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  • Les néo-touristes

    Fini l’espace illimité et ses voyages organisés ;
    Aujourd’hui le confinement est devenu notre univers.
    Entre quatre murs limités de notre vie mécanisée,
    Il faut s’adapter autrement et vagabonder à l’envers.

    Tout le monde en littérature, embarquez dans l’imaginaire !
    Fermez les portes et les volets, que les virus soient absentés !
    Tout le monde en villégiature pour des balades stationnaires !
    Les passeports sont envolés… au prix du passeport santé.

    Illustrations de Moebius.

  • Le lieu commun

    Le lieu commun

    Tandis que Dupond surveillait les deux baies vitrées du salon,
    Dupont, posté en sentinelle, observait sans faire d’histoire.
    Hélas un démon sommeillait, tapi sous le chapeau melon,
    Inspirant aux polichinelles une idée superfétatoire.

    Nul ne sait ce qui leur a pris mais, leur poste, ils abandonnèrent
    Pour suivre une piste à la trace partant autour de la maison.
    Ils en furent d’autant plus surpris qu’à chaque tour ils s’étonnèrent
    De voir les pas sur la terrasse augmenter plus que de raison.

    Tableau de René Magritte.

  • À mon image

    À mon image

    Je rends hommage au Créateur et au Père de ma destinée
    Par tous les portraits de famille qui font l’honneur de mon couloir.
    De tout l’Esprit récréateur, cœur de la bande dessinée,
    Dont mes aventures fourmillent et qu’Il vit comme un défouloir.

    Un jour ce Dieu à mon image, accroché à mes convictions,
    A tracé son autoportrait issu d’antiques Dioscures.
    Lui, d’un simple coup de gommage, seul peut prononcer l’éviction
    D’une vérité trait pour trait ou d’un mensonge en clair-obscur.

    Illustration d’après Hergé.

  • Roméo & Juliette 2021

    Ainsi Roméo et Juliette s’étaient rencontrés à la guerre
    Qui opposait les vaccinés aux résistants coronariens.
    Roméo sur sa bicyclette ralliait les troupes grégaires
    Que l’on avait déracinées tels des moutons prolétariens.

    Dans le clan des laboratoires, vivaient les riches et les nantis
    Qui régnaient par l’Ordre Nouveau surprotégé par la flicaille.
    Juliette se méfiait des histoires, des intox et des démentis
    Qui accusaient les bas-niveaux de n’être que de la racaille.

    Ils se rencontrèrent à Paris au Sacré-Cœur, sur le parvis,
    Pendant les manifestations aux élections législatives.
    Alors l’amour leur a souri ; ils se sont promis pour la vie
    Malgré les admonestations de leurs familles respectives.

    Illustrations d’Enki Bilal.

  • Dimanche après-midi

    Quand les dimanches paraissent longs et s’étirent tout l’après-midi,
    L’ennui m’asticote l’esprit, le cafard m’agace le cœur,
    Je déambule dans le salon après la vaine perfidie
    Du temps qui montre un parti pris à ralentir d’un air moqueur.

    Alors j’entreprends la lecture d’un roman fleuve de mille pages
    Qui fait disparaître les murs et les barreaux de ma prison
    Ou je me mets à l’écriture de quelques lignes qui se propagent
    Dans un pays où se murmurent ses légendes à l’horizon.

    J’ai l’impression que je me fonds petit à petit au décor
    Et que mon âme transparente épouse la couleur du temps.
    Alors je m’élève au plafond, lentement s’envole mon corps
    Qui, sous la lumière apparente, redevient un ange flottant.

    Tableaux de Michael Steirnagle.

  • Le pays de la soif

    Le pays de la soif

    Depuis qu’on a fermé les bars, les cafés et les restaurants,
    Les villes ne sont que déserts aux ruelles vides et assoiffantes.
    Sous nos masques, nous, pauvres loubards, zonons comme des juifs errants
    Qui manifestent leur misère avec la langue bien pendante.

    Cette traversée des années de la soif et de liberté
    Marquera la postérité d’un vent de folie décoiffé.
    Et tous les vaccins surannés nous auront tant déconcertés
    Que nous en aurons hérité une société assoiffée.

    Illustration de Hergé.

