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  • Jeune sirène partagerait appartement – 2

    Jeune sirène partagerait appartement - 2

    Ainsi j’étais colocataire d’une véritable sirène
    Qui, peu farouche, m’invita à partager son immersion.
    Mais comme j’étais propriétaire, j’offris mes services à ma reine
    Pour transformer son habitat et en permettre la submersion.

    Je lui cédai pour compagnons mes poissons rouges exotiques
    Qu’elle accepta comme sujets au sein d’son espace vital.
    En retour, me trouvant trognon, d’un gazouillement hypnotique
    Elle me convia, sans m’adjuger, à écouter son récital.

    Je ne sais plus ce qu’il advint et n’en ai aucun souvenir,
    Vaincu par le charme légendaire et par le baiser de l’oubli ;
    Évidemment je ne parvins jamais à y contrevenir.
    Merci de m’en être solidaire en lisant ce que je vous publie.

    Illustration de Robin Pushee.

  • Jeune sirène partagerait appartement – 1

    Jeune sirène partagerait appartement - 1

    « Jeune sirène souhaiterait partager un appartement
    Mais avec l’exclusivité d’une baignoire en guise de chambre. »
    A priori sans intérêt, l’annonce me plut gaillardement
    Et j’invitai à visiter la belle un matin de novembre.

    Elle aima ma salle-de-bains et y déposa ses valises
    Et s’enferma à double tour juste après l’avoir découverte.
    Je m’en allai à mon turbin quand j’entendis ses vocalises
    Et m’approchai sans hésiter de la tabatière entrouverte.

    Je ne vis d’abord qu’une queue qui ondulait de la cuvette,
    Puis de longs cheveux chatoyants, ruisselants sur deux seins tremblants.
    Curieux de ce décor aqueux, je l’observai à la sauvette
    Lorsque soudain, imprévoyant, elle me fixa d’un air troublant…

    Illustration de Camila Estela G.

  • L’étalon de Lady Goviva

    L’étalon de Lady Goviva

    C’ n’est pas vraiment un étalon que Lady Godiva monta
    Mais une sorte de licorne du genre mâle et fier-à-bras.
    Lorsqu’elle claqua des talons – d’après ce que l’on raconta –
    Elle s’empala sur la corne lorsque l’animal se cabra.

    Après avoir tant chevauché, exécuté de soubresauts,
    Elle connut tellement d’orgasmes qu’on entend encore les échos.
    Neuf mois après, la débauchée accoucha d’un beau jouvenceau
    Bien bâti avec enthousiasme d’un phallus digne d’un bourricot.

    Tableau de Scott G. Brooks sur www.scottgbrooks.comproduct-categorygiclee-prints .

  • Le charme en armure

    Le charme en armure

    Lady Godiva, une nuit, traversa nue sur son cheval
    Pour s’élever contre son mari qui levait beaucoup trop d’impôts.
    Pour échapper à tout ennui d’un coup de foudre médiéval
    Et parer aux charivaris, elle mit un « top » bien à propos.

    Le dos recouvert d’une armure contre les coups de Cupidon
    Qui avait la flèche facile et faisait mouche en ce temps-là, †
    La cavalière rasa les murs escortée par un myrmidon
    Chargé de voir quel imbécile la materait de sa pergola.

    (Tableau de Michael Parkes sur https:www.theworldofmichaelparkes.comartistsmichael-parkesoriginal-hand-pulled-stone-lithographs
    † presque piqué à Georges Brassens et son « Fantôme ».)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Sous les couches, l’enfant

    Sous les couches, l’enfant

    Grattez-moi là, l’évolution de ma dernière couche moderne ;
    Vous y trouverez Cro-Magnon sans internet, sans téléphone.
    Complétez l’évaluation, creusez dans ma vieille baderne
    Et découvrez les compagnons qui composent ma mégafaune.

    Première couche, mon cœur d’enfant qui n’a d’ailleurs pas su grandir ;
    Un peu plus bas, ce bon vieux singe de la branche d’où je descends.
    Plus loin, gorille ou éléphant car mes cellules vont s’arrondir
    Pour redevenir sans méninge juste un poisson iridescent.

    Dans ce strip-tease des origines, après le tissu animal,
    Sans doute ai-je été végétal, roseau pensant assurément.
    Par conséquent un androgyne qui n’avait pas pensé à mal
    Lorsqu’il prit le chemin fœtal de la vie prématurément

    Tableau d’Aaron Jasinski sur https:www.taringa.net+arteaaron-jasinski-pinceladas-nostalgicas-parte-2_hrdb0 ainsi que sur https:www.aaronjasinski.com .

  • Cachez ce saint en qui je ne saurais croire !

    Cachez ce saint en qui je ne saurais croire !

    Les saints sont durs et douloureux au moment de la renaissance
    Pour accueillir les pèlerins et leur offrir une coupelle.
    Entre les tympans langoureux, ils sortent en reconnaissance,
    Parfois même d’un souterrain, d’une crypte ou d’une chapelle.

    Moi, j’étais chérubin timide et me cachais entre les voûtes
    Pour y guetter les pèlerines d’où pointaient les plus jolis seins.
    Allongé sur la pierre humide, j’ai laissé tomber quelques gouttes
    Dans le bénitier en verrine trônant dans le chœur sacro-saint.

    Abbaye de Sainte-Foy à Conques, France.

  • Mon loup intérieur

    Mon loup intérieur

    Sans vraiment être un loup-garou, je sens souvent monter la bête
    Lorsqu’il me prend une colère pour un motif grave ou futile.
    Je pars sur les chapeaux de roues, le sang me remonte à la tête
    Et je me sens pousser molaires et incisives qui me mutilent.

