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  • La chevalière à la plume d’or

    La chevalière à la plume d’or

    Dans une lettre soussignée par Madame de Sévigné,
    Il est un titre honorifique louant les plumes magnifiques.
    Les hommes en font la narration, leurs femmes en ont l’inspiration,
    Et souvent leurs filles prodigues sont celles qui, le plus, s’investiguent.

    Si la Comtesse de Ségur possédait autant d’envergure
    Et si George Sand, la garçonne, calligraphiait comme personne,
    Elles furent adoubées « Chevalière à la plume d’or cavalière »
    Et moi, qui suis leur descendant, j’assume à mon corps défendant.

    Tableau de Catrin Welz-Stein.

  • Le roi tricheur

    Le roi tricheur

    Si l’échiquier nous paraît plat avec ses illusions trompeuses,
    Il contient, en réalité, autant de crevasses que de bosses.
    Entre les bas-reliefs méplats sur des cases plutôt râpeuses,
    Les blanches trompent la gravité et les noires se noient dans la fosse.

    Les chevaux sautent les murailles, les fous trottinent en haut des murs,
    Tours et Reines à jamais figées, comme écrit dans le manuel.
    Les pions trouvent la vie duraille, certains complotent, d’autres murmurent
    Qu’il serait temps d’en affliger le petit Roi Emmanuel.

    Photo de Marcin Sacha.

  • La roue de l’infortune

    La roue de l’infortune

    Entre la mer de l’infortune et l’atmosphère de fortune,
    Juste à la surface des eaux, les êtres humains vont à vau-l’eau.
    En couple sur leurs balancelles, ils vivent leurs vies puis, chancellent
    Et sortent à la résurrection après une longue submersion.

    Il en est de plusieurs modèles. Serait-ce une bonne nouvelle ?
    Certaines roues tournent très vite, celles-ci tout le monde les évitent ;
    D’autres tournent très lentement mais on y meurt plus sûrement ;
    La mienne ne tourne pas toujours ou alors plusieurs fois par jour.

    Tableau de Wolfgang Lettl et plein d’autres sur http:www.doodoo.runews-3725.html .

  • Décodons la Joconde

    Décodons la Joconde

    Tous les goûts sont dans la nature, la plus riche et la plus profonde.
    L’artiste en mit la signature dans le sourire de la Joconde.
    Déplions sa bouche plissée pour découvrir la pellicule
    De ses paroles policées envers ce peintre ridicule.

    Elle sourit la fleur aux dents de sa mine la plus pitoyable ;
    Elle fait la moue pendant l’amour puis, prend un air indéfini.
    Elle a un rire accommodant mais fait une gueule incroyable
    Lorsque d’un dernier trait d’humour, Léonard lui dit : « C’est fini ! »

    Tableau de Rafal Olbinski sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201104rafal-olbinski-surrealista-polacco.html .

  • La ferme aux lavandes

    La ferme aux lavandes

    Quand la lavande se déguise en chenilles processionnaires,
    Leurs rangées partent à l’assaut des jeunes collines violées.
    Leurs crêtes que le soleil aiguise répandent tel un missionnaire
    La voix tenue sous le boisseau d’où jaillit l’éternel violet.

    Les vieilles baraques témoignent de ces batailles annuelles
    Qui réunissent sur les terres la même bannière lavande.
    D’aussi loin que l’on s’en éloigne, la même odeur perpétuelle
    Donne au pays son caractère dont se transmettent les légendes.

    « La ferme aux lavandes, à Valensole », photo de Guillaume Bordas.

  • Faites des mères démultipliées

    Tout d’abord, elles m’apparaissent comme des milliers de mamans
    Lorsque je ne vois que la mère dans le royaume féminin.
    Toutes ces femmes qui caressent et qui accompagnent un moment
    L’enfant à l’école primaire, lui dire au revoir de la main.

    Après, elles se multiplient comme des milliers de conquêtes
    Lorsque je vois les jeunes filles transformer leur adolescence
    Sur mes désirs inaccomplis des exigences de mes requêtes
    Lesquelles me mettent la tête en vrille et le cœur en effervescence.

    Enfin, elles se diversifient comme des milliers d’ouvrières
    Qui se fondent dans l’entreprise et les obligations sociales
    Dont le nombre s’intensifie comme le feu à la poudrière
    Qui fait exploser par surprise l’ensemble du planning familial.

    Collages de Matthieu Bourel.

