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  • Pom Pom Lama

    Eh bien voilà, c’est officiel, le lama devient helvétique
    Et il arbore fièrement les blasons des vingt-six cantons.
    Il illumine notre ciel magnifiquement esthétique
    Par la blancheur de sa toison de la croix dont nous nous dotons.

    Les messieurs portent les bannières aux couleurs des fleurs du pays ;
    Les dames arborent les pompons en hommage aux cloches de vaches.
    Quant au Pérou, pas de manière ; ils ont été tous ébahis
    De voir leur totem en jupons de fières conquêtes bravaches.

    Pour les enfants, le bel emblème d’une longue écharpe rouge et blanche
    Qui leur protégera la gorge et dont ils pourront s’amuser
    À se décharger des problèmes en déclenchant une avalanche
    De catastrophes dont ils forgent un avenir désabusé.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • IIII. La reine épique

    IIII. La reine épique

    Tranchons dans le vif du sujet et coupons court à tous propos :
    La reine épique possède un dard dont le fourreau est son croupion.
    Elle le sort sans préjugé – or ce n’est pas de tout repos –
    Et connaît, l’enfance de l’art, toutes les bottes du scorpion

    Tableau de Joshua Burbank.

  • III. La reine des tarots

    III. La reine des tarots

    Elle avait lu dans les étoiles toutes ces aventures amoureuses
    Qui agitent les couches royales ici, d’ailleurs et maintenant.
    Mais elle garde sous le voile toutes ses cartes langoureuses
    Qu’elle abat d’une main loyale lorsque le risque est attenant.

    Tableau de Joshua Burbank.

  • II. La reine économe

    II. La reine économe

    Le roi d’ailleurs l’a contrariée en venant chasser sur ses terres
    Car le gibier lui coûte cher et on y perd à la revente.
    Il prétendrait la marier or, il n’est point célibataire !
    De toutes manières, œuvre de chair se négocie avant la vente !

    Tableau de Joshua Burbank.

  • I. La reine d’ailleurs

    I. La reine d’ailleurs

    Dimanche matin, la reine d’ailleurs en a le cœur tout retourné.
    Le roi chasse avec la voisine, la putative reine économe.
    Elle s’est levée d’un ton railleur ; sa réception est ajournée
    Et s’en va dire à sa cousine qu’elle veut divorcer de son homme…

    Tableau de Joshua Burbank.

  • L’ivresse des couleurs

    L’ivresse des couleurs

    L’ivresse des couleurs paraît à la vie aussi naturelle
    Que le vin de ses océans et l’alcool de ses crépuscules.
    Lorsque la saveur disparaît sous la nuitée conjoncturelle
    Que le temps m’impose céans, j’en blâme l’addiction ridicule.

    Tableau de Vincent van Gogh.

  • Le vivarium de Cherche-Midi

    Le vivarium de Cherche-Midi

    Pour amuser Cherche-Midi, les poissons que ma femme achète
    Ne sont heureusement que jouets, pas la peine de la dénoncer.
    Pour attiser sa perfidie, elle les pêche à l’épuisette
    Et dès son petit air enjoué, le spectacle peut commencer.

    Tableau de Murman Kutchava.

  • Le langage des arbres

    Le langage des arbres

    On dit les arbres silencieux mais ils parlent toute l’année
    Par le langage des couleurs qu’ils usent comme sémaphores.
    Au fil des saisons sous des cieux, ils offrent une miscellanée
    De teintes selon les douleurs des fleurs aux fruits qui s’élaborent.

    Tableau de Robert Burridge.

  • Les pompons du bonheur

    Les pompons du bonheur

    Elle savoure les dandelions qu’elle appelle « pompons du bonheur »
    Car elle sait que chaque spore est une prière exaucée.
    Elle veut que nous nous consolions de nos peines et de nos malheurs
    Alors elle observe le score que le vent aide à exhausser.

    Tableau de Jimmy Lawlor.

  • La gardienne triangulaire

    La gardienne triangulaire

    Elle était assise à l’entrée dans une position insolite ;
    Je suis resté quelques secondes intimidé par sa quiétude.
    Et puis je fus déconcentré par l’arrivée d’un acolyte
    Qui, dans une laconique faconde, m’a confirmé mon hébétude :

    « La gardienne triangulaire médite depuis très longtemps
    Et ne doit pas être dérangée même si elle bloque le chemin. »
    L’information préambulaire m’a laissé coi un certain temps
    Puis, laissant ces moines étrangers, j’optai pour revenir demain.

