Le songe d’une nuit d’été dans un palanquin de nature Bercé par la brise du vent, bordé par la voûte céleste, Offre un écrin à satiété à tous les désirs d’aventure Tant que le rêve est captivant et que se prolonge la sieste.
D’initiatrice à initiée, se transmet l’illumination D’un salut au soleil levant ou au départ d’un crépuscule. Ainsi les rayons nourriciers remplissent le cœur d’humiliation Par ces points du jour émouvants aussi géants que minuscules.
Tableau « Contentement » – 1927 de Maxfield Parrish.
Ami, entends-tu les rumeurs tandis que tu es confiné ? Ami, que se passe-t-il dehors quand tu regardes à l’intérieur ? Ami, es-tu de bonne humeur si tu sais que tout est combiné ? Ami, la boîte de Pandore s’est répandue à l’extérieur.
En six mois, le coronavirus n’aurait pas fait autant de morts Que la moyenne de décès observés dans une journée. Pas plus de victime non plus – ce n’est pas un nouveaux record – Que les grippes qui ont progressé depuis les dernières années.
Tandis que le confinement tombe comme un drôle de printemps, L’humanité découvre alors la vie en paradis fermé. On pousse le raffinement de dormir enfin pour cent ans Et on rêve en Technicolor jusqu’à plus soif, c’est confirmé.
En marge du confinement, il est en retard, ce printemps ! J’aurai attendu plus d’un mois pour voir ses premières couleurs. L’hiver s’est dit : « Finalement, je vais durer un peu plus longtemps ! » C’est ce qui s’est passé chez moi dans la grisaille et la douleur.
Chères abeilles et libellules, chers kangourous et plantigrades, Chères espèces disparues, chers martyrs d’extermination ! On vous prépare vos cellules loin de vos terres rétrogrades Dès que vous aurez comparu devant nos déterminations.
Un ruban de sable et d’azur pour se remémorer la mer ; Des rubans de toutes natures pour calmer ses chagrins d’amour ; Enfin, pour faire bonne mesure, mais cousus de façon sommaire, Quelques boutons qui, d’aventure, avaient connu de meilleurs jours.
Elle l’appelait son « Chapeau Semaine » car elle l’avait raccommodé En cousant lundi et mardi puis, faufilé jusqu’au dimanche. Si jamais un énergumène essayait de l’incommoder, En trois coups de ciseaux, pardi, elle s’en accaparait les manches.
Ce pouvoir transcendant qu’ont les chats de gouttière, Dans leur regard si tendre est une arme fatale. Le martyr prétendant qui croyait avant-hier Ne pas s’laisser surprendre n’est qu’un sentimental.
Or tous leurs descendants ont franchi la chatière Pour nous en faire entendre le profond récital. Aussi, en l’entendant miauler dans l’écoutière Nous le laissons prétendre qu’il est son capital.
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Que s’est-il passé dans son boudoir fermé à clef de l’intérieur ? Nous avons entendu un cri, suivi de lents gémissements ; Un parfum de tulipe noire suintait sur les murs extérieurs ; Mais voici ce qui fut écrit sur cet étrange événement :
« Elle apparut sur l’accoudoir levant ses membres supérieurs, Tremblante comme un souriceau qui aurait aperçu le chat. Une échancrure de son peignoir nous dévoilait un postérieur Qui ouvrit, dans un soubresaut, la robe qui se détacha. »
Elle a tellement voyagé aux quatre coins de l’univers Qu’elle en a planté des repères sur les étoiles diffractées Comme l’itinéraire treillagé d’un colporteur en faits divers Qui reviendrait voir ses compères établis sur la Voie Lactée.
Je ne savais rien sur ces femmes originaires du Dauphiné Sinon qu’elles habitaient l’immeuble sis rue de la Chaussée-d’Antin. Dans un appartement infâme où elles vivaient confinées Quasiment nues entre les meubles en attendant leur Valentin.
Hélas, personne n’a eu droit au poisson d’avril rituel, Et à Pâques, je vous en réponds, ni hôtes, ni repas, ni boisson ! Quand on aura remis à l’endroit nos usages habituels, L’eau aura coulé sous les ponts mais qu’adviendra-t-il des poissons ?
Tableau de Erika Steiskal sur http:www.erikasteiskal.com .
Prêts pour la visioconférence en direct et en stéréo ? Posez vos écrans, vos tablettes juste devant votre couvert ; Saluez avec déférence votre invité en vidéo ; Enfin, la famille est complète et tout le monde reste couvert.