  • L’alchimie du voyage

    Ayant appris qu’un grand trésor caché au pied des Pyramides
    L’attendait depuis des années, il partit donc à sa recherche.
    Et le berger prit son essor à travers les forêts humides,
    Les déserts perdus surannés, la main appuyée sur sa perche.

    Ayant appris auprès des sages qu’il faut toujours aller plus loin,
    Ayant été désabusé par les voleurs les plus chafouins,
    Ayant tout perdu au passage, ni davantage néanmoins,
    Il acquit un esprit rusé auprès de ses amis bédouins.

    Point de trésor finalement sinon celui ceint en son cœur,
    Le souvenir de ses mémoires au lieu-dit d’une vie morose.
    L’alchimiste sut également se galvaniser en vainqueur
    Car c’est chez lui, dans son armoire, qu’il découvrit le Pot-aux-Roses.

    Illustrations de Moebius.

  • La mort à vau-l’eau

    La mort à vau-l’eau

    Elle a rêvé son corbillard pour emporter sur son vélo
    En roulant à tombeau ouvert, ainsi qu’en grillant tous les feux,
    Ses clients défunts tortillards dont la vie allait à vau-l’eau
    Et les morts au Diable Vauvert si tels étaient leurs derniers vœux.

    Mais que nos corbillards d’antan n’en soient pas jaloux pour autant ;
    N’en déplaise à sa chevelure, la croque-morte a belle allure !
    On a vu, à coups de pédale, la mort rouler dans le dédale
    De tombeaux et de mausolées et même son vélo voler.

    Photo parue dans « Le Matin » du 5 mai.

  • Chirurgie rhétorique

    Chirurgie rhétorique

    Puisqu’on peut lire sur ton visage toute l’histoire de ta vie,
    J’aimerais grimper les sentiers des montagnes de souvenirs.
    Gravir tes charmants paysages autour des yeux avec envie
    Et expertiser le chantier de ce qui pourrait advenir :

    Il faudrait dérider tes rides, désoranger ta peau d’orange,
    Dépatouiller tes pattes d’oie et te défausser des fossettes.
    Arroser tes lèvres arides pour ensuite effranger ta frange
    Ou te jeter, comme il se doit, tout comme une vieille chaussette.

    Tableau d’Igor Morski.

  • Complémentaires et complimentaires

    Fruit d’un hasard élémentaire, les rencontres les plus fortuites
    Crèvent mon tissu de l’ennui lorsque je m’y attends le moins.
    Ce partenaire complémentaire, comme l’extra balle gratuite,
    Fait « tilt » en plein cœur de la nuit ; seule la Lune en est témoin.

    Car aussitôt le coup de foudre d’un beau sourire complimentaire
    Frappe mon cœur d’un coup de grâce qui, toute mon âme, disloque.
    L’amour me met le feu aux poudres comme étincelle élémentaire
    Et ma raison tombe en disgrâce d’un esprit qui bat la breloque.

    (Zoë Mozert – alias Alice Adelaide Moser – illustratrice et peintre américaine, 1907-1993).

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • On n’a jamais marché sur la Lune

    Les complotistes ont la vie dure, les légendes urbaines perdurent.
    Moi, je finis par tout confondre et mes certitudes s’effondrent.
    Le drapeau lunaire contesté, les contrépreuves attestées
    Et les Tours du World Trade Center pulvérisées par des menteurs.

    Le coronavirus persiste et le vaccin controversiste ;
    Les reptiliens sont parmi nous, les illuminati, partout ;
    Le dollar, sans contrefaçon, fait le pouvoir des francs-maçons
    Et la Révolution française fut un fiasco pour Louis Seize.

    Au moins une chose est vraie et l’illustration est de Pyraker.

  • La bourse à sa fenêtre

    Quand les poissons remonteront, entraînés par une inflation,
    Les poissons d’argent flotteront avec les poissons d’or dedans.
    Peut-être nous surmonterons cette énorme dénivellation
    Mais nous nous en lamenterons lorsque les poules auront des dents.

    Quand il pleuvra des fers à cheval, la chance retombera du ciel,
    Nos petits cochons-tirelires se réjouiront de cette aubaine.
    Ainsi, quand les actions dévalent leur taux de change référentiel,
    Le krach, pris en flagrant délire, goutte à son premier bas de laine.

    Illustrations de Gerhard Glück.

