La cité engloutie

« Certaines ruines ne s’effondrent jamais.
Elles attendent simplement que des cœurs curieux reviennent les visiter.
Alors les pierres racontent, les épaves se souviennent et les profondeurs cessent d’être seules. »

Princesse ÄLLÏÄ, Gardienne du Souffle Premier

La cité engloutie

Et voici nos aventurières chevauchant leurs poissons à cru
Qui arrivent au pied des vestiges d’une ancienne cité engloutie.
Pourtant ces vénérables pierres restent debout – qui l’aurait cru ? –
À vous en donner le vertige tellement les arches sont abouties.

Les colonnes de marbre austère émergent des herbiers touffus ;
Des statuettes aux yeux de nacre observent les trois cavalières.
Nul ne sait encore quel mystère se cache derrière, à l’affût,
Ni à quoi Éôlïäne consacre cette cité festivalière…

« Voilà le cœur de mon royaume ! » leur dit Azurianne tout émue ;
« J’y viens souvent quand je m’ennuie ou lorsque Guillaume est aigri ! »
Le poisson-chat paraît en somme trouver cette remarque promue
À se dissoudre dans la nuit quand les siluriformes sont gris.

Sur le forum abandonné, un vieux trois-mâts s’est échoué
Depuis plusieurs centaines d’années à en croire l’état du vaisseau.
Sous les sabords bien ordonnés, de vieux boulets semble voués
À une retraite surannée sur la terrasse prise d’assaut.

« Je n’ai jamais osé monter sur cette épave aux flancs noircis ;
Elle gémit lorsque les courants traversent ses voiles déchirées. »
Confesse Azurianne tourmentée par les cordages racornis
Qui sembleraient presque mourants s’ils se mettaient à délirer.

Loreleï pose le pied sur le pont couvert de mousse et coquillages ;
Éôlïäne la suit de très près sans même attendre son avis.
Guillaume, lui, reste à surveiller le bateau qui a fait naufrage
Tandis qu’un silence fait-exprès s’empare soudain du parvis.

« Vous qui osez entrer céans, je vais vous passer par les armes ! »
Crie une voix dont la requête fige Éôlïäne « aïe aïe aïe ! »
« Je suis la reine de l’océan ! » rit Azurianne à chaudes larmes
De s’être bien payé leurs têtes. « Ah c’est malin ! » dit Loreleï.

Illustration de Ledalïä.

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