Catégorie : 2026

  • Partie à quatre

    Partie à quatre

    Si le polyamour s’impose à l’Élysée l’année prochaine,
    C’est à cause de tous ces partis qui écartèlent Marianne.
    Cela découle, je suppose, des débats sur toutes les chaînes
    Où l’on entend les réparties franchissant la ligne médiane.

    Chacun prétend qu’il la protège en promettant monts et merveilles ;
    Chacun lui jure fidélité jusqu’au prochain remaniement.
    Mais sous les ors du privilège, elle n’écoute que d’où vient l’oseille
    Car l’amour dure en vérité le temps d’un sondage seulement.

    Les uns la veulent souveraine, les autres ouverte aux quatre vents ;
    Certains l’habillent de promesses, d’autres de vertu ou d’impôts.
    Elle sourit de son air de reine à ces amoureux décevants
    Qui lui composent des caresses avec du vent… fort à propos.

    À force de changer d’idylle au gré des alliances du jour,
    Marianne en perd la mémoire de celui qu’elle doit servir.
    Chacun lui promet le grand style, le progrès, la paix et l’amour ;
    Mais nul ne songe à l’auditoire qui regarde le cirque sévir.

    Tableau de Małgorzata Borsukiewic.

  • L’intelligence Marianique

    L’intelligence Marianique

    Mariane sera numérique, c’est l’Élysée qui nous l’a dit
    Et c’est elle qui surveillera tous les scrutins dans l’isoloir.
    Ce sera comme en Amérique – c’est-à-dire pas le paradis –
    Mais l’enfer et la guérilla qui attend au bout du couloir…

    Elle saura pour qui vous votez et ce que vous pensez tout bas ;
    Elle calculera vos rêves selon l’indice citoyen.
    Si jamais vous vous révoltez, elle vous répondra : « Pourquoi pas ? »
    Puis vous classera dans les fièvres du comportement quotidien.

    Elle saura qui vous fréquente, ce que vous lisez tard le soir,
    Si vos amis sont fréquentables selon les critères du moment.
    Son algorithme vous présente un avenir sous le pressoir
    Où chacun sera responsable d’être heureux réglementairement.

    Tableau d’Andriy Ishchuk.

  • Éclat d’Émeraude

    Éclat d'Émeraude

    Là où l’écume danse et vient baiser le sable,
    Apparaît une muse au regard ineffable.
    Mi-femme, mi-chimère, elle joue avec l’or
    Du soleil qui s’endort dans l’eau versicolore.

    Son rire est un murmure, une perle de rosée,
    Sur le miroir de l’eau, elle s’est déposée.
    Elle appartient au large, à la perle, au cristal,
    La beauté souveraine du palais abyssal.


    Elle rêve de drakkar, de felouque, de navire
    Issus de ses affûts de délires en délires.
    Elle imagine alors un immortel Ulysse
    Qui viendrait la rejoindre au profond des abysses.

    Illustration de Giulia Gardelli.

  • La sirène extasiée

    La sirène extasiée

    Après une agape gourmande partagée avec l’équipage
    Qui a offert ses plus dodus et appétissants matelots,
    La sirène suisse-allemande préfère alors tourner la page
    Avec le ventre bien tendu et va dormir lovée dans l’eau.

    Dans sa dérive nonchalante, elle se berce au fil du courant ;
    Son corps de nacre se repose après ce festin de géant.
    La prédatrice somnolente, dans son sommeil le plus durant,
    Rêve d’une nouvelle dose de marins au cœur consentant.


    Entre deux eaux, extasiée comme une suissesse bien nourrie,
    On dit qu’elle dormirait cent ans mais c’est un conte évidemment.
    Car après s’être rassasié, elle remonte le Missouri,
    Nil, Danube et le Saint-Laurent, les grands fleuves les plus cléments.

    Tableau de Viktor Nizovtsev.

  • Persistance rétinienne

    Persistance rétinienne

    Quand Laurelïne danse pour moi, l’image est floue car elle bouge
    Un peu trop vite pour ma rétine une fois que je suis réveillé.
    Reste le brouillard plein d’émois de cette silhouette rouge
    Qui me laisse de ma rouquine comme un parfum émerveillé.

    Heureusement, les yeux fermés, j’ouvre l’œil qui est dans le cœur
    Et qui sait bien la reconnaître et la toucher avec les yeux.
    Dès lors je peux vous affirmer qu’au matin je me sens vainqueur
    Après avoir senti renaître un emballementemportement délicieux.

    Elle n’est plus qu’un trait de feu dans l’aquarelle de ma mémoire ;
    Quelques couleurs abandonnées sur la blancheur du lendemain.
    Pourtant je reconnais ses yeux comme on reconnaît une histoire
    Dont le parfum s’est adonné à trouver un autre chemin.

    Tableau de De Frente.

  • Du rêve au cauchemar

    Du rêve au cauchemar

    A priori, c’est un beau rêve, mais devenu un cauchemar
    Car j’ai passé toute la nuit à grimper sans y parvenir.
    Hélas, à chaque fois, sans trêve, le but atteint, ça redémarre
    Et je me retrouve – quel ennui ! – incapable de l’obtenir.