  • Homo-z-oiseaux

    Que ma Nature fasse sécession entre le haut, entre le bas,
    Entre les eaux, entre les airs, entre les sexes, schisme suprême !
    Qu’elle en accepte la mission à perpétuer son combat
    Et qu’elle me sorte du désert pour vaincre toutes mes extrêmes !

    Hélas, ma cervelle d’oiseau me fait rêver, le nez en l’air,
    Je suis la voie que ma Nature m’a choisi comme évolution.
    Je suis faible comme un roseau qui plie sous les vents en colère
    Mais qui porte la signature d’une forte irrésolution.

    Tableaux d’Igor Morski.

  • La nymphe de mon inspiration

    À travers le miroir des rêves, j’ai visité souvent la même
    Atmosphère paradisiaque et ses plus belles créatures.
    J’ai souvent marché sur la grève de la rivière du dilemme
    Entre les eaux aphrodisiaques et les merveilles de la nature.

    La clef de ces rêves intimes ouvre le passage secret
    Où la conscience et l’inconscience partagent leurs aspirations.
    Mon ambition la plus ultime, plaise à mon cœur d’y consacrer
    Tout son amour et sa science, pour trouver son inspiration.

    Illustration d’Ana Miralès.

  • La déesse de la nuit

    La déesse de la nuit

    Pauvre déesse de la nuit qui doit laver chaque matin
    La literie tachée d’étoiles et souillée du fluide lunaire !
    Elle commence dès potron-minuit à descendre du mont Palatin
    Et s’apprête à lever le voile aux premiers rayons collinaires.

    Son dévouement sans faux-semblant s’apparente à une œuvre d’art
    Bien qu’on ne connaisse pas son nom et qu’on ne l’appelle jamais.
    Comme elle lave plus blanc que blanc quand il pleut pour la Saint-Médard,
    Je l’ai donc surnommée « Manon, la lessiveuse du mois de mai ».

    Tableau d’Igor Morski.

  • Poisson d’or

    Poisson d’or

    En chevauchant mon poisson rouge qui s’est échappé du bocal,
    Je redeviens petit garçon à peine sevré du biberon.
    Ainsi, ma conscience se bouge à pousser hors de son local,
    Son inconscience d’un hameçon fixé en guise d’éperon.

    Par-dessus les mers de nuages et les océans d’arc-en-ciel,
    Je ris avec mon poisson d’or, plaise à mon corps, plaise à mon âme.
    Ainsi, je secoue les rouages de mon esprit existentiel
    Par un cœur de conquistador afin d’entretenir ma flamme.

    Illustration de Wen William Weber.

  • Le gardien de phare

    Le gardien de phare

    Que ne suis-je un gardien de phare, veilleur sur la mer infinie
    Avec des restes de carènes, vieilles épaves distordues ?
    J’aurais écouté la fanfare sur un thème de Rossini
    Qui accompagnerait les sirènes en quête des marins perdus.

    J’en aurais une pour amante, elle s’appellerait Arabelle,
    Petite-fille de Neptune qui m’assurerait l’intendance.
    Et quand soufflerait la tourmente, aux vents de tempêtes rebelles,
    J’attendrais sa voix opportune en guise de correspondance.

    Illustration d’Emmanuel Lepage.

  • Cheval qui songe

    Cheval qui songe

    Laissez-moi rêver de conquêtes vers des pays imaginaires,
    Là où la raison du plus fort ne serait pas toujours la meilleure.
    Mon cœur d’enfant point n’est en quête de prouesses extraordinaires
    Mais de trouver son réconfort auprès d’un songe venu d’ailleurs.

    Il prend les traits d’un grand cheval aux ailes déployées au vent,
    Au pelage en robe de nuit et la crinière de matamore.
    Je suis Chevalier Perceval, héros qui bondit de l’avant
    Vers des aventures où l’ennui n’existe pas plus que la mort.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Entre deux songes

    Ce soir-là, entre chien et loup, sous le halo bleu de la lune,
    Jeune apprenti, les yeux bandés, j’allais à mon adoubement
    Dans le silence un peu jaloux des vaguelettes inopportunes
    Que les rameurs vilipendés provoquaient dans l’attroupement.

    Soudain la nuit devint violette sous l’épais rideau de velours
    Et l’on me demanda d’entrer dans un château plongé dans l’ombre.
    Je troquai mon corps obsolète qui me semblait comme un poids lourd
    Pour un d’égrégore concentré car je faisais partie du nombre.

