Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • À ses sœurs – 2

    La quatrième, par accident, me surprit car j’étais absent.
    Je n’ai jamais su si le père était le même que ses sœurs.
    Je me suis dit qu’en s’oxydant, un spermatozoïde adjacent
    Avait dû perdre ses repères et suivre ses prédécesseurs.

    La cinquième, là j’en suis sûr, était mon sang, Dieu m’en préserve.
    Elle était le portrait craché de sa mère mais avec mes yeux.
    Du moins c’est elle qui me l’assure et je l’accepte sans réserve
    Car j’y suis tellement attaché que réfuter serait odieux.

    La sixième resta la dernière, je commençais à m’épuiser
    À bâtir de nouvelles chambres et des meubles plus que de raison.
    Elle était un peu chicanière et d’une ardeur inépuisée.
    On l’a mariée en décembre et c’est Noël à la maison.

    Tableaux de Alyona Kosulnikova.

  • À ses sœurs – 1

    La première fille qui m’a marqué n’est pas celle que vous croyez
    Mais cette poupée minuscule, fruit des amours de ma jeunesse.
    Puis, la vie nous a embarqués et nous nous sommes octroyés
    De répéter au crépuscule le même échange de promesses.

    La deuxième naquit en couchette, train de nuit de l’Orient-Express.
    C’était, je crois, un premier mai car elle embaumait le muguet.
    Je l’aurais appelée « Clochette » mais c’était le nom de ma maîtresse
    Et j’ai préféré la nommer d’un prénom bien moins divulgué.

    La troisième arriva à terme dans un vieux quartier de Marseille
    Qui offrait la vue sur le port et sur la Porte de l’Orient.
    Ses cheveux et son épiderme très mat lui allaient à merveille
    Elle en reçut de bons rapports et des visages souriants.

    Tableaux de Alyona Kosulnikova.

  • Flux et reflux

    Flux et reflux

    Un clair de Lune sur la plage attise les plus beaux souhaits
    Surtout quand les cœurs désireux ont hâte de se marier.
    Ainsi les vœux en décalage sont accordés ou rabroués
    Selon le reflux généreux ou bien le flux contrarié.

    Tableau de Marianna Foster.

  • Le rendez-vous sur la lande

    Le rendez-vous sur la lande

    Pas de fantôme sur la lande, juste un rendez-vous amoureux.
    À cette heure entre chien et loup, devant les ruines du château,
    Une femme aux amours gourmandes guette d’un regard langoureux
    Son amant qu’hier était jaloux de s’être fait mettre un râteau .

    Tableau de Jack Thurston.

  • Le concerto au poil

    Le concerto au poil

    Le compositeur non-voyant tâta les courbes de son corps
    Et écrivit la partition sur la peau de la demoiselle.
    Le concerto, en envoyant la fille nue faire l’accord,
    Provoqua la disparition du maestro et sa pucelle.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Le secret des pyramides

    Le secret des pyramides

    Dans le secret de la matrice, là, se cache une pyramide
    Qui, elle-même, constitue le moule de l’origine la vie.
    Voilà pourquoi la génitrice protège sa partie humide
    Car son utérus restitue l’énergie de sa propre survie.

    Illustration de Jerome Podwil.

  • Le flot de Venise

    Le flot de Venise

    Dans la foule à Venise, dans le flot des humains,
    Je me sens étourdi, je me sens étranger.
    Dans le flux des valises, les touristes en chemin
    Me donnent le tournis aux langues mélangées.

    Tableau d’Olivier Suire-Verlay.

  • La nuit écarlate

    La nuit écarlate

    Elle avait entendu l’appel d’une voix qu’elle reconnaissait
    Comme appartenant à son fils disparu depuis des années.
    Elle descendit à la chapelle où elle allait se confesser
    Pour participer à l’office des renaissances instantanées.

    Illustration de Jerome Podwil.