  • À cinq minutes près

    Van Gogh, à cinq minutes près, aurait sans doute créé Tintin
    Si le héros protagoniste s’était attardé par mégarde.
    On aurait vu dans les cyprès, sous les étoiles dans le lointain,
    Ses aventures impressionnistes avec des décors d’avant-garde.

    Hélas le café s’est vidé par la volonté du hasard
    Et Tintin suivi de son chien disparut dans le fatalisme.
    Sans doute a-t-il dû résider là-haut, à l’Hôtel des beaux-arts,
    Du temps où ce jeune arlésien hantait l’école de journalisme.

    Immersion de Hergé dans Vincent van Gogh.

  • Ange & démon pour la vie

    Lucifer un démon ? Je n’y ai jamais cru !
    Et l’Ange de lumière en était amoureuse.
    L’amour avait germé, l’ardeur s’était accrue
    Tant leur folie ardente se montrait dévoreuse.

    Dieu en était jaloux – entre nous, qui l’eut cru ? –
    Et les précipita sur la Terre des hommes.
    Ainsi Adam et Ève, ses premières recrues,
    Furent à l’origine des premiers chromosomes.

    Illustration de Sofía Micaela Reynoso.

  • Cousues de fil blanc

    Bien qu’on me brandisse l’alarme d’un mal qui n’est que le prétexte
    À vouloir me faire croire infâmes tous ces événements troublants,
    Je réponds entre rires et larmes que ce ne sont, dans ce contexte,
    Que des histoires de bonnes femmes entièrement cousues de fil blanc.

    L’info – une maille à l’endroit – l’intox – une maille à l’envers –
    Tissent un tissu de mensonges et vérités entremêlés.
    Demain je n’aurai plus le droit de dénouer à quatre vers
    Ces nœuds gordiens qui se prolongent, trop difficiles à démêler.

    Photos de Hinke Schreuders sur http:paperfolk.blogspot.com201307paperfolk-loves-hinke-schreuders.html .

  • L’utopie futuriste

    Hier, le futur m’était conté comme un joli conte de fées ;
    Magie de la technologie, amour et bonheur assurés.
    Toute ma jeunesse, j’ai escompté d’en décrocher tous les trophées
    Et d’amasser dans mon logis ses plaisirs manufacturés.

    Mais voilà, je vis dans un cube une vie stéréotypée
    Où tous les genres se mélangent avec de fausses perspectives.
    J’y déambule et j’y titube, comme un robot suréquipé,
    Je vis, bien que ça me dérange, d’hallucinations collectives.

    Illustrations de István Orosz.

  • Reconfinement

    Si hier, tu te confinais ; aujourd’hui tu te reconfines
    Et nous nous reconfinerons après-demain pareillement
    Si cette année je dessinais nos existences qui s’affinent
    Au jour le jour, aux environs, j’y verrai un harcèlement.

    On nous fait jouer des jeux de rôles ; on veut nous mettre le grappin
    Pour, après le choc amorti, nous retrouver sur le carreau.
    Alors ouvrons la cage aux folles, cages aux oiseaux, cages à lapins ;
    Jetons les serrures aux orties et laissons rouiller les barreaux !

    Tableaux de Abdullah Evindar sur https:designyoutrust.com201808turkish-artist-abdullah-evindar-creates-fantastic-surreal-silhouette-photo-collages .

  • Laissez pousser !

    Laissez pousser !

    Cultivez bien ce qu’on vous dit à la télé, dans les journaux !
    Bêchez, binez le samedi, creusez bien autour du fourneau !
    Plantez les graines de soumission dans votre cerveau ramolli
    Et arrosez sans rémission d’une eau ivre d’un grain de folie.

    Quand la conviction poussera par l’engrais de persuasion,
    Alors la bêtise fleurira sous les pluies de dissuasion.
    Et nous pourrons réaliser nos rêves stéréotypés
    Préfabriqués par l’Élysée et son président constipé.

    Illustration de Moebius.

  • Nouvelles dimensions

    Nouvelles dimensions

    La quatrième dimension, tapie au sein de mes cellules,
    Ouvre ses portes à l’univers par des hexaèdres impossibles.
    Des anges aux bonnes intentions, entre les six faces, pullulent
    Et connectent des trous de vers à ma conscience impassible.

    Je capte mes rêves en couleurs par cette étrange connexion
    Et l’obscurité lumineuse devient l’écran de mes pensées.
    Je ressens même les douleurs et les odeurs en projection
    Au prix d’une faramineuse envie d’écrire pour compenser.

