Le peintre et son modèle

Le peintre et son modèle

Et si je vous disais, Madame, quand je vous peins votre portrait,
Je mets et mon cœur et mon âme aussi nus que je vous projette
Sur le tableau où s’amalgament tous mes fantasmes trait pour trait
Afin de transmettre ma flamme sans que votre cœur la rejette.

« Alors peignez-moi sans prudence et sans pudeur dans le regard ;
Je préfère un portrait sincère à tous les masques des salons.
Même si votre âme s’élance au-delà des simples égards,
Je veux voir brûler la lumière au fond de vos constellations.

Ne craignez pas mes yeux de femme : ils savent lire les cœurs tremblants,
Les mains qui cachent sous leurs gestes des désirs presque irréels.
Car votre silence me réclame autant que vos pinceaux brûlants
Et je sens vibrer sous vos vestes des battements providentiels.

Alors peignez-moi telle un songe impossible à recommencer,
Comme une robe abandonnée au seuil du monde et de la nuit.
Et si nos deux âmes prolongent ce tableau sans le prononcer,
Nous laisserons l’amour dessiner ce que la parole détruit… »

Tableau d’Antonio Bueno.

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