Les chats sont montés à Paris pour attraper plein de souris En direction du Moulin Rouge et dévorer tout ce qui bouge. Après, quelques jolies minettes pour se fricoter la binette Puis, s’ils se montrent coquinous, ils feront ça entre minous.
Lorsque j’aurai changé de peau dans ma prochaine incarnation, Peut-être aurai-je évolué vers une race de vainqueurs Avec des yeux, fort à propos, dotés de nouvelles adaptations Me permettant d’évaluer ce qu’on ne voit qu’avec le cœur.
À force de passer son temps à pleurer sur l’agitation, augmentations limitations On se retrouve dans le bain et le marasme se dilate. Mais quand ça devient un étang de larmes et de lamentations, On pourrait s’en laver les mains comme disait Ponce Pilate.
Je vis sur mon petit nuage sur un fil d’irréalité Lorsque je rêve d’avenir et que je m’en vais voir ailleurs. Je me juge au-dessus des rouages des terribles actualités Qui menacent mes souvenirs d’un monde que j’ai cru meilleur.
Tenir le monde dans sa main, avec l’infini qu’il contient, Ressemble à un rêve utopique ou à la folie des grandeurs. J’y ai cru quand j’étais gamin mais aujourd’hui, je le maintiens, C’est aussi fantasmagorique que la promesse d’un vendeur.
Le monde me tient dans sa main, je ne cherche plus à comprendre La physique et ses dimensions me mesurent à leurs proportions. Ce que j’ai appris en chemin, je dois déjà le désapprendre Car le temps est la condition de ma propre disproportion.
Tenir le monde dans ma main quand j’étais jeune et ambitieux Me paraissait réalisable à condition de le comprendre. J’ai donc passé à l’examen tout ce qui me semblait judicieux Et suffisamment maîtrisable pour commencer à l’entreprendre.
Mais plus j’essayais de l’apprendre et plus ses frontières s’éloignaient Et plus j’en faisais une image et moins elle lui ressemblait. Il ne cessait de me surprendre sans jamais me laisser l’empoigner Comme une sorte de mirage que je ne pouvais rassembler.
Quand l’homme consomme la femme, l’amour se lustre en mécanique Mais quand elle est tout feu, tout flamme, la passion devient volcanique. Ainsi, j’aime les femmes qui fument de gros pétards ou des cigares Afin qu’ensemble on se consume dans un amour de chef de gare.
Je ne voulais pas vous le dire, mais voici qu’elle m’a devancé En s’asseyant entièrement nue parmi mes nombreux invités. Exhibitionnisme et même pire ! Chacun est décontenancé ! Et tous les sexes, sans retenue, bander sans qu’on puisse l’éviter.
Hélas, elle en aimait un autre et son petit regard navré Trahissait l’élan de son cœur qu’elle protégeait de ses mains. Alors, comme le pauvre apôtre dont la foi resterait sevrée, Je ne lui tins jamais rancœur de cet amour sans lendemain.
Quelques génies américains ont sacrifié à la légende Par des passages enchaînés à la profondeur de l’espace. Toutefois le sang africain, porté par sa valeur marchande, A su, lui-aussi, déchaîner les vanités entre deux races.
Ce continent bizarrement constitué de plusieurs branches Et qui devrait faire le pont entre les civilisations Privilégie dérisoirement la putative couleur blanche Alors que son sang correspond à l’alliance d’antiques nations.
Tableau de Robert Lyn Nelson inspiré de Vincent van Gogh.
Longtemps les sociétés secrètes souhaitait une vision cosmique Qui fracasserait le carcan des dogmes étriqués des églises. Mais dans la crainte qu’on décrète l’odeur de soufre ectoplasmique, On fit un projet ne risquant nullement qu’on le diabolise.
Comme il fallait dissimuler cet appendice panoramique, Eiffel en fit une dame de fer et Paris, fier, l’illumina. Mais alors, comment simuler ses outrecuidances orgasmiques ? Vincent van Gogh, à son affaire, de ses pinceaux l’enlumina.
Tableau de Robert Lyn Nelson inspiré de Vincent van Gogh.
La mosaïque des fragments des intentions de la nature N’aurait jamais été traduite sans les peintres expressionnistes. Malgré leur langage vaguement transfiguré par la peinture, Qui semble une farce introduite par un démon illusionniste.
