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  • L’art du bain

    Dans les secrets les mieux gardés parmi les choses impénétrables,
    Il en est où, pour y entrer, vous devez montrer patte blanche.
    Et vous ne pourrez regarder ces confidences vénérables
    Qu’à condition de démontrer que vous êtes de la même branche.

    Eh oui, l’art du bain féminin n’est réservé qu’au gynécée
    Et l’intrus qui aurait osé y pénétrer, serait chassé.
    Et même s’il paraît bénin de réussir à s’y immiscer,
    Vous risqueriez d’être exposé aux quolibets et pourchassé.

    Ainsi je dois me contenter d’imaginer ces nudités
    À l’aide de tableaux de maîtres peuplés de rêves et de fantasmes.
    Mais si un jour vous consentez à m’offrir l’opportunité,
    Devant vos beautés, d’apparaître, j’en sens déjà monter l’orgasme.

    Tableaux de William Russell Flint.

  • La réhabilitation

    La réhabilitation

    Toutes les femmes et tous les hommes pourraient saluer le soleil
    Et dessiner sur une plage l’arbre de leurs vies établies,
    Comme la revanche de la pomme sur la connaissance en éveil
    Qui relierait, au nouvel âge, Adam et Ève rétablis.

    Photo de Olhodagua.

  • Les vents d’inspirations

    Les vents d’inspirations

    Voici ma participation : un bloc offert à ma fenêtre
    Ouverte aux vents d’inspirations, accessible aux idées à naître.
    Et chaque jour vient le miracle d’un aphorisme réflecteur
    Afin d’élever au pinacle le médiateur et ses lecteurs.

    Tableau de Rafał Olbiński.

  • Space invaders

    Space invaders

    Complètement dissimulé sous une nébulosité,
    Cet envahisseur de l’espace nous est prédit envenimé.
    À coups d’alertes simulées, de peurs et de frilosités,
    On ne voit pas ce qui se passe mais un orage est confirmé.

    Photo d’Eliseo H. Zubiri.

  • Cœur solitaire

    Cœur solitaire

    Il paraît n’avoir nulle attache loin des rivages qu’il accoste ;
    Il paraît précaire et fragile mais l’eau lui offre une assurance.
    Demain, quelle que sera sa tâche, il sera fidèle à son poste ;
    Pour lui, le temps reste immobile, ses jours ne sont que récurrence.

    Photo de Tran Tuan Viet.

  • La nuit dévoilée

    La nuit dévoilée

    J’ai rêvé qu’on avait voilé tous nos espoirs de liberté ;
    J’ai rêvé qu’on forçait un masque sur toutes nos envies de vivre.
    Mon cauchemar m’a dévoilé que je devrai manifester
    Contre ceux qui nous estomaquent et nous empêchent d’être libres.

    Tableau de Tomek Setowski sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201708Tomek-Setowski.html .

  • Mosaïques

    La Terre, organisme vivant, fait sa mue selon des périodes
    Qui peuvent durer dix mille ans, le temps d’une civilisation.
    Au gré des guerres, au gré des vents, sa peau se tend, sa peau s’érode,
    Sous les conflits les plus violents et fait ses réinitialisations.

    Elle raconte en mosaïques l’histoire des civilisations
    Qui ont cru laisser leur empreinte pour défier l’éternité.
    Les pyramides prosaïques témoignent leur infatuation
    Mais rien ne reste de l’étreinte de ces absurdes modernités.

    Quelque part en Bolivie et au Nevada.

  • La nuit voilée

    La nuit voilée

    Bientôt l’automne, la nuit se voile ; les derniers jours sont émouvants.
    Adieu l’été et ses beaux masques qui ont augmenté sa chaleur.
    Vont-ils tomber sous les étoiles comme feuilles mortes au vent
    Ou bien roussir en teintes flasques pour déroger à nos valeurs ?

    Tableau de Rafał Olbiński.

  • Racines d’ici et au-delà

    Je n’ai pas demandé à naître et je ne souhaite pas mourir,
    Pourtant j’obéis aux coutumes du pays qui m’a accueilli.
    Je me soumets, j’accepte des maîtres tout juste assez pour me nourrir
    Et j’accumule l’amertume d’un monde qui s’enorgueillit.

