Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • La musicienne

    La pratique des accords, la théorie des arpèges,
    S’affrontent sur un Do quarte quant à sa répartition.
    Comme une course au trésor dans la forêt des solfèges,
    La musicienne suit la carte portée sur la partition.

    Quand ses sentiments l’embarrassent, les cordes de ses nerfs tendus,
    Quelques notes vite l’apaisent et relâchent toute tension.
    Sous le stress, elle se surpasse car le résultat entendu
    Charme et la critique soupèse son art de toute son attention.

    Tableau de Georges Braque.

  • Le bain de lune

    La période la plus propice, par la théorie solunaire,
    Mentionnait cinq heures, cette nuit, pour une pêche d’abondance.
    J’ai vu, sous les meilleurs auspices de la révélation lunaire,
    Une ondine, au bain de minuit, qui nageait dans l’eau de jouvence.

    Tableau de Yanin Alexander

  • Lévitation et méditation

    « Encore un rêve ! » soupire le cœur,
    « Réveillons-nous ! » supplie l’esprit,
    « Stoppons le temps ! » demande l’âme,
    « Remuons-nous ! » chante le corps.

    Le cœur s’éveille à contrecœur,
    L’esprit regimbe, incompris,
    L’âme s’ébroue, tout feu tout flamme,
    Le corps respire un jour encore.

    Tableau de Yana Fefelova

  • À quoi rêvent les princesses ?

    Tous les contes le professent ; afin que l’ennui décroisse
    Envers les princes balourds qui se montrent hébétés,
    S’en vont rêver les princesses quand les grenouilles croassent
    Dans le rideau de velours du songe d’une nuit d’été.

    Tout se fond dans la nuit froide, tous les beaux habits s’effacent.
    Seule son âme princière évolue sur la planète.
    Mais d’une volonté roide, quoiqu’on dise, quoiqu’on fasse,
    Elle accourt vers la rivière selon l’appel des rainettes.

    Tableau de Gabriel Pacheco.

  • La fille au cerceau

    Quand tous ses tourments l’ensorcellent et qu’elle ne peut plus réfléchir,
    Elle s’en va jouer au cerceau pour contrecarrer ses blocages.
    Tant et si bien elle y excelle, qu’elle en voit son destin fléchir
    Et retourner recto-verso l’univers à son avantage.

    Selon les lois de Galilée, de Newton, et même d’Archimède,
    Le cerceau subit l’inertie du principe de l’attraction.
    Ce mouvement assimilé guérit le cœur comme un remède
    Et la fillette vous remercie pour l’art de la gravitation

    Tableau de Pablo Picasso.

  • Couleur Paradis

    Couleur Paradis

    L’abus de couleurs ne nuit point quand l’homme vit dans l’inconscience ;
    Tous les goûts sont dans sa nature et, si dégoût, il s’en déleste.
    Mais le cœur fait un contrepoint lorsque s’éveille la conscience
    Qui ne peut plus voir en peinture cette mécanique céleste.

    De l’ennui naquit la douleur, le mal de l’uniformité.
    Le germe de la connaissance est gravé au cœur de l’atome
    Qui verra toutes ses couleurs fusionner dans l’énormité
    De cette course à la puissance inscrite dans le cœur de l’homme.

    (Tableau de Sandra Silberzweig.
    « L’ennui naquit un jour de l’uniformité. » Antoine Houdar de la Motte.)

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  • À contretemps

    À contretemps

    Elle voulait remonter le temps, remonter le cours de l’hiver,
    Remonter aux feuilles d’automne, remonter même jusqu’en été.
    Enfin, atteindre le printemps et là, arrêter l’univers
    Pour stopper la mort monotone et vivre enfin l’éternité.

    L’imprévu se manifesta après un retour de saison ;
    Les eaux prirent une couleur d’encre, le vent cala comme un Solex.
    Le Dieu du Temps l’admonesta, qu’elle avait perdu la raison,
    Et, de peur qu’elle ne l’échancre, lui offrit un cœur de Rolex.

    Illustration de Adam Oehlers.

  • Par l’audace

    Folie de l’intrépidité, extravagance de l’audace
    Forcent mon cœur à découvrir ce qui se cache sous l’horizon.
    Allié à la témérité, mon esprit ne tient plus en place
    Et force mon corps à ouvrir les frontières de sa prison.

    Si je reste un temps immobile, le temps s’occupe alors de moi
    Et me conduit vers l’expérience qui marquera toute ma vie.
    Comme un destin indélébile qui me pigmente au fil des mois
    D’universelle invariance qui me titille mes envies.

