Catégorie : 2026

  • En robe blanche

    En robe blanche

    Cette fameuse robe blanche promise au sein du Paradis
    N’est pas de tissu mais de peau, de corps et de chair féminine
    Dont les seins tombent en avalanche de laitance ragaillardie
    Afin de nourrir le troupeau des enfançons qui prédominent.

    Ceux qui refusent la robe blanche – car tout le monde peut choisir –
    Deviennent tous ces diablotins écervelés, sans volonté
    Qui reviendront vivre une tranche de vie où ils pourront moisir,
    Les pieds plantés dans le crottin de ce qu’ils auront fomenté.

    J’ai réfléchi sans hésiter et j’ai revêtu cette robe
    Bombant la poitrine flageolante dans deux mamelles ballottantes.
    Dodue mais sans obésité, je vis une existence probe,
    Subissant la soif insolente de mille bouches glougloutantes.

    Illustration de James Martin sur https:www.facebook.comjamesmartinstudio .

  • La Côte d’Opale

    La Côte d’Opale

    Le soleil se décline en une robe d’or,
    Sur le sable si fin où le souffle s’endort.
    L’écume blanche danse au rythme journalier
    Qui berce doucement le repos des voiliers.

    Tes clichés me capturent cet instant suspendu,
    Où tout l’azur du ciel dans la mer s’est fondu.
    On écouterait presque le cri des goélands
    Et le murmure doux des vagues s’en allant.

    Cheminons côte à côte sur le bord de ce monde
    Où chaque marée basse en découvertes abonde.
    Merci pour ce voyage, au crépuscule hardi
    Dans l’éclat d’une image qui fixe ce mardi.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La sortie de la carte du tendre

    La sortie de la carte du tendre

    Le voyage est si expensif que j’y suis resté plusieurs mois,
    Fasciné par les paysages de son amniotique nature.
    Au début, assez peu pensif, j’ai su garder autour de moi
    Une attention dès mon jeune âge dans cette douce villégiature.

    Neuf mois passés m’ont paru court si ce n’est me sentir à l’étroit
    Pour chercher, sur un coup de tête, l’issue du bouleversement.
    Arrivé en fin de parcours, je repasse par ce détroit
    Que j’avais, sur un air de fête, parcouru antérieurement.

    L’étroit passage est une épreuve, où le corps lutte avec ardeur ;
    Le souffle guide chaque poussée, vers un rivage éblouissant.
    Je sors enfin faire peau neuve, loin de la peur et la candeur ;
    La vie est une fleur froissée dans le sillage d’un nouveau-né.

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  • L’entrée de la carte du tendre

    L’entrée de la carte du tendre

    Dès l’entrée je suis accueilli par une sensation exquise
    Qui m’invite à continuer comme prémices encourageantes.
    Plus j’avance, plus je suis assailli par les images que j’ai conquises
    Et qui m’offrent de m’insinuer vers l’extrémité engageante,

    Au début, sur un pas de danse, je me suis mis à haleter ;
    À courir de plus en plus vite mais tout en faisant du surplace…
    Pour l’instant, je tiens la cadence mais je me sens tant exalté
    Qu’il n’est pas certain que j’évite l’épectase au fond du palace.

    L’onde rose est une promesse, j’y trouve un céleste trésor ;
    Le cœur franchit chaque barrière, au sein d’une flamme infinie.
    Je m’enivre de cette ivresse, sous les reflets de pourpre et d’or,
    Baigné par l’ultime lumière, d’une maternelle harmonie.

    Tableau d’Anna Kruger.

  • Les ficelles de l’amour

    Les ficelles de l’amour

    Je te tiens, tu me tiens, par un lien cornélien ;
    La ficelle d’amour qui n’a plus ses deux bouts
    Car un fou a tranché l’intime nœud gordien
    Qui reliait entre eux les organes tabous.

    Nous marchons enlacés dans les ronces du lien,
    Ligotés de silence aux brûlures charnelles.
    Nos corps cherchent encore l’impossible maintien
    Dans les derniers lambeaux de ficelle éternelle.

    Chaque nœud de nos corps saigne un désir ancien ;
    Nos souffles prisonniers tremblent sous les épines.
    L’amour nous a liés d’un fil presque païen
    Dont les dieux ont perdu les secrètes origines.

    Tableau de Mark Ryden.

  • Vision géométrique et sacrée

    Vision géométrique et sacrée

    L’artiste a le compas dans l’œil et un cerveau dans sa rétine
    Qui lui révèle les proportions les plus sacrées de l’univers.
    La fleur de vie est sur les feuilles, Fibonacci sur les collines,
    Le nombre d’or en contorsion parmi tous les espaces verts.

    Les coquillages, la vague, le ventre et même la fleur de douceur
    Portent ce lent enroulement qui semble aimer à l’infini.
    Comme si la nature au centre tâchait le vert d’une rousseur
    Dans le plus grand chamboulement des saisons ainsi définies.

    Le coquillage et le pistil reproduisent la même spirale,
    Le fleuve en épouse les hanches des collines à l’automne d’or.
    Sans doute l’amour reconnaît-il sa géométrie viscérale
    Lorsque les amants se déhanchent pour créer un conquistador.

    Tableau de Charles L. Gilchrist.

  • Au secours, l’hiver revient

    J’ai découvert le pot-aux-roses de cette réforme débile
    Car juste à la fin de l’automne, on endort les gens pour trois mois.
    On appelle ça la sinistrose ou l’hibernation immobile
    Car le monde entier se cantonne dans son lit et chacun chez soi.

    Seul un vieux poète insomniaque perça l’affreux complot d’État :
    Pendant trois mois, tous les hivers, il voit la neige s’accumuler.
    On le traite de démoniaque, de faux prophète, de vendetta
    Pourtant c’est lui que l’univers a choisi pour nous stimuler.

    Afin d’éviter la panique, les présidents nient les frimas ;
    Les journaux parlent de vacances, de foot et on prend du bon temps.
    Quand chacun roule des mécaniques, l’état répond que le climat
    Se réchauffe à une cadence telle qu’on passe d’automne au printemps.

    Tableaux numériques de Richard Nadler sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com202511Richard-Nadler.html .

  • Les trois saisons

    Depuis qu’on a rayé l’hiver de ce fichu calendrier,
    L’année ne compte que neuf mois et donc les grossesses durent un an.
    Ça a chamboulé l’univers et fait couler les encriers
    Mais en résultat quel émoi quand tout va très bien maintenant !