    Tous ceux qui sont nés de couleurs ou d’altitudes différentes
    Obéissent à leurs traditions qui vont à l’encontre des nôtres.
    Et l’on s’affronte dans la douleur pour des richesses proliférantes
    Qui sont pillées par les nations au nom de saintes patenôtres.

    Tableaux de Rafał Olbiński.

  • La Vie Heureuse

    La Vie Heureuse

    Ô Dieu Végan, que n’as-tu fait l’homme à l’image de ta Nature ?
    Un homme-fruit, une femme-fleur qui ne vivraient que pour jouir !
    L’enfant naîtrait presque parfait d’une copie en miniature
    De parents sans verser de pleurs ni de sang pour s’épanouir.

    Tableau de Rene Magritte – 1944.

  • Sous la tapisserie…

    Sous la tapisserie…

    Il n’a jamais appartenu à l’étoffe tissée des héros,
    À la société d’hypocrites qui ne font que tapisserie.
    Mais il s’est toujours abstenu de figurer un numéro
    Parmi le troupeau circonscrit au monde de la finasserie.

    Alors il s’est fait anarchiste, un libertaire, un marginal ;
    Il vit constamment hors-saison, discret car son silence est d’or.
    On dit qu’il est un peu artiste, indépendant, original,
    Qu’il aurait perdu la raison pour réveiller l’enfant qui dort.

    Mais vous ne pouvez pas l’entendre ; trop de bruit brouille vos oreilles.
    Mais vous ne pouvez pas le voir ; manque d’argent, manque de temps.
    Vous ne pouvez pas le comprendre , il faudrait que l’on vous réveille.
    Qui sait ? Peut-être que, sans le savoir, vous êtes morts depuis longtemps.

    Tableau d’Andrew Remnev sur http:dona.eklablog.comandrej-remnev-peintre-russe-contemporain-un-peintre-de-genie-a113107336 .

  • La vie avec les flamants

    La vie avec les flamants

    Loin des vallons, s’étend la plage dans le pays plat des flamants
    Où vit auprès des marécages la femme qui s’est consacrée
    À observer les accouplages des oiseaux qui vont s’exclamant
    À grands coups de becs dans le cœur les chants d’amour du feu sacré.

    Tableau d’Andrew Remnev sur http:dona.eklablog.comandrej-remnev-peintre-russe-contemporain-un-peintre-de-genie-a113107336 .

  • La dernière sirène

    La dernière sirène

    Ce soir, la dernière sirène revêt son bel habit de nuit
    Pour rêver aux marins perdus qu’elle a envoûtés de son chant.
    Tandis qu’au loin une carène semble sombrer, elle s’ennuie
    En songeant au temps suspendu sur l’horizon à contrechamp.

    Tableau de Rafał Olbiński.

  • Du côté de M. Escher

    Du côté de M. Escher

    Dans mon univers intérieur et mes pensées en escaliers,
    Les épanouissements m’élèvent et les dépressions me rabaissent.
    Tantôt je me sens supérieur, tantôt je suis fou à lier.
    Que voulez-vous ? Cela relève d’avoir vécu à fond la caisse.

    Photo de Forrestaguar.

  • Le paradis de celles qui aiment les poissons

    Tandis que nous redescendions du paradis des animaux,
    L’étage me parut bien humide, d’une odeur de poisson thermidor.
    Des femmes éclairées au lampions m’ont salué à demi-mot ;
    J’ai compris sans être timide qu’ici le silence était d’or.

    « Mais que fait donc ce chat ici ? » demandai-je à l’ange Saint-Pierre.
    « Lui, en revanche, est en enfer ! » répondit-il en souriant.
    « Nous l’avons, avec minutie, enfermé dans la souricière ! »
    Le chat semblait à son affaire cependant tout en roupillant.

    Tableaux de Kira Panina.

  • Le paradis de celles qui aiment les oiseaux

    …Puisque j’étais au paradis, j’ai demandé à visiter
    Ce qui fait la curiosité et les endroits les plus cocasses.
    Tout en haut, je fus refroidi d’air frais en exclusivité
    Brassé en spécificité pour des perroquets bien loquaces.

    Les aigles, pigeons et bécasses, les canards de toutes les mares
    Et tous les oiseaux du bonheur rassemblés au dernier étage.
    « Les femmes sont très efficaces surtout lorsqu’elles sont au plumard ! »
    Plaisanta l’ange de bonne humeur devant la volière sans cage.

