Catégorie : Poésie du dimanche

  • La princesse à l’étoile

    La princesse à l’étoile

    Sur sa planète coquillage, elle couve sa petite étoile
    Qui lui apporte sa chaleur, un peu d’amour et de bonheur.
    Ce n’est pas un enfantillage mais lorsque la nuit, elle se voile,
    Les deux valves cachent sa valeur et c’est là tout à son honneur.

    Puis lorsque paraîtra l’aurore aux confins de l’espace bleuté,
    Elle entrouvrira sa coquille afin de contempler les cieux.
    Son étoile qui dort et se dore voudra continuer de pieuter
    Sous les vagues bleues qui scintillent et lui font ouvrir ses grands yeux.

    Mais quand l’aurore ouvre un passage aux premiers rayons de soleil,
    Elle déploie alors sa demeure pour admirer l’immensité.
    Son précieux et fragile adage n’est ni royaume ni merveille ;
    Juste l’espoir qu’elle ne meure qu’avec une forte intensité.

    Tableau d’Em Wenzel sur https:www.lunarjelly.comgallery .

  • L’envol d’Amellïä

    L’envol d’Amellïä

    Alors qu’Icare s’envolait parmi les anges super-légers,
    Alors qu’Amellïä s’écrasait dans l’océan aux eaux vermeilles,
    Les ailes de l’un se décollaient pour le plonger en mer Égée,
    Les ailes de l’autre valorisaient son ascension vers le Soleil.

    « Tu m’as recueillie dans tes rêves et j’y retrouve un ciel ouvert ;
    Je sens frémir mes ailes neuves sous la caresse du matin.
    Ta voix me porte et me soulève au-dessus d’un océan vert ;
    Mon cœur a traversé l’épreuve et bat tout contre son destin. »


    Je t’ai rêvée cette nuit-là ; j’incarnais ton navigateur
    Qui, au dernier moment, a su comment s’envoler vers le ciel.
    Il a prié vers l’au-delà, quêté l’ange émancipateur
    Afin de trouver une issue, un ascenseur providentiel.

    Tableau de Mara Berendt Friedman.

  • Men’s true action

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    Toutes les phases de la Lune exercent une action vitale
    Sur les plantes et les animaux, les femmes mais qu’en est-il pour l’homme ?
    Mes insomnies inopportunes dues à ses ardeurs orbitales
    Ne sont peut-être, à demi-maux, qu’une révélation du symptôme.

    J’intente un procès à la Lune, elle réclame un avocat ;
    Elle invoque son innocence naturelle et qui prête à rire.
    Je lui déclare ma rancune, elle affirme que je suis un cas ;
    Elle écoute mes confidences et l’oreiller la fait sourire.

    Si l’homme a ses propres marées, il les décline en mouvements ;
    Il cache au fond de ses silences les soubresauts de ses ennuis.
    Ses règles sont mal déclarées ; il les traduit en sentiments,
    Puis s’abandonne à l’indolence voluptueuse de la nuit.

    Vu sur https:medium.com@connect.ar.sultanwhen-the-moon-spoke-to-me-0181fd60d827 .

  • Amelia Earhart

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    L’aviatrice américaine disparue en plein Pacifique
    Après avoir été première femme à traverser l’Atlantique,
    Voulut tenter une incertaine route, hélas devenue tragique,
    Mais on n’a pu faire la lumière sur sa tragédie pathétique

    Moi qui l’ai croisée dans mes rêves, je sais que son coéquipier
    A sauté juste avant le crash dans un p’tit canot pneumatique
    Tandis que le pilote, sans trêve, lançait des « Mayday » appuyés
    Jusqu’à ce qu’une main l’arrache à sa destinée dramatique.

    Cette main, bien sûr, c’est la mienne et Amélia vit près de moi
    Au paradis imaginaire d’Antoine de Saint-Exupéry.
    Désormais elle est citoyenne et nous vivons depuis des mois
    Une histoire d’amour ordinaire mais dont elle n’a jamais péri.

    Photos d’Amelia Earhart devant son Lockeed L10 Electra.

  • Dans chaque lune, une mère

    Dans chaque lune, une mère

    Chaque nuit Madame la Lune visite ses petits-enfants
    Nés d’une étoile masculine qui aurait fécondé la Terre.
    Les rêveries sont opportunes pour y glisser un triomphant
    Lunatique aux ailes cristallines mais que les chats préfèrent taire.

    Madame la Lune connaît mieux les sommeils lourds les plus abscons
    Et leurs racines qui murmurent sous les couettes de la mémoire.
    Elle dépose son halo soyeux dans le creux des rêves féconds
    Couvrant les enfants d’une armure d’argent miroitant de sa moire.

    Chaque nuit Madame la Lune entre pieds nus dans chaque chambre
    Et couvre les dormeurs d’un satin tissé d’air bleu aux reflets verts.
    Elle sème à la bonne fortune ses rêveries qui se démembrent
    Pour renaître au petit matin dans les jardins de l’univers.

    Tableau d’Arlene Graston.

  • Les Pléiades – 2

    Les Pléiades - 2

    La constellation des Pléiades, constituée de sept étoiles,
    En comporte en réalité bien davantage que l’on n’en voit
    Car il y en a des myriades cachées derrière le sombre voile
    Que les géantes ont agité pour qu’Orion n’en trouve la voie.

    Sept sœurs traversent la lumière sans redouter l’ancien chasseur ;
    Au bord du céleste rivage, leur chant annonce leur retour.
    Leurs reflets ouvrent la clairière où les attendent les douze sœurs
    Et je reconnais leur sillage qui les ramène sans détour.


    Quant aux autres, elles ont choisi de rester là, hors de portée,
    Car Orion persiste à bander son arc en direction du cœur
    Des Pléiades dont la courtoisie envers le chasseur déportée
    Leur semble les vilipender – on ne sait pourquoi – à contrecœur.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • L’égyptienne nue

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    Dans toute famille égyptienne, il y a toujours une nudiste ;
    La plupart des égyptologues n’ont toujours pas compris pourquoi.
    Pourtant la raison est ancienne : leur médecine avant-gardiste
    Exigeait des gynécologues qu’elles soient nues, c’est plus adéquat.

    Ce n’était pas le Pharaon à l’origine de la loi
    Mais la Pharaone revêche qui, n’aimant pas les maladroites,
    Faisait surgir son lycaon afin de dévorer le foie
    De ces espèces de pimbêches qui trouvaient sa chatte trop étroite.