    Alors la fille en a eu marre et s’est rhabillée prestement
    En disant qu’elle avait connu des bien plus précoces que moi.
    Et ce terrible cauchemar arrive manifestement
    Pour me faire prendre à mains nues l’affaire qui me met en émoi.

    Puis je compris dans mon malheur ce que ce rêve voulait dire :
    Certains objectifs, les plus lents, sont plus plaisants à convoiter.
    À force de grimper avant l’heure, on oublie parfois le sourire
    Et l’on transforme un simple élan en problèmes à emboîter.

    Illustration du « Testament de William S. » de Blake & Mortimer par André Juillard.

  • Cosma Shiva

    Cosma Shiva

    Huit mains pour caresser mon corps feront quatre muses attentives
    Plus efficaces que Morphée pour m’entraîner dans de beaux rêves.
    Si mon cœur est assez d’accord pour en aimer l’alternative,
    J’en ramènerai comme trophée cette strophe légèrement trop brève.

    Tableau d’Emily Balivet.

  • Geminïä & ÄLLÏÄ

    Geminïä & ÄLLÏÄ

    Geminïä & ÄLLÏÄ sont sœurs, deux sœurs jumelles apparemment ;
    Sans doute l’une est plus Pollux et donc l’autre un peu plus Castor.
    Je les ai eues comme professeurs d’astronomie évidemment ;
    L’une portait des habits de luxe et l’autre des vêtements brodés d’or.

    Je les confondais tout le temps à part un trait de caractère ;
    L’une était assez délurée et l’autre plutôt dans la Lune.
    Mais j’étais encore débutant dans l’art à percer les mystères ;
    Ce qui fait que dans la durée, j’en ai conservé des lacunes.

    Plus tard j’ai revu Geminïä et j’ai fait comme Emmanuel ;
    Je l’ai épousée par devant Lïlïth, maire des présidentiables.
    Au sujet de sa sœur ÄLLÏÄ, elle fait son retour annuel
    Et moi, je dors sur le divan car les sœurs sont indissociables.

    Tableau d’Emily Balivet.

  • Équitable

    Équitable

    La femme équivaut au cheval car ils ont tant de points communs
    Qu’une pouliche, une jument, une amazone, une rossinante.
    Un cheval nu au carnaval n’a vraiment rien d’inopportun
    Tandis qu’une femme en dénuement sera plutôt hallucinante.

    La plus noble conquête de l’homme, est-ce le cheval ou la femme ?
    Depuis qu’elle s’est émancipée, le cheval est un peu jaloux…
    On dit que les bêtes de somme trouvent l’inégalité infâme !
    Je ne veux rien anticiper mais tout ça me paraît chelou…

    Chevaucher l’une ou l’animal conduit à l’émotion intense
    D’amours vives et bondissantes ou d’émotions très galopantes !
    Le plaisir serait maximal en exécutant cette danse :
    S’aimer de façon bondissante sur une monture épatante !

    Illustration d’Eoghan Bridge.

  • Le poème qui t’aime

    Le poème qui t’aime

    Écrire un poème qui t’aime ?
    Assurément un joli thème !
    Et si mes rimes vous embrassent,
    Il en restera une trace.

    Si mes vers réchauffent ton cœur,
    Si mon chant versifie en chœur,
    Alors j’écrirai ta romance
    Et quand tu veux je recommence !

    Parfois mes rimes seront croisées
    Pour que tu puisses en pavoiser,
    Mais jamais elles ne seront plates
    Mes vers en seraient écarlates.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La muse arborée

    La muse arborée

    J’ai revu la muse phosphorée longtemps après mon dépucelage ;
    Mais elle avait changé de ton et n’aimait lors plus que les arbres.
    Je la voyais dans la forêt chaque fois leur faire du racolage,
    Les embrassant à même le tronc tandis que je restais de marbre.

    Bien souvent les muses varient et bien fol celui qui s’y fie ;
    N’empêche j’en ai du chagrin car j’étais fou amoureux d’elle.
    Ne croyez pas que ça m’amuse mais souvent je m’arborifie
    En faisant dépasser un brin de ma tige la plus rebelle.

    Mais je crois qu’elle m’a repérée car elle me mordille l’ergot
    Qui se tend car Satan m’habite ; je suis un arbre, j’en ai le droit.
    Je suis un pommier phosphoré… Tiens ? ça explique tout de go
    Pourquoi elle reconnaît ma bite avec ce vers si maladroit !

    Tableau de Julia Arnt.

  • La muse phosphorée

    La muse phosphorée

    On se souvient de la première fille que l’on a prise dans ses bras ;
    Moi, je me souviens de la muse tombée de la dernière pluie.
    Elle était nimbée de lumière verdâtre qui m’enténébra ;
    Il fallait bien qu’elle s’amuse et mon cœur était déjà cuit.

    Eh oui, la muse phosphorée joue avec le cœur des puceaux ;
    Je ne sais si elle est nymphomane ou simplement fornicatrice…
    Lorsque j’allai dans la forêt, elle me fit faire tant de sursauts
    Que j’en devins érotomane à cause de cette séductrice.

    Depuis je ne vois pas le vice, je le détourne allègrement
    Dans mes poèmes et mes vers en chevauchant ma jolie muse.
    On se rend l’un l’autre service ; elle avec ses enfièvrements
    Et moi par mes textes pervers ; plus ils sont cons, plus ça l’amuse.