    Tableau de Leonor Fini.

  • La vengeance de Cherche-Midi

    Mon chat se venge à sa façon quand je l’emmène chez le véto.
    Depuis la veille, il a compris que j’allais le mettre dans le panier.
    Alors, il joue au polisson dès qu’il me voit me lever tôt
    Et le lendemain ce malappris ne cesse de me calomnier.

    Illustration de Jeff Leedy.

  • Les mille-et-une nuits du chat Razad

    Les mille-et-une nuits du chat Razad

    Razad, grand chasseur de souris rêvait des mille-et-une houris
    Qui l’attendaient au Paradis et qui l’auraient ragaillardi.
    Pour sa minette, quel combat pour enlever sa djellaba
    Et lui conter son affection à grands coups de contraception !

    Tableau de Nadya Sokolova.

  • Les amourettes de Patte-en-rond

    Patte-en-rond cherche un papillon, un peu de chic et d’élégance
    Car le matou est amoureux, son cœur est pris pour une souris.
    Il s’est montré bien tatillon avec les cravates et les ganses
    Puis, il a choisi langoureux un petit nœud pas trop pourri.

    Mais voilà donc le pot-aux-roses ! Madame souris est un Monsieur !
    Du coup, pas de problème évidemment au sujet de la descendance.
    Nous ne leur souhaitons qu’une chose, c’est que cet amour officieux
    Ne cache pas finalement une ruse pour se garnir la panse.

    Tableau de Galina Y. Chuvilyaeva.

  • L’usine à malades

    L’usine à malades

    Les petites grippes saisonnières restent par trop artisanales ;
    L’homme a décidé de passer à l’industrialisation.
    L’Amérique, cette nation pionnière qui a fait fort dans les annales,
    Nous promet de se dépasser à coups de stérilisation.

    Tableau de Jacek Yerka.

  • L’année des fleurs de joie

    L’année des fleurs de joie

    C’était l’année des fleurs de joie qui nous ont embaumé la Terre
    À l’aide de germinations disséminées sur la planète.
    Par tous les chemins et les voies, de Chine jusqu’en Angleterre,
    Tous les élus de la nation nous ont masqué la comprenette.

    Tableau de Viktoria Prischedko.

  • Floues, les femmes floues – 2

    J’en ai rêvé, la science l’a fait. On va nous greffer la rétine
    Par un dispositif chelou qui floutera les femmes nues.
    Comme ce n’est pas encore parfait à cause de la sécrétine,
    Toutes les femmes seront floues qu’elles que seront leurs tenues.

    Du coup, tout le monde va penser qu’elles sont toutes des salopes
    Ce qui finalement ne changera pas grand-chose au climat actuel.
    Néanmoins on aura dépensé une fortune dans l’enveloppe
    Mais qui peut-être aboutira à l’égalité sexuelle.

    Mais je raconte n’importe quoi ! Ce sont mes verres de lunettes
    Qui s’embuent quand je vois passer toutes ces filles presque nues
    Qui déambulent, je ne sais pourquoi, pour bronzer des pieds à la tête
    Sur le petit îlot espacé sur la rivière en continu.

    Photos de Maciek Jasik sur http:www.apar.tvphotographiemaciek-jasik-le-nu-irrationnel .

  • Floues, les femmes floues – 1

    C’est dans le cerveau reptilien que se crée l’objet du scandale.
    L’homme compare ce qu’il voit à sa morale atrophiée.
    Selon s’il est politicien, il traite la femme de vandale ;
    S’il est parmi les filles de joie, il tente d’ se l’approprier.

    S’il est endoctriné chrétien, il la brûlera comme sorcière ;
    S’il est asservi au Coran, il lapidera l’infidèle ;
    S’il la connaît de ce matin, il lui ouvrira la portière
    Et s’il l’emmène au restaurant, il finit par la bagatelle.

    Tout ça c’est fou, tout ça c’est flou, faut arrêter coûte que coûte !
    Les histoires d’hommes et de bonnes femmes, c’est blanc-bonnet et bonnet-blanc.
    Il faudrait que le Dieu Afflelou crée des lunettes qui les floutent
    Afin qu’il ne soit plus infâme de s’rincer l’œil en plus troublant.