  • Le chat et son ange gardien

    Les chats n’ont pas vraiment neuf vies mais ont un ange fort efficace
    Qui, neuf fois, leur sauve la mise sauf la dixième. Fatalité ?
    C’est vrai qu’il n’a pas l’air ravi de devoir être perspicace
    Pour que chaque mort soit remise à Pâques ou à la trinité.

    En vérité l’ange gardien, neuf fois sauvé son protégé,
    Deviendra un chat à son tour et le chat deviendra un ange.
    C’est le miracle circadien que réalisent ces potes âgés
    De dix-mille ans au compte-tours depuis que dure cet échange.

    Tableaux de Yanin Alexander.

  • La demoiselle dans son nid

    La demoiselle dans son nid

    Elle s’était construit son nid toute seule et sans l’assistance
    Des oiseaux lui tournant autour pleins de bons conseils avisés.
    Mais leurs propositions honnies ne brisèrent pas sa résistance ;
    Elle fit son œuf sans le concours du moindre mâle ravisé.

    Tableau de Jennifer Yoswa.

  • La chatte de Van Gogh

    La chatte de Van Gogh

    Comme il s’était tranché l’oreille et donné la langue à sa chatte,
    Van Gogh lui laissa sa palette et son pinceau puis, son béret.
    Un oiseau la trouvant pareille au maître lui serra la patte
    Et Vincent peignit les starlettes le regarder, l’air sidéré.

    Tableau de Jennifer Yoswa.

  • En attendant l’inconnu

    En attendant l’inconnu

    Juste drapée d’étoffe blanche autour des reins comme une cape
    Elle attendait sur le rivage une rencontre, un inconnu.
    Il était très tôt ce dimanche sur la jetée, au bout du cap
    La brise fraîche sur le visage faisait frissonner son corps nu.

    Tableau d’Omar Ortiz.

  • Le tango de l’archange

    Le tango de l'archange

    Dès lors qu’elle danse avec son ange, elle attrape le diable au corps
    Et ne supporte aucun vêtement, juste ses bas et ses chaussures.
    Lorsque vous apercevrez l’étrange duo qui, d’un parfait accord,
    Danse un tango indécemment, ne leur faites aucune censure.

    Tableau de Kees Van Dongen.

  • Le baiser de l’ange

    Le baiser de l’ange

    Aussitôt que la femme est nue, elle se retransforme en ange
    Comme si des ailes invisibles se dégageaient de son bassin.
    Son gardien lui a convenu d’être présent dans le mélange
    De son auréole sensible et l’aréole de ses seins.

    Tableau d’Omar Ortiz.

  • Chat qui lit, chat qui rit

    Chat va, chat vient avec le temps que je passe à chercher mon chat
    Maintenant qu’il sait remonter chez la voisine de balcon.
    Mais j’ n’ai pas perdu pour autant mon temps de poète pacha
    Qui me permet de raconter ses faits et gestes les plus abscons.

    Chat-lut, Chat-va ? Dès le matin, le minet me tire du lit
    Pour lui apporter sa pitance – et de la première fraîcheur ! –
    Je quitte mes draps de satin pour calmer sa mélancolie ;
    Le soir je bois en pénitence du vin de messe pour le pécheur.

    (Le temps passé avec les livres et les chats n’est jamais perdu.
    C’est ce que je fais ; je bois du vin et je connais des choses.)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Le retour de Cherch’Midi

    Cherche-Midi est revenu ; il avait dû trouver refuge
    Sur le sofa d’une voisine et dormir toute la journée.
    Après sa fugue saugrenue, je ne sais par quel subterfuge,
    Il est rentré dans la cuisine ; il avait faim de sa tournée.

    Illustration de Philippe Geluck.

  • La famille Jolinichon

    De la famille Jolinichon, j’avais croisé ces deux gamines,
    Inséparables comme à la ville et comme au lit ; ce fut grandiose !
    Nous faisions sauter les bouchons de champagne aux amphétamines
    D’une façon presque servile, une véritable symbiose.