    « Celles qui aiment les oiseaux sont invitées par les moineaux,
    Les canaris et les perruches dont elles se sont occupées. »
    M’expliqua l’ange dans les roseaux accompagné des étourneaux
    Qui discutaient avec l’autruche en train de les entourlouper.

    Tableaux de Kira Panina.

  • Le paradis de celles qui aiment les chats

    Comme je priais pour mon chat – qui d’aventure est protestant –
    Un ange est venu me chercher et m’a invité à le suivre
    Au Paradis « section pachas » où, les miaulements l’attestant,
    Se retrouvent là-haut perchés tous les matous qui vont s’ensuivre :

    Des chambres pour toutes les races équipées de chaises à griffer,
    De canapés à élimer et de rideaux à déchirer.
    Pourtant d’odeurs, aucune trace. D’abord, les meubles sont dégriffés
    Enfin des maîtresses sublimées font le cœur des chats chavirer.

    « Ce sont celles qui aiment les chats ! » m’assura l’ange sereinement.
    « Tous vos matous viennent ici accompagnés des meilleurs maîtres ! »
    « Sans faire de prêchi-prêcha, à titre de renseignement
    Et d’après la superficie, qu’y-a-t-il d’autre au périmètre ? »…

    Tableaux de Kira Panina.

  • Poupée découpée

    Poupée découpée

    Par l’effet kaléidoscopique des règles obscures de l’optique,
    Voici sur verre, découpée, l’illusion d’une jolie poupée.
    L’audace fantasmagorique de l’eau plate – mais allégorique –
    Produit un art entrecoupé qui ne manque pas de toupet !

    Photo de Hamza Lafrouji.

  • Bipolaire

    Bipolaire

    Ô partie cachée de mon âme, tapie à l’ombre de moi-même,
    Qui vient toujours pour m’inspirer ce que jamais je n’ose faire !
    Qui sait par des manœuvres infâmes me prouver ô combien je m’aime !
    Jamais ne te remercierai de m’avoir rendue bipolaire !

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Mais où est la reine ?

    Mais où est la reine ?

    Sur le grand patchwork damassé couvrant les dessous de l’affaire,
    Deux prétendants et une souveraine, complotent ainsi à mots couverts.
    Déjà, l’un d’eux s’est ramassé tandis que l’autre a dû s’y faire :
    « Mais où est donc passée ma reine ? » Trop tard ! Le sein est découvert.

    Tableau de Rafal Olbinski sur https:catrina-burana.livejournal.com26110.html .

  • Ceux d’en haut et ceux d’en bas

    Ceux d’en haut et ceux d’en bas

    Ma vie aurait pu ressembler à ce grand escalier social
    Qui nivelle l’élite par le haut et la pauvreté par le bas.
    J’y suis monté, il m’a semblé n’y trouver rien de bien spécial ;
    Les gens y sont aussi idiots que vous et moi en contrebas.

    Finalement où que je vive, où que j’accède sur mon palier,
    J’y verrai les snobs du dessus, j’y verrai les humbles au-dessous.
    Les anges paraissent bon convives, les démons paraissent fous à lier,
    Moi, loin des clichés préconçus, je me raccroche au garde-fou.

    Tableau de Mark Kostabi.

  • Cotte d’émail

    Cotte d’émail

    Les bas résille géométriques ont tellement soigné leurs cotes
    Que les mailles les ont dépassées et sont parvenues aux épaules.
    Mais la tension psychométrique dont les mâles s’emberlificotent
    Les a tellement tracassés qu’elle en a fait fondre les pôles.

    Photo de Reba Maybury par Tim Walker.

  • Mélisse à ravir

    Mélisse à ravir

    Mélisse aurait bu le calice jusqu’à la lie son chocolat
    Et voici que le cacao produit des effets secondaires ;
    En conséquence et sans malice la jeune fille caracola
    Et pirouetta de bas en haut des quatre membres solidaires.

    Photo de Duckie Thot par Tim Walker.

  • Les chemins de vie

    Les chemins de vie

    Soit Adam au sexe carré et soit Ève au sexe girond,
    Imaginez leur descendance, hommes et femmes hybridés.
    Tous ces enfants désemparés qui demain interagiront
    Avec un monde en dépendance d’une croissance débridée

    Mais qui sont ces triangulaires qui s’insinuent dans le parcours ?
    S’agit-il d’un carré manqué ou bien d’un cercle émancipé ?
    J’en appelle aux quadrilatères afin de nous porter secours
    Pour cesser de polémiquer sur un chaos anticipé.

