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  • Au pas de la Lune

    Lorsque la lune se renouvelle et se réfugie dans la nuit,
    Les étoiles se mettent à danser au grand bal des constellations.
    Puis, lorsque son pas se révèle et que sin premier croissant luit,
    Une lune pâle vient cadencer l’ouverture de l’orchestration.

    Lorsque la lune s’épanouit et resplendit dans sa lumière,
    Les étoiles viennent défiler aux ordres de leur supérieure.
    Même le soleil évanouit semble connaître une première
    Éruption qui va s’effiler en queues de comètes ultérieures.

    Puisque nous sommes lundi, honneur au jour de la Lune qui est gibbeuse et croissante à 62%. Il faudra attendre lundi prochain pour la pleine lune ce qui me donne une semaine pour trouver de belles images.
    Sinon, Google m’apprend que le 23 novembre symbolise « le mois de l’économie sociale et solidaire » et vu la crise économique due au confinement, aux fermetures, aux restrictions et à l’impossibilité pour plusieurs millions de personnes à travailler pour gagner leurs vies, ce lundi 23 novembre me semble assez significatif.

    Tableaux de Jeanie Tomanek.

  • Le loup-garou d’amour – 2

    À la pleine lune suivante, il a quitté sa louve-garelle
    Dont il avait plein les godasses de lui effeuiller les marguerites.
    La maladie récidivante de sa mutation corporelle
    Plut à une lapine chaudasse qui en devint sa favorite.

    Mais voilà ! Une fois passée la métamorphose du loup,
    Celui-ci trouve la lapine d’un autre appétit qui s’ensuit.
    Elle devra se surpasser à raconter à son loulou
    Une histoire qui le turlupine pour durer mille-et-une nuits.

    Tableaux de Jozef Wilkon.

  • Comme on s’unit, on s’attache

    Quand on s’unit et qu’on s’attache, en motifs unis ou à taches,
    Peu nous importe la couleur, la fusion se fait sans douleur.
    L’amour nous met en appétit, on s’aime et on fait des petits
    Qui ont tous une part de nous, unis de taches jusqu’aux genoux.

    Avec ce charme qui nous habille, tous les dimanches en famille,
    Nous allons danser au soleil ou sous la lune tout pareil
    En montrant nos belles tenues – même si au fond on vit tout nu –
    Tous les goûts sont dans la nature et dans notre progéniture.

    Et si les vagues d’émigration et d’immigration étaient une tentative de la nature pour transformer l’homo-sapiens en une nouvelle race plus adaptée ?
    On dit toujours que les métis et les bâtards sont les plus beaux et les plus forts.
    Peut-être que le mélange des gènes nous améliorera et rendra le côté « pragmatique » de l’homme plus enclin à évoluer avec raison plutôt que saccager à tout prix sa planète.
    D’ailleurs, moi qui suis d’origine méditerranéenne, je suis de sang français, italien et certainement maure ou même asiatique paraît-il…

    Tableaux de Jozef Wilkon.

  • L’intrigue

    Aux échecs, éternel absent qui subit plus qu’il ne comprend,
    Le roi, celui qui est au centre, est mené par le bout du nez.
    La reine noire, à son accent russe ou anglais, on s’y méprend,
    Abrite un enfant dans son ventre qui n’est pas de l’infortuné.

    C’est le roi blanc évidemment qui joue le rôle de l’amant,
    Qui trompe sa reine légitime pour la souveraine ennemie.
    Ainsi ils s’aiment avidement ; bientôt papa, bientôt maman
    Jusqu’au moment le plus ultime où tous les coups seront permis.

    Quant à la « pauvre reine blanche » perdue dans son corps de souffrance,
    Elle fulmine, elle est en rage, n’oublie pas plus qu’elle ne pardonne.
    Alors elle crée une avalanche de petits conflits à outrance
    Jusqu’à déclencher un orage puis, dans la folie, s’abandonne.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Aux couleurs de l’âme

    Andy Warhol serait ravi de voir son œuvre prospérer
    Avec ces femmes maquillées par leurs émotions artistiques.
    Troubles aux couleurs de la vie, émois et amours espérés,
    Dévoilés et déshabillés d’une mise à nu fantastique.

    Imaginez la vie entière qui se répandrait au visage
    Par les larmes douces-amères des ébranlements refoulés.
    Sentez sur la peau la matière comme fleurit un paysage
    Selon la saison éphémère d’art sans cesse renouvelé.

    Chaque femme aurait ses couleurs et, à chaque couleur, son âme
    Trahirait ses secrets intimes d’une petite voix fluette.
    Chaque bonheur, chaque douleur brillerait comme une oriflamme
    Mais cette sensation ultime appartient déjà aux poètes.

    Photos de Lindsay Adler.

  • Le loup-garou d’amour – 1

    Sous la nuit de la pleine lune, le loup-garou est amoureux
    Car c’est la maladie d’amour qui lui donne la rage de mordre
    Les fleurs aux dents et les callunes qu’il cueille d’un air langoureux
    Pour offrir un bouquet glamour assez fleuri mais en désordre.

    Sa louve-garelle, la coquine, l’envoie siffler sur la colline
    Pour y cueillir des marguerites plutôt qu’une gerbe de bruyères.
    Le loup, bien sûr , ça l’enquiquine et, la queue basse qui dodeline,
    Repart dans sa quête émérite faire un bouquet dans la clairière.