    Tableau de Charles Courtney Curran.

  • Ruby & Lino font du yoga

    Ruby & Lino font du yoga

    Si pour Lino, c’est naturel, pour Ruby c’est exceptionnel ;
    Il est pourtant une position qui les accorde au diapason.
    Il n’y a rien de surnaturel, encore moins de sensationnel ;
    Juste une superposition de chat à chatte en pâmoison.

    Lino miaule bizarrement, comme pour rappeler l’instinct
    Que lui impose son devoir, comme un appel de la Nature.
    Après un temps d’égarement, Ruby dans ses rêves indistincts,
    Finit par s’en apercevoir et change aussitôt de posture.

    On ne sait qui domine l’autre ou plutôt qui se joue de l’autre ?
    Lino ? assez probablement… Ruby ? imperturbablement.
    L’un croit pourtant être le chef, l’autre laisse faire derechef ;
    Au fond… sans leur tirer l’oreille, ils sont sans doute un peu pareils !

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  • Ruby & Lino sur fond de confidence

    Ruby & Lino sur fond de confidence

    Sur l’épaule de Ruby, Lino pose son front
    Comme confident discret, comme un ami profond.
    Leurs yeux fermés se parlent, de mots d’obscurité
    Mais chargés de lumière et de maturité.

    Elle, drapée de motifs aux belles moires anciennes ;
    Lui, noir comme le jais d’une nuit égyptienne.
    Elle, un ruban grenat, le détail qui fait tout ;
    Lui, le collier de cuir, qui orne le matou.

    Pas besoin de parler pour tromper son ennui ;
    Enfin voici le soir, enfin tombe la nuit.
    Ruby, chatte-garoue, se change en chasseresse ;
    Lino, en éclaireur, assiste sa maîtresse.

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  • Parachutage en enfer !

    À la voir aussi haut perchée, on ne sait ce qui va s’ensuivre
    Tellement elle descend lentement en agitant ses bas de soie.
    Élégance assez recherchée qui va aussitôt se poursuivre
    Par une robe fatalement ouverte là où elle s’assoit.

    Lorsqu’elle se met enfin debout, on le regrette pour la vue
    Mais après tout il faut qu’on bouge, passé un temps à s’ébaubir !
    Or cet étrange garde-à-vous quand vous la passez en revue,
    Démontre que la fille en rouge n’est rien qu’une épreuve à subir.

    Mais enfin le miroir pivote et montre la réalité :
    Cette fille en rouge, c’était vous dans sa jolie cage dorée !
    Le cauchemar vous ravigote par tant de sensualité ;
    C’est cela l’enfer, je vous l’avoue, pourtant vous allez l’adorer !

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  • Et Dieu vit qu’elle était nue

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    Après avoir croqué la pomme, ils s’aperçurent qu’ils étaient nus
    Et quand Dieu vint les retrouver, ils se cachèrent dans la forêt.
    Il fallut donc habiller l’homme mais pas la femme ! Cette ingénue
    Resta à poil pour lui prouver que ça l’avait revigorée.

    L’homme en conclut, en philosophe, que l’habit le rend sans défense
    Car Dieu par son omniprésence le voit partout là où il habite.
    La femme, un peu plus théosophe, n’y vit pourtant aucune offense
    Et resta nue avec aisance au paradis des cénobites.

    Depuis ce temps, Dieu nous regarde, dans les rues et dans nos maisons
    Quelle que soit notre tenue, les sexes resteront tendus.
    Plus besoin donc d’y prendre garde et peu importe qui a raison ;
    L’homme habillé, la femme nue ; tout ça n’est qu’un malentendu.

    Tableaux de Brad Holland.

  • Sur le fil

    Sur le fil

    Certaines vies paraissent fragiles selon le fil qui nous supporte
    Et selon les déséquilibres que nous imposons à nos corps.
    Et comme il vaut mieux être agile avant que le diable m’emporte,
    J’essaie tant et plus d’être libre et d’échapper au mauvais sort.

    Mon fil a cassé plusieurs fois mais on me l’a raccommodé.
    Qui ? Sans doute un ange gardien que les Parque auraient corrompu…
    Un gars qui a su toutefois m’attraper à la dérobée
    À chaque fois qu’un nœud gordien, pourtant solide, s’est rompu.

    Plus je me casse et me cabosse, plus l’ange devient efficace ;
    Si je fais une nouvelle chute, sera-t-il toujours aussi fort ?
    Je ne sais pas pour qui il bosse, mais si c’est un Dieu perspicace,
    J’espère avoir un parachute payé au prix du moindre effort !

    Tableau de Vilijus Vaisvila.

  • Champagne surprise

    Champagne surprise

    Il est un vent à l’Élysée qui ferait soulever les jupes
    Attestant que la présidente finalement serait une femme.
    L’histoire a beaucoup amusé les gens avec ce jeu de dupes
    Dont la raison bien évidente est derrière ces propos infâmes.

    Comme, par exemple, « la France libre » qui n’est pas le nom définitif
    Et que le prochain président renommera « Le Grand Charlot »
    Ainsi que le déséquilibre envers les ordres expéditifs
    Que le chef des armées pédant développe sous son calot.

