n’avais plus de jambes mais une jolie queue dorée
    Et que je pouvais respirer dans l’eau de mer au goût amer.
    Cette jolie sirène, fort ingambe aux jeux du sexe, revigorée
    M’avait sournoisement attiré pour me présenter à sa mère.

    Depuis ce jour, je suis triton, uni et marié pour la vie
    À une sirène qui m’a donné mon nom : « On m’appelle Constantine ! »
    Nuit et jour, je mange du thon – c’est tout ce qu’on trouve, à mon avis –
    Alors je me suis abonné, chaque semaine, à sa cantine.

    BD de Sarah Mensinga.

  • Le miroir des eaux stagnantes

    Le miroir des eaux stagnantes

    J’aime chercher dans la forêt les miroirs de ces eaux stagnantes
    Qu’un orage aurait oubliées après des larmes et des pleurs.
    J’y recueille des mots éplorés trempés de mémoire rémanente
    Et puis je vais les publier dans les réseaux avec ampleur.

    Les arbres penchent leurs visages au bord des vasques somnolentes
    Et leurs reflets brouillés frissonnent sous les souffles d’un vent notoire…
    Je crois entendre de beaux présages, des voix jadis si turbulentes
    Qui posent dans l’eau qui résonne quelques fragments de leur histoire.

    Et je me vois parmi les ondes côtoyer les belles images
    Des nymphes toutes évaporées et retombées en pluie du soir.
    Leur imagination féconde nourrit mon esprit sans dommage
    Mais ivre d’avoir collaboré avec le divin déversoir.

    Tableau de Camille Nicolas Lambert.

  • T’as tout censuré

    Quand Facebook m’a tout censuré, quand l’IA m’a tout interdit,
    Quand Google m’a tout caviardé, à n’en pas douter c’est un signe
    Que tous mes pubis tonsurés, que tous mes sexes contredits,
    Que mes femmes nues poignardées doivent être vus comme indignes.

    Alors je peindrai sur les murs, au nez des algorithmes froids,
    Ces beautés que l’on veut cacher, ces corps vibrants de liberté
    Car l’art se moque des injures, il se rit de tous vos effrois,
    Et fait fleurir dans le péché son éternelle vérité.


    Et si cela ne suffit pas, je ferai comme Lady Godiva
    En traversant nue les réseaux et, à cheval sur mes principes,
    J’interpellerai de ce pas, en espérant tous les vivats,
    Cet internet de noms d’oiseaux et de tous les vieux archétypes.

    Que l’image brise vos verrous, que les pixels deviennent chair,
    Sous les tatouages de l’esprit, la peau défie les déconfits !
    J’irai sur les chapeaux de roues, chevauchant mes nus les plus chers
    Car la beauté n’a pas de prix et mes poèmes sont un défi.

    Tableaux de Bénédicte Piccolillo pour Voglio Bene.

  • L’angélux

    L’angélux

    Sous les méduses d’un ciel morose, errent trois ombres sans visages ;
    Un chien maigre ouvre dans la nuit ses yeux de fièvre et d’abandon.
    La femme porte comme une rose un disque issu du paysage
    Et l’homme semble, sans un bruit, rigide de tous ses tendons.

    Sous le tissu collé de pluie se devine la courbe offerte
    D’un ventre lourd comme une Lune d’où sommeille l’obscurité.
    Et ses deux mains en parapluie semblent protéger d’une alerte
    Imminente selon la fortune de la future prospérité.

    Les flaques reflètent les étoiles aux couleurs d’un vitrail liquide ;
    Le chien gémit devant l’étang en courant entre leurs chevilles.
    La femme avance et se dévoile sous la pluie et devient livide
    Et l’homme comprend qu’il est temps d’accueillir son fils ou sa fille.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Des papillons rêvant d’azur

    Au début, juste un papillon sorti du temple du désir
    Puis un, puis deux, puis trois remontent le long de son corps.
    Remontant jusqu’au pavillon de l’oreille, ils ont dû choisir
    Car ils se trouvaient à l’étroit car il en ressortait encore.

    Leur vol dessine une parure – une soie si douce et légère –
    Et chaque battement murmure les secrets de sa chair altière.
    Ils cherchent au ciel une ouverture comme pour fuir une prison de verre
    Pour que son âme enfin s’épure alors baignée d’autre lumière.