    Photos de Maciek Jasik sur http:www.apar.tvphotographiemaciek-jasik-le-nu-irrationnel .

  • Strip-Chess

    Elle ne faisait pas attention au début en perdant ses pièces ;
    Elle enlevait une chaussette, une partie de sa tenue.
    Après plusieurs inattentions, elle retrouva son hardiesse.
    C’était trop tard ! Dure défaite de se retrouver toute nue.

    Photo de Julian Wasser avec Marcel Duchamp jouant avec Eve Babitz racontée sur https:www.artsy.netarticleartsy-editorial-marcel-duchamp-played-chess-naked-eve-babitz .

  • Quand les seins sont mûrs !

    Elle s’était cousue au printemps une robe couleur de temps.
    Puis, lorsque l’été fut venu, les fruits aux arbres furent au menu.
    Tant et si bien qu’à la coquine, mûrit pareillement sa poitrine
    Et, depuis, la montée de lait pèse dans les seins potelés.

    Réalisation d’Ekaterina Guseva.

  • La forteresse cristallisée

    La forteresse cristallisée

    Ce n’était qu’un petit minéral, né de la famille Cristal ;
    Il poussa si bien son effort qu’il en devint un château-fort.
    Si vous passez par la Lorraine, pays des anciennes moraines,
    Ne manquez pas de visiter la forteresse cristallisée.

    Illustration de Jacek Yerka sur https:www.yerkaland.comprojects .

  • Dans le lit de la rivière

    Dans le lit de la rivière

    Qu’il fait bon vivre et bien dormir au fond du lit de la rivière
    Bercé par la mère des sirènes sous la protection de Neptune !
    Et qu’il fait bon se rendormir sur les algues en guise de civière,
    Choyé par les mains de la reine des loups de mer de la lagune !

    Illustration de Jacek Yerka sur https:www.yerkaland.comprojects .

  • Le Roi Louys, Martin-pêcheur

    Le Roi Louys, Martin-pêcheur

    Quand le Roi Louys, Martin-pêcheur, a mis sa culotte à l’envers,
    Tous les animaux de sa cour le lui firent vite observer.
    Et lui, de prendre un air bêcheur et leur rétorquer, l’œil sévère :
    « Allons Messieurs-Dame, au secours ! Tous les jours, vous m’ la resservez! »

    « Sachez que mon père a surpris la Reine-Mère au saut du nid,
    La renversa sur le duvet, ainsi s’aimèrent les amants.
    Puis, animé d’un fol esprit, mon père, dans un trait de génie,
    Dissocia sur le chevet toutes les couleurs de maman.

    Ainsi ma belle cape bleue est descendue sous le gilet
    Tandis que le plastron marron a permuté avec le râble.
    Alors il est temps, sacrebleu, sinon ce sera le gibet,
    D’arrêter de faire les larrons et vos remarques misérables ! »

    Je ne sais pas s’il eût raison de parler de cette façon,
    Mais tous les oiseaux ont opté de perpétrer cette élégance.
    Vous verrez en toute saison, qu’ils ont bien appris la leçon
    Et la mode qu’ils ont adoptée est d’une folle extravagance.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • L’amour confiné

    L’amour confiné

    Sa chambre était toute petite dans sa minuscule maison
    Mais l’amour y était plus fort et la marquait de son empreinte.
    Elle m’invitait, moi, où m’habite la passion plus que de raison
    Et je mettais tous mes efforts pour offrir la plus belle étreinte.

    Durant tout le confinement, nous vécûmes d’amour et d’eau fraîche ;
    Les voisins sympas pourvoyaient à gérer l’alimentation.
    Depuis le déconfinement, nous avons dû les battre en brèche
    Car tout le monde se fourvoyait en règle de distanciation.

    Tableau de Alexander Sulimov.

  • Les jeux confinés

    Pauvres enfants dans quatre murs soumis aux vacances forcées
    Et dont les cris ont fait vibrer toutes les fenêtres du port.
    Car les parents de ces fruits mûrs les stimulaient pour amorcer
    Des bravos déséquilibrés à qui braillerait le plus fort.

