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  • Tomber la burqa

    Lorsque tombèrent les burqas et tout le reste sur les talons,
    Les intégristes mécontents criaient « Maman », pleuraient beaucoup.
    Les femmes dansèrent la mazurka sans chemise et sans pantalon
    Pour se rembourser au comptant de ceux qui les avaient rouées de coups.

    Tableau d’Henri Matisse.

  • Le prince qu’on sort

    Le prince qu’on sort

    Les princes changés en grenouille n’embrassent plus à la volée
    Et les princesses furibondes les pourchassent tout autour du lac.
    Elles n’ont pas peur, elles se mouillent, prédisposées à convoler
    Mais la grenouille pudibonde détient plus d’un tour dans son sac.

    Tableau de Rébecca Dautremer.

  • La fleur aux dents

    La fleur aux dents

    Couchée parmi les marguerites, dans une étrange mélancolie,
    Une fille étendue sans voix, regard perdu un peu partout.
    Elle avait succombé au rite « Il m’aime, un peu, à la folie… »
    Mais retombait à chaque fois sur « Il ne m’aime pas du tout ! »

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Le sexe maintenu

    Le sexe maintenu

    J’avais admis qu’après la mort, hommes et femmes perdaient leurs sexes
    Car ils ne devaient plus procréer et devenaient ainsi des anges.
    Finalement, j’avais bien tort ; les genres demeurent complexes
    Et continuent à maugréer en s’adonnant à leurs échanges.

    Photo d’Alwin Nicolais.

  • Ma mère en troubles

    L’image de ma mère se trouble quand le miroir de mon enfance
    Me renvoie l’écho qui redouble d’une réponse comme une offense.
    Est-ce mon cœur qui se refuse à voir à qui elle ressemblait
    Ou est-ce mon âme qui s’amuse de ces reflets désassemblés ?

    Tableau d’Alex Alemany

  • Cette tendre spirale

    L’homme et la femme, son contraire, à moins que ce ne soit l’inverse,
    Forment deux branches séparées qu’on a du mal à rassembler.
    Mais si le sexe est arbitraire de la semence qui se déverse
    De nos parents désemparés, personne ne veut leur ressembler.

    Tableau de Susan Walker

  • L’infini à l’unisson

    L’infini à l’unisson

    Comme deux miroirs face à face, la vie répète à l’infini
    La même image, le même son, le même amour, la même odeur.
    Sans cesse, j’en ressens la trace quand, dans une œuvre de Rossini,
    Les violoncelles à l’unisson plongent mon âme en profondeur.

    Tableau d’Andrey Aranyshev.

  • Les remous de la mémoire

    Les remous de la mémoire

    Sous les pavés la plage laisse une empreinte indéfinissable.
    Il me suffit de secouer toute la poussière d’histoire
    Pour ressentir dans la mollesse de mes pieds enfouis sous le sable
    Tout l’or fraîchement éboué par les remous de ma mémoire.

    Tableau de Andrey Remnev.

  • Le rêve d’un autre

    Le rêve d’un autre

    Parfois je ressens l’impression de vivre le rêve d’un autre
    Comme un dieu qui s’endormirait et nagerait dans mon espace.
    Et quand j’observe l’expression des visages qui sont les vôtres,
    J’y vois ce qui nous unirait dans le vol d’un ange qui passe.

    Tableau de Andrey Remnev.

  • L’écho de Sonora

    L’écho de Sonora

    Selon la lumière transmise, l’homme apparaît dans son aura
    Nappée des ancêtres fossiles, maillons de la chaîne de vie.
    À son tour, la lueur émise renvoie l’écho de Sonora,
    La terre de son domicile où sa tribu fut asservie.

    Tableau de Susan Seddon-Boulet.

  • À l’écoute des fleurs

    À l’écoute des fleurs

    Lorsqu’elle occulte tous ses sens pour se relier à l’éther,
    Plusieurs fleurs restent à l’écoute, captant la voix de Demeter.
    Ainsi son cœur perçoit l’essence des émanations de la Terre ;
    Son corps transmet, son esprit goûte et son âme s’en désaltère.

    Photo de Laura Makabresku.

  • Le parfum des heures immobiles

    Tantôt l’aurore marque l’heure en développant les couleurs
    Qui ont trempé toute la nuit dans l’obscurité du séjour.
    Puis, les rayons dardent un leurre qui fait ressentir la douleur
    De l’aube accouchant sans un bruit d’un soleil qui ne vit qu’un jour.