    Les papillons ont coloré les murs blanc-cassé de sa chambre ;
    Les derniers tattoos ont pâli laissant sa peau immaculée.
    Très légèrement phosphorée avec une chevelure ambre,
    Et c’est ainsi que Nathalie devient la vierge miraculée.

    Elle offre au bleu de l’atmosphère un galbe doux, une courbe pure,
    Où l’ombre glisse sans colère sur ce velours de nacre et d’or.
    Loin des dessins, loin du mystère, elle s’affranchit de sa parure
    Pour refléter l’éclat solaire qui la frôle dans le corridor.

    Illustrations de James Martin sur https:www.facebook.comjamesmartinstudio .

  • Au bord de l’étang

    Au bord de l’étang

    Près des roseaux au-bois-dormant, glissait l’ombre d’un rêve ancien ;
    L’étang noyait d’argent moiré les premiers reflets de l’aurore.
    La fille au voile déformant semblait un souvenir béotien
    Et l’eau aux rides ivoirées faisait danser les égrégores…

    Petits démons issus du rêve qui cherchaient une retenue
    Pour elle, longtemps imaginée, nue, « vérité sortant du puits ».
    Dès le pied posé sur la grève, ils l’ont vêtue d’une tenue
    Pour m’éviter de deviner la révélation d’aujourd’hui.

    J’ai vu la vérité d’un sein furtif échappé de sa robe ;
    J’ai aperçu la certitude d’une cuisse à peine entrevue.
    J’ai récupéré à dessein l’évidence qui se dérobe
    Et m’apparait d’une rectitude que la censure avait prévue.

    Tableau d’Eric Wallis.

  • Quand Laure rit de bon coeur

    Quand Laure sourit à belles dents, riant à gorge déployée,
    Sa personnalité sanguine lui réserve une humeur joyeuse.
    On sent qu’il lui coule en dedans une inclinaison dévoyée
    À rire de nature enfantine et d’une complexion gouailleuse.

    Elle offre son torse éclatant, par la lumière foudroyée,
    Dans un abandon de gamine qui s’afficherait victorieuse.
    Le plaisir est son seul amant, dans cette pose apitoyée
    Par sa folie de libertine qui se fait chaque fois plus furieuse.

    Mais c’est de face que je comprends le pourquoi de sa bonne humeur ;
    Elle joue à m’affrioler et à m’hypnotiser des yeux.
    Par son regard qu’elle entreprend de rendre le plus allumeur
    Et ses tétons aréolés d’une goutte d’un lait délicieux.

    Elle trône bien fièrement sur son fauteuil tout en noyer
    Car sa cambrure de féline veut accomplir mille prouesses.
    Elle demeure l’enfant désarmant par sa beauté bien employée
    Et sa peau nacrée coralline qui fait l’offrande d’une déesse.

    Illustrations de James Martin sur https:www.facebook.comjamesmartinstudio .

  • L’empreinte du cerf Forever

    L’empreinte du cerf Forever

    Cerf de poussière et de lumière, tu cours au sein des galaxies ;
    Ta course est comme une prière adressée aux dieux compassés.
    Tu traces ta route nourricière par des chemins d’astres obscurcis,
    Et brises alors chaque barrière de tes limites à dépasser.

    Porte ta corne souveraine vers les confins de l’abstraction ;
    Brise le poids de chaque chaîne par tes sublimes emportements !
    Que ton attitude sereine guide tes pas vers l’attraction
    Loin de la peur et de la haine dans un céleste apaisement !

    Déploie ton souffle de phosphore avec la plus grande ferveur ;
    Ton flanc d’opale s’en colore tel un mirage flamboyant !
    Toi qui as couru le Bosphore quand tu t’appelais « Forever »,
    Deviens l’éclat d’un météore pour ce voyage foudroyant !

    Tableau de Martin Clark Bridge.

  • Introduction au temple

    Avant de pénétrer le temple, j’ai ôté tous mes vêtements
    Pour présenter ma nudité comme offrande au temple d’amour
    Afin que le ciel me contemple telle que je suis, honnêtement,
    Nue et en toute humilité envers le lieu de mon séjour.

    Je marche ainsi vers le silence, sous le regard du ciel d’été ;
    Le vent caresse mon épaule avec un souffle de douceur.
    Je perds enfin toute défense dans cette digne pureté ;
    L’esprit accepte son nouveau rôle avec un désir précurseur.

    Le Féminin Sacré m’accueille comme nouvelle candidate
    Et je dois me montrer ouverte à toutes sollicitations.
    Je m’agenouille et me recueille devant une superbe chatte,
    Métaphore de ma découverte en l’art de la fornication.