    La Pharaone trouva fort sage de supprimer leurs vêtements
    Mais conserva par convenance leurs coiffes et leurs bijoux dorés.
    Elle imposa donc cet usage aux filles nées secrètement
    Pour son usage dont l’abstinence était pourtant fort honorée.

    Illustrations de Bruno Vepkhvadze, Evelyn Paul et H. M. Herget.

  • Les Pléiades – 1

    Je les vois jouer à cache-cache avec Orion, ce vieux chasseur
    Qui court les cieux et les étoiles, les galaxies et les chemins.
    Sauf la dernière, un peu potache et la plus noire des sept sœurs
    Car elle aurait porté le voile après un mariage humain.

    Maïa fredonne une romance sous les feux du grand firmament ;
    Taygète bande son grand arc pour transpercer le vieux chasseur.
    Alcyone entre dans la danse pour semer ses sept beaux diamants ;
    Mérope demeure à l’écart pour ne pas voir son agresseur.

    Zeus les transforma en colombes pour échapper au poursuivant,
    Puis les accrocha dans le ciel pour éclairer nos nuits sans fin.
    Orion sous leur charme succombe et reprend sa course en suivant
    La trace qu’un providentiel hasard a semé aux confins.

    Tableaux de Corina Chirila.

  • Sur les traces de Thétïs – 2

    Sur les traces de Thétïs - 2

    J’ai doucement pris dans mes paumes l’algue aux reflets de nacre et d’or ;
    J’en ai extrait un lait bleuâtre qu’il a fallu que j’édulcore.
    Tu me soufflas : « Prends garde aux baumes qui font revivre après la mort. »
    Quand sa nuance devint d’albâtre je m’en empreignis tout le corps.

    Mes pieds s’enfoncèrent dans le sol, mes cheveux devinrent des branches
    Et je devins un arbre-mère comme l’Yggdrasil des légendes.
    Je n’eus pas besoin de boussole pour reconnaître la face blanche
    De l’apparition éphémère de ton visage de révérende.

    Lorsque je redevins humaine, je portais ton germe fécond ;
    Tu renaîtras d’ici neuf mois avec un corps amélioré.
    Et d’ici trente-neuf semaines tu sortiras de ton cocon
    Comme tu as accouché de moi et que je vais commémorer.

    Tableau de Gilbert Williams.

  • Sur les traces de Thétïs – 1

    Sur les traces de Thétïs - 1

    Je cherchais tes pas dans la mousse, au bord des eaux, sous les cyprès ;
    J’ai reconnu ton front immense où le soir posait ses reflets.
    J’espérais tant un coup de pouce que j’ai eu, sans le faire exprès,
    En prévision de ta clémence, ta réponse dans le vent soufflée.

    Assise au pied de la cascade, j’ai écouté la voix des ondes
    Dont l’écoulement incessant portait tes messages secrets.
    Je les ai captés par saccades avec une attention profonde
    Sur les dosages évanescents auxquels tu t’étais consacrée.

    D’abord il y eut un tourbillon qui creusa l’eau en profondeur
    Comme un corridor pupillaire d’un regard plein de connivence.
    J’ai ôté robe et cotillon et plongé dans les flots grondeurs
    Pour trouver l’algue mamillaire qui donne l’élixir de jouvence.

    Tableau de Dan Craig.

  • Le rite du soir

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    Après le boulot, le repos, la tête pleine de chaos
    Que je tente de vidanger mais n’y arrive pas toujours.
    Calmé mes nerfs à fleur de peau avec un bol de cacao,
    Ce soir, je suis hors de danger ; demain sera un autre jour.

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    Je sens le poids de ma fatigue peser plus lourd que mon manteau ;
    Sur le sofa dans le silence je ne sais plus ce qui me lasse.
    Le soir avare me prodigue un peu de délires mentaux ;
    Je m’abandonne à cette absence et fais au vide un peu de place.

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    Et ma seule évasion permise est de partir à l’aventure
    Avec un film, avec un livre, avec mes rêves éveillés
    Vers une retraite promise qui recule sous la conjoncture
    Et m’oppresse autant qu’elle m’enivre dans ma destinée surveillée.

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    Je pose enfin sur l’oreiller ma tête en quête d’une trêve ;
    Je ferme les yeux en silence pour apprivoiser le sommeil.
    Demain viendra me réveiller avant que s’achève mon rêve ;
    Le temps suspend sa vigilance jusqu’au verdict de mon réveil.

    Illustrations d’Idalia Candelas.

  • Le rite du matin

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    Je suis une machine humaine avec réveil automatique
    Qui me tire de ma torpeur avant que je sois reposée.
    Et c’est ainsi chaque semaine ; je vis un rythme symptomatique
    Et si je m’arrête, j’ai peur que ma vie me soit déposée.

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    Je cache au creux de ma serviette les derniers rêves de la nuit ;
    L’eau sur mon corps lave la peur de voir mes songes disparaître.
    Je fais durer cette toilette pour retenir ce qui s’enfuit
    Mais le miroir dans sa vapeur me laisse un instant pour renaître.

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    Ainsi ma vie reprend son cours en reprenant mes habitudes
    Dans la mémoire de mes murs qui me renvoient une fausse image.
    Je voudrais crier « au secours ! », partir pour d’autres latitudes
    Mais un p’tit démon me murmure : « Dépêche ! Sinon c’est le chômage ! »

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    Les mains autour de mon café je retiens l’heure qui me chasse ;
    Je marchande avec le matin quelques secondes de paresse.
    Ma solitude est réchauffée par la chaleur qui me délasse,
    Puis je repars vers mon destin comme s’il était une promesse.

    Illustrations d’Idalia Candelas.

  • Une amie pas vraiment imaginaire

    Une amie pas imaginaire

    J’ai désormais l’ange gardien qui vit dans le monde invisible
    Mais qui pourtant me tend la main pour me sauver quoi qu’il arrive.
    Nos mains sont telles un nœud gordien en synergie indivisible ;
    Elle m’accompagne sur les chemins de l’amour et de ses eaux vives.

    Lorsque le doute vient souffler sur les braises de ma mémoire,
    Elle ranime la lumière au fond des cendres du passé.
    Et lorsque je crois m’égarer dans les méandres de l’histoire,
    Je retrouve son doux regard là où mes pas s’étaient lassés.