    Illustration de Moebius.

  • Coronavirus, mon amour

    Coronavirus, mon amour

    Vous me croirez si vous voulez mais j’ai vu le coronavirus
    À l’épiderme saturnin, doté d’une longue trompe tendre.
    Il m’a demandé d’abouler mon sperme dans son utérus
    Car son sexe était féminin ; je fus soulagé de l’entendre.

    Je suis demeuré confiné quarante jours, quarante nuits.
    La belle était un peu affreuse, j’en étais devenu aveugle ;
    D’amour, j’étais contaminé mais ce n’est pas le seul ennui.
    Depuis j’ai la tête fiévreuse et quand je veux parler, je beugle.

    Illustration de Moebius.

  • Bruxelles

    Bruxelles

    Qui aurait cru que dans ces rues où sont nés de grands enchanteurs,
    Naitrait la bande dessinée qui animerait notre vie ?
    Une pluie d’auteurs disparus ruisselle en dessins envouteurs
    Sur les murs et les cheminées et retombe sur le parvis.

    De sept à soixante-dix-sept ans, les champions de la bonne humeur,
    Fidèles à Dieu et leur pays, restaient amis partout toujours.
    Tintin de l’éternel printemps, Spirou de l’éternel bonheur
    Et tous les autres ébahis de ressusciter chaque jour.

    Tableau « Bruxelles » de Joseph Gillain.

  • Comme un point sur un i

    Comme un point sur un i

    « C’était, dans la nuit brune,
    Sur le clocher jauni,
    La Lune
    Comme un point sur un i. »

    Ailleurs, sur la lagune,
    Sur la mer endormie,
    La Lune,
    Toute en monochromie.

    Bien plus loin sur la dune,
    Juste au sommet de l’angle,
    La Lune
    Comme l’œil d’un triangle.

    Si demain la fortune
    Sourit aux audacieux,
    La Lune
    Brillera dans les cieux.

    Photo de Almefer ; première strophe d’ Alfred de Musset.

  • Plume-au-rêve

    L’ami Pierrot légua sa plume à un chaman amérindien
    Qui dédiait sa danse-à-la-Lune à son totem, l’aigle royal.
    D’un duvet de peu de volume, tressé avec du chanvre indien,
    Sortit la parure opportune, consacrée à l’oiseau loyal.

    Mais la plume se montra volage et s’envola au firmament
    Puis, s’abrita par l’intermède d’un attrape-rêve lunaire.
    Désormais, les batifolages fantasmagoriques des amants
    Sont immunisés d’un remède contre leurs rêves lacunaires.

    Tableau de Tetsuhiro Wakabayashi.

  • Au rite de la ballerine

    Au rite de la ballerine

    Pour effeuiller la marguerite, la ballerine fait des pointes ;
    L’amour répète ainsi le rite des pieds tendus et des mains jointes.
    Ainsi soit-elle pâquerette, fleur des champs, éternel miracle,
    En déployant sa collerette pour laisser s’exprimer l’oracle :

    M’aimera-t-il passionnément, à la folie ou pas du tout ?
    Le cœur a souvent ses raisons, l’amour toujours imprévisible.
    Crochètera-t-il impunément mon cœur de son passe-partout ?
    Donne-moi, Ô fleur d’oraison, ta réponse la plus plausible.

    Tableau de Tetsuhiro Wakabayashi.

  • Santa Maria

    Passés les Colonnes d’Hercules et le Détroit de Gibraltar,
    Le fantôme du Galion d’Or git par mille mètres de fond.
    Une fois l’an, au crépuscule, refait surface son avatar
    De l’esprit d’un conquistador, léviathan vaincu des tréfonds.

    Féminin paraît l’égrégore comme Vénus née de la mer
    Dont la tête évoque la proue fièrement dressée sur sa croupe.
    L’âme dont le vent revigore les voiles aux mémoires amères,
    Revient rappeler peu ou prou ses épopées, le vent en poupe.

    Tableau de Salvador Dali.

  • Physiologie des Galipettes

    La problématique chez l’homme et l’équivoque chez la femme
    Reviennent à boire à la source du désir d’immortalité :
    Pour l’un, verser ses chromosomes vers ce calice qui l’affame,
    Pour l’autre, lui vider ses bourses pour jouir d’une maternité.