    Tableau de Yana Fefelova

  • Par l’imagination

    Magie de l’imagination, fantasme de la fantaisie,
    Élèvent mon cœur dans les nues avec mon esprit pour moteur.
    À hélice ou à réaction, ou bien par télékinésie,
    L’idée nouvelle est bienvenue et fait monter mes droits d’hauteur.

    J’y vais chercher un oxygène d’une étoffe qui a du corps,
    J’y vais récolter la liqueur qui pleut des nuages à foison.
    Cette pluie hallucinogène et cette neige qui m’édulcore
    Lorsqu’elles saupoudrent mon cœur qui d’amour tombe en pamoison.

    Tableau de Yana Fefelova

  • La présence

    La présence

    À l’endroit où tomba celui dont la cime au ciel était proche,
    Et dont les racines touchaient à l’empire des morts à la chaîne.
    Là, un nouveau bourgeon reluit ; là encore la vie se raccroche ;
    Là, la nature a accouché d’une petite fleur de chêne.

    Dans une forêt éternelle, dans un lieu digne et circonspect,
    Un emplacement de merveille, un terrain régénérateur.
    D’une attitude solennelle qui nous impose le respect
    Et où le souvenir réveille les fantômes libérateurs

    Tableau de Jeremiah Morelli.

  • L’amour à l’orange

    L’amour à l’orange

    Au sortir de la gorge étroite qu’offre la vallée des oranges,
    L’amour coule par la rivière dont les flots troublent tout ce qui bouge.
    Les jeunes filles, un peu adroites, aiment lorsque ça les arrange
    Mettre le feu à la poudrière des cœurs qu’elles portent au rouge.

    Tableau d’Irene Sheri Vishnevskaya.

  • L’amphithéâtre des âmes

    L’amphithéâtre des âmes

    La mort transporte dans sa barque les limbes des âmes éteintes
    À travers un amphithéâtre d’arbres noueux et mal fichus.
    Mais de peur qu’on ne la remarque, son fanal brille en demi-teinte
    Lorsque, dans la forêt bleuâtre, elle croise un ange déchu.

    Illustration de Adam Oehlers.

  • Danse avec l’ours

    Danse avec l’ours

    Un loup-garou, preux chevalier, lui aurait appris à danser
    Et conduire son partenaire, qu’elle que fut son obédience.
    Avec un ours, peu cavalier, le couple fut récompensé
    D’un ballet extraordinaire et d’une exceptionnelle audience.

    Tableau de Jackie Morris.

  • L’amour croisé

    L’amour croisé

    Qui aurait cru que les carreaux s’harmonisent avec les rayures ?
    Comme une glace qui se brise, l’amour se plaît à bousculer,
    Croiser l’étoffe des héros et entrer dans l’entrebâillure
    Pour charmer la femme surprise et faire son cœur roucouler.

    Tableaux de Peter Mitchev.

  • L’étalon du désert

    L’étalon du désert

    De l’étalon le plus puissant au pur-sang de plus diligent,
    Il s’impose, haut en couleurs, par sa primauté domestique.
    L’homme, lui, demeure impuissant – quoiqu’il s’affirme intelligent –
    À traverser seul sans douleur les plaines les plus désertiques.

    Tableau de Nancy Glenn Nieto.

  • La boîte à boutons

    La boîte à boutons

    À chaque histoire, son bouton qui a tenu le vêtement
    De tous les enfants d’avenir qui ont animé la famille.
    À chaque photo, nous goûtons un fragment de l’évènement
    Qui renferme le souvenir d’un vague à l’âme qui l’habille.

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  • L’ange mouillé

    Devant l’ampleur de ses taches, se protéger de l’orage,
    Il a pris son parapluie pour éviter la tempête.
    Tous les éléments s’attachent à laver ces peinturages
    À coups de vents et de pluies, comme pour faire trempette.

    « J’en appelle à Saint-Médard, patron des intempéries,
    Pour qu’il provoque l’ondée qui lavera mes péchés ! »
    Et l’ange filer dare-dare auprès de sa confrérie,
    De peur de voir s’inonder le clos de l’archevêché.

    Tableau de Yanin Alexander

  • L’ange ivre

    Devant l’ampleur de sa tâche, pour se donner du courage,
    L’ange a bu le vin de messe qui lui fait tourner la tête.
    Il a rejoint ses potaches moins par force que de rage
    Avec le foie qui professe que sa foi est à la fête.