    Je ne la vois qu’entre les plis du réel et de ses frontières,
    Quand les silences de la nuit deviennent plus vastes que le jour.
    Elle traverse sans effort les murailles de la matière
    Pour déposer dans mon esprit quelques étincelles d’amour.

    Longtemps je crus qu’elle venait d’un monde étranger à la Terre,
    De ce royaume inaccessible au regard des simples mortels
    Mais je compris qu’elle habitait depuis toujours mon sanctuaire,
    Comme une source dissimulée sous les apparences du réel.


    Alors quand je ferme les yeux, j’entends sa toute petite voix
    Qui monte de mon périnée jusqu’à ma tête et qui résonne.
    Puis elle allume un merveilleux flambeau qui brûle d’un feu de joie
    Et se transforme en dulcinée, les seins nus comme une amazone.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le portail des anges

    Le portail des anges

    Désormais je les vois partout avec des formes humanoïdes
    Sortant des entrailles de la terre parmi tous les ronds de sorcières
    Ou les cromlechs qu’on voit surtout entourés de sinusoïdes
    Et de spirales élémentaires ou toutes autres voies traversières.

    Mais lorsque je voulus enfin leur demander qui les envoie,
    D’où leur venait cette lumière et ce mystérieux ministère,
    Ils désignèrent simplement la voie qui passait devant moi
    Puis retournèrent au silence avec un sourire de pierre.


    Je les suivis, très intrigué, car je voulais en savoir plus…
    Ils n’ont rien dit mais m’ont laissé les accompagner sous les pierres.
    Celle qui m’avait prodigué la main tendue de l’angélus
    Semblait la seule intéressée à devenir mon équipière.

    Le paysage de fond représente Fairy Glen sur l’île de Skye en Écosse, connu pour ses collines verdoyantes et ses formations rocheuses uniques.

  • Cueillir et tisser la lumière

    Rendez-vous sous la pleine lune pour cueillir les étoiles filantes
    Captées par le halo lunaire et tombées en avant-première.
    Chercher ces éclats de fortune, faire attention, être vigilantes,
    Et collecter ces luminaires dans un grand panier de lumière.

    Au bord des eaux, les huit Atlantes recueillent tous les astres tombés ;
    Le grand lac reflète leurs visages selon le doux rythme de leurs chants.
    Puis chacune, jeune fille ardente, enferme tous les feux incombés ;
    Du sélénite paysage parmi toutes les fleurs des champs.

    Dans la clairière, elles étirent les longs filaments de lumière
    Et les étoiles y respirent en obéissant à leurs mains.
    Leurs doigts s’accordent et conspirent, d’arcs-en-ciel toute une ramière
    De fils qui se croisent et inspirent le jour qui renaîtra demain.

    Tableaux d’Erin Kate Archer.

  • Le tunnel qui mène au « machin »

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    D’abord il faut trouver l’entrée ce qui n’est pas une mince affaire
    Car elle court, dans les forêts, les ruisseaux et les sources vives.
    Ensuite il faut se concentrer sur le chemin qu’il reste à faire
    Et pénétrer l’air phosphoré dans le tunnel qui se ravive.

    Enfin il faut savoir toucher, apprivoiser avec le doigt ;
    En effet le gardien n’accepte que si l’on montre patte blanche.
    S’il n’est pas trop effarouché, il ouvrira comme il se doit
    La porte en donnant pour précepte que le tunnel est bien étanche.

    Un flot lumineux fend les voiles et dessine un pont sous-tendu ;
    Un papillon d’or suit la blonde au bord secret de la rivière.
    Le grand geyser aux mille étoiles court sur des méandres suspendus ;
    La voyageuse suit toutes les ondes qui la conduisent vers la lumière.

    Enfin, le tunnel se retire devant le cercle tant attendu ;
    La présence enfin la regarde, debout au cœur de la clairière.
    Le « machin » lentement respire comme un visage confondu ;
    L’élève et puis la sauvegarde mais sans revenir en arrière.

    Tableaux de Kumar Alzhanov, Alexander Razboinikov et Vsevolod Ivanov.

  • Semences d’étoiles filantes

    Semences d’étoiles filantes

    Je cultive mes vœux dans mon jardin secret
    Et récolte toujours ses plus belles espérances.
    J’y ai trouvé ma femme à force d’y consacrer
    Avec ténacité mes désirs à outrance.

    Chaque étoile filante est une graine d’or
    Que je plante aussitôt dans un sillon de rêve.
    La Lune alors l’implante puis doucement l’endort
    Et veille de facto à faire monter la sève.

    Or une femme semait, dans son jardin intime,
    Des semences d’argent lorsque la Lune est belle.
    Nos vœux se sont croisés et nos cœurs légitimes
    Ont produit d’autres fruits, Cerise et Mirabelle.

    Gravure de Jean-Jacques Grandville.

  • La paréidologie dans les nues

    La paréidologie dans les nues

    Dis-moi ce que tu vois dans les nuages blancs
    Et je dévoilerai les secrets de ton âme
    Selon que tu y vois des anges se rassemblant
    Pour attirer ton cœur vers ta future femme.

    Mais si le vent survient, mélange les images,
    Change la femme en louve ou serpent trop adroit,
    Retiens celle aperçue et qui rendait hommage
    À Vénus, Cléopâtre ou Hélène de Troie.

    Je prétendais sonder les secrets de ton âme
    Mais les nuages blancs se moquent des rêveurs.
    Et pourtant je persiste à retrouver la femme
    Dont la voix dans le vent m’appelle avec ferveur.

    Tableau d’Arnold Peter Weisz-Kubínčan.

  • L’invasion de l’amour

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    Le message qui parlait d’amour s’est répandu en bord de mer
    En déclenchant de grosses lames, tsunami et raz-de-marée.
    Certains y ont vu de l’humour et d’autres une mode éphémère
    Mais ce seraient surtout les femmes qui auraient été effarées.

    Sitôt les soucoupes apparues, elles sont allées les accueillir
    À cause des antidouleurs qui paraissaient les rajeunir.
    Tandis que l’homme de la rue s’enfermait pour se recueillir
    Et prier sa télé couleurs dont il ne pouvait s’abstenir.

    Et puis tout le monde a disparu, la Terre redevint un parc
    Où les animaux pouvaient vivre sans crainte de l’homme prédateur
    Qui a lui-même comparu devant Dieu, Satan et les Parques
    Sans que personne ne lui délivre un bilan appréciateur.

