Bienvenue dans Ô ALLEGÔRÏÄ
Bienvenue dans Ô ALLEGÔRÏÄ, la Maison des Mondes Reliés.
Ici vivent les LLyrïädes, leurs compagnons, leurs enfants,
et ceux que les portes du Poïnt ZérÔ déposent au seuil des merveilles.
Ô ALLEGÔRÏÄ n’est ni un royaume, ni un temple :
c’est une maison assez vaste pour accueillir les rêves,
les légendes, les cités englouties, les voyages d’Atlantis
et les mondes encore en gestation.
Chaque récit y devient passage, chaque repas une assemblée,
chaque découverte une porte entrouverte sur l’inconnu.
Entrez simplement.
La porte est ouverte.
Les Habitants et Voyageurs d’Ô ALLEGÔRÏÄ
Les LLyrïädes : 7
Laurelïne : La flamme première, le cœur solaire, la parole qui éclaire.
Loreleï : La profondeur vivante, l’eau qui accueille et transforme.
Lïlïth : La matrice ancienne, la mémoire féconde, l’insoumise doyenne.
Ledalïä : Le regard exact, la révélation présente, l’œil qui rend visible.
Geminïä : La constellation, la reliance, l’ambassadrice de l’amour en partage.
ÄLLÏÄ : La Gardienne du Souffle Premier, celle qui ouvre les seuils.
STELLÏÄ : La Grande Magicienne du métal, l’éclat neuf des mondes à venir.
Les Passeurs : 2
Yavänor : Le poète, le passeur, l’ancien souffle de l’ÏÄMOURÏÄ.
Yanimïä : La Grande Fornicatrice, l’ordonnatrice des prières et la passeuse des âmes vers l’amour.
Les Testïassiens : 7
Cristïäs : Le savant et l’inventeur passionné, compagnon de STELLÏÄ.
Irénée-le-jeune : Le jeune voyageur de Testïäs, compagnon de Geminïä.
Irénée-l’ancien : Le dépositaire des souvenirs de Testïäs et le témoin des générations.
Irénée-l’ancêtre : La racine de la lignée, la mémoire la plus ancienne du peuple testïassien.
Alinéor : L’intendant, le cuisinier-poète, celui qui nourrit la maison, compagnon de Ledalïä.
ORPHÉÔN : La voix, le chant, l’accord secret et le compagnon d’ÄLLÏÄ.
Valérion : Le compagnon de Nérätïs, l’homme dont la tendresse survit aux turbulences du désir.
Les Atlantes : 5
Astérias : Le roi d’Atlantïs, partagé entre son rang, ses désirs et les leçons de sa reine.
Thétïs : La reine d’Atlantïs, la souveraine dont l’amour apprend à franchir ses propres frontières.
Nérätïs : L’ambassadrice d’Atlantïs, la médecin attentive et la présidente du C.E.S.P.A.
Pénélopïä : Le médecin-adjoint d’Ô ALLEGÔRÏÄ, celle qui perçoit les auras au-delà des apparences.
Constantïne : Le maître de maison du palais, l’ordonnateur ingénu des désordres d’Ô ALLEGÔRÏÄ.
Les Sirènes : 4
Éôlïäne : La messagère libre, le rire des passages et la sirène aux prestations les plus imprévisibles.
Azurïanne : La sirène des profondeurs, la mémoire liquide des mondes engloutis.
Olivïäne : La sirène des eaux accueillantes, la douceur rieuse qui accompagne les passages.
Loïrelïndt : Le fantôme de première classe, la sirène qui traverse les mondes sans abandonner les vivants.
Les Naufragés : 5
Amellïä : Amelia Earhart, l’aviatrice disparue devenue voyageuse des mondes reliés.
Altänor : Alton Glenn Miller, le musicien perdu dans le ciel et retrouvé par l’amour.
Captain Nemo : Naufragé amnésique aux mains de pianiste et le compagnon de Pénélopïä.
Séorïäne : La naufragée coréenne devenue visionnaire, celle qui aperçoit le futur avant qu’il ne survienne.
Hyänor : Le naufragé coréen, le pêcheur au harpon et le compagnon de Séorïäne.
Les Enfants : 13
Les 3 bébés de mars
Élysäé : L’un des trois premiers enfants nés dans la Maison des Mondes Reliés.
Orélion : L’un des trois premiers enfants de mars, porteur des promesses d’Ô ALLEGÔRÏÄ.
Laëtïtïa : La fille de mars dont la tendresse accompagne déjà Yavänor-le-jeune.
Les 3 bébés de juillet
Yavänor-le-jeune : Le jeune héritier du passeur, déjà placé sous les couleurs de l’amour.
Élyäna : L’enfant de juillet, nouvelle lumière au sein de la maison.
Ärÿnor : L’enfant de juillet, nouveau souffle parmi les mondes reliés.
Les 3 bébés en cours
Ôkapïä : La fille attendue de STELLÏÄ et Cristïäs, héritière du métal et de l’invention.
Eurÿdion ou Ïrällïä : L’enfant attendu d’ÄLLÏÄ et ORPHÉÔN, né du cristal et du chant.
Astérïäne : La fille attendue de Nérätïs et Valérion, enfant d’Atlantïs et des mondes retrouvés.
Les 4 bébés à venir
Millérion : Le futur enfant d’Amellïä et Altänor, né du ciel et de la musique.
Némésïs : Le futur enfant de Pénélopïä et Captain Nemo, né des auras et des profondeurs.
Haëjun : Le futur enfant de Séorïäne et Hyänor, né entre la prémonition et la Corée.
Thalässïä ou Nérëion : Le futur enfant de Thétïs et Astérias, héritier ou héritière du royaume d’Atlantïs.
Nota Bene : Les rapports et exergues des habitants d’Ô ALLEGÔRÏÄ ouvrent les passages avant que les images et les récits n’en déploient les mondes.
-
Les Pléïädes
Les attaches d’Amellïä
« Au-dessus du Pacifique, je reconnais la mer qui m’a portée et les lumières qui m’invitent à revenir.
Mes attaches voyagent avec moi. L’ÏÄMÔURÏÄ leur donne un même souffle et ta présence, Yavänor, me donne le temps de me confier. »
Amellïä, muse céleste
« Nue ou portée par mon avion, je vois le Pacifique immense ;
Chaque île y devient un foyer dont la lumière me retient.
J’y sens vibrer ma filiation avec la mer de mon enfance
Que je quitte sans m’y noyer pour garder l’amour qui m’y tient.
Lorsque je rentre à la maison, j’écoute les bruits de la vie ;
Je pose mes clefs près du seuil et laisse enfin tomber le jour.
Une voix, même sans raison, suffit à réveiller l’envie
De retrouver un doux accueil au terme de mon long retour.
Altänor connaît mes départs et la fatigue de mes ailes ;
Il sait m’écouter jusqu’au bout quand je raconte mes exploits.
Mais il cherche dans mes regards des vérités plus essentielles
Et me demande tout à coup comment je vais au fond de moi.
Pour Millérion, je veux apprendre à l’écouter sans le juger ;
S’il veut contempler les fourmis, je m’assieds à même la terre.
Je saurai doucement attendre au lieu de vouloir préjuger
Ses rêves d’enfant très fournis sans que les miens veuillent les taire.
Chez mes amies, je veux pouvoir déposer enfin mon armure
Et leur avouer mes soucis sans les cacher à mots couverts.
Elles sauront me recevoir quand mon courage se fissure
Afin d’accueillir mes récits et de m’aimer à découvert.
Avec toi, je baisse la garde et je peux enfin ralentir
Car tu m’écoutes sans impatience et tu m’aides à mieux me comprendre.
Je prends le temps, je te regarde sans rien devoir te garantir
Car tu réveilles ma conscience et ton humour sait me surprendre.
Enfin l’ÏÄMÔURÏÄ me relie à celles qui partagent ma vie ;
Son souffle accompagne mes ailes et me rejoint dans chaque lieu.
Je sens sa force qui m’allie aux autres sans être asservie
Car je suis libre parmi elles, portant leur amour jusqu’aux cieux. »
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Le rêve d’Amellïä
« Mon fils, je t’ai donné des ailes pour porter mes rêves. Puis tu m’as demandé de te montrer le monde et j’ai découvert que tu avais les tiens.
Emmène-moi là où mes mains n’avaient pas encore osé te dessiner. »
Amellïä, muse céleste
« Je donnerai corps à mon rêve en dessinant mon propre avion ;
De mes mains naîtront ses deux ailes et chaque courbe sera mienne.
Puis je sentirai qu’il m’élève au-delà de ma création,
Portant mes audaces nouvelles dans une forme qui me convienne.
Au bout de la piste, immobile, je sentirai mon cœur trembler ;
Je confierai ma chair vivante à cette œuvre longtemps rêvée.
Puis le sol deviendra une île et mon cœur en sera comblé ;
Mon rêve aura trouvé ses ailes et ma liberté conservée. »
« Je croyais construire un avion pour porter mes rêves les plus chers ;
En le nourrissant de ma vie, il est devenu mon enfant.
Et si ensemble nous avions les rêves d’une même chair,
Il accompagnerait mes envies de vivre libres et triomphants. »
« Maman, ouvre-moi l’horizon et fais-moi découvrir tes rêves ;
Je veux connaître les soleils dont tu m’as tant parlé le soir.
Le ciel sera notre maison au-dessus des plus belles grèves ;
Ces ailes données sont des merveilles pour que j’en porte tes espoirs. »
« Je te montrerai les lagons où vient se mirer la lumière
Et les volcans au front vermeil dont le cratère garde le feu.
Nous affronterons les dragons et j’arriverai la première
Avec toi toujours en sommeil mais en rêvant de tous tes vœux.
Mais quand se lèvera l’orage, nous regagnerons le parvis ;
Tu me diras : « dis-moi, Maman, pourquoi faut-il plier mes ailes ? »
Je te répondrai : « Le courage, c’est de préserver notre vie ;
Et tu renaîtras au moment où tes audaces se révèlent. »
Un jour, tu choisiras ta route vers un rivage aux sables d’or ;
Je lirai dans tes deux prunelles le désir d’un autre horizon.