Bonne nouvelle aux confinées : le lapin de Pâques visite Tout le temps de la lunaison les jeunes vierges émancipées. Dans neufs mois seront confirmés tous les nouveau-nés ovocytes Issus des œufs en couvaison lors d’une ponte anticipée.
Fi des villages qui se ressemblent et des cités conventionnelles ! Vivent les ruelles étroites et les quartiers bariolés ! J’aime les lieux où se rassemblent les gens pluridimensionnelles J’aime les maisons maladroites aux escaliers dégringolés.
J’aime les histoires sans fin des querelles entre voisins Un jour, ça va puis, on se fâche ; on s’aime, on se réconcilie. Parfois, on arrive aux confins d’une bagarre entre cousins, Et ça continue sans relâche au nom de la xénophilie.
Demain, on voudrait tout changer, uniformiser les maisons Construire un monde sans douleur et refouler les indigènes. Moi, je préfère mélanger – peut-être à tort ou à raison – Les goûts de toutes les couleurs dans des villes hétérogènes.
Toutes ces ruelles intimes se perdent dans l’immensité De la ville aux mille visages, mille origines et milles vies. Aux fenêtres, barrières ultimes, apparaît la diversité D’autres coutumes, d’autres usages, d’autres désirs, d’autres envies.
Le voyageur autour du monde cherche de nouveaux paysages Tandis que j’arpente les rues à la recherche du temps perdu. Comme Proust, mes pensées s’inondent au cours de mes apprentissages De souvenances disparues et de migrations éperdues.
Ici, on parle mille langues et là, on prie pour d’autres dieux ; Un puzzle de communautés, une mosaïque de traditions. Ainsi le monde nous harangue à être miséricordieux Et accepter sa primauté par ses valeurs en coalition.
Quand le serpent inocula le virus de la connaissance, Leur mise en invalidité ferma la porte au Paradis. Après ce triste postulat, Adam s’occupa de semences Pour recouvrir leur nudité sans que ça leur coûte un radis.
Le photographe un peu fantasque fera sortir le p’tit oiseau Sur la campagne environnée avec un tissu de mensonges. Incognito derrière son masque, le Petit Prince fait beau museau Avec le Renard couronné qui mime un monarque qui songe.
Il était bien sein-cœur trois quart, quand nous nous sommes embrassés Précisément à l’heure cuisse, les jambes assez enchevêtrées. Ses fesses ont fait le grand écart et mon aiguille s’est empressée Entre montagnes et vallées suisses, tous les sens interpénétrés.
Photo d’Erwin Olaf – floutée pour éviter la censure Facebook.
La planète Coronavirus nous a envoyés ses aliens Non seulement assimilés, mais parfaitement intégrés. Pour que les premiers apparussent à l’ère néandertalienne, Ils ont dû se dissimuler parmi les tribus émigrées.
On appelait « les années folles », l’insouciance avant la guerre, La simplicité combinée avec le siècle des lumières. Tandis qu’aujourd’hui batifolent les humains dont l’instinct grégaire Les pousse à vivre confinés entre quatre murs de poussière.
Mon héritage paternel comme une loupe grossissante ; La marguerite à effeuiller qui lui a fait aimer ma mère, Quelques mots tendres et éternels sur quatre pages jaunissantes De son vieux carnet à feuillets pour ses voyages éphémères.
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Chaque musicien dans sa niche, qui son piano, sa clarinette, Qui son violon ou sa guitare, qui son tambour ou sa trompette, Qui son nourrisson qui pleurniche, qui son minet ou sa minette Porte à croire qu’il n’est pas si tard pour jouer la musique en fête.
L’encyclopédie naturelle de l’héritage de ma mère : Quelques fleurs séchées des montagnes entre les pages d’un carnet ; Des esquisses et des aquarelles de météores éphémères ; Des crépuscules sur la campagne aux tonalités incarnées.
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Tandis que de gros bâtiments, bien cloisonnés, bien empilés, Transportent autour de la Terre, les containers entrechoqués, Profitons du confinement qui nous permet de compiler Tout l’éventail et l’inventaire de ce que nous avons stocké.
Les photographies aériennes de JP et Mike Andrews.
Je n’ai de nouvelles du monde que par les yeux des opprimés Que masquent le regard partial de ceux qui se croient supérieurs. Désormais mon cœur vagabonde là où désire s’exprimer La sincérité impartiale envers les êtres dits inférieurs.