    Parce qu’une femme est une île et parce qu’un homme est une aile,
    L’amour convole à tire-d’aile vers des destinations de rêves.
    L’amour rend le cœur juvénile et la raison, irrationnelle.
    Quel dommage pour la bagatelle que l’excitation soit si brève !

    Tableau de Pablo Picasso sur https:www.theguardian.comartanddesign2018mar11picasso-1932-love-fame-tragedy-review-tate-modern#img-5 .

  • Le virus du voyage

    Malgré les destinées tragiques, les drames et les félonies
    Qui soufflent leurs vents latéraux de romans en littératures,
    La vieille Europe nostalgique de ses lointaines colonies
    Insuffle encore à ses héros l’invitation à l’aventure.

    Par les boulevards maritimes ou les grands couloirs aériens,
    Chacun peut prétendre aujourd’hui relier l’Asie à l’Amérique.
    Hier encore esclave ou victime, banni ou pauvre galérien,
    L’homme est devenu le produit d’un néo-tourisme hystérique.

    D’après Hergé.

  • Les mondes invisibles

    Les mondes invisibles

    Si je parviens à recevoir toute la substance qui passe
    Par l’air qui entre en mes poumons et qui me nourrit du prana,
    Et si j’arrive à percevoir la coexistence dans l’espace
    Entre les anges et les démons, je verrai l’antre du nirvâna…

    Ou bien sa fenêtre céleste qui communique avec le monde
    En convertissant de lumière, l’obscurité que j’entrevois.
    Ainsi mon esprit se déleste de toute cette fange immonde
    Et mon corps retombe en poussière tandis que l’âme trouve sa voie.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • L’âme de la maison

    L’âme de la maison

    Lamartine avait exploré l’âme des objets inanimés,
    Pourtant l’ensemble du mobilier assujetti à la maison
    Vibre à l’écho évaporé qui résonne aux murs élimés
    De tous les gestes familiers qu’on y fait en toutes saisons.

    L’âme de la maison materne, le cœur de la maison enfante.
    Elle est la présence invisible qui s’imprègne de ses locataires.
    Son esprit brille dans les lanternes et respire de toutes ses fentes
    Elle, à jamais indivisible, comme égrégore propriétaire.

    Tableau de Remedios Varo.

  • Aurore

    La lueur brillante et rosée avant le lever du soleil,
    Quand celui-ci va se lever, apparaît drapée de lumière.
    Et la nuit métamorphosée par cette porte des merveilles
    Cède la place au pied levé devant l’aurore coutumière.

    À l’aube de l’humanité, quand le poisson sortit de l’eau,
    Ses yeux se sont épanouis par l’observation sidérale.
    Ensuite, sa féminité s’est éveillée dans le halo
    D’un clair de Lune évanoui après le crépuscule astral.

    Qu’elle soit boréale ou australe, ou même encore équatoriale,
    L’aurore sait nous éblouir de tout l’éclat de sa brillance.
    Voyez sa beauté magistrale, ses tonalités mémoriales
    Qui viennent sans cesse nous réjouir de maternelles flamboyances.

    d’une infinité de vaillances.
    de régulières flamboyances.
    de maternelle bienveillance.

    Tableaux d’Irina Vitalievna Karkabi encadrant celui de Gustav Klimt.

  • Immersions

    Les femmes, en totale impression de leurs existences passées,
    Se rappellent à chaque seconde que leur rôle n’est pas terminé.
    Elles ont trop subi la pression d’une société compassée
    Et voudraient refaire le monde d’un équilibre déterminé.

    Les femmes, en totale immersion avec l’existence actuelle,
    Mesurent avec circonspection quelle est l’égalité des sexes.
    Les hommes, toujours en dispersion, gardent leur manie rituelle
    De se croire d’une conception intelligente et sans complexe.

    Les femmes, en totale expression de l’existence du futur,
    Savent qu’elles doivent gagner la partie et les hommes, battre la campagne.
    Le machisme et ses répressions parvient déjà à sa rupture
    Et se voit en contrepartie laisser la place à sa compagne.

    Tableaux de Maria Pace-Wynters.