    Tableaux de Jozef Wilkon.

  • La clef du cœur

    Un cœur fermé à double tour réclame une clef ajustée
    Qui écoutera ses problèmes et tout ce qu’il a mal compris,
    Qui épousera les contours son corps avec chasteté
    Et qui résoudra les dilemmes entre son âme et son esprit.

    Une clef du cœur correspond à toute serrure complexe ;
    Le tout est de savoir tourner sept fois sa clef dans le bon sens.
    Mais si nous nous préoccupons à solutionner par le sexe,
    Nous ne pourrons plus contourner l’amour et le plaisir des sens.

    Un coup de cœur, ça fait toujours plaisir et même plusieurs fois par jour.
    Une belle image, un bon livre, une bonne BD, un bon film, un bon texte, une bonne musique, un bon plat, un bon vin, un bel échange, un beau câlin … la liste est tellement longue que nos cinq sens ne pourront peut-être pas les connaître tous mais si chacun ouvre et communique son petit musée personnel, que d’éclats de coups de cœur à partager !

    Tableaux de Vladimir Kush.

  • Les présages

    Tous ceux qui, au siècle dernier, ont tenté de voir l’avenir
    Auraient dû être contaminés par les virus en gestation,
    Être effrayés par les charniers qui ont tôt fait de survenir
    Et voir les peuples disséminés par les vagues d’émigration.

    Eh non, personne n’a su prévoir tous ces fourbis et ces machins,
    Ni éviter la pollution … à part prédire la faim du monde.
    Voici pourquoi tous nos espoirs de survivre au siècle prochain
    Sont le fruit d’une évolution vers une fin nauséabonde.

    D’après une information lue sur « Un nouveau paradigme », Facebook censurerait tout message qui contesterait la campagne vaccinatrice ; c’est donc pourquoi je ne dirai rien à ce sujet bien que je n’en pense pas moins… si tant est qu’on ait toujours la liberté de penser, droit qui sera sans doute bientôt aboli.
    Donc si vous voulez contester, faites-le mais ne le dites pas.
    Ça me rappelle le film « Apocalypse now » où les vietnamiens coupaient le bras aux enfants vaccinés par les américains…

    http:www.2012un-nouveau-paradigme.com202011nouvelle-censure-facebook-va-interdire-tout-message-anti-vaccins.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • Ainsi va la vie !

    Qu’elle est jolie la tendre enfance qui ne connaît que l’innocence
    Jusqu’au jour où l’enfant choisit entre l’action ou la défense.
    Car tout se joue à chaque instance de sa personne mise en présence
    De la plus grande courtoisie ou la réponse à une offense.

    Nous nous faisons damer le pion par des coups à devenir fou
    De la vie qui nous joue des tours avec des pièges cavaliers ;
    Parfois on tombe sur un lion que la moralité bafoue,
    Parfois l’amour vaut le détour et l’on remonte l’escalier.

    Dans ce grand jeu d’échecs qui est l’Europe avec ses pièces maîtresses (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-Bas etc.) et les pauvres pions que nous sommes, je me demande quelle est la règle du jeu ? Et surtout à quoi sert le conseil européen ?
    Face au coronavirus, chaque pays fait n’importe quoi, comme il veut et sans la moindre cohésion avec les autres états membres.
    Il me semble que l’Europe aurait dû spontanément organiser la partie sinon… échec et mat ?

    Tableaux de Hanna Silivonchyk.

  • Les chevaux mécaniques

    Quand il n’y aura plus ni pétrole, ni gaz ni électricité,
    Il nous faudra recommencer à dompter les chevaux-vapeur.
    Avec chariots et carrioles tractés avec motricité
    Par le caractère romancé de beaux étalons galopeurs.

    Sur leurs sabots dotés de roues, ils patineront sur les routes ;
    Avec des flotteurs adaptés, ils deviendront chevaux-marins.
    Adieu à nos anciens gourous qui auront tous fait banqueroute
    Ou qui se seront réadaptés à mettre le pied dans le purin.

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • Petite musique de confinement

    Ouverture
    Pour m’exprimer, une ouverture est nécessaire sur mon mur ;
    Ensuite, je me hisse au plus haut pour épater la galerie.
    Après, si jamais d’aventure je suis perçu comme un murmure,
    J’exécuterai « le grand assaut » en sonnant la cavalerie.

    Final
    Si l’on ne m’entend toujours pas, je vous jouerai « Satisfaction » ;
    Dans l’accord que vous attendez puisque vous êtes enfermés.
    Je vous ferai du Frank Zappa au temps des « Mothers of Invention »
    Interprété les yeux bandés pour jouer à guichets fermés.

    Ce n’est plus le peuple qui gronde mais l’orchestre qui réagit !
    Puisque vous êtes confinés, ouvrez bien en grand vos fenêtres ;
    Faites une musique enchantée ou endiablée si vous voulez ;
    Et chantez fort votre détresse de ne plus vivre l’allégresse.

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • L’animal sur l’épaule

    Je porte la fidélité comme un chien noir sur mon épaule,
    Tu portes ta féminité comme un chat roux sur ton épaule,
    Il porte son espièglerie comme un renard sur son épaule,
    Elle porte sa lucidité comme un grand lynx sur son épaule.