    Or les oiseaux n’émigrent plus ; ils ont signé des C.D.I.
    Avec les arbres du village où chacun possède son nid.
    Et puis un jour, dès qu’il a plu, les hirondelles sont parties
    En télétravail sur les plages pour y construire un paradis.

    Les nuages ont enfin le droit de se choisir une saison ;
    Les plus paresseux font l’automne et les plus hardis le printemps.
    Les météorologues adroits ont désormais toujours raison
    Mais tout le monde se désabonne des bulletins de mauvais temps.

    Tableaux numériques de Richard Nadler sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com202511Richard-Nadler.html .

  • Après les deux quinquennats

    Après les deux quinquennats

    Après dix années de labeur à diriger notre pays
    Dans un gouffre de prétentions et dans l’abîme d’arrogance,
    En plus de ça, notre flambeur, qui veut voir le monde ébahi,
    A lancé des invitations dans les plus beaux châteaux de France.

    On a bien bu et bien mangé jusqu’au départ des invités
    Mais quand le bal eut disparu, il a fallu tout nettoyer.
    Les gens de maison ont rangé le palais de ses vanités
    Quant à lui, il a disparu après avoir bien festoyé.

    Illustration de Ben Kimberly Prins.

  • Les châteaux branlants

    Nous fêtons nos soixante-sept ans, la cinquième république et moi
    Et tous les deux avons subi des règles assez imbéciles.
    Nous n’en sommes pas plus compétents pour autant car au fil des mois
    Les illusions et les lubies ont fait de nous des vieux fossiles.

    Aussitôt une loi de travers, plutôt que de la redresser,
    On en pose une autre, contraire, ou on en oublie le décret.
    Les ministères marchent à l’envers, les fonctionnaires sont agressés
    Et les vaches-à-lait se font traire pour nourrir l’État en secret.

    Le président abat ses cartes, le Parlement sert de tapis ;
    Une loi soutient la suivante et tout le socle se fissure.
    Les ministres citent Descartes et tous les maires restent tapis
    Sous une foule survivante qui maudit la législature.

    Tout en bas, le peuple travaille pour engraisser la république
    Tandis qu’en haut la cour ripaille toujours aux frais de la princesse.
    Chaque impôt nouveau le tenaille au nom de l’intérêt public,
    Puis, du château, tombent les murailles après des années de grossesse.

    Tableaux de Catherine Abel.

  • L’union fait la force

    L’union fait la force

    Loreleï aime tant le requin, qu’elle a dressé plein de poissons
    Comme filet à provisions sans que ça lui coûte un sequin.
    Poissons bleus, blanc, rouges et rouquins sont invités à la moisson
    Du vendredi en prévision d’un festin d’ailes de requin.

    Quand les poissons sont réunis, le requin paraît tout petit
    Mais qu’un seul d’entre eux se détache, le prédateur le remercie.
    L’union fait la force impunie, disent les talons dans l’appétit
    Qui pleurent tant que ça entache les Madeleines de Commercy.


    Éoliane en a fait venir un dans la Töss et à grands frais
    Car pour remonter les cascades, il a bien fallu le pousser.
    Nous en gardons un souvenir délicieux à cause du pauvret
    Qu’on a mangé en marinade avec les ailerons émoussés.

    C’est grâce à cette photo prise en 2023 en Afrique du Sud que la fribourgeoise Sylvie Ayer a remporté un des prix d’un concours australien.

  • La sirène arctique huée

    Cette sirène qui se démonte à marée haute quand la mer monte,
    Est celle dont les bras lui tombent à marée basse quand lui incombe
    De chasser ces fichus touristes lors des croisières opportunistes
    Pour photographier la banquise comme si c’était fondue conquise…

    Cette sirène qui s’effare quand la glace devient trop rare,
    Voit débarquer sur son rivage des voyageurs et leurs ravages.
    Elle perd la tête et puis s’émiette devant leurs curieuses lunettes
    Puis abandonne aux eaux polaires ses bras, sa queue et sa colère.


    Cette harpie à queue de carpe en a perdu ses métacarpes ;
    Elle s’éparpille aux quatre vents, les uns derrière et elle devant.
    Tant pis pour les cons qui voyagent et les ténors du convoyage !
    La belle sirène arctique huée est pleinement désarticulée.

    Illustration de Cynthia Thornton pour Green Girl Studios.

  • Par minou à neuf queues

    Par minou à neuf queues

    À l’instar du chat, j’ai pété neuf queues, neuf vies in utero
    Jusqu’à trouver la connexion qui me relie à l’au-delà.
    « Pauvre maman ! J’ai répété plusieurs fois… Je suis ton héros
    Qui t’en fera voir dans l’action de son futur apostolat ! »

    Devisait l’enfant de Marie quand il apprenait dans son ventre
    Toutes les ficelles du métier de sauveur expérimenté.
    Ainsi naîtra-t-il aguerri dans une crèche juste au centre
    D’un bœuf et d’un âne charpentier un tant soit peu bonimenté.

    Dans l’ombre bleutée de son ventre, une lumière est attendue,
    Le petit prodige s’éveille au fond du temple de cristal.
    Par des cordons d’espoir et d’ambre, la connexion est bien tendue
    Pour lier son âme d’archange au plus grand mystère ancestral.

    La toile de vie alors enlace la promesse enfin descendue,
    Comme un astre d’or qui s’enflamme dans un écrin de soir natal.
    Et la maman devient l’espace où la matière est confondue,
    Apportant dans ses mains la flamme d’un amour pur et végétal.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Rien ne sert de forcer, il faut ruer à point !

    Si ta fille te pose un problème avec sa fièvre de cheval,
    Pense à quel sera le dilemme quand elle changera de cavale
    Et s’intéressera aux garçons dans le haras des étalons
    Et qu’elle jettera son hameçon, chaussée sur ses plus hauts talons !

    En attendant, cède-lui tout, offre-lui son fier destrier
    Et laisse-la aller partout, bien calée dans ses étriers.
    Toutefois prends garde aux pur-sang, ces beaux ombrageux ténébreux,
    Peu cavaliers, adolescents et qui demeurent les plus nombreux !

    Illustration de Norman Thelwell.

  • Honni soit le sein qui n’a jamais tété juste

    Honni soit le sein qui n’a jamais tété juste

    Il vaut mieux s’adresser à la bonne déesse
    Plutôt qu’à ses seins, oui, mais le gauche ou le droit ?
    L’allaitement divin est digne de prouesse
    Lorsque le petit ange n’est pas trop maladroit.

