« Je croyais mon vieux coucou condamné à regarder le ciel depuis la rive mais un miracle a eu lieu.
Quand nous avons quitté l’eau, j’ai crié et tous mes rêves ont repris leur souffle à la fois ! »
Amellïä, muse céleste

« Pour faire décoller votre zinc, il faut lui construire une piste
De plus de mille deux cents mètres avec du béton renforcé !
Mais j’ai une idée un peu dingue : mettre des flotteurs avant-gardistes
Si vous voulez me le permettre ! » dit Karl, la casquette renversée.
Amellïä n’en croit pas ses yeux : son oiseau devenir triton !
Mais l’idée plaît trop aux sirènes qui baliseront l’hydrosurface.
Les appuis de Karl sont précieux : l’autorisation est « béton » !
Reste à installer les carènes au lieu des roues déjà en place.
Les flotteurs ont été livrés et Karl s’est rué à sa tâche
Et en vrai mécamagicien, le Lockheed devient hydravion.
« Le voilà ainsi délivré ! » dit Karl, se lissant les moustaches
« Ça lui donne un air batracien mais c’est bien toujours votre avion ! »
Les trois aviateurs sont fin prêts : Amellïä, bien sûr, est pilote !
Yavänor est navigateur et Karl mécanicien hors pair.
La piste est balisée de près sur les eaux vives qui ballotent
On a révisé les moteurs avec la caution d’un expert.
Et c’est parti ! À fond, plein gaz ! Et les flotteurs s’arrachent à l’eau
Quatre sirènes bénévoles déploient bien haut leurs luminaires.
Le Lockheed, semblable à Pégase, ouvre ses ailes dans le halo
Du matin qui salue le vol d’un avion extraordinaire.
La conquérante se profile : Amelia Earhart est de retour !
Elle lance un cri qui retentit dans la carlingue de l’appareil.
Meersburg et son château défilent, puis Friedrichshafen à son tour
Ses compagnons ont ressenti un trouble à nul autre pareil !
Le port de Lindau offre son lion et son phare aux aviateurs ;
À Bregenz, on change de cap et on oblique vers la Suisse ;
Amellïä tel un trublion voudrait reprendre de la hauteur
Mais Karl impose un handicap avant que l’essence tarisse.

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
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