    Et puis ma colère retombe après avoir longtemps hurlé
    Comme un soir sous la pleine lune un lycanthrope l’aurait fait.
    Est-ce qu’ainsi je creuse ma tombe, est-ce que la mort me coud l’ourlet
    Pour me mettre en fosse commune avec un suaire surfait ?

    Bien sûr, ce n’est qu’une soupape pour évacuer la pression
    Que je dois juste maitriser pour ne bouleverser personne.
    Cet anathème me handicape et je fais mauvaise impression
    Sur ma chérie électrisée quand l’heure du coup de gueule sonne.

    Tableau d’Aaron Jasinski sur https:www.taringa.net+arteaaron-jasinski-pinceladas-nostalgicas-parte-2_hrdb0 ainsi que sur https:www.aaronjasinski.com .

  • Les maux t’y qu’on

    Les maux t’y qu’on

    La communication progresse plus par l’image que la parole
    Et l’on s’échange des icones, des stickers et des émojis.
    Un bonhomme rouge si l’on s’agresse, un bisou si l’on se cajole,
    Un chat hilare si l’on déconne comme nouvelle étymologie.

    Quand on me pose en commentaire un petit dessin rigolo,
    J’ n’ sais pas trop comment y répondre, j’ n’ai pas l’émoticone facile.
    Alors je préfère me taire et faire un geste plus écolo
    En me servant pour correspondre de ce petit texte imbécile.

    Tableau d’Aaron Jasinski sur https:www.taringa.net+arteaaron-jasinski-pinceladas-nostalgicas-parte-2_hrdb0 ainsi que sur https:www.aaronjasinski.com .

  • L’œil du fond de mes racines

    L’œil du fond de mes racines

    Au cœur des troncs d’arbres coupés, un iris en forme d’étoile
    M’évoque une rose des vents qui plongent dans l’œil du cyclone.
    Je m’y vois comme une poupée dans sa pupille qui dévoile
    L’âme des végétaux d’avant, d’avant l’apparition des clones.

    Clones d’oiseaux préhistoriques survolant le mésozoïque,
    Clones des géants dinosaures errant depuis le crétacés,
    Clones de guerriers homériques et créatures humanoïdes
    Jusqu’à Nabuchodonosor et tous les héros trépassés.

    Enfin, j’en arrive aux racines de mon arbre généalogique
    Et mes ancêtres reliés à ce regard qui me surplombe.
    Au début cet œil me fascine mais après, en toute logique,
    J’y vois leurs âmes folles à lier sortant une à une de leur tombe.

    Tableau de Mark Ryden.

  • Histoires de roux

    Histoires de roux

    La Nature a créé le roux pour une histoire de couleurs
    Qui relieraient faune avec flore, couvrant d’automne la cambrousse,
    De l’écureuil au loup-garou qui se transforme dans la douleur
    Et la chevelure uniflore de nos plus belles filles rousses.

    Si l’homme descend de l’animal, la femme provient d’une bête fauve
    Dont la robe réapparaît parmi ses taches de rousseur.
    Pour sa défense, face au mâle, soit elle lutte, soit elle se sauve
    Mais sa résistance disparaît quand il lui montre sa douceur.

    Photo de Flóra Borsi sur https:www.2tout2rien.frdes-auto-portraits-avec-des-yeux-danimaux-par-flora-borsi .

  • Ainsi je me décris

    Ainsi je me décris

    Je suis comme l’heure qui passe et est impossible à citer
    Puisqu’elle est aussitôt passée à peine qu’elle soit indiquée.
    Mes propres photos me dépassent et me donnent l’air excité,
    Trop vieux, trop jeune, trop compassé avec le ventre alambiqué.

    Mais j’ai trouvé le stratagème des métaphores sous-entendues
    Pour me décrire un peu comme ci, un peu comme ça, par ci par là.
    C’est par ce système que j’aime le portrait le moins prétendu
    Qui montre un visage indécis, sans éclat et sans tralala.

    Tableau d’Aaron Jasinski sur https:www.taringa.net+arteaaron-jasinski-pinceladas-nostalgicas-parte-2_hrdb0 ainsi que sur https:www.aaronjasinski.com .

  • La place aux légendes du sud

    La place aux légendes du sud

    Dans les villages de Pagnol, sur la place de la fontaine,
    Là, je perçois Manon-des-Sources et les santons de sa légende ;
    Le vieux menuisier espagnol, la boulangère assez hautaine,
    L’appel du café-de-la-bourse pour l’apéro et sa provende.

    Parfois le robinet crachote dans un silence religieux
    Pour rappeler à ses fidèles combien l’eau leur est généreuse.
    Et dans les familles on chuchote les secrets les plus litigieux
    Qui se transmettent à tire-d’aile aux rumeurs qui en sont acquéreuses.

    Illustration de Willy Maltaite extraite de l’album « Le jardin des couleurs ».

  • Le genre surexposé

    La mode un jour va nous prétendre que la beauté se renouvelle
    Par une peau d’opalescence et nudité surexposée.
    Bien sûr, il fallait s’y attendre, il y eut retour de manivelle
    Par une réaction intense diamétralement opposée.

    Des femmes nues se rencontrèrent un peu partout au coin des rues
    Afin de revendiquer leur sexe par leurs tenues déshabillées.
    La censure, au début sévère, s’y plia et puis disparut
    Mais ce ne fut pas unisexe car les hommes restèrent habillés.

    Ah oui, j’ai omis de vous dire qu’on vota une loi bien stricte
    Empêchant les hommes de bander lorsqu’ils sont sur la voie publique.
    Comme on aurait pu le prédire, ils durent cacher la vindicte
    De leur phallus vilipendé derrière des refuges éthyliques.