    Tableaux de Lidia Postma.

  • Le summum

    Le summum

    Le pied du mur voit le maçon, le haut du mur sert de leçon ;
    Le progrès demande du cran mais les moyens lui font écran.
    Sans cesse se remettre à l’ouvrage demande plus que du courage ;
    La fin n’est que l’ensemencement d’un éternel recommencement.

    J’ai bâti depuis mon enfance mes protections et mes défenses ;
    J’ai cru aux projets d’avenir qui feraient de beaux souvenirs.
    Mais une fois atteint la retraite, la vie s’arrête d’une traite
    Et le bonheur tant espéré suit une fuite désespérée.

    Tableau d’Erik Johansson.

  • Art is an Art

    Avant tout, l’art ne sert à rien sinon à exposer son cœur,
    Sculpter son amour dans la glaise, peindre ses tripes sur la toile.
    L’artiste, sorte de fou épicurien, transcende d’un regard moqueur
    Ses euphories et ses malaises, l’âme dans le chœur des étoiles.

    Mais quand l’artiste reproduit, mêlant technique et mécanique,
    Ses œuvres stéréotypées soi-disant proches du nirvâna,
    Il devient lui-même un produit d’une industrie économique
    Pour des galeries constipées plus proches de l’artisanat.

    Illustrations de Joost Swarte.

  • La tournée du chat noir

    La tournée du chat noir

    Dès potron-minet, on s’attable et de peur qu’on ne se morfonde,
    Qui son épée, sa hallebarde lève pour payer sa tournée.
    L’aubergiste, homme respectable, remplira leurs gorges profondes,
    Gosiers secs et bouches bavardes, patiemment toute la journée.

    Quand vient la tournée du chat noir – à l’heure où les matous sont gris –
    Les esprits battent la campagne et les cœurs parlent en divaguant.
    L’alcool fait perdre la mémoire tandis que la bourse maigrit ;
    Alors compagnons et compagnes rentrent chez eux en zigzaguant.

    Illustration d’André Juillard.

  • La planète sauvage

    La planète sauvage

    Certains, réduits en esclavage dans des labos plus que suspects,
    Ont pris la poudre d’escampette dès qu’ils se furent réveillés.
    Sur cette planète sauvage où les humains dormaient en paix,
    Les virus ont perdu la tête tant ils n’étaient plus surveillés.

    On a dit qu’ils venaient de Mars ou peut-être même de Vénus ;
    On aime bien brûler les sorcières au nom de la régulation.
    On a même cru à une farce appelée « coronavirus »
    Mais ce n’était qu’une souricière pour réduire la population.

    Illustration de Roland Topor.

  • Lever et coucher de soleil

    Dans sa robe couleur d’aurore, Madame Soleil au levant
    Hisse sa robe de couleurs à la dernière mode du temps.
    Et tous les oiseaux qui pérorent leurs derniers tubes dans le vent,
    Fredonner d’un chant roucouleur hardiment leurs nids du printemps.

    Dans sa robe couleur d’espoir, Madame Soleil au couchant
    Baisse sa robe d’uniforme dans un silence déroutant
    Mais le rossignolet du soir, sifflant son poème attouchant,
    Clôt la journée qui se transforme en un crépuscule envoûtant.

    Tableaux de Joan Marti Aragonés et Ernesto Arrisueño.

  • Demain les chiens

    Demain les chiens n’écouteront plus que la voix de leurs chers maîtres
    En observant tous les jalons que leurs idoles auront semés.
    Les chiens de garde goûteront l’ordre nouveau au périmètre
    Tandis que les chiens de salon se retrouveront clairsemés.

    Demain les chiens navigueront pour porter la bonne parole
    À tous les chiens de Terre-Neuve, épagneuls bretons, pékinois.
    Puis, ceux-ci se fatigueront d’obéir à ces jeux de rôles
    D’anciens maimaitres qui n’émeuvent plus que les saint-bernards sournois.

    Tableaux de Michael Sowa sur http:www.margarethe-illustration.commichael-sowa.html .

  • Demain les oiseaux

    Demain, les oiseaux sont bottés ; eux aussi se sont adaptés.
    Les pieds des mouettes rieuses conviennent aux bottes jaune paille.
    Les anges admirent leurs beautés ; même Dieu les a adoptées
    Pour leurs rigolades ébrieuses dont la Trinité fait ripaille.