    Quant au saint mamelon, coiffé d’une aréole,
    Doit-il donner sa manne ou être bien sucé ?
    Quand le sein se dessèche, aura-t-il l’auréole
    Pour nourrir tous les anges par le même succès ?

    Sous l’aile du ballon, l’enfant trouve sa place,
    Si la Madone rit au creux de ton repos,
    Évitant au flanc nu la douleur qui s’efface,
    L’inverse apporte alors le confort des bras hauts.

    L’Australienne s’allonge en un calme reflux,
    Puis la Louve se penche et libère la sève,
    Pour que le lait trop vif ne l’importune plus
    Quand le sein trop gonflé d’une peine s’achève.

    À califourchon marche un petit cavalier,
    Dans le calme des nuits, la manne se partage,
    Tandis qu’en s’allongeant, l’ombre vient se lier,
    Sept chemins de tendresse au fil du premier âge.

    C’est en louve guerrière, au-dessus du berceau,
    Qu’elle offre sa puissance au petit nouveau-né
    Dont la mère délivre un limpide ruisseau
    Pour que, d’un sang royal, il se sente couronné.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Virachola du Caucase

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    Sous son arbre, perchée, tenant la dragée haute
    À son haut inversé, devisait la culotte ;
    À quoi bon se cacher lorsque la gravité
    Semble se rattacher à l’immoralité ?

    Suspendue à l’ébène, elle nargue le vent,
    Le monde perd son sens, le bas devient devant,
    Offrant au ciel d’azur sa pudeur inversée.
    Dans cette étrange pose, en l’air, improvisée.

    Le monde est à l’envers, les monts sont au zénith,
    Le ciel devient le sol, le vide est son seul rite,
    Elle offre ses secrets sans aucune marotte.
    Mais le vent un peu trop… taquine sa culotte !

    « Clac ! » a dit l’élastique. « Chic ! » répliqua le vent.
    Mais le slip sarcastique résiste à contrevent.
    Alors le vent redouble jouant les brise-lames ;
    La culotte se trouble et devient oriflamme.

    Le vent gagne le combat, il l’emporte là-haut,
    Elle s’envole vers l’ombre en un dernier sursaut
    Laissant la fille cul nu pour un autre destin ;
    Celui d’un beau fruit mûr pour un autre festin.

    Laissant la nymphe seule au bord du firmament,
    Quand la culotte fuit dans un grand battement,
    Le peintre en un instant figea cette insolence,
    Il n’est plus de pudeur, il n’est plus de silence.

    Tableaux de Christian Vincent et Andrey Remnev.

  • Pégase en bleu

    Pégase en bleu

    Lorsque Pégase redevient bleu, c’est là l’instant le plus magique
    Car le voyage a transformé ce que deviendra ma journée ;
    Une rose sur le sol sableux d’un nuage minéralogique
    Dont le parfum m’a informé que j’y avais déjà séjourné.

    Il broute l’ombre de la nuit sous un croissant de lune rousse,
    Ses ailes rouges au repos comme un manteau de feu sacré.
    Je sens la paix qui m’envahit, le cœur tranquille sur la mousse,
    Berçant le souvenir lointain d’un paradis que j’ai ancré.

    Le bleu s’infuse dans mes os, guérissant chaque cicatrice,
    Le sable d’or de mes tourments devient un jardin de velours.
    Je marche enfin vers le matin, libre de tout ancien supplice,
    Portant un courage gourmand d’affronter les jours les plus lourds.

    Tableau de Victor Nizovstev.

  • Les oiselles sauvages

    Surprise ! On m’a donné des ailes et une grande robe d’or !
    Je n’ai pas eu à choisir de sexe mais plutôt entre ange et démon.
    J’ai bien réfléchi avec zèle même si en moi un démon dort
    Car je n’ai plus aucun complexe à être un ange de renom.

    Me voici donc vêtue en femme et l’air vibrant entre mes seins ;
    Le vertige me tourne la tête et j’ai envie de faire l’amour.
    Je recherche un démon infâme qui possède au creux du bassin
    Tout ce qu’il faut pour faire la fête car Dieu ne manque pas d’humour.

    Je sens l’appel d’une autre flamme, un désir brûlant et divin,
    Sous la douceur de cette soie, je veux un diable pour amant !
    Que m’importe le don de l’âme, si le plaisir est en chemin,
    Je veux goûter à cette joie et devenir ange-maman.

    Il n’est plus l’heure du blasphème, dans ce ciel pur et sans retour,
    Dieu nous regarde avec tendresse, car il a créé nos instincts.
    Je cherche au loin cet anathème, pour m’enivrer de son amour
    Et m’éveiller dans une ivresse, loin des chemins trop indistincts.

    Je vois un démon qui rouspète, un beau rebelle au corps d’airain,
    Portant au front un diadème de péchés commis à rebours.
    L’éclair jaillit dans la tempête pour ce duo si souverain
    Qui chante au ciel un grand poème sous le rythme lent des tambours.

    Son bras puissant saisit ma taille, je sens le feu de son bassin
    Contre mon sein le cœur s’arrête avant de battre à l’unisson.
    Qu’importe enfin cette bataille, nous suivrons l’ombre du dessein
    Que Dieu écrivit sur la crête, nous promettant un nourrisson.

    Tableaux de Douglas François Girard.

  • Pégase en rose

    Lorsque je rêve Pégase en rose aux ailes et la queue mordorés,
    Je sais que je vais visiter les royaumes atmosphériques
    Où je retrouverai la rose qu’un petit Prince a adoré
    Et planté sans morosité pour les rêveurs stratosphériques.

    Le vent caresse les sabots de ma monture au poil de soie,
    Nous franchissons les pics d’argent d’un univers mélodieux.
    Mon cœur palpite et c’est si beau de s’abandonne à la joie
    De voir les astres partageant leurs luminaires avec les dieux.

    Adieu la pierre et les fractures, ici tout n’est que liberté !
    Je vole au-dessus des douleurs sur ce destrier de légende.
    La vie retrouve sa nature dans cette pure éternité
    Où chaque étoile a la couleur d’une promesse qu’on demande.

    Tableau de Victor Nizovstev.

  • Les deux Pégase

    Il y a Pégase du passé et Pégase de l’avenir ;
    Le premier remonte au présent, le second descend du futur.
    Les dieux ont été dépassés, eux qui n’ont pas su voir venir
    Le point focal omniprésent, là où Rhapso fait sa suture.