    À chaque trait de caractère, je m’associe un animal
    Comme on transporte par devers-soi un vieux compagnon de fortune.
    Le mien, ce n’est pas un mystère, ressemble au bien, ressemble au mal
    Selon si ce que je reçois me satisfait ou m’importune.

    Dans la trilogie « Les Royaumes du Nord » de Philip Pullman, les humains étaient accompagnés d’un « daemon », une sorte de petit animal qui extériorisait leurs caractères.
    J’aimais bien cette idée et je verrais bien des loups noirs ou gris accompagner nos hommes politiques, des requins accompagner les financiers, des chiens pour les chasseurs – mais ça, c’est déjà fait – , des chats pour les pêcheurs et des animaux fabuleux pour les artistes… je prendrais bien une licorne.

    Tableaux de Mary Alayne Thomas.

  • Visions d’ailleurs

    Même si j’observe de loin pour rester en sécurité,
    Je participe malgré moi à ce dont je reste extérieur.
    Et si j’avance plus ou moins avec force et témérité
    J’authentifie au fil des mois ce qui bâtit mon intérieur.

    Je suis marqué par mes erreurs, tu es marquée par tes succès,
    Il est marqué par ses échecs, elle est marquée par ses victoires.
    Ainsi, nous portons la terreur inscrite en nous comme un abcès ;
    Ainsi que les marques extrinsèques des sourires aux belles histoires.

    Tableaux de Juliette Belmonte.

  • Les nouveaux oracles

    Aujourd’hui, les nouveaux oracles qu’incarne la télévision
    Nous font rêver à la fortune et l’illusion technologique.
    L’argent accomplit des miracles que l’on entasse en prévision
    Du couac des bourses inopportunes et ses crises psychologiques.

    Depuis que je l’ai débranchée et l’ai reléguée à la cave,
    Ma vie a repris sa couleur qui n’est pas celle de l’argent.
    Mais je ne suis plus retranché dans une planète d’esclaves
    Dont je subissais la douleur des médias se la partageant.

    Je suis a priori mal placé pour parler de la télévision puisque je l’ai reléguée à la cave depuis les dernières élections européennes pendant lesquelles les informations diffusées étaient fausses, les discours politiques menteurs et les journalistes traîtres à leur étique.
    Pour ainsi dire, depuis l’institution du quinquennat, le président et ses députés élus pour cinq ans possèdent les clefs de la république et le pouvoir total puisque l’opposition n’existe plus et qu’il n’y a plus aucun contre-pouvoir.
    Alors les oracles et les médias varient ? Bien fol qui s’y fie !

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • La pie lunatique

    La pie voleuse écrit la nuit ses vols les plus rocambolesques
    Que, le jour, elle déchiquète pour ne pas se faire repérer.
    Dès passée l’heure de minuit quelques souris sherlockholmesques
    Tentent de mettre une étiquette sur les lambeaux récupérés.

    Elle aurait pris à Léonard son faux sourire à la Joconde ;
    Elle aurait fauché à Pierrot sa plume, hélas fort émoussée ;
    Elle aurait volé au renard un fromage à l’odeur immonde ;
    Elle aurait chipé à Perrault les miettes du Petit Poucet.

    La pie voleuse nous a volé tout ce que nous avions de plus précieux :
    La liberté est enfermée dans une cage dorée de confinement.
    La vérité est polluée par les mêmes personnes du gouvernement qui affirment un jour ce qu’ils infirment un autre jour.
    La santé devient une monnaie d’échange et d’asservissement.
    Même l’argent risque de disparaître en tant qu’espèces qui ont trop sonné et trébuché.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Culbuté

    Culbuté

    Quels sont les chemins inconnus qui me restent à parcourir
    Sans avoir l’esprit mal tourné ni tomber cul par-dessus tête ?
    Mais de peur d’être reconnu comme machine à discourir,
    Laissez-moi donc me retourner et reprendre du poil de la bête.

    Moco Museum – Amsterdam.

  • Histoires à dormir d’hibou

    Quand j’écris lors de mes nuits blanches à l’encre des rêves nocturnes,
    L’aurore en efface les traces et le soleil couvre l’oubli.
    Alors j’appelle sur sa branche le maître hibou taciturne
    Qui me sort de sa paperasse un souvenir que je publie.

    Parfois je veille et me rendors, parfois je rêve, parfois je songe ;
    Je peins des tableaux de poèmes, j’écris des vers à contrecœur.
    J’ouvre la boîte de Pandore qui ne contient que des mensonges
    Sous l’œil du Grand-Duc de Bohème, mon plus fidèle chroniqueur

    Les histoires à dormir d’hibou, j’en lis tous les jours dans les journaux et les médias. Particulièrement depuis la catastrophe épidémique ; pas de confinement mais si peut-être, pas de Noël sauf l’été prochain, fermeture des restos mais pas les MacDo, télétravail pour tout le monde non mais presque, vaccin pas obligatoire mais nécessaire, camps d’isolement pour les réfractaires à la mise à l’écart, etc. … et l’ordre nouveau dans le désordre complet.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Le penthouse vert

    Dans son penthouse sur les toits qu’elle avait transformé en serre,
    Elle ne vivait que pour ses plantes et l’atmosphère à la Prévert.
    L’air affairé, toujours courtois, lorsqu’elle se servait un verre
    Qu’elle buvait toute tremblante en me lorgnant d’un œil sévère.

