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  • La femme en rouge ouverte

    La femme en rouge ouverte

    Avec sa robe rouge ouverte, je ne savais que trop penser ;
    Étais-je atteint de daltonisme ou simplement de voyeurisme ?
    J’allai donc à la découverte d’un coup d’audace récompensé
    Par une pointe d’optimisme et un soupçon d’ésotérisme.

    « Clac ! » fit-elle d’une main si leste que j’en suis demeuré tout bête
    Mais j’avais pu apercevoir le secret du décolleté.
    Les trente-six étoiles célestes qui tournaient autour de ma tête
    M’ont fait un instant concevoir une femme libre et révoltée.

    Mais comme j’étais perspicace j’ai fait remarquer à la dame
    Qu’une seule claque était bon marché pour deux seins à peine surpris.
    La belle se fit plus loquace, peu à peu nous nous accordâmes
    Et nous nous sommes attachés à en évaluer le prix.

    Tableau d’Isaac Grunewald.

  • Caméléonne jour et nuit

    Caméléonne, au petit jour, commence par un bain d’azur
    Qui des couleurs redonnera selon les caprices du temps.
    S’il pleut, elle pourra toujours revêtir brume de lasure
    Ou au soleil s’adonnera pour bronzer d’un hâle envoûtant.

    Caméléonne, quand vient la nuit, adopte les quatre éléments ;
    De l’air aux membres supérieurs, de la terre aux membres inférieurs,
    Du feu ardent au cœur qui luit à travers ses yeux véhéments
    Et de l’eau fraîche au postérieur pour calmer son for intérieur.

    Tableaux de René Magritte sur https:dantebea.comcategorypeintures-dessinsrene-magritte .

  • Jolie mademoiselle de mai

    Jolie mademoiselle de mai

    Toute l’eau passée sous les ponts a fécondé tant de rivières
    Qu’il naîtra en ce mois de mai tous les coquelicots de rêve.
    Coquelicot un peu fripon, coquelicot un peu sévère,
    Coquelicot plutôt gourmet, coquelicot attrape-rêve.

    Tandis que mai débute à peine juste avant le lever du jour,
    La première fleur, toute jeunette, s’éveille dans l’air transparent.
    Elle sort doucement de sa gaine ses pétales en faisant bonjour
    Au soleil et à sa planète qui l’accueillent en tant que parents.

    Elle s’épanouit à midi, reine des fleurettes des champs,
    Attire tous les papillons qui lui butinent son nectar.
    Et puis le soir, sans comédie, entre chien et loup, au couchant,
    Elle retire son cotillon et s’endort… il est déjà tard.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Coucou ! T’y es ?

    Coucou ! T’y es ?

    En suisse, ils font très bien les choses en ce qui concerne les oiseaux
    Qui servent de garde-manger au chat le plus intelligent.
    Mais les oiseaux plaidant la cause qu’on les prenait pour des zozos,
    En ont marre d’être dérangés par ce matou désobligeant.

    On leur éleva les mangeoires et verrouilla leurs maisonnettes ;
    Le chat passa donc par le toit – on n’avait pas pensé à ça !
    On installa des pataugeoires, des troncs enduits de savonnettes
    Et le chat, au début pantois, finalement y renonça.

    Nous appelons donc « coucoutiers » ces drôles d’arbres défensifs
    Que tous les oiseaux plébiscitent trouvant la méthode adéquate.
    Mais le chat que vous redoutiez passa tout l’hiver, l’air pensif,
    Guettant la manière illicite de réinventer l’ouvre-boîte.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Tout pour les vacances

    Tout pour les vacances

    Contre les soucis de la vie et l’esclavage du travail,
    L’être humain moderne se drogue de fêtes et de carnavals.
    On est ensemble, on est ravi, on apprécie les retrouvailles,
    On se suit partout sur les blogues, là en amont, là en aval.

    Trois cent soixante-cinq jours par an, autant de jours d’anniversaires
    Multipliés par habitants dans les villages et les cités,
    Avec les enfants, les parents et les amis toujours sincères
    Et les échos concomitants de musique en intensité.

    Tant pis si tout le week-end nuit et envahit le voisinage
    Et tant pis si les minets râlent quand les toutous aboient gaiement !
    Chantons, dansons toute la nuit, avant d’atteindre le troisième âge
    Car la jeunesse est libérale et populaire, ah oui vraiment !

    Tableau de Natalia Ivanova sur https:m.facebook.comstory.php?story_fbid=pfbid02kWFBXk2YvxtmjBKcPYde9cum75cjCvtypYDj8dsWf4A3NY5TNcWrBBYjHyYySjVRl&id=1436215845 .

  • Courbes et méandres

    Même en Suisse la pollution grimpe au sommets de nos collines
    Et les ruisseaux chargés de pluies arborent des teintes bizarres.
    Suivant les circonvolutions de ces eaux jadis cristallines,
    J’ai recherché, l’esprit instruit, l’origine de chaque mare.

    La vérité n’étant pas droite mais courbée de plusieurs méandres,
    Je me suis souvent égaré et j’ai parfois tourné en rond.
    Jusqu’à ma chute maladroite comme un imbécile au pied-tendre
    Dans des éboulis bigarrés couleur ambre, rouille et marron.

    Mais je ne suis pas géologue et c’est là mon moindre défaut.
    Ce n’est pourtant pas très sourcier de découvrir le pot-aux-roses !
    Mais pas besoin d’être écologue ou d’être un savant comme il faut
    Pour savoir qu’il faut se soucier d’une apocalypse morose.

    Tableaux de Phyllis Shafer sur https:stremmelgallery.comphyllis-shafer-beneath-one-sky .