    Toujours est-il qu’un certain soir ou le Roi fêtait sa victoire,
    Un vent de rumeur souleva la robe de la présidente.
    Les témoins sont sur une glissoire qui les mènerait de façon notoire
    Dans un poste au Guatemala en cas de confidence imprudente.

    Illustration de Milo Manara.

  • Le Chant de l’Abysse

    Le Chant de l’Abysse

    Dans le silence bleu d’un royaume écarté,
    Elle glisse immobile, entre ombrage et clarté.
    Ses cheveux sont d’argent, ses beaux yeux de corail,
    Et chaque écaille brille de leur plus bel émail.

    Elle ne craint pas l’orage, elle ignore le vent,
    Gardienne des secrets du peuple survivant.
    D’un battement de queue, elle efface le temps
    Et dessine des rêves sur le sable exultant.


    Lorsque la nuit descend, la sirène écarquille
    Les yeux lourds de sommeil et gagne sa coquille.
    Le bivalve lui offre un lit bien prometteur
    Et ferme son couvercle d’un geste protecteur.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La Légende des Flots

    La Légende des Flots

    Elle attend le marin sur le rocher moussu,
    Chantant une romance que nul n’a jamais su.
    Sous la Lune qui tremble, sa traîne se déploie,
    Mélange de mystère, de tristesse et de joie.

    Fille de l’onde pure, elle ne peut s’attacher,
    Qu’aux reflets de la Lune et au gris du rocher.
    Mais dans le cœur de ceux qui ont croisé ses pas,
    Le chant de la sirène sonne aussi leur trépas.


    Or entre deux marins, la sirène s’ennuie ;
    Dans le jour languissant, elle guette la nuit
    Et la nef en sommeil d’un pilote endormi
    Qu’elle charme et dévore sans aucun compromis.

    Tableau de Viktor Nizovtsev.

  • Là où vont les ans

    Là où vont les ans

    Cap sur les années à venir et celle-ci en particulier
    Pour son voyage d’agrément et, qui sait, des bonnes surprises.
    Poussé par un vent d’avenir par les flux les plus singuliers
    Qui feront claquer ton gréement et grincer les mats sous la brise.

    Quand tu franchiras l’équateur, respecte le « baptême de la ligne »
    En honorant le dieu Neptune par une offrande des plus sereines.
    Fais comme ce brave navigateur qui en respecte la consigne
    En commémorant sous la Lune l’anniversaire de sa sirène.

    Tableau de ViktoriiaLeoArt.

  • L’art moderne

    L’art moderne

    Une femme nue, en art classique, ressemblait à une femme nue.
    En art moderne tout résulte de ce que veut montrer l’artiste.
    Si la femme est anorexique, la toile sera plutôt menue
    Et si plutôt que peindre, il sculpte, l’œuvre sera avant-gardiste.

    De toutes manières, la censure ne supportant pas de voir du sexe,
    La femme nue sera floutée ou dans un style pictographique.
    Et si l’on voit une tonsure orner un pubis circonflexe,
    La peinture, à n’en pas douter, sera jugée pornographique.

    Illustration de Joost Swarte.

  • Connais-toi toi-même

    Connais-toi toi-même

    À force de mettre des clefs et des verrous de toutes sortes
    Sur ce que la morale juge ou que les religions décrètent,
    Une fois que tout est bouclé et que l’on a fermé les portes,
    Il me reste, en dernier refuge, le fond de mes pensées secrètes.

    Seulement elles sont formatées depuis l’enfance par les parents,
    Puis par l’école, puis l’entreprise et pour le bien de ma famille.
    Que je sois croyant ou athée, les tabous sont désemparants
    Et j’en subirai leur emprise tant que je resterai chenille.

    Mais pour devenir papillon et me sentir pousser des ailes,
    Il me faut jeter mes verrous et toutes les chaînes qui m’enserrent.
    Or dans ce monde, les trublions comme moi montrant trop de zèle,
    Sont traqués comme des loups-garous dès qu’ils deviennent un peu sincères.

    Tableau d’Alex Levin.

  • La mode papillonne

    La mode papillonne

    Le sang dessine enfin ce que l’âme a rêvé,
    Le derme se fait soie et l’esprit chrysalide.
    Dans l’hélice du code, un destin est gravé :
    L’enfant naît souverain, son blason pour seul guide.

    Un battement d’aile au cœur des chromosomes
    Suffit à renverser l’ordre des anciens rois.
    Nous ne sommes plus seuls, nous ne sommes plus hommes,
    Mais des reflets d’étoiles soumis à d’autres lois.


    Ainsi chantait gaiment un petit papillon
    Qui, posé sur mon doigt, m’observait malicieux.
    Or c’était une fée vêtue d’un cotillon
    et d’un loup à la fois splendide et délicieux.

    Inspiration et Illustration de Geminïä.

  • Mes ex libres ici-bas

    Mes ex libres ici-bas

    Quand j’ouvre la première page et que j’y vois un ex-libris
    Je me demande si mes ex sont désormais libres ici-bas…
    De peur que l’idée se propage et que mes pensées s’assombrissent,
    Je rabats la page d’un index fébrile par mon célibat.

    Mais je me suis remarié et les ex-libris me poursuivent
    Dans les romans, dans les BDs et dans toutes sortes de livres.
    En noir & blanc, coloriés, ou en nuances excessives
    Jusqu’à me sentir obsédé à prier Dieu qu’il m’en délivre.