    Tableau de Scott Albrecht.

  • Fête des clones

    Fête des clones

    Plutôt qu’adopter un enfant, faites-vous cloner plusieurs fois
    Et vous pourrez recommencer autant de vies que vous voulez.
    Si personne ne vous le défend, vous pourrez revivre à cœur joie
    Plusieurs existences romancées ou sexuellement refoulées.

    Tableau de Nicoletta Ceccoli.

  • La reine des quatre lunes

    La reine des quatre lunes

    La reine est nue, bonne nouvelle, elle est maîtresse en son royaume !
    Jour après jour, son règne croit et s’arrondit d’aura lunaire.
    Dans deux semaines, elle étincelle, d’or et d’argent, elle rayonne.
    Et si son empire décroît, c’est qu’elle est révolutionnaire.

    Tableau de Nicoletta Ceccoli.

  • Caméléon

    Caméléon

    Tu ne le verras pas venir, il se confond dans le décor ;
    Tu ne l’entendras pas darder son coup de langue télescopique
    Pour puiser dans tes souvenirs les démons et les égrégores
    Qui se sont souvent attardés lors de tes lectures périodiques.

    Tableau de Nicoletta Ceccoli.

  • La Reine Primevère

    Dualité dans les reflets sur l’eau tranquille de l’étang ;
    Kaléidoscope de verts mêlés de houx rouge-vermeil ;
    Miroir de nature soufflée par le vent de la nuit des temps ;
    Enfin la Reine Primevère qui sort de son demi-sommeil.

    Tableau de Nicoletta Ceccoli.

  • Petit cœur d’oiseau

    Petit cœur d’oiseau

    Prête-moi les ailes de ton cœur d’oiseau,
    Je m’envolerai pour d’autres horizons.
    Je serai oiselle, toi mon damoiseau
    Et je t’offrirai ma défloraison.

    Donne-moi la couleur de ta différence
    Je m’en nourrirai le cœur chaque jour.
    Ôte la douleur de l’indifférence
    Et je sourirai à tout ton amour.

    Ouvre-moi la porte de ton cœur ouvert
    J’y déposerai une clef du mien.
    Prends ce que j’apporte, mes rimes et mes vers,
    J’y réchaufferai mon cœur et le tien.

    Tableau de Nicoletta Ceccoli.

  • Fin-août en bleu

    Fin-août en bleu

    Parlez-moi d’un été en bleu qui me sourit au crépuscule
    Et qui se dissout d’ocre et d’ambre comme une équinoxe d’automne.
    Accompagnées d’un ciel qui pleut, les dernières heures basculent
    Sous le premier jour de septembre et ses nuages qui moutonnent.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Fin-août en rose

    Fin-août en rose

    Parlez-moi d’un été en rose qui m’a souri depuis l’aurore
    De tous ses jours en dévoilant un soleil rose à ma fenêtre.
    Parfois la lune fut morose mais aujourd’hui, elle se dore
    Sous la voûte d’août s’étiolant vers les jours de la vierge à naître.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • La croisade

    La croisade

    Que le courage masque mes peurs et que la foi masque mes yeux !
    Participer à la croisade contre la folie de ce monde
    Qui ne jure que par labeur, argent et rêves fallacieux
    Et courbe la tête sous les bravades des aristos maîtres immondes.

    Je ne regarde ni la télé, je n’écoute pas la radio,
    J’écoute la voix, dans la nature, des animaux fantomatiques.
    Je peux enfin vous révéler qu’on nous a pris pour des idiots
    Avec l’insidieuse torture de la panique médiatique.

    Tableau de Sophie Wilkins.

  • Gémeau-Marmotte

    Gémeau-Marmotte

    Tandis qu’elle pleurait ses gouttes sur les yeux doux des jolies fleurs
    Qu’elle survolait en rase-mottes avec son chat qui la pelote,
    Elle dormait, rêvait sans doute pour calmer ses rires et ses pleurs
    En invoquant Gémeau-Marmotte, l’esprit des airs et co-pilote.

    Tableau d’Olesya Serzhantova.

