Enfin, la lumière s’éteint d’une ombre d’insécurité Mais bientôt les yeux s’habituent au premier lumignon qui luit. Des lueurs de cuivre et d’étain annoncent dans l’obscurité L’or et son feu qui restituent le charme de la reine de nuit.
J’ai retrouvé ce vieux phono, sa manivelle, son pavillon Par son aiguille traversé pour un ultime Hara-Kiri. Soixante-dix-huit tours en mono mais gravés en microsillons, De vieux fantômes ont dispersé dans l’air la voix des walkyries.
Tandis que le soleil se couche sur une mer tout feu tout flamme, Le calme de la nuit retombe sur une scène de théâtre. L’amour donne l’eau à la bouche par le baiser doux d’une femme Et voici que mon cœur succombe dans cette atmosphère rougeâtre.
Tandis que le soleil réveille les premières fleurs de printemps, Les jolies filles s’épanouissent dans des appas primesautiers. Pour les garçons, tout est merveille lorsqu’ils dégustent les vingt ans Des baisers qui s’évanouissent sous l’ombre de leurs canotiers.
Tandis que le monde s’agite à l’heure du petit-déjeuner, Je consulte le tigre en moi pour lui annoncer les nouvelles. L’économie a pris du gîte, les actionnaires sont déchaînés Et les finances en émoi prêtes à se faire sauter la cervelle.
Tandis que la forêt s’éveille par quelques rayons indiscrets Qui viennent enflammer les buissons sous l’action de leurs griffes ardentes, Mon petit arbre sort de sa veille pour me délivrer les secrets À propos des premiers frissons d’une journée pétaradante.
Prêts pour la visioconférence en direct et en stéréo ? Posez vos écrans, vos tablettes juste devant votre couvert ; Saluez avec déférence votre invité en vidéo ; Enfin, la famille est complète et tout le monde reste couvert.
Bonne nouvelle aux confinées : le lapin de Pâques visite Tout le temps de la lunaison les jeunes vierges émancipées. Dans neufs mois seront confirmés tous les nouveau-nés ovocytes Issus des œufs en couvaison lors d’une ponte anticipée.
Fi des villages qui se ressemblent et des cités conventionnelles ! Vivent les ruelles étroites et les quartiers bariolés ! J’aime les lieux où se rassemblent les gens pluridimensionnelles J’aime les maisons maladroites aux escaliers dégringolés.
J’aime les histoires sans fin des querelles entre voisins Un jour, ça va puis, on se fâche ; on s’aime, on se réconcilie. Parfois, on arrive aux confins d’une bagarre entre cousins, Et ça continue sans relâche au nom de la xénophilie.
Demain, on voudrait tout changer, uniformiser les maisons Construire un monde sans douleur et refouler les indigènes. Moi, je préfère mélanger – peut-être à tort ou à raison – Les goûts de toutes les couleurs dans des villes hétérogènes.
Toutes ces ruelles intimes se perdent dans l’immensité De la ville aux mille visages, mille origines et milles vies. Aux fenêtres, barrières ultimes, apparaît la diversité D’autres coutumes, d’autres usages, d’autres désirs, d’autres envies.
Le voyageur autour du monde cherche de nouveaux paysages Tandis que j’arpente les rues à la recherche du temps perdu. Comme Proust, mes pensées s’inondent au cours de mes apprentissages De souvenances disparues et de migrations éperdues.
Ici, on parle mille langues et là, on prie pour d’autres dieux ; Un puzzle de communautés, une mosaïque de traditions. Ainsi le monde nous harangue à être miséricordieux Et accepter sa primauté par ses valeurs en coalition.
Belle qui peins ma vie aux couleurs de tes yeux, Qui délaie au lavis mes baisers précieux, Donne-moi ton sourire coloré de désir Laisse-toi donc rougir par l’appel du plaisir.
La beauté et la grâce de tes jambes en faisceaux Ont laissé de la place à mon propre pinceau. Une amoureuse ardeur fait de moi ton marqueur Et je remplis ton cœur de ma chaude liqueur.
Et je remercie Thoinot Arbeau pour sa chanson « Belle qui tiens ma vie »
Tableau d’Erika Steiskal sur http:www.erikasteiskal.com .
Pour changer d’atmosphère, je fermerai les yeux, La tête dans les nuages, les cheveux dans les nues. Juste me satisfaire du souffle silencieux De la brise suave sur mon corps ingénu.
Sans autre fond sonore que le vent dans les feuilles Qui brasse les ramures comme le bruit des vagues. Que le calme m’honore et mes oreilles veuillent Accepter le murmure de l’âme qui divague !
Aussitôt perdu nos repères, l’amour nous fait tourner la tête ; Le cœur ne va qu’à l’essentiel, surtout si la fille est jolie. On se repose, on récupère, on remet ça, on se répète Et on reste au septième ciel pendant le temps d’une folie.
L’une est vêtue et l’autre nue ; puis, lentement les feuilles volent Et déshabillent la première pour en rhabiller la seconde. Ainsi, ce ballet continu de l’amour et du temps frivoles Ressemble à l’ombre et la lumière qui régissent la vie du monde.