    Elles m’invitèrent à la campagne dans leur vieille maison de famille
    Où je fus reçu par leur mère qui portait aussi bien son nom.
    Elle fut vite ma compagne et ses enfants, mes belles-filles,
    Joignirent leurs glandes mammaires à ma collection de canons.

    Tableaux de Kees van Dongen.

  • Au bord de la Töss

    Au bord de la Töss

    La Töss ouvre en grand ses deux rives pour accueillir les estivants
    Avec îles pour les sirènes et barbecues pour les gourmands.
    Toute la journée elles arrivent, avec le soleil motivant,
    Les belles naïades sereines qui m’éliminent mes tourments.

    Illustration de Kailey Whitman.

  • Derrière la Töss

    Derrière la Töss

    Derrière la Töss, près des collines de jolis prés poussent en attente
    Des campeurs et de leurs copines qui viendront s’aimer sous la tente.
    Les papillons et libellules vous souhaiteront la bienvenue
    Mais gare aux tiques qui pullulent surtout si vous dormez tout nu !

    Illustration de Kailey Whitman.

  • Sous la Töss

    Sous la Töss

    Plus de poisson dans la rivière malgré toutes les tentatives
    Les humains ont mis des barrières et des cascades entre les rives.
    Tant pis pour le héron qui pêche et tant pis pour les canetons.
    Je ne dis pas que ça m’empêche de dormir mais c’est trop thon !

    Illustration de Kailey Whitman.

  • Le cycle des rêves

    Tôt le matin, elle revient ponctuelle à l’heure coutumière
    De l’aurore saupoudrée des rêves que les anges ont fait de leurs mains.
    Lentement son âme devient tout illuminée de lumière
    Pour la diffuser sur la grève et la répandre sur les humains.

    Puis vers le soir, sur le départ, les épaules chargées des souffrances
    Qu’elle a recueillies en échange des rêves d’or qu’elle a donnés,
    Vêtue d’argent, elle repart pour transformer en délivrance
    L’ouvrage réservé aux anges qui sauront bien les pardonner.

    Tableau de Sulamith Wulfing.

  • Cristallisation

    Cristallisation

    À partir d’un cristal de roche aussi pur que de l’eau limpide,
    Les fées mettent des anges au monde par une cristallisation.
    En pleine lune, elles l’accrochent sous la nitescence sapide
    Aux branches d’un arbre à losanges sacrés pour l’angélisation.

    Tableau de Sulamith Wulfing.

  • Bleue de nuit

    Bleue de nuit

    Lorsque la lune est bleue de nuit et que nous avons fait l’amour,
    Elle prend sa douche lunaire pour aider la fécondation.
    Toujours est-il que ça ne nuit ni au plaisir ni au glamour
    Car c’est assez spectaculaire de voir Vénus en pleine action.

    Illustration de Lou Shabner.

  • Suivez-moi jeune homme

    Suivez-moi jeune homme

    En traversant la pataugeoire, j’ai proposé à Marie-Ange
    De s’envoyer en l’air tantôt après quelques brasses dans l’eau.
    Mais elle est montée au plongeoir et m’a dit : « Fais le saut de l’ange »
    Alors je m’ suis pris un râteau et passé pour un rigolo.

    Illustration de Lou Shabner.

  • Evidences

    Evidences

    Les chaises ont quatre pieds, c’est pour poser par terre (Boileau).
    Les femmes ont quatre membres, pour s’envoyer en l’air.
    Les filles, comme il leur sied, cachent bien des mystères ;
    Les femmes, dans leur chambre, savent comment nous plaire.

    Illustration de Lou Shabner.

  • La fugue de Cherch’Midi

    De son balcon, Cherche-Midi observait les canards sauvages
    Et les promeneurs qu’accompagnent leurs compagnons de race canine.
    Toujours est-il, c’est c’ qu’on s’est dit, qu’il a dû plier ses bagages
    Puis, s’est enfui dans la montagne à la recherche d’ ses origines.

    Illustration de Philippe Geluck.