    Heureusement ces chérubins ont le soutien d’un animal
    Un chat, un chien ou un cheval, du moment qu’il crie assez fort.
    Et pour exciter leurs bambins, les parents, femelles et mâles,
    Organisent des festivals afin d’ leur venir en renfort.

    Tableaux de Alexander Sulimov.

  • Valentine

    Valentine

    Je l’aimais bien, ma Valentine qui me racontait ses malheurs ;
    Elle faisait commerce de charmes sur le trottoir devant chez moi.
    Ses études de laborantine n’avaient pas su mettre en valeur
    Tout ce qui peut tirer des larmes aux cœurs solitaires en émoi.

    Elle venait me raconter, les seins nus tout décontractés,
    Tous ceux qu’elle avait rencontrés au fil de ses folles journées.
    Moi, j’étais l’ami patenté, celui qu’elle aimait contacter
    Car nous étions tous deux montrés comme ceux qui avaient mal tourné.

    Je l’aimais bien, ma Valentine mais je ne l’ai jamais baisée.
    Nous passions simplement du temps à parler de tout et de rien.
    Quand elle enlevait ses bottines, laissant ses pieds nus apaisés,
    Je me souviens de ces instants comme un trésor épicurien.

    Tableau de Maia Ramishvili.

  • Jeux de dames

    Jeux de dames

    Les dames jouent avec les yeux, les dames jouent avec les cœurs,
    Avec les piques, avec les pions, avec les hommes, avec les femmes.
    Leurs jeux nous paraît fallacieux, leurs stratagèmes alambiqueurs,
    Mais les stratégies des champions jouent de tous les moyens infâmes.

    Infâmes ou simplement infimes, cette différence minime
    Figure la carte maîtresse qui désignera le vainqueur.
    Mais voyons ! Soyons magnanimes et reconnaissons là l’ultime
    Capacité de leurs caresses lorsqu’elles gagnent notre cœur.

    Tableau de Maia Ramishvili.

  • Les mauvaises humeurs du lion Némo

    Les mauvaises humeurs du lion Némo

    Quand il rigole, tout le monde rit. Quand il sanglote, tout le monde pleure.
    Il faut se faire une raison, le lion a toujours raison.
    S’il joue au chat et à la souris, s’il sème partout pièges et leurres,
    C’est pour montrer qu’en toute saison, il reste maître en sa maison.

    Photo de Marcel Siebert.

  • Chacun son lion, sa lionne

    Chacun son lion, sa lionne

    J’ n’ai pas eu à choisir mon père, il était du signe du lion ;
    Ma mère était, heureusement, capricorne mais surtout sa bonne.
    Si vous êtes comme moi, j’espère ; évitez ce genre de trublion
    Trouvez-vous, amoureusement, une femme qui ne soit pas lionne.

    Tableau de Jahar Dasgupta.

  • Le cœur

    Le cœur, c’est un grand pot de fleur mais de fleurs qui poussent d’amour ;
    Le cœur, c’est comme un coffre-fort qui renferme tous vos trésors ;
    Le cœur, il se remplit de pleurs mais pour les changer en humour ;
    Le cœur, l’organe le plus fort qui sait donner tout son essor.

    Le cœur, c’est un carnet d’amis qui vous aident à chaque problème ;
    Le cœur, c’est un sac à malice où l’on dépose ses baisers ;
    Le cœur, subit un tsunami quand un autre lui dit qu’il l’aime ;
    Le cœur, c’est lui, le Saint Calice porté à vos lèvres braisées.

    Illustrations de Aitch Heliana.

  • Le grand départ

    Lorsqu’elle décidera de partir, que mettrai-je dans ses valises ?
    Alain Barrière et Crèvecœur ? Sans oublier les écouteurs !
    Les vieilles photos à répartir entre ses voyages à Venise,
    Et ses tableaux accroche-cœurs ? Sans oublier ses droits d’auteur !

    Ne cherchez pas de concession ou une place au cimetière !
    Elle veut être incinérée, ses cendres dispersées au vent.
    Il n’y aura ni procession, ni héritiers, ni héritières,
    Puisque ses œuvres énumérés auront brillé de son vivant.

    Illustrations de Aitch Heliana.

  • Tigres bleus ou classiques ?

    Les tigres bleus chauffent bien mieux dans le moteur
    Quand ils sont deux acrimonieux et radoteurs.
    Mais si je l’ dis, je serai jeudi traité de fou
    Et puis lundi ou vendredi on m’tordra l’cou.