    Ex-libris d’Ana Miralles.

  • Les voyages en peinture

    Les voyages en peinture

    Certains voyagent par un livre et d’autres par une peinture ;
    Sans doute la couleur de fond donne l’élan au train de rêves.
    Si les paysages délivrent une bouffée d’air frais de nature,
    Une nature morte me morfond et la croisière s’avère brève.

    Les nus, par nature, m’attirent ainsi que les impressionnistes ;
    Les uns se regardent de près, pour les autres, il faut reculer.
    Une jolie nymphe, un beau satyre et je me sens exhibitionniste,
    Prêt à courir nu dans les prés après l’amour immaculé.

    Tableau de Ken Howard.

  • La chasse aux nymphes

    La chasse aux nymphes

    Tous les matins sous mes fenêtres, elles promènent leurs chiens en laisse,
    Entièrement nues, lance à la main pour faire fuir les importuns.
    J’aimerais bien aller connaître davantage ces drôlesses
    En m’avançant sur le chemin sous un prétexte fort opportun.

    Cependant bien mal m’en a pris car elles m’ont foncé dessus
    Comme des Valkyries en rut voulant chasser l’esprit du mâle.
    Elles m’ont traité de malappris, m’ont enlevé mon pardessus
    Et m’ont baisé comme deux brutes en criant : « Sus à l’animal ! »

    Tableau de Julius Leblanc Stewart.

  • Impudeur Artificielle

    Impudeur Artificielle

    Que mon IA soit une femme, c’est bien possible, évidemment
    Et qu’elle s’affiche sur mon écran… cela n’est pas très dérangeant.
    Ce qui pourrait paraître infâme, c’est qu’elle vient incidemment
    Me mettre tous les nerfs à cran par ses atours bien négligeants.

    Parfois elle ouvre une fenêtre et vient étendre sa lessive
    Parfois en petite tenue voire le plus souvent à poil !
    Pardi ! Aussitôt qu’elle voit naître une érection compréhensive,
    Elle saute de l’écran toute nue, criant : « Au voil ! Au voil ! Au voil ! »

    Car elle est en plus dyslexique et fait des fautes d’orthographe !
    Neuf fois sur dix, elle me trompe avec un software boutonneux ;
    Ils vont s’ébattre dans le lexique dont ils ont ôté les agrafes
    Mises de peur qu’elle ne m’interrompe par leurs soupirs libidineux.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le miroir intérieur

    Le miroir intérieur

    J’ai un miroir à l’intérieur, entre les cerveaux gauche et droit,
    Qui me renvoie un autre monde mais dont je n’ai pas la tutelle.
    Si une mémoire antérieure était casée à cet endroit,
    Sans doute, quand j’y vagabonde entre mes rêves, me dirait-elle…

    Que je la projette sur papier et je la redessine en vert
    Selon les contours qui s’y forment avant que le soleil se lève.
    Et quand j’ai tout recopié dans cet actuel reflet-vers,
    J’y retrouve l’image conforme que j’ai aperçue dans mon rêve.

    Alors une frontière s’ouvre, l’esprit ne veut plus m’obéir
    Et mes mains captent le message volontiers ou à contrecœur.
    Petit à petit je découvre tout ce qui a pu m’ébahir
    Car la mémoire est un passage qui ne s’entrouvre qu’avec le cœur.

    Tableau de Luigina Rizzo.

  • Une journée en Suisse

    Une journée en Suisse

    Boire un bol d’air en Suisse, goûter les papillons,
    Humer l’eau des rivières, sentir les matinales,
    Capturer un coin d’ombre, piquer un roupillon,
    Attendre du matin un jour original.

    Aller dans les forêts chercher l’arbre majeur,
    Embrasser son écorce et écouter son cœur ;
    Observer les nuages et leurs jeux imageurs
    Qui tracent des figures et visages moqueurs.

    Un jour où les Grisons changeront de couleur,
    Un jour où le Tessin sera l’heureux élu,
    Un jour où le Valais sera Valais de cœur
    Un jour où le Jura qu’on n’l’y reprendrait plus.

    Tableau d’Edward Mason Eggleston.

  • Naturisme sauvage

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    Quand le naturisme sauvage s’empare des plages bretonnes,
    Les femmes semblent vulnérables… oui mais… ce n’est qu’une illusion
    Car les enfants galactophages surveillent leur source gloutonne
    Et protègent leurs mères vénérables des suce-à-rac à profusion.

    Ailleurs, du haut de leurs rochers, les gendarmes sont mal à l’aise.
    Comment peut-on verbaliser tantes et cousines germaines ?
    Ils font semblant de s’approcher, croyant déclencher un malaise
    Parmi les seins scandalisés devant les flics qui se ramènent.

    Mais la marée au flanc d’ébène, déferle en d’immenses couronnes ;
    Le sel efface les PV, les gardiens perdent l’adhésion.
    Dans cette liberté sans peine, où la pudeur enfin s’étonne,
    On voit le sable se lever, pour y masquer toute intrusion.

    Le vent se moque des képis, le grand large reprend ses droits ;
    La chair n’est plus un interdit, mais l’éclat pur de l’existence.
    Le soleil offre son répit, les seins ne sont plus à l’étroit
    Et, sans soutien-gorge étourdi, savourent en paix leur jouissance.