  • Les eaux moirées

    Les reflets pervers narcissiques n’étant pas ceux que je préfère,
    J’essaie de prévoir l’avenir dans l’image inversée du temps.
    Hélas les pollutions toxiques me montrent une étrange atmosphère
    Qui tendrait à me prévenir d’un poison latent rebutant.

    Alors je m’en vais explorer les flaques et les mares stagnantes
    Où l’eau de pluie a décanté dans la froidure de l’hiver.
    Mais le printemps vient déplorer des odeurs pas très avenantes
    Dans ces endroits désenchantés exempts du moindre fait divers.

    Sans doute les ruisseaux rieurs ruissèleront de beaux présages
    Hélas des flots de mousse orange s’écoulent des dernières pluies.
    Quel est ce démon bousilleur qui gâche les beaux paysages ?
    Flore véritable sporange ou corruption sortant du puits ?

    Tableaux de Phyllis Shafer sur https:stremmelgallery.comphyllis-shafer-beneath-one-sky .

  • Duel complice des sans-soutifs

    Duel complice des sans-soutifs

    Les combattants des sans-culottes redoutent la révolution
    Et qu’on chasse leur roitelet de leur Assemblée Nationale.
    Le Pape en tombe la calotte et leur donnent l’absolution
    Et les médias emboîtent les raisons du plus fort, ça fait mal.

    Courage, il faut bomber le torse, tomber l’ soutif et la chemise,
    Se serrer les coudes ensemble, exhiber ses belles mamelles !
    Et lorsque le combat se corse entre flics et France insoumise,
    L’espérance qui nous rassemble, c’est bien la force de nos femelles.

    Brigitte et Marianne ensemble en ferait une belle paire
    De casseroles sur lesquelles on se taperait bien la coche,
    Puis avec un coup qui ressemble à un quarante-neuf-trois d’expert,
    Lui laisseraient quelques séquelles après plusieurs coups de taloche.

    Tableau de Cate Rangel sur https:www.betweenmirrors.com201208cate-rangel-psychological-mirrors.html#.V3v55bjhDIU .

  • Gauloiseries entre goupils

    Gauloiseries entre goupils

    Un renard roux tout rabougris – petit mais malin comme un singe –
    Accompagné d’un gros plein d’soupe – tombé dans la potion magique –
    Ont tant mis l’occupant aigri à trop se creuser les méninges
    Qu’ils nous ont montré que la coupe est pleine lorsqu’elle vire au tragique.

    Les romains, ces macaronis, menés par le chef des armées
    Furent tournés en ridicule par caricature appâtés.
    Qu’attend-on pour que soient honnis tous ceux qui nous ont alarmés
    Avec des flics qui nous acculent pour mieux nous mettre la pâtée ?

    Les pâtes étant à la casserole ce que le sifflet est au flic,
    Il faudra toute une batterie pour venir à bout des manifs.
    Que Marianne remplisse ce rôle en face de l’ennemi public
    En lui faisant une gâterie suivie d’un bon coup de canif !

    Illustration de René Hausman.

  • La fille de Némo

    La fille de Némo

    Au fond des fosses abyssales vivrait une femme-poisson
    Dont l’origine remonterait à l’aube de la nuit des temps.
    Fruit des légendes colossales dont les poètes font leur moisson
    Mais qui pourtant raconteraient les mêmes faits se répétant.

    On la dit fille de Némo, de la famille de Noé
    Dont l’Arche aurait été léguée par héritages successifs.
    Par gratitude aux animaux qu’il suivait de son canoë,
    Il l’avait alors reléguée dans un bâtiment immersif.

    Et puis Némo eut une fille, née du sein même d’une sirène,
    Qui navigua avec son père vingt ans tout autour de la Terre.
    Elle portait à sa cheville une gourmette marquée « Irène »
    Et avait bâti son repaire dans un abîme solitaire.

    Tableau de Carolyn Laplante sur https:designspartan.compresentationpresentation-digital-painter-carolyn-laplante-aka-snaketoast .

  • Quand la poulpe est pleine

    Comme elle a plusieurs tentacules et qu’elle a su faire ses preuves,
    La sirène s’est faite jardinière dans les algues aux fruits aquatiques.
    Aidée par les animalcules d’un plancton riche à toute épreuve,
    Elle distille de sa pépinière un élixir fantasmatique.

    Et du samedi au dimanche, la sirène et son gros triton
    Trinquent et oublient tous leurs déboires de la sainte semaine écoulée.
    Ils s’étreignent de huit paires de manches, se moquent du qu’en-dira-t-on ;
    Ce qui tend à prouver que boire fait les abysses chamboulées.

    Tableaux de Hannah Silivonchyk sur https:www.livemaster.rutopic980417-dobrota-i-trogatelnost-v-kartinah-anny-silivonchik .

  • La vue c’est la vie du chat

    La vue c’est la vie du chat

    Mon chat se plait, comme les vaches, à regarder passer les trains ;
    J’l’entends, au train où vont les choses, ronronner en mode vibromasseur.
    Mon gros matou, fier et bravache, se laisse aller avec entrain
    À subir la métamorphose de l’oisif qui devient chasseur.

    En attendant, le chat paresse comme si sa vie en dépendait,
    Allongé devant la fenêtre, accro à s’emberlucoquer,
    Jusqu’à ce qu’enfin apparaisse une proie à vilipender ;
    Petit oiseau qui vient de naître, tombé du nid, prêt à croquer.

    Tableau de Lena Kashigin.

  • Paroles de corps

    Si le corps avait la parole, il s’exprimerait en musique ;
    Les jambes entonneraient une ballade, les bras plutôt une ouverture.
    Les seins chanteraient la barcarole, le bassin serait plus liturgique
    Et le cœur battrait la chamade en fonction de sa tessiture.