    L’un déploie ses ailes d’éther, l’autre ses foudres de métal ;
    Ils s’unissent au dernier sursaut pour fracasser le mur du temps.
    Dans cette rhapsodie d’acier, au grand galop transcendantal,
    L’éclair du mythe se confond avec le souffle des vivants.

    Rhapso est la muse de la couture et les tableaux sont de Vasko Taškovski.

  • La Croisière Stellaire

    La Croisière Stellaire

    Quand le premier quartier commence avec un D plutôt qu’un C,
    J’en profite pour m’élancer vers le seuil de la nuit des temps
    Avec de belles performances dues à la course cadencée
    De la Lune qui vient s’avancer vers la phase qui la détend.

    Je hisse alors les voiles bleues sur les mâts de l’immense azur,
    Pour fendre l’écume lactée où bouillonnent les galaxies.
    L’enfant pilote un rêve preux, tenant le cap avec mesure,
    Tandis que le vent va tracter les comètes en acrobaties.

    Il pêche au bout de son sillage des grappes d’astres scintillants,
    Qui viennent border son voyage de maintes perles illimitées.
    Il vogue au-delà des nuages, sur ces flots d’or et de diamants,
    Pour offrir au monde un message de paix et de sérénité.

    Illustration de Laura Elderton.

  • Luneton

    Luneton

    Luneton, jeune espoir féminin, nous offre son spectacle étrange ;
    Elle danse les soirs de pleine Lune sur celle-ci, gibbeuse et bien ronde.
    Son numéro paraît bénin pour le public qui se dérange
    Mais elle en a fait sa fortune et en a enchanté le monde !

    Lorsque son grand ballon décline, Luneton ne ralentit pas ;
    Sur un croissant devenu frêle, elle poursuit l’éternelle ronde.
    La nuit retient la ballerine et le ciel tremble sous ses pas
    Mais l’équilibriste immortelle jouit à la dernière seconde !


    Et quand la Lune se retire dans ses quartiers moins prestigieux,
    Luneton repart en tournée sur les lunes des autres planètes.
    Les journaux titrent qu’elle attire des extraterrestres élogieux
    Qui lui proposent de tourner avec mignons et mignonettes.

    Tableau de FujiRemi.

  • La Lune à la rescousse

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    Parfois les soirs de pleine Lune, un loup-garou fait un faux pas
    Et peut tomber dans un trou noir car il n’est pas très nyctalope.
    Heureusement une main opportune vient le délivrer du trépas
    In extremis de l’entonnoir diabolique, fourbe et interlope.

    Le rescapé reconnaissant promet à la Lune d’être sage ;
    Elle le dépose sur la terre où le loup se croit hors d’ennui.
    Mais l’astre rond et tout-puissant réveille en lui la bête sauvage
    Qui mord sa bienfaitrice altière avant de s’enfuir dans la nuit !


    Et l’on crie : « Haro sur le loup ! » de toute une myriade de bouches !
    Les astres vengeurs de la Lune le criblent d’étoiles filantes.
    Et le loup meurt. Pas de jaloux. Comme quoi les loups-garous sont louches
    Et face à une main opportune, ils montrent leur humeur méchante.

    Illustration d’Oozium.

  • La Lune par devant, par côté, par derrière

    Quand la Lune se renouvelle, elle ne montre que ses fesses
    Mais dans le noir, ce n’est pas grave et sa pudeur demeure intacte.
    Après trois tours de manivelle, elle daigne revenir à confesse
    En affichant l’air le plus brave mais si ténu qu’il se rétracte.

    Elle habite les beaux quartiers et se montre nue à la fenêtre ;
    La Lune est d’une humeur changeante ; elle ne fait rien comme tout le monde.
    Elle est enceinte d’un mec altier qui, par la crainte de lui voir naître
    Un luneteau – chose affligeante – l’a plaquée. C’est vraiment immonde !

    Puis enfin elle arrive à terme et elle expose sa face entière ;
    Un ventre parfaitement rond qui resplendit dans les hauteurs.
    La voilà pleine ; son épiderme reflète toute la lumière
    Mais son amant, ce fanfaron, n’en réclame pas ses droits d’auteur !

    Puis elle maigrit de profil, ne nous montrant plus qu’un quartier ;
    Son ventre fond, sa joue se fend ; elle doit assurer ses arrières.
    Enfin elle tourne à contrefil pour mieux exhiber son fessier ;
    La Lune apparaît par-devant, par les côtés et par-derrière !

    Tableaux de Chris Skinner, Stephanie Hans, Robert Eggers et Erté.

  • Les chemins de la réussite

    Les chemins de la réussite

    Tous les chemins sont prometteurs pour mener à la réussite
    Sans jamais dire exactement où elle se trouve, évidemment !
    Et le dernier révèlera toute la cruauté qu’il suscite
    Car on fera toute sa vie qu’tourner en rond infiniment.

    Linear / Linéaire
    Le chemin linéaire est un fil suspendu dans le ciel ;
    On prétend qu’il suffit de marcher toujours bien droit
    Mais le moindre faux pas peut devenir essentiel
    Pour découvrir trop tard qu’il n’existe aucun endroit.

    Mythical / Mythique
    Le chemin dit mythique est un immense labyrinthe
    Où quelque Minotaure attend dans les couloirs.
    Les héros bureaucrates y déposent leurs plaintes
    Avant d’être dévorés par les monstres du pouvoir.

    Diverging / Divergent
    Le chemin divergent multiplie les escaliers ;
    Chaque palier nouveau change encore la direction.
    On finit par douter de la place de ses pieds
    Quand chaque embranchement prétend être la solution.

    Nonconformist / Anticonformiste
    L’anticonformiste avance en prenant le sens contraire
    D’un escalier roulant qui transporte mieux la foule.
    Pour gagner un degré, son combat reste solitaire,
    Puisqu’il doit remonter tout ce qui le refoule.

    Serpentine / Serpentin
    Le parcours serpentin fait miroiter ses échelons
    Mais un reptile immense en protège les allures.
    On grimpe en confondant le venin d’ambition
    Avec le goût troublant d’une prochaine morsure.

    Meteoric / Météorique
    Le succès météorique expédie l’homme au canon
    Afin qu’il soit propulsé dans les bras de la gloire.
    Il monte au firmament dans sa brève ascension,
    Puis retombe oublié hors des pages de l’Histoire.

    Uncharted / Inexploré
    Le chemin inexploré s’enfonce au cœur des jungles ;
    Il faut couper les lianes pour trouver son chemin.
    Un serpent tapi veille et attaque dans l’angle
    Mais chaque pas perdu peut découvrir demain.