    Tantôt le crépuscule opaque couvre la lueur des bougies
    Des lampadaires immobiles faisant office de sentinelles.
    Les étoiles, une à une, attaquent la lune qui se lève et rougit ;
    Et la nuit tombe indélébile comme une aveugle criminelle.

    La place San Marco à Venise au gré des heures

  • Le sacre féminin

    La pleine lune attire l’âme comme la femme attire l’homme
    Et l’homme désire conquérir ce qui est hors de sa portée.
    Ainsi, la femme produit la flamme qui fait basculer les royaumes
    Que l’homme rêve d’acquérir et que l’amour va apporter.

    Tableau de Peter Engelhardt

  • Saute-cochon

    Saute-cochon

    Quand les filles à califourchon voulaient sauter du coq à l’âne,
    Elles enfourchaient le cochon, les jupons en aéroplane.
    Malgré les rires des bourgeois qui prétendaient, d’un air méchant,
    Que c’était des filles de joie qui s’en allaient glaner aux champs.

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  • La suissesse téméraire

    La suissesse téméraire

    Toujours en guerre et insoumise, armée de l’épée de réforme,
    Gare à ceux qui résisteront à son vœu de neutralité.
    Le paradoxe semble de mise mais l’argent prend de nouvelles formes
    Quand le marteau du forgeron façonne la moralité.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’attitude de l’Ego

    L’attitude de l’Ego

    Plus je remplis de certitudes mon âme creuse de naissance,
    Plus je subis la servitude d’un esprit trop plein de sciences
    Tout dépend de mon attitude envers le flot de connaissances
    Qui met l’Ego en altitude au péril de son inconscience.

    Tableau de Joan Miró.

  • La maternité

    « Arrêtez ça ! Ça nous fait mal ! Ça nous rabaisse à l’animal !
    Observer cet enfant qui tête ramène la femme à la bête ! »
    Qui a dit çà ? Un androgyne ? Quelqu’un qui nie ses origines ?
    Quelqu’un qui trouve complexuel le fruit de l’acte sexuel.

    Tableau de Pablo Picasso.

  • Chat s’takovitch

    Une souris vint l’inspirer se promenant sur le clavier
    En sautillant de touche en touche mais préférant les noires aux blanches.
    Mais quand une autre vint conspirer en faisant, ses pattes, octavier,
    Le chat goutât, en fine mouche, qu’il avait du pain sur la planche.

    Tableau de David Martiashvili.

  • L’écrit-loup

    L’écrit-loup

    Que la magie de l’écriture me transforme encore aujourd’hui !
    Que du profond puits de mon âme remontent des mots oubliés !
    J’en remercie la nourriture et l’esprit qui sont reconduits
    Dans chaque phrase comme un sésame vers ce qui sera publié.

    Tableau de Christian Schloe.

  • La musicienne

    La pratique des accords, la théorie des arpèges,
    S’affrontent sur un Do quarte quant à sa répartition.
    Comme une course au trésor dans la forêt des solfèges,
    La musicienne suit la carte portée sur la partition.

    Quand ses sentiments l’embarrassent, les cordes de ses nerfs tendus,
    Quelques notes vite l’apaisent et relâchent toute tension.
    Sous le stress, elle se surpasse car le résultat entendu
    Charme et la critique soupèse son art de toute son attention.

    Tableau de Georges Braque.

  • Le bain de lune

    La période la plus propice, par la théorie solunaire,
    Mentionnait cinq heures, cette nuit, pour une pêche d’abondance.
    J’ai vu, sous les meilleurs auspices de la révélation lunaire,
    Une ondine, au bain de minuit, qui nageait dans l’eau de jouvence.

    Tableau de Yanin Alexander

  • Lévitation et méditation

    « Encore un rêve ! » soupire le cœur,
    « Réveillons-nous ! » supplie l’esprit,
    « Stoppons le temps ! » demande l’âme,
    « Remuons-nous ! » chante le corps.

    Le cœur s’éveille à contrecœur,
    L’esprit regimbe, incompris,
    L’âme s’ébroue, tout feu tout flamme,
    Le corps respire un jour encore.

    Tableau de Yana Fefelova

  • À quoi rêvent les princesses ?