Je te suivrai, libre sans doute, vers les promesses de l’aurore
Et nos rêves ouvriront leurs ailes bien au-delà de ta prison. »
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Une matinée ordinaire d’Amellïä
« Entre les douceurs d’Alinéor, les ordres de Pénélopïä et les tendresses de Nérätïs, ma matinée ne manque pas de soins !
Je m’endors à la prière mais Altänor sait me réveiller à la sieste…
Millérion, lui, participe à tout sans quitter son lit. »
Amellïä, muse céleste
« Altänor ressent la chaleur du petit monde dans mon ventre ;
Je reste un instant sans mot dire pour accueillir le nouveau jour.
Je sens frémir notre bonheur sous ses doigts posés juste au centre
Et je souris mais sans maudire ce petit être déjà si lourd !
L’été joue les prolongations ; le déjeuner est en terrasse
Avec tous les fruits du verger en jus, en tarte ou en compote.
On veille à l’alimentation des futures mamans qui se prélassent
Et qui se font même asperger par trois siréniennes despotes. »
« Allez les mamans ! On se bouge ! » Et toutes nous mettons à l’eau ;
Pénélopïä donne ses ordres d’une manière radicale.
Bientôt nous sommes toutes rouges et le moral va à vau-l’eau
Et nous sortons, dans le désordre, pour la visite médicale.
« Viens par ici ! » dit Nérätïs en m’entraînant dans l’autre pièce ;
Elle m’ôte tous mes vêtements pour un massage langoureux
Et, afin que j’y consentisse, m’embrasse nue avec hardiesse
Et j’entends ses halètements affectueusement amoureux.
Fin de matinée en prière avec les LLyrïädes ensemble ;
Pour préparer l’incarnation de l’arrivée de notre enfant.
Et moi, mauvaise manœuvrière, je m’endors quand on se rassemble
Au moment de l’exaltation envers Yggdrasil triomphant.
Il est midi, Alinéor nous a préparé un festin :
Crudités avec crustacés et légumes lactofermentés.
Poissons pêchés par Hyänor – excellents pour les intestins –
Le cuisinier s’est surpassé et mes papilles sont enchantées.
L’appel d’une douce somnolence me ramène au creux de mon lit
Où Altänor sait réveiller mes petits appétits charnels.
Alors de toute sa corpulence et quelques adroits stimuli,
Il parvient à m’émerveiller d’honorer mon corps maternel.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Un après-midi ordinaire d’Amellïä
« Cyclone m’a secouée, mes moteurs ont vibré et ma prière s’est achevée dans un ronflement…
On pourrait croire que je suis infatigable : il suffit de sonner la cloche du dîner pour me ressusciter !
Altänor compte mes radis. Moi, je compte pour deux. »
Amellïä, muse céleste
Je quitte enfin mon oreiller et cherche ma robe froissée ;
Altänor heureux, apaisé, voudrait me garder jusqu’au soir.
« Tu sais trop bien me réveiller mais, mon chéri, je suis pressée ! »
Je lui vole un dernier baiser et pars en le laissant surseoir.
Je grimpe nue sur ma monture que les sirènes m’ont préparée
Avant de partir à grands cris quand mon silure prend de l’élan.
J’avais rêvé d’une aventure et me voici désemparée ;
Cyclone m’a aussitôt prescrit un périple assez stimulant !
Après toutes ces émotions, je trouve enfin thé et brioches ;
Alinéor tend le gâteau et je réclame un supplément.
Je lui demande deux portions sans écouter ses doux reproches :
« Je n’ai pourtant bu que de l’eau… j’ai faim pour tout un régiment ! »
Je vais réveiller mes moteurs et le hangar devient sonore ;
Je pose la main sur les gaz et l’avion frémit sous mes doigts.
Si j’me sentais à la hauteur, je repartirais cap au nord
Car mon cœur n’attend qu’une occase pour s’éclater comme il se doit.
Je reviens nue à la prière lorsque Yanimïä nous rassemble ;
Je garde bien ouverts les yeux tandis qu’Yggdrasil nous éclaire.
Je baigne enfin dans sa lumière et sens nos deux cœurs battre ensemble ;
Je m’assoupis, c’est insidieux… mais ce n’est pas pour me déplaire…
Je sors enfin de mon sommeil quand la cloche annonce la table ;
Je rouvre à grand peine les yeux sous le sourire d’Altänor.
Je bénis ce joyeux réveil sans avoir l’air d’être coupable :
« Je méditais… c’était sérieux ! Mais mon ventre priait bien plus fort ! »
Je vole une assiette au persil et croque un radis sans vergogne ;
Le concombre ouvre l’appétit sous le yaourt que je savoure.
Altänor fronce deux sourcils : « Tu manges plus qu’une cigogne ! »
« Mais je dois nourrir le petit… et le livrer avec bravoure ! »

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Une soirée ordinaire d’Amellïä
« J’ai deux amours et chacun a sa place dans ma vie.
Avec Altänor, je partage le réveil, les rires et l’attente de notre enfant.
Avec Yavänor, les mots deviennent des ailes et le soir s’ouvre sur l’inconnu.
Je suis heureuse… et ce n’est pas à moi de compter les étoiles ! »
Amellïä, muse céleste
Amellïä
« J’ai deux amours et j’en suis folle ; j’aime Altänor et Yavänor !
L’un est le père de mon enfant et mon mari que j’aime tant ;
L’autre m’écrit – et j’en raffole – des poèmes d’amour qui m’honorent
Et dont, à mon corps défendant, j’en ai le cœur concomitant… »
Yavänor
« Ton ventre est l’étoile du soir qui brille plus fort dans le ciel ;
Encore plus rond que la Lune et bien plus chaud que le soleil.
Rejoins-moi et viens donc t’asseoir pour respirer le potentiel
De cette soirée opportune puisque nous n’avons pas sommeil ! »
Amellïä
« Je viens m’asseoir à tes côtés tandis qu’un air de jazz dérive ;
Millérion remue en secret et semble approuver ce détour.
Nos mots à peine chuchotés se mêlent aux notes sur la rive ;
Ce passager si peu discret réclame aussi son mot d’amour ! »
Yavänor
« Alors je soulève ta robe pour voir ce ventre rebondi,
Le caresser du bout des doigts et l’embrasser du bout des lèvres.
Tandis que le jour se dérobe et que la pleine lune bondit,
Je sens ton enfant qui ondoie et ton cœur pulser avec fièvre. »
Amellïä
« Je laisse reposer ta main et goûte un instant de tendresse ;
Millérion reconnaît ta voix et se tient tranquille ce soir.
Il aura tant à voir demain ! Je souris sous cette caresse…
Mais nous avons, pour une fois, encore un rêve à concevoir. »
Yavänor
« Alors laisse tomber ta robe, prends ma main et envolons-nous ;
Nous sentirons ce vent léger dans le firmament de la nuit.
Là-bas, les lumières se dérobent et, dans le noir, tout se dénoue ;
Les nues sauront nous protéger, nous, les deux amants de minuit. »
Amellïä
« Je sens s’éloigner notre terre sous le frémissement des voiles ;
Je serre un peu plus fort ta main ; le lac se retire à mes yeux.
La nuit nous ouvre son mystère parmi les îles des étoiles…
Nos soucis attendront demain : ce soir, le ciel n’est qu’à nous deux ! »
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Le club des vieux coucous suisses
« Dans ce hangar, des mains passionnées gardent vivants les rêves d’autrefois.
En leur parlant de mon avion, tu as donné des ailes à mon envie de le revoir voler.
J’aime te faire découvrir mon ciel, Yavänor… et sentir que tu m’aides à le retrouver. »
Amellïä, muse céleste
Yavänor
À Altenrhein, ce matin-là, nous sommes allés nous instruire
Auprès du club de passionnés de vieux avions historiques
Qui entretiennent çà et là les vieux coucous à reconstruire
Selon les crashes occasionnés au cours des combats oniriques.
Amellïä
« Je t’ai conduit près d’un moteur qui reposait dans l’atelier ;
Un vieux pilote nous raconta les jours heureux de sa jeunesse.
Je retrouvais dans ce conteur ce que je ne peux oublier :
Ce besoin fou qui m’emporta vers le ciel avec allégresse.
Tu m’as demandé doucement si je savais parler aux ailes ;
J’ai pris ta main pour te guider vers un rêve de liberté.
J’ai retrouvé ce tremblement qui rend mes pensées infidèles ;
Tu m’as surpris à regarder ce grand ciel qui m’a tant portée. »
Yavänor
Alors on nous a proposé un baptême de l’air en biplan
Mais tu les as interrogés sur un Lockheed L Electra
Dont le tien est tout disposé à être remis au premier plan
S’ils sont d’accord pour prolonger son règne de nec plus ultra.
Amellïä
« Il dort au fond de mon hangar, les ailes grises de poussière ;
Je dois faire ouvrir son moteur avant de lui rendre le ciel.
Il reste beau sous mon regard mais réclame une cure entière ;
Il lui faut un réparateur qui ait du cœur, c’est essentiel ! »
Yavänor
Ils nous ont montré leur merveille : un L-12 Electra Junior,
Version légèrement plus petite et qui pourtant vole toujours.
Pour tes beaux yeux qui s’émerveillent devant le vieil avion sénior,
Je leur ai dit : « Je vous invite à voir le sien un de ces jours ! »
Amellïä
« Tu viens d’ouvrir un horizon où je ne voyais que poussière ;
Je veux reprendre mon essor avec ces hommes pleins d’adresse.
Rentrons tous deux à la maison ; le lac scintille de lumière.
Mon vieux coucou vaut bien de l’or ; je lui réserve ma tendresse. »
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Karl Richthofen, mécamagicien
« Karl a soulevé le capot de mon avion et m’a rendu le sourire : mon vieux coucou attendait surtout qu’on s’occupe de lui.
Ce soir, quatre sirènes fêtent notre baron tandis qu’Alinéor nous régale.
Demain, je retrouverai peut-être le ciel… Pour l’heure, Yavänor, je savoure avec toi le bonheur de cette table. »
Amellïä, muse céleste
Ainsi nous sommes devenus membres actifs de l’association
Du « Musée de l’Aviation » avec nos licences de vol.