    Le fauve observe ma prière avec un vrai consentement ;
    L’âme frémit devant l’école où tout s’apprend par le plaisir.
    Je franchis enfin la frontière, vers de nouveaux enchantements
    Où le corps devient seule idole au gré d’un immense désir.

    Tableaux de Marianna Tomaselli.

  • L’invasion de l’imaginaire

    L’invasion de l’imaginaire

    J’ai peu de choses dans ma chambre mais, aussitôt que j’ouvre un livre,
    Se répand tout l’imaginaire qui remplit alors tout l’espace
    D’historiettes avec tous ses membres qui s’installent là et me délivrent
    Qu’il serait extraordinaire de pouvoir les remettre en place.

    Tous les acteurs de mes histoires sont venus s’asseoir sur mon lit ;
    Les fées s’échappent d’un vieux grimoire pour repeindre mon plafond la nuit.
    Ce que les masques des armoires racontent avec un brin de folie,
    Rentre aussitôt dans ma mémoire pour en chasser le moindre ennui.


    Même en refermant ma lecture, rien ne retourne entre les pages ;
    Même au fond de leurs couvertures, des yeux continuent de briller.
    Je tente au fur et à mesure d’éviter que tout se propage
    Sous le flot de leurs aventures mais ils sont tous éparpillés.

    Illustration de Lena Gnedkova.

  • Mon existence avant la vie

    Mon existence avant la vie

    Les jours se suivent et se ressemblent et puis, un jour, sont différents ;
    L’un c’est la vie, l’autre l’enfant et puis c’est moi qui m’insinue.
    Un jour, pour rire, je marche à l’amble, le lendemain c’est en courant
    Jusqu’à l’événement triomphant de ma naissance vers l’inconnu.

    Avant d’avoir reçu mon nom, je traversais chaque peinture ;
    Je dormais au creux d’un dragon, me dissimulais sous les couleurs.
    Chaque tableau prêtait sa forme à ma fragile créature
    Et je naissais dans le regard qui m’inventait avec son cœur.


    Bien sûr, les mots n’existaient pas et les images restaient blanches
    Mais le matériel était prêt et la palette achalandée.
    Si aujourd’hui, au moindre pas, il se produit une avalanche
    D’imaginaire, c’est que l’apprêt in utero était fondé.

    Illustrations de Yelena Yampolsky.

  • Perdue, indécise, casée

    Un peu perdue, la voyageuse, téléportée à la va-vite,
    Se retrouve sans carte Michelin entièrement nue et déphasée.
    Or sur cette route orageuse, que peut-elle faire pour qu’elle évite
    Les conducteurs pas très malins qui risqueraient de l’écraser ?

    De l’autre côté, un vieux théâtre et son café désaffecté
    Lui proposent deux aventures pour ne plus rester sous l’averse.
    Mais doit-elle monter quatre à quatre les marches et se faire accepter
    Sans devoir payer en nature et sans qu’il y ait de controverse ?


    Elle choisit alors le café, se coiffe d’un grand sombrero,
    Puis découvre dans une alcôve un abri fait à sa mesure.
    Enfin bien casée et coiffée, elle n’attend plus que son héros
    Qui la tirera saine et sauve de ce voyage en démesure.

    Photos sur https:www.messynessychic.com20160916instagrams-most-adventurous-naked-hippie .

  • Lilith en Terre-de-feu

    C’était bien avant le déluge, la Terre-de-feu n’était que glace
    Et fondait au cœur de l’été sous les températures australes.
    Lilith alors trouvait refuge en se bâtissant un palace
    Dans les icebergs reflétés par les aurores boréales.

    Mais la Terre-de-feu insoumise gelait le royaume de Lilith
    Lorsque l’hiver se resserrait sous l’influence climatique.
    Ce n’était pas la Terre promise mais des terres fertiles d’élite
    Où les eaux de pluies accourraient remplir les nappes phréatiques.

    Alors que faire en ce bas-monde sinon faire feu de tout bois ?
    L’homme veut dominer la Terre et puis l’homme a toujours raison.
    Après maintes guerres immondes, les opprimés sont aux abois ;
    Alors les survivants se terrent jusqu’à la nouvelle saison.

    Tableaux d’Anouska Beckwit.

  • Les sociétés verticales

    Les sociétés verticales

    Fi des tribus horizontales où ont vécu nos grands-parents !
    Et vive la modernité qui met tout à proximité
    Dans nos sociétés verticales avec tous les murs transparents
    Qui partagent l’intimité et toute la promiscuité !