    Les deux corps de l’homme et la femme, en duo feraient un canon ;
    Le partenaire au sexophone jouerait un solo hors d’haleine
    Tandis que résonnerait l’âme de sa compagne au tympanon
    Qui monterait en amazone une gracieuse cantilène.

    Tableaux d’Isaac Grunewald.

  • Mes petites cases-mémoire

    Mes petites cases-mémoire

    C’ n’est pas le cerveau qui ressemble à l’ordre d’un ordinateur,
    C’est l’ordinateur qui s’apanage du schéma de notre encéphale.
    Et c’est bien normal, il me semble, puisque son coordinateur
    L’a assemblé à son image soit sa propre âme philosophale.

    Ainsi ai-je des cases mémoires et des petits automatismes
    Que je programme par ma conscience, à la vitesse la plus brève.
    Toutes mes pensées les plus noires, mes émotions, mes traumatismes
    Sont stockés dans ma subconscience et remontent la nuit dans mes rêves.

    Parfois je dénoue mes problèmes, mes cauchemars passent au marbre
    Et tout mon passé oublié se rejoue en prolongations.
    Je revois les visages blêmes de mes ancêtres dans mon arbre
    Généalogique publié au cours de mes divagations.

    Tableau de Mark Ryden.

  • Ce qui se cache dans les détails !

    Tous les détails cachent l’ensemble, l’atome n’est plus la matière ;
    Plus l’infini devient petit, plus se diffracte l’univers.
    Il paraît que Dieu me ressemble par sa lumière tout entière
    Prête à surgir tout aplatie d’un équivoque trou de ver.

    Les détails marquent la frontière entre deux mondes opposés ;
    L’un observable où va mon corps, l’autre invisible d’où vient mon âme.
    Chercher à percer la matière par sa structure présupposée
    Me fait basculer l’anticorps là où s’obscurcit l’anti-âme.

    Tableaux de Colin Johnson.

  • L’ouverture de la chasse à l’homme

    L’ouverture de la chasse à l’homme

    Dès l’ouverture de la chasse, la femme devient chasseresse
    Et a recours à ses appas, à ses leurres, à ses artifices
    Pour piéger les garçons qui passent et qui se laissent, par paresse,
    Familiariser pas à pas jusqu’à l’ultime sacrifice.

    La journée consacrée aux femmes n’est qu’un prétexte crapuleux
    Pour pratiquer la chasse à l’homme lâché tout nu dans la forêt.
    Ceux qui décrient ce sport infâme devraient s’montrer plus scrupuleux
    Car ils n’sont que gibier « at home » qu’elles adorent dévorer.

    Tableau d’Evgueny Makarenko – Loza.

  • Suivez mon regard !

    Les yeux dépassent le reflet de l’âme enfouie profondément
    Et souvent leur regard excède la limite de ses orbites.
    Je les vois même s’essouffler le plus souvent effrontément
    Pour un sujet qui les obsèdent ou quelque bêtise subite.

    Qu’il est orgueilleux et hautain ce regard affiché en coin
    Qui mesure la contenance de son voisin ou sa voisine !
    Deux yeux perçants de diablotins explorant le moindre recoin
    Pour une espiègle inconvenance qui fait la une des magazines.

    D’où l’emploi de lunettes noires pour voir en toute indiscrétion
    Et lancer un œil goguenard aux décolletés en promotion.
    D’ailleurs si j’ai bonne mémoire, les stars de la conspiration
    Clones de Zorro le renard en font grande consommation.

    Tels sont les outils désormais du parfait p’tit physionomiste
    Dont l’art d’observer ses semblables est consentement unanime.
    Celui qui n’observe jamais possède l’âme aveugle égoïste
    Tandis qu’un regard bien palpable relève d’une âme magnanime.

    Tableaux d’Isaac Grunewald.

  • L’aperture entre le rouge et le noir

    L’aperture entre le rouge et le noir

    C’était un pauvre petit noir qui aimait un rouge si intense
    Qu’on aurait bien pu les confondre sur une photo monochrome.
    Or l’intrépide crut pouvoir multiplier leurs accointances
    Mais commençait à se morfondre en l’attendant au vélodrome.

    La demoiselle, toute en bouclettes, comme elle aimait se faire attendre,
    Transmit un ininterrompu SMS comme convenu.
    Il grimpa sur sa bicyclette, partit sur la route du tendre
    Et pédala tant qu’il le put mais la belle n’est jamais venue…

    Photo de Maggie West.

  • Ceci n’est pas une femme !

    À chaque étage de la femme, le chaland est tout feu tout flamme !
    Rez-de-chaussée, il prend son pied dans ses talons comme il lui sied.
    Premier étage, priez pour nous, il en est tombé à genoux ;
    À l’entrée, d’un élan fougueux, sans hésiter il fait la queue.

    Sixième étage, sur les vitrines, se massent les jolies poitrines
    Pour estimer chaque bonnet, A, B, C, D, c’est pas donné !
    Septième ciel, tous les visages admirent le beau paysage
    Et de leurs bouches, on peut entendre : « Qu’elle est chair, la route du tendre ! »

    Tableaux et photo de René Magritte.

  • Fantomatique

    Fantomatique

    Elle ne m’apparait pas toujours ; plutôt de nuit dans la pénombre
    Où j’aperçois sa silhouette étouffée dans l’obscurité.
    J’aime m’attendre à ce qu’un jour ou demain, elle sorte de l’ombre
    Telle une vaine pirouette née de ma singularité.

    Pourtant comme la Terre tourne, elle existe malgré la science
    Qui traite de superstition ce qui lui semble inextirpable.
    Sans doute mon âme détourne ce qui échappe à ma conscience
    Mais pourtant cette apparition s’avère bien souvent palpable.

    Ai-je des hallucinations, entends-je des voix qui susurrent ?
    Vois-je des fantômes passer quand je me réveille à propos ?
    Sans doute ces manifestations, ces ectoplasmes et ces murmures
    Veulent me voir outrepasser mon appartenance au troupeau.