    Restons classiques et authentiques avec les tigres.
    Soyons pratiques et pacifiques, laissons les libres.
    La prochaine fois, j’parlerai ma foi, du Lion Némo
    Puisqu’il est roi, du moins je crois, des animaux.

    Tableaux de Gabriel Alix.

  • La jungle en folie

    « Trop souvent la cacophonie de cette jungle m’exaspère
    Et je sais bien que l’empathie devrait me rendre tolérant !
    Comme aux anciennes colonies quand, dans les rues, on vitupère
    À propos d’os et d’abattis à Tombouctou ou Téhéran ! »

    Ainsi vociférait d’ son balcon mon voisin dont j’ tairai le nom
    De peur de nous voir rappliquer tous les animaux en colère.
    Je suis d’accord, c’est un sale con et, pour ma part, je n’ dis pas non
    À venir un jour m’expliquer avec la faune protocolaire.

    Tableaux de Jahar Dasgupta et Laurel Burch.

  • La création de la femme

    La critique est aisée mais l’art est difficile.
    La création d’ la femme en est une gageure.
    Car Dieu s’est fait baiser, ce n’est pas si facile ;
    Les essais sont infâmes et le résultat jure.

    Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage.
    Après avoir raté la première Lilith,
    Dieu s’est pris d’amitié à sauver son naufrage
    Mais il a piraté les dieux grecs plus stylistes.

    Finalement ce fut Ève qui connut le succès
    Mais ce qu’on ne dit pas : « où sont passées les autres ? »
    Avant que l’heure s’achève je vous donne l’accès :
    L’une a fait un faux pas, l’autre s’est faite apôtre.

    Photos de Uldus Bakhtiozina sur https:www.vogue.itenphotovogueportfolio?id=227&md_photographer_id=227&md_pageIndex=0&md_page=0&md_pid=508264 .

  • Trois pages de romance

    Cette histoire commence au début du chapitre.
    Ignorez la préface – souvent trop de délire –
    Trois pages de romance – c’est écrit dans le titre –
    Que voulez-vous qu’on fasse ? On continue à lire.

    Déjà en page Une, la lecture s’égare ;
    On n’a pas tout compris, on relit plusieurs fois ;
    On décroche la lune dans les romans de gare,
    C’est bon pour les esprits des écrits d’autrefois.

    Et puis on fait l’amour ou presqu’à chaque page ;
    Et puis on s’assassine ou presqu’à chaque tome ;
    Et puis passent les jours là-haut dans les alpages ;
    On y a pris racine après le post-scriptum.

    Illustrations de Quint Buchholz.

  • On est tous là pour défiler !

    On est tous là pour défiler !

    Boris Vian n’est pas très content ; il n’a pas vu le défilé.
    L’état n’est pas trop mécontent, il n’aperçoit plus les gilets.
    Comment peut-on manifester sans gêner le gouvernement
    Quand on veut lui admonester tout notre mécontentement ?

    Marcher masqués ? La bonne idée ! Avec casques et boucliers
    Personne ne pourrait décider qui est flic ou fou à lier !
    Même en burqa ! Et pourquoi pas ? Hommes et femmes tous pareils
    Ou bien tous nus et sans tracas et dans le plus simple appareil !

    Collage de Johanna Goodman.

  • Bon voyage !

    Bon voyage !

    Hésitez-vous entre la mer et la montagne ?
    Souhaiteriez-vous une évasion dans la campagne ?
    Prenez l’avion, prenez le train, nous on s’en fout !
    Vous êtes ailleurs, si bien qu’ici, on fait les fous !

    N’hésitez pas à goûter à la quarantaine
    Si le virus vous tombe dessus dans la quinzaine.
    Profitez bien des hôpitaux sous équipés ;
    Vous aurez droit à une mort anticipée.

    Collage de Johanna Goodman.

  • La vallée de charme – 2

    La vallée de charme - 2

    L’autre chemin n’est pas sur Terre, seulement son portail fermé
    Qui ne s’ouvrira sous vos pieds que si vous êtes déshabillés.
    Plongez dans l’eau élémentaire de la rivière transformée
    En cascade faisant marchepied entre deux arbres entortillés.