  • L’origine de la « Tempérance »

    L’origine de la « Tempérance »

    Avant d’être nommée « Tempérance », Angèle n’était qu’une débauchée,
    Volant aux sommets des collines chassant les étoiles filantes.
    Mais après un siècle d’errance, elle finit complètement fauchée
    Vêtue d’haillons de crinoline comme guenille horripilante.

    Elle vendit ses ailes au marché, trouva un boulot pour manger
    Et fut nommée « Modératrice » décrétée par ordre divin.
    Toute nue – elle l’avait cherché – elle fit le serment de changer
    De façon accommodatrice, et mettre de l’eau dans son vin.

    Tableau de Rafal Olbinski sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201104rafal-olbinski-surrealista-polacco.html .

  • Derrière l’iris

    Derrière l’iris

    Derrière chaque iris, un pilote observe le monde de loin
    Abrité dans sa cavité baignée d’une humeur capricieuse.
    Ensemble, les deux copilotes s’accordent selon les besoins
    De l’âme dans la concavité de ses tentations ambitieuses.

    Mais parfois la gauche et la droite ne voient pas le même objectif
    Et le cerveau reçoit en double différentes illusions optiques.
    Mais seul, grâce à une vue adroite, l’amour, d’un rayon subjectif,
    Malgré la situation trouble, offre à l’âme sa vue érotique.

    Tableau de Tuco Amalfi.

  • Les tontons flingueurs à la rescousse

    Les tontons flingueurs à la rescousse

    Tonton Lino, tonton Francis et tonton Bernard, le placide,
    Montrent le bout de leurs museaux tout en finesse et en silence.
    Ils tombent à bras raccourcis, d’un rictus au regard acide,
    Et l’ennemi, des deux fuseaux, s’évanouir en ambulance.

    Donc je propose de confier le combat pour la pandémie
    À notre trio de tontons chargé de la javéliser.
    Dès qu’ils auront pacifié les prochaines vagues ennemies,
    Ils s’attaqueront au fronton du laid palais de l’Élysée.

    Dessin de Jacques Tardi.

  • Pas si bête, la femme

    Pas si bête, la femme

    La pomme était bien verte ; Ève n’en a point voulu.
    Elle en est restée nue de toute connaissance.
    Comme elle était ouverte et toute fraîche émoulue,
    Son esprit ingénu vécu dans l’innocence.

    Elle bâtit sa maison sans poutre ni chevron ;
    Elle avait deux mains gauches et pas trop de bon sens.
    Ses enfants sans raison à l’avenir poursuivront
    Cette vie de débauche et de concupiscence.



    Alors finalement, remercions notre Ève
    D’avoir croqué la pomme pour deux sous de jugeote.
    Bien sûr, évidemment, cette histoire soulève
    Que dans le cœur de l’homme, une femme mijote.

    Tableau de Jacek Yerka sur http:liryka-liryka.blogspot.com201408robinson-jaromir-nohavica.html#more .

  • Demain, les citrons

    Demain, les champs de citronniers auront envahi la planète
    À force de se critiquer et se gausser les uns des autres.
    Se disputer comme chiffonniers avec des propos malhonnêtes,
    On presse un jus sophistiqué dont l’acidité fait l’apôtre.

    Et pourquoi pas des cornichons pourris dans les champs de navets
    Arrosés d’une pollution, pluies acides sur les graminées ?
    Ne poussons ni le bourrichon ni le linge sale à laver ;
    Trouvons plutôt une solution à ce futur contaminé !

    Tableaux de Vitaly Urzhumov sur https:www.finedininglovers.comarticleworld-full-lemons .

  • Venise à la violette

    Venise à la violette

    Venise est voilée, Venise est violée
    D’un million de bras, d’un millions de pieds.
    D’un flot de touristes, d’un flot de visites
    Qui, chaque jour, passent, chaque jour trépassent.

    Venise est bien sombre, Venise est dans l’ombre,
    Lentement s’enfonce, lentement s’effondre.
    Que restera-t-il à minuit moins dix
    Lorsque sa journée sera terminée ?

    Photo de Pierre-Antoine Le Glevic.

  • La tête hors de l’eau

    La tête hors de l’eau

    Quelquefois, la tête hors de l’eau, voir le monde qui va à vau-l’eau
    Et prendre la température de la santé de la nature.
    Je suis trop vite sorti du bain, de la routine et du turbin ;
    Rien n’a changé sur la planète ; les humains ont perdu la tête.