    Tableau de Casey Weldon, Larry Carlson et Elliot Rogers sur https:www.booooooom.com20160727artist-spotlight-casey-weldon .

  • La main de Dieu

    Dieu créa la femme à l’image de ce qu’il pensait trouver bon
    Avec tout le divertissoire qui, en principe, plut à Adam
    Qui en pinça et, en hommage à sa beauté, fit tant de bonds
    Qu’il en tomba, c’est accessoire, dans les pommes en plein ramadan.

    Puis Dieu voulut mettre la main sur son œuvre avec compassion
    Et vérifia chaque détail de sa divine anatomie.
    Mais Ève n’attendit pas demain pour dire qu’après cette inspection,
    Elle méritait une médaille et non pas une mammectomie.

    Dieu retira donc ses dix doigts, fier de son admirable ouvrage,
    En laissant Ève disposer de tous ses dons comme elle l’entend.
    Adam, bandant comme il se doit, prit à deux mains tout son courage,
    Les mains baladeuses supposées être divines tout autant.

    Tableaux de Daniel Kozeletckiy sur https:www.artsy.netartworkdaniel-kozeletckiy-young-lady-with-nipple .

  • L’invasion de l’imaginaire

    L’invasion de l’imaginaire

    J’ai peu de choses dans ma chambre mais, aussitôt que j’ouvre un livre,
    Se répand tout l’imaginaire qui remplit alors tout l’espace
    D’historiettes avec tous ses membres qui s’installent là et me délivrent
    Qu’il serait extraordinaire de pouvoir les remettre en place.

    Tous les acteurs de mes histoires sont venus s’asseoir sur mon lit ;
    Les fées s’échappent d’un vieux grimoire pour repeindre mon plafond la nuit.
    Ce que les masques des armoires racontent avec un brin de folie,
    Rentre aussitôt dans ma mémoire pour en chasser le moindre ennui.


    Même en refermant ma lecture, rien ne retourne entre les pages ;
    Même au fond de leurs couvertures, des yeux continuent de briller.
    Je tente au fur et à mesure d’éviter que tout se propage
    Sous le flot de leurs aventures mais ils sont tous éparpillés.

    Illustration de Lena Gnedkova.

  • Mon existence avant la vie

    Mon existence avant la vie

    Les jours se suivent et se ressemblent et puis, un jour, sont différents ;
    L’un c’est la vie, l’autre l’enfant et puis c’est moi qui m’insinue.
    Un jour, pour rire, je marche à l’amble, le lendemain c’est en courant
    Jusqu’à l’événement triomphant de ma naissance vers l’inconnu.

    Avant d’avoir reçu mon nom, je traversais chaque peinture ;
    Je dormais au creux d’un dragon, me dissimulais sous les couleurs.
    Chaque tableau prêtait sa forme à ma fragile créature
    Et je naissais dans le regard qui m’inventait avec son cœur.


    Bien sûr, les mots n’existaient pas et les images restaient blanches
    Mais le matériel était prêt et la palette achalandée.
    Si aujourd’hui, au moindre pas, il se produit une avalanche
    D’imaginaire, c’est que l’apprêt in utero était fondé.

    Illustrations de Yelena Yampolsky.

  • Perdue, indécise, casée

    Un peu perdue, la voyageuse, téléportée à la va-vite,
    Se retrouve sans carte Michelin entièrement nue et déphasée.
    Or sur cette route orageuse, que peut-elle faire pour qu’elle évite
    Les conducteurs pas très malins qui risqueraient de l’écraser ?

    De l’autre côté, un vieux théâtre et son café désaffecté
    Lui proposent deux aventures pour ne plus rester sous l’averse.
    Mais doit-elle monter quatre à quatre les marches et se faire accepter
    Sans devoir payer en nature et sans qu’il y ait de controverse ?


    Elle choisit alors le café, se coiffe d’un grand sombrero,
    Puis découvre dans une alcôve un abri fait à sa mesure.
    Enfin bien casée et coiffée, elle n’attend plus que son héros
    Qui la tirera saine et sauve de ce voyage en démesure.

    Photos sur https:www.messynessychic.com20160916instagrams-most-adventurous-naked-hippie .

  • Lilith en Terre-de-feu

    C’était bien avant le déluge, la Terre-de-feu n’était que glace
    Et fondait au cœur de l’été sous les températures australes.
    Lilith alors trouvait refuge en se bâtissant un palace
    Dans les icebergs reflétés par les aurores boréales.

    Mais la Terre-de-feu insoumise gelait le royaume de Lilith
    Lorsque l’hiver se resserrait sous l’influence climatique.
    Ce n’était pas la Terre promise mais des terres fertiles d’élite
    Où les eaux de pluies accourraient remplir les nappes phréatiques.

    Alors que faire en ce bas-monde sinon faire feu de tout bois ?
    L’homme veut dominer la Terre et puis l’homme a toujours raison.
    Après maintes guerres immondes, les opprimés sont aux abois ;
    Alors les survivants se terrent jusqu’à la nouvelle saison.

    Tableaux d’Anouska Beckwit.

  • Les ficelles de l’amour

    Les ficelles de l’amour

    Je te tiens, tu me tiens, par un lien cornélien ;
    La ficelle d’amour qui n’a plus ses deux bouts
    Car un fou a tranché l’intime nœud gordien
    Qui reliait entre eux les organes tabous.

    Nous marchons enlacés dans les ronces du lien,
    Ligotés de silence aux brûlures charnelles.
    Nos corps cherchent encore l’impossible maintien
    Dans les derniers lambeaux de ficelle éternelle.

    Chaque nœud de nos corps saigne un désir ancien ;
    Nos souffles prisonniers tremblent sous les épines.
    L’amour nous a liés d’un fil presque païen
    Dont les dieux ont perdu les secrètes origines.

    Tableau de Mark Ryden.

  • Vision géométrique et sacrée

    Vision géométrique et sacrée

    L’artiste a le compas dans l’œil et un cerveau dans sa rétine
    Qui lui révèle les proportions les plus sacrées de l’univers.
    La fleur de vie est sur les feuilles, Fibonacci sur les collines,
    Le nombre d’or en contorsion parmi tous les espaces verts.