Avec parrainage soutenu par l’étonnante possession
D’un Lockheed en réparation et quasiment prêt à l’envol.
« Il est extrêmement poussiéreux mais remarquablement conservé ! »
S’étonne le mécanicien venu juger le spécimen.
« Vu le fuselage pondéreux et son bon état observé,
Je fais venir un technicien pour réviser ce phénomène ! »
Un beau matin, un étranger en bleu de travail se présente :
« Karl Richthofen, mesdames, messieurs, pilote de quadrimoteur !
Je ne vais pas vous déranger mais vais répondre à votre attente,
Faire le plein, graisser les essieux et puis faire tourner les moteurs ! »
Amellïä lui emboîte le pas et ils disparaissent ensemble.
Je les rejoins beaucoup plus tard et vois l’appareil comme neuf.
« Karl est un type très sympa, très débrouillard : il me ressemble ! »
Dit Amellïä d’un air vantard. « Et ce soir, tous, on fait la teuf ! »
« Il n’y avait pas grand-chose à faire… » avoue Karl « car c’est très étrange !
On dirait qu’il a dû voler il n’y a pas si longtemps que ça !
C’est quand même une drôle d’affaire de le retrouver dans une grange,
Intact et prêt à s’envoler et aussi loin des USA ! »
« Je le bichonne depuis des années car il était à mon grand-père ! »
Dit Amellïä, la mine rouge et le regard très équivoque.
« En tout cas, bien que suranné, il est dans un état hors pair
Et dès demain, si on se bouge, il volera, cet amerloque ! »
Ce soir-là Karl est à l’honneur entouré par quatre sirènes ;
Le vieux pilote est très à l’aise malgré leurs mimiques sournoises.
Alinéor a, par bonheur, trouvé un plat digne d’une reine :
Le poisson à la bordelaise avec Polenta tessinoise.

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Et le Lockheed devint hydravion
« Je croyais mon vieux coucou condamné à regarder le ciel depuis la rive mais un miracle a eu lieu.
Quand nous avons quitté l’eau, j’ai crié et tous mes rêves ont repris leur souffle à la fois ! »
Amellïä, muse céleste
« Pour faire décoller votre zinc, il faut lui construire une piste
De plus de mille deux cents mètres avec du béton renforcé !
Mais j’ai une idée un peu dingue : mettre des flotteurs avant-gardistes
Si vous voulez me le permettre ! » dit Karl, la casquette renversée.
Amellïä n’en croit pas ses yeux : son oiseau devenir triton !
Mais l’idée plaît trop aux sirènes qui baliseront l’hydrosurface.
Les appuis de Karl sont précieux : l’autorisation est « béton » !
Reste à installer les carènes au lieu des roues déjà en place.
Les flotteurs ont été livrés et Karl s’est rué à sa tâche
Et en vrai mécamagicien, le Lockheed devient hydravion.
« Le voilà ainsi délivré ! » dit Karl, se lissant les moustaches
« Ça lui donne un air batracien mais c’est bien toujours votre avion ! »
Les trois aviateurs sont fin prêts : Amellïä, bien sûr, est pilote !
Yavänor est navigateur et Karl mécanicien hors pair.
La piste est balisée de près sur les eaux vives qui ballotent
On a révisé les moteurs avec la caution d’un expert.
Et c’est parti ! À fond, plein gaz ! Et les flotteurs s’arrachent à l’eau
Quatre sirènes bénévoles déploient bien haut leurs luminaires.
Le Lockheed, semblable à Pégase, ouvre ses ailes dans le halo
Du matin qui salue le vol d’un avion extraordinaire.
La conquérante se profile : Amelia Earhart est de retour !
Elle lance un cri qui retentit dans la carlingue de l’appareil.
Meersburg et son château défilent, puis Friedrichshafen à son tour
Ses compagnons ont ressenti un trouble à nul autre pareil !
Le port de Lindau offre son lion et son phare aux aviateurs ;
À Bregenz, on change de cap et on oblique vers la Suisse ;
Amellïä tel un trublion voudrait reprendre de la hauteur
Mais Karl impose un handicap avant que l’essence tarisse.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Le vol du Phénix
« Ce matin, j’ai retrouvé mes ailes. Cet après-midi, mes amies m’ont confié leur émerveillement.
Yavänor, je garderai leurs cris de joie : c’était la première fois que je leur montrais le monde depuis mon ciel. »
Amellïä, muse céleste
« Mesdames, soyez les bienvenues pour ce voyage de circonstance !
Votre commandante est très heureuse de vous accueillir à son bord !
Nous volons en terres connues, au-dessus du Lac de Constance,
Pour une visite savoureuse et saisissante de prime abord ! »
Séorïäne en a le vertige mais toutes poussent des cris de joie !
Même Laurelïne, Loreleï et Lïlïth ont le nez collé au hublot.
Voici le château de prestige de Meersburg et ses villageois
Et ses maisons toutes petites qui feraient un joli tableau.
« Cap au sud ! » Annonce Amellïä ! « Le Liechtenstein en primauté
Avec Bregenz et puis Vaduz en suivant la vallée du Rhin ! »
Là même où l’Empereur rallia les fiefs de la principauté
Et Bregenz – si je ne m’abuse – pour son opéra souverain ! »
« Cap à l’ouest, les Alpes suisses ! Les hautes chaînes de montagnes
Et les Churfirsten qui dominent le Walensee du côté nord.
Je vole aussi bas que je puisse afin que mes chères compagnes
Aient leur quota de dopamine ainsi que Karl et Yavänor ! »
« Voici Zurich, la capitale économique de la Suisse !
Avec son lac du même nom, l’Obersee en prolongement ;
Sur trois cantons, ses eaux s’étalent avec Zurich, Saint-Gall et Schwytz ;
Et ses villages de renom et ses croisières d’agrément ! »
« Cap au nord, voici Winterthur, grande cité industrielle
Où sont nées des locomotives et tant de fortunes marchandes.
Plus loin – et qui vaut le détour – les chutes du Rhin torrentielles,
Qui sont pour Loreleï, émotives, car elles évoquent sa légende ! »
« Et Stein am Rhein pour terminer ces trois heures remplies d’émotions !
Ô ALLEGÔRÏÄ vous convie à fêter cet évènement !
Et si vous êtes déterminées pour nos futures promotions,
La compagnie sera ravie de vous revoir prochainement ! »
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Amellïä, reine des Ô ALLEGÔRÏÄ airlines
« Aujourd’hui, vous m’avez portée aux nues puis comblée à votre table.
Yavänor, garde-moi la dernière danse… et laisse au Phénix le secret de notre dernière escale ! »
Amellïä, reine des Ô ALLEGÔRÏÄ airlines !
Amellïä est plébiscitée, portée en triomphe, honorée
Et considérée comme reine des Ô ALLEGÔRÏÄ airlines !
Et chacun de solliciter son excursion ou l’implorer
Et même nos quatre sirènes sont complètement « borderline ».
« Des vols-au-vent, évidemment ! Préparés par Alinéor
Garnis d’une sauce aux morilles ; après les ailes, le feuilletage !
Et des poissons suisses-allemands pêchés ce midi par Hyänor
Avec du vin de passerilles et, pour les enfants, du potage.
Perches dorées, beurre citronné, avec ses légumes rôtis
Et ses pommes de terre nouvelles cuisinées à l’huile d’olive
Que les sirènes ont mitonnées dans leur cabane sur pilotis
Où elles attrapent les civelles pêchées à même les eaux vives. »
Chacune des LLyrïädes raconte ses émotions sensationnelles
Amellïä est toute écarlate tellement émue jusqu’aux larmes.
Karl, quant à lui, a fait le compte des prouesses ascensionnelles
Exécutées – il le relate – de main de maître et avec charme.
Yavänor a écrit le texte, Valérion l’a mis en musique,
ORPHÉÔN et ÄLLÏÄ au chant, et la chanson fait un tabac !
Voilà un excellent prétexte pour une danse très physique
Qui fut, dans le soleil couchant, bénie et saluée chapeau bas.
Une tarte aux quetsches pour finir, encore tiède et boules de glace ;
Karl, gourmand, en reprend deux parts sous les sourires langoureux.
On ne sait comment définir celle qui ne reste pas en place
Et qui songe au prochain départ mais… avec quel bel amoureux ?
Ne cherchez pas ! Elle est partie bras dessus bras dessous avec celui
Qui l’a arrachée au passé pour lui faire vivre une aventure
Et lui offre en contrepartie une nouvelle étoile qui luit
Dans les Pléïädes mais dépassée par son aérienne monture.

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
La nuit extraordinaire d’Amellïä
« J’ai parcouru le ciel pour trouver où poser mes ailes…
Ce soir, Yavänor, je les laisse dormir et me blottis contre toi.
Garde-moi près de ton cœur : j’aime cette façon que tu as de me faire oublier le départ. »
Amellïä, muse céleste
« Viens ! Viens et fais-moi décoller vers tes sommets imaginaires !
Confie-moi ton manche à balai et puis envoyons-nous en l’air !
Viens ! Viens et fais-moi m’envoler par de tendres préliminaires
Qui descendent dans mes vallées et remontent au plexus solaire ! »
« Approche… j’ai gardé pour toi toute la douceur de mes ailes.
Et puisque nous avons tout le temps, comme si tu découvrais le ciel,
Approche… viens et embrasse-moi ; je t’ouvrirai mon cœur d’oiselle
Et serai nue en t’écoutant me charmer de mots substantiels ! »
« Je laisserai dormir mes ailes pour écouter battre ton cœur ;
La nuit veillera sur nous deux jusqu’au retour de la lumière.
Mais toi, n’y mets pas trop de zèle, ne te conduis pas en vainqueur
Ni trop rapide, ni galvaudeux mais d’une obligeance première ! »
« Et je te dirai les secrets que je taisais par peur des pleurs,
Tout doucement, tout près de toi, jusqu’à la pleine confidence.
Je t’offrirai le plus sacré joyau de mon intime fleur
Et si tu te montres courtois, tu recevras ma confiance ! »
« Je te dirai pourquoi je pars quand le bonheur me tend les bras
Et tu sauras combien j’espère un lieu où reposer mes ailes.