    Meditative / Méditatif
    Le parcours méditatif chemine très lentement
    Près d’une eau qui ne sait jamais quand elle arrive.
    Il apprend que réussir n’exige aucun mouvement
    Quand on trouve en son cœur la plus paisible rive.

    Treacherous / Périlleux
    Le chemin périlleux gravit seul une montagne
    Où les rochers jaloux dévalent les carrières.
    Plus le marcheur s’élève et plus le danger gagne
    Car les sommets croulants sont bâtis sur leurs pierres.

    Maddening / Exaspérant
    Le parcours exaspérant monte un escalier sans fin ;
    On travaille, on s’épuise et l’on croit au progrès
    Or chaque tour accompli n’emmène pas aux confins
    Mais revient au départ pour ou contre son gré.

    Illustration de Grant Snider.

  • La vague numérique

    La vague numérique

    Lorsque la vague numérique a déferlé sur l’occident,
    Le monde alors analogique a vu le futur s’annoncer
    Venu du fond de l’Amérique et découvert par accident
    Par des boutonneux allergiques à tous ceux d’un âge avancé.

    La vague de l’intelligence artificielle a tout raflé ;
    Plus besoin d’apprendre aujourd’hui, il suffit de lui demander.
    Plus besoin de faire allégeance envers les cerveaux tout gonflés
    Cro-magnon grâce à ce produit peut dormir et surtout glander.


    Mais on a tellement pompé sur le courant qu’il a sauté
    Et comme personne ne savait comment survivre, on est tous morts.
    L’intelligence s’est-elle trompée ? En quoi aurait-elle fauté ?
    Nous le saurons si, du mauvais, renaît une race sans remords.

    Tableau numérique de Richard Nadler sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com202511Richard-Nadler.html .

  • Laurelïne & Loreleï ( et Lïlïth )

    Laurelïne & Loreleï

    Dans le feu, vit la salamandre et dans l’eau, nage la sirène
    Les deux esprits élémentaires sont-ils ou non antagonistes ?
    Et celui qui oserait prétendre que la symbiose n’est pas sereine,
    N’aimerait pas les complémentaires malgré mes deux protagonistes.

    Car Laurelïne est un feu qui mord et Loreleï l’eau qui engloutit
    Cependant elles s’aiment sans que l’une puisse étouffer l’autre.
    Laurelïne adore sans remords Loreleï et l’amour aboutit
    Vers l’équilibre effervescent d’un cocktail disant : « à la vôtre ! »

    Et quand je me blottis entre elles, je ne sais laquelle m’aime le plus
    Et, comme je ferme les yeux, j’ai l’impression d’être à l’étroit.
    Car une voix de ménestrelle vient s’ajouter au stimulus
    Qui devient bien plus merveilleux et je comprends qu’elles sont trois.

    Tableau de Viktoria Wagner.

  • Le jour où j’ai capturé Loreleï

    Le jour où j’ai capturé Loreleï

    Elle s’était laissé capturer, bien avant que naisse une idylle
    Pour tenter de m’apprivoiser, entièrement nue dans mes filets.
    Bien que toute courbaturée, la masser était inutile
    Car c’est elle qui, sans pavoiser, s’est frictionnée sur mon gilet.

    Quand j’ai senti dans tes regards le trouble au fond de la nacelle,
    J’ai compris que mes longs cheveux valaient bien mieux que des filets.
    Tu croyais tenir par hasard une sirène encore pucelle
    Mais c’est toi l’homme de mes vœux que j’ai tiré par son gilet.

    Je me suis laissé enlacer comme une vague sur la grève ;
    Je savais bien qu’en te suivant, je te ferais perdre le nord.
    Et tandis que tu me pensais prisonnière au milieu d’un rêve,
    Je cousais déjà doucement mon nom tout autour de ton corps.

    Tableau de Kristin Baugh Shiraef sur https:quinquabelle2008.blogspot.com201510kristin-baugh-shiraef.html .

  • Les troubadouresses

    Les troubadouresses

    Le duo des troubadouresses ne laisse pas indifférent
    Et le fait qu’elles jouent à poil reste le moindre de leurs charmes.
    Tandis que l’une vous adresse ses triolets proliférants,
    L’autre imperturbable vous dévoile la plus mystérieuse des armes :

    Car elle chante dans votre tête par induction télépathique
    Qui utilise vos souvenirs pour en composer les paroles.
    Tous vos secrets sont à la fête mais à dose homéopathique
    Ce qui lui ouvre un avenir spectaculaire dans ce rôle.

    Sur la trame des notes orange, la flûte joue un chant d’aurore ;
    Le duo des déesses appelle dans l’ombre bleue du firmament
    Et tisse une chanson étrange que le silence encore ignore
    Mais qui offre une vie nouvelle au plus secret tressaillement.

    L’une lance ses notes au vol comme une pluie de diamants clairs,
    L’autre lit dans les âmes ouvertes, la vérité des jours anciens.
    Alors chaque accord qui s’envole semble être prolongé d’éclairs
    Et chaque image découverte unit vos rêves avec les siens.

    Tableau de George Kotsonis sur https:conchigliadivenere.wordpress.com.

  • Puisqu’il faut tout quitter

    Puisqu’il faut tout quitter

    Puisqu’on dit qu’il faut tout quitter avant d’embarquer pour le Styx,
    Tous ses regrets, tous ses remords, du passé faire table rase,
    De combien faut-il s’acquitter ? Le prix est-il variable ou fixe ?
    Quel sera le prix de ma mort ; en nature ou en belles phrases ?

    Alors les hommes comme les femmes devront abandonner leurs corps,
    Renoncer à toutes valeurs et même leurs bijoux de famille.
    Car il sera jugé infâme d’arborer son sexe sans l’accord
    Qui vaudrait sept ans de malheur selon qu’on soit garçon ou fille.

    On traverse d’un coup de canon si rapide qu’il n’y a rien à voir ;
    Qu’on soit un ange ou un démon, on descend de son piédestal.
    L’ombre n’a plus besoin d’un nom pour entrer dans le grand trou noir
    Et l’on oublie chaque sermon au fond de ce lit de cristal.

    Le temps n’est plus qu’une oraison, un ultime et long au revoir,
    Perdu à l’autre bout du pont, sous un ciel gris de métal froid.
    On perd enfin toute sa raison en sombrant dans un entonnoir
    Sans caleçon, culotte ou jupon, tout nu, nimbé d’un grand effroi.