    Tableaux d’Andrej Mashkovtsev sur www.soseul.pe.krxeAura141472 .

  • L’Orient-Express Lunaire

    La Lune voyage en première comme voyageuse attitrée
    Par le grand réseau ferroviaire des trains de nuit homologués.
    Émettant très peu de lumière derrière les cloisons vitrées,
    Toutes les étoiles convièrent à s’y trouver cataloguer.

    Des contrôleuses aux seins nus organisèrent ces convois
    Avec porteurs assermentés pour la sécurité des astres.
    Il fut de surcroît convenu qu’il était important qu’on voie
    L’organisation exemptée du moindre insignifiant désastre.

    J’ai connu ces compartiments souvent dans les wagons de queue
    Isolés des têtes du train et du bruit des locomotives.
    La Lune montait hardiment avec un porteur obséquieux
    Qui l’installait avec entrain d’une prévenance émotive.

    Bien sûr, le soleil fut fâché et se cabra avec colère
    Des chemins de fer lacunaires qui jetaient la consternation.
    Dès l’aube, on l’voyait rabâcher toutes ses imprécations solaires
    Envers l’Orient-Express Lunaire filant vers les constellations.

    Tableaux d’Andrej Mashkovtsev sur www.soseul.pe.krxeAura141472 .

  • Marianne au sommet

    Marianne au sommet

    Plus on est haut, plus on voit loin mais moins on regarde à ses pieds ;
    Celui qui siège à six-cents mètres vit dans une autre dimension.
    Pendant ce temps, sur les ronds-points, les gilets jaunes sur leurs trépieds
    Préfèrent rester assis sans maître et récolter les dissensions.

    Quelle est la couleur du drapeau qui voltige au dernier étage
    De la tour d’ivoire argentée de notre plus haut résident ?
    Que cache-t-il sous le capot, blottie là-haut sous le faîtage ?
    Une vieille Marianne édentée épouse d’un hautain président.

    Sommet de la Aussichtsturm qui domine le point le plus élevé de Winzerthur.

  • La mathémagicienne

    La mathémagicienne

    Depuis que les économistes se mêlent de la politique,
    Nos présidents parlent de chiffres et de résultats à atteindre.
    Point n’est besoin d’être humaniste ou de faire psychanalytique
    Quand on dispose de sous-fifres dans les réseaux et non des moindres.

    Marianne et sa calculatrice gère les budgets dans les mairies ;
    Elle s’est même mise à la magie pour en créer des virtuels.
    Elle devient manipulatrice tant les médias sont aguerris
    À diffuser les gabegies qui sont devenus rituels.

    Tableau de Catherine Chauloux sur https:catherinechauloux.comles-peintures?ssp_iabi=1677484249339 .

  • Pauvres sirènes !

    Pauvres sirènes !

    Pauvres sirènes qu’on nous censure car ce serait contrevenant
    Non pas pour leurs inexistences mais pour leurs seins affriolants.
    Or elles n’ont rien sous la ceinture et presque rien d’inconvenant
    Fors dans certaines circonstances un appétit des plus violents.

    Mais puisqu’elles n’existent pas, comment condamner leurs délits
    Envers ces marins imbéciles constamment épris de boisson.
    Et malgré leurs tendres appas, comment les aimer dans un lit
    Avec cette queue indocile qui subodore le poisson !

    Tableau de David Delamare.

  • Notre Terre est une sirène

    Notre Terre est une sirène

    Si nous sommes enfants de la Terre et que nous sommes nés dans la mer,
    Alors notre mère est sirène et notre père, marin du ciel,
    Vieux loup de mer, un peu austère, qui connut l’amour éphémère
    Et féconda six jours sa reine d’un divin souffle providentiel.

    Puis Dieu partit se reposer laissant la Terre nourricière,
    Sous les flots antédiluviens, accoucher en célibataire.
    Nous pourrions alors supposer que le bilan bénéficiaire
    De la création en revient à notre mère cosignataire.

    Si un jour, Dieu a des remords et vient reconnaître ses enfants,
    Comment donc l’accueillerons-nous, lui qui nous a laissés tomber ?
    Peut-être bien qu’après la mort, il nous attendra, triomphant
    Et nous l’appellerons « Papinou » fièrement, le torse bombé.

    Tableau d’Aleksander Korman.

  • Le corbeau et la snobinarde

    Le corbeau et la snobinarde

    On ne meurt plus du ridicule et le corbeau en réchappa.
    La demoiselle apitoyée en tombant d’ailleurs amoureuse.
    Elle lui massa les ventricules et l’organe qui dérapa
    Repartit comme foudroyé sous des caresses langoureuses.

    Être foudroyé de caresses doit vous sembler bien incongru
    Mais en amour les oxymores se jouent des règles de syntaxe.
    Et puis les femmes chasseresses sont issues des coquecigrues
    Qui frappent comme matamores leurs fiancés direct au thorax.

    Il faut croire que les snobinardes savent très bien cacher leur jeu ;
    Au début, elles paraissent gauches ; c’est une ruse évidemment.
    J’ai ouï dire qu’une renarde d’un subterfuge fromageux,
    Avait séduit par la débauche cet oiseau en le diffamant.

    Tableau de Shiori Matsumoto sur http:lakevio.canalblog.comarchives2017050535219424.html .

  • La rebelle et le corbard

    La rebelle et le corbard

    Son cœur d’enfant, un peu rebelle, tenait, du haut de son perchoir
    La dragée haute à un corbard croyant tirer toutes les ficelles,
    Qui disait « tais-toi et sois belle sinon je te laisserai choir ;
    Quitte un peu ton air snobard, jeune oiselle à peine pucelle ! »

    À ces mots, notre demoiselle se dépluma, toute menue,
    Montrant son corps beau, magnifique, bel et bien digne de Vénus.
    Rapide et vive comme une gazelle, elle dégringola toute nue
    Pour une pose pornographique, sur le bec tendu du minus.