    Tableau de Adrienne Stein.

  • Le temps et l’attente sont pléonasmes

    Le temps et l’attente sont pléonasmes

    C’est ce qui est à moitié vide quand tout semble se ralentir
    Et ce qui remplit tout l’espace qui font que l’attente devient lourde.
    Pourquoi mon cœur est-il avide de vouloir toujours ressentir
    Toutes les secondes qui passent pour réveiller mon âme sourde ?

    C’est mon tonneau des Danaïdes qui jamais ne se remplira
    Car je demeure convaincue que seule la mort m’en délivre.
    C’est comme une vraie thébaïde où rien ne différenciera
    Tout ce que j’ai déjà vécu et tout ce qu’il me reste à vivre.

    C’est aussi le compte à rebours que je subis en endurant
    Cette satanée habitude de croire que ma vie s’y enclave.
    Je crois éviter les débours que je lui dois ma vie durant
    Et sortir de la certitude qu’il est le maître et moi l’esclave.

    Ne sont que gouttes dans un verre, sable écoulé du sablier,
    Gouttelettes dans une clepsydre, aiguilles qui ne cessent de courir.
    Le temps, c’est l’arôme sévère d’une pomme verte distillée
    Dont l’alcool qui donne son cidre m’enivre à m’en faire mourir.

    Tableau d’Edward Hopper.

  • À quoi rêveront les robots ?

    Finalement ils ont opté pour les prothèses à cent pour-cent ;
    Des cœurs à piston rotatif et un cerveau électronique.
    De nouveaux membre sont adoptés en composite propulsant
    Et un système digestif soumis à l’ordinaire unique :

    On ne mange plus, on s’alimente un peu partout dans les forêts
    Qui subsistent sur la planète grâce aux plastiques dégradés
    Car plus la pollution augmente et plus les bois sont phosphorés
    Et transmettent par internet un courant faible rétrogradé.

    À quoi rêvent donc les robots ? À des programmes en vidéo
    Téléchargés à la demande d’un simple coup de téléphone.
    Si vous trouvez cela trop beau pour être vrai, vos idéaux
    Seront à portée de commande dans les applis de vos smartphones.

    Illustrations de Matt Dixon sur https:www.boredpanda.comlonely-robots-quiet-world-part-4-matt-dixon?media_id=1653679&utm_source=pinterest&utm_medium=social&utm_campaign=organic .

  • Nos enfants du futur

    Au rythme de quinze vaccins et injections de toutes sortes,
    Les ARN-messagers ont accompli leur mutation.
    Les contrôles étant trop succincts, les premiers symptômes se comportent
    Comme des troubles passagers ; personne n’y fait attention.

    Cheveux bouclés comme des moutons poignent dans les maternités
    Et les oreilles décollées surviennent avant l’adolescence.
    Plus tard, irruption de boutons, surtout dans les fraternités
    Nourries au lait éthérolé de tendance à l’obsolescence.

    Dès le début, de jolies cornes sont apparues comme stigmates
    Et les médecins ont conclu : « ce sont de futurs télépathes ! »
    On vit des filles à la licorne et plein de garçons astigmates
    Mais tous les doutes étaient exclus quant aux syndromes psychopathes.

    Mais il est trop tard désormais et nos enfants sont des mutants
    Qui n’ont de cœur que pour la science et la foi dans l’informatique.
    Leurs parents demeurent à jamais traités d’erreur du débutant ;
    Leur Dieu n’ayant pas eu conscience des progrès de la robotique.

    Tableaux d’Oleg Dou sur https:beautifulbizarre.net20140530oleg-dou-beauty-whispers-beast .

  • Debout les endormis !

    Debout les endormis !

    Quand mes parents criaient « Debout ! » tous les matins sans crier gare,
    Je prenais le chemin de l’école administrée par la commune.
    « Caillou, genou, joujou, hibou… » ; « Mais où est donc quel Ornicar… ? »
    Et prenais deux heures de colle pour avoir été dans la Lune.

    Quand la société crie « Debout ! Il est temps d’aller travailler ! »
    J’entends les autres s’agiter et courir pour gagner leur vie.
    Quand l’état crie qu’il est tabou de flemmarder et trainailler,
    Je n’ai de cesse de cogiter sur l’importance d’être asservi.

    Quand l’armée crie « Debout les gars, hissez les voiles et levez l’ancre !
    Engagez-vous, c’est sans regret ! Au front, le fond de l’air est frais ! »
    Je préfère reste renégat en pensant au célèbre cancre
    Qui citait contre le progrès : « C’est trop robot pour être vrai ! » †

    (Illustration de Lisa Aisato sur https:www.aisato.noandre-illustrasjoner#itemId=55830f07e4b0d670c6fc3e2b ;
    † citation de Jacques Prévert.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’inadaptation m’énerve et l’inaction m’accable la conscience

    L’inadaptation m’énerve et l’inaction m’accable la conscience

    Mes idées sont trop arrondies pour la société trop étroite
    Qui n’accepte que ce qui ressemble à ses idées bien arrêtées.
    Toute l’enfance j’ai grandi avec mes pensées maladroites
    Qui ne vont jamais bien ensemble malgré mes efforts apprêtés.

    Alors j’ai quitté les railleurs ; un jour je me suis fait la belle
    Comme un Petit Poucet perdu à la recherche d’aventure.
    Ainsi je suis parti ailleurs chercher une femme rebelle
    Qui aime les idées tordues qui correspondent à sa peinture.

    Bien sûr, l’action calme les nerfs et soulage votre conscience
    Comme une leçon bien apprise qui sert à tondre les moutons.
    Et moi, l’inaction, je vénère pour éviter que la science
    Détruise la Terre par surprise en pressant le mauvais bouton.