    Tableau de Jonathan Small sur https:smallfineart.comportfolio .

  • Frères et sœurs, amis et ennemis

    Frères et sœurs, amis et ennemis

    Les frères et sœurs, souvent complices, n’ont pas toujours été amis
    Mais des concurrents redoutables dans une enfance mouvementée.
    Pour leur mère, c’était un supplice de séparer ces ennemis
    De leurs disputes interminables et parfois extra pimentées.

    Les lames de leurs vieux couteaux se sont émoussées avec l’âge,
    Laissant la place au doux murmure d’un café partagé en paix.
    On ne joue plus des biscoteaux et l’ombre des anciens orages
    S’est dissipée et les armures rouillent avec les vieilles épées.

    Les mots acides et les rancœurs sont devenus des confidences
    Que l’on échange volontiers sans apports de bouquets de fleurs.
    On y met tout autant du cœur mais avec bien plus de prudence
    Pour des propos primesautiers comme les rires et les pleurs.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Aurore-du-cercle-polaire

    Aurore-du-cercle-polaire

    Aurore-du-cercle-polaire dansait depuis plusieurs années,
    Vêtue de tulle multicolore, les pieds dans des chaussons de vair.
    Plutôt lunaire que solaire à cause des couleurs safranées
    Qui détonnaient, on le déplore, avec ses motifs mauves et verts.

    Elle effleurait la cime sombre au rythme des grands vents stellaires,
    Déroulant ses rubans d’opale au-dessus des sapins glacés,
    Pour marier, entre les ombres, ses grands mouvements circulaires
    Avec l’orbe de la Lune pâle sur un firmament verglacé.

    Puis elle s’éclipsa très fière dans une ultime révérence,
    Éteignant ses feux de Bengale aux premiers frissons du matin,
    Laissant la forêt tout entière au creux d’un immense silence,
    À guetter la belle astragale moirée d’un voile de satin.

    Tableau de Lena Pugschova sur https:lenapugachova.art .

  • Le langage de l’alouette

    Le langage de l’alouette

    Les nuages interprètes parlent pour l’alouette
    Qui, sans leurs voix toutes prêtes, aurait été muette.
    Et si la femme est sourde et un peu ingénue,
    Elle n’en est pas moins gourde, nous voici prévenus.

    Elle observe les cieux comme on lit un grimoire,
    Cherchant un vers précieux glissé entre les moires
    Des moutons qui s’étirent suivant le soleil d’or
    Tandis qu’elle soupire, les compte et puis s’endort.

    Le vent de l’horizon, complice du silence,
    Berce cette oraison d’une douce indolence.
    L’oiseau n’est plus qu’un point, c’est un signe des temps,
    Mais la femme n’est point réveillée pour autant.

    Tableau de Pál Szinyei Merse.

  • Nue face à l’improviste

    Nue face à l’improviste

    T’es-tu retrouvée démunie face à la mort à l’improviste
    Alors que tu fonçais tout droit vers un destin plus qu’incertain ?
    Toute ta vie est réunie dans cette seconde opportuniste
    Où tu dois choisir si l’endroit est approprié et célestin…

    Le souffle court, le corps offert dans le silence des hauteurs,
    Tu sens le froid du précipice appeler tes pieds qui vacillent.
    Le passé n’est plus ton affaire, le futur pas très prometteur
    Avant que ne s’interrompissent les dernières secondes qui scintillent.

    Puis l’abîme t’appelle d’une voix… muette, coite, sourde et brutale,
    Brisant l’intervalle sacré de cette suprême seconde.
    Tu chutes car c’était la voie vers cette vérité fatale
    Pour renaître, meurtrie, consacrée à découvrir ton nouveau monde.

    Tableau de Tito Merello Vilar.

  • Qu’écrire de plus sur la pomme ?

    Qu’écrire de plus sur la pomme ?

    Une fois que l’encre est tirée du jus que la pomme a donné
    Et qu’on a goûté aux déboires que son ivresse a provoqués,
    On comprend comment s’attirer tous les péchés non pardonnés
    Alors qu’il suffisait de croire en l’interdiction invoquée.

    Mais, sauf si l’encre est invisible, comment deviner à l’avance
    Que le crime était préparé par un dieu qui aurait écrit
    Que toute faute est prévisible quant à ses folles conséquences
    Sans qu’un œil se soit égaré sur la fin de son manuscrit ?

    Mais le ver était dans le fruit et une clause restrictive
    Figurait au bas du contrat et en tout petits caractères,
    Qui stipulait que l’usufruit de l’expiation punitive
    Serait reconduit au substrat de leur descendance sur Terre.

    Tableau de Paul Laurenzi.

  • Ras la culotte !

    Ras la culotte !

    Sous le bleu électrique d’un panneau de métro,
    Elle nargue le temps par ses pois de couleur.
    Un geste de défi, un sourire un peu trop…
    Pour que le temps s’arrête d’un tic-tac sans douleur.

    Qu’importe le trajet, le quai ou la saison,
    Elle ajuste sa ligne au bord de l’insolence.
    Elle envoie tout valser : codes, mœurs et raisons,
    Menant sa propre danse en pleine insouciance.

    C’est le cri du départ, le refus des carcans,
    Un vent de liberté qui remonte les jambes.
    Ras la culotte enfin des ordres étouffants,
    Elle préfère l’été et cet instant qui flambe.

    Et puis le temps repart… mais la fille est partie ;
    Il ne reste par terre qu’une culotte orange.
    Que s’est-il donc passé dans le temps imparti ?
    Était-elle un mirage ou juste un rêve étrange ?

    Illustration de Robert McGinnis.

  • L’éveil de l’aura

    L'Éveil de l'Aura

    Le corps s’ouvre au soleil dans un geste sacré,
    Déployant les couleurs d’un esprit délivré.
    L’or brûle sur la peau, la pourpre se déchaîne,
    Effaçant la douleur et le poids de ses chaînes.

    Au centre du néant, un bouton de ferveur
    Éclot comme un calice dans cet instant rêveur.
    La lumière jaillit en cercles de mystère,
    Soulevant l’anima au-dessus de la terre.

    L’âme n’est plus captive en sa prison de craie,
    Elle danse au sommet d’un silence discret.
    Dans l’orbe de ce jour, la vie est une flamme
    Où le ciel tout entier vient s’offrir à la femme.

    Tableau d’Elena Ray.