    Ils jouirent ensemble, elle d’amour et lui de la petite mort
    Mais finalement nul ne sait s’il comprit au bout la leçon.
    Si l’histoire ne manque pas d’humour, elle nous laisse sans remords ;
    Sans devoir en faire un procès, c’ corbeau n’était qu’un polisson.

    Tableau de Nicoletta Ceccoli sur https:ilmondodimaryantony.blogspot.com201308gli-incubi-celesti-di-nicoletta-ceccoli.html .

  • Dieu est grand et sa femme est cool

    Ils ont encore leurs fidèles, les anciens dieux morts pour toujours ;
    Les dieux vivants ont plus de mal à me faire croire en leurs projets.
    Ma foi est comme l’hirondelle qui reviendra quand, aux beaux jours,
    Les eaux d’un printemps baptismal laveront ma vie abrogée.

    Ce n’est pas le chemin vers Dieu qui parait le plus difficile,
    C’est la difficulté de croire qui paraît le meilleur chemin.
    Sans doute pour Dieu ce fut facile de créer l’homme à son image
    Mais c’est l’image de Dieu-le-père qui m’a rendu fils-déicide.

    Moi-même créé d’une déesse en sa matrice paradisiaque,
    J’ai eu un manque de tendresse et je n’ai pas tété son sein.
    Elle est complexe la prouesse de vivre une vie aphrodisiaque
    Quand Dieu s’éloigne sans allégresse en m’abandonnant à ses saints.

    Bender, Dieu germanique, pleine longueur, avec sa femme Nanna, gravure en bois après dessin par Friedrich Wilhelm Heine, 1887.

  • Vous n’y couperez pas ! 2

    Vous n’y couperez pas ! 2

    Vous y reviendrez dépité, collé à sa toile d’araignée
    Pour y mourir à petit feu, le cœur et l’âme consumés.
    Et quand vous voudrez la quitter et qu’elle s’y sera résignée,
    Vous y perdrez tous vos cheveux après qu’elle vous aura consommé.

    Tous les goûts sont dans la cuisine avec hachoirs et grands couteaux
    Et le cordon bleu deviendra la corde autour de votre cou.
    Lorsque l’aversion s’avoisine, gare à son flingue ex abrupto
    Sinon le nœud qui vous pendra comme ça arrive à tous les coups.

    Illustration de Joëlle Jones.

  • Vous n’y couperez pas ! 1

    Vous n’y couperez pas ! 1

    Un jour ou sans doute une nuit quand vous vous serez éloigné
    De votre foyer – doux foyer – et votre douce dulcinée,
    Une autre, pleurant son ennui, vous suppliera de l’empoigner
    Puis saura vous apitoyer de sentiments hallucinés.

    Et là, vous n’y couperez pas car la sorcière tranchera
    De son poignard ensorcelé direct dans l’amant affecté
    Qui passera de vie à trépas et dont le cœur se brisera
    Pour expirer, là, morcelé de concupiscence infectée.

    Red Sonja vue par Francisco Rico Torres.

  • L’invité surprise

    L’invité surprise

    J’entrouvre la plupart du temps une porte prise au hasard
    Qui donne sur un autre monde, un paradis présupposé.
    Enfant, quand j’étais débutant, j’allais – il n’y a pas de lézard –
    Sur des planètes pudibondes mais aujourd’hui bien plus osées.

    Souvent j’ai débarqué sur l’île peuplée de femmes magnifiques
    Qui se baignent nues sans complexe et m’invitent sans pavoiser.
    Parfois un appartement en ville doté de chambres mirifiques
    Où j’entre et découvre perplexe une Vénus apprivoisée.

    Je suis un voyageur d’images dont je décrypte les histoires
    Qui parlent plus souvent d’amour que de raideurs protocolaires.
    Je redonne aux femmes l’hommage qui leur est dû sur l’écritoire
    Où je décris, non sans humour, mes rencontres épistolaires.

    Illustration de Jean-Claude Mézières.

  • Le regard harmonieux

    Le regard harmonieux

    Évidemment, si seulement deux yeux suffisent à voir le monde
    Et saisir ses trois dimensions, la Nature a bien fait les choses.
    Mais si je veux également avoir la vision plus profonde
    Et voir toutes ses extensions, il faut qu’je me métamorphose.

    Et croyez-moi si vous voulez mais un beau jour j’ai demandé
    Un nouveau regard qui englobe tous les secrets de l’Univers.
    Et j’ai connu dans la foulée qu’alors je pouvais commander
    Toute la profondeur du globe de par mes rimes et par mes vers.

    Illustration de Shintaro kago.

  • Baiser n’est pas jouer

    Jouer avec son instrument du corps féminin si divin
    Libère une douce musique qui devient fantasmagorique
    Quand les âmes vibrent congrûment et que les cœurs se font devins
    Tandis que l’esprit amnésique passe les séquelles catégoriques.

    Lorsque le corps porte son fruit que la musicienne rejette,
    Le partenaire et tout l’orchestre ne sont pas tous du même accord.
    On interdit que soit détruit l’embryon de la suffragette
    Qui risque de passer sous séquestre sa vie au péril de son corps.

    Tableaux de Claude Verlinde.

  • Emmanché d’un long cou

    Emmanché d’un long cou

    Je l’ai plutôt vu majestueux s’envoler soudain sans un bruit
    Où arriver d’je ne sais où et atterrir dans le silence.
    Quant à son pas présomptueux ou son long cou d’oiseau instruit,
    Sa tête, cachée entre les houx, ondulait avec vigilance.