    Le retour paraît impossible car la route empruntée s’efface,
    Gommée au fur et à mesure que vous montez au paradis.
    De grâce, restez impassibles, surtout ne perdez pas la face ;
    Tôt ou tard s’ouvre une embrasure ; n’en faites pas une maladie.

    Bienvenue dans l’hypothétique – où les morts sont encore en vie –
    Île de l’univers invisible dans une bulle imaginaire.
    J’y ai vécu de pathétiques jours avec les âmes ravies
    Jusqu’au retour imprévisible mais qui demeure secondaire.

    Tableau de Neil Simone.

  • La vallée de charme – 1

    La vallée de charme - 1

    Il existe encore des chemins qui s’évanouissent à la frontière
    De ces mondes au-delà des rêves que personne ne peut découvrir.
    Absents de tous les parchemins, inconnus des cartes routières,
    Parfois dans une minute brève, une porte pourrait s’ouvrir.

    J’en connais deux ou trois peut-être dans ces sentiers vers nulle-part
    Que j’ai ouvert par accident ou qui se sont entrouverts pour moi.
    Entre deux chênes ou deux hêtres, les ronces forment un rempart
    Qui s’écarte sans incident pourvu qu’un de mes yeux larmoient.

    La lumière à travers les larmes me fournit la clef pour entrer
    Ou plutôt m’annonce à l’oracle que je désire consulter.
    Au-delà la vallée de charme, sur la montagne excentrée,
    J’y ai découvert par miracle la reine sans difficulté.

    Tableau de Neil Simone.

  • Le syndrome de Magritte

    J’ai le syndrome de Magritte ; je n’ sais plus si ce que j’écris
    Est plus vrai qu’ la réalité ou plus faux que tous les mensonges.
    Pareil au serpent hypocrite qui se mord la queue sans un cri
    De peur que sa virtualité devienne une histoire à rallonge.

    Quand je relis, un an après, deux ou trois ans ou davantage,
    Mes petites circonlocutions, je pourrais presque m’y tromper.
    Mais si je regarde de près, je n’y vois point d’escamotage ;
    L’eau trouble reste sans solution et je n’ai plus qu’à la pomper.

    Tableaux de Neil Simone.

  • Son quota d’histoires

    Derrière le rideau de nuit, le paysage paradoxal
    D’un ciel d’azur au bleu de rose pour des rêves contradictoires
    Afin de pomper de l’ennui les oreillettes abyssales
    De mon cœur qui devient morose s’il n’a pas son quota d’histoires.

    Alors laissons notre théâtre s’ouvrir sur un monde meilleur
    La tête dans les nuages épars sur un océan de quiétude.
    L’esprit, grandiose et bellâtre, regardera sans doute ailleurs ;
    Le cœur, déjà sur le départ, saura goûter sa complétude.

    Tableaux de Rafal Olbinski.

  • Cherche-Midi braconnier

    Cherche-Midi braconnier

    Tandis que j’écrivais ces lignes, Cherche-Midi est repassé
    Plusieurs fois avec ses échasses, un filet, une cage dorée.
    Je crois que la bête maligne a décidé d’outrepasser
    La fin de la saison de chasse et va braconner en forêt.

    Tableau de Vladimir Rumyantsev.

  • Fin de partie

    Le Roi reste roi, vive le roi ! Mais qu’advient-il des autres pièces ?
    La reine est vite répudiée et remplacée par sa rivale ;
    Les pions demeurent pions, je crois, s’ils ne sont pas morts de vieillesse ;
    Le fou qui a étudié devient historien médiéval.

    L’autre fou de Dieu, ce gros évêque, prend la place du roi déchu
    Et fait repartir en croisade les tours qui sont restées fidèles.
    Après quelques prises de bec, on s’aperçoit que c’est fichu ;
    En effet, c’est Shéhérazade, la maîtresse de la citadelle.

    Tableaux de Paul Jonkers.

  • La rose parabolique

    La rose parabolique

    Cette rose parabolique, j’en désirais mon cœur nanti ;
    Ensorcelée par la fleuriste mais achetée à un prix d’ami.
    « Enchantée mais pas diabolique » justifiait la garantie
    Si j’en crois l’air ésotériste pour capter le cœur de ma mie.

    En amour, mon cœur bucolique aime la vie à l’eau de rose.
    Que voulez-vous ? C’est l’héritage que mes ancêtres m’ont légué.
    Un flacon d’amour alcoolique dont les ivresses sont la cause
    De cet attrait aux décryptages pour les amours trop intriguées.