    Perchée sur bottes compensées, elle n’aimait pas l’œil débonnaire
    Que je jetais sur ses boutures qui me paraissaient ordinaires.
    Mais elle retenait ses pensées et trouvait extraordinaire
    Que je dévaste ses cultures de manière réactionnaire.

    Je lui servais de factotum – une sorte de preux chevalier –
    Car elle ne levait pas le pied pour redescendre l’escalier.
    Moi, le chat noir, son majordome, j’étais son plus précieux allié
    Qui veillait en bon équipier, les yeux rivés sur son palier.

    Illustrations de Renn Qin sur https:www.behance.netcamus019 .

  • Du côté de Shéhérazade

    Pour nous surprendre, Shéhérazade s’est cachée dans l’appartement
    Comme fait le chat du Sultan lorsqu’il pourchasse les souris.
    Quelle subtile improvisade réserve-t-elle à son amant,
    Celui qui joue cet insultant jeu du pacha et sa houri ?

    La voici donc, l’irrésistible conteuse de charme et de suspense
    Qui étire la curiosité jusqu’à l’ultime dénouement !
    Par quelle intrigue indescriptible avec un voleur ou un prince
    Troquera-t-elle l’ingéniosité contre son profond dévouement ?

    Ciel ! Il faut attendre demain pour la suite de son histoire ;
    Un stratagème évidemment inoculé comme un virus.
    Prenant son courage à deux mains, elle, la favorite notoire,
    Aura gagné finalement à préserver son utérus.

    Tableaux de Léon Samoilovitch Bakst.

  • Les Dubois

    Les Dubois

    De père en fils, chez les Dubois, nous vivons en communauté
    Dans nos baraques en bois flotté une existence de casaniers.
    Et pareils aux chiens qui aboient quand un bruit les fait sursauter,
    Aux fenêtres venons chuchoter quand passent les caravaniers.

    Œuvre de Marc Bourlier réalisée à partir de bois flotté, ramassé sur les plages.

  • La reine de carreaux

    Si les rayures amincissent, les carreaux soustraient les regards
    Et la reine de l’échiquier en profite pour s’escamoter.
    Secrètement, elle s’immisce entre les pions un peu hagards
    Et va rejoindre son équipier qui saura bien la bécoter.

    Et Reine blanche – comme Reine noire – se prêter à ce petit jeu
    De l’art qui, en catimini, permet de retourner sa veste.
    Ainsi en cas d’échec notoire, elle rallie les meilleurs enjeux
    Chez l’autre avec ignominie pour lui obéir sans conteste.

    Photos de Stefan Sagmaster.

  • Jardinière de légumes

    Plus grosses seront les légumes qui nous font cuire au court-bouillon
    Et plus la fin des haricots aura goût au sang de navet.
    Ajoutez un zeste d’agrume à l’amertume des couillons
    Et vous verrez ces bourricots, autant que se peut, en saliver.

    Vive la soupe à la grimace, rajoutez deux ou trois tomates
    Et tant pis pour les restaurants qui fermeront leurs devantures !
    Vive la bêtise de masse et tous les robots automates
    Que l’on dirige en instaurant un mauvais bouillon d’inculture.

    Dès la naissance, pareil à l’âne, on m’agite une carotte devant moi :
    D’abord les promesses d’être sage pour mériter les cadeaux du Père Noël ;
    Ensuite les promesses de bien travailler en classe pour réussir dans la vie ;
    Après les promesses d’emploi, d’augmentation, de promotion et de retraite.
    Et en amour ? Se marie-t-on pour la promesse de fonder une belle famille ?
    Et en religion ? Faut-il accepter Jésus et tout le tralala pour mériter le paradis ?
    Ma vie n’est qu’une salade de carottes.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Chaudes lapines aux navettes

    Chaudes lapines aux navettes

    Dans les vieux quartiers de Marseille, à côté du four aux navettes,
    On voit naître à la chandeleur des créatures étonnantes ;
    Ces lapines aux longues oreilles qui se vendent à la sauvette
    Donnent un effet batifoleur aux jolies filles entreprenantes.

    Sculpture de Nikichi – Akihiko Yoshida.

  • La porte d’ambre

    La porte d’ambre

    Les murs de brume impénétrables peinent le soleil de novembre
    Qui nous semble user de patience à vouloir transpercer l’écran.
    Parfois le brouillard vulnérable entrebâille une porte d’ambre
    Et l’on voit l’astre en prescience percer la brume en l’échancrant.

    Tableau de xxx.

  • Martin, maître-pécheur

    Martin, maître-pécheur

    En robe bleue un peu baroque, avec long bec et courte queue,
    L’oiseau Martin, maître-pécheur, niche autour des lacs des forêts.
    Sa plumage turquoise évoque, malgré son esprit belliqueux,
    Un lien d’exotisme accrocheur aux paradisiers décorés.

    Il apaiserait les tempêtes et porterait bonheur aux hommes
    Qui vivent en ces régions humides où brumes et brouillards s’égarent.
    Mais ne vous cassez pas la tête s’il semble absent en son royaume ;
    Par son naturel très timide, il échappe à tous vos regards.