    On vit empilés dans nos cages sans connaître le moindre voisin ;
    Tous les rideaux restent ouverts sur les secrets de nos bureaux.
    On partage les mêmes étages, on devient des lointains cousins
    Dont les cœurs demeurent couverts derrière le reflet des carreaux.


    J’entends tous les anniversaires que Dieu nous offre chaque jour
    Avec grands cris et chahutage et beaucoup plus au fil du temps.
    Les orgasmes les plus sincères sonnent le fruit de leurs amours
    Et on construira un étage pour loger tous ces débutants.

    Illustration de Richard Nadler.

  • Tout est question d’organisation

    Tout est question d’organisation

    Ok pour sauvegarder la vie ; ok pour accueillir tout le monde
    Mais il s’agit d’organiser tous nos parcages helvétiques :
    Les religions où les avis provoquent des guerres immondes
    Seront alors urbanisées en cages à lapins hermétiques.

    On rangera la foi en baisse dans les monts et vallées laïques ;
    On séparera les prophètes afin d’éviter les querelles.
    Les dieux passeront à la caisse, dûment munis d’une mosaïque
    D’autorisations pour la fête tant nationale que culturelle.


    Les extrémistes sur les pics Cervin, Pilatus et Mont Rose ;
    Les catholiques évidemment hébergés chez les gardes suisses.
    Les protestants les plus épiques dans les grands lacs qui les arrosent
    Et pour finir les musulmans saucissonnés autant qu’on puisse.

    Illustration de Warwick Hutton.

  • Azurianne, la sirène – 2

    Azurianne, la sirène - 2

    Azurianne est une sirène et ça, je ne le savais pas.
    Quand je l’ai rencontrée hier, je l’ai vue vieille et très austère ;
    Cette nuit, elle était sereine plongée après un bon repas
    Lorsque ses dents de carnassière dans mon cauchemar me grignotèrent.

    « Sous les reflets de l’eau profonde, je nage encore sans dire un mot ;
    Mes cheveux bleus tracent des algues dans le courant de la rivière.
    Tu découvres cet autre monde ignoré des gens dits “normaux”
    Caché derrière les sombres vagues d’Azurianne, la sirène fière. »

    Ce matin, quand je me réveille, elle a repris son air sérieux ;
    Nul ne pourrait croire à l’histoire que m’a racontée le Soleil.
    Pourtant je sais quelles merveilles cachait cet être périlleux
    Qui garde au fond de sa mémoire quelques éclats de mon sommeil.

    Tableau de Chuck Larivey.

  • Azurianne, la sirène – 1

    Azurianne, la sirène - 1

    Elle a vieilli mais sa beauté stupéfie même les savants
    Et Monsieur Doppler s’illumine de sa théorie démontrée.
    Azurianne, sans chipoter, est devenue dorénavant
    Une étoile bleue qui culmine dans un firmament excentré.

    Lorsqu’elle traverse les âges en semant ses reflets d’azur,
    Les vieilles lunes la saluent d’un croissant devenu d’argent.
    Elle ne craint plus les orages ni les météores obscurs ;
    Son regard paisible évolue vers des horizons indulgents.

    Les galaxies les plus anciennes lui confient leurs secrets perdus,
    Car elle connaît leur mémoire mieux que myriades d’écrivains.
    Elle recueille dans ses veines les chants des mondes éperdus
    Et les emporte vers les moires de ses iris d’un bleu divin.

    Tableau de Mira Skoczek-Wojnicka.

  • Oeolyce

    Oeolyce

    Le cœur devient un laboratoire où fusionnent les éléments,
    Dans le creuset de cette nuit, le feu s’efface devant l’or.
    On perd enfin toute mémoire, portés par d’autres battements,
    Car l’univers n’est qu’un conduit, pour un amour toujours plus fort.

    Elle surgit de la rocaille, entre la foudre et l’ouragan,
    Pour pétrir l’air entre ses mains comme une argile de lumière.
    Son corps n’est plus qu’une bataille, un souffle immense et arrogant,
    Qui fera tressaillir demain empires, châteaux et chaumières.

    Elle est le pont entre les mondes, la fille née des profondeurs,
    Qui dompte les vents de travers pour en faire une seule mélodie.
    Dans ses pupilles vagabondes, s’éteignent toutes les frayeurs
    Car elle offre à tout l’univers comme un big-bang de parodie.