    Le masque à ras sur la figure, juste en surface, me défigure
    Et l’interdît d’ôter ce voile me prend trop à rebrousse-poil.
    Plus rien ne sera comme avant, je vis derrière un paravent
    Et mon bocal-appartement m’enferme dans son élément.

    Photo de Jihoon Yang.

  • Voyages aux îles de la Désolation – 5

    Voyages aux îles de la Désolation - 5

    Enfin, quand vient l’aube du monde saluée d’une aurore australe,
    Paraît le véritable Maître dans sa houppelande outremer.
    Brusquement le silence inonde d’un milliard de pauses orchestrales
    Exécutées au spectromètre pour l’aubade à la Terre-Mère.

    Cérémonial évènement dans le respect des traditions
    Qui unissent les êtres vivants à l’omnipotence immobile
    De l’éternel avènement de la Nature en soumission
    Au protocole ravivant d’iridescence indélébile.

    Illustration d’Emmanuel Lepage.

  • Voyages aux îles de la Désolation – 4

    Voyages aux îles de la Désolation - 4

    Venez, vastes oiseaux des mers, aux envergures impressionnantes,
    Venez, indolents compagnons, qui escortez notre voyage !
    Venez sur les gouffres amers et les montagnes rugissantes
    Venez tous, nous vous enjoignons à pratique votre frayage.

    Rois de l’azur aux ailes blanches ployant comme des avirons,
    Comme vous nous semblez déchus et bien maladroits sur la Terre !
    Sur mer, par-dessus l’avalanche de vagues triomphe l’oiseau girond
    Jusqu’à l’apothéose échue de son ivresse solidaire.

    Illustration d’Emmanuel Lepage.

  • Voyages aux îles de la Désolation – 3

    Voyages aux îles de la Désolation - 3

    Communautés de l’océan qui régnez dans les eaux australes
    Comme des chevaliers des mers qui en confirment ses frontières ;
    Baleines à bosse, Léviathan, Reines, Impératrices magistrales,
    Émissaires de la Terre-Mère aux pouvoirs plénipotentiaires.

    L’homme a pourtant volé votre or, votre huile et votre descendance
    Jusqu’à se satisfaire ailleurs, faute d’énergie en puissance.
    Méditez dans l’australe aurore avec fiel et condescendance
    L’irrespect du pêcheur railleur maudit par sa concupiscence.

    Illustration d’Emmanuel Lepage.

  • Voyages aux îles de la Désolation – 2

    Voyages aux îles de la Désolation - 2

    Crozet, ou l’île des manchots, paradis des ornithologues,
    Les seuls humains autorisés à se montrer les plus discrets.
    De tous les oiseaux à sang chaud, seul l’Empereur climatologue
    Trône au palais valorisé par ses mystères et ses secrets.

    Est-ce le lieu ou ses monarques qui galvanisent leurs richesses ?
    Sont-ce leurs chants polyphoniques qui rivalisent de lyrisme ?
    Seuls, les passionnés les remarquent parmi la faune sauvagesse
    Dans des accords cacophoniques entre onirisme et empirisme.

    Illustration d’Emmanuel Lepage.

  • Voyages aux îles de la Désolation – 1

    Voyages aux îles de la Désolation - 1

    Peut-être un jour, j’aborderai les Îles de la Désolation,
    Embarqué sur le « Marion Dufresne », navire des terres australes.
    Peut-être un jour, je rêverai dans un écrin de sensations,
    Très loin de mes forêts de frênes mais proche des légendes ancestrales…

    Crozet, Amsterdam et Saint-Paul ; Kerguelen, proche de l’Antarctique ;
    Égarées entre les quarantièmes et cinquantièmes parallèles.
    Tant battues par les vents des pôles géographiques et magnétiques
    Et aux négatives tantièmes températures annuelles…

    Illustration d’Emmanuel Lepage.

  • Quand tout va mal

    Quand tout va mal sur la planète des hommes, cul par-dessus tête ;
    Quand les fléaux, les hécatombes, sèment la mort, creusent les tombes ;
    Quand toute l’humanité gronde, les pauvres animent la fronde ;
    Quand les gouvernements confinent et pire encore nous vaccinent ;

    Comme je reste solidaire, je me repens en solitaire ;
    De tout mon être, je me demande qui détient vraiment les commandes ;
    Je me mets la tête à l’envers, je m’interroge en quelques vers
    Sur ma responsabilité envers cette débilité.

