« Ce soir, à Lugano, “Felici di volare” fait revivre mon histoire et celle de Raymonde de Laroche, première femme brevetée pilote en 1910.
À tes côtés, Yavänor, je retrouve cette pionnière dont le courage a ouvert le ciel à mes rêves. »
Amellïä, muse céleste

Tu lis l’affiche et je souris devant mon nom dans la lumière ;
Je sens mon passé revenir à travers un rideau de soie.
Tu vois mes yeux soudain surpris : mon existence coutumière
T’est livrée dans ce souvenir dont la douceur rejoint ma joie.
Une autre femme ouvre la voie avec pour moteur son courage ;
Raymonde a défié les vents et savouré sa liberté.
Son obstination vit en moi quand mon avion brava l’orage
Et je l’écoute, bravant le temps, avec la même volonté.
Je revois l’océan immense et mon avion perdu dans l’ombre ;
Mes mains se crispent sur le cuir et je résiste au désespoir.
Mais tu réponds à mon silence quand reviennent ces heures sombres
Et tu me ramènes un sourire où je retrouve un peu d’espoir.
Sur scène, une femme me prête ses gestes, son souffle et sa voix ;
Je la regarde vivre une absente et je reconnais ses audaces.
Tu sens ma main qui tremble et guette un signe au bout de chaque doigt
Car l’inconnue est si présente que je revis parmi ses traces.
Je fus celle qu’on chercha en vain dans les archives de la terre ;
Ce soir, je suis une spectatrice à tes côtés, parmi ces gens.
Tu poses un baiser sur ma main et je retrouve mon mystère :
Je suis la nouvelle aviatrice à sa propre mort dérogeant.
Le rideau tombe et je respire tout près de toi, les yeux ouverts ;
Je laisse au passé sa poussière et nous quittons les vieux décors.
Je garde au cœur ce qui m’aspire au-delà des temps découverts ;
Ma vie retrouve sa lumière dans la chaleur de nos deux corps.
Nous retrouvons les quais tranquilles où tremblent les reflets du soir ;
Je marche à ton bras, tout heureuse, sans rien demander aux étoiles.
Je savoure alors notre idylle et t’avoue quand tu viens t’asseoir
« Je suis encore aventureuse… mais notre amour gonfle mes voiles. »

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
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