  • La septième dimension

    La septième dimension

    Quand j’aurai terminé mon cycle qui boucle l’existence entière
    Je changerai de dimension et serai de nouvelle essence.
    Du premier au dernier article, la récurrence est sans frontière
    De régression en expansion, de vies, de morts en renaissances.

    Illustration de Shaun Tan.

  • L’instant zéro

    L’instant zéro

    Cette origine mystérieuse, elle-même extérieure au monde,
    Crée le premier trait de l’histoire qui se répètera sans cesse.
    La mine de carbone victorieuse trace dès la première seconde
    La loi des mystiques notoires par des bâtonnets de sagesse.

    Illustration de Shaun Tan.

  • Dimensions spirituelles 4-5-6

    La quatrième dimension, plus difficile à percevoir,
    Ouvre le seuil de la conscience à celui qui en fait l’effort,
    Qui abandonne ses prétentions pour parvenir à recevoir
    La fin d’agir en inconscience, le début d’un nouvel essor.

    Désormais la cinquième essence montre la raison de la vie ;
    L’être vivant comprend le sens de son entière destinée.
    Entre conscience et inconscience, le cœur a donné son avis
    Et l’âme ressent sa puissance, dans l’univers, prédestinée.

    Dernière étape de la vie avant la porte de la mort
    Que la personne a acceptée comme porte d’éternité.
    La condition de sa survie – comme paradoxal oxymore –
    N’est plus qu’un fragment excepté d’une infinie connexité.

    Illustrations de Shaun Tan.

  • Dimensions mécaniques 1-2-3

    Dès la première étape humaine, le temps semble une ligne droite
    Qui fuit inexorablement de l’aube jusqu’au crépuscule.
    Au fil des jours et des semaines, la vision reste maladroite,
    Pire, incommensurablement, l’existence paraît minuscule.

    Lorsque la vision s’élargit, la surface étend sa frontière,
    L’environnement se dessine aux quatre coins de sa prison.
    L’homme et la femme en léthargie commencent pour leurs vies entières
    À développer leurs racines jusqu’aux confins de l’horizon.

    À la troisième dimension, l’environnement se recourbe,
    Le territoire devient sphère et l’on se rend à l’évidence.
    Il faut changer ses conventions sans mentir, sans paraître fourbe,
    Mais accepter la planisphère, obéir à sa transcendance.

    Illustrations de Shaun Tan.

  • Le courrier du Qu…

    Le courrier du Qu…

    Le courrier du cœur a évolué
    Grâce à des pratiques assez raffinées
    Dont le contenu surévalué
    Glisse dans l’enveloppe rose paraffinée.

    Les mots ont repris du poil de la bête ;
    On ne les lit plus mais on les caresse.
    Le parfum n’est plus essence d’herbettes
    Mais de l’entrejambe de notre maîtresse.

    Pour décacheter, ouvrez le nombril
    Et plongez le nez, l’organe à fantasmes.
    Vous y sentirez au fond assombri
    Les préliminaires d’un futur orgasme.

    Photo d’Alice Wellinger.

  • Présence de la Nature

    Présence de la Nature

    Que j’aime la Nature qui se penche vers moi
    Pour m’écouter le cœur et pour me guider l’âme !
    Sentir sa signature gravée dans mon émoi,
    Sa force de vainqueur, la force de sa flamme.

    Car elle me ressemble, la Terre qui me tend
    Une branche d’amour, un vent d’inspiration.
    Et moi, je lui rassemble le plus gros de mon temps
    Pour vivre au fil des jours par sa respiration.

    Photo du Baldeneysee à Essen en Allemagne par Chribeu.

  • La Reine choisit son Roi

    La Reine choisit son Roi

    Le Roi ne choisit pas sa Reine à l’intérieur de son royaume.
    Il part en chasse comme chasseur espérant trouver son gibier.
    Mais ses efforts restent à la traîne car l’Amour a son propre idiome
    Et pour trouver son âme-sœur, il lui faudrait un équipier.

    Or, Cupidon, preux chevalier, murmure à l’oreille des princesses
    Et leur fait découvrir leur prince, plein d’humour et de courtoisie.
    Alors d’un geste cavalier, on voit le Roi plein d’allégresse
    Brandir fièrement dans ses pinces celle qui l’aime et l’a choisi.

    Illustration de Lorenzo Mattotti.