    Il vit sur l’île d’eau-l’héron baptisée ainsi en l’honneur
    Du grand Oiseau-Roi blanc et gris qui règne sur tous ses canards
    Qui nagent en faisant des ronds, puis plongent au petit bonheur
    Pour gober un insecte aigri d’être dévoré au plumard.

    Quand les estivants abandonnent l’île après avoir trop nagé,
    Celle-ci attend le retour du pauvre monarque exilé.
    Il reste paisible et s’adonne à son plaisir apanagé :
    Guetter ses proies aux alentours, hélas les poissons ont filé.

    (Photo de Viktor Lyagushkin et fable de Jean de La Fontaine
    « Un jour sur ses longs pieds, allait, je ne sais où, le Héron au long bec emmanché d’un long cou. ».)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’ennemi imaginaire

    L’ennemi imaginaire

    J’ai un ami imaginaire – mais, après tout, est-ce un ami ? –
    Qui m’a longtemps apprivoisé depuis mon enfance timide.
    Mon caractère, plutôt lunaire, s’est-il forgé un ennemi
    Qui, en le faisant pavoiser, l’entraîne dans les zones humides…

    …De la peur bleue, des idées noires, des échecs, des actes manqués ?
    Je reconnais là le démon de ma plus mauvaise conscience !
    Il m’empoisonne la mémoire, de tous ses coups tordus, flanquée
    Et dans des traquenards sans nom avec ses faux puits de science.

    Eh non, ce n’est que l’intuition qui souffle dans le moulin à vent
    De l’épouvantail à moineaux dans mon cerveau aux courants d’air.
    Désormais en coalition, nous marchons ensemble de l’avant
    Car « chi va sano va piano » avec cette âme secondaire.

    Tableau de Nicoletta Ceccoli sur https:ilmondodimaryantony.blogspot.com201308gli-incubi-celesti-di-nicoletta-ceccoli.html .

  • À l’œil et à l’oreille des oiseaux

    Parfois je parais narcissique lorsque je parle de moi-même
    Comme si je m’interrogeais auprès du miroir de mon âme
    Qui me renvoie l’amour classique car il est normal que je m’aime
    Et comme si je me prorogeais dans un égocentrisme infâme.

    Heureusement tous les oiseaux sont connectés à la nature
    Et me chantent que tout va bien et que ma quête n’est pas vaine.
    Par leur incroyable réseau je retrouve la signature
    De mes ancêtres amphibiens qui coulent dans mes propres veines.

    Finalement je reste à l’écoute et j’apprends à me pardonner
    Ainsi qu’aux autres, tous les maux ou le bien que j’ai mal compris.
    J’y crois tout autant que je doute mais c’est ce que Dieu m’a donné
    En créant tous les animaux savants fors moi-même, l’incompris.

    Tableaux de Claude Verlinde.

  • Les trois sommeils

    D’abord je plonge entre les lignes et mon esprit quitte la ville
    Dans les wagons de mon roman et ses chapitres dessinés
    Dont les images entre les signes fuient la réalité servile
    Afin de vivre un bon moment loin de cette vie confinée.

    Comme il arrive lors des voyages, je rencontre une foule d’âmes
    Qui m’échange de leurs nouvelles contre une tranche de ma journée.
    Les nues parlent de foudroyage, la Lune d’histoires de dames ;
    Leurs petits secrets se révèlent tandis que se poursuit ma tournée.

    L’arrivée en gare des rêves m’affranchit des destinations
    Et des paysages aperçus mêlés aux circonlocutions.
    Je note toutes ces idées brèves avant leur élimination
    Par l’aube qui souffle au-dessus des bribes en circonvolution.

    Tableaux de Claude Verlinde.

  • Sur les eaux du Léthé

    Sur les eaux du Léthé

    « Quand vous emmènerez mon urne, l’été sur les eaux du Léthé,
    Ce ne sera pas pour voter mais respecter mon abstention.
    À force d’attendre des urnes une démocratie reflétée
    Et voir le peuple révolté, mon cœur fait trop d’hypertension. »

    Ainsi Marianne déçue n’a plus le cœur à incarner
    La liberté, l’égalité et la fraternité promises.
    Ne revenez pas là-dessus mais inscrivez dans vos carnets
    Votre responsabilité envers trop de fautes commises !

    Monsieur le Président froncez vos sourcils les plus broussailleux
    Car Marianne va vous quitter ; ainsi mourra la république.
    Tant pis pour les pauvres français, tant mieux pour les riches orgueilleux,
    Puisque vous vous êtes acquitté de toutes nos libertés publiques

    Tableau de Emmanuel Lepage.

  • Divine retraite

    Divine retraite

    Dieu, après s’être bien éreinté à créer le monde en six jours,
    Prit sa retraite anticipée pour une longue récréation.
    Il est donc dans la chrétienté l’employé au plus court séjour
    Pour avoir juste participé à l’essor de la création.

    Jésus, sur son chemin de croix, a bossé d’une seule traite
    Pour manque de conformité envers les romains à l’encontre.
    Alors, il serait temps, je crois, que Dieu s’occupe de nos retraites
    Car j’aimerais bien en profiter avant d’aller à sa rencontre.

    Mais si le paradis promis n’est qu’un asile pour vieillards,
    Alors notre contrat de vie est une arnaque de premier ordre.
    Entre nous, plus de compromis. Si Dieu n’est pas plus débrouillard
    À nous pondre un meilleur suivi, nous aurons du fil à retordre.

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev.