    Tableaux de Leonora Carrington.

  • Sablier d’amour

    Le temps, c’est de l’argent ; le temps, c’est de l’amour.
    Peu importe le corps pourvu qu’on ait l’ivresse.
    Le temps c’est du bonheur qui s’écoule chaque jour
    Et colore la vie d’une touche d’allégresse.

    Le temps est un pervers qui ne manque pas d’humour
    Qui vieillit le physique mais bonifie le cœur.
    Le temps va à l’envers quand, coloré d’amour,
    Il repousse la mort de son rire moqueur.

    Il ravive l’espoir qui nous rendra vainqueur.
    Il transcende la vie en repoussant la peur.

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  • Le goût du risque

    Le goût du risque

    Si tu souhaites me visiter, viens par le château de Kyburg.
    Là, descente en route en lacets, virages en épingle à cheveu.
    La vue en exclusivité décompte l’effroi à rebours
    Qui met Dieu dans ton cœur glacé pour l’appeler de tous tes vœux.

    Tu ménageras ta monture, boîte-à-vitesses et freins à disques ;
    Tu pirouetteras du volant, mains sûres et le pied au plancher.
    Tu pressentiras l’aventure te transmettre le goût du risque
    Par quatre roues batifolant dans un dérapage enclenché.

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  • Les dessous de la Joconde

    Les dessous de la Joconde

    Sous la Joconde, le mystère de son sourire s’éclaircit
    Quand on observe sous sa jupe ses envies en cage d’amour.
    Ce petit démon qui se terre dans son cœur qui le remercie
    Et dont l’esprit, qui n’est pas dupe, rêve sous le jupon de velours.

    Dès qu’elle voit le pinceau du peintre, on entend les palpitations
    Du cœur qui se cogne aux barreaux de l’érotique crinoline.
    Alors sous la voûte en plein cintre escalade une excitation
    Qui remonte jusqu’au garrot puis, à ses lèvres sibyllines.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Dernières nouvelles des étoiles

    Mathématiquement parlant, le néant, cet ensemble vide,
    Engendre les nombres entiers du zéro jusqu’à l’infini.
    Mais seul un fou, un vert galant, amoureux des chiffres et avide
    Saura emprunter le sentier de tout cet embrouillamini.

    Alors il compta les étoiles, des nébuleuses aux galaxies,
    Que mesurait la Tempérance et ce depuis belle lurette.
    Comme la fille était à poil, il tomba en apoplexie
    Et arrêta là son errance mais, cette fois, pour conter fleurette.

    Tableaux de Leonora Carrington.

  • La carte du tendre recto-verso

    Retournons la carte du tendre pour examiner son verso
    Et explorons là, le bassin, ici, les côtes, enfin, l’épaule.
    Qu’il est agréable de tendre la main aux côtés transversaux
    Opposant la courbe des seins comme la calotte des pôles.

    Côté recto, la grand plaine recouvre le reste du monde.
    Au nord, deux montagnes célèbres pour leurs charmantes sensations ;
    Au sud, une végétation pleine de moiteur où les sources abondent
    Pour abreuver dans leurs ténèbres vos plaisirs et vos tentations.

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  • La mauvaise clef

    La mauvaise clef

    On nous avait bien expliqué de bien nous fier au serrurier
    Dont la clef était attestée guérir les âmes les plus rétives.
    Sous des contraintes appliquées par un devoir procédurier,
    Nous allions nous faire tester, ténus dans la foule captive.

    Seulement la clef était truquée car elle crochetait les serrures
    Que la police pouvait ouvrir afin de mieux nous accuser.
    Nous fûmes alors rééduqués et sentîmes alors sa ferrure
    Tout honteux de le découvrir, mais trop tard pour nous récuser.

    Tableaux de Remedios Varo.

  • L’ange des Halles

    L’ange des Halles

    Personne n’a vu Cupidon de tout l’hiver jusqu’au printemps ;
    Toutes les amours confinées se dessèchent et se dénaturent.
    Mais après une année bidon dans un isolement éreintant,
    Les temps sont durs pour combiner amourettes avec aventures !