Si j’ai longtemps fui les regards, ce soir je ne m’enfuirai pas ;
Je veux apprendre auprès de toi le doux repos des hirondelles. »
« Je veux m’endormir dans tes bras, tout enveloppée de chaleur
Et retrouver à mon réveil ta bouche au plus près de la mienne.
Ce soir, je ne partirai pas ; je veux recevoir la valeur
De tout ton amour sur ma couche car cette nuit je serai tienne. »
« Quand le matin ouvrira l’œil, je t’embrasserai plus encore
Tu liras dans mon doux sourire qu’aujourd’hui est mon plus beau jour.
Ce jour restera sur le seuil ; je suis à toi, j’offre mon corps
Et je n’aurai plus rien à dire tant que tu me feras l’amour. »
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
L’envol d’Amellïä
« Cette nuit, Yavänor, nos rêves ont pris les commandes.
Les nuages nous prêtaient leurs ailes et nos sillages tressaient la lumière…
Au réveil, j’ai retrouvé ta main dans la mienne : nous avions encore tout un ciel à inventer. »
Amellïä, muse céleste
Ton premier baiser m’autorise à déposer mon plan de vol ;
Mes mains évoqueront mes ailes et mon corps sera ma carlingue.
Que mes sentiments motorisent pour que mon cœur prenne son envol
Avec pour seul excès de zèle de fols effleurements bilingues.
Je prends la piste de ton ventre et redresse juste entre tes seins ;
Mes ailes frôlent les mamelons et ma bouche en éteint le feu
De ces volcans dont l’épicentre tremble au creux de ton bassin
Qui m’appelle à planer le long pour y faire tout ce que tu veux.
Des turbulences et des trous d’air agitent mon zinc et le tien
Et serrer le manche à balai provoque tant de soubresauts
Que la vision est secondaire, les instruments sont les soutiens
Qui permettent de nous en aller de concert avec nos vaisseaux.
Lorsque la foudre frappe nos cœurs, je me vide de ma substance
Ainsi je dois jeter du lest pour demeurer dans ton sillage.
Lorsque tu reçois ma liqueur, tu fais alors ton plein d’essence
Et nos deux carlingues plus lestes peuvent réduire leur frétillage.
Après la phase de plateau et d’excitation sensuelle
Nous planons alors tous les deux dans une douce plénitude.
Nous descendons moderato vers la seule piste usuelle
Pour un atterrissage fougueux dans la suave zénitude.
Les corps ruisselants d’eaux musquées issues des tempêtes d’amour
Engourdissent alors lentement nos deux fuselages emboîtés.
Nous n’avons plus rien à brusquer, juste sourire avec humour
Aux acrobaties prestement exécutées avec doigté.
Nos rêves nous réuniront en songes fantasmagoriques
Que nous prolongerons demain tant que nous volerons ensemble.
Main dans la main nous sentirons notre passion métaphorique
Nous faire suivre un même chemin de l’ivresse qui nous rassemble.

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
L’escale secrète d’Amellïä
« Tu m’as gardé le plus beau pour la fin : un paysage de rêve reflété dans tes yeux ! »
Toi, tu as reçu une nouvelle vie et un Phénix en cadeau.
Moi, tu m’as offert un espace au fond de tes yeux et dans ton cœur !
Amellïä, muse céleste
L’escale secrète
« Viens prendre place auprès de moi ; ce jour nous invite au voyage ;
Mon plan de vol reste secret : nous gagnons des terres inconnues.
Tout le ciel s’ouvre devant toi, notre aile effleure les nuages ;
Si mon sourire reste discret, mes promesses, elles, sont tenues ! »
Le lac aux reflets d’argent
« Le lac devient un grand miroir et prend de doux reflets d’argent ;
Les bois défilent lentement autour des clochers du village.
Les monts se laissent entrevoir au loin dans le jour émergeant ;
Ta main se pose doucement et ton sourire me soulage. »
Le torrent, couturier de lumière
« Regarde au fond ce blanc torrent qui coud la roche de lumière ;
La route déplie ses lacets parmi les toits et les maisons.
Ici tout semble transparent ; le soleil réchauffe la pierre ;
Les bois, les rocs sont enlacés et l’air nous ouvre l’horizon ! »
Les majuscules des Alpes
« Plus haut scintillent les glaciers dont la blancheur dit la puissance ;
Tout en bas dorment les vallées où les chalets sont minuscules.
Nous découvrons de vieux sentiers près des torrents prenant naissance ;
Les pentes de fleurs sont voilées, les rocs dressent leurs majuscules. »
Au-delà du rempart
« Nous franchissons ce haut passage où les monts forment un rempart ;
Le sud nous offre son soleil sur les forêts de la vallée.
La terre change de visage et nous promet un doux départ ;
Voici des toits d’un ton vermeil où la brume s’est envolée. »
Le lac d’Orta
« Le lac d’Orta nous tend les bras et nous dévoile son mystère ;
Les murs ont de douces couleurs d’une douce ville italienne.
Une île aux toits d’ocre est là-bas où veille un vaste monastère ;
Les balcons débordent de fleurs et ma surprise devient tienne. »
Deux cafés au bord du rêve
« Le Phénix flotte près du quai et nos pas cherchent la terrasse ;
Nous ne pensons plus à demain devant nos deux petites tasses.
Je dépose un petit bouquet et tout heureuse je t’embrasse ;
Je prends doucement tes deux mains et je souris au temps qui passe. »

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Amellïä au Lac Léman
« Première étape de notre voyage en amoureux : le Lac Léman !
Nous profitons des quais fleuris de Montreux, de la cuisine locale, d’une auberge typique et d’une fin de journée avec des confidences très intimes. »
Amellïä, muse céleste
« Je t’embrasse au bord de ce quai et le vent nous fait sa caresse ;
Nous reprenons notre chemin vers le Léman et ses merveilles.
Je garde un parfum de bouquet et te promets d’autres paresses ;
Ton livre nous prend par la main, touche nos cœurs et nous éveille. »
« Le port dévoile son décor où les mâts se mêlent aux voiles ;
L’eau nous dépeint un beau tableau près des quais habillés de fleurs.
Nous ne nous posons pas encore ; le jour met sur l’eau ses étoiles ;
Le vent fait danser un drapeau qui déploie pour nous ses couleurs. »
« Montreux grandit à notre approche ; je réduis les gaz en silence ;
Le Phénix frôle un flot d’argent qui nous accueille avec tendresse.
Au quai, mon regard se raccroche et vers toi mon sourire s’élance ;
Ce grand lac se montre indulgent et nous berce de douce ivresse. »
« Nous marchons près des grands palmiers dont les feuilles nous font des ombrelles ;
Le jour caresse les façades aux balcons brodés de dentelle.
Ces pas nouveaux sont nos premiers parmi ces vivantes aquarelles ;
Je te promets des embrassades pour que l’heure soit immortelle. »
« Au Caveau, nous trouvons la table où nous partageons la fondue ;
Je veille sur le caquelon pour t’offrir un peu de fromage.
Ce doux festin est délectable et ma sagesse est confondue ;
Nous rions dans ce vieux salon en rendant aux mets notre hommage. »
« Nous suivons l’eau vers la terrasse où le soir répand sa lumière ;
On nous accueille avec douceur et le lac s’ouvre à nos regards.
Je te souris puis je t’embrasse et le soleil dore la pierre ;
Un lit nous offre sa chaleur et la fatigue nous rend hagards. »
« Couchons-nous là, avec tendresse, et oublions nos vieux démons !
Je veux pouvoir aller-venir sans avoir à plier mes ailes.
Ce soir, je te fais la promesse tandis que, nus, nous nous aimons
De partager notre avenir avec mes rêves d’hirondelle. »

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Amellïä au Lac de Neuchâtel
« Deuxième étape de notre voyage : le Lac de Neuchâtel !
Nous explorons l’un des plus grands lacs entièrement situé en Suisse et sa vieille ville médiévale. »
Amellïä, muse céleste
Neuchâtel offre sa chaleur et tend son miroir au voyage ;
Le vent détrousse les collines pour nous vêtir de sa lumière.
Le lac fait danser les couleurs sur tous les reflets du rivage
Et les nues drapent de mousseline les faîtes de chaque chaumière.
Je mène une lente descente pour préparer l’amerrissage ;
Tu suis du doigt les vieux clochers qui font des trous dans les nuées
Et l’eau sous notre aile dansante renvoie un héron de passage
Que mon regard veut accrocher dans la clarté atténuée.
Les vieilles façades dorées gardent le soleil de saison
Et le murmure des fontaines nous suit jusqu’à la citadelle.
Je prends tes deux mains adorées quand les toits froncent les maisons
Et les voiles semblent lointaines sous le ballet des hirondelles.
Je t’entraîne au creux des arcades où nos pas réveillent la pierre ;
Un vieux tilleul nous y recueille et je retrouve mon aisance.
Tes yeux me tendent une embuscade au détour d’un rai de lumière
Puis le vieux porche nous accueille et je savoure ta présence.
Les perches livrent leur saveur ; le citron parfume l’assiette.
Je souris à ma gourmandise devant la tarte appétissante
Et tu ris de mon regard rêveur en m’en réclamant une miette ;
Je te réserve une surprise sous mes airs de mère innocente.
Nous descendons pleins de tendresse vers le quai coiffé de feuillage ;
Ton bras me garde dans son ombre au gré d’un doux balancement
Et je goûte avec toi la paresse en écoutant ton babillage
Quand ton désir dans la pénombre promet un recommencement.
Le lac pâlit à la fenêtre et je plie ma robe de satin ;
Puis je viens nue dans notre chambre pour me blottir dans ta tendresse.
Près de toi je me sens renaître, je te retiens jusqu’au matin
Et sous la lampe couleur d’ambre, le temps s’attarde à nos caresses.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Les ailes au bord du lit
« Cette nuit, j’ai posé mes ailes au bord de notre lit et gardé ta main entre les miennes.
Demain, nous aurons encore des lacs à découvrir. Pour l’heure, Yavänor, je veille sur ton sommeil et savoure la douceur de rester auprès de toi. »
Amellïä, muse céleste
Je dépose mes ailes au bord de notre lit ;
Le lac garde au-dehors sa lumière mouvante.