    « J’en appelle à l’Angevin, patron des vins de l’Anjou !
    Que les vignes du seigneur fassent les belles agapes ! »
    Et l’ange boire son vin d’une couleur d’acajou
    En trinquant à Monseigneur de Saint Châteauneuf-du-Pape.

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  • Cours de cheval

    Cours de cheval

    Lorsque j’ai lu « cours de cheval » sur les écuries du bourgmestre,
    Je me suis aussitôt inscrite car je suis douée pour les langues.
    Depuis longtemps, ça me cavale de m’ouvrir aux dialogues équestres
    Mais on m’a ainsi contredite : « On ne leur parle pas, on les harangue ! »

    Tableau de Peter Mitchev.

  • Entracte – 2

    Entracte - 2

    Le pli était pris, comme une habitude,
    De se présenter en tenue légère
    Et les hommes épris de cette attitude
    Aimaient fréquenter la belle lingère.

    Les hommes en raffolent, de tous ces dessous
    Qui cachent et dévoilent les fruits défendus.
    Les femmes s’affolent, sens dessus-dessous,
    De ces petits voiles, ces jupes fendues.

    Mais on comprit vite cette comédie ;
    Elle tenait boutique sur la rue pignon.
    De peur qu’on évite une tragédie
    Elle prit un loustic comme compagnon.

    Depuis ses culottes n’apparaisse plus
    Que sur l’étendage des toits ardoisés.
    Et lorsqu’elle l’ôte, c’est devant l’élu
    De son cœur volage mais apprivoisé.

    Tableau de David Martiashvili.

  • Les nuits en couleurs

    De rêves en rêves vers l’infinité,
    De portes en portes dans l’immensité,
    Dans l’instance brève d’une éternité
    La vie nous emporte vers d’autres cités.

    De songes en songes, dans l’obscurité,
    Le dormeur s’enfonce, dans l’heure de velours.
    Entre les mensonges et la vérité,
    Le rêveur s’engonce dans ses habits lourds.

    De marches en marches, on peut sans façon,
    Trouver un passage vers les profondeurs.
    Sous les contremarches du colimaçon,
    Se gravent les âges des jours de splendeur.

    De rues en ruelles, on quitte son corps,
    La maison de l’âme, vers l’aube ancestrale.
    La vie est cruelle mais l’amour encore
    Brûle dans les flammes du voyage astral.

    Tableau de David Martiashvili.

  • Mesdemoiselles de l’Abondance

    Elles s’échangent des promesses et des histoires de conquêtes
    À guetter le prince charmant, son château, son or et ses thunes.
    Elles le jurent et le confessent : c’est en maniant la quéquette
    Qu’elles obtiendront le serment d’un mariage de fortune.

    Elles possèdent un capital qui n’attend pas les intérêts
    Qu’elles ne dépenseront qu’une fois pour un bon investissement.
    Si capital et génital riment, il ne faut pas espérer
    Que cela marche à chaque fois, songez à l’avertissement.

    Si le mari, sur le papier, paraît beau comme un grand seigneur
    Avec une situation établie aux quatre horizons,
    Il est parfois, c’est casse-pieds, roi de la pince-monseigneur
    Et, selon les fluctuations, vous vous retrouverez en prison.

    Tableau de Yana Fefelova

  • Amour et pragmatisme

    « Qu’importe le sens du chemin si nous parvenons à nos buts, ! »
    Disait un homme pragmatique qui ne pensait qu’en conquérant.
    « Il m’importe d’aimer encore demain ce que j’ai semé au début ! »
    Répondit la femme romantique dont le cœur est prépondérant.

    Tableau de Mara Berendt Friedman

  • Au pays des lunes bleues

    Elle rend les femmes si belles, cette lune au croissant d’argent
    Qu’elles prennent au premier quartier un bain lunaire et salutaire !
    Surtout les jeunes demoiselles qui réclament d’avantageants
    Bijoux de chez Dior ou Cartier auprès d’amoureux volontaires.

    Elle rend fermes les poitrines, cette lune au croissant sacré
    Qu’elles abusent de ce bain à faire pâlir les étoiles.
    Comme les stars dans les vitrines aux pulpeux attributs nacrés
    Qui vous voient les yeux dans les seins juste vêtues d’un moindre voile.