    Demain, les pieds en éventails, eux aussi ont évolué.
    Les corbeaux fiers d’être chaussés en paire de bottes de sept lieues.
    Avec leur souci du détail, ils ont pour rôle d’évaluer,
    Au rang de la maréchaussée, les rusés renards du milieu.

    Tableaux de Rudi Hurzlmeier.

  • L’alchimie d’amour

    L’alchimie d’amour

    Quand l’homme retrouve la voie qui mène au cœur de la passion,
    Il ressent l’instinct magnétique qui l’attire comme un aimant.
    Il en perd le souffle et la voix par l’effet d’anticipation
    Qui donne l’élan érotique qui réunit les deux amants.

    Quant à la femme, elle se connecte aux racines passées et futures
    Et redevient la clef de voûte de son foyer jour après jour.
    Ainsi elle fait la collecte des graines de puériculture
    Soumise à la vie qui l’envoûte pour créer le fruit de l’amour.

    Illustration de Grzegorz Rosiński.

  • L’amour Butterfly

    L’amour Butterfly

    Aussi léger qu’un papillon, l’amour peut d’un battement d’aile
    Provoquer chagrins et tempêtes entre deux cœurs à l’opposé.
    La passion crée des tourbillons lorsqu’une relation infidèle
    Menée sans tambour ni trompette devient à l’autre présupposée.

    Or, dès que l’amour bat de l’aile, le cœur d’un millier de fragments
    Se désagrège et éparpille les débris du drame amoureux.
    Et les destinées parallèles se séparent entre les amants
    Qui se lamentent et s’écharpillent par des démêlés langoureux.

    Illustration de Benjamin Lacombe.

  • La femme au gant rouge

    La femme au gant rouge

    Après les horreurs de la guerre et les miracles de l’amour,
    L’homme, entre ces deux infinis, ballotte entre honneur et malheur.
    Quant à la femme, elle n’a guère d’autre choix que donner le jour
    À des enfants prédéfinis à perpétrer cette valeur.

    Les hommes ont du sang sur les mains, les femmes, une fois par mois ;
    D’un côté les vieux combattants, de l’autre, les ménopausées.
    La prochaine race de demain poursuivra-t-elle avec émoi
    L’opposition, le cœur battant, sur son passé décomposé ?

    Illustration de Jacques Tardi.

  • L’absurdité du temps

    Je pensais mon présent absurde jusqu’au jour où j’ai découvert
    Le gène d’autodestruction implanté dans ma génétique
    Qui m’infléchit, qui me perturbe et me fait tout voir de travers
    En falsifiant les constructions de ma mémoire hypothétique.

    Lorsque j’ai compris que ce gène d’absurdité se réveillait
    Plutôt que m’en épouvanter, j’ai pris parti de l’accepter.
    Devant les problèmes et leurs gênes, je ne cesse de m’émerveiller
    Et même, je peux me vanter, d’être un marginal excepté.

    Illustrations de Joost Swarte.

  • La bibliothèque de qui-vous-savez

    Selon l’âge du capitaine et selon ses rêves d’enfance,
    Sa bibliothèque offrira tous ses récits numérotés
    En France métropolitaine ou en pays de connaissance,
    Partout où il naviguera aux ordres de l’amirauté.

    Ce petit coin dédicacé à tous les maîtres de la planche,
    Lui rappelle avec nostalgie ses voyages au-delà des mers.
    Et même s’il en a assez d’avoir passé trop de nuits blanches,
    Il y soigne sa lombalgie avec un vieux rhum doux-amer.

    Illustrations d’Yves Chaland.

  • Reine des villes, reine des champs

    Dans le palais fortifié de sa citadelle royale,
    Une Reine à l’épée phallique administre ainsi sa justice :
    Des jugements justifiés par sa lame oblongue et loyale
    Qui va, d’un verdict métallique, du conflit jusqu’à l’armistice.

    Dans son domaine pastoral qui s’étend sur monts et campagnes,
    Une Reine à la longue verge ne juge point mais s’accommode
    Avec raison du bon moral de ses compagnons et compagnes
    Et d’une sagesse qui diverge des connaissances à la mode.

    Voici que la Reine à l’épée visite la Reine à la verge
    Et s’amuse à lui critiquer sa réglementation lascive.
    Un code civil, guère épais, n’ayant que trois lois qui convergent
    Et des édits sophistiqués signés d’une plume passive.