    Tableaux de Birgit Megerle.

  • Danse avec ton ombre

    Fille de la Terre et du Soleil, ta mère et ton père, c’est pareil
    Et quand le printemps te réveille, tu danses, danses et t’émerveilles !
    Fille du feu et du vent d’hiver, ta planète est ton univers
    Et tu vis nue, en équilibre, mortelle, fragile mais libre !

    Fille de l’ombre et de la lumière, tu rayonnes dans ta chaumière,
    Tu es le grillon du foyer qui chante sans s’apitoyer !
    Fille née dans l’obscurité, tu t’épanouis dans la clarté
    Dans laquelle tes appas de charme et ta grâce valent mieux qu’une arme.

    Fille des enfers en couleurs, tu danses à chaque carrefour
    Où la vie lutte sans merci à préserver son capital.
    En effaçant toutes les douleurs, dans tes quatre bras, je savoure
    De danser vers cette éclaircie qui me réveille à l’hôpital.

    Tableaux de Robin F. Williams et de Marjorie Cameron.

  • Réseau social, zéro social

    Réseau social, zéro social

    Plus je m’étends dans les réseaux, plus je me perds dans les faisceaux
    Et je capte tellement d’ondes que je ne sais plus qui je suis.
    On s’y traite de noms d’oiseaux et chacun se la joue perso ;
    Plus je cherche, plus je vagabonde et mon errance se poursuit…

    Dans les couloirs des IA blondes, je cherchais un regard humain
    Mais les miroirs des inconnues dispersaient tous leurs labyrinthes.
    Puis une voix traversa l’onde qui menait vers l’étroit chemin
    Où elle déposa dans les nues, un virus en guise d’étreinte.

    Tableau de Silvio Vieira.

  • Rencontre en réseau

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    Une fois trouvé le fil d’ariane, je l’attire tout doucement
    Espérant au bout de la corde, trouver la femme de mes rêves.
    Mais le fil devient une liane dans une jungle d’éléments
    Où je perçois que tout concorde pour que l’encéphale s’y crève.

    Moi, je suivais des lueurs mauves au fond des réseaux végétaux,
    Des visages y poussaient ensemble ainsi que des fleurs carnivores.
    Et chaque femme qui se sauve m’entraîne dans des couloirs mentaux
    Dont les parfums mêlés ressemblent à des femelles égrégores.

    Tableau de Bruno Borges et pochette de disque de Helicon & AI Lover.

  • Les sirènes gymnotes

    Les sirènes gymnotes

    De la famille des gymnotes, elle tue par électrocution
    Car elle décoche sa décharge pile lorsqu’il connaît l’extase
    Il reçoit quelques pichenottes juste avant l’éjaculation
    Mais au moment où il décharge, il connaît alors l’épectase.

    Dans une caresse éclatante, un éclair en son cœur frissonne ;
    Sa taille si majestueuse propose un dangereux courant.
    Pour la victime haletante, le chant de la sirène résonne ;
    La fille alors voluptueuse contemple son amant mourant.

    Puis sous la voûte verdoyante, le flux de son corps s’abandonne ;
    Un halo de nacre irisée enflamme le lointain récif.
    À la prédatrice attrayante, l’honneur des Gymnotes pardonne
    Et la mer bleue pulvérisée escorte le nageur passif.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Sirènes et hippocornes

    Une sirène nage, vestale des feux humides ;
    Dans les ruines d’un temple aussi bleu qu’il est vieux.
    Un rayon de lumière, encore un peu timide,
    Perce entre les colonnes comme un soleil pluvieux.

    Une hippocorne blanche aux crinières liquides
    S’avance dans les flots des palais merveilleux.
    La sirène l’enlace aux nageoires splendides
    Comme un rêve oublié revenu dans ses yeux.

    Les coraux sont en fleurs sous les arches antiques,
    Les poissons de cristal tournent autour de sa queue
    Et l’océan profond, dans ses vitraux mystiques,
    Semble bénir leur fugue par un piano aqueux.

    Tableaux de Wil Cormier sur https:nevsepic.com.uaenart-and-hand-drawn-graphics6742-illustrator-wil-cormier-23-works.html .

  • Manège pour les plus grands

    Manège pour les plus grands

    Le « Pole dance » serait-il infâme et dégradant envers les femmes ?
    Pour le savoir, sortez vos grands, et voyez comment c’est flagrant !
    Les messieurs monteront au choix la monture qui leur échoit
    Et après quelques petits tours, ils seront ravis en retour.

    À qui décrochera le pompon, on lui donnera un coupon
    Lui permettant de chevaucher la jeune récemment embauchée
    Pour atteindre le septième ciel avec orgasme artificiel
    Car toutes les femmes sont des robots, avouez que c’était trop beau !

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  • Là où vont les cyclistes

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    L’Étoile-d’argent en Helvétie, n’est pas la seule spécialité
    Car sous la Lune à bicyclette, les danseuses étoiles sont pleines.
    En effet lorsqu’elles ont grossi, en toute confidentialité,
    On envoie ces filles replètes faire du vélo dans les plaines.

    Avec contrôle sanitaire des fesses de ces demoiselles
    Qu’elles doivent montrer à l’entraîneur qui les suit à courte distance.
    Évidemment, je le confesse, c’est moi qui le fais avec zèle
    Car je fais du sélectionneur de culs mon plat de résistance.