  • L’œil du cœur

    Si hier encore, dans le brouillard de toutes ces intoxications,
    Je ne savais plus où aller ni même voir mon bout du nez,
    Le médecin, peu débrouillard, a raté mon opération ;
    Depuis, sous l’horizon voilé, je me sens bien infortunée.

    Mais aujourd’hui on a semé de petites graines d’espoir
    Qui me font voir de l’intérieur un monde neuf et libéré.
    Ce petit arbre, je vais l’aimer et l’arroser matin et soir
    Pour regarder à l’extérieur toute la lumière espérée.

    Illustrations de Shaun Tan sur http:thebirdking.blogspot.com201405landscape-portrait-portrait-landscape.html?m=1 .

  • L’ordre des poissons

    L’ordre des poissons

    Jeanneton perdit sa faucille dans les joncs autour de l’étang
    Et voulut plonger dans ses eaux pour récupérer sa moisson.
    Mais voici que la jeune fille vit son image se reflétant,
    Entre nénuphars et roseaux, évoquant l’ordre des poissons.

    Tableau d’Anne Bachelier.

  • Le miroir irréfléchi

    Quand elle découvrit le tiroir caché tout au bas de l’armoire,
    Alice fut bouleversée par son image réfléchie :
    De l’autre côté du miroir, son lapin blanc paraissait noir
    Et son beau sourire inversé d’une figure défraîchie.

    « Tant pis pour le joli sourire ! » se dit Alice renfrognée.
    « Car, après tout, à quoi ça sert quand l’absurdité vous dévore ? »
    Puis, elle piqua un fou rire en voyant son lapin grogner
    Quand il fut traité de dessert par des carottes carnivores.

    Photos de Valentin Perrin.

  • L’ordre des papillons

    L’ordre des papillons

    Quand son mari mourut un jour, tous les amants de Cendrillon
    La convoquèrent à minuit afin de consoler leur reine.
    L’un après l’autre, épris d’amour, joignirent l’ordre des papillons
    Et jurèrent qu’ils, toutes les nuits, butineraient leur souveraine.

    Tableau de David Galchutt.

  • Le cheval à bascule – 3

    Le cheval à bascule - 3

    Maintenant qu’il est animé des sabots jusqu’à la crinière,
    D’une blancheur immaculée, le cheval s’échauffe, impassible.
    Doucement, il vient ranimer les souhaits de la cavalière
    Qui, elle aussi, a basculé dans des logiques impossibles.

    Tableau de Tracie Grimwood.

  • Là où ne va pas l’éléphant

    Là où ne va pas l’éléphant

    Lorsque les journées superposent les images des promeneurs
    Avec chiens, chevaux et enfants, et silhouettes à bicyclette,
    Une seule conséquence s’impose vu le parcours des randonneurs ;
    Si je sortais mon éléphant, tous s’enfuiraient à l’aveuglette.

    Tableau de Piotr Frolov.

  • Le cheval à bascule – 2

    Le cheval à bascule - 2

    À travers champs, bois et forêts, ils ont traversé les saisons,
    Permutant l’hiver au soleil et l’été dans des pluies de joie.
    La nuit s’est trouvée colorée de mille étoiles en floraison
    Et le cheval, dans son sommeil, brisa ses bascules de bois.

    Tableau de Lucie Campbell.

  • Flamant Rosa

    Flamant Rosa

    Point ne se cache dans le flamant la femme en rose imaginaire
    Lorsque la plage et le ciel baignent ma recherche de l’absolu !
    Puis, un clair de lune enflammant mon désert d’océan lunaire,
    La moiteur de la nuit s’imprègne de cette chimère dissolue.

    Photo de Simon Scheuerle.

  • Le cheval à bascule – 1

    Le cheval à bascule - 1

    Alors qu’elle croyait s’échapper de l’univers de son enfance,
    Son vieux cheval de bois hennit d’une complainte langoureuse.
    Alors elle se sentie happée sans retenue et sans défense
    Au souvenir des jours bénis de ses rêveries savoureuses.

    Tableau de Sergey Nikolayevich Lukyanov.

  • Le ravalement de façade

    Le ravalement de façade

    Le jour et la nuit tomberont sur votre enveloppe charnelle
    Et le printemps refleurira sur votre nouvelle jeunesse.
    Tous les regards succomberont à votre beauté éternelle,
    Tout votre corps rajeunira riant d’un cœur de diaconesse.

    Tableau de Rafal Olbinski.