    Photo de Luisa Azevedo.

  • Salade de fruits

    Tout ça, c’est bien fait pour ma pomme, on m’a trop pris pour une poire !
    J’ai travaillé pour des radis et j’ai turbiné pour des prunes.
    Tout était prévisible en somme entre espoirs et mes désespoirs ;
    Je ne crois plus au Paradis et me console avec ma brune.

    L’état distribue trop d’amendes et nous presse comme des citrons ;
    Il ne nous lâche pas la grappe à boire le calice jusqu’à la lie.
    Cependant quoiqu’on lui demande, qu’on soit ouvrier ou patron,
    On n’obtient que la force de frappe des flics qui sonnent l’hallali.

    Sommes-nous pris pour des poires ou de simples pions dans un jeu ?
    Selon les statistiques, nous sommes parfois pauvres, riches, vieux, jeunes. Selon les organismes, nous sommes des contribuables, des patients, des usagers. Selon les marchés, des actionnaires, des participants, des clients.
    Moi, j’ai trouvé le truc ; je ne suis ni grand ni petit, ni gros ni maigre, ni très jeune ni très vieux, ni beau ni laid… bref le parfait inconnu anonyme qui passe inaperçu. Seule ombre au tableau, du coup je deviens entièrement transparent au serveur lorsque je lui réclame l’addition.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Les jeux de la vie

    Tout ne serait que jeu de dupes et les cartes sont biseautées ;
    L’avenir qui nous est promis était déjà tout programmé.
    Tandis qu’on ne se préoccupe que de futiles nouveautés,
    Nos lendemains sont compromis par nos rois autoproclamés.

    L’argent ne fait pas le bonheur de ceux qui n’ont pas les moyens
    De recruter leurs lieutenants qui maîtrisent tous les enjeux.
    Et pour avoir l’insigne honneur d’être un auguste citoyen,
    Il faut connaître les tenants et les aboutissants du jeu.

    Suis-je un tirage au sort du jeu de la vie ?
    Même si j’étais le descendant d’Adam et Ève, je ne pense pas pour autant être juif car mes parents d’obédience catholique m’ont fait baptiser chrétien bien que ça m’ennuie un peu ; en effet, j’aime bien Jésus pour ses miracles – surtout celui du vin -, ses prophéties et ses paraboles mais j’ai du mal à croire qu’il soit « Dieu et fils de Dieu » … ou alors moi-aussi.
    Je ne pense pas être noble non plus ; en effet, je ne me souviens pas d’un ancêtre qui serait parti aux croisades et c’est bien dommage car je me serais appelé Raymond de Saint-Gilles, vu que je suis né dans ce trou perdu.
    Finalement, le plus terrible serait d’être né con sans le savoir… mais qui sait ?

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Les belles moustaches

    En ce temps-là, le poil aux pattes et les moustaches en guidon,
    Ils s’entassaient dans les tranchées pour sauver leur mère patrie.
    Ils ont tous finis psychopathes, gueules cassées à l’abandon
    Et handicapés retranchés au foyer ou en psychiatrie.

    Cent ans après, plus de moustaches ; les barbes les ont remplacées ;
    Autres poilus, autres obédiences ; mais où sont les héros d’antan ?
    Si nos souvenirs nous rattachent aux soldats dans leurs trous glacés,
    Accordons-leur un temps d’audience, nous, leurs descendants repentants.

    Oubliées ces belles moustaches qui apportait une touche coquine, une bouche amusante et piquante, presqu’un air intelligent. Aujourd’hui l’homme a repris du poil de la bête et arbore une barbe hirsute qui pourrait évoquer une lointaine époque révolue…
    Personnellement la moustache ne me va pas, tant pis ; la barbe non plus, tant mieux.
    J’aime bien les porteurs de moustaches car ils me rappellent mon père, Albert Einstein, Georges Brassens, Jean Ferrat, Louis Blériot, Salvador Dali, Sir Arthur Conan Doyle et même les Dupondt…

    Tableaux de Juliette Belmonte.

  • La voix de la mère

    Si j’entends la voix des sirènes, c’est que je suis né dans la mer,
    Dans le jeu de l’évolution des origines de la vie.
    Cette Terre incarne ma reine et tous ses océans, ma mère
    Avec ses eaux en dilution parmi mon cœur et ses envies.

    Et malheureusement en nombre tous ses enfants ont abusé
    De sa nourriture abondante et de son eau de vie sacrée.
    Tout disparaît dans la pénombre d’une pollution infusée
    Par une humanité perdante de l’avoir ainsi massacrée.

    Quand une mère s’éteint, son cordon ombilical nous relie toujours à notre humanité parente et défunte et je m’imagine l’arbre de vie avec toutes ses branches féminines butinées par les propres fruits de ses propres fleurs.
    J’avais peu de relations avec ma mère qui n’était pas très démonstrative car sa propre mère était décédée à sa naissance. Pourtant quelques jours avant sa mort, j’avais reconstruit des liens très forts comme si c’était en prévision de ma préparation à cette connexion éternelle.

    Photos de Christophe Renoux.

  • À cheval sur quels principes ?