Tandis que le raffinement de l’art de vivre et des loisirs Expose les corps au soleil des nantis stéréotypés, Je repense au confinement et cette impression de moisir En rêvassant en plein sommeil à des vacances anticipées.
Les photographies aériennes de JP et Mike Andrews.
Quand l’amour affrète un voyage, ses passagers perdent la tête Et leur sens de l’observation n’a même plus droit au couplet. Les fantasmes et ses foudroyages tonnent leurs plus grandes tempêtes Et l’instinct de conservation leur donne envie de s’accoupler.
Hommes et femmes, contre leur gré, pour éviter un mal immonde, Souvent agissent à contrecœur et même à leur corps défendant. Car il est fou et dénigré celui qui croit changer le monde Même s’il y met tout son cœur et même à son sang répandant.
Dans mes retraites imposées dans une chambre d’hôpital Ou assigné à la maison, j’ouvre ma porte imaginaire. J’y vis des mythes transposés selon mon espace vital Car il n’y a aucune raison que ce ne soit extraordinaire.
Lorsque s’éveille la lumière par petites touches timides, Le ciel fait pâlit lentement son aurore réfléchissante ; Les oiseaux saluent les premières lueurs de leurs niches humides Et, la mer, l’ensanglantement des vaguelettes frémissantes.
Sous les ponts de pleine lumière, le soleil reprend l’ascendance Sur la nuit vaincue qui retire ses ombres indéfinissables. Les femmes ouvrent leurs chaumières, les hommes sortent en cadence Et les activités soutirent au temps son vol insaisissable.
Lorsque s’assoupit la lumière, vient la magie du crépuscule Et les couleurs en demi-teinte favorisent l’intimité. Les habitudes coutumières égayent, le soir en groupuscules, Le charme d’une ville éteinte d’une quiétude illimitée.
La Déesse-Mère ne m’apparaît que dans mes souvenirs d’enfance ; Elle règne depuis l’éternité et nul n’en connaît l’origine. Dans ma mémoire, elle transparaît comme un oisillon sans défense En quête de maternité et tout l’amour que j’imagine.
La Déesse-Femme, plus mystérieuse, appartient aux temples sacrés Dont l’accès, toujours difficile, impose des nombreuses épreuves. Selon l’humeur, douce ou furieuse, j’ai le devoir d’y consacrer Toutes mes forces, être docile et surtout bien faire mes preuves.
La Déesse-Fille, plus naturelle, use de son chant de sirène Pour m’attirer, moi l’étalon, à préparer l’avènement. Déjà si jeune mais structurelle, elle apprend vite à être reine Et rayonner dans mon salon comme un heureux événement
Plus l’épreuve a de gravité, plus notre résistance casse Et plus la force centrifuge permet de briser nos limites. Ainsi notre longévité dépend de ce qui nous surpasse Et nous fait quitter le refuge d’un monde qui n’était qu’un mythe.
Quand le messager de l’amour quitte la volière du cœur, L’esprit se dissout dans les nues, le corps et l’âme s’insupportent. Plus tard, à la tombée du jour, les ombres étirent la rancœur Évoquant la croix contenue sur la tombe des amours mortes.
Une intendance élémentaire magnifiquement orchestrée Provoque en nous la satiété du plaisir de consommation. Une carence alimentaire lorsque nous serons séquestrés Fera naître dans la société un esprit de compétition.
Tableau « Le Repas de noce ou La Noce paysanne » de Pieter Brueghel.
Quand tous les garçons et les filles ont un p’tit oiseau dans la tête, Le cœur devient cage à serins dont l’amour ouvre grand la porte. Mais lorsque sa flamme vacille, le piaf se transforme en trompette Dont le cri, hier si serein, s’envole dans l’azur qui l’emporte.
J’écoute la Terre qui gronde par les oiseaux dans leur silence ; Je vois les forêts qui reculent par les animaux disparus ; Je sens le souffle d’une fronde dans les fumées de pestilence Et les poisons qui s’inoculent par tous ces vaccins apparus.
Cette porte invisible dont le cœur a la clef Ne s’ouvre qu’une fois car l’amour est sacré. L’action imprévisible d’un écureuil bouclé Peut vous montrer la voie si sa robe est nacrée.
Alors n’attendez pas la prochaine occasion ; N’ayez pas froid aux yeux et suivez votre cœur ! Après le premier pas, sentez à profusion Ce parfum délicieux d’invite au voyageur.