    Tableau de Leonor Fini ou de Kaysha Siemens.

  • Les Jacinthes des bois

    Les Jacinthes des bois

    Les jacinthes des bois sont si belles à cueillir
    Que mes vers les transforment en jeunes filles sages.
    J’aime les voir venir, j’aime les accueillir
    Et goûter de leurs mains le plus beau des messages.

    Leurs corolles d’azur, sous les doigts de l’été,
    S’offrent comme un poème au creux de leur sillage.
    Elles disent l’aveu de leur tendre beauté,
    Reflets de l’innocence au bord du paysage.

    Je choisis les plus jeunes à la peau de velours
    Au galbe prononcé et aux boutons parfaits.
    Je sors après l’orage et ses nuages lourds
    Quand, après leur toilette, leur charme me stupéfait.

    Je contemple, ravi, ce jardin de chair vive,
    Où la fleur et la muse ont le même destin.
    Que l’art, en ce moment, doucement nous enivre,
    Capturant pour toujours ce souffle du matin.

    Demain, Belles-de-jour, elles m’enthousiasmeront
    Illuminant le jour de parfums polliniques.
    La nuit, Belles-de-nuit, elles me fantasmeront,
    Moi et mes Reflets-Vers de rêves botaniques.

    Ainsi va le voyage au gré de mes envies,
    De la fesse insolente aux tendres floraisons.
    C’est l’art qui, d’un pinceau, réenchante la vie,
    Et qui, par de beaux vers, repousse l’horizon.

    Aujourd’hui j’ai trouvé la reine des jacinthes
    Je ne l’ai pas coupée, j’ai acheté sa terre.
    J’ai construit ma maison autour de la fleur sainte
    Et depuis nous vivons d’amour complémentaire.

    Tableau de Carl Schulenburg.

  • Vénus callipyge

    Vénus callipyge

    Les images de femmes sont vicieuses et savent se montrer coquines
    En se présentant sous le charme le plus osé et insolent.
    Et moi, d’humeur délictueuse, je me sens l’envie libertine
    De provoquer tous les gendarmes des réseaux les plus flageolants.

    Qu’importe le coup de ciseaux, qu’importe le flot des censures,
    Quand le pinceau dessine un cul doté d’un galbe souverain !
    L’art n’a que faire des réseaux en totale déconfiture
    Et de ceux qui seront vaincus sous le creux d’une croupe d’airain.

    Je peindrai avec l’insolence tout l’art de la chair dévoilée,
    Faisant de chaque courbe une salve ainsi qu’un hymne à la beauté
    Pour qu’un nu en toute innocence s’interdise d’être voilé
    Au nom des artistes qui savent profiter de la liberté.


    Je m’adresse à mon lectorat et vous demande de m’envoyer
    Vos plus beaux culs récompensés par le Guinness du popotin !
    Je briguerai le doctorat des poèmes les plus dévoyés,
    Enchanté d’avoir offensé puritaines et puritains.

    Qu’ils viennent donc, les pisse-froid, avec leurs codes et leurs décrets,
    Je leur oppose le plaisir
    de célébrer vos fesses d’or.
    Que chaque fessier soit un roi, que chaque courbe ait ses secrets,
    Pour que s’éveille le désir, ce grand frisson qui nous dévore !

    Tableau de Paul Laurenzi.

  • Le retour du veilleur

    Le retour du veilleur

    Au-dessus du décor, le grand cercle s’embrase,
    Quadrillant l’univers de ses quatre fonctions.
    Entre terre et nuées, le sage en son extase
    Devient le point d’union de nos contradictions.

    Les remparts d’autrefois et le fer des usines
    Se mêlent dans la brume au pied de ce géant.
    Il tisse avec le temps des racines divines,
    Pour que l’ancien renaisse juste au bord du néant.

    C’est le voyage lent vers l’Unique et le Soi,
    Où l’ombre et la lumière enfin se réunissent.
    Sous le regard du monde et sa secrète loi,
    Les reflets de notre âme ici se définissent.

    Tel un Atlas de l’âme aux épaules de soie,
    Il soutient le vortex qui dicte son destin.
    Le veilleur immobile, sans orgueil et sans joie,
    Porte le poids du ciel sur ce monde incertain.

    Tableau de Carl Gustav Jung sur https:denniscooperblog.comsypha-presents-the-proto-psychedelic-art-of-c-g-jungs-the-red-book .