    Les coquillages, la vague, le ventre et même la fleur de douceur
    Portent ce lent enroulement qui semble aimer à l’infini.
    Comme si la nature au centre tâchait le vert d’une rousseur
    Dans le plus grand chamboulement des saisons ainsi définies.

    Le coquillage et le pistil reproduisent la même spirale,
    Le fleuve en épouse les hanches des collines à l’automne d’or.
    Sans doute l’amour reconnaît-il sa géométrie viscérale
    Lorsque les amants se déhanchent pour créer un conquistador.

    Tableau de Charles L. Gilchrist.

  • Au secours, l’hiver revient

    J’ai découvert le pot-aux-roses de cette réforme débile
    Car juste à la fin de l’automne, on endort les gens pour trois mois.
    On appelle ça la sinistrose ou l’hibernation immobile
    Car le monde entier se cantonne dans son lit et chacun chez soi.

    Seul un vieux poète insomniaque perça l’affreux complot d’État :
    Pendant trois mois, tous les hivers, il voit la neige s’accumuler.
    On le traite de démoniaque, de faux prophète, de vendetta
    Pourtant c’est lui que l’univers a choisi pour nous stimuler.

    Afin d’éviter la panique, les présidents nient les frimas ;
    Les journaux parlent de vacances, de foot et on prend du bon temps.
    Quand chacun roule des mécaniques, l’état répond que le climat
    Se réchauffe à une cadence telle qu’on passe d’automne au printemps.

    Tableaux numériques de Richard Nadler sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com202511Richard-Nadler.html .

  • Les trois saisons

    Depuis qu’on a rayé l’hiver de ce fichu calendrier,
    L’année ne compte que neuf mois et donc les grossesses durent un an.
    Ça a chamboulé l’univers et fait couler les encriers
    Mais en résultat quel émoi quand tout va très bien maintenant !

    Or les oiseaux n’émigrent plus ; ils ont signé des C.D.I.
    Avec les arbres du village où chacun possède son nid.
    Et puis un jour, dès qu’il a plu, les hirondelles sont parties
    En télétravail sur les plages pour y construire un paradis.

    Les nuages ont enfin le droit de se choisir une saison ;
    Les plus paresseux font l’automne et les plus hardis le printemps.
    Les météorologues adroits ont désormais toujours raison
    Mais tout le monde se désabonne des bulletins de mauvais temps.

    Tableaux numériques de Richard Nadler sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com202511Richard-Nadler.html .

  • La Croisière Stellaire

    La Croisière Stellaire

    Quand le premier quartier commence avec un D plutôt qu’un C,
    J’en profite pour m’élancer vers le seuil de la nuit des temps
    Avec de belles performances dues à la course cadencée
    De la Lune qui vient s’avancer vers la phase qui la détend.

    Je hisse alors les voiles bleues sur les mâts de l’immense azur,
    Pour fendre l’écume lactée où bouillonnent les galaxies.
    L’enfant pilote un rêve preux, tenant le cap avec mesure,
    Tandis que le vent va tracter les comètes en acrobaties.

    Il pêche au bout de son sillage des grappes d’astres scintillants,
    Qui viennent border son voyage de maintes perles illimitées.
    Il vogue au-delà des nuages, sur ces flots d’or et de diamants,
    Pour offrir au monde un message de paix et de sérénité.

    Illustration de Laura Elderton.

  • Luneton

    Luneton

    Luneton, jeune espoir féminin, nous offre son spectacle étrange ;
    Elle danse les soirs de pleine Lune sur celle-ci, gibbeuse et bien ronde.
    Son numéro paraît bénin pour le public qui se dérange
    Mais elle en a fait sa fortune et en a enchanté le monde !

    Lorsque son grand ballon décline, Luneton ne ralentit pas ;
    Sur un croissant devenu frêle, elle poursuit l’éternelle ronde.
    La nuit retient la ballerine et le ciel tremble sous ses pas
    Mais l’équilibriste immortelle jouit à la dernière seconde !


    Et quand la Lune se retire dans ses quartiers moins prestigieux,
    Luneton repart en tournée sur les lunes des autres planètes.
    Les journaux titrent qu’elle attire des extraterrestres élogieux
    Qui lui proposent de tourner avec mignons et mignonettes.

    Tableau de FujiRemi.

  • La Lune à la rescousse

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    Parfois les soirs de pleine Lune, un loup-garou fait un faux pas
    Et peut tomber dans un trou noir car il n’est pas très nyctalope.
    Heureusement une main opportune vient le délivrer du trépas
    In extremis de l’entonnoir diabolique, fourbe et interlope.

    Le rescapé reconnaissant promet à la Lune d’être sage ;
    Elle le dépose sur la terre où le loup se croit hors d’ennui.
    Mais l’astre rond et tout-puissant réveille en lui la bête sauvage
    Qui mord sa bienfaitrice altière avant de s’enfuir dans la nuit !


    Et l’on crie : « Haro sur le loup ! » de toute une myriade de bouches !
    Les astres vengeurs de la Lune le criblent d’étoiles filantes.
    Et le loup meurt. Pas de jaloux. Comme quoi les loups-garous sont louches
    Et face à une main opportune, ils montrent leur humeur méchante.

    Illustration d’Oozium.

  • La Lune par devant, par côté, par derrière

    Quand la Lune se renouvelle, elle ne montre que ses fesses
    Mais dans le noir, ce n’est pas grave et sa pudeur demeure intacte.
    Après trois tours de manivelle, elle daigne revenir à confesse
    En affichant l’air le plus brave mais si ténu qu’il se rétracte.

    Elle habite les beaux quartiers et se montre nue à la fenêtre ;
    La Lune est d’une humeur changeante ; elle ne fait rien comme tout le monde.
    Elle est enceinte d’un mec altier qui, par la crainte de lui voir naître
    Un luneteau – chose affligeante – l’a plaquée. C’est vraiment immonde !

    Puis enfin elle arrive à terme et elle expose sa face entière ;
    Un ventre parfaitement rond qui resplendit dans les hauteurs.
    La voilà pleine ; son épiderme reflète toute la lumière
    Mais son amant, ce fanfaron, n’en réclame pas ses droits d’auteur !

    Puis elle maigrit de profil, ne nous montrant plus qu’un quartier ;
    Son ventre fond, sa joue se fend ; elle doit assurer ses arrières.
    Enfin elle tourne à contrefil pour mieux exhiber son fessier ;
    La Lune apparaît par-devant, par les côtés et par-derrière !