    Elle rend bombés les bassins, cette lune au croissant cornu
    Qu’elles font la danse du ventre bien balancée, bien déhanchée.
    Et vous, au nom de tous les saints, sentez un appétit charnu
    Avec un charme qui vous rentre direct dans le cœur épanché.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Au pays des chevaux bleus

    Les chevaux bleus du baromètre trônaient avec incongruence,
    Objets rococo pittoresques des souvenirs à l’imparfait.
    Je voyais le temps en omettre petit à petit les nuances
    De ces animaux picaresques pour se venger du temps qu’il fait.

    Les chevaux bleus sur le manège concurrençaient facilement
    Les autos, les hélicoptères et les cochons les plus fripons.
    Et je suis fier du privilège de les avoir habilement
    Fait se chevaucher ventre à terre afin d’attraper le pompon.

    Les chevaux bleus du chariot, de la carte VII du tarot,
    M’ont souvent tiré en avant avec la force de l’audacieux.
    J’ai constaté ce scénario quand, me trouvant sur le carreau,
    J’ai su reprendre les devants d’un mouvement noble et gracieux.

    Tableaux de Laurel Burch

  • Entracte – 1

    Entracte - 1

    Nue à sa fenêtre, juste à contrejour,
    La brise soulève quelques lingeries.
    Elle écoute naître sous le nouveau jour
    Les voix qui s’élèvent et les moqueries.

    Les seins qui ballottent sous le vent léger,
    Sans y prendre garde, prennent un bain solaire ;
    Mais pas de culotte pour faire galéjer
    Les hommes regardent, tous, le nez en l’air.

    Mais bientôt des femmes, monte une rumeur
    Contre l’ingénue qui montre son cul.
    Ça met ces infâmes de mauvaise humeur
    Tous sont prévenus, on n’en parle plus.

    L’air se fait revêche ! Vite son chapeau !
    Sa robe légère, ses bas framboisés.
    Vite on se dépêche ! Fini le repos !
    Salut les mégères, non apprivoisées  !

    Tableau de David Martiashvili.

  • Les rêves en couleurs

    Tandis que tictaque l’horloge bouffonne,
    Tandis que ballottent les assauts du vent,
    Tandis qu’on sommeille sur un vieux divan,
    Tandis que sanglotte le vieux gramophone,

    Le rêve en cadence se met en images
    Tout en mosaïques aux couleurs pastels.
    Les tons se balancent sur l’épais grammage
    Des murs archaïques du sombre castel.

    Le soleil s’affaisse sous la vigilance
    De la Lune prête à briller plus fort.
    Tandis que princesse respire en silence,
    La musique s’arrête dans le château-fort.

    À minuit sonnante, elle se réveille ;
    Déjà la nuit noire du jour sans douleur.
    Un peu frissonnante, elle s’émerveille
    D’avoir en mémoire ses rêves en couleurs.

    Tableau de David Martiashvili.

  • Pourquoi pas ?

    Pourquoi pas ?

    Si je devais recommencer une destinée sans limite,
    Irais-je alors me prononcer pour une existence d’ermite
    Ou userais-je de ressources pour dominer le monde entier
    J’hésite entre un retour aux sources ou la vie sur un grand chantier.

    Mais j’ai choisi finalement de n’être ni pauvre ni riche
    Et de rester en équilibre sur le fil étroit de ma vie.
    Vouloir vivre idéalement revient un peu à de la triche
    Et je préfère rester libre d’accepter ce qui me ravit.

    Tableau de David Martiashvili.

  • La révélation mystique

    La révélation mystique

    Rêve éveillé révélateur ou songe d’une nuit féconde,
    L’univers parle en parabole selon ce à quoi je suis prêt.
    Souvent un sens innovateur m’ouvre une porte sur le monde
    Et face à ce nouveau symbole, mon cœur en est tout empourpré.

    Tableau de Varo Remedios.

  • Monsieur et Madame de l’Abondance

    Tandis que Monsieur thésaurise, économisant chaque centime,
    Madame, elle, dilapide toute sa vie en abondance.
    Tandis que Monsieur mémorise ses entremises les plus intimes,
    Madame, d’un geste rapide, dispense avec force et outrance.

    Que croyez-vous qu’il arriva quand vint le temps des intérêts ?
    Monsieur dût rembourser le prêt que sa vie avait emprunté ;
    Madame fut tout empourprée d’en jouir avec volupté.
    Et tout ce qui en dériva, c’est qu’ils durent coopérer.

    Tableaux de Yana Fefelova

  • La ballade de Valentin & Valentine

    Au moyen d’un piètre escalier qu’elle devait escalader
    Valentine aimait écouter Valentin qui jouait du violon.
    Elle s’allongeait sur le palier et lui, aimait la balader
    Sur des airs, vous vous en doutez, accordés au La d’Apollon.