Tu souris et déjà tout le ciel se blottit
Dans le creux de ta main, ma demeure vivante.
Tu ne demandes rien ; je peux fermer les yeux.
Mes lèvres sur ton cou prolongent le voyage.
Le drap froissé devient notre pays soyeux ;
Nous y laissons le temps oublier son passage.
J’ai quatre fois écrit ce que mon cœur devine ;
Ce soir, contre ta peau, les mots viennent tout bas.
Ta douceur me parcourt et ma voix s’illumine ;
Je trouve un vers nouveau dans chacun de tes bras.
Demain nous partirons vers de nouveaux chemins
Mais je veux cette nuit, jusqu’à l’ultime étoile,
Préserver ton sommeil juste au creux de mes mains
Et l’aube attendra bien que j’enlève mes voiles.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Amellïä au Lac de Thoune
« Troisième étape : le Lac de Thoune !
Nous découvrons l’entrée de l’Oberland bernois avec son château historique au bord de l’eau.
Petit-déjeuner, visite du vignoble et restaurant gastronomique s’enchaînent jusqu’à une sieste bien méritée. »
Amellïä, muse céleste
Nous survolons l’Aar en lumière sous les doux rayons du matin ;
Les bois d’octobre sont de cuivre et les sommets, de métal blanc.
Thoune se mire dans sa rivière qui déploie ses eaux de satin ;
Suivons le vent qui nous délivre vers ce bonheur sans faux-semblants.
Nous descendons vers le rivage où le vieux château nous attend ;
Le lac s’étend sous la terrasse avec ses flots tout frémissants.
Nous avançons vers le village dans un décor encor latent ;
Je prends ta taille et je t’embrasse devant ces coteaux brunissants.
Un boulanger devant sa porte. Le pain répand sa bonne odeur.
Un bonjour franchit la boutique avec l’accent suisse-allemand.
Le café chaud nous réconforte et nos mains goûtent la tiédeur
Sur un vieux banc de bois rustique où tu ris de mes airs gourmands.
Le vigneron ouvre sa cave pour nous faire goûter de son vin ;
Je fais tourner l’or dans mon verre, savourant les fruits du coteau.
Toi, en connaisseur, tu te gaves du carburant de l’écrivain
Et nous trinquons à cette terre dont le lac garde le château.
Une soupe ouvre ma gourmandise, puis viennent les poissons dorés ;
Le beurre exalte leurs saveurs et les légumes les exhortent.
La tarte, si douce friandise à nos deux palais adorés,
Nous donne des regards rêveurs et ses arômes nous emportent !
Nous marchons le long des roseaux, près des bateaux qui se balancent ;
Le vent nous porte ses frissons et vient jouer dans tes cheveux.
Tu suis des yeux quelques oiseaux qui, du vieux port soudain, s’élancent
Et nous passons près des buissons et je m’arrête quand tu veux.
Nous gagnons l’auberge en silence ; tu prends la clef entre tes mains ;
Un jour doré baigne la chambre et nous froissons déjà les draps.
Nous goûterons notre indolence sans penser aux vols de demain ;
Ma peau se dore d’un peu d’ambre et je m’endors entre tes bras.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Amellïä au Lac de Brienz
« Quatrième étape de notre voyage : le Lac de Brienz !
Nous admirons la couleur turquoise unique de l’eau et les chalets traditionnels du village. »
Amellïä, muse céleste
Les monts découpent leur dentelle au-dessus d’un vaste miroir ;
Le lac s’entoure de verdure au pied des hêtres et des sapins.
L’eau sous le soleil étincelle et nous ralentissons pour voir
Les chalets rythmant la bordure sous les plus hauts versants alpins.
Le lac reçoit nos deux flotteurs et nous glissons vers le rivage ;
Tu saisis la corde d’amarre, tu la noues et me tends la main.
Je coupe enfin les deux moteurs pour vivre l’âme du village,
Puis notre balade démarre sur les vieux quais du bourg germain.
Nous entrons dans un atelier où le bois s’anime en sculpture ;
Les copeaux roulent sur la table sous les coups précis du ciseau.
Le parfum chaud et familier nous ramène en pleine nature
Et l’artisan, d’un geste affable, me tend les ailes d’un oiseau.
Nous sortons, l’oiseau sous le bras, pour gagner l’école voisine ;
Un compagnon montre ses bois et les outils de son métier.
Tu lui confies alors tout bas ce rêve ancien qui te fascine
Et les cordes trouvent leur voix sous les doigts précis du luthier.
Nous remontons une ruelle parmi les anciennes maisons ;
Le soleil chauffe les façades et dore les vieux escaliers.
Des balcons pend la pimprenelle qui nous raconte les saisons
Et tu ralentis la balade pour admirer les bois taillés.
Puis une auberge nous invite à nous asseoir près du foyer ;
Le serveur apporte une assiette où les champignons fument encore.
J’en ai l’eau à la bouche et vite ! Nous avons envie de goûter
Un plat issu de la cueillette des trésors glanés à l’aurore.
Nous demandons une belle chambre pour prolonger notre séjour ;
Le lac s’assombrit aux fenêtres et les derniers bateaux s’éloignent.
Je pose mes ailes dans l’ambre, puis viens me coucher à mon tour
Et nos corps nus semblent renaître tandis que nos deux cœurs se joignent.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Amellïä au Lac de Lugano
« Cinquième étape de notre voyage : le Lac de Lugano !
Nous goûtons cette perle nichée aux confins de la Suisse et de l’Italie entre les monts Brè,San Salvatore et San Giorgio. »
Amellïä, muse céleste
Le lac nous ouvre son miroir sous les collines du Tessin ;
Lugano déroule ses quais où les palmiers bercent les roses.
Viens près de moi, viens donc t’asseoir, viens te blottir contre mes seins ;
Goûtons ensemble la douce paix auprès des fleurs à peine écloses.
Nos flotteurs font jaillir l’écume et tracent deux sillons d’argent ;
Le moteur apaise sa voix et nous glissons vers le rivage.
Mon bel oiseau replie ses plumes sous les regards d’un ciel changeant
Qui nous accueille toutefois avec un petit vent sauvage.
Nous quittons le ponton flottant pour une terrasse tranquille ;
Le café fume au grand soleil au chant joyeux des passereaux.
Tu ris de mon accent chantant devant les douceurs de la ville ;
Le lac scintille à son réveil entre ses villages floraux.
Gandria nous tend ses escaliers entre les murs couleur de miel ;
Les rues refusent les moteurs mais livrent leur intimité.
Nous passons sous les oliviers et le lac se confond au ciel ;
Je goûte aux plus douces senteurs dans ses fragrances illimitées.
Nous suivons les contrebandiers sur les vieux sentiers de la fraude ;
Les ballots cachent du tabac et les récits sentent la peur.
Les yeux vigilants des douaniers percent les ombres où l’on maraude,
Puis où l’on disparaît là-bas, le cœur battant avec stupeur.
Deux sphinx nous gardent le passage entre les palmes du jardin ;
Un temple nous ouvre ses portes sur les splendeurs des temps anciens.
Je t’entraîne dans ce voyage et te souris d’un air badin ;
Les dieux de pierre nous escortent avec leurs airs de magiciens.
La polenta chaude et dorée nous met le soleil dans l’assiette ;
Le brasato fond sous la dent et son parfum nous accompagne.
Ma gourmandise déclarée ne veut pas en perdre une miette ;
Le gâteau de pain très fondant, spécialité de nos montagnes.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Felici di volare
« Ce soir, à Lugano, “Felici di volare” fait revivre mon histoire et celle de Raymonde de Laroche, première femme brevetée pilote en 1910.
À tes côtés, Yavänor, je retrouve cette pionnière dont le courage a ouvert le ciel à mes rêves. »
Amellïä, muse céleste
Tu lis l’affiche et je souris devant mon nom dans la lumière ;
Je sens mon passé revenir à travers un rideau de soie.
Tu vois mes yeux soudain surpris : mon existence coutumière
T’est livrée dans ce souvenir dont la douceur rejoint ma joie.
Une autre femme ouvre la voie avec pour moteur son courage ;
Raymonde a défié les vents et savouré sa liberté.
Son obstination vit en moi quand mon avion brava l’orage
Et je l’écoute, bravant le temps, avec la même volonté.
Je revois l’océan immense et mon avion perdu dans l’ombre ;
Mes mains se crispent sur le cuir et je résiste au désespoir.
Mais tu réponds à mon silence quand reviennent ces heures sombres
Et tu me ramènes un sourire où je retrouve un peu d’espoir.
Sur scène, une femme me prête ses gestes, son souffle et sa voix ;
Je la regarde vivre une absente et je reconnais ses audaces.
Tu sens ma main qui tremble et guette un signe au bout de chaque doigt
Car l’inconnue est si présente que je revis parmi ses traces.
Je fus celle qu’on chercha en vain dans les archives de la terre ;
Ce soir, je suis une spectatrice à tes côtés, parmi ces gens.
Tu poses un baiser sur ma main et je retrouve mon mystère :
Je suis la nouvelle aviatrice à sa propre mort dérogeant.
Le rideau tombe et je respire tout près de toi, les yeux ouverts ;
Je laisse au passé sa poussière et nous quittons les vieux décors.
Je garde au cœur ce qui m’aspire au-delà des temps découverts ;
Ma vie retrouve sa lumière dans la chaleur de nos deux corps.
Nous retrouvons les quais tranquilles où tremblent les reflets du soir ;
Je marche à ton bras, tout heureuse, sans rien demander aux étoiles.
Je savoure alors notre idylle et t’avoue quand tu viens t’asseoir
« Je suis encore aventureuse… mais notre amour gonfle mes voiles. »
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Amellïä au Lac des Quatre-Cantons
« Sixième étape de notre voyage : le Lac des Quatre-Cantons !
Nous visitons la ville de Lucerne et contemplons le lac encadré par le mont Rigi et le mont Pilate. »
Amellïä, muse céleste
Le lac déploie ses longues branches entre les bras des monts bleutés ;
Les bois descendent vers les rives où l’eau recueille leurs couleurs.