Quand le serpent inocula le virus de la connaissance, Leur mise en invalidité ferma la porte au Paradis. Après ce triste postulat, Adam s’occupa de semences Pour recouvrir leur nudité sans que ça leur coûte un radis.
Le photographe un peu fantasque fera sortir le p’tit oiseau Sur la campagne environnée avec un tissu de mensonges. Incognito derrière son masque, le Petit Prince fait beau museau Avec le Renard couronné qui mime un monarque qui songe.
Ce jour-là, elle était assise sur la marquise de velours À côté d’un bouquet de fleurs livré très tôt le matin même. Elle resta, un moment, pensive à songer à ce gros balourd Qui lui avait avoué en pleurs : « Madame, il faut une je vous aime ! »
Tableau « La femme allongée avec des fleurs » 1942 de Henri Matisse.
« Un cordon bleu pour la cuisine, un cordon rouge pour l’amour, Un prix pour la dégustation, une autre pour la jouissance ! » Ce n’est pas moi, c’est ma voisine qui me l’annonce chaque jour Lorsque j’entends la prestation qu’elle offre aux gourmets en puissance.
Entre la femme et la balance, la vie ressemble à une horloge ; Un jour elle remonte son poids et lentement son poids s’abaisse. Il y a donc une équivalence entre la graisse qui se loge Et le temps qui fait contrepoids avec la masse de ses fesses.
Une fois le galant parti, elle s’accorde un demi-verre. Il a laissé sa cigarette une fois l’amour assouvi. Mais selon le temps imparti, il est possible qu’elle s’avère N’être juste qu’une amourette ou bien la femme de sa vie.
Le monde devient si complexe que nul ne peut vous expliquer Comment fonctionne l’appareil exécutif traficoté. Et nous restons un peu perplexes devant les calculs compliqués De gens qui n’ont pas leur pareille pour vous emberlificoter.
En récompense d’une danse, elle reçut sur un plateau La tête de Saint-Jean Baptiste, sans autre forme de procès. Salomé, de toute évidence, a voulu mener en bateau Le roi Hérode immoraliste qui allait plus tard l’engrosser.
Lui, sa planète est trop petite pour contenir un éléphant ; Nous, l’apocalypse est prédite à force de faire des enfants. Lui, juste un mouton et une rose suffisent à combler son bonheur ; Nous, guerres et batailles moroses pour y mourir au champ d’honneur.
Elle rapproche son visage parce qu’elle a cru reconnaître Un joli pigeon appâté à l’hameçon de son corsage. Faute d’Oracle et de présage, elle se poste à la fenêtre Tous les matins pour y tâter la pêche aux oiseaux de passage.
Tableau de Jack Vettriano – de son vrai nom Jack Hoggan.
Il était bien sein-cœur trois quart, quand nous nous sommes embrassés Précisément à l’heure cuisse, les jambes assez enchevêtrées. Ses fesses ont fait le grand écart et mon aiguille s’est empressée Entre montagnes et vallées suisses, tous les sens interpénétrés.
Photo d’Erwin Olaf – floutée pour éviter la censure Facebook.
La planète Coronavirus nous a envoyés ses aliens Non seulement assimilés, mais parfaitement intégrés. Pour que les premiers apparussent à l’ère néandertalienne, Ils ont dû se dissimuler parmi les tribus émigrées.
Tant que la chatte miaulera afin que le matou l’approche, Elle deviendra poupée gigogne après qu’il l’a réconfortée. Tant que la chatte l’engueulera et l’accablera de reproches, Elle demeurera, sans vergogne, émancipée mais sans portée.
D’abord surprise et puis furieuse de m’avoir montré ses nichons, Elle se tourna effarouchée pour me cacher sa nudité. Pourtant, hier, elle était curieuse et m’a monté le bourrichon Pour que je lui fasse toucher un peu de ma virilité.
On appelait « les années folles », l’insouciance avant la guerre, La simplicité combinée avec le siècle des lumières. Tandis qu’aujourd’hui batifolent les humains dont l’instinct grégaire Les pousse à vivre confinés entre quatre murs de poussière.
Mon héritage paternel comme une loupe grossissante ; La marguerite à effeuiller qui lui a fait aimer ma mère, Quelques mots tendres et éternels sur quatre pages jaunissantes De son vieux carnet à feuillets pour ses voyages éphémères.
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
Où passent les années bonheur que je voudrais mettre à l’honneur ? Neuf mois furent bien éphémère dans la matrice de ma mère ; L’enfance qui semblait éternelle s’oublie comme une ritournelle ; Si ma vie d’adulte fourmille d’autant de scènes de famille, Ma carrière professionnelle s’est révélée obsessionnelle. Enfin après mon accident, ma mémoire va en s’oxydant.
Je raconte l’histoire d’une image comme je remonte le temps À la recherche d’un passé depuis trop longtemps oublié. Parfois, j’y découvre un passage et je deviens le confident D’une vision outrepassée que je n’ai plus qu’à publier.