  • De tous les regards

    De tous les regards

    J’aimerais changer de regard et reconnaître un nouveau monde
    Avec les yeux des animaux de toutes les catégories.
    Voir comme un chat perché hagard, comme une mouche vagabonde
    À en avoir les lacrymaux remplis de fantasmagorie.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Pythagore

    Pythagore

    Si les nuages étaient carrés plutôt que n’importe comment,
    Nous verrions l’ange Pythagore nous expliquer son théorème
    Par des cumulus bigarrés sur un ciel d’un bleu assommant
    Et nous comprendrions l’égrégore de l’hypoténuse suprême.

    Tableau de Gianni De Conno.

  • Diffractions

    Le petit trou de la serrure devient un œil qui se diffracte
    Lorsque la fente rétrécit jusqu’à devenir une loupe.
    Les rayons percent les ferrures et brusquement se décontractent
    Et leur finesse déprécie tant qu’on croirait une entourloupe.

    La lumière garde ses secrets dans l’art dont elle se comporte
    À la fois comme particule et onde électromagnétique.
    Dieu a voulu rester discret sur les miracles qu’il apporte
    Et il serait donc ridicule d’en traiter l’éclat d’hérétique.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Les dessous de la tatouée

    Les dessous de la tatouée

    Qui aurait cru que sous la robe se cachait un corps tatoué
    Dont les dessins enchevêtrés forment une bande dessinée ?
    Lorsque le public se dérobe, j’aime lire, je dois l’avouer,
    Ses aventures empêtrées dans l’amour de sa destinée.

    Tableau de Ray Caesar.

  • Le chat machine

    Le chat machine

    Toutes ces machines ensemble qui nous soulagent des travaux
    Forment une drôle de famille surtout les machines-à-laver.
    Comme la plupart se ressemblent, je ne dirai qu’un mot : « bravo »
    En revanche, lorsqu’elles dégobillent, l’eau se répand sur le pavé.

    Tableau de Ray Caesar.

  • Le petit peuple des forêts

    Le petit peuple des forêts

    Le petit peuple des forêts dépose souvent ses offrandes
    Sur une souche protégée dans le bois du chemin des loups.
    J’avais moi-même décoré d’escargots au sel de Guérande
    Que deux chiens blancs ont cortégés pour ne pas faire de jaloux.

    Dans le Wolfstrasse – le chemin des loups – de la forêt d’Eschenberg, il y a une souche sur laquelle au fil des mois et des années des petits lutins déposent des petits sujets notamment les petits canards qui n’étaient pas là le mois dernier.

  • M. Cherch’midi

    M. Cherch’midi

    Si la nuit tous les chats sont gris, le mien vers trois heures s’écrie :
    « Tout le monde debout là-dedans ! J’ai faim et rien à me mettre sous la dent ! »
    Après, il griffe le sofa alors ça suffit comme ça !
    Ô Dieu des chats, protégez-nous des cris de cet odieux minou !

    Une amie nous a donné ce chat qui s’appelle « Schmidi » et nous essayons de le franciser en « Cher Schmidi » et ça donne « Cherch’midi ».

  • Le rouge et la noire

    Le rouge et la noire

    Quand le rouge entre dans le noir, le sang ne se mélange pas
    Car la sève blanche qui sort reste cependant incolore.
    Monet, Van Gogh, même Renoir n’ont pu franchir ce mauvais pas
    Et mélange en plein essor donne un enfant versicolore.

    Tableau de Leonor Fini.

  • Semblablement

    Cette nuit-là, le chat botté ne semblait pas dans son assiette ;
    En chemise de nuit, ma femme ne semblait pas très réveillée
    Mais ses seins de pure beauté semblaient lui crever la nuisette
    Et je compris qu’un rêve infâme semblait me faire dérailler.

    Tableau de Dorothea Tanning.

  • Violée de lumière

    La porte s’ouvrît sans un bruit et le soleil la pénétra
    D’abord d’un rayon adressé directement à sa maîtresse.
    Puis la lumière ouvrit le fruit et tout son jus se perpétra
    Dans l’ombre sauvage agressée mais qui la remplit d’allégresse.