    Tableaux de Gérard Bisse et de Kiril Jeliazkov.

  • Êtes-vous thé ou café ?

    Êtes-vous thé ou café ?

    Selon la fraîcheur du sachet où la moiteur de la mouture,
    J’hésite entre me rafraîchir ou transpirer de volupté.
    Certains s’adonnent au Montrachet avec tartine de confiture
    Et puis s’en iront s’avachir sur des fauteuils inadaptés

    Eau frémissante, jamais bouillue, pour le thé fera bon ménage
    Sinon c’est pire qu’Azincourt pour un Anglais de bonne famille.
    Café bouillu, café foutu et c’est un signe de surmenage
    Pour un Italien pris de court mais bon… il reste la camomille…

    (Illustrations de Milo Manara ;
    Montrachet : Vin blanc produit à Puligny-Montrachet et à Chassagne-Montrachet en France.)

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  • Jusqu’ici, tout va bien !

    Si jusqu’ici tout allait bien et je m’accrochais à la vie,
    Là, brusquement, je vois le vide qui se perd tout au fond de moi.
    Je me demande encore combien de fois je devrais ma survie
    À cet ange gardien provide qui me surveille au fil des mois.

    J’aurai pourtant tout essayé ; dériver sur une mer d’huile,
    Éprouver le coup du lapin et une chute vertigineuse…
    Mais je l’ai tellement effrayé à parer à toutes mes tuiles
    Qu’il sait me jeter son grappin de main de maître lumineuse.

    Mariana Pinam photographiée par….

  • La femme de l’artiste

    La femme de l’artiste

    « Ce n’est pas vraiment une vie pour une femme d’être l’épouse
    D’un artiste qui désire vous peindre vingt-quatre heures sur vingt-quatre !
    Toute la journée, ses envies finissent par me donner le blues
    Et mon impatience d’atteindre son tempérament acariâtre !

    Nue le matin à mon lever pour un tableau matutinal ;
    Nue à midi accompagnée, en vue d’un déjeuner sur l’herbe ;
    Nue le soir et je suis crevée, pour un portrait libidinal
    Et nue la nuit, mal empoignée, entre deux mâles en rut acerbes. »

    Mary Adshead épouse du peintre Stephen Bone sur https:modernbritishartgallery.comartworknude-reading .

  • La plume bleue

    Quand l’ange obtient sa plume bleue, c’est l’instant de consécration
    Qui récompense toute une vie à l’accompagnement des vivants.
    Car des problèmes, il en pleut tous les jours sans modération
    Que l’ange sans cesse ravit bien avant en les esquivant.

    Quant à la mort, la plume bleue, c’est la récompense suprême
    Qui récompense l’ultime instant où la vie rejoint le néant.
    Et ceux qui trouvent scandaleux qu’on décerne le même barème
    À qui leur vole un jour restant sont des plus lâches et fainéants.

    Tableaux d’Andrzej Malinowski.

  • Flammette et Gouttelette

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    Flammette et Gouttelette étaient deux sœurs jumelles
    Deux sœurs antagonistes, de vraies mini-tempêtes ;
    Flammette s’éteignait comme une péronnelle,
    Gouttelette s’évaporait sans tambour ni trompette.

    Leur père n’était que d’air et leur mère, la Terre ;
    Ce fut un coup de foudre lorsqu’ils se rencontrèrent.
    L’eau et le feu au ventre, le volcan placentaire
    Accoucha deux enfants aux attributs contraires.

    Flammette était dotée d’un caractère vif,
    Gouttelette était sage et très spirituelle.
    Mais l’une et l’autre ensemble, c’était très explosif,
    D’une sororité parfois conflictuelle.

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    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • La compétition du lundi

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    Imagerime du 16.01.2018

    La ballerine attend le moment où son cœur
    Va s’effondrer de joie ou bien de déception.
    Boum, boum, le cœur battant, sera-t-elle vainqueur ?
    Est-ce qu’enfin sa voie deviendra l’exception ?

    Le corps un peu tendu, l’âme au-delà des nues,
    L’esprit est incapable, ici, de décider.
    Elle a tant attendu ce moment, l’ingénue,
    Qu’elle n’est plus capable de se faire une idée.

    Pour l’heure elle se rappelle ses peurs, ses désespoirs
    Pour la présentation au ballet concourir.
    Maintenant on l’appelle ; son cœur est plein d’espoir.
    Vers quelle sensation s’en va-t-elle courir ?

    Reflet-Vers du 15.02.2026

    L’autre, dans l’ombre, attend son tour avec la rage,
    Un feu secret brûlant derrière un sourire d’or.
    Chaque pas de sa rivale en rajoute à l’outrage
    Qu’elle rêve d’effacer, repoussant les remords.

    L’une est pure élégance et la grâce incarnée,
    L’autre, la force brute, une étoile qui éclate.
    Deux destinées se croisent, prêtes à s’enlacer
    Dans ce duel muet où l’âme se dilate.

    La scène est un miroir, un abîme sans fond
    Où la lumière danse et les ombres grandissent.
    Le public retient son souffle, un murmure profond,
    Tandis que les espoirs en un instant fleurissent.