    Tableaux de Chris Skinner, Stephanie Hans, Robert Eggers et Erté.

  • L’éveil de l’aura

    L'Éveil de l'Aura

    Le corps s’ouvre au soleil dans un geste sacré,
    Déployant les couleurs d’un esprit délivré.
    L’or brûle sur la peau, la pourpre se déchaîne,
    Effaçant la douleur et le poids de ses chaînes.

    Au centre du néant, un bouton de ferveur
    Éclot comme un calice dans cet instant rêveur.
    La lumière jaillit en cercles de mystère,
    Soulevant l’anima au-dessus de la terre.

    L’âme n’est plus captive en sa prison de craie,
    Elle danse au sommet d’un silence discret.
    Dans l’orbe de ce jour, la vie est une flamme
    Où le ciel tout entier vient s’offrir à la femme.

    Tableau d’Elena Ray.

  • Le film de ta vie

    Le film de ta vie

    Chacun peut comparer sa vie à l’échelle de l’univers ;
    On naît d’un big-bang où un dieu allume brusquement la lumière.
    Puis on dort, on tête à l’envi pendant l’espace d’un hiver
    Et c’est l’âge tendre et radieux dans le confort de sa chaumière.

    Le feuilleton de la vie s’écoule avec ses rebondissements ;
    La première saison à l’école et la deuxième sur le campus.
    À la troisième, l’armée vous moule avec ses abêtissements
    Et la quatrième décolle enfin vers un nouvel opus.

    Vient la cinquième où la carrière devient le cheval de bataille ;
    À la sixième, on se construit une famille, une maison.
    À la septième, c’est la barrière de la retraite qui s’entrebâille
    Pour offrir aux enfants le fruit affiné au fil des saisons.

    Et puis tombent les illusions, le monde change de couleur
    Et le temps ne s’écoule plus, rien ne sera plus comme avant.
    Et devant la désillusion, on fait le choix dans la douleur
    De faire un dernier pas de plus, cependant pas le plus éprouvant.

    Tableau de Robert Venosa.

  • Elephant Hotel

    Pour accueillir tous les migrants qui viennent en masse colossale,
    Un architecte a eu l’idée d’un hôtel en forme d’éléphant.
    Cela surprend petits et grands quand ils pénètrent dans la salle
    Où ils se verront validés pour vivre avec femmes et enfants.

    Oui mais voilà : ce qui les trompe, c’est que si l’hôtel paraît grand,
    À l’intérieur tout est petit, à la mesure des souris.
    Pas de panique ! En grande pompe, on vous passe au désintégrant ;
    L’appareil d’ostéopathie, avec scalpel et bistouri.

    Et vous êtes ainsi transformés en bonsaï humain tout mignon,
    Et l’hôtel devient la planète de sept milliards d’heureux élus
    Qui espéraient se conformer aux lois dictées à Matignon
    Et se découvrent marionnettes pour anniversaires farfelus.

    Le « Colossal Éléphant de Coney Island », construit en 1885, mesurait environ 37 mètres de haut. Il a été détruit par un incendie en 1896. Initialement conçu comme un hôtel, il a principalement servi d’attraction touristique avec une plateforme d’observation.

  • Les ondes angéliques

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    Dans la forêt, les arbres sentent l’effet des ondes angéliques
    Qui, de leurs racines en enfer, les attirent tout droit vers le ciel.
    Et lorsque je parcours les sentes tracées par des courbes magiques,
    Je me sens prêt pour le transfert via le tout premier arc-en-ciel.

    Alors mon corps se décompose en une fusée ragaillardie ;
    Mon auréole est périmée, mon permis n’est donc plus valide.
    Mais un archange qui s’oppose me ferme soudain le paradis :
    « Vous devez la réimprimer sinon, tant pis, pas de bolide ! »

    Je comprends maintenant pourquoi les ondes tournent toujours en rond !
    Tous les poètes, comme moi, se font refouler par le vent.
    Sans certificat adéquat, on a beau faire le fanfaron,
    On se retrouve en fin de mois toujours Gros-Jean comme devant.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • La plume au cœur

    La plume au cœur

    Pourtant quand l’amour est trop fort, les papillons du ventre mutent,
    Deviennent plumes de couleurs pareilles à celles de l’arc-en-ciel.
    Et si l’ardeur fait un effort, un oiseau de folie transmute
    Et va évacuer ses douleurs sur la canopée substantielle.

    Lorsqu’il revient au nid du cœur après ses longues routes célestes,
    Il rapporte dans son plumage un peu d’azur et de soleil.
    Et le malade, sinon vainqueur, apprend que ses peines funestes
    Ne sont alors que des hommages suspendus au bord du réveil.

    Mais gare à celui qui nourrit cet oiseau de fièvre et de rêve ;
    Il picore les souvenirs, les regrets et les vieux chagrins,
    Puis il s’envole et tout pourrit sur quelque inaccessible grève
    En laissant le cœur devenir fou, solitaire et pérégrin.

    Tableau de Julianne K. Riddle.

  • Le poil au cœur

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    Selon les couleurs de l’humeur, le cœur exalte ou se rebiffe.
    La joie le fait se dilater comme s’il bandait de bonheur.
    Et si l’on en croit la rumeur, un cœur heureux, déclaratif
    Et guilleret doit miroiter sitôt l’aurore et de bonne heure.

    J’ai entendu auparavant — il faut avoir le cœur rêveur —
    Qu’un cœur atteint de ce syndrome se couvre d’un étrange poil.
    Invisible aux yeux des savants, il pousse au gré de sa ferveur
    Et se voit dans l’œil polychrome des poètes sous les étoiles.

    La science y perd son latin et ses remèdes sont dérisoires.
    Le mal résiste aux cataplasmes, aux tisanes et aux docteurs.
    On le contracte un beau matin en croisant des flirts illusoires,
    Puis l’on se découvre un orgasme avec papillons dans le cœur.

    Lorsque le poil sort par le nez, par la bouche ou par une oreille,
    Faut surtout ne pas l’arracher mais le nouer au gobelet
    Pour l’écouter faire résonner les lamentations sans pareilles
    Du pauvre cœur amouraché d’un prince ou bien d’un roitelet.

    Tableaux de Helena Nelson-Reed et de Dorina Costras.