    Amy Adams photographiée par Boe Marion pour So-it-goes-magazine 2018.

  • La reine de la forêt

    La reine de la forêt

    Comme je passais sous un arbre, l’odeur me monta à la tête
    Et j’entendis une voix frêle dire : « S’il vous plaît embrassez-moi ! »
    Tandis que je restai de marbre, des lèvres semblables aux fleurettes
    D’un arôme de thym et de prêle mirent mon cœur en émoi.

    La reine des forêts – discrète à l’ordinaire dans ces bois –
    M’est apparue avec sa traîne faite de fleurs et de fougères.
    Je connus des amours secrètes telles qu’elles me laissèrent sans voix
    Et depuis ce jour je m’entraîne à biser la reine fourragère.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Partout à la fois

    Je vis partout à la fois dans la tête de chacun,
    Je suis moi et je suis toi, je suis lui et je suis elle.
    Je connais tous les émois et je n’en regrette aucun,
    Des soupirs entre les toits et des rires dans les ruelles.

    Je ris, je pleure et je chante à chaque instant, tous les jours ;
    Je passe du rire au larme, du bourreau à sa victime.
    Je surprends et m’épouvante de la haine et de l’amour
    Et je pousse un cri d’alarme d’une intimité ultime.

    « Têtes suspendues » exposées au Glasgow’s Art Gallery and Museum, Kelvingrove, en Écosse.

  • La balinaise

    La balinaise

    J’avoue je n’ai pas voyagé à Bali,
    Je ne connais pas le levant où pâlit
    Le soleil sur les passagers du Mali
    Qui se sont tous enfui devant l’hallali.

    J’avoue je n’ai jamais dansé à Bali,
    L’ensemble de mes connaissances a pâli
    Devant le malheur condensé du Mali
    Et les guerres en tumescence, l’hallali.

    Tableau de Vladimir Tretchikoff.

  • À la fenêtre

    À la fenêtre

    Je pourrais regarder ma vie par la fenêtre,
    Laisser la pluie frapper les carreaux protecteurs,
    M’enfermer, me garder à l’abri et renaître
    Hors du monde happé par le flot destructeur.

    Cette étrange impression quand j’entends les nouvelles
    Du monde à l’extérieur résonne dans ma maison.
    Toutes ces dépressions toujours se renouvellent
    Et moi, de l’intérieur, il pleut dans ma raison.

    Tableau de Vladimir Tretchikoff.

  • Le Pont-La vie

    Tous les matins le pont s’écarte, du moins son mouvement ressemble
    À une gymnastique de pierre, un étirement de tablier.
    Vous n’ le verrez pas sur les cartes, mais quand les bateaux s’y rassemblent
    Sur les barques fument les soupières sur les planches d’érabliers.

    Tous les soirs le pont se referme, du moins les ombres le resserrent
    Comme pour rapprocher des mains les rives jumelles opposées.
    Le jour s’étire et puis s’enferme sous un ciel noir qui se lacère
    De lassitude mais dès demain d’autres heurs seront proposés.

    Tableau de Dusan Djukaric.

  • Paris sous la pluie

    Il pleut ce matin à Paris, déambulent les parapluies,
    À pas pressés, à pas mouillés, à pas chassés par les bottiers,
    Les gens de tous les gabarits, passants entre gouttes de pluie,
    Sur les trottoirs déjà souillés par un printemps primesautier.

    La Tour Eiffel sous les nuages gratte le ciel qui la démange,
    Le champ-de-Mars joue les miroirs et montre les gens à l’envers,
    Dans la foule en plein remuage, on se confond, on se mélange
    Personne ne semble s’émouvoir qu’aujourd’hui le temps est couvert.

    Tableau de Dusan Djukaric.

  • Ô chat orange !

    Ô chat orange !