    Illustration de Lisa Aisato sur https:www.aisato.noandre-illustrasjoner#itemId=55830f07e4b0d670c6fc3e2b .

  • L’amour à califourchon

    L’amour à califourchon

    Heureux comme un poisson dans l’eau ? Oui mais quand on est cachalot
    Les amours sont plus compliquées pour ne pas dire alambiquées.
    Quant aux fabuleuses sirènes, leurs amours ne sont pas sereines
    Car elles ont besoin pour mari d’un matelot bien aguerri.

    Il faut un marin bien dodu afin qu’elles en soient mordues ;
    Un marin pas trop maigrichon – faut pas s’monter le bourrichon ! –
    Un homme de mer pas trop revêche pour lui garantir la chair fraîche
    Et s’il est plutôt joli garçon, elle l’aimera à califourchon.

    Illustration de Lisa Aisato sur https:www.aisato.nomalerier .

  • Zénitude en profondeur

    Sans doute la vie de sirène s’avère plus zen qu’une humaine ;
    Elle n’a pas inventé le feu, pas plus l’eau tiède que la poudre.
    Sa vie paraît donc plus sereine avec sept dimanches par semaine
    Sans faire bouillir le pot-au-feu, ni laver, repriser ni coudre.

    Car elle a, de son mâle, appris qu’au fond les femmes sont sensées
    Car elles n’ont pas besoin de roue ni de devoir franchir les bornes.
    Hélas, chez nous, des malappris mènent une guerre insensée
    Pour mettre nos femmes sous les verrous selon « la loi de la licorne ».

    (Tableaux de Isabelle Bryer sur https:www.liveinternet.ruusers3255824post234988954
    « La loi de la licorne » sur https:www.caminteresse.frsocietequest-ce-que-la-loi-de-la-licorne-1175841 .)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Une suissesse dans son bain

    Une suissesse dans son bain

    Parfois les eaux du Lac Léman débordent à cause des Suissesses
    Qui calment leurs tribulations par d’abusives ablutions.
    Au pays des Suisses-Allemands, quand vient le terme de leurs grossesses
    L’eau les baigne en adulation de leur propre constitution.

    Dans les atmosphères hermétiques des salles-de-bains helvétiques,
    Coulent les eaux amalgamées des pluies et des glaces fondantes.
    Selon leur classe et leur éthique, vitalité et esthétique,
    Elles passent leur temps à s’y pâmer durant des heures redondantes.

    Tableau d’Evangelion inspiré de Konstantin Tarasov sur https:thecollectibles.tumblr.compost187123384858evangelion-inspired-art-by-konstantin-tarasovamp .

  • À la recherche du bonheur perdu

    À la recherche du bonheur perdu

    Afin que le bonheur arrive, il faudrait que la peur s’en aille ;
    La peur du chasseur à l’affût ou bien la peur du mâle en rut.
    Et je me sens à la dérive parmi tous ces regards canailles,
    Ceux qui passent outre mon refus et se conduisent comme des brutes.

    Afin que le bonheur existe, j’aimerais bien me sentir nue
    Sans me retrouver sans défense ni crainte d’être violentée.
    Si la satisfaction persiste, je me sentirais soutenue
    Si je ne recevais nulle offense, contre mauvaise volonté.

    Le paradis aux mille vierges n’est qu’un vieux rêve phallocrate
    Et pourquoi pas mille étalons promis au gynécée céleste ?
    Là, je lorgnerais sur les verges comme une femelle autocrate
    Sans chemise et sans pantalon mais pour une chanson de geste.

    Tableau d’Adrienne Stein.

  • Un amour de mandragore

    Un amour de mandragore

    Parmi les racines de gingembre, de curcuma, de mandragore
    Que j’avais oubliées dehors, la pleine Lune aura sévi
    En leur développant les membres et en éveillant l’égrégore
    Par je n’sais quel confiteor chanté par l’astre inassouvi.

    Elle a dévoré le gingembre et le curcuma goulûment
    Et puis a grimpé sur le mur en plantant ses griffes dedans.
    Mais lorsqu’elle a rejoint ma chambre, j’ai décidé résolument
    D’accueillir ses jolis fruits mûrs en lui montrant mes belles dents.

    Eh bien la mandragore est bonne, dodue et sucrée à souhait
    Et j’irai bien en rechercher sincèrement toute une souche !
    Mais dès demain je m’y abonne – désormais je peux l’avouer –
    Quand je vais chez le maraîcher j’en ai toujours l’eau à la bouche.

    Sculpture d’Armelle Blary sur https:www.paperblog.fr7403284sculptures-metamorphosees-et-poetiques-de-armelle-blaryamp .

  • Sœurs de lait

    Sœurs de lait

    Deux sœurs de lait me regardaient en me dardant des quatre seins
    Et je ne voyais que l’effet des mamelons dans leur vitrine.
    Et tandis que je m’attardais à appréhender leurs desseins
    Je pris les épées des deux fées plantées dans ma propre poitrine.

    Elles m’ont dévoré le cœur de leurs petites dents pointues
    Puis m’ont recousu d’une toile qui brillait comme un firmament
    Et de leur petit air moqueur m’ont dit avec sous-entendu :
    Maintenant tu es « Cœur-d’Étoile » et tu nous suis, évidemment.

    Alors je suivis les deux sœurs et sommes devenus intimes ;
    Elles m’ont nourri de leur lait et m’ont fait goûter leurs bonbons.
    Depuis je me suis fait chasseur pour leur traquer d’autres victimes
    Et leur offrir ce qui leur plait en me réveillant pour de bon.

    Tableau de Lisa Yuskavage.