    Dès qu’ils purent se marier, ils partirent, prédisposés
    À profiter de leurs promesses à voyager en sac-à-dos.
    Ils dormirent désappariés à cause des lits superposés
    Car les auberges de jeunesse, c’est pas toujours l’Eldorado !

    Pour agrémenter le retour, ils achetèrent une voiture
    À un gars qui baragouinait que c’était une Torpédo.
    Comme ils faisaient souvent l’amour, ils ont compté leurs courbatures
    Dues à leurs sièges qui couinaient au rythme de leur libido.

    Tableaux de Zurab Martiashvili

  • Sous le regard de la licorne

    Sous le regard de la licorne

    Après une journée de chasse, tous les rescapés se rassemblent
    Pour se raconter leurs batailles, qui de ses crocs, qui de ses cornes.
    Chacun se vante et se pourchasse dans cette évocation ensemble ;
    On mange, on boit, on fait ripaille sous le regard de la licorne.

    Tableau de Julia Gukova.

  • À bas la reine !

    Après qu’elle eut régné, la reine au cœur brisé
    Se trouva dépourvue quand l’habit fut venu.
    Entre les araignées, les dessous reprisés,
    Les robes recousues, les souliers saugrenus.

    Pourtant elle était belle, pourtant elle était fière,
    La tête couronnée avec prince consort.
    Mais les femmes rebelles l’ont traité de sorcière
    Et l’ont déboulonnée de son précieux confort.

    Tableau de Valentin Gubarev.

  • L’abominable femme des glaces

    Dire que l’homme se les poilait lorsque sa femme, bien velue,
    Lui faisait l’amour dans la glace sur les fourrures de mammouths !
    Dire qu’ailleurs on la voilait au nom d’une foi farfelue
    Par peur de n’pas tenir en place devant les charmes des louloutes !

    « La femme est la gloire de l’homme et ses cheveux font son prestige. »
    Les métaphores du Dieu des hommes frisent assez la haute voltige.
    Si j’écoutais le Dieu des femmes, aurait-il des propos semblables ?
    Ou bien dirait-il à mon âme que les sexes sont auto remplaçables.

    Tableaux « Cérès » et « Salomé » de Leonor Fini.

  • Valentine qui pense

    Toutes ces histoires d’amour dont se vantent le cœur des autres,
    Selon l’ordonnance du jour et les usages où l’on se vautre !
    Mon corps de femme mécanique doit-il sans cesse être introduit ?
    Mon cœur en devient tyrannique et s’émancipe dès aujourd’hui.

    Autoportrait de Leonor Fini

  • Valentine qui fait Tilt !

    Il me fallait vingt centimes mettre dans la fente prévue à l’effet
    Pour secouer son corps qui s’emballe et l’ébranler à bras le corps.
    Je lui montrais qui est le maître, mais j’aimais bien ses doigts de fée
    Lorsqu’elle dynamisait mes balles pour battre le dernier record.



    Vingt centimètres, c’était aussi la longueur pour tirer le levier.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Mathémagiques – 3

    Mathémagiques - 3

    Qu’elle soit d’une fesse ou d’un sein, partout la courbe récurrente
    À l’infini se réitère comme une musique divine.
    Les mémoires dont je suis enceint forment une vague interférente
    De l’onde pure héréditaire de l’écho de mes origines.

    Tableau de Yossi Kotler.

  • L’herbier humain

    L’herbier humain

    Pour perfectionner le système, la vie crut bon de sexuer
    Son tout premier représentant sorti de son laboratoire ;
    Des humains placés sur le thème de s’étendre et d’évoluer
    Avec amour de temps en temps mais sans le mode opératoire.

    Illustration d’Aitch Heliana.

  • L’homme-orchestre

    L’homme-orchestre

    Puisque les réponses aux questions sont éparpillées dans le vent,
    Mon âme écoute les courants dont l’atmosphère est colorée.
    Mon corps en fait la digestion et mon cœur les chante au-devant
    De mon public en parcourant chemins, villages et forêts.

    Tableau de Vladimir Gvozdev.

  • Si toutes les femmes du monde…

    Si toutes les femmes du monde…

    Si toutes les femmes du monde apposaient la main à la terre
    Pour décharger tous nos excès d’électricité agressive,
    Nous sentirions à la seconde, une secousse salutaire
    Qui nous rétablirait l’accès à l’humanité permissive.