    Être à cheval sur mes principes, tout ça, c’est bien beau mais lesquels ?
    Tout ce que je croyais acquis croule sans justificatif.
    L’absolutisme s’émancipe et je découvre les séquelles
    Des débordements prérequis par le pouvoir exécutif.

    J’ai beau me tenir à carreau et louvoyer entre les gênes,
    Trop de gens se laissent embarquer dans une indicible oppression.
    L’astrologie et les tarots me semblent bien plus homogènes
    Qu’une pandémie démarquée par des chiffres en rétrogression.

    Entre les guerres mondiales du vingtième siècle puis, les guerres économiques, les guerres saintes et aujourd’hui la guerre épidémiologique, pas besoin de longs discours pour s’apercevoir que les expériences et les bonnes résolutions n’ont pas servi à grand-chose et qu’il ne faut pas se voiler la face mais admettre que le monde entier joue à un Monopoly gigantesque où il ne restera qu’un seul vainqueur – si toutefois il en reste un.

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • La dérègle du jeu

    Les chemins de l’imaginaire libèrent des inhibitions
    Permettant de vaincre ses peurs et de chasser tous ses démons.
    Ce qui semble extraordinaire devient alors invitation
    À voyager à toute vapeur parmi les vallées et les monts.

    Quand le pion a suivi les règles et parvient à destination,
    Il est promu fier cavalier, évêque, tour ou même reine.
    Il s’envole alors comme l’aigle et parvient avec obstination
    Et l’aide de ses alliés à sortir le taureau de l’arène.

    Aujourd’hui, cela fait exactement onze ans que je suis tombé de quinze mètres dans les calanques à Marseille et que je suis entré dans un nouveau monde extraordinaire par la petite porte de la souffrance ; le prix du passage était cher à payer.
    Et me voici dans mon nouvel univers, nouveau pays, nouvelle langue – toujours pas maîtrisée -, nouvelle femme – toujours pas martyrisée- et nouveau destin. Comme quoi, les chemins imprévisibles de l’imaginaire font vraiment changer de dimension.

    Tableaux de Hanna Silivonchyk.

  • L’autre Patte-en-rond

    Or, Patte-en-rond avait un frère qui vivait dans l’autre maison
    Mais était resté timoré envers le peuple des rongeurs.
    Car si l’un et l’autre bâfrèrent les souriceaux en fumaison,
    Désormais l’autre l’a ignoré et en demeure tout songeur.

    Patte-en-velours, car c’est son nom, ne s’intéresse qu’aux fleurettes
    Dont il s’empiffre goulûment aussitôt qu’elles sont en bouquet.
    Nul besoin de fleurs de renom, il aime bien les pâquerettes
    Et toutes les plantes à tégument qui lui font les meilleurs banquets.

    Il laisse toujours la dernière, on ne sait pas, c’est un mystère.
    Peut-être pour se rappeler l’odeur de son dernier festin.
    Il attend, de cette manière, que les graines héréditaires
    Germent et viennent renouveler les fleurs pour un autre destin.

    Tableaux de Galina Y. Chuvilyaeva.

  • Les canards bleus, rouges et verts

    Prendre son bain est salutaire avec ses canards en plastique ;
    Pourtant les plaisirs solitaires ne semblent pas si romantiques !
    Elle s’est éprise d’un canard, bleu comme le bleu de ses yeux,
    Et depuis elle prend son panard et lui, cancane à qui mieux mieux.

    Après une année de bonheur, son canard bleu s’est fait la malle ;
    Elle a pris pour se consoler sa rougissante progéniture.
    Si ces canards lui font l’honneur d’une jouissance animale
    Ensemble ils iront convoler d’amours rubis et d’aventures.

    Elle en a vu des bleus, des rouges, et puis de toutes les couleurs ;
    Tout ce qui vit, tout ce qui bouge, tous palmipèdes de malheur.
    Le dernier en date, un colvert, lui a brisé son cœur ouvert
    Elle, d’un seul coup de revolver, a rompu et s’est mise au vert.

    Tableaux de Jahar Dasgupta.

  • Des livres et moi

    Quand j’entendis le mot « culture », il rimait avec « revolver »
    Tant la pensée individuelle faisait peur à nos dictateurs.
    Aujourd’hui la même dictature ferme à visage découvert
    La moisson intellectuelle des libraires et des éditeurs.

    Alors entrons en résistance par des librairies clandestines
    Et les rats de bibliothèque seront compagnons du devoir.
    Livrons en toutes circonstances ce levain qui nous prédestine
    À suivre de manière intrinsèque notre propre conception du pouvoir.

    Aujourd’hui on ferme les librairies classifiées « non indispensable » car la culture et l’information pendant le confinement sont nuisibles à la santé. Du coup, il reste Amazon et les sites de vente de livres sur internet qui peuvent vendre librement et sans payer le moindre impôt.
    Quant à moi, je suis passé au numérique depuis 10 ans – ce qui m’a permis de déménager quelques 30.000 livres et BDs plus facilement en Suisse – en plus de mes abonnements Applebooks, Kindle et Izneo… eh oui, j’ai trahi le livre-papier mais j’en conserve encore deux bibliothèques pleines.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • L’envol de la liberté

    Ma liberté s’est envolée ; on a volé ma liberté !
    J’avais tellement l’habitude de la savoir hors des limites
    Que j’ai le cœur bien désolé de voir mes espoirs déserter
    La fausse illusion de quiétude qui, aujourd’hui, n’est plus qu’un mythe.

