
Par une porte dérobée nous voici près de la rivière ;
Un chat noir au pas familier nous mène aux jardins ombragés.
Sous une glycine courbée, un belvédère de Bavière,
Sous l’œil affable du jardinier, nous invite à nous engager.
De l’autre rive un bras se lève pour nous souhaiter la bienvenue ;
Une servante pleine d’humour nous tend les fruits cueillis du matin.
Le chat, qui veille sur nos rêves, nous examine sans retenue
Je goûte une pomme d’amour et nous en faisons un festin.
Le soir descend sur les tonnelles et la table attend sous la treille ;
On nous apporte un pain doré près d’une soupière fumante.
Puis à la lueur des chandelles tu verses deux coupes d’un vin vermeil ;
Je goûte au potage mordoré, je souris et le complimente.
Le vieux jardinier se rapproche et nous récite de mémoire
Une légende dans un murmure avec une voix consacrée.
À chaque mot mon cœur s’accroche comme aux pages d’un vieux grimoire ;
L’âme de Lïlïth entre les murs, garde toujours son vieux secret.
« Irénée-l’ancien, fier pirate, cachait des trésors de tendresse
Et dans son lit furent conçues deux filles aux âmes souveraines.
Malgré son âme scélérate il prodiguait tant de caresses
Que Lïlïth ne fut pas déçue de lui ouvrir son cœur de reine. »
Le jardinier nous abandonne aux derniers feux de son histoire ;
La servante vient débarrasser puis se retire, souriante.
Le chat noir près de nous ronronne et savoure son territoire
Et je pense aux filles enlacées, dans leur nacelle, bien vaillantes.
Je te ramène vers la chambre où nous attend la nuit secrète ;
Tu poses doucement ta veste et je viens quérir ton amour.
Le lit nous accueille dans l’ambre des bougies que l’on nous apprête
Et dehors, le jardin céleste absorbe en silence le jour.

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
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