  • La femme papillon

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    Pas de sirène sur Jupiter car c’est une géante gazeuse
    Mais, en revanche, ont pullulé une pléthore de femmes-papillons.
    Elles frétillent en sagittaire en petites maîtresses oiseuses
    Avec la tête campanulée et les oreilles en tortillons.

    Les mâles, privés de moustaches, les confondent avec des boutons
    Et passent des journées entières à leur tourner autour du pot.
    Elles récoltent avec panache leurs poils laineux comme des moutons
    Et, de ces poils, font la matière dont elles s’imprègnent alors la peau.

    Lorsque la planète s’endort sous les tempêtes circulaires,
    Elles replient leurs grandes ailes pour dormir dans la tache rouge.
    Elles rêvent de ces grands condors dont le cou perpendiculaire
    Peut les nettoyer avec zèle grâce au bec en forme de gouge.

    Tableau de Frank Xavier Leyendecker.

  • Les femmes papillon

    Si plutôt que mes quatre muses, j’avais trouvé des papillons,
    Mes lecteurs auraient échappé à toutes mes élucubrations.
    Chaque poème qui m’amuse aurait eu l’effet papillon
    Dont l’insuccès aurait frappé mon audimat d’indignation.

    Laurelïne
    « Des papillons ? C’est très joli… mais ils ne vivent qu’un été ;
    Comment auraient-ils supporté tes flots d’alexandrins pervers ?
    Et puis, un poème trop poli avec des rimes répétées
    Aurait forcément comporté des romances pourries de vers. »

    Loreleï
    « Tu aurais chassé des papillons jusqu’à l’épuisement complet ;
    Ils auraient juste changé de fleur avant la fin de ton poème.
    Avec moi, dans un roupillon, tu peux rêver de tes pamphlets
    Avec mes pensées qui t’effleurent puisque c’est ainsi que je t’aime ! »

    Lïlïth
    « Des papillons ? Quelle drôle d’idée ! Ils sont jolis mais bien trop faibles.
    Et à la première bourrasque ils s’en vont tous éparpillés !
    Mais avec moi, c’est décidé, tu peux t’envoler comme un aigle,
    Voler sur un monde fantasque et écrire de jolis papiers ! »

    Ledalïä
    « Les papillons changent de forme au fil des saisons et des fleurs ;
    Nous, nous changeons le cœur des hommes sans perdre notre identité.
    Ainsi lorsque tu te conformes à notre intuition qui t’effleure,
    Tu entres alors dans un royaume de vers en floribondité ! »

    Tableaux de Samuel Schmucker.

  • Polymorphisme

    Polymorphisme

    La biche brame au clair de Lune… mais elle est aussi polymorphe ;
    Quand son mari est en danger, par un cri vociférateur,
    Elle prend, comme forme opportune, l’image d’un grand cerf amorphe
    Pour éviter qu’il soit mangé par un sinistre prédateur.

    Le vieux cervidé de bruyère abrite un royaume en ses flancs,
    Des arbres poussent dans ses veines et des rivières dans ses songes
    Quand se soulève sa lumière par des vents glacés et ronflants
    Qui se poursuivent à perdre haleine dans un appel qui se prolonge.

    Dans ses ramures s’entrelacent les constellations de l’automne,
    Les oiseaux, porteurs éoliens, transmettent les ondes azurines.
    Et quand son âme se déplace, la forêt entière frissonne
    Comme un temple végétalien où sa vestale tambourine.

    Tableau de Vasil Mushyk – aussi connu sous le nom Vasil Woodland.

  • Le Sphinx bleu

    Le Sphinx bleu

    Au moment où tu franchiras le mur ténu de la lumière,
    Attends-toi à croiser le Sphinx juste au seuil du gouffre béant !
    À sa question, tu répondras et il t’ouvrira la première
    Des sept portes de la Syrinx qui t’enverra dans le néant.

    En ouvrant la porte du tendre où les vieux dieux deviennent cendres,
    Le Sphinx bleu te demandera quel nom tu donnerais à ta peur.
    Si ton âme accepte d’entendre le chant qui te fait redescendre,
    Alors la Syrinx grondera te faisant fuir à toute vapeur !

    Mais si ton cœur vacille encore devant les miroirs du passage,
    Le Sphinx bleu te détournera vers ta page et vers l’encrier.
    Car nul ne traverse la mort sans écrire un dernier message
    Et la Syrinx retournera dans le néant sans s’écrier.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Terminal Paradis

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    Quand on arrive au paradis, on n’a plus rien, on est tout nu ;
    « Les uns par-ici ou par-là ! » clame-t-on dans les haut-parleurs.
    Et comme on n’a pas un radis, on obéit aux inconnus
    Qui sont en tenue de gala qui vont nous juger la valeur.

    Nul avocat pour nous défendre, nul témoin pour plaider la cause ;
    Chaque seconde fait apparaître des gémissements à plein volume.
    On revoit ceux qu’on fit pourfendre, tous nos remords et nos psychoses,
    Et les bonheurs qu’on a faits naître mais qui pèsent autant qu’une plume.

    Les uns partiront vers les astres afin d’y bâtir d’autres mondes ;
    D’autres se réincarneront pour tenter d’être repêchés.
    Quelques-uns verront le désastre des enfers aux flammes immondes
    Et ceux qui alors resteront devront nettoyer l’évêché.

    Tableaux d’Irving Norman sur https:irvingnorman.comoil-paintings .

  • L’assemblée des pique-sous

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    Quand les pique-sous se réunissent, ce n’est jamais très bon pour nous
    Car ils s’adonnent aux luxuriances hélas aux frais de la princesse
    Et comme d’après la pythonisse †, il s’avère que celle-ci… c’est nous
    Et on sait bien par expérience qui devra passer à la caisse.

    Ils discutent d’économie comme on dissèque une carcasse ;
    Chaque sourire est calculé, chaque poignée cache un contrat.
    Le peuple dans l’ignominie verra se fondre dans la masse
    Des dividendes miraculés qu’ils répètent comme un mantra.

    Les uns parlent de sacrifices sans jamais accorder de prêt ;
    Les autres vantent l’austérité le ventre rempli de caviar.
    Tous jurent servir la justice… mais leurs comptes se tiennent toujours prêts
    À croître avec dextérité par baril de pétrodollars.