    Tous les contes le professent ; afin que l’ennui décroisse
    Envers les princes balourds qui se montrent hébétés,
    S’en vont rêver les princesses quand les grenouilles croassent
    Dans le rideau de velours du songe d’une nuit d’été.

    Tout se fond dans la nuit froide, tous les beaux habits s’effacent.
    Seule son âme princière évolue sur la planète.
    Mais d’une volonté roide, quoiqu’on dise, quoiqu’on fasse,
    Elle accourt vers la rivière selon l’appel des rainettes.

    Tableau de Gabriel Pacheco.

  • La fille au cerceau

    Quand tous ses tourments l’ensorcellent et qu’elle ne peut plus réfléchir,
    Elle s’en va jouer au cerceau pour contrecarrer ses blocages.
    Tant et si bien elle y excelle, qu’elle en voit son destin fléchir
    Et retourner recto-verso l’univers à son avantage.

    Selon les lois de Galilée, de Newton, et même d’Archimède,
    Le cerceau subit l’inertie du principe de l’attraction.
    Ce mouvement assimilé guérit le cœur comme un remède
    Et la fillette vous remercie pour l’art de la gravitation

    Tableau de Pablo Picasso.

  • Couleur Paradis

    Couleur Paradis

    L’abus de couleurs ne nuit point quand l’homme vit dans l’inconscience ;
    Tous les goûts sont dans sa nature et, si dégoût, il s’en déleste.
    Mais le cœur fait un contrepoint lorsque s’éveille la conscience
    Qui ne peut plus voir en peinture cette mécanique céleste.

    De l’ennui naquit la douleur, le mal de l’uniformité.
    Le germe de la connaissance est gravé au cœur de l’atome
    Qui verra toutes ses couleurs fusionner dans l’énormité
    De cette course à la puissance inscrite dans le cœur de l’homme.

    (Tableau de Sandra Silberzweig.
    « L’ennui naquit un jour de l’uniformité. » Antoine Houdar de la Motte.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • À contretemps

    À contretemps

    Elle voulait remonter le temps, remonter le cours de l’hiver,
    Remonter aux feuilles d’automne, remonter même jusqu’en été.
    Enfin, atteindre le printemps et là, arrêter l’univers
    Pour stopper la mort monotone et vivre enfin l’éternité.

    L’imprévu se manifesta après un retour de saison ;
    Les eaux prirent une couleur d’encre, le vent cala comme un Solex.
    Le Dieu du Temps l’admonesta, qu’elle avait perdu la raison,
    Et, de peur qu’elle ne l’échancre, lui offrit un cœur de Rolex.

    Illustration de Adam Oehlers.

  • Par l’audace

    Folie de l’intrépidité, extravagance de l’audace
    Forcent mon cœur à découvrir ce qui se cache sous l’horizon.
    Allié à la témérité, mon esprit ne tient plus en place
    Et force mon corps à ouvrir les frontières de sa prison.

    Si je reste un temps immobile, le temps s’occupe alors de moi
    Et me conduit vers l’expérience qui marquera toute ma vie.
    Comme un destin indélébile qui me pigmente au fil des mois
    D’universelle invariance qui me titille mes envies.

    Tableau de Yana Fefelova

  • Par l’imagination

    Magie de l’imagination, fantasme de la fantaisie,
    Élèvent mon cœur dans les nues avec mon esprit pour moteur.
    À hélice ou à réaction, ou bien par télékinésie,
    L’idée nouvelle est bienvenue et fait monter mes droits d’hauteur.

    J’y vais chercher un oxygène d’une étoffe qui a du corps,
    J’y vais récolter la liqueur qui pleut des nuages à foison.
    Cette pluie hallucinogène et cette neige qui m’édulcore
    Lorsqu’elles saupoudrent mon cœur qui d’amour tombe en pamoison.

    Tableau de Yana Fefelova

  • La présence

    La présence

    À l’endroit où tomba celui dont la cime au ciel était proche,
    Et dont les racines touchaient à l’empire des morts à la chaîne.
    Là, un nouveau bourgeon reluit ; là encore la vie se raccroche ;
    Là, la nature a accouché d’une petite fleur de chêne.

