« On croit que les bébés se taisent parce qu’ils ne savent pas encore parler.
Pourtant, lorsque je berce Élysäé, Orélion et Laëtïtïa, j’ai parfois l’impression qu’ils commentent entre eux toutes nos absurdités.
Deux me sourient.
Le troisième regarde derrière moi comme s’il reconnaissait quelqu’un que je ne peux pas voir. »
Princesse ÄLLÏÄ, Gardienne du Souffle Premier
« Pipi, caca, lolo, dodo, la vie est assez monotone !
J’avais espéré autre chose que d’être traitée comme une poupée.
Maman me baigne avec tant d’eau qu’elle me noiera avant l’automne…
Heureusement je métamorphose ses mamelles de salive coupée ! »
« Moi, j’aime bien quand elle chantonne et me fait des guilis-guilis !
Avec mon frère, on lui siphonne un max de lait pour le plaisir !
Et quand papa la pelotonne et lui tète ses seins avilis,
Il n’a plus rien et il s’étonne d’être frustré dans son désir ! »
« Mais j’aime beaucoup être dans mon bain, je me sens devenir poisson !
Et je sens que ma foufounette est comme une bouche affamée
Qui cherche son petit alevin pour lui bouffer son hameçon
Ou agir comme une manette pour en faire du hareng fumé ! »
« Autant pour moi mais c’est le feu du soleil qui me fait jouir
Et c’est pareil pour ma zézette qui voudrait absorber le ciel,
Faire de cet astre ce que je veux mais sans le laisser m’éblouir
Ou le prendre comme une sucette à l’anis, goût préférentiel ! »
« J’aime beaucoup les femmes-poissons qui nous câlinent si souvent ;
J’adore caresser leurs écailles et nager en leur compagnie !
J’ai même apprécié la moisson de laitance d’un bar émouvant
Qu’elles m’ont traite avec une paille … ah, mes amis, quelle avanie ! »
« Moi, j’ai un faible pour la musique des quatre garçons dans le vent
Qui me font bouger tous les membres et me donnent envie de chanter !
J’aime surtout l’autre amnésique qui joue du piano en levant
Les doigts au risque qu’ils se démembrent dans une folie enchantée ! »
« Parlez, discutez, jacassez ! Je ne dis mot mais ne consens
Pas à trouver ce drôle de monde amusant plutôt qu’oppressé.
Or j’en aurais bien eu assez si un fantôme intéressant
N’était venu une seconde me dire qu’elle me reconnaissait… »
Illustration de Ledalïä.
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