  • Le modèle à la main levée

    Le modèle à la main levée

    À main levée, avec méthode, seul l’œil dirige le crayon
    Qui retransmet fidèlement les vraies proportions artistiques.
    Les mains levées de la ribaude captent du soleil un rayon
    Qui va superficiellement en accentuer sa plastique.

    L’osmose unit l’observateur à son modèle qui prend la pause
    Et une relation intime se crée sur la piste aux étoiles.
    Le peintre se fait créateur et la créature compose
    Cette Lilith illégitime d’un nouvel éden sur la toile.

    Tableau de Mato Jurkovic.

  • Autocritique mystique

    Autocritique mystique

    Sans doute la présence d’un Dieu qui me ressemble et qui m’observe
    Depuis le lieu que j’ai atteint pour accomplir ma destinée ?
    Je semblais miséricordieux comme dans une foi qui conserve
    Une âme qui perd son latin parmi des chrétiens obstinés.

    J’ai fait des voyages mystiques, embarqué sur des fleuves en transe
    Sous l’effet de révélations qui m’ouvraient la porte aux mystères.
    Par raisonnements holistiques doublés d’un orgueil à outrance,
    J’ai cherché la corrélation avec une vie plus terre-à-terre.

    Aujourd’hui j’ai perdu la foi envers ma quête d’idéal ;
    J’incarne ma propre prière dans ce chemin ad hominem.
    Mais je vois passer toutefois dans un navire boréal
    Ce Dieu qui regarde en arrière et qui n’est autre que moi-même.

    Tableau de Wolfgang Lettl sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201104wolfgang-lettl-1919-2008-germany.html .

  • Lentille impudique

    Lentille impudique

    Mieux que les verres à double foyer ou les lunettes à rayons X,
    Le vin vous dévoile la femme plus belle que quand vous êtes à jeun.
    Du moins, c’est ce que vous croyez lorsque vous devenez prolixe
    Avec propositions infâmes et une pointe d’accent cajun.

    Prenez plutôt un verre à pied qui épouse bien ses contours ;
    Si jamais elle n’est pas d’accord, tant pis si elle se dérobe.
    Avec l’attitude qui vous sied, offrez-lui un verre en retour
    Et si le vin donne du corps alors enlevez-lui sa robe.

    Photo d’Endegor.

  • Entre rêve et cauchemar

    Les cauchemars sont mes conflits qui ressurgissent chaque nuit
    Tant que mes blessures de l’âme ne sont pas mithridatisées.
    Les eaux de ma mélancolie délavent mon cœur de l’ennui
    Et mon esprit passe à la flamme pour le forger et l’attiser.

    Rêver d’idéal féminin n’est pas mon rêve le plus bénin ;
    Rêvasser d’amour et d’eau fraîche apaise mon âme revêche.
    Tous mes cauchemars récurrents – baptême de feu m’épurant –
    Règlent mes problèmes antérieurs sur l’air de mes songes intérieurs.

    Quel est le pire cauchemar pour un rêveur impénitent ?
    Sans doute un rêve merveilleux qui disparaît avec regrets ;
    Peut-être aussi lorsque démarre une nuit blanche préméditant
    Des trous de mémoires sommeilleux où je vais me désintégrer.

    Rêver d’une putain infâme est-il un affront à la femme ?
    Cauchemarder sa propre mort est-ce se nourrir de remords ?
    Se filmer un rêve éveillé est-ce un présage émerveillé ?
    Faire et refaire le même rêve est-ce l’imaginaire en grève ?

    Illustrations de Miles Johnston sur https:www.juxtapoz.comnewsthe-seduction-of-miles-johnston .

  • Les chatons de Schrödinger

    Les chatons de Schrödinger

    Schrödinger n’avait pas un chat mais une chatte qui mit bas
    De trois chatons métaphoriques sur l’absurdité de la vie.
    Si le premier s’effaroucha lorsque sa mère l’exhiba,
    Le deuxième fut authentique et le troisième plutôt ravi.

    Quant à la théorie quantique, on ne sait quel chat fut élu
    Mais Schrödinger a confondu les spécimens de bout en bout.
    Comme ils étaient tous identiques, à son hypothèse farfelue,
    Le monde entier a répondu qu’elle était à dormir debout.

    Tableau d’Adolf Fleischmann.

  • La tête dans le compotier

    La tête dans le compotier

    La tête dans le compotier, à l’heure du petit déjeuner,
    Vous me verrez trancher la chair juteuse des fruits répandus.
    Pommier, poirier, abricotier, tout le verger sans se gêner
    Fait la fête et la bonne chère sur ma planche à couteau fendu.

    Je commence par du melon qui me rappelle le mamelon
    Avec sa gougoutte de lait qui me flatte tant le palais.
    Mangue, kiwi et ananas qui plaisent tant à ma nana
    Qui aime tellement son homme qu’elle en croque encore la pomme…

    …D’Adam qui, du fond de sa gorge, réclame encore son sucre d’orge
    Et la liqueur blanche et nacrée des noix de coco bien sucrées.
    Je dégoupille une grenade servie avec la citronnade
    Mais bientôt n’ayant plus de fruit, ce sera tout pour aujourd’hui.

    Tableau de Jean Metzinger.

  • Réflexions félines

    Une jolie chatte de gouttière vivait seule en appartement
    Avec son chat comme complice qui lorgnait sur les luminaires.
    La fenêtre servait de chatière au gré de leurs comportements
    Afin que jamais ne faiblisse leur liberté d’imaginaire.

    Paris, l’après-midi s’ennuie de ces deux félins casaniers ;
    Leur besoin d’imagination provoque propos discourtois.
    Mais à la tombée de la nuit, chacun cesse de se chicanier
    Et s’mettent en collaboration pour une sortie sur les toits.