    Dans une forêt éternelle, dans un lieu digne et circonspect,
    Un emplacement de merveille, un terrain régénérateur.
    D’une attitude solennelle qui nous impose le respect
    Et où le souvenir réveille les fantômes libérateurs

    Tableau de Jeremiah Morelli.

  • L’amphithéâtre des âmes

    L’amphithéâtre des âmes

    La mort transporte dans sa barque les limbes des âmes éteintes
    À travers un amphithéâtre d’arbres noueux et mal fichus.
    Mais de peur qu’on ne la remarque, son fanal brille en demi-teinte
    Lorsque, dans la forêt bleuâtre, elle croise un ange déchu.

    Illustration de Adam Oehlers.

  • L’amour à l’orange

    L’amour à l’orange

    Au sortir de la gorge étroite qu’offre la vallée des oranges,
    L’amour coule par la rivière dont les flots troublent tout ce qui bouge.
    Les jeunes filles, un peu adroites, aiment lorsque ça les arrange
    Mettre le feu à la poudrière des cœurs qu’elles portent au rouge.

    Tableau d’Irene Sheri Vishnevskaya.

  • L’amour croisé

    L’amour croisé

    Qui aurait cru que les carreaux s’harmonisent avec les rayures ?
    Comme une glace qui se brise, l’amour se plaît à bousculer,
    Croiser l’étoffe des héros et entrer dans l’entrebâillure
    Pour charmer la femme surprise et faire son cœur roucouler.

    Tableaux de Peter Mitchev.

  • Danse avec l’ours

    Danse avec l’ours

    Un loup-garou, preux chevalier, lui aurait appris à danser
    Et conduire son partenaire, qu’elle que fut son obédience.
    Avec un ours, peu cavalier, le couple fut récompensé
    D’un ballet extraordinaire et d’une exceptionnelle audience.

    Tableau de Jackie Morris.

  • L’étalon du désert

    L’étalon du désert

    De l’étalon le plus puissant au pur-sang de plus diligent,
    Il s’impose, haut en couleurs, par sa primauté domestique.
    L’homme, lui, demeure impuissant – quoiqu’il s’affirme intelligent –
    À traverser seul sans douleur les plaines les plus désertiques.

    Tableau de Nancy Glenn Nieto.

  • La boîte à boutons

    La boîte à boutons

    À chaque histoire, son bouton qui a tenu le vêtement
    De tous les enfants d’avenir qui ont animé la famille.
    À chaque photo, nous goûtons un fragment de l’évènement
    Qui renferme le souvenir d’un vague à l’âme qui l’habille.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’ange mouillé

    Devant l’ampleur de ses taches, se protéger de l’orage,
    Il a pris son parapluie pour éviter la tempête.
    Tous les éléments s’attachent à laver ces peinturages
    À coups de vents et de pluies, comme pour faire trempette.

    « J’en appelle à Saint-Médard, patron des intempéries,
    Pour qu’il provoque l’ondée qui lavera mes péchés ! »
    Et l’ange filer dare-dare auprès de sa confrérie,
    De peur de voir s’inonder le clos de l’archevêché.

    Tableau de Yanin Alexander

  • L’ange ivre

    Devant l’ampleur de sa tâche, pour se donner du courage,
    L’ange a bu le vin de messe qui lui fait tourner la tête.
    Il a rejoint ses potaches moins par force que de rage
    Avec le foie qui professe que sa foi est à la fête.

    « J’en appelle à l’Angevin, patron des vins de l’Anjou !
    Que les vignes du seigneur fassent les belles agapes ! »
    Et l’ange boire son vin d’une couleur d’acajou
    En trinquant à Monseigneur de Saint Châteauneuf-du-Pape.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Cours de cheval

    Cours de cheval

    Lorsque j’ai lu « cours de cheval » sur les écuries du bourgmestre,
    Je me suis aussitôt inscrite car je suis douée pour les langues.
    Depuis longtemps, ça me cavale de m’ouvrir aux dialogues équestres
    Mais on m’a ainsi contredite : « On ne leur parle pas, on les harangue ! »

    Tableau de Peter Mitchev.

  • Entracte – 2

    Entracte - 2

    Le pli était pris, comme une habitude,
    De se présenter en tenue légère
    Et les hommes épris de cette attitude
    Aimaient fréquenter la belle lingère.

    Les hommes en raffolent, de tous ces dessous
    Qui cachent et dévoilent les fruits défendus.
    Les femmes s’affolent, sens dessus-dessous,
    De ces petits voiles, ces jupes fendues.