    Du coup, la Reine du bâton accourt chez la Reine du sabre
    Mais elle s’ennuie à mourir auprès de ces gens formatés
    Qui se nourrissent de ducatons et d’interminables palabres ;
    Alors elle préfère courir loin de cette uniformité.

    Illustrations de Moebius.

  • N’importe quoi fort de café !

    Avion cassé, avion foutu ; la carlingue a cassé du bois ;
    Café brûlé, café fichu ; ma cafetière est fissurée ;
    D’un trou d’air à l’odeur goûtue, l’appareil s’est mis aux abois ;
    La route du Machu-Pichu plus jamais ne sera assurée.

    Tous les chemins mènent à Rome ; il suffit de passer le pont
    Pour contrer les mésaventures et les dangers qui se démarquent.
    En suivant les meilleurs arômes, des arbres à café du Gabon,
    On obtient la bonne mixture le bon goût et le meilleur marc.

    J’en ai tellement l’eau à la bouche que j’en verse une larme amère ;
    Une larme de crocodile surtout quand le déca y ment.
    Alors j’en reprends une louche ; le bon café est éphémère
    Et il faut le boire – c’est le deal – quand il est prêt, au bon moment.

    Quand il est fort, gare au gorille ! Je reprends du poil de la bête
    Car cette douçâtre amertume me cause toujours cet effet !
    Je sens dans ma peau qui s’étrille toute la joie d’une conquête
    Depuis laquelle je m’accoutume par l’arôme d’un bon café.

    Illustrations de Moebius.

  • La porte des étoiles

    La porte des étoiles

    L’intimité de mon journal m’ouvre une porte sur les étoiles
    Qui me confère un raccourci vers les quatre horizons du monde.
    Un sas estival-hivernal, une scène où tombe le voile
    De la vérité obscurcie par les mystères qui abondent.

    Lundi, je marche sur la Lune ; mardi, je flâne au Champ-de-Mars ;
    Mercredi, une virée opportune, je dis, avec quelques comparses ;
    Vendredi, au Mont de Vénus ; ça me dit, l’amour inopiné ;
    Et le dimanche, terminus ! Je fais la grasse matinée.

    Tableau de Julie Dillon.

  • Voyages intérieurs

    Les rendez-vous manqués au fond de mon armoire,
    Les passages oubliés au fond de mes tiroirs,
    Les trésors disparus dans mes trous de mémoire,
    Les vérités perdues derrière le miroir,

    Les hautes étagères qui servent rarement,
    La commode coincée depuis la nuit des temps,
    Les deux compartiments ceints dans l’encadrement,
    Les secrets de famille souvent compromettants.

    Tous ces mondes intérieurs marqués du temps perdu
    M’attirent dans la griffe de mes vieux souvenirs.
    Certains restent intacts et d’autres distordus
    À force de les voir sans arrêt revenir.

    Peut-être qu’une porte s’ouvre à la dérobée,
    Un passage obligé sur la clef du mystère.
    J’aimerais m’y glisser tout nu et enrobé
    Du liquide amniotique pour renaître sur Terre.

    Tableaux d’Alex Alemany.

  • Fin de tout

    Fin de tout

    La fin de la journée … qui se répète tous les soirs,
    La fin de la semaine … qui revient à chaque week-end,
    La fin du mois … qui tombe régulièrement à pic,
    La fin du trimestre … qui fait tomber les primes maladie,
    La fin de l’année … qui boucle le tour du soleil,
    La fin des illusions … qui sonne l’heure de la retraite,
    La fin de vie … qui aspire mon dernier souffle,
    La fin du monde … qui fait écho au plan de Dieu…

    Que j’aime la fin du voyage où j’arrive en villégiature
    Après tous les itinéraires, les haltes et les déviations !
    Que j’aime poser mes bagages et mettre fin à l’aventure
    D’une vie employée à soustraire mes erreurs jusqu’à expiation !

    Illustration de Hergé.

  • Nouvelle Terre

    Qu’adviendra-t-il de notre Terre pour les futures générations ?
    Des villes bâties à la campagne selon le souhait d’Alphonse Allais ?
    Des architectes de caractère qui chercheront l’inspiration
    Auprès des hommes et leurs compagnes pour leur construire des palais ?

    Nos gènes se seront transformés pour s’adapter aux catastrophes
    Que nous avons occasionnées depuis plus d’un million d’années.
    Nos petits-enfants informés dès à présent nous apostrophent
    D’un progrès désillusionné mais trop tard pour le condamner.