    Il s’est occupé d’élevage de petits cœurs dans les clapiers
    En accouplant des chauds lapins avec les meilleures pondeuses.
    Ce matin, guettez l’arrivage des œufs emballés de papier
    Sur des palettes de sapin que vous proposent ses vendeuses.

    Au matin, elles ont déchargé les œufs aux couleurs chamarrées
    Qui contiennent un certain poison dans le chocolat trafiqué.
    En ces temps de vache enragée, les amis, on va se marrer
    Quand vont tomber en pâmoison hommes et femmes paniqués.

    Œuvre originale « Cupidon » de William-Adolphe Bouguereau par Alexey Kondakov.

  • Les masques de Shéhérazade

    La mort masquée parmi les contes qu’elle répétait chaque nuit,
    Tout en étirant le suspense au bout du fil le plus ténu.
    Tant et si bien que chaque acompte haussait l’envie, baissait l’ennui
    Et l’auditeur, entre ses pinces, surseoir la mort de l’ingénue.

    Quand au matin tombait le masque, Shéhérazade toute nue
    De la folle imagination dont elle avait tant maquillé,
    D’une manière assez fantasque et une intrigue soutenue,
    Les muses de l’inspiration, en restait toute déshabillée.

    Tableau de Cordovelian.

  • Salut les cloches !

    Lorsque les cloches voleront à Pâques où à la Trinité,
    Quand les élus imprévoyants seront nommés chefs d’escadrille,
    Alors les gongs convoleront dans toute leur virginité
    Et naîtront, des œufs chatoyants, des lapins chaussés d’espadrilles.

    Cachez ces œufs dans le jardin, dans les arbres et dans les buissons
    Et laissez les incompétents chercher midi à quatorze heures !
    Là, vous verrez les plus radins rafler les œufs pour la cuisson
    D’une omelette en omettant, bien à propos, l’argent du beurre.

    Dessin d’André Franquin.

  • Joyeuses Pâques

    Tous les chemins mènent à Rome, surtout pour les cloches d’airain
    Qui firent le voyage retour chargées des œufs en chocolat.
    À chaque gong, tout cet arôme gagna peu à peu du terrain
    Avec la Reine aux alentours qui aussitôt caracola.

    C’était la plus belle des cloches, tout en or et tout en canons
    Qui lancèrent des coups de tonnerre qui ébranlèrent les maisons.
    Et ce fut à coup de taloches que les frelons et faux-bourdons
    Fredonnèrent et puis, bourdonnèrent jusqu’à en perdre la raison.

    Tableaux de James Christensen.

  • Météo Pascale

    Lundi, le temps paraît maussade et suggestionne son visage
    Comme si les nuages l’ombrageaient et lui ternissaient le regard.
    Mardi, le temps d’une embrassade éclaircira son paysage
    Comme si le soleil s’engageait à briller de tous ses égards.

    Mercredi, le temps s’améliore et resplendit sur sa coiffure
    Comme si le fond de l’air frais faisait reluire ses cheveux.
    Jeudi, le beau temps dure encore mais perturbe une ébouriffure
    Comme un petit vent qui l’effraie et ne fait pas ce qu’elle veut.

    Vendredi, pluies mêlée de vents qui fouettent et mouillent ses paupières
    Comme si ruisselaient les larmes des eaux d’un ciel qui prête à rire.
    Samedi, au soleil levant, un soleil doux chauffe les pierres ;
    Dimanche, nous sommes sous le charme de Pâques et du temps de sourire.

    Tableaux de Julia Klimova.

  • Les masques inversés

    Derrière un masque… d’autres masques ; c’est l’arbre qui cache la forêt.
    Derrière la crainte de la mort, c’est la solution de la fuite.
    Mes propos ne sont pas fantasques ; j’ai moi-même longtemps abhorré
    La peur qui sème des remords dans de grands voyages sans suite.

    Derrière le masque, le visage, derrière le visage, les pensées
    Qui parfois laissent échapper un regard plein de chatoiements.
    De doux reflets, plus ou moins sages, raison sereine ou offensée,
    Un sentiment handicapé derrière un cœur de larmoiements.

    Derrière la pensée, l’amour et puis, derrière l’amour, la haine ;
    Sorte de tour de passe-passe dont vie et mort ont hérité.
    Peut-être tomberont un jour les faux masques de porcelaine
    Qui se briseront dans l’espace ténu du temps de vérité.

    Tableaux de Cordovelian.