    Mais on comprit vite cette comédie ;
    Elle tenait boutique sur la rue pignon.
    De peur qu’on évite une tragédie
    Elle prit un loustic comme compagnon.

    Depuis ses culottes n’apparaisse plus
    Que sur l’étendage des toits ardoisés.
    Et lorsqu’elle l’ôte, c’est devant l’élu
    De son cœur volage mais apprivoisé.

    Tableau de David Martiashvili.

  • Les nuits en couleurs

    De rêves en rêves vers l’infinité,
    De portes en portes dans l’immensité,
    Dans l’instance brève d’une éternité
    La vie nous emporte vers d’autres cités.

    De songes en songes, dans l’obscurité,
    Le dormeur s’enfonce, dans l’heure de velours.
    Entre les mensonges et la vérité,
    Le rêveur s’engonce dans ses habits lourds.

    De marches en marches, on peut sans façon,
    Trouver un passage vers les profondeurs.
    Sous les contremarches du colimaçon,
    Se gravent les âges des jours de splendeur.

    De rues en ruelles, on quitte son corps,
    La maison de l’âme, vers l’aube ancestrale.
    La vie est cruelle mais l’amour encore
    Brûle dans les flammes du voyage astral.

    Tableau de David Martiashvili.

  • Mesdemoiselles de l’Abondance

    Elles s’échangent des promesses et des histoires de conquêtes
    À guetter le prince charmant, son château, son or et ses thunes.
    Elles le jurent et le confessent : c’est en maniant la quéquette
    Qu’elles obtiendront le serment d’un mariage de fortune.

    Elles possèdent un capital qui n’attend pas les intérêts
    Qu’elles ne dépenseront qu’une fois pour un bon investissement.
    Si capital et génital riment, il ne faut pas espérer
    Que cela marche à chaque fois, songez à l’avertissement.

    Si le mari, sur le papier, paraît beau comme un grand seigneur
    Avec une situation établie aux quatre horizons,
    Il est parfois, c’est casse-pieds, roi de la pince-monseigneur
    Et, selon les fluctuations, vous vous retrouverez en prison.

    Tableau de Yana Fefelova

  • Amour et pragmatisme

    « Qu’importe le sens du chemin si nous parvenons à nos buts, ! »
    Disait un homme pragmatique qui ne pensait qu’en conquérant.
    « Il m’importe d’aimer encore demain ce que j’ai semé au début ! »
    Répondit la femme romantique dont le cœur est prépondérant.

    Tableau de Mara Berendt Friedman

  • Au pays des lunes bleues

    Elle rend les femmes si belles, cette lune au croissant d’argent
    Qu’elles prennent au premier quartier un bain lunaire et salutaire !
    Surtout les jeunes demoiselles qui réclament d’avantageants
    Bijoux de chez Dior ou Cartier auprès d’amoureux volontaires.

    Elle rend fermes les poitrines, cette lune au croissant sacré
    Qu’elles abusent de ce bain à faire pâlir les étoiles.
    Comme les stars dans les vitrines aux pulpeux attributs nacrés
    Qui vous voient les yeux dans les seins juste vêtues d’un moindre voile.

    Elle rend bombés les bassins, cette lune au croissant cornu
    Qu’elles font la danse du ventre bien balancée, bien déhanchée.
    Et vous, au nom de tous les saints, sentez un appétit charnu
    Avec un charme qui vous rentre direct dans le cœur épanché.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Au pays des chevaux bleus

    Les chevaux bleus du baromètre trônaient avec incongruence,
    Objets rococo pittoresques des souvenirs à l’imparfait.
    Je voyais le temps en omettre petit à petit les nuances
    De ces animaux picaresques pour se venger du temps qu’il fait.

    Les chevaux bleus sur le manège concurrençaient facilement
    Les autos, les hélicoptères et les cochons les plus fripons.
    Et je suis fier du privilège de les avoir habilement
    Fait se chevaucher ventre à terre afin d’attraper le pompon.

    Les chevaux bleus du chariot, de la carte VII du tarot,
    M’ont souvent tiré en avant avec la force de l’audacieux.
    J’ai constaté ce scénario quand, me trouvant sur le carreau,
    J’ai su reprendre les devants d’un mouvement noble et gracieux.