Selon si l’intrigue a mûri au fil des pages de mon livre Ou si ma pomme contient des vers, la connaissance me nourrit. Jamais n’aurai de pénurie tant que ma folle envie de vivre Continuera d’écrire en vers ce qui, dans ma vie, me sourit.
L’instinct grégaire nous rassemble à la conquête des espaces Et brasse, des terres étrangères, ses progénitures fécondes. À première vue, dans son ensemble, je dirais que ça me dépasse Mais ma vision est mensongère car j’ai reconnu la Joconde.
Si les chromosomes romains ont croisé les belles indigènes Et si les mongols d’Attila ont franchi nos générations, Il est normal que l’être humain y gagne en métissant ses gènes Et ce serait un pugilat que renoncer aux migrations.
En me fiant à ma boussole et sortant des chemins battus, J’ai retrouvé d’anciennes pistes qu’utilisaient les demi-dieux. Quand j’en rencontre, je les console à cause des arbres abattus, Mais d’un naturel utopiste, ils restent miséricordieux.
Ailleurs, les pays sont si beaux qu’on y déferle en paquebot ; Là-bas, si belles sont les rivières qu’on y affrète des croisières, Les îles de la Perfide Albion sont chartérisées en avion ; Et la Polynésie française est actuellement mal à l’aise.
Lorsque je tarde à m’endormir, je peins des rêves éveillés Sur le plafond de mes nuits blanches à l’encre de mes idées noires. Ma couverture en cachemire devient tapis émerveillé Qui s’envole dès que se déclenche un souvenir de ma mémoire.
Apportez-moi un galet jaune et j’imagine une amazone ; Un peu de sable qui s’amoncelle et je devine une jouvencelle. Deux ou trois pétales de rose et je vous livre le pot-au-rose : Toute la lumière m’apparaît comme une femme transparaît.
Entre contraste et contrechant, l’image se superpose au son Pour graver dans l’œil et l’oreille une séquence instantanée. Le spectateur est, sur le champ, saisi sans l’ombre d’un soupçon D’une sensation sans pareille face à cet écho spontané.
La voix s’échappe par moment de son escorte d’instruments ; Tandis que l’orchestre joue la tortue, le lièvre poursuit sa chanson. Chacun s’amuse en slalomant dans cette lutte incongrûment Mais à la fin, on s’évertue à terminer à l’unisson.
Cette image indéfinissable mais que j’ai si souvent gravée Sur ma rétine en rémanence malgré la couleur qui déteint Semble s’effacer sur le sable avec la marée délavée Dont la vague entre en résonance avec mon rêve qui s’éteint.
Dans le cœur d’une femme, la corne de licorne Lui transmet cette force qu’on ne peut qu’acclamer. Dans le corps d’une femme, le feu de la licorne Apparaît sur son torse comme seins enflammés.
L’une et l’autre ont le don de la télépathie Qui transmet les pensées directement au cœur. Le pouvoir du pardon ainsi que l’empathie Les ont récompensées au rang des grands vainqueurs.
Il est des lignes de voyages qui proposent plusieurs sorties. L’une d’elles, passagère et très brève, vous fait déboucher sous les ponts ; Une autre voie de délestage renvoie sur des quais assortis. Choisissez votre croisière de rêve et l’issue qui lui correspond !
Vêtue de coquilles de nacre à même sa peau satinée, Le long des bras jusqu’aux poignets et sur sa poitrine effrontée, Tout le temps qu’elle me consacre me paraît folle destinée Pourtant, je peux en témoigner, je me tiens prêt à l’affronter.
Une fois par an, au carnaval, vêtue des habits d’arlequin, Colombine reprend le costume type de la « Comedia dell’arte ». Elle ne craint aucun rival pour captiver tous les coquins Attirés, comme de coutume, par son jeu de jambes écartées.
De nature exhibitionniste, Colombine attire son public En enlevant, l’un après l’autre, chaque élément de sa tenue. De mémoire de contorsionniste, jamais dans notre république N’avons vu femme qui se vautre dans une extase soutenue !
Pour terminer, poitrine à l’air, les mamelons en turgescence, Elle vous chante une chanson de sa petite voix fluette. Après deux ou trois « trala-lère » qui ont semé l’effervescence, Elle récolte sa rançon d’une révérence désuète.