  • L’apéro de ma vie

    L’apéro de ma vie

    Je suis arrivé déjà ivre dans un cocktail existentiel
    Qui m’a fait boire au biberon le lait prétendu de ma mère.
    Je me suis abreuvé de livres et leurs langages exponentiels
    Qui vous donnent un coup d’éperon par l’orthographe et la grammaire.

    J’ai quitté les eaux de l’enfance pour les rivières de l’alcool ;
    L’ivresse de l’adolescence m’a entraîné dans ses courants.
    Jeune damoiseau sans défense, j’ai couru les filles qui racolent
    Et m’ont livré la connaissance de tous les plaisirs concourants.

    Puis la griserie du travail a succédé aux libations
    D’une jeunesse destinée à ce que j’apprenne à semer.
    Boire et déboires, vaille que vaille, ont marqué mes implications
    Dans la famille coltinée au cours d’une vie consommée.

    Aujourd’hui, mon sang a mûri et j’en distille l’expérience
    Comme un bon vin millésimé qui vieillira en s’affinant.
    Je louvoie entre pénurie, rationnement et luxuriance
    Mais l’esprit toujours animé des rêves les plus fascinants.

    Demain, sans doute au goutte-à-goutte, je sécréterai le meilleur,
    Le suc essentiel de moi-même maturé d’arômes divins.
    Toujours je resterai à l’écoute de l’ange-gardien conseilleur
    Qui me conduit vers ceux qui m’aiment et savent apprécier mon vin.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Les Neptuniennes

    Les Neptuniennes

    Entre la huitième planète de notre système solaire
    Et le Dieu des eaux de la Terre, il n’est aucune coïncidence.
    Quant aux sirènes choupinettes, anciennes agents protocolaires
    Venues comme parlementaires, elles sont tombées en dissidence.

    Elles devaient établir un lien entre Terriens et Neptuniens
    Mais ont préféré se gaver des matelots bons à croquer.
    De leur origine d’alien et d’un ancêtre titanien,
    Elles ont gardé pour nous braver une queue de poisson défroqué.

    Si attirantes sous la Lune, lorsqu’elles émergent des flots,
    Elles viennent en délégation leur proposer un jumelage.
    Hélas ces filles de Neptune leur font naufrager leur rafiot
    Et transforment en abnégation l’illusion de batifolage.

    Tableau d’Olga Fomina.

  • La vie après la mort du poisson

    La vie après la mort du poisson

    Petit poisson deviendra grand s’il n’est pêché par accident
    Et s’il, parvient à remonter la source dans laquelle il est né.
    Heureusement pour l’émigrant, un ange gardien dissident
    Ira, un à un, affronter tous les pêcheurs incriminés.

    À l’instar de celle des marins, vit la sirène des eaux douces
    Qui a jambé sa belle queue pour mieux endormir les pêcheurs.
    Avec un peu de romarin, de fenouil et d’oseille rousse,
    Elle se prétend maîtresse-queux, spécialiste en buffet-fraîcheur.

    Croyez-moi, si les amateurs de Chasse Pêche et Tradition
    Reviennent fréquemment bredouilles, ils ont d’autres compensations.
    Je ne suis pas diffamateur mais pour moi la disparition
    Des chasseresses de quenouilles serait une abomination.

    Tableau de Hanna Silivonchik.

  • À propos du vin

    À propos du vin

    Quand je lui apporte un bouquet, elle déverrouille son loquet ;
    Je la complimente sur sa robe, ma timidité se dérobe ;
    Elle me propose un peu de vin, l’instant devient des plus divins ;
    J’en flatte la belle couleur d’un timbre des plus roucouleurs.

    Elle m’enivre de son arôme, je me sens devenir un homme
    Et par son corsage fendu, j’adule ses fruits défendus.
    Comme une fière bordelaise, elle pose ses lèvres, à Dieu ne plaise,
    D’un baiser qui sans en découdre me donne le plus beau coup de foudre.

    Photo de Safia Bollini.

  • Lady Amanita Muscaria – 3

    Certains champignons excellents dans la famille des amanites,
    Particulièrement recherchés pour leur saveur dans le palais,
    Possèdent une odeur exhalant une atmosphère sélénite
    Quand la pleine Lune est perchée très haut sur un ciel bordelais.

    J’ai rencontré la belle Oronge qui est l’amanite des Césars ;
    Une champignonne femelle drapée dans sa robe de soie
    Teintée d’une couleur orange aux reflets noirs un peu bizarres
    Et coiffée d’une cloche à lamelles au dernier cri, ça va de soi.

    J’en ai encore sur les lèvres le goût musqué de ses baisers
    Au parfum de truffe et muscade et aux effluves intemporels.
    Je l’ai embrassée avec fièvre et nos cœurs se sont embrasés
    En soubresauts et en cascades de tous nos fluides corporels.

    Je n’en ai point trouvé en Suisse ; je cours les bois et les forêts
    Mais je ne trouve qu’amanites phalloïdes, tue-mouches ou panthères.
    Bien que leurs pieds aient de la cuisse avec des chapeaux décorés,
    Leurs baisers me sont dynamite qui laisse un fiel bucco-dentaire.

    Illustrations d’Emily Balivet.

  • Tranquilues Blues

    Tranquilues Blues

    Chacun son remède adéquat pour se consoler de la vie ;
    Qui sa drogue ou qui son alcool et donc qui l’ivresse des sens.
    Elle, c’est un petit je-ne-sais-quoi qui la console et la ravit
    Lorsque le blues qui caracole met son cœur en effervescence.

    Seule dans son appartement mais en tirant bien les rideaux
    Pour éviter qu’un œil novice ne la surprenne toute nue,
    Elle se donne entièrement à entraîner sa libido
    En titillant son clitoris jusqu’à l’euphorie obtenue.

