
Ledalïä rêve d’impossible et de paysages vivants.
Quoi d’autre que son propre corps pour un chef-d’œuvre bien abouti ?
Mais elle doit vaincre l’indicible peur de se montrer face au vent
Toute nue pour être en accord avec ses désirs engloutis.
Au début, elle hésite encore, très pudique et les bras croisés
Comme si elle craignait de troubler le monde de sa nudité.
Mais voici le vent de l’aurore qui s’engouffre et vient la toiser
Et les mamelons de doubler de volume d’opportunité.
Elle ouvre les bras lentement et les seins sentent la caresse
Des courants qui viennent flatter son ventre, et puis derrière, et puis devant,
Et puis elle sent son élément la pénétrer avec tendresse
Et sa matrice dilater la semence portée par le vent.
Alors Ledalïä développe le fœtus de sa création
Qui grandit nourri par son art et son lait aux mille couleurs.
Après neuf mois, son enveloppe s’ouvre sous la procréation
Et l’œuvre digne de Léonard accouchera dans la douleur.
Ce n’est pas un rêve érotique mais l’alchimie de Ledalïä
Qu’elle veut cacher, c’est son secret, et des plus intimes qui soient.
Quel est donc ce père exotique caché fond d’Ô ÏÄMÔURÏÄ ?
Sans doute un Masculin Sacré égaré… cela se conçoit.
L’enfant né gagne la galerie, le lieu où Ledalïä expose
Et fait la fierté de sa mère dont le cordon ombilical
Se souvient de cristallerie, métallerie et toutes choses
Qui donnent à l’air cet éphémère parfum de l’art obstétrical.
Et lorsque le public contemple en silence l’étrange naissance,
Personne ne voit, dans les couleurs, le ventre qui les enfanta.
Ledalïä rit du fond du temple, intime creuset de connaissance,
Où ses ovaires roucouleurs détiennent seuls ce potentat.

Illustrations de Ledalïä.
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