Quelques maisons aux couleurs franches brillent au loin dans la clarté ;
Le vent promène ses eaux vives contre les quais chargés de fleurs.
Nos deux flotteurs fendent l’eau claire où tremble un reflet de rocher ;
Le vent descend de la montagne avec les parfums de l’automne.
Sur l’autre rive une lumière vient se poser sur un clocher
Et la douceur qui l’accompagne berce le nouveau jour qui tâtonne.
Plus haut les cimes se dessinent où flotte un voile lumineux ;
Le lac accueille le silence pour prolonger notre voyage.
Et leurs images s’illuminent en un spectacle faramineux
Dont je sens grandir la présence dans chaque repli du rivage.
Nos deux moteurs enfin se taisent pour écouter chanter les eaux ;
Je te souris dans la lumière et cherche où nous prendre un repas.
Quand les remous soudain s’apaisent près des bouquets de fins roseaux,
La rive est alors la première à fleurir au bruit de nos pas.
La rive en fleurs devient ruelle où nos regards vont se croiser ;
Le pont de bois garde en mémoire les pas qui cherchent leur chemin.
Puis une enseigne nous appelle et nous convie à nous poser
Et nous poursuivons notre histoire avec des röstis au cumin.
Nous suivons le lac qui scintille, puis nous montons vers le château ;
Le chemin monte en plein silence et je serre un peu plus ta main.
Sous nos regards la ville brille et le lac devient un tableau
Avec le ciel en opulence au dernier tournant du chemin.
Dans une auberge de tendresse, nous trouvons un lit de satin ;
La porte se ferme en silence où l’amour vient se refermer.
Puis sous le charme des caresses, je retrouve ton air mutin
Et nous goûtons cette indolence qui nous invite à nous aimer.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Amellïä au lac de Zoug
« Septième étape de notre voyage : le Lac de Zoug !
Nous le savourons en contournant ce plan d’eau paisible réputé pour ses paysages doux et ses couchers de soleil. »
Amellïä, muse céleste
Le lac de Zoug ouvre ses ailes sous le regard des monts alpins ;
Des toits se penchent sur la rive et leurs reflets dansent sur l’eau.
Des maisons vermeilles se révèlent entre les hêtres et les sapins
Et notre approche les ravive dans le miroir de ce tableau.
L’automne déroule sa soie sur les coteaux moirés de rouille ;
Je laisse l’avion glisser entre les rides irrégulières
Dont chaque vague nous renvoie ses tons tantôt bleus et citrouille
Que le soleil aime plisser sous une brise familière.
Nous accostons près des terrasses où les passants prennent le frais ;
Je prends ta main dans la lumière et nous suivons les quais fleuris.
Tu ris tout bas quand tu m’embrasses alors qu’un merle noir m’effraie
Et s’en va chanter sur les pierres l’humour de son espièglerie.
Dans les ruelles de la ville, ton rire fait tourner les têtes ;
Devant une belle vitrine, je cède à notre gourmandise.
Le merle attend, l’air bien tranquille, que nous lui laissions quelques miettes
Mais je te souffle et te taquine : « Il veut aussi sa friandise ! »
Le lac nous prépare une fête dans les éclats de ses reflets ;
Je pose un baiser de cerise sur ton sourire de gourmand.
Le merle penche un peu la tête, avance et se met à siffler,
Puis nous dérobe par surprise un pain sans le moindre tourment.
Nous reprenons notre balade entre les arbres et les roseaux ;
Tu reconnais dans une branche un petit nid presque invisible.
Le merle y porte sa parade avec notre pain pour oiseaux
Et notre rire du dimanche rend son larcin bien plus risible.
Une auberge aux volets de cuivre nous offre un refuge discret ;
Le lac repose à la fenêtre et les rideaux deviennent voiles.
Je ferme doucement ton livre pour mieux en garder le secret
Et laisse tes mains me connaître tandis que mon corps se dévoile.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Zoug, de l’eau aux étoiles
« Nous sommes descendus sous le lac pour découvrir le “Seesicht”.
Puis nous avons interrogé la Lune, flâné sur les quais et partagé un bon repas.
Ce soir, Yavänor, l’horloge peut compter les heures : dans tes bras, je prends le temps de les savourer. »
Amellïä, muse céleste
Au bord du lac une sculpture nous ouvre un passage d’acier ;
Son flanc descend depuis la berge pour nous conduire sous les eaux.
Nous découvrons dans sa structure les marches d’un petit escalier
Et sa fenêtre qui émerge sous les doux reflets des vaisseaux.
Nous descendons sous la surface pour voir défiler les poissons ;
Le lac nous prête sa lumière dans cette alcôve sous-marine.
Un brochet passe sans grimace et nous observe sans façons ;
Je te murmure, prisonnière : « C’est nous qui sommes en vitrine ! »
Un poisson longe la paroi et nous regarde en vrai curieux ;
Au sec nous goûtons le silence derrière cette eau transparente.
Il tourne, semble en désarroi et puis disparaît à nos yeux ;
Je ris : « Il est en vigilance envers nous contre toute attente ! »
Nous retrouvons la vieille horloge qui règle les pas des passants ;
La Lune y présente ses phases et joue avec notre impatience.
Tu lèves les yeux, l’interroges sur ses pouvoirs si grimaçants
Et lui réponds avec emphase qu’elle n’a qu’à garder son silence.
Nous reprenons la longue allée où le lac recueille le soir ;
Le vent se promène sur la rive et vient doucement nous distraire.
La ville apparaît, dévoilée, dans les profondeurs du miroir
Et chaque vague encore vive semble avoir un mot pour nous plaire.
Le chou rouge parfume l’assiette auprès des marrons bien dorés ;
Des spätzli au beurre fondant et nos deux verres se rapprochent.
Tu fais un nœud à ta serviette, juges le plat élaboré
Et nous savourons le Fendant aux derniers tintements des cloches.
Notre chambre ouvre sa fenêtre sur le grand lac devenu noir ;
Je laisse tomber mon corsage et viens me blottir dans tes bras.
Tes mains savent alors reconnaître ce que mon corps leur laisse voir
Et le temps du désamorçage nous enveloppe entre les draps.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Amellïä au lac des rêves

J’ai fait ce rêve saugrenu où les muses étaient devenues
Les mères des grands lacs complices afin que mon œuvre s’accomplisse.
Elles m’avaient mis à l’épreuve de leur apporter comme preuve
Tout ce que j’ai pu discerner et en quoi j’étais concerné.
Laurelïne, la mère du Greifensee semblait beaucoup s’en amuser
Car, des muses, elle est la première à m’avoir transmis sa lumière.
Loreleï, mère du Pfäfikonsee, petit lac caractérisé,
M’a montré le côté sauvage d’une sirène sur le rivage.
Lïlïth, mère du lac de Zurich, était la plus amphigourique
Mais une fois que je l’eus connue, elle m’adora sans retenue.
Ledalïä, mère du lac d’Orta, ses illustrations m’apporta
Et, sur tous les murs de ma chambre, j’ai ses couleurs or, rouille et ambre.
Geminïä, mère du lac Léman, me parlait en suisse-allemand
Malgré son rôle d’ambassadrice, cette langue encore me hérisse.
ÄLLÏÄ, mère du lac Neuchâtel, m’a donné son cristal pastel
Brillant d’une clarté opaline pareille à son âme cristalline.
STELLÏÄ, mère du lac Lugano, m’a offert son plus bel anneau
Que je porte à l’auriculaire car il est de métal stellaire.
Thétïs, mère des Quatre-Cantons, se moquant du qu’en-dira-t-on,
Désira me couronner roi bien qu’elle en aimât déjà trois.
Nérätïs, mère du lac de Brienz, m’interrogea comme le Sphinx
Afin de tester si mon cœur pouvait prétendre être son vainqueur.
Pénélopïä, du lac de Zoug, m’emmena dans ses anciens souks
Où j’ai vu, contre toute attente, tous ses plus beaux trésors atlantes.
Séorïäne, du lac de Constance, était une mère de circonstance
Qui me fit goûter à tous les plats succulents dont elle me combla.
Amellïä, mère du lac des rêves, m’attendait là, nue, sur la grève
Pour embarquer dans son avion vers où ? Nous seuls, nous le savions.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Amellïä au lac de Zurich
« Huitième étape de notre voyage : le Lac de Zurich !
Nous marchons le long de la promenade animée au cœur de la métropole zurichoise. »
Amellïä, muse céleste
Le lac se glisse sous notre aile et les nuages sont d’argent ;
Je te souris dans la lumière et mon cœur réchauffe le tien.
La ville au loin se fait plus belle sous les reflets du jour changeant ;
Ton doux regard est ma clairière et le soleil nous appartient.
Je réduis le chant des moteurs et tiens le nez au ras de l’eau ;
Le lac se ride sous la brise et nous gagnons l’abri des quais.
L’écume jaillit des flotteurs en une gerbe en méli-mélo ;
Ton rire reconnaît ma maîtrise, le lac retrouve enfin la paix.
Nous suivons la rive fleurie vers les jardins aux toits chinois ;
Le vent d’octobre nous caresse et fait frissonner les vieux ponts.
Ta voix berce ma rêverie près des passerelles de bois
Et me fait de tendres promesses et d’un baiser je te réponds.
Un pavillon rouge se mire dans l’eau du jardin impassible ;
Les carpes d’or croisent leurs danses entre les ombres des bambous.
Je m’arrête pour te sourire en serrant ta main trop sensible ;
L’étang reçoit les confidences de nos pensées mises bout à bout.
Le temps nous rappelle à cette heure qu’un cœur heureux peut avoir faim ;
Nous choisissons une terrasse pour regarder passer les gens.
Le pain croustille sous le beurre et les hors-d’œuvre sont si fins
Que tu souris et tu m’embrasses pour ce repas si engageant.
Un filet dore dans l’assiette avec son beurre citronné ;
Je ferme les yeux de plaisir devant ce festin délicat.
Je n’abandonne aucune miette de ce poisson bien mitonné,
Puis j’éprouve un petit désir pour un dessert au chocolat.
Le dessert tient bien sa promesse et le lac nous attend dehors ;
Je garde ta main dans la mienne et nous reprenons le chemin.