    Tableaux de Laurel Burch

  • Entracte – 1

    Entracte - 1

    Nue à sa fenêtre, juste à contrejour,
    La brise soulève quelques lingeries.
    Elle écoute naître sous le nouveau jour
    Les voix qui s’élèvent et les moqueries.

    Les seins qui ballottent sous le vent léger,
    Sans y prendre garde, prennent un bain solaire ;
    Mais pas de culotte pour faire galéjer
    Les hommes regardent, tous, le nez en l’air.

    Mais bientôt des femmes, monte une rumeur
    Contre l’ingénue qui montre son cul.
    Ça met ces infâmes de mauvaise humeur
    Tous sont prévenus, on n’en parle plus.

    L’air se fait revêche ! Vite son chapeau !
    Sa robe légère, ses bas framboisés.
    Vite on se dépêche ! Fini le repos !
    Salut les mégères, non apprivoisées  !

    Tableau de David Martiashvili.

  • Les rêves en couleurs

    Tandis que tictaque l’horloge bouffonne,
    Tandis que ballottent les assauts du vent,
    Tandis qu’on sommeille sur un vieux divan,
    Tandis que sanglotte le vieux gramophone,

    Le rêve en cadence se met en images
    Tout en mosaïques aux couleurs pastels.
    Les tons se balancent sur l’épais grammage
    Des murs archaïques du sombre castel.

    Le soleil s’affaisse sous la vigilance
    De la Lune prête à briller plus fort.
    Tandis que princesse respire en silence,
    La musique s’arrête dans le château-fort.

    À minuit sonnante, elle se réveille ;
    Déjà la nuit noire du jour sans douleur.
    Un peu frissonnante, elle s’émerveille
    D’avoir en mémoire ses rêves en couleurs.

    Tableau de David Martiashvili.

  • Pourquoi pas ?

    Pourquoi pas ?

    Si je devais recommencer une destinée sans limite,
    Irais-je alors me prononcer pour une existence d’ermite
    Ou userais-je de ressources pour dominer le monde entier
    J’hésite entre un retour aux sources ou la vie sur un grand chantier.

    Mais j’ai choisi finalement de n’être ni pauvre ni riche
    Et de rester en équilibre sur le fil étroit de ma vie.
    Vouloir vivre idéalement revient un peu à de la triche
    Et je préfère rester libre d’accepter ce qui me ravit.

    Tableau de David Martiashvili.

  • La révélation mystique

    La révélation mystique

    Rêve éveillé révélateur ou songe d’une nuit féconde,
    L’univers parle en parabole selon ce à quoi je suis prêt.
    Souvent un sens innovateur m’ouvre une porte sur le monde
    Et face à ce nouveau symbole, mon cœur en est tout empourpré.

    Tableau de Varo Remedios.

  • Monsieur et Madame de l’Abondance

    Tandis que Monsieur thésaurise, économisant chaque centime,
    Madame, elle, dilapide toute sa vie en abondance.
    Tandis que Monsieur mémorise ses entremises les plus intimes,
    Madame, d’un geste rapide, dispense avec force et outrance.

    Que croyez-vous qu’il arriva quand vint le temps des intérêts ?
    Monsieur dût rembourser le prêt que sa vie avait emprunté ;
    Madame fut tout empourprée d’en jouir avec volupté.
    Et tout ce qui en dériva, c’est qu’ils durent coopérer.

    Tableaux de Yana Fefelova

  • La ballade de Valentin & Valentine

    Au moyen d’un piètre escalier qu’elle devait escalader
    Valentine aimait écouter Valentin qui jouait du violon.
    Elle s’allongeait sur le palier et lui, aimait la balader
    Sur des airs, vous vous en doutez, accordés au La d’Apollon.

    Dès qu’ils purent se marier, ils partirent, prédisposés
    À profiter de leurs promesses à voyager en sac-à-dos.
    Ils dormirent désappariés à cause des lits superposés
    Car les auberges de jeunesse, c’est pas toujours l’Eldorado !

    Pour agrémenter le retour, ils achetèrent une voiture
    À un gars qui baragouinait que c’était une Torpédo.
    Comme ils faisaient souvent l’amour, ils ont compté leurs courbatures
    Dues à leurs sièges qui couinaient au rythme de leur libido.

    Tableaux de Zurab Martiashvili