Tandis que sa petite aiguille parcours la voûte de l’horloge, Le soleil colore le ciel avec ses minutes en rayons. Et, tandis que le peintre aiguille notre regard, il s’interroge Pour capter tout le potentiel avec sa main et son crayon.
Tableau « radiant light » d’Erin Hanson sur https:mymodernmet.cominterview-erin-hanson .
Quand je conjugue au Paradis, les verbes aimer, boire et manger, Les mots prennent en genre et en nombre la marque du superlatif. La mort devient une parodie car le temps n’y peut rien changer ; Dans la lumière ou la pénombre, l’amour devient copulatif.
Quand le miroir est bien poli, l’image donne à réfléchir ; Si Droite et gauche sont inversées, haut et bas sont du même avis. Quand le miroir est en folie, sa mémoire peine à rafraîchir ; Passé, futur sont renversés et la mort revient à la vie.
Chaque musicien dans sa niche, qui son piano, sa clarinette, Qui son violon ou sa guitare, qui son tambour ou sa trompette, Qui son nourrisson qui pleurniche, qui son minet ou sa minette Porte à croire qu’il n’est pas si tard pour jouer la musique en fête.
L’encyclopédie naturelle de l’héritage de ma mère : Quelques fleurs séchées des montagnes entre les pages d’un carnet ; Des esquisses et des aquarelles de météores éphémères ; Des crépuscules sur la campagne aux tonalités incarnées.
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Parce que la survie des enfants dépend de la force des femmes, Leur chemin s’est couvert de roses là où ont pleuré les rebelles. On vit ce peuple triomphant renaître de l’exil infâme Parce que les Cherokee moroses se sont senties fortes et belles.
Le sable ne garde l’empreinte de nos pas que quelques secondes Comme l’image du passé dont il ne subsiste plus rien. Seuls les couloirs du labyrinthe que ma mémoire vagabonde Conserve les traces espacées des beaux visages aériens.
À force de nourrir l’espoir de faire ma réalisation, J’ai remarqué l’omniprésence des déceptions de mon ego. Aussi, je suis la trajectoire qu’indique mon inspiration Pour absorber, en sa présence, ma vie à tire-larigot.
« Ne nourrissez pas d’espoir de réalisation mais pratiquez toute votre vie. » – Milarepa.
L’arbre et sa réalisation me cache sa compréhension Car j’aperçois d’abord ses feuilles puis, son tronc enfin, ses racines. Quoi qu’il en soit, que je le veuille ou m’y refuse, il me fascine Car il sème la libération de toutes mes appréhensions.
« Ne confondez pas la compréhension avec la réalisation et ne confondez pas la réalisation avec la libération. » – Livre tibétain de la vie et de la mort.
D’où vient le flux de mes pensées qui m’accompagnent sur le chemin ? Est-ce que je capte l’émission de créatures de l’au-delà ? Serai-je un jour récompensé d’avoir souvent tendu la main À l’univers en rémission dans l’énergie d’un mandala ?
Moi, j’utilise les reflets que renvoient des illustrations Qui me font remonter mon âme passant par le canal du cœur. J’entends l’image me souffler le feu de l’illumination Qui va m’ouvrir comme un sésame la réflexion du chroniqueur.
Quand j’aperçois les bleus de l’âme colorer les murs des maisons Et les nuances de verdure les dissoudre dans les fourrés, Je sens la terre qui réclame le travail au fil des saisons Pour récompenser en nature les hommes qui l’ont labourée.
Tandis que de gros bâtiments, bien cloisonnés, bien empilés, Transportent autour de la Terre, les containers entrechoqués, Profitons du confinement qui nous permet de compiler Tout l’éventail et l’inventaire de ce que nous avons stocké.
Les photographies aériennes de JP et Mike Andrews.
Je n’ai de nouvelles du monde que par les yeux des opprimés Que masquent le regard partial de ceux qui se croient supérieurs. Désormais mon cœur vagabonde là où désire s’exprimer La sincérité impartiale envers les êtres dits inférieurs.
Enfant, j’ai souvent éprouvé une amitié approfondie Pour un ami imaginaire qui m’enlevait mon vague à l’âme. L’autre jour, je l’ai retrouvé, nous avions tous les deux grandis. Mais le plus extraordinaire fut qu’elle était devenue femme.
Si les robes couleurs de temps sont démodées depuis longtemps, Les robes couleurs de soleil sont obscurcies par le sommeil Et les robes couleurs de lune tombées dans la fosse commune. Seules les robes sans prétentions sont, paraît-il, en expansion.
Dans la fontaine aux souvenirs, les dieux ont perdu la mémoire Mais les déesses y ont pleuré des larmes énergétisées. Les femmes apprécient de venir dans ses ondes en robe de moire Pour sentir l’eau les effleurer d’une caresse magnétisée.
Dans la mythologie hellène, un homme à la flûte de pan Jouait sa musique rustique empreinte de philanthropie ; Dans la mythologie indienne, un homme à la plume de paon Jouait sa musique mystique pour en séduire les gopis.
Krishna est fréquemment montré jouant de la flûte, séduisant les gopis – les gardiennes de troupeaux.