    Tableau de Damian Elwes sur https:www.damianelwes.com .

  • Lady Amanita Muscaria – 2

    Le cauchemar s’est répété, toujours à cause d’un papillon
    Dont la couleur incandescente m’avait parue surnaturelle.
    Je m’suis retrouvé hébété devant le joli cotillon
    D’une créature indécente qui se prétendait chanterelle.

    Je l’ai reconnue tout de suite : « Ciel ! Amanita Muscaria ! »,
    Un peu plus jeune et plus jolie avec ses taches de rousseur.
    « Monsieur, ne prenez pas la fuite, je suis sa cousine Maria ! »
    Me répondit une voix polie, pleine de grâce et de douceur.

    Assez méfiant quant à la fille – je restai hors de sa porté
    Mais la belle ôta son chapeau, sa collerette et tout le reste.
    Et mon cœur brisa sa coquille qu’il ne pouvait plus supporter ;
    J’avais la fille dans la peau et ne pouvait faire aucun geste.

    Et la suite fut délectable, la fille particulièrement bonne ;
    Je l’ai aimée jusqu’au matin et passée à la casserole.
    Lorsque l’amour se met à table et qu’entièrement il se donne,
    La raison y perd son latin, je vous en donne ma parole.

    Illustrations de SenRyuji et Opi-um.

  • La mère indienne

    La mère indienne

    L’amère indienne lorsqu’elle est jeune perturbe les amérindiens
    Par ses tenues élaborées spécialement pour l’aventure.
    La mère indienne quand elle est jaune sous les feux de l’été indien
    A connu l’amour arboré sur les claies en pleine nature.

    L’amérindienne de mes rêves se baignait nue dans la rivière
    Où j’étais venu m’abreuver en silence à pas de velours.
    Elle m’a rejoint sur la grève, m’a façonné une civière
    Et m’a fait passer mon brevet de secouriste de l’amour.

    Elle a caressé mon tipi qui s’est dressé comme une tente
    En l’élevant comme il se doit au cœur de sa grotte profonde.
    Lors j’ai vu en chromotypie ce qui lui plaît et qui la tente
    Lorsque j’ai attouché du doigt sa partie intime et féconde.

    Illustration de Derib.

  • Lady Amanita Muscaria – 1

    J’aime Amanita Muscaria depuis que je l’ai rencontrée
    Dans la forêt des chênes verts en poursuivant un papillon
    Qui cherchait un partenariat avec une dame de sa contrée
    Pour colorer après l’hiver fleurettes ornées de pavillons.

    Ce fut la femme-champignon que choisit le lépidoptère
    Qui rougit au premier contact comme s’il était frappé de fièvre.
    Lorsque partit son compagnon, elle redevint plus terre-à-terre
    Et me proposa avec tact de l’embrasser du bout des lèvres.

    Mais son baiser empoisonné et en outre hallucinogène
    M’a entraîné dans un voyage aux paysages psychédéliques.
    Je m’suis retrouvé cloisonné dans une conque comme Diogène
    Avec programme nettoyage, lavé d’amours machiavéliques.

    Quand j’ai retrouvé la raison, tout nu, coiffé de son chapeau
    Et sa collerette sur mes hanches, la mignonne avait disparu.
    Une fois rentré à la maison, des picotements sur ma peau,
    Puis, sur le sexe, des taches blanches sont soudainement apparus.

    Illustrations de Damian Świderski sur damianswiderski.artstation.com .

  • Âge tendre et tête de bois

    Âge tendre et tête de bois

    Lorsque les joyeux bûcherons tombent amoureux de jolies fées,
    Au printemps leurs noces de bois livrent leurs fruits en fin d’automne.
    Sur lits de cèpes et mousserons, naissent des enfants tous coiffés
    De feuilles et de fleurs qui flamboient de tons pas toujours monotones.

    Mais en hiver, à l’âge tendre, toutes ces têtes chevelues
    Perdent feuillages et ramures et arborent une cime chauve.
    Tant pis ! Ils n’ont plus qu’à attendre le retour des jours farfelus
    D’un vent fou qui dans un murmure leur ébouriffe une coupe fauve.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Mariage à la bête

    La Belle se marie à la bête car au fond elle n’est pas si bête
    Et si la bête s’avère un âne… elle en possède aussi l’organe.
    Mais se marier à un idiot donne des rapports pas très cordiaux !
    Vous saurez que point n’exagère quand elle se révélera mégère.

    Quand la Belle épouse un cheval, ce n’est pas pour le carnaval
    Mais pour se faire chevaucher par un étalon débauché ;
    Sauf s’il s’agit d’un canasson plein de défauts, de malfaçons
    Auquel cas elle divorcera ou au contraire se forcera.

    Tableaux de Claude Verlinde.

  • Mon cœur épistémologique

    Mon cœur épistémologique

    Mon cœur épistémologique ne fonctionne pas à la logique
    Car ma raison suit l’intuition au risque de déperdition.
    J’évite Proust et l’infini de ses phrases mal définies
    Qui s’éparpillent en chemin, remises toujours à demain.

    J’agis comme un Petit Poucet sauf que je sème de mon gousset
    Tableaux, photos, belles images – un genre de scénarimage –
    Sur la voie que j’ai commencée d’une vie sans doute romancée
    Depuis déjà plus de dix ans insolites et euphorisants.

    Tableau de Nicoletta Ceccoli sur https:ilmondodimaryantony.blogspot.com201308gli-incubi-celesti-di-nicoletta-ceccoli.html .

  • Les roses rebelles

    Les roses rebelles

    Lundi matin, j’avais apporté quelques roses ;
    Les nœuds ont éclaté, les roses envolées.
    Mardi matin, plutôt ai-je apporté ma prose ;
    L’encre a dégouliné, le papier gondolé.