    Désormais on place la guerre prioritaire sur l’amour ;
    Désormais on nous fait survivre à genoux plutôt que debout.
    Cette liberté qui naguère s’est édifiée au fil des jours
    N’est plus et ce qui va s’ensuivre ne me laisse aux lèvres que dégoût.

    La liberté, relative à l’esprit, est plus une sensation qu’une réalité puisqu’elle se heurte à beaucoup de frontières, politiques, sociales, religieuses et aujourd’hui thérapeutiques.
    La liberté physique est encore plus stricte ; un accident, une maladie ou une infirmité réduisent son espace, les améliorations sont rares et inversement proportionnelles au temps.
    La liberté financière permet d’aller aussi loin que ce qu’on a gagné durant toute une vie de labeur et les occasions d’en profiter réduites sauf exception.

    Tableaux de Jake Baddeley.

  • La Fée Florette – 2

    La Fée Florette - 2

    La Fée Florette, ainsi nommée pour le bouquet de ses cheveux,
    D’une fée-mère pour racine et le greffon d’un rameau lierre.
    Elle a bâti sa renommée en faisant tout ce qu’elle veut
    Tant la liberté la fascine d’une énergie particulière.

    Elle a vu des forêts alpines que sa vie était destinée
    À faire résonner les cœurs à l’accord de ses intentions
    Mêlées de roses et d’aubépines au parfum de méditerranée
    Qu’elle fixe aux accroche-cœurs de ses conquêtes sans prétention.

    Ne comptez pas l’observer nue quand elle court dans la forêt
    Ni entendre le son de sa voix quand elle se baigne dans l’étang.
    Seul un cœur pur, jeune, ingénu qui n’a pas été défloré
    Peut l’aborder à claire-voie sans anicroche, sans contretemps.

    Je l’ai croisée deux ou trois fois, amoureuse d’un feu follet
    Qui l’entraînait hors des frontières avec faste et ébourrifure.
    Puis, elle est revenue, ma foi, désenchantée et affolée
    Pour consacrer sa vie entière dorénavant à la coiffure.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Les fruits de ma licorne

    Dans ma licorne, tout est bon pour la nourriture de l’âme ;
    Les fruits de l’imagination produisent un vin millésimé.
    Mais il faut l’esprit vagabond, le cœur ouvert comme une femme
    Et le corps de résignation d’un homme neuf et sublimé.

    Or, l’habit ne fait pas le moine ; la corne n’est pas suffisante
    Pour pénétrer dans les mystères par une approche marginale.
    Qu’il est précieux, le patrimoine à l’hérédité divinisante
    Qui forme un cœur dépositaire des quatre vertus cardinales !

    Difficile de faire des choix dans le monde d’aujourd’hui. La pandémie du coronavirus, info ou intox ? L’ordre nouveau, complot ou simple peur du loup ? Et le trou d’ozone, a-t-il vraiment disparu ? Et les chemtrails qui répandent des microparticules dans l’atmosphère ?
    Quelle que soit sa décision, faut-il s’y accrocher ou écouter l’antithèse et s’y laisser séduire ? Peut-être la réponse réside-t-elle dans la capacité à se poser des questions continuellement ?

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Les trésors de ma licorne

    Par le secret de la licorne et de la grande pyramide,
    Tout ce qui paraît chimérique ouvre une porte sur l’autre monde.
    Le monde austère des capricornes et du cancer, ce grand timide,
    Avec les lions d’Amérique et de la vierge vagabonde.

    Mais la licorne est télépathe, elle perçoit tout comme un devin,
    Comme un scorpion muni d’antennes qui fait des rappels de piqûre.
    Les pieds sur Terre à quatre pattes, elle coule d’un ruisseau divin
    Qui alimente ma fontaine d’une eau aux reflets d’Épicure.

    Pourquoi ce besoin de recourir à la magie ? Les chrétiens ont besoin de se raccrocher aux miracles, à la résurrection et au paradis ; les scientifiques ne jurent que par le monde merveilleux de la physique quantique ; d’autres ne rêvent que d’elfes, de fées et de sorcières et même le monde capitaliste croit à la magie de l’argent avec les millions du lotos, les palaces et le grand pouvoir de la jet-set. Moi, j’aime bien rêver à ma licorne.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Les trésors de mon hibou

    Toutes les histoires à tiroirs renferment de précieux trésors
    Que je savoure car mon cœur carbure à l’imagination
    Qui lui renvoie comme un miroir ses émotions qui le dévorent
    Mais lui distillent la liqueur qui l’ouvre à la divination.

    Là, j’ai le tiroir aux légendes ; ici, le tiroir aux bonheurs ;
    Plus haut, le tiroir aux projets bâclés ; plus bas, le tiroir aux fantasmes.
    Avec un bouquet de lavandes, j’entretiens le tiroir du cœur
    Et dans celui qui ferme à clef, j’y enferme tous mes sarcasmes.