    Alors la chatte assez brûlante de bosser pour des clopinettes
    Commence à grimper au balcon en quête d’autres découvertes.
    Le matou d’une voix dolente miaule dans les bras de la minette
    Quand elle l’envoie, d’un air abscons, chercher des mansardes ouvertes…

    Tableaux de Yannick Corboz.

  • Photomaton au poil

    Sur vos photos d’identité, coup de canif à la morale !
    C’est dans le plus simple appareil qu’il faut se montrer désormais.
    La requête est commanditée après la crise électorale
    Où des burqas toutes pareilles auraient triché comme jamais.

    Ainsi dans nos photomatons, vous trouverez porte-manteaux
    Et équipements de chauffage pour ne point vous y enrhumer.
    Tandis qu’un scanner à tâtons prendra rapports fondamentaux
    Dans la cabine-sarcophage protégée d’un voile embrumé.

    Pourtant ne soyez pas perplexe quand vous vous retrouverez nu(e) ;
    Votre précieuse intimité ne fera aucune victime.
    Laissez-vous faire sans complexe car le résultat obtenu
    Offre en toute légitimité la protection la plus ultime.

    Et voilà, abracadabra ! Le sexe est cryptographié.
    Ah ! Les seins apparaissent encor’, c’est une question de réglage.
    Alors de grâce, baissez les bras et laissez-vous photographier
    De face et de dos tout le corps pour votre meilleur profilage !

    Illustrations d’Enki Bilal sur https:www.passion-estampes.comproduits-derives-artistiquesindexbilal.html .

  • Pluie de grenouilles part en quenouille

    Pluie de grenouilles part en quenouille

    Quand je pense aux sept plaies d’Égypte, aux sauterelles et aux grenouilles,
    Je me dis qu’il faisait bon vivre paradoxalement à l’époque
    Car depuis que l’homme décrypte et que la femme tripatouille
    Le génome comme un simple livre, tout part en vrille et ça débloque !

    Pluie d’ovaires sur la planète en éprouvettes évaluées ;
    Spermatozoïdes dopés à l’eugénisme contrôlé ;
    Ceux qui détiennent les manettes de la génétique évoluée
    Créeront des anges éclopés, vers de noirs desseins, enrôlés.

    On compte supprimer le sexe, confondre les genres, les renier ;
    Faire des femmes des éprouvettes ou des cuves à fécondation.
    Moi, je propose sans complexe si, du moins, vous en conveniez
    De faire l’amour à la sauvette platonique, sans confrontation.

    Illustration de Loopydave.

  • Le roi des champs et le roi des villes

    Le roi des champs avait coutume de visiter le roi des villes
    Et lui apporter ses légumes du jardin cueillis au matin.
    Il revêtait son beau costume – celui de facture servile –
    Et rentrait non sans amertume dans son domaine palatin.

    Quand venait la morte saison, il subsistait de ses réserves
    Et souvent allait quémander pour vivre des allocations.
    Mais comme le cœur et la raison ne naviguent pas de conserve,
    Il n’avait qu’à recommander son âme à la fée des rations.

    Le roi des villes était maniaque – c’était là son moindre défaut –
    Et méprisait les fruits grossiers et les patates pleines de terre.
    Il brûlait, étant insomniaque, au tarif de nuit son chauffe-eau
    Pour un nettoyage outrancier de ce qui gâchait son parterre.

    Quand venait la belle saison, il rassemblait tous les royaumes
    Des petits roitelets des champs pour faire baisser les enchères.
    Mon histoire, sans comparaison, ne fait que démontrer l’axiome
    Qu’il vaut mieux être un bon marchand qu’une victime de la vie chère.

    Tableaux de Jonas Burgert sur http:improvvisazionipoetiche.blogspot.com201703la-linea-di-piombo-jonas-burgert-al.html .

  • Attentat en profondeur

    Attentat en profondeur

    Souvent lorsqu’il part à la pêche avec ses leurres et ses appâts,
    Notre sirène se dépêche d’y frotter ses propres appas.
    Plus le marin est pourfendeur avec hameçons et crochets,
    Plus l’attentat en profondeur par elle lui sera reproché.

    D’abord elle tâte l’aiguillon pour en tester la résistance
    Et prélève un échantillon dont elle goûte la substance.
    Puis à son tour, elle asticote d’un caractère bien trempé,
    La ligne qui se ravigote sous l’action du marin trompé.

    Après tout va toujours trop vite et tel est pris qui croyait prendre
    Car le pauvre pêcheur n’évite jamais de se laisser surprendre.
    Or il n’en reste aucune arête ; juste un chapeau à la dérive
    Car la sirène ne s’arrête qu’avec la nuit, quoi qu’il arrive.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Serre-moi la pince !

    Serre-moi la pince !

    Comme elle connaît ses limites, elle se plaît à les dépasser,
    Affronter les plus grands dangers du plus simple au plus compliqué.
    Ainsi donc s’est forgé le mythe de celle qui aime outrepasser
    La peur du péril étranger par un courage revendiqué.

    Les crabes lui serrent la pince avec une grande admiration ;
    Les méduses sont médusées et les requins sont requinqués.
    On dit qu’elle a séduit un prince au cours de sa transmigration
    Et qu’elle en aurait abusé… et que le pauvre aurait trinqué.

    Elle lui a préféré le crabe dont les pinces d’or sont renommées
    Depuis qu’un jeune aventurier l’a narré dans ses reportages.
    Tant pis ! Bien que le prince arabe l’ait appelée sa Salomé,
    Elle a choisi un roturier, oui mais expert en pinçotage.

    (Tableau d’Anthony Ackrill sur https:americangallery.wordpress.comcategoryackrill-anthony
    « Je connais mes limites. C’est pourquoi je vais au-delà. » Serge Gainsbourg.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Coupe de blues

    Coupe de blues plutôt que fraise pour montrer ma nouvelle tête
    Et exprimer mes sentiments, mes peurs bleues et mes coups de sang.
    Coupe de glace plutôt que braise pour me donner un air de fête
    À l’encontre des châtiments lavés avec adoucissant.

