
J’ai fait ce rêve saugrenu où les muses étaient devenues
Les mères des grands lacs complices afin que mon œuvre s’accomplisse.
Elles m’avaient mis à l’épreuve de leur apporter comme preuve
Tout ce que j’ai pu discerner et en quoi j’étais concerné.
Laurelïne, la mère du Greifensee semblait beaucoup s’en amuser
Car, des muses, elle est la première à m’avoir transmis sa lumière.
Loreleï, mère du Pfäfikonsee, petit lac caractérisé,
M’a montré le côté sauvage d’une sirène sur le rivage.
Lïlïth, mère du lac de Zurich, était la plus amphigourique
Mais une fois que je l’eus connue, elle m’adora sans retenue.
Ledalïä, mère du lac d’Orta, ses illustrations m’apporta
Et, sur tous les murs de ma chambre, j’ai ses couleurs or, rouille et ambre.
Geminïä, mère du lac Léman, me parlait en suisse-allemand
Malgré son rôle d’ambassadrice, cette langue encore me hérisse.
ÄLLÏÄ, mère du lac Neuchâtel, m’a donné son cristal pastel
Brillant d’une clarté opaline pareille à son âme cristalline.
STELLÏÄ, mère du lac Lugano, m’a offert son plus bel anneau
Que je porte à l’auriculaire car il est de métal stellaire.
Thétïs, mère des Quatre-Cantons, se moquant du qu’en-dira-t-on,
Désira me couronner roi bien qu’elle en aimât déjà trois.
Nérätïs, mère du lac de Brienz, m’interrogea comme le Sphinx
Afin de tester si mon cœur pouvait prétendre être son vainqueur.
Pénélopïä, du lac de Zoug, m’emmena dans ses anciens souks
Où j’ai vu, contre toute attente, tous ses plus beaux trésors atlantes.
Séorïäne, du lac de Constance, était une mère de circonstance
Qui me fit goûter à tous les plats succulents dont elle me combla.
Amellïä, mère du lac des rêves, m’attendait là, nue, sur la grève
Pour embarquer dans son avion vers où ? Nous seuls, nous le savions.

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
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