Toi, tu te penches avec tendresse ; moi, je souris bien plus encore ;
Avant que l’après-midi vienne allons flâner main dans la main !
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
La chambre secrète de Lïlïth
« C’est l’un de mes repaires secrets que j’ai préparé à votre intention… à condition que vous parveniez à y entrer…
Suivez les clefs de l’énigme ! »
Lïlïth, matriarche et troisième LLyrïäde
Nous nous perdons dans les ruelles où les porches gardent l’histoire ;
Derrière une grille entrouverte une fontaine nous fait signe.
Lïlïth nous semble proche et réelle au fond de cette cour d’ivoire ;
Nous attendons sa découverte comme on attend qu’un mot s’aligne.
Et c’est un lourd trousseau de clefs dissimulé sous une stèle
Marquée « Lïlïth repose ici, passant retrouve son parcours ! »
Cherchons donc la porte bouclée d’une maison ou d’un castel
Et qui nous livrera ainsi la solution à ce concours !
Nous découvrons un vieux portail avec une étrange serrure ;
Sur son bois noirci par les âges un serpent veille sur l’entrée.
Tu prends les clefs et je détaille les entrelacs de sa ferrure ;
L’une est gravée de trois visages et nous sommes très concentrés.
Une lune noire inversée sur la première clef fonctionne !
Nous débouchons sur une cour dont la sortie est verrouillée.
Une chouette traversée par une grille alors actionne
Une vieille issue de secours dont le cadenas est rouillé.
Nous poussons doucement la porte et découvrons un long passage ;
Un rai de jour perce la nuit et fait scintiller la poussière.
La clef aux trois visages porte un entrelacs d’anciens messages ;
Je la retourne et son front luit lorsque je l’offre à la lumière.
La nouvelle salle est obscure mais la chaleur est accueillante !
Et s’allume, dès que nous entrons, une lueur bleue et nacrée.
Un mot épinglé nous procure une exaltation bienveillante
Car il est gravé sur le tronc de l’Huluppu, l’arbre sacré.
« Ce lit abrita mes amours ; je vous en confie la tendresse.
Les vins fins et les provisions vous attendent et la table est prête.
Qu’en mon refuge votre séjour soit de douceur et puis d’ivresse ! »
Lïlïth avait, en prévision, préparé sa chambre secrète…

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Dernière soirée à Zurich

Par une porte dérobée nous voici près de la rivière ;
Un chat noir au pas familier nous mène aux jardins ombragés.
Sous une glycine courbée, un belvédère de Bavière,
Sous l’œil affable du jardinier, nous invite à nous engager.
De l’autre rive un bras se lève pour nous souhaiter la bienvenue ;
Une servante pleine d’humour nous tend les fruits cueillis du matin.
Le chat, qui veille sur nos rêves, nous examine sans retenue
Je goûte une pomme d’amour et nous en faisons un festin.
Le soir descend sur les tonnelles et la table attend sous la treille ;
On nous apporte un pain doré près d’une soupière fumante.
Puis à la lueur des chandelles tu verses deux coupes d’un vin vermeil ;
Je goûte au potage mordoré, je souris et le complimente.
Le vieux jardinier se rapproche et nous récite de mémoire
Une légende dans un murmure avec une voix consacrée.
À chaque mot mon cœur s’accroche comme aux pages d’un vieux grimoire ;
L’âme de Lïlïth entre les murs, garde toujours son vieux secret.
« Irénée-l’ancien, fier pirate, cachait des trésors de tendresse
Et dans son lit furent conçues deux filles aux âmes souveraines.
Malgré son âme scélérate il prodiguait tant de caresses
Que Lïlïth ne fut pas déçue de lui ouvrir son cœur de reine. »
Le jardinier nous abandonne aux derniers feux de son histoire ;
La servante vient débarrasser puis se retire, souriante.
Le chat noir près de nous ronronne et savoure son territoire
Et je pense aux filles enlacées, dans leur nacelle, bien vaillantes.
Je te ramène vers la chambre où nous attend la nuit secrète ;
Tu poses doucement ta veste et je viens quérir ton amour.
Le lit nous accueille dans l’ambre des bougies que l’on nous apprête
Et dehors, le jardin céleste absorbe en silence le jour.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Les passagers de l’imprévu
« Il est des matins où le ciel s’invite à notre table puis nous emporte sous ses ailes, avec une amie retrouvée, un chat de passage et le fragile berceau des oiseaux.
Lïlïth a baptisé le chat Onyx, Yanimïä et moi avons baptisé les deux merles Papa Crétu et Ramonette. »
Amellïä, muse céleste
Le jardin effleuré de brume ; le café fume sous la treille ;
Lïlïth nous apporte un plateau alléchant sous le belvédère.
Nous savourons quelques agrumes et le bonheur qui nous éveille ;
Le pain grillé et un gâteau dans la fraîcheur de la rivière.
Lïlïth nous conte les nouvelles en remplissant notre panier ;
Fred Noonan vient d’être sauvé ; Karl le reçoit chez les sirènes.
Ces dernières se sont faites belles pour accueillir leur beau pionnier
Dont le sourire retrouvé efface enfin toutes ses peines.
Voici venir un passager qui veut monter dans le Lockheed ;
Le chat noir d’hier soir qui ronronne, une queue dressée pour seul bagage.
Sans doute est-il un messager, un signe, une sorte de guide
Dont le destin nous arraisonne pour faire partie de l’équipage.
Dans la cabine préservée s’abrite une petite famille ;
Deux merles veillent avec patience sur trois petits œufs très précieux.
Nous découvrons une couvée dans un berceau fait de brindilles
Dont ils assurent la surveillance contre les curieux facétieux.
Les oiseaux seront du voyage dans leur refuge douanier ;
Le chat ronronne de tendresse en écoutant les deux moteurs.
Nous embarquons tout l’équipage ; Lïlïth protège le panier
Et moi, j’décolle avec adresse et nous prenons de la hauteur.
Quand j’aperçois le Greifensee, je te demande de t’y poser
Pour en faire ensemble le tour ; dix-sept kilomètres de balade.
Je retrouve ses rives exposées et ses villages opposés ;
Canards, cygnes, cigognes et autours ainsi que trois jolies naïades.
Enfin nous regagnons Constance, notre lac bordé de roseaux ;
Lïlïth sourit à son approche et reconnaît la maisonnée.
Les merles gardent le silence tandis que passent d’autres oiseaux
Sur le ponton qui se rapproche et vient conclure notre tournée.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Amellïä au lac de Constance
« Le Phénix repose au ponton et je retrouve les bras d’Altänor, les sourires de mes sœurs et Fred enfin vivant.
Karl reste parmi nous et Alinéor fête notre retour.
Même Onyx trouve son bonheur… dans son écuelle.
Yavänor, quel beau voyage nous avons fait ! Et quelle joie de rentrer pour le raconter ! »
Amellïä, muse céleste
Je ralentis près de la rive et mets les flotteurs face au vent
Qui produisent alors deux sillages tels deux longues lignes tremblotantes,
Puis je souris, toujours pensive, à notre retour émouvant ;
Yavänor achève le mouillage en jetant une ancre flottante.
Tu prends en main notre amarrage en te penchant vers le ponton ;
Je tiens la corde frémissante et te souris près des roseaux.
Le Phénix dort près du rivage ; nous retrouvons notre maison
Et Lïlïth s’avance, souriante, en emportant le nid d’oiseaux.
Altänor vient à ma rencontre et m’embrasse chaleureusement ;
Les voix se pressent, accueillantes, parmi les doux éclats de rire.
Sa main se pose alors tout contre mon ventre paternellement
Tandis que nos sœurs souriantes ont beaucoup de choses à nous dire.
Soudain Fred paraît sur le seuil et vient se jeter contre moi ;
Je sens ses épaules tremblantes et je retrouve son sourire.
Nous n’avions pas fait notre deuil, ni l’un ni l’autre avec émoi ;
Ses larmes coulent, ruisselantes ; nous sommes là en plein délire.
Karl m’interroge sur les problèmes de la carlingue et des flotteurs ;
Je lui réponds que notre avion a fait une route sereine.
« J’ai pris mes quartiers ici-même pour veiller sur nos deux moteurs ;
Depuis quelques jours nous l’avions décidé avec les sirènes ! »
Alinéor ouvre la fête par un banquet aux mets fumants ;
Les poissons voisinent les sauces et les légumes de saison.
Pour mon retour, la table est prête et nous rapproche en assumant
Une amitié qui se rehausse quand nous rentrons à la maison.
Mais Onyx observe la scène avec un calme souverain ;
Il suit des yeux le nid des merles, installé hors de sa portée.
Lïlïth lui sert dans une écuelle un beau reste de navarin
Et ses grands yeux, comme des perles, montrent qu’il est réconforté.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Frédérick sauvé des eaux
« Fred me raconte l’océan, la peur et cette solitude où il me croyait disparue.
Merci, Cristïäs, de nous avoir permis ces retrouvailles. Fred peut bien y perdre son latin : moi, je retrouve un ami ! »
Amellïä, muse céleste
Avant qu’elle le lui demande, il lui raconte son calvaire ;
Fred est devant son auditoire qui lui accorde la primauté.
« Tandis qu’on était aux commandes face à une destinée sévère
Amellïä, d’un ton péremptoire, m’intima l’ordre de sauter ! »
« Je prends alors un parachute et le canot de sauvetage ;
J’ouvre la porte latérale et saute dans le vent glacé.
J’arrive à diriger ma chute et j’amerris en plein potage ;
Le canot se gonfle dans un râle et j’y grimpe assez angoissé. »
« Je suis le trajet aérien et vois la perte d’altitude
Et tu percutes la surface dans une grande gerbe d’écume.
Et puis subitement plus rien ; juste une mer d’incertitude
Et moi qui me trouve face à face avec une profonde amertume. »
« Je restai seul et balloté par un océan prédateur,
Pressentant une mort certaine, perdu, sans eau ni nourriture.
Je me suis mis à sangloter devant ce dieu imprécateur
Qui médit d’une voix hautaine du destin de ses créatures. »
« Et puis soudain c’est la lumière ; le jour jaillit instantané !