    Coupe turquoise, bien assurée, histoire de me détacher
    Des jours qui passent à essaimer la mélancolie du moment.
    Coupe azurée pour rassurer mon cœur qui n’a rien à cacher
    Sinon avoir envie d’aimer et un jour… devenir maman.

    Illustration d’Enki Bilal.

  • Les maux à corps et à cris

    Les maux à corps et à cris

    Si mes maux pouvaient vous parler, si mon corps pouvait s’exprimer,
    S’écriraient en lettres de sang mes émotions les plus profondes
    En tractations, en pourparlers que l’âme saurait imprimer
    En caractères évanescents qui serpenteraient comme une onde.

    « Je n’ai pas l’air dans mon assiette ! » me défilerait sur le front
    Comme font les informations sur le fronton des bâtiments
    « Je ne suis pas une mauviette ! » s’afficherait comme un affront
    Sur mon cœur aux palpitations à l’encre de ses sentiments.

    Sans doute les vieilles douleurs dirigent ma plume de plomb
    Qui semble de plus en plus lourde à force de me chroniquer
    Car mon encre a pris la couleur de l’esprit qui reste en surplomb
    D’une vie dont les plaintes sourdes n’ont jamais su communiquer.

    Illustration d’Enki Bilal.

  • Le fantôme de l’album photos

    Le fantôme de l’album photos

    Combien de fantômes capturés par l’œil du peintre inattentif ?
    Combien de spectres interceptés par l’objectif du photographe ?
    Regardez-les s’aventurer derrière l’air représentatif
    Du modèle d’où fuse, excepté, un évanescent olographe !

    Sans doute les pigments authentiques des couleurs leur ouvrait des portes
    Qui débouchaient dans des couloirs où s’en aller et revenir ?
    Sans doute la photo argentique cachait – que le diable l’emporte ! –
    Une occasion, un défouloir pour hanter l’album-souvenir ?

    Illustration d’Enki Bilal.

  • L’inquiétude muette

    L’inquiétude muette

    Le démon de mon inquiétude reste muet sur le moment
    Mais se glisse a posteriori dans les replis de ma conscience.
    Il menace ma zénitude par d’insidieux petits tourments
    Qui m’obscurcissent a priori et font trembler ma prescience.

    Car il a pris cette habitude d’utiliser mes souvenirs
    Pour me rappeler les sermons contre mon anticonformisme.
    Je profite de l’amplitude de ces angoisses à venir
    Pour y faire tomber ce démon dans son gouffre de pessimisme.

    S’ils se mettent à deux ou à trois pour m’accabler de mes remords,
    Je sais qu’ils ne sont rien qu’un leurre qui s’insinue sans méfiance.
    Si mon espoir reste à l’étroit dans cette angoisse qui me mord,
    Je rebondis toujours à l’heure avec un peu plus de confiance.

    Illustration d’Enki Bilal.

  • Le vol du corbeau

    Le vol du corbeau

    Un beau jour – ou peut-être une nuit – comme l’Aigle de Barbara,
    Tout endormie dans ma baignoire, mon string m’a été dérobé.
    Ce vol me plongea dans l’ennui – car enfin qui l’accapara ? –
    Jusqu’à ce qu’une colombe noire avec sa prise vint me snober.

    « Sale colombe, rends-le moi ! » m’écriai-je à ce volatile
    « Espèce de palombe ouzbek à qui je vais tordre le cou ! »
    « Je suis un corbeau en émoi ! » me répondit cet imbécile
    Tout en ouvrant son large bec car le truc marche à tous les coups.

    Et ce fut la dernière fois que je mis un string pour dormir
    Car le corbeau noir revanchard revint plusieurs nuits par la suite.
    Mais je remerciai toutefois les fabulettes à vomir
    De La Fontaine cabochard pour sa mise en garde fortuite.

    Illustration d’Enki Bilal.

  • I comme Icare

    Bien sûr, à chacun sa méthode pour voler par la voie des airs ;
    Madame Icare s’est mise à l’art subtil de la fauconnerie.
    Mais plutôt de façon rustaude de dérober – quelle misère ! –
    Les poches pleines de dollars par défaut de larronnerie.

    Monsieur est plutôt ambitieux et s’est empressé de dresser
    Les gros oiseaux que la nature a mis à sa disposition.
    Malgré les aigles capricieux qui l’ont amplement agressé,
    Il a acquis son armature mais en mauvaise position.

    Illustrations d’Enki Bilal sur https:www.passion-estampes.comproduits-derives-artistiquesindexbilal.html .

  • À bas le monde moderne !

    À bas le monde moderne !

    L’invasion des extra-terrestres, ça ne date pas d’aujourd’hui ;
    Ils nous ont déjà attaqués à l’ère des hommes des cavernes.
    Ils ont été mis sous séquestre ; leurs robots ont été réduits
    À payer, l’air estomaqué, l’amende pour délit moderne.

    Cro-Magnon ne rigolait pas avec ces fusées à gogo
    Qui leur dénaturaient le ciel avec leurs chemtrails quadrillés.
    Et ce fut un rude combat que de les bouter tout de go
    Hors de l’espace résidentiel où ils s’étaient multipliés.

    Alors quand je vois, de nos jours, les aéroplanes en folie
    Nous déchirer notre atmosphère et nous écorcher les oreilles,
    Je redeviens l’homme balourd, guerrier cosaque de Mongolie
    Qui n’a d’envie à satisfaire que bousiller ces appareils !

    Tableau de Mark Bryan sur www.artofmarkbryan.com .