  • Le film de ta vie

    Le film de ta vie

    Chacun peut comparer sa vie à l’échelle de l’univers ;
    On naît d’un big-bang où un dieu allume brusquement la lumière.
    Puis on dort, on tête à l’envi pendant l’espace d’un hiver
    Et c’est l’âge tendre et radieux dans le confort de sa chaumière.

    Le feuilleton de la vie s’écoule avec ses rebondissements ;
    La première saison à l’école et la deuxième sur le campus.
    À la troisième, l’armée vous moule avec ses abêtissements
    Et la quatrième décolle enfin vers un nouvel opus.

    Vient la cinquième où la carrière devient le cheval de bataille ;
    À la sixième, on se construit une famille, une maison.
    À la septième, c’est la barrière de la retraite qui s’entrebâille
    Pour offrir aux enfants le fruit affiné au fil des saisons.

    Et puis tombent les illusions, le monde change de couleur
    Et le temps ne s’écoule plus, rien ne sera plus comme avant.
    Et devant la désillusion, on fait le choix dans la douleur
    De faire un dernier pas de plus, cependant pas le plus éprouvant.

    Tableau de Robert Venosa.

  • Elephant Hotel

    Pour accueillir tous les migrants qui viennent en masse colossale,
    Un architecte a eu l’idée d’un hôtel en forme d’éléphant.
    Cela surprend petits et grands quand ils pénètrent dans la salle
    Où ils se verront validés pour vivre avec femmes et enfants.

    Oui mais voilà : ce qui les trompe, c’est que si l’hôtel paraît grand,
    À l’intérieur tout est petit, à la mesure des souris.
    Pas de panique ! En grande pompe, on vous passe au désintégrant ;
    L’appareil d’ostéopathie, avec scalpel et bistouri.

    Et vous êtes ainsi transformés en bonsaï humain tout mignon,
    Et l’hôtel devient la planète de sept milliards d’heureux élus
    Qui espéraient se conformer aux lois dictées à Matignon
    Et se découvrent marionnettes pour anniversaires farfelus.

    Le « Colossal Éléphant de Coney Island », construit en 1885, mesurait environ 37 mètres de haut. Il a été détruit par un incendie en 1896. Initialement conçu comme un hôtel, il a principalement servi d’attraction touristique avec une plateforme d’observation.

  • Les ondes angéliques

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    Dans la forêt, les arbres sentent l’effet des ondes angéliques
    Qui, de leurs racines en enfer, les attirent tout droit vers le ciel.
    Et lorsque je parcours les sentes tracées par des courbes magiques,
    Je me sens prêt pour le transfert via le tout premier arc-en-ciel.

    Alors mon corps se décompose en une fusée ragaillardie ;
    Mon auréole est périmée, mon permis n’est donc plus valide.
    Mais un archange qui s’oppose me ferme soudain le paradis :
    « Vous devez la réimprimer sinon, tant pis, pas de bolide ! »

    Je comprends maintenant pourquoi les ondes tournent toujours en rond !
    Tous les poètes, comme moi, se font refouler par le vent.
    Sans certificat adéquat, on a beau faire le fanfaron,
    On se retrouve en fin de mois toujours Gros-Jean comme devant.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • Entre le paradis et l’enfer, votez !

    Entre le paradis et l’enfer, votez !

    Comme s’il ne suffisait pas de vivre l’enfer tous les jours,
    Il faut maintenant aller voter pour qui nous fera le plus souffrir ;
    Entre la vie et le trépas, l’alternative n’est pas toujours
    Le meilleur chemin balloté ni même un cadeau à offrir !

    La droite promet le progrès, la gauche annonce davantage ;
    L’une vous prend le portefeuille et l’autre vous prend en otage.
    L’une ne laisse que des regrets, l’autre un très faible pourcentage
    D’augmentation et, quoi qu’on veuille, c’est nous qui sommes en ballottage.

    La droite, okay, pour les nantis ; la gauche, d’ac, pour les bobos ;
    Le centre pour les indécis et les extrêmes pour les fachos ;
    Tant qu’il n’y a pas de démenti, on ira tous vers le tombeau
    Même si les sombres prophéties nous disent qu’en enfer, il fait chaud !

    Illustration de Hugo Prades.

  • Un paradis de gens qui se croient en enfer

    Un paradis de gens qui se croient en enfer

    Comme d’autres pays aux charmes reconnus,
    On aime bien la France mais pas trop les Français.
    Faudrait-il alors craindre leurs pensées méconnues
    Qui font grincer les dents et les sourcils froncer ?

    Sans doute, les habitants ont l’esprit de clocher
    Mais c’est la tradition, on aime sonner les cloches !
    Il faut prendre patience et puis les approcher
    Et ne pas craindre de mettre la main à la poche.

    La France est devenue une tour de Babel ;
    On y parle des langues issues du monde entier.
    Des quartiers populaires, montent les décibels
    Et l’on ne s’entend plus dans ce fichu chantier.

    L’ortograf é baclé on parle en sms
    Jtm é sa sufi com mé sage damour.
    Celui ka di qu’Paris valé bien une mess
    Été 1 roi kavé bien le 100 de lumour.

    L’un des aphorismes les plus célèbres de l’écrivain et voyageur Sylvain Tesson.

  • Loreleï d’amour et d’eau revêche

    Loreleï d’amour et d’eau revêche

    Quant à Loreleï, elle m’énerve
    à poser nue des heures entières
    Sur son rocher à mi-parcours
    du torrent des derniers orages.
    Je ne sais ce qu’elle me réserve
    quand elle m’appelle à la frontière
    De la rive à l’onde qui court
    afin de tester mon courage.

    « Je ne pose pas sur la pierre
    afin de troubler les passants ;
    Je veille au seuil des eaux sauvages
    où s’égarent les téméraires.
    Nul ne peut traverser la mer
    sans donner le goût de son sang
    Et je regarde leurs visages
    crier d’un soupir éphémère.

    Tu prétends que je t’importune
    en posant sur mon rocher blanc,
    Mais tu repasses heure après heure
    pour en vérifier ma présence.
    Ne me reproche pas la Lune
    quand tu regardes mes flots troublants ;
    Ce que tu cherches n’est qu’un leurre,
    une assurance de complaisance ! »

    À ces mots j’ai plongé vers elle,
    me suis agrippé au rocher
    Et nous sommes partis ensemble
    en disant adieu à la terre.
    D’une noyade naturelle,
    j’aurais pu ainsi m’approcher
    Suffisamment pour qu’elle ressemble
    à ma traversée pour Cythère.