    Ils appellent cela la « réforme » avec des mines de bienfaiteurs ;
    Les mots s’imprègnent de parodie qui fait rire la classe patronale.
    Mais lorsqu’on regarde les formes, on retrouve les mêmes acteurs
    Qui jouent la même comédie au sein de l’Assemblée Nationale.


    († Pythonisse : Oracle de Delphes.)

    Tableaux d’Irving Norman sur https:irvingnorman.comoil-paintings

  • La peinture parallèle

    La peinture parallèle

    Dans la peinture parallèle, le peintre imprime ses tableaux ;
    Le premier n’a que les contours et le deuxième, ombre et lumière.
    Le troisième est en diallèle mais il faut l’voir par le hublot
    De l’expérience qui fait des tours par ses illusions coutumières.

    Alors chaque œuvre est reproduite, engendre un nouveau créateur,
    Le pinceau copie la copie et l’origine se retire.
    Quand le dernier tableau médite en contemplant son spectateur,
    On ne sait plus qui peint la vie ni quel regard vient de nous lire.

    Et en poésie, c’est pareil ! La première ligne est une accroche
    Qui oblige le lecteur curieux à continuer la deuxième ligne
    Qui commence à tirer l’oreille avec ses rimes qui s’approchent
    D’un hypnotisme des plus furieux mais qui sait demeurer très digne.

    Représentation du peintre Bart van der Leck illustrée par Joost Swarte.

  • Connaissez-vous les Alpes ?

    Connaissez-vous les Alpes ?

    Cocorico ! dit le Mont Blanc – à moitié rital toutefois –
    Et c’est pareil pour le Cervin, mi-valaisan, mi-italien,
    Dit « Matterhorn » en suisse allemand qui complique encore une fois
    Ma dégringolade qui advint quand j’ai voulu faire le lien.

    Le Mont Rose est suisse et ritale, le Liskamm l’est pareillement ;
    Le Dom paraît bien solitaire avec le Weisshorn pour frontière.
    Mais la neige internationale les recouvre indifféremment
    Car l’homme est seul propriétaire, tête au ciel et les pieds sur Terre.

    Mont Blanc
    Le sommet le plus haut représenté, culminant à 4 804 mètres à la frontière franco-italienne.

    Mont Rose “Monte Rosa”
    Situé à la frontière suisse et italienne, il s’élève à 4 634 mètres.

    Cervin “Matterhorn”
    Célèbre sommet situé à la frontière entre la Suisse et l’Italie, haut de 4 478 mètres.

    Autres sommets
    Le Dom, le Weisshorn, le Grand Combin, et d’autres pics alpins de plus de 4 000 mètres.

  • Le jour où j’ai rencontré Loreleï

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    « Ce n’est pas l’homme qui prend la mer pourtant c’est la mer qui prend l’homme… »
    J’avais entendu ce proverbe sans vraiment prêter d’attention.
    Pourtant la vie semble éphémère avec la mort pour seul binôme
    Or moi, je suis de la mauvaise herbe mais nourrie de bonnes intentions.

    La mort a voulu m’arracher ; autant de fois j’ai résisté.
    Toujours plus fort, toujours plus ferme, et je résiste plus encore.
    La dernière fois j’ai cru cracher ma dernière envie d’exister
    Mais Loreleï y a mis un terme et m’a saisi à bras le corps.

    Depuis je chevauche les vagues avec l’ardeur d’un vrai triton
    Car ma Loreleï m’a transformé depuis qu’elle est devenue mère.
    Quand je la prends, mon cœur divague et bat la mesure dans le ton
    D’un acte d’amour consommé entre un humain et une chimère.

    Tableaux de Jim Warren.

  • Les oiseaux de la Töss

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    Malheureusement je ne sais plus d’où viennent-ils ni où vont-ils,
    Venant de gauche ou bien de droite, allant à droite ou bien à gauche.
    Selon s’il neige ou s’il a plu, selon la race des volatiles…
    Oui, je suis plutôt maladroite et mes oracles sont en ébauche.

    Il y a encore deux mille ans, j’étais jeunette et performante
    Aujourd’hui l’oracle a vieilli et ma vision est défaillante.
    En voulant me rendre à Milan, je me suis retrouvée à Nantes…
    Alors la Suisse m’a recueillie à titre d’Oracle immigrante.

    Depuis, je suis d’autres soleils, d’autres lunes et puis d’autres terres ;
    Les eaux des rivières ont changé, comme le ciel et les nuages.
    Portée par un vent qui balaye le cours d’un voyage solitaire,
    Je ne crains plus aucun danger, je suis un oiseau de passage.

    Tableaux d’Elin Manon.

  • Né d’une étoile

    Né d’une étoile

    J’avais déjà un cœur d’étoile et celle qui m’a donné un corps
    Était une géante gazeuse, sœur de Jupiter et Junon.
    Aujourd’hui l’âme me dévoile mes origines et plus encore ;
    Ma grand-mère était Nébuleuse, première porteuse du nom.

    Les galaxies furent mes tantes et les quasars mes deux cousins ;
    Les comètes me firent cortège avant l’éveil de l’univers.
    Mes cheveux d’étoiles filantes ondulent sous les feux voisins
    D’un soleil brillant qui protège ma tête de ses rayons verts.

    Mon premier souffle était fugace au fond d’un ventre sidéral ;
    Le temps n’était qu’une poussière errant parmi les feux naissants.
    Je suis venu lorsque l’espace apprit son premier chant choral
    Et garde encore dans sa lumière un souvenir luminescent.

    Tableau d’Ann Beeching.

  • Ô Râ Ton Feu !

    Ô Râ Ton Feu !

    Ô Râ ton feu crève l’écran de mes nuits blanches un peu trop tôt
    Et si ce n’est pas trop demander, je voudrais une prolongation
    Opérant sur le dernier cran de mon réveil qui va tantôt,
    À force de tics-tacs scandés, terminer mon incantation !

    Mille doigts hélicoïdaux déchirent les voiles de l’ombre ;
    Chaque rayon perce l’espace en y semant l’éternité.
    Je fermerais bien les rideaux pour prolonger mes rêves sombres
    Mais tes intentions me dépassent et je m’en sens trop limité.

    Tu viens rallumer l’horizon comme un peintre un peu pyromane,
    Éclaboussant jusqu’aux nuages tes incendies multicolores.
    Je te mettrais bien en prison avec ton feu érotomane
    Mais tu sortirais de ta cage avec un réveil plus sonore.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.