Ainsi parlaient les amazones, directement au corps-à-corps, Enlaçant amoureusement le cou puissant de l’animal. Alliées à la flore et la faune auxquelles elles étaient en accord, Elles vivaient langoureusement l’instant infinitésimal.
Ainsi flattaient les écuyères, passionnément au cœur-à-cœur, Paradant somptueusement avec leurs compagnons équestres. Les pieds plantés dans l’étrivière, en mouvements alambiqueurs, Elles dansaient voluptueusement suivant le rythme de l’orchestre.
Ainsi sincères, les cavalières unissent l’esprit et leurs âmes, S’attachant délibérément à la vigueur du destrier. Féminine et animalière, l’union alloue tout un programme À l’amour immodérément qui met le pied à l’étrier.
Le temps vieilli cruellement et sa mécanique se grippe. Or, si son rythme s’accélère, ses rouages vont se briser. La preuve en est, réellement, par ces comètes qui s’agrippent Aux plans du système solaire avec la queue vert-de-grisée.
Le temps change tellement vite, là-haut, sur nos montagnes suisses, Que je l’imagine roulant à toute berzingue sur l’horizon. À bicyclette, elle lévite, la météo aux belles cuisses ! Et voilà le ciel chamboulant depuis le Valais jusqu’aux Grisons.
Comme elle effectuait en vain sa tâche presque interminable, Je lui ai dit qu’il était temps de terminer son paragraphe. Lâchant sa plume d’écrivain, elle prit la pose indéclinable À l’envers en se dévêtant … et moi de peigner la girafe.
(Bidybuilding d’Emma Fay. Peigner la girafe : Effectuer en vain une tâche très longue ou ne rien faire de son temps.)
Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.
Puisque porter son ridicule patronyme l’affaiblissait, Elle fit collection de masques pour renforcer son caractère. Ainsi finie la particule qui lourdement l’anoblissait Et bonjour aux esprits fantasques plutôt rebelles et réfractaires !
Comme je noyais le poisson sur une question indiscrète, Elle ouvrit la cage aux oiseaux pour me monter le bourrichon. Et je vis toute la moisson de mes idées le plus secrètes S’éparpiller dans le réseau de son délire maigrichon.
Elle baillait aux corneilles par les alexandrins Qu’écrivaient son mari d’une plume ennuyeuse. Elle aurait préféré que quelques boute-en-train La distraient de sa vie un peu trop gribouilleuse.
Or, Monsieur du Corbeau – de Jean de La Fontaine – Lui fit prendre racine, elle fit machine arrière. Il imitait Molière avec sa voix hautaine Et elle, riait si fort qu’en tremblaient les bruyères.
Après avoir cherché longtemps la voie qui me correspondait J’ai opté pour les utopistes aux habits à belles rayures. J’y ai passé quatre printemps mais, étant trop dévergondé, J’ai dit avant qu’on me dépiste : « bye-bye et à la revoyure ! »
Ce premier rayon de soleil qui me caresse le visage, M’éblouit juste une seconde les yeux pour y fixer l’image Du dernier rêve du réveil auquel mon esprit envisage D’en faire la vision du monde même si ce n’est qu’un mirage.
À force de me comporter comme une tête de linotte Et de me faire des tête-à-queue aux délais du calendrier, Aujourd’hui je dois supporter un quintette de fausses notes Après l’éclosion de cinq œufs que j’ai couvés tout février.
Quintette – morceau de musique à cinq voix – est l’un des rares noms masculins de la langue française se terminant par -ette.
Par vos vallées heureuses et le sourire aux dents, Montagnes valeureuses et glaciers érodants, Vous attirez mon âme sur le toit de l’Europe Et dressez l’oriflamme de vos neiges interlopes.
Jolie vue sur les Alpes suisses cet après-midi pré-printanier du 29 février
Belles moustaches du passé, jolis canotiers d’avant-hier Ont sifflé à toute volée le passage des jolies filles. Des snobinardes compassées, des bêcheuses et des héritières, Les unes ont su en convoler, les autres sont restées vieilles-filles.
Le Café Florian, place San Marco à Venise, où je n’ai jamais mis les pieds de ma vie.