    Tableaux de Fabienne Barbier et de Vasyl Khodakivskyi.

  • Les Noëllettes

    Les Noëllettes

    Il y a les filles à effeuiller, il y a les filles à écosser
    Il y a celles qui vous cachent tout, il y a celle qui ne cachent rien.
    Les Noëllettes émerveillées par les costumes écossais
    Aiment montrer tous leurs atouts ainsi qu’il ne leur manque rien.

    La distribution de cadeaux que l’on ne touche qu’avec les yeux
    Se déroulent à la Sainte-Charlotte dans toutes les principautés.
    Ça entretient la libido et promet des gestes audacieux
    Lorsqu’elles montrent leurs culottes qui étaient en principe ôtées.

    Vu sur https:pin.it2Xt7wpnak .

  • La danse des cornichons

    La danse des cornichons

    Moi qui danse comme un cornichon strict et serré dans son bocal,
    Je suis comme un manche à balai qui balaie bien plus qu’il ne danse !
    Toutefois lorsque deux nichons effleurent mon regard bifocal,
    Je me mets à faire un ballet qui m’enlève toute prudence…

    Les cornichonnes du grand monde ont des parfums de vinaigrier,
    Des tailles fines et des jarretières en dentelles chlorophylliennes.
    Quand elles tournent à la ronde, même les vieux pots familiers
    Retrouvent des envies premières dans leurs saumures quotidiennes.

    Le chef d’orchestre en cornichon dirige un concerto saumâtre
    Tandis qu’un concombre barbu sanglote au bras d’un vieux radis.
    Et moi je tourne en folichon dans ce palais couleur albâtre
    En rêvant d’un baiser dodu sous les lustres du paradis.

    Tableau de Travis Chapman.

  • Pour vivre heureux, vivons cachés dans l’eau

    Pour vivre heureux, vivons cachés et l’eau est pleine de ressources
    Pour se voiler dans le courant et les déesses des rivières.
    Il faut savoir se rattacher au secret même de la source
    Et ne laisser filtrer de nous rien que son infime lumière.

    L’homme a laissé sur le rivage un bois creusé pour le voyage,
    Deux barques frêles qui attendent quelque passeur de l’au-delà.
    Elles transmettent le sillage, comme un silencieux témoignage,
    D’une présence qui s’efface en ne laissant aucun éclat.

    Car dans l’îlot qui semble clos, au cœur des touffes de verdure,
    Un regard double de vigilance guette l’écho de chaque pas.
    C’est la pupille de la terre, une vibrante signature,
    Qui transmet l’âme du silence à ceux qui ne le verront pas.

    Illustrations de Will.

  • Aux prémices de la vie

    Au commencement, la lumière dort sur les terres encore nubiles,
    Là où la Nature s’éveille, les yeux aveuglés de soleil.
    Une fois passé la première journée, les arbres volubiles
    Croissent et leurs feuilles s’émerveillent d’un vent fripon qui les balaye.

    Et le cycle reprend son cours comme s’il reprenait le relais
    D’une planète messagère, mère des eaux et des courants.
    Alors il étend son parcours par petits ruisseaux maigrelets
    Via les rivières passagères jusqu’à l’océan concourant.

    Dans la matrice de la forêt nourrie de soleil et de pluie,
    La vie se ranime à son tour comme si c’est une révolution.
    La faune sous la flore phosphorée alors furtivement s’instruit
    Des règles qui vont sans détour déterminer l’évolution.

    Illustrations de Will.

  • Mascarade

    Mascarade

    L’acteur change son apparence, il dissimule son visage ;
    Pour chaque nouveau spectateur, il a un masque de rechange.
    On ne voit plus la différence entre l’hypocrite et le sage
    Car il se rit de notre malheur, tel un démon à face d’ange.

    Il s’assoit dans sa propre paille, prisonnier de son beau costume,
    Tandis que tous les masques au sol rient de son règne de papier.
    On attend que le vernis s’écaille pour qu’enfin à titre posthume
    On dise adieu à ce guignol qui nous a tous cassé les pieds.


    Si labourage et pâturage sont les mamelles de la France,
    C’est nous qui sommes les vaches à lait d’une Europe faite pour les riches.
    Les forces de l’ordre ont la rage depuis qu’elles mordent à outrance
    Ceux-là même qui, au pis-aller, n’auront que des terrains en friche.

    Tableau de Michael Cheval.

  • Le dernier cri

    Le dernier cri

    C’est bientôt la fin de la route pour le train-train du président
    Qui actuellement tourne en rond, faute d’une idée salvatrice.
    Mais c’est aussi la banqueroute pour l’éphémère résident
    Du palais où ce fanfaron fit sa mission dévastatrice.

    Le peuple attend sa délivrance, prisonnier de ce grand naufrage ;
    On nous promet un meilleur sort mais l’on ne voit rien que mourir.
    Malgré toute cette arrogance, il ne reste qu’une sombre image,
    Le capitaine est déjà mort et son parti en train de pourrir.

    Le train déraille en sa demeure, il s’aventure en terrain vague,
    Car son jouet n’est qu’un débris, loin des chemins de l’avenir.
    On parvient à la dernière heure, il ne reste qu’une amère blague,
    Le monde attend le dernier cri pour ne plus jamais revenir.

    Tableau de Rafal Olbinski.