    Puis Mercredi j’avais rapporté des bonbons ;
    Le sac était troué, les bonbons dispersés.
    Jeudi, chez le boucher, je t’ai pris du jambon
    Un gros chien affamé m’a tout fait renverser.

    Vendredi, j’ai cueilli de jolies marguerites ;
    Les pétales effeuillés tombaient sur « pas du tout ».
    Samedi au marché comme tu le mérites,
    J’ai acheté du vin, j’en ai versé partout.

    Dimanche j’ai compris, je suis trop maladroite
    À trop chercher d’idées mes flops font rebelotte.
    Je sais quoi t’apporter, j’ai mis ma robe droite
    Et pour faire une surprise, j’ai ôté ma culotte.

    Tableau de Li Guijun sur https:www.cuded.compaintings-by-li-guijun .

  • Les sirènes ailées

    Les sirènes aux ailes papillons se sont libérées de l’entrave
    Des lois de la gravitation et la mécanique des fluides.
    Leur dos arbore deux pavillons ondulant aux vents qu’elles bravent
    Pour passer en lévitation sur toutes interfaces liquides.

    Icare tombé en mer Égée aura fécondé sa sirène
    Qui accoucha de la lignée des femmes poissons et oiselles.
    Neptune aura su protéger tous les enfants nés de leur reine ;
    Éole les aura désignées comme éternelles demoiselles.

    Car elles ne cherchent pas d’amant, ni marin ni aviateur ;
    Heureuses comme un poisson dans l’eau, elles ne jouissent que par le vent.
    Elles inspirent évidemment poètes, peintres, illustrateurs
    Qui les évoquent mélimélo volant dans le soleil levant.

    Illustrations d’Arthur Spiderwick.

  • Nu au Masque

    Quitte à braver les interdits qui censurent la nudité,
    Que j’aime pouvoir m’isoler dans mon invisible cocon,
    Loin des regards abâtardis qui ne sont que stupidité
    Et qui souhaiteraient m’immoler sur leur autel des plus abscons !

    Seul mon chat et seules mes sculptures ont le droit de m’admirer nue ;
    Ils n’ont pas à se résigner et m’acceptent telle que je suis.
    Mon corps exprime la culture physique innée et ingénue
    D’un pur langage pour désigner mon cœur et tout ce qui s’ensuit.

    Bien sûr, parfois j’invite un homme à sacrifier à mon corps
    Une dévotion naturelle envers mon clitoris de nacre.
    Cette religion, je la nomme « Ma Féminité » en accord
    Avec les amours rituelles que j’accorde à qui me consacre.

    Ce strip-tease de mon physique est avant tout spirituel ;
    Je dénude aussi bien mon âme, mon cœur, mon esprit que mon corps
    Jusqu’à ce que deviennent amnésiques les pigments individuels
    Des organes intimes d’une femme qui s’est fondue dans le décor.

    « Nu au Masque » Lithographie de Jacques de Loustal sur https:www.melpublisher.comfroeuvredetails2137jacques-de-loustal-nu-au-masque-2017 .

  • Adoptez un alien – 2

    Adoptez un alien – 2

    Bien sûr, il fallait s’y attendre, il est né le divin enfant,
    Fruit d’un immigré saturnien et d’une Marie-couche-toi-là.
    Et, malin, le père de prétendre qu’il s’agit du Dieu Triomphant
    Venu grâce aux étasuniens ; on y a bien cru… et voilà !

    Ainsi, toutes les religions, devenues caduques, obsolètes
    Seront soumises en partageant tous leurs fidèles assimilés
    À la nouvelle contagion qui fait fureur chez les starlettes
    Du monde soumis à l’argent de l’icône en fac-similé.

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev sur https:mashkovtsev.livejournal.com?skip=100 .

  • Adoptez un alien – 1

    Adoptez un alien – 1

    Quand tous les habitants du monde auront émigré en Europe,
    Leurs enfants naturalisés et diplômés comme nous autres,
    Qui trouvera-t-on qui réponde aux emplois les plus interlopes
    À part les radicalisés qui préfèrent suivre leurs apôtres ?

    Bonne nouvelle cependant, les guerres entre les Saturmiens
    Et les Jupitériens font rage et provoquent des vagues d’exodes.
    Tenez-vous prêts en attendant à accueillir tous ces aliens
    Qui travailleront avec courage … à suivre au prochain épisode…

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev sur https:mashkovtsev.livejournal.com?skip=100 .

  • Petit caïd

    Petit caïd

    Petit caïd a préféré une famille dissociée ;
    Le père ici, la mère ailleurs, les grands-parents plus ou moins là.
    Petit caïd n’a proféré que peu de mots associés ;
    À sa manière, il est railleur et vit quelque part, au-delà.

    Il ressent de son univers une image incompréhensible
    Qu’il n’a pas envie d’intégrer, qui paraît froide comme un glaçon.
    Alors comme un singe en hiver, frigorifié car trop sensible,
    Il fuit ce monde dénigré pour un cocon à sa façon.

    Il vit plutôt sa vie en rêve, en refait une autre version,
    Il imagine ce qu’il souhaite à travers un monde parallèle.
    Mais attention ! Si on lui crève sa bulle il entre en aversion
    Envers le moindre trouble-fête par des logorrhées de voyelles.

    Il a choisi sa propre route pour faire ses propres expériences.
    Qu’importe après tout le flacon pourvu qu’il en sente l’ivresse !
    S’il y a toujours parfois un doute ou une crainte de déviance,
    Laissons-lui son parcours abscons qui va vers ce qui l’intéresse.

    Tableau de Fabienne Barbier