Je vois les rives d’un lac paisible ; je goûte et c’est bien de l’eau douce.
Serais-je au paradis, Saint-Pierre ? Est-ce un miracle spontané
Aucune réponse plausible ne peut venir à ma rescousse. »
« Trois jolies sirènes aux seins nus émergent devant le canot,
Et me remorquent en s’assurant que le ponton est dégagé.
Un groupe de femmes saugrenu se saisit de moi, tout penaud,
Pour m’ausculter en murmurant qu’Amellïä sera soulagée. »
« Je m’suis réveillé ce matin en pleine forme et rassasié ;
Le médecin m’a informé mais j’ai eu du mal à comprendre…
J’avoue que j’y perds mon latin et que les lois de Lavoisier
Sont ici assez déformées pour qu’un miracle puisse me surprendre. »
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Les naufragés de l’impossible
« Fred se demandait ce qu’il ferait parmi nous. Le voilà navigateur de notre compagnie et peut-être bientôt professeur !
Avec Karl aux moteurs et Yavänor pour inspirer nos aventures, notre équipage reprend vie.
Il me reste à convaincre Fred que les lacs suisses méritent ses talents… et à remettre sa carte dans le bon sens ! »
Amellïä, muse céleste
Fred me rejoint près du Phénix ; il tourne autour, désorienté,
Puis il finit par demander : « Mais que vais-je donc faire ici ? »
Tandis qu’il voit sauter Onyx de la carlingue gris argenté
Et se met à le gourmander d’un miaulement très réussi.
« Je crois qu’il est prédicateur ! » dit Karl riant avec ferveur ;
« Nous sommes désormais tous les trois “The castaways from the skyline” :
Un pilote, un navigateur un mécano plus un rêveur ;
La compagnie des quatre rois des Ô ALLEGÔRÏÄ Airlines ! »
« Avec Amellïä aux commandes et Fred à ses itinéraires,
Je bichonnerai les moteurs de notre Lockheed Electra !
Nous croulerons sous les demandes de tous les jeunes téméraires
Qui veulent prendre de la hauteur que l’avenir leur permettra ! »
« Je ne suis pas indifférent au sort de la communauté
Et je crois même qu’il est possible de concilier nos intérêts. »,
Répond Fred en considérant l’avantage et la primauté
Des naufragés de l’impossible comme un moyen de s’insérer.
« J’aimerais ouvrir une école, enseigner l’aéronautique,
Faire piloter mes élèves et faire des baptêmes de l’air…
Mais assez parlé, on décolle ! » dit Amellïä flegmatique
« Je veux savoir ce qui relève de notre équipe titulaire ! »
« Tu me proposes de passer du Pacifique aux lacs de Suisse !
Il va falloir que je m’adapte à leur fichu système métrique ! »
Grogne Fred un peu dépassé et résigné autant qu’il puisse
En se sentant déjà inapte à l’examen géométrique.
« Pourquoi la carte est à l’envers et est écrite en allemand ?
Ils auraient donc gagné la guerre ! » Rugit Fred décontenancé.
« L’Europe est un autre univers et tu en seras totalement
Charmé même si tu n’y crois guère… » dit Amellïä, « sans t’offenser ! »
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
L’animalerie d’Amellïä
« Trois oisillons réclament leur déjeuner, Onyx défend son assiette et un chien sans nom soulève le rideau…
Je croyais avoir ramené quelques passagers ; je découvre que la maison peut encore s’agrandir ! »
Amellïä, muse céleste
Ce matin je pousse la porte et mes pensionnaires m’attendent ;
Onyx se frotte à mes chevilles mais son regard revient au nid.
Il flaire ce que je lui porte et les moustaches se détendent ;
Alors je me recroqueville mais il file sans cérémonie.
Papa Crêpu revient au nid, le bec chargé de provisions
Et Ramonette gonfle ses plumes en inspectant les trois coquilles.
Un petit choc, instant béni : voici venir les éclosions !
Dans ses yeux deux soleils s’allument tandis qu’ceux d’Onyx s’écarquillent…
Une coquille se fissure sous les assauts d’un bec pointu ;
Un oisillon tout nu paraît, tout étonné de voir le monde.
Ramonette alors le rassure en effleurant son dos obtus ;
Il ouvre un bec démesuré et crie famine à la seconde !
Les deux autres brisent leur coque et réclament aussi leurs couverts ;
Trois petits becs sont grands ouverts et les parents font la navette.
Papa Crêpu, lui, grandiloque : il vient de dénicher trois vers !
Et moi, je cherche les yeux verts d’Onyx salivant sa bavette.
Onyx se caresse le museau pour mieux dissimuler sa ruse ;
Il tend la patte vers le nid mais je l’arrête de la main.
« Tu ne croqueras pas d’oiseau malgré ton attitude abstruse ! »
Il me répond : « Qu’elle soit honnie, celle qui me barre le chemin ! »
Je lui présente des sardines et le voilà qui se régale ;
Son regard quitte les oisillons pour se plonger dans son assiette.
Puis il se lèche les babines, enfin guéri de sa fringale ;
J’oublie enfin ce trublion en train de faire sa toilette.
Mais quelqu’un gratte à notre porte ; un museau soulève le rideau ;
Un chien s’avance à petits pas et vient flairer l’assiette vide.
« Voyez le cadeau qu’on m’apporte ! » Mais Onyx lui fait le gros dos :
« Il vient me piquer mes repas ? Chassez cet animal avide ! »
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
L’envol de Millérion
« J’ai donné des ailes au banquet ; Séorïäne lui a offert ses saveurs.
Sept desserts pour sept naissances à venir…
mais huit enfants : Nérätïs attend des jumeaux !
À présent, ma sœur, les prochains poèmes sont à toi ! »
Amellïä, muse céleste
Dans mon ventre tu prends ta place, petit pilote sans boussole ;
Quel horizon cherches-tu donc, toi qui n’as jamais vu le jour ?
Je te réserve tout l’espace et ton petit cœur me console
Rêves-tu d’être un bon guidon pour viser un autre séjour ?
Je te confie mes doux murmures quand le soir frappe à notre porte ;
Je te raconte mes voyages et tu en gardes tous leurs secrets.
Ton doux silence me rassure et nourrit tout ce qui m’importe ;
Je prête ma voix aux nuages pour en sentir ta pluie nacrée.
Altänor pose ses deux mains sur mon ventre et cherche ton visage ;
Sa voix se charge de tendresse lorsqu’il évoque ta naissance.
Il te raconte nos lendemains comme on prépare un long voyage ;
Tu en recevras la caresse quand nous ferons ta connaissance.
Je te raconte les montagnes et les sommets couverts de neige ;
Ta voix m’accompagne en douceur dans le ronronnement des moteurs.
Je te sens battre la campagne quand les oiseaux font leurs manèges
Avec, en signe précurseur, tes premiers gestes locomoteurs.
Quand tu pleureras dans la nuit, saurai-je entendre tes malheurs ?
Je voudrais tant chasser tes peurs mais je crains de faire le contraire !
Si tu t’éveilles au moindre bruit, je t’offrirai toute ma chaleur ;
Je déchiffrerai chaque pleur pour te comprendre et te distraire !
Si ton histoire est commencée, ton plan de vol n’est pas écrit !
Tu fabriqueras tes propres ailes et ton moteur sera ton cœur !
Mes rêves à moi sont romancés les tiens attendent ton premier cri !
Hier, je n’étais rien qu’une oiselle, aujourd’hui j’ai l’œuf d’un vainqueur !
Je voudrais t’écrire un message comme une consigne secrète
Qui te servira de boussole quand tu n’auras aucun repère.
Il t’ouvrira tous les passages, fermera ceux que tu regrettes
Comme une petite voix qui console, celle de ta mère et de ton père !

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
-
Les Pléïädes
Le banquet aux sept desserts
« J’ai donné des ailes au banquet ; Séorïäne lui a offert ses saveurs.
Un dessert par enfant à venir !
Dont des jumeaux m’a confié Nérätïs…
À présent, ma sœur, les prochains poèmes sont à toi ! »
Amellïä, muse céleste
Les fruits d’Ôkapïä
Pour montrer ma reconnaissance envers mon précieux équipage,
Je vous invite à un banquet composé d’autant de desserts
Qu’il va y avoir de naissance et donc autant de décollages.
Et pour commencer un bouquet de fruits provenant de nos serres !
Les cristallines d’Eurÿdion
Sur un doux biscuit praliné brillera une coque cristalline ;
Une mousse aérienne et vibrante chantera sa douce harmonie.
Sous son fin miroir satiné dort un cœur tendre de praline ;
La saveur légère et chantante ouvrira la cérémonie.
Les étoiles d’Astérïäne et Valérïs
Une douce étoile de pâte dorée portera un jardin d’été ;
De belles myrtilles d’un bleu marine y traceront un doux rivage ;
Sous sa fine crème de miel nacrée se cachera un cœur fruité
Et sa saveur douce et saline nous promettra un long voyage.
Vol-au-vent, soufflé et météore de Millérion
Un soufflé à la mandarine prendra son envol dans le four ;
Une ardente comète de cannelle gardera son noyau brûlant ;
Sa vapeur douce et cristalline fera rêver tout alentour ;
Sa traîne paraissant éternelle luira d’un feu étincelant.
L’île de Némésis
Une petite île de neige flottante glissera sur un lac de crème ;
Un caramel blond, satiné lui fera un manteau de soie ;
Dans sa blancheur, douce et troublante, dort un secret comme un poème ;
Son cœur doucement praliné fondra pour nous donner la joie.
La Lune d’Haëjun présentée par Séorïäne
« De mes deux mains naîtront des lunes au cœur de sésame brûlant ;
Je les parfume à la cannelle et leur dessine un coin de ciel.
J’y déposerai ma fortune au matin tintinnabulant
Et ma joie sera éternelle s’ils vous laissent un relent de miel. »
La couronne de Thalässïä
Ensemble, dressons la couronne pour accueillir la souveraine ;
Une pluie de perles cristallines ruissellera sur le plateau ;
Puis déposons-la sur son trône dans son écrin de porcelaine ;
Et sept étoiles en nougatine viendront décorer ce gâteau.
Illustrations de Ledalïä & Geminïä.