Le rêve de Lïlïth

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Cette nuit-là, Lïlïth revint sur la terre des origines ;
Dans le jardin avec Adam, tous les deux nus et innocents.
Mais alors elle se souvint d’avoir voulu être androgyne
Pour ne pas subir ce dégradant devoir de femelle qui consent.

Depuis elle rêve d’une âme sœur qui veuille partager avec elle
Les jeux d’amour et de pouvoir et la même reconnaissance.
Elle se revoit cueilleur-chasseur et le soir masser les séquelles
D’une journée à émouvoir le corps de son adolescence,

Cette nuit-là est primitive, silencieuse, immense et pour elle ;
Parmi tous les fruits interdits, il y en a des mûrs ou bien verts.
Elle goûte leur sève appétitive d’une envie folle et naturelle
Qui la rend un peu étourdie mais c’est si bon pour ses ovaires !

Est-ce sa bouche qui a faim ? Est-ce son sexe qui espère ?
Un peu des deux évidemment, son cœur aime autant à la fois
La flamme des amours sans fin et le grand fleuve qui prospère
Pour une vie avidement qui l’interpelle dans sa foi.

Alors Lïlïth, grande alchimiste, invente l’amour féminin :
Elle ne conçoit qu’en jouissance après être montée au ciel ;
C’est cet orgasme très intimiste qui crée et non le faux pouvoir bénin
Du mâle qui croit en sa puissance comme le facteur essentiel.

Lïlïth sait maîtriser son corps et ovuler quand elle le souhaite ;
Donner à l’homme qu’elle a choisi un enfant né de sa matrice.
Celui qui veut, sans son accord, lui imposer des galipettes
N’aura qu’un embryon moisi et une profonde cicatrice,

Dans son rêve, Lïlïth, nue, reçoit le sceau du Féminin Sacré :
Son corps devient un sanctuaire qui devra être respecté.
C’est son seul temple qui conçoit ; l’homme devra se consacrer
À accomplir un gestuaire, toute transgression exceptée.

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Illustrations de Ledalïä.

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