« Trois oisillons réclament leur déjeuner, Onyx défend son assiette et un chien sans nom soulève le rideau…
Je croyais avoir ramené quelques passagers ; je découvre que la maison peut encore s’agrandir ! »
Amellïä, muse céleste

Ce matin je pousse la porte et mes pensionnaires m’attendent ;
Onyx se frotte à mes chevilles mais son regard revient au nid.
Il flaire ce que je lui porte et les moustaches se détendent ;
Alors je me recroqueville mais il file sans cérémonie.
Papa Crêpu revient au nid, le bec chargé de provisions
Et Ramonette gonfle ses plumes en inspectant les trois coquilles.
Un petit choc, instant béni : voici venir les éclosions !
Dans ses yeux deux soleils s’allument tandis qu’ceux d’Onyx s’écarquillent…
Une coquille se fissure sous les assauts d’un bec pointu ;
Un oisillon tout nu paraît, tout étonné de voir le monde.
Ramonette alors le rassure en effleurant son dos obtus ;
Il ouvre un bec démesuré et crie famine à la seconde !
Les deux autres brisent leur coque et réclament aussi leurs couverts ;
Trois petits becs sont grands ouverts et les parents font la navette.
Papa Crêpu, lui, grandiloque : il vient de dénicher trois vers !
Et moi, je cherche les yeux verts d’Onyx salivant sa bavette.
Onyx se caresse le museau pour mieux dissimuler sa ruse ;
Il tend la patte vers le nid mais je l’arrête de la main.
« Tu ne croqueras pas d’oiseau malgré ton attitude abstruse ! »
Il me répond : « Qu’elle soit honnie, celle qui me barre le chemin ! »
Je lui présente des sardines et le voilà qui se régale ;
Son regard quitte les oisillons pour se plonger dans son assiette.
Puis il se lèche les babines, enfin guéri de sa fringale ;
J’oublie enfin ce trublion en train de faire sa toilette.
Mais quelqu’un gratte à notre porte ; un museau soulève le rideau ;
Un chien s’avance à petits pas et vient flairer l’assiette vide.
« Voyez le cadeau qu’on m’apporte ! » Mais Onyx lui fait le gros dos :
« Il vient me piquer mes repas ? Chassez cet animal avide ! »

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
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