    Tableau de Maddie Phantom.

  • L’amour avec Loreleï

    L’amour avec Loreleï

    Loreleï, la sirène des ondes, était, c’est vrai, autoritaire
    Mais elle savait aimer d’amour quand le moment était venu.
    Aujourd’hui je vis dans son monde où je ne suis plus solitaire
    Et nous vivons au jour le jour de ses eaux fraîches, sans retenue.

    Parfois nous regagnons la terre quand Loreleï a besoin d’amour
    Et nous nous aimons sur la plage, les pieds caressés par les vagues…
    Je redécouvre les mystères des sirènes et leur queue glamour
    Aux écailles dont le cartilage m’enserre au point que j’en divague…

    Puis lorsque revient le grand soir, nous repartons vers les abîmes ;
    La Lune allume sous les eaux des palais d’algues et d’argent.
    Alors nous allons nous asseoir dans quelques petits coins intimes
    Qui m’enchaînent par le museau comme un animal attachant.

    Tableau de Maria Filopoulou sur https:www.yatzer.commaria-filopoulou .

  • L’arbre de ma vie

    L’arbre de ma vie

    L’arbre de vie a pris racine depuis la mère de ma mère,
    Sa grand-mère, arrière-grand-mère jusqu’à… ma foi… Ève ou Lilith ?
    Fors ma première branche assassine qui n’aura été qu’éphémère,
    Mes autres branches plus sommaires me donnent un aspect insolite.

    À la première division, le ciel a changé de couleur
    Depuis l’école des hiboux jusqu’au lycée des Saintes-Chouettes.
    Puis le conseil de révision m’a envoyé, non sans douleur,
    M’ennuyer à dormir debout face au miroir des alouettes.

    Ma première femme, tout se complique ; les branches elles-mêmes font des petits
    Mais la greffe a une pleurésie et c’est la fin de l’épopée.
    Ma deuxième femme, là tout s’explique ; la vie vous met en appétit
    Dès que l’art et la poésie se marient sur la canopée.

    Tableau de Juan Romero.

  • L’éveil de la conscience

    L’éveil de la conscience

    Lorsque la source lumineuse s’aligne avec la conscience,
    La transmission de la chaleur connecte l’âme avec l’éther
    Dont les ailes vertigineuses s’élèvent avec de l’insouciance
    Pour saluer la vraie valeur issue de Zeus et Démeter.

    Dès lors, la connexion cosmique du personnage aux bras ouverts
    Éveille l’être et sa conscience au cœur du mystère éternel.
    Il s’ancre au champ macrocosmique qui équilibre l’univers
    Avec la Terre en bienveillance et son principe maternel.

    Sur la mélodie du silence qu’apporte la méditation,
    La paix intérieure l’invite à apporter la guérison.
    Dès lors, son âme en vigilance accepte la lévitation ;
    Elle s’envole alors et, bien vite, elle disparaît à l’horizon.

    Tableau de Tatiana Kiselyova.

  • La Muse aux Cheveux de Feu

    La Muse aux Cheveux de Feu

    Sous un ciel de reflets, la belle s’abandonne,
    Ses boucles de corail s’envolent au gré du vent.
    À la clarté du jour, sa silhouette rayonne,
    Captant l’éclat doré d’un songe bien vivant.

    D’un regard de saphir, elle fixe l’horizon,
    Pose une main légère au creux de son épaule.
    Le silence devient sa plus belle oraison,
    Faisant vibrer les fils pastel de son étole.

    Elle semble attendre là, dans sa pose féline,
    Que le pinceau s’arrête, tranchant comme une lame.
    Serait-ce une déesse, l’ombre de Laureline,
    Qui dans son cadre d’or, connaît un vague à l’âme ?

    Tableau de Veronika Švédová.

  • Pachamama

    Pachamama

    Sous sa cape de lumière, elle devient notre chaumière,
    Protégeant les petits villages contre les sombres nuages.
    Elle porte en son sein la vie par la spirale asservie
    À la rondeur du soleil et la terre en plein sommeil.

    Mère de tout le cosmos, elle répare plaies et bosses
    Faisant germer chaque semence pour arrêter toute démence.
    Dans ses cheveux de froment se cachent tous les serments
    Et la force de la montagne qui toujours nous accompagne.

    Par un rituel de partage, elle nous fait changer d’étage,
    Mandant un peu de couleur pour apaiser les douleurs.
    Sa robe brodée d’étoiles s’entrouvre et son cœur dévoile
    Pachamama au printemps fermant l’hiver éreintant.

    Tableau de Mariusz Lewandowski.

  • L’embarquement pour Cythère

    L’embarquement pour cythère

    Quand tu embarques pour Cythère, tu as le choix entre trois barques ;
    La barque des plaisirs d’amour qui ne manquent pourtant pas d’humour,
    La barque d’amour solitaire dont le voyage est volontaire
    Et la barque aux flirts oubliés qui ne sont jamais publiés.

    Pourtant, au cœur de cette sphère, une reine d’étrange atmosphère
    Contemple ces frêles esquifs qui naviguent ensemble, kif-kif.
    Elle est l’ancre et la destinée, le repos de la dulcinée
    Celle qui donne l’impulsion pour exprimer toutes ses pulsions.

    Qu’importe alors le bois choisi, qu’il soit vert, sec ou bien moisi
    Puisque l’astre d’or nous sourit et nous conduit vers les houris.
    L’éther devient un doux sillage où les âmes enfin se soulagent
    En trouvant au bout du chemin celle qui nous tendra la main.

    Illustration de Howell Golson.

  • L’amour prison

    L’amour prison

    Regardez-les passer, les oiseaux de passage ;
    Ils n’ont aucune attache, ni borne frontalière,
    Mais jamais ne s’arrêtent sinon c’est une cage
    Qui leur promet l’amour d’une jeune geôlière.

    Ils préfèrent le vent aux serments d’un visage
    Et l’immense lueur des cieux pour seule terre.
    On ne peut enfermer l’élan d’un tel voyage,
    Sans briser dans leur cœur leur flamme millénaire.

    Pour celui qui s’envole au-delà des nuages,
    La main qui veut l’étreindre est une main de fer.
    Même si le repos semble une promesse suave,
    Il découvre les bras qui ferment son enfer.


    Serait-ce un crime en soi que ma gentilhommière
    Qui voulait retenir ce qui doit s’envoler ?
    Oiselle de mes vers, petite prisonnière,
    J’écris pour te distraire et pour te consoler.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.