Une grenouille un peu revêche, plongée sans son consentement Dans l’eau bouillante, sort par réflexe d’autodéfense assurément. Or, si on la met dans l’eau fraîche que l’on fait chauffer lentement, Au début, elle sera perplexe mais elle cuira sûrement.
D’abord, on nous a confiné ensemble dans nos appartements ; Après, nos sorties sont restreintes et nos approvisionnements ; Puis, internet est limité, le téléphone également ; Demain, nous vivrons dans l’astreinte ou supprimés légalement.
Quand, vers le rouge, il se rapproche, mon loup entend battre mon sang. Quand, vers le bleu, il disparaît , je ne perçois qu’un battement. Puis quand il saute, je m’accroche à son pelage en enfonçant Mon cœur dans ce qui m’apparaît le plus subtil embrasement.
Le monde est un conte de fées remplis de vides et de trous Que je comble un peu tous les jours de mes rencontres et mes acquis. La mort me fait philosopher, la vie m’amuse peu ou prou Et quand vient le temps des amours je conclus par l’acte requis.
Ainsi s’en vont les émotions transportées par le temps qui passe Avec les pires absurdités de tous les soucis de la vie. Les blessures et les commotions sans queue ni tête qui me dépassent Mais qui font la diversité à laquelle je suis asservi.
Le Gode Michel perdit sa chatte et cherchait qui la lui rendrait Lorsqu’il rencontra sa voisine en train de se la peloter. Le Gode, en voyant la goujate, lui fit savoir qu’il la prendrait Sur la table de la cuisine aussitôt que déculottée.
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Les voyages collectent un trésor qui se distille dans le cœur, Jolis bijoux de souvenirs, divins alcools de l’aventure, Dont mon nabuchodonosor améliore sans cesse la liqueur Pour trinquer et me soutenir vers de prochaines villégiatures.
J’entends tant de carambolages de nouvelles fausses ou vraies, J’aperçois tant de démesures à propos du confinement, Que j’en subis le décalage les jours fériés, les jours ouvrés, Pour trouver de la nourriture malgré l’emmagasinement.
En dépit de tous mes efforts pour attirer son attention, Elle restait indifférente à mes appels désespérants. J’eus beau jouer les sémaphores et montrer mes belles intentions, Elle demeura persévérante dans un silence exaspérant.
Et si tu m’observais vraiment avec un regard impartial, Te verrais-tu, dans mon miroir, comme tu voudrais bien me voir ? Et si tu m’disais carrément ce que tu vois dans mon facial, Je rectifierais mes mâchoires avec des défenses d’ivoire.
Gabegie totale sur la planète et tout le monde perd la tête ! Il paraît que les poulaillers sont pleins de poules folles à lier ; Les savants font des galipettes avec des œufs dans l’éprouvette ; Les chevaux ont le mors aux dents et les taureaux sont taraudants.
Tant pis pour la guerre d’Espagne, tant pis pour les guerres mondiales ! Les guerres idéologiques et les guerres économiques ! Le prix du pays de cocagne payé par les classes sociales N’est qu’un facteur psychologique doublé de mort astronomique.
La vie choisit la meilleure voie en privilégiant le plus fort Comme un concours universel pour élire l’espèce dominante. J’entends une petite voix me dire que le mâle a eu tort De ne mettre dans son escarcelle que sa vigueur prédominante.
« La femme est l’avenir de l’homme ! » proclamait Louis Aragon. Il serait temps de la laisser nous y conduire sereinement ; Placer la reine en son royaume, épousseter les vieux dragons, Prier celle qui, sans nous blesser, lancera le redressement.
Hélas ce n’est pas un poème qui va sauver l’humanité. Ni un retour vers le passé puisque le temps nous est compté. Je sais, je suis un peu bohème et manque de messianité Pour dire à la femme compassée d’agir selon sa volonté.
Le Soleil perd de sa magie depuis que la Terre n’est plus plate Et la lune est déshonorée depuis la conquête spatiale ; Le zodiaque tombe en léthargie depuis que l’espace se dilate Et les étoiles décolorées par l’effet Doppler, impartial.
L’homme reste encore debout pour un temps désormais compté Puisque sa planète natale ne parvient plus à le nourrir. Avoir ôté les garde-boues à sa sauvegarde escomptée Apporte le retour létal de la Terre en train de mourir.
Alors reste le souvenir d’une aurore et d’un crépuscule Comme serviteurs dévoués d’un roi-soleil prépondérant. Alors, reste le devenir d’une humanité qui bascule Alors qu’elle se croyait vouée à un avenir conquérant.