    Illustrations de François Schuiten.

  • Sorties de bain

    Belles naïades impudiques, les belles dames de jadis
    Ont perfectionné l’art du bain en montrant un corps de sirène.
    Dès que Vénus se revendique, tous les jeunes hommes s’enhardissent
    À se proposer concubins ou même à épouser la reine.

    Mais aujourd’hui les bikinis ont recouvert tous les fantasmes
    Et les naïades actuelles ont perdu ce qui fait leur charme.
    Monokinis, burqakinis, avec plus ou moins d’enthousiasme,
    Sont les tenues contractuelles par les bonnes mœurs et les gendarmes.

    (Zoë Mozert – alias Alice Adelaide Moser – illustratrice et peintre américaine, 1907-1993).

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Les tournesols de la fortune

    Les tournesols de la fortune

    En effeuillant les fleurs du mal, je découvre au petit bonheur
    Une réponse à mes problèmes en fonction du temps des amours.
    Tant pis pour le flux lacrymal qui s’écoule en bien tout honneur
    Lorsque se présente un dilemme entre « pas du tout » et « toujours ».

    Mais en passant aux tournesols, alors la roue de la fortune
    Tourne si vite que le hasard écoute la rose des vents.
    Ainsi le temps devient boussole vers la solution opportune
    Qui disparaît dans le blizzard des jours qui passent en se suivant.

    Pour hier, c’était un an de moins, pour aujourd’hui, un an de plus,
    La nuit, quand le temps disparaît, les heures dansent et me sourient.
    Mais le tournesol néanmoins poursuit son astral stimulus,
    Et chaque journée m’apparaît comme un soleil qui me nourrit.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Le cinéma à la petite semaine

    Le cinéma à la petite semaine

    Lundi démarre par une intrigue qui s’égare dans le mystère ;
    Mardi, le crime ne paie pas mais les héros sont triomphants ;
    Mercredi un homme investigue auprès d’une femme adultère ;
    Jeudi, il succombe aux appâts puis, il aura beaucoup d’enfants.

    Vendredi, sous les avalanches, les catastrophes se déchaînent ;
    Le samedi on s’encanaille dans l’art de la pornographie.
    Pas de cinéma le dimanche. On fait relâche. À la prochaine !
    On fait l’amour fou, aïe aïe aïe, au risque d’une échographie !

    Tableau de Jack Vettriano.

  • Chacun se fait son cinéma

    Chacun se fait son cinéma

    Madame se fait son cinéma avec Monsieur, son cinéphile,
    Qui lui propose une aventure en plongée dans la pellicule.
    Un éclairage au minima pour suivre le film qui défile
    D’abord de poursuites en voiture jusqu’en cascades de véhicules.

    Dans le faisceau du projecteur qui déchire l’obscurité,
    Les drames se mêlent aux romances avec un zeste introspectif.
    Monsieur d’un regard objecteur, Madame d’un trait d’hilarité,
    S’extasient sur la performance de leurs avatars respectifs.

    Tableau de Jack Vettriano.

  • Préparation au rêve

    Avant de glisser dans son lit, Madame va se faire les yeux ;
    Un peu de Rimmel ou de khôl pour mettre en valeur son regard ;
    Un peu de lapis-lazuli sur les paupières en camaïeux ;
    Un peu de rouge qui racole, un peu de folie qui s’égare.

    Madame ne sort pas ce soir ; elle se prépare à fantasmer
    Pour une aventure éthérée dans des rêves sans lendemain.
    Jamais ne désire surseoir à ses délices enthousiasmées
    D’une rêveuse invétérée qui tient l’amour dans chaque main.

    Tableaux de Jack Vettriano.

  • Propositions indécentes

    Un inconnu vous offre un verre. Accepter sa proposition
    Pourrait évoquer un dilemme dont en dépend le contenu.
    Si cet inconnu persévère à conforter sa position
    En vous en offrant un deuxième, abandonnez toute retenue.

    Enfin quand il proposera de boire le dernier chez lui,
    À cet instant vous fléchirez au risque d’une peccadille.
    Alors il vous tendra les bras et ça finira dans son lit
    Et puis, vous vous réveillerez avec le chat qui vous mordille.

    Tableaux de Jack Vettriano.

  • Sorties du néant

    Méfiez-vous des coups de bisous et de la manière impromptue
    Dont les prêtresses de l’amour, pour vous convier à leur couche,
    Font claquer comme un feu grisou dans votre oreille rabattue
    Ou sur une joue de velours ou pire, direct sur la bouche !