    Photo de Joseph Pilates.

  • L’émigration florale

    L’émigration florale

    Les véritables propriétaires de la planète ont décidé
    D’abandonner le cimetière du genre humain désavoué
    Qui a trahi les conifères par leurs progrès et leurs idées
    Rasant la terre usufruitière qui leur avait été louée.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • La communication

    La communication

    Chacun son petit univers sécurisé, bien séparé
    Le corps abrité de l’hiver de notre époque désemparée.
    Pourtant l’incommunication blesse le présent de mon cœur
    Et j’use d’imagination pour rencontrer mon âme-sœur.

    Tableau de Varo Remedios.

  • Le temps selon Gaïa

    Le temps selon Gaïa

    L’humanisation en excès pourrait sembler exagérée
    Et faire, au présent, un procès une rancune mal digérée.
    Quel est le plan de l’Univers ? Quel est l’avenir de la à Terre ?
    Ne serions-nous qu’un fait divers, juste une étape humanitaire ?

    À Gaïa, je fais la demande de connecter tous mes semblables.
    J’avoue avoir l’âme gourmande et, il me paraît vraisemblable,
    Afin de former un réseau avec sa conscience terrestre,
    De faire, dans notre intermezzo, appel à notre chef d’orchestre.

    Tableau de x.

  • Dans la foule

    L’humanité vit l’indigence et le public crie « Indulgence ! »
    L’homme vit sous l’inquisition de l’état des impositions.
    Le secret de polichinelle de son péché originel
    Se perd dans la foule du peuple qui suit comme un troupeau aveugle.

    Tableau d’Olivier Suire-Verlay

  • Les proies de la mer

    Les dents de la mer mangent les petits
    Que mangent les gros, de plus en plus gros.
    Intégraux.
    Puis elles regroupent les âmes des morts
    Qui partent en vagues caresser les plages.
    Voyage.
    Les dents de la mer ont bon appétit,
    Ont l’eau à la bouche, à avoir les crocs.
    Allegro.
    Le souvenir reste, la mémoire mord
    Parfois d’une trace le long du rivage.
    Passage.

    Un phénomène rare, paraît-il de la part de Maria Gaspar Leal

  • La grasse matinée

    Quand un rayon vient caresser la peau du mari qui sommeille,
    Une main vient participer à proposer ses câlinettes.
    Mais l’amant semblant paresser malgré promesses et merveilles,
    La main devra anticiper plus bas… mais… gare à la minette !

    Tableau de Lado Tevdoradze.

  • La coquetière

    La coquetière

    « Traditionnelle et pittoresque » ne suffisent pas pour admirer
    La sympathique coquetière, celle qui me faisait rire aux larmes.
    Sur un âne de race mauresque, elle savait comment attirer
    Les chalands d’une voix si fière que tous en étaient sous le charme.

    À travers la foule curieuse qui obstruait tout le marché,
    L’air radieux de la vieille ville était soudain enthousiasmé
    Par la commerçante furieuse quand un gars la faisait marcher
    Sur le prix de ses volatiles qu’il trouvait par trop fantasmé.

    Tableau de David Martiashvili.

  • D’un chœur d’oiseaux

    Leurs chants se sont chargés d’histoires, toute la musique du monde,
    Et leurs poumons ont respiré l’humeur des civilisations.
    Dans les églises, il est notoire, les ailes de la foi sont fécondes
    Parce qu’elles sont inspirées d’astrales réalisations.

    Tableau de Vladimir Kush.

  • Mon vieux berger

    Mon vieux berger

    J’ai retrouvé mon vieux berger à son curieux chapeau de feutre
    Qui semblait avoir contenu tous mes souvenirs des alpages.
    Il était là à gamberger avec son mouton à l’air pleutre ;
    C’est alors qu’il m’a reconnu, moi, qui ne faisait pas mon âge.

    Il aimait faire mon cicérone et m’entraîna sous les arcades
    Saluer ses compatriotes et trinquer avec ses copines.
    Notamment sa vieille matrone dont les illustres rodomontades
    Faisaient déguerpir les coyotes qui abusaient de la chopine.

    Tableau de David Martiashvili.

  • L’égyptienne

    L’égyptienne

    Une égyptienne un peu timide, qui se tenait devant le temple,
    Impressionna tant l’empereur qu’il en bafouilla sous le charme :
    « Du sommet de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ! »
    Puis il partit en éclaireur en s’écriant : « Reposez armes ! »

    Tableau de Fotna Galal.