    Évidemment je dois apprendre à mon cœur un nouveau langage
    Car seul le cœur peut percevoir ce qui échappe à la pensée.
    Le plus difficile à comprendre, c’est qu’il faut aimer davantage
    Que ce qu’on voudrait recevoir mais sans compter ni dépenser.

    Elle m’a permis de capter l’amour au-delà des frontières
    Depuis la Suisse alémanique jusqu’à ma cité phocéenne.
    J’ai réussi à m’adapter à cette nation tout entière
    À part la langue germanique malgré mon âme européenne.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Alerte au coronavirus – 2

    Alerte au coronavirus - 2

    Il a été créé par l’homme pour lutter contr’ la grippe aviaire
    Mais, dès le début, ça a foiré quand les martiens ont débarqué.
    D’abord, on crût à un myélome mais on s’aperçut qu’en Bavière
    Les vaches qui s’étaient enfoirées avaient mordu ces détraqués.

    Toute information complotiste est authentiquement et rigoureusement fausse.

  • Alerte au coronavirus – 1

    Alerte au coronavirus - 1

    On nous avait bien avertis qu’il y aurait un’ deuxième vague
    Mais ce qu’on n’avait pas compris c’est qu’elle arriverait sur les plages.
    Les vénusiens extravertis et les martiens fous qui divaguent
    Ont décidé, pour le même prix, de nous envahir les rivages.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Chacun sur son monde perçu – 2

    Chacun sur son monde perçu - 2

    Par mes yeux d’homme, je vois le monde ; un’ femme le verra autrement ;
    Mon chat le voit de la toiture et les oiseaux depuis l’azur.
    Toutes ces visions vagabondes, chacune prise séparément,
    Donneraient au cercle sa quadrature si elles fusionnaient d’aventure.

    Illustration de Kyle T. Webster.

  • Ma forêt intérieure – 2

    Ma forêt intérieure - 2

    Je passe d’une année à l’autre comme dans la pièce d’à côté
    Avec toujours le même décor, les mêmes noëls brillantés.
    Je ne pourrais faire l’apôtre d’une vie tarabiscotée
    Car c’est la même qui encore revient m’apprendre à patienter.

    Photo de Suzanne Moxhay.

  • Les femmes qui marchent – 3

    Les femmes qui marchent - 3

    Moi qui suis le dernier représentant qui marche
    De l’espèce des mâles en train de disparaître,
    Je n’ peux pas le nier j’aimerais être patriarche
    Auprès des animales qui me voudraient pour maître.

    Illustration de Renn Qin.

  • Les colères de Cherche-Midi

    Les colères de Cherche-Midi

    Je n’sais pourquoi, quelle misère, Cherche-Midi est en colère
    Depuis que je l’ai emmené consulter la vétérinaire.
    Depuis il souffle, il vocifère d’une mine patibulaire
    Dès qu’il me voit pointer mon nez malgré mon aspect débonnaire.

    Il a le blues évidemment et je le verrais bien clamer
    Ses griefs, la guitare à la patte, pour les chanter dans le quartier.
    Si par hasard, ses miaulements étaient, dès demain, acclamés,
    J’espère que la critique ingrate décriera le matou altier.

    Tableau de Vladimir Rumyantsev.

  • Les femmes qui marchent – 2

    Les individuelles portent un vanity-case,
    Les jolies secrétaires, un nouveau sac à main.
    Les intellectuelles arborent l’attaché-case
    Et les femmes artistes leurs dessins en sous-main.

    Les sportives ne marchent déjà plus, elles roulent
    À vélo, en Roller ou en planche à roulette.
    Il faut aller plus vite, il faut qu’elles déboulent ;
    L’avenir est en marche, faut pas faire de boulette.

    L’appétit vient souvent tout à coup en marchant
    On s’arrête au drugstore ou bien au restaurant.
    Tout dépend si elles sont dans un centre marchand
    Ou dans les petits villages à l’air revigorant.

    Il faut boire surtout des boissons énergétiques,
    Bien surveiller sa ligne mais se faire plaisir ;
    Et toute la semaine, des menus diététiques
    Le week-end on verra, c’est selon les désirs.

    Illustrations de Renn Qin.