    Ce petit baiser sur la bouche, tiré par tireuse d’élite
    Dissimulée et embusquée pour ne pas vous donner l’alarme ;
    Un seul coup direct qui fait mouche et votre cœur qui se délite,
    Surpris, déconcerté, brusqué, succombe aussi sec sous le charme.

    Rolf Armstrong Pin-Up Poster, 1929.

  • Terre sous globe

    Terre sous globe

    Peut-être vivrons-nous sous serre, protégés de la pollution,
    Immunisés des maladies et garantis des pandémies.
    Nous aurons saccagé la Terre sans trouver d’autre solution
    Que s’inventer le paradis d’une nouvelle académie.

    Les anciens dieux de la nature trouveront leurs places au musée ;
    La liberté et l’insouciance appartiendront à la légende.
    Et quant à moi, si d’aventure j’éprouve l’envie de m’amuser,
    J’écrirai la folle inconscience d’un avenir que j’appréhende.

    Illustration de François Schuiten.

  • Le monde à l’envers

    Comme un parfum de Baudelaire échappé d’un flacon bouché,
    Toutes les richesses terrestres bientôt seront évaporées.
    Les poissons pluriséculaires ne seront plus effarouchés
    Car ils seront mis sous séquestre dans de belles cages dorées.

    Les oiseaux ne voleront plus que dans des couloirs réservés
    Et la colombe de la paix boira des accords mensongers.
    Si mon histoire vous a plu ou si elle vous a énervés
    Sachez que rien n’est encore fait mais il serait temps d’y songer.

    Tableaux de Gurbuz Dogan Eksioglu sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201105gurbuz-dogan-eksioglu-ordu-turkey.html .

  • Du rouge et or au lapis-lazuli

    De l’infrarouge au rouge vif, ainsi la lumière balaye
    L’horizon que m’ouvre l’aurore pour mon voyage élémentaire.
    Dans un rayon d’or intensif, cet émissaire du soleil
    Crève l’azur et le dévore de sa couleur complémentaire.

    Quand la frontière est dépassée, la mer empourpre son devenir,
    Le ciel d’azur vire au vermeil sous un soleil noir occultiste.
    J’abandonne les rêves au passé et mets le cap sur l’avenir
    Teinté du pays des merveilles dans ce crépuscule améthyste.

    Illustrations de Franklin Booth.

  • Liberté évoquée ou révoquée ?

    Quand l’oppression solidifie intensivement la prison,
    Quand la pression rigidifie les murs qui ferment l’horizon,
    L’espoir fait craquer la coquille, la liberté prend son envol
    Et il ne reste que brindilles d’un asservissement frivole.

    Or il existe des enfants qui ne quittent jamais leur cocon ;
    Pour eux, l’inconnu étouffant ne leur paraît qu’un piège à cons.
    Ainsi, de peur qu’à l’extérieur ils ne soient capables de vaincre,
    Ils se replient à l’intérieur et s’obstinent à s’en convaincre.

    Tableaux de Mihai Criste et Henriette Sauvant.

  • En quête d’absolu

    En quête d’absolu

    Pourquoi s’en aller aux confins d’un monde pavé d’habitudes
    Sinon pour se renouveler et s’emplir d’un air différent ?
    Franchir les espaces sans fin, les mers sous d’autres latitudes,
    Une éternité écoulée dans un parcours itinérant.

    J’aime respirer la sagesse en fioriture d’aventures
    Vers une quête d’absolu vers des synergies concourantes
    Plutôt qu’entasser des richesses, toujours ces mêmes fioritures,
    Relevant du passé révolu d’une routine récurrente.

    Illustrations de Hugo Pratt.

  • L’inexorable chute

    L’inexorable chute

    Le passé tombe dans l’abîme où tous les souvenirs s’engouffrent
    Et le présent est entraîné par ce courant inexorable.
    Je me raccroche et je m’abîme les mains tant mes ongles en souffrent
    Dans ce jour à peine étrenné qui fuit dans l’incommensurable.

    Là-bas où commence la chute, cette démarcation mortelle,
    Démarre un voyage sans fin, sans doute le retour aux sources.
    Ô Dieu, faut-il que je réfute cette angoisse qui me martèle
    Et qu’en atteignant les confins, Tu sois ma dernière ressource ?

    Photo de Erik Johansson.