    Ô chat orange, roi des forêts,
    Que j’aime ta fourrure !
    Quand, par tes crocs, rats et souris
    Sont dévorés, tu t’en nourris,
    Mon beau matou, roi des forêts,
    C’est pour ta nourriture.

    Toi qu’ le hasard mena chez nous,
    Pour une vie entière !
    Joli chaton, comme il est doux
    Ton corps de félin blanc et roux !
    Toi qu’ le hasard mena chez nous
    Par une drôle de chatière !

    Mon beau matou, ton blanc collier,
    Ainsi que tes chaussettes !
    Que ton cri résonne à jamais
    Sur les montagnes et leurs sommets !
    Mon beau matou, tes blancs souliers,
    Roi du Massachussetts !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La pêche à l’aube

    La pêche à l’aube

    Silencieusement juste avant l’aurore,
    Officieusement dans la nuit encore,
    Chaleureusement les oiseaux pérorent.

    Sentencieusement le bateau s’avance,
    Tendancieusement le pêcheur devance
    Fallacieusement les eaux de jouvence.

    Consciencieusement les poissons approchent
    Malicieusement au-devant des croches,
    Délicieusement passent sous les roches.

    Tableau de Dusan Djukaric.

  • Je t’aime, moi non plus V6.17

    Je t’aime, moi non plus V6.17

    Je t’aime sur mon iPhone, moi aussi sur iPad,
    Je te hais sur Samsung, je te quitte sur Nokia.
    Fais-moi rêver Sony, c’est LG qui l’a fait,
    Je m’appelle Ericsson et moi c’est BlackBerry.

    Je t’aime en SMS et par messagerie ;
    Pour ton anniversaire je t’envoie un courriel.
    Tu n’ m’envoies plus de Poke et plus de commentaires ?
    Je te quitte face de bouc jusqu’à ta prochaine version !

    Illustration de Daniel Garcia.

  • Le puzzle de la vie

    Le puzzle de la vie

    Chaque jour apporte une pièce au puzzle qui me constitue.
    Il était marqué sur la boîte : quatre-vingt-dix ans de patience.
    Tout nouvel élément acquiesce qu’au final l’œuvre restitue
    La véritable femme adéquate ou l’homme suivant sa conscience.

    Illustration de Daniel Garcia.

  • L’amour en mer – 1

    Je t’aimerai dans la mer bleue, dans la mer chaude et savoureuse
    Dans la mer Méditerranée et dans les mers occidentales.
    Parmi les rivages sableux et dans les dunes amoureuses
    Qui ne seront jamais surannées de nos étreintes sentimentales.

    Je t’aimerai dans la mer noire, dans la mer sombre et ténébreuse
    Et aussi dans la mer Caspienne et dans les mers orientales.
    Dans des voyages aux mémoires de nos amours les plus scabreuses
    Dont les odyssées olympiennes restent à jamais fondamentales.

    Tableau de Lorenzo Mattotti sur http:www.mattotti.com .

  • La pose en question

    La pose en question

    Tout est question de point de vue, d’observation et de patience.
    L’image peut paraître trompeuse quand la perspective s’absente.
    Est-ce un homme ou une femme nue qui met en doute votre défiance ?
    Or si cette pose est pompeuse, elle me paraît bien relaxante.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La procréation de la Terre

    La procréation de la Terre

    Puisque la nuit aimait le jour, un jour ils ont fait une fille
    Le temps d’une éclipse de lune dont les comètes tenaient le voile.
    Ils nommèrent leur fruit de l’amour pour concrétiser leur famille :
    « Terre pour les gens de fortune et qui dorment à la belle étoile. »

    Tableau de Riccardo Guasco.

  • Les femmes fontaines

    Les femmes fontaines

    Si vous aimez les douches froides, alors adoptez un verseau
    Plutôt qu’un vierge insipide qui n’a pas inventé l’eau tiède.
    Ça vous fera le membre roide qui pénétrera le berceau
    De velours doux, tendre et humide de son sexe qui vous obsède.

    Illustration de Mike Willcox.