Vierge ou verseau, vous faites bien de vous parer de ces deux signes Car les courants d’air du verseau s’accordent sur les terres vierges. Sinon, si vous saviez combien coûte le port de cet insigne Qui n’est accordé qu’au berceau, vous n’auriez qu’à brûler un cierge.
Celui où celle qui emprunte la voie de la rue du baiser Et qui veut conquérir l’amour part, le cœur déjà engagé Car le désir marque une empreinte indéfectible à apaiser Qui lance le compte à rebours vers une passion encagée.
Tous les combats laissent des traces restées exposées sur le corps. L’esprit s’expérimente autant que le cœur forge son courage ; L’âme raffermit sa cuirasse et l’amour signe ses records Car patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.
Toutes ces épreuves gagnées, je les porte sur mon visage Comme décoration de guerre contre mes démons personnels. Si mes traits sont accompagnés d’éclaboussures de bronzage, Mes bleus de l’âme de naguère en sont l’auteur originel.
Quand je la vis au paradis, entourée de blanches colombes, Je n’ai pas tenté de l’induire en erreur sur nos retrouvailles. D’ailleurs, je ne lui ai pas dit que je l’appelais « ma palombe » Dans l’intention de la séduire lorsque je régnais à Versailles.
À première vue, l’écharpe jaune attire toute l’attention Et son regard plongé dans l’ombre évite toute confrontation. Ainsi, la discrète amazone, dissimule ses intentions Par le truchement en surnombre d’inhibiteurs de tentation.
Tableau « Lady with yellow scarf » de Natalya Kuzmina .
Seule une silhouette bouge discrètement, sans prétention, À peine sortie du mystère d’une relation interdite. Dans son insolite habit rouge, sensé détourner l’attention, Elle quitte la chambre austère, tôt le matin, à l’heure dite.
Toujours en tenue écarlate, la voici autour de minuit Frappant juste un coup à la porte par pudeur et sécurité. Ainsi, l’histoire le relate, elle y passe toutes ses nuits Et seul ce rouge nous importe rémanant dans l’obscurité.
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » Je pourrais ajouter : « Avez-vous donc un sexe ? » Qu’une partie se range au genre de Madame Et une autre à Monsieur, me semble bien complexe !
En revanche le neutre, en français est castré. Mais le plus étonnant, restent les mots abstraits : Souvent au masculin, tout emplis de noblesse, Souvent au féminin, tout empreints de faiblesse.
Le premier vers est extrait du poème « Milly ou la terre natale » d’ Alphonse de Lamartine.
Ma quête des endroits sauvages ressemble à la quête du Graal Tant l’homme a déposé sa marque et souillé l’environnement. Les animaux, en esclavage, obligés au vide intégral Restent les seuls qui le remarquent, excepté le pouvoir qui ment.
Quand viendra le jour des poissons, la saumure coulera de source Entre requins et mammifères, entre méduses et cétacés. Chacun troublera sa boisson en mettant son grain d’sel en bourse Et les grands pontes des affaires crieront : « Maintenant, c’est assez ! »
Madame ne saurait attendre sa collection de nouveautés : Bourgeons dorés et explosifs ; feuillaison de teint blondissant ; Feuilles sépia, parme et vert tendre ; jeunes épines biseautées ; Les parfums les plus exclusifs pour un printemps resplendissant !
La ville aime ses tons unis, rouge-orangé, au crépuscule Sur la trame de ses avenues selon le temps qui s’accommode ; Et les citadins communient en se fondant en groupuscules Qui sacralisent leurs tenues selon les rites de la mode.
Toute logique féminine – absurde par définition – N’agit en aucune mesure sur les lois de la mécanique Excepté la gent masculine – rustique dans ses finitions – Qui pense comprendre à l’usure ses frivolités organiques.
À l’aube des métamorphoses, tous mes petits « moi » se rassemblent. Chacun me raconte ses rêves pour m’en offrir les éléments Qui, durant la nuit de nymphose, se sont transfigurés ensemble En toutes ces présences brèves que j’ai vécues intensément.
Entre les puits de connaissances et les fontaines de jouvence, J’ai plongé dans l’eau de l’oubli et ses abysses amnésiques. Demain, peut-être, ma renaissance s’effectuera en connivence Avec un esprit assoupli d’une quiétude analgésique.