    En ces périodes de confinement, place à la seule richesse intérieure.
    Avant tout, pour le plaisir des yeux, des oreilles, de la bouche et du cœur, il faut une bonne histoire ; un bon texte pour une bonne chanson, un bon scénario pour un bon film, un bon tableau pour un joli poème. Donc beaucoup d’imagination et beaucoup de sources d’inspiration sinon ça devient une bouillie répétitive et stéréotypée. Cela étant, le talent revient à organiser et orchestrer les tiroirs de sa mémoire.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • Mes boîtes à hiboux

    Au jour des morts, revient le chouette souvenir des chers disparus
    Dans les tiroirs de ma mémoire des moments de fraternité.
    Certains ne sont que silhouettes au bout du chemin parcouru
    Et d’autres ont signé le grimoire, mon livre d’or d’éternité.

    Des grandes boîtes en bois chêne aux petites boîtes racornies,
    J’ai conservé les bons moments et donné la clef au hibou
    Car cet oiseau nocturne enchaîne au fil de mes nuits d’insomnies
    Le film tiré des romans de leurs vies mises bout à bout.

    Foin des Halloweens américains, nous avons-nous aussi notre jour des morts, le 2 novembre où nous allumons une bougie en ouvrant le livre aux souvenirs qui nous relie à ceux qui sont partis. Nous y mêlons nos propres histoires afin que nos descendants continuent de perpétrer ces souvenirs comme un fil de laine filé à chaque tour du rouet de la vie.

    Tableaux d’Agnès Boulloche.

  • La pirolle

    Au printemps, la pie est frivole, elle a bu plus que de raison
    Avec les beaux paradisiers qui se sont partagés sa chambre.
    À l’automne naquit la pirolle avec ses couleurs hors-saison
    Afin que vous organisiez la fête du mois de novembre.

    Or, la pirolle n’est pas pie, du moins sa lointaine cousine
    Émigrée vers l’Himalaya et même plus loin jusqu’en Chine.
    Douée de chromothérapie, elle fait la une des magazines ;
    Il paraît qu’elle se déploya au Vietnam, ancienne Indochine.

    Photo d’une Pirolle à bec rouge et dessin de Karen Lee.

  • À la fortune du pot

    Plutôt que fêter tous les saints et Halloweens américains,
    J’ai fait la grasse matinée puisque, après tout, c’est dimanche !
    Puisque ce jour de la Toussaint coïncide au jour dominicain,
    Je m’en vais me procrastiner sans même retrousser mes manches.

    De peur que je prenne racine et devienne plante d’appartement,
    Demain je quitterai mon pot mais en forme d’échappement.
    Après-demain je me vaccine des folies du gouvernement
    En ne payant plus mes impôts tant que dure le confinement.

    Octobre avait démarré sous le signe du confinement chez nos amis canadiens, il était juste que les français y consacrent leur mois de novembre. Enfin quand je dis « juste », c’est façon de parler. Chez nous en Suisse, le gouvernement fédéral pense que les citoyens responsables sauront prendre les bonnes décisions par eux-mêmes. Mais, ne voulant prendre aucun risque, il commence à prévoir l’annulation de Noël. Si ça se trouve, il nous annulera aussi la nouvelle année pour prolonger 2020, l’année zinzin.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Les souvenirs du scorpion

    Il pardonne mais il n’oublie pas ; tout, à jamais, reste gravé.
    Les souvenirs sont douloureux quand la mémoire est affectée.
    Sauf passer de vie à trépas, rien ne pourrait plus s’aggraver
    Qu’un rappel d’un vieil amoureux qu’il n’aurait jamais accepté.

    Tout est prétexte pour creuser profondément ses souvenirs.
    La moindre image, la moindre odeur et tout remonte à la surface.
    Tout est pesé et repesé, mieux vaut guérir que prévenir
    Car il possède un décodeur aux perpétuelles interfaces.

    Son réseau varie tout le temps, ses neurones se renouvellent,
    Ce qui paraissait impossible est naturellement résolu.
    On le croit mort mais entretemps, par un retour de manivelle,
    Le revoici, fort, impassible en quête d’un nouvel absolu.

    Tableaux de François Fressinier.

  • Triché !

    La coupe était empoisonnée, la reine de pique a triché !
    D’ailleurs elle s’est octroyée de droit de jouer avec le Roi.
    La perfidie a foisonné depuis longtemps dans le duché
    Depuis que l’évêque s’est noyé dans du vin de messe, à ce que l’on croit.

    On a retrouvé l’intrigante qui avait falsifié les cartes ;
    Elle avait noyé le poisson en rendant l’évêque foldingue.
    Cette démarche inélégante, la reine souhaite qu’on en départe ;
    Elle prendra la même boisson et on verra si elle valdingue.

    La reine épique est innocente et le venin venait d’ailleurs.
    L’évêque possédait la marotte de lorgner Neptune et Galatée.
    Du bout de sa lunette géante, comme d’un foudre ravitailleur,
    L’aurait servi à la poivrote un vin de messe frelaté.

    Tableaux de Daniel C. Chiriac.

  • Drôle de cirque

    Drôle de cirque en ce moment dans le spectacle permanent
    Qui se déroule au jour le jour d’un mauvais goût bien raffiné.
    On vit on ne sait plus comment sous le joug du gouvernement
    Qui propose encore un séjour entre quatre murs confinés.

    La nuit, j’entends les cavaliers qui galopent dans mes osselets
    Et poussent des cris de cigales qui troublent ma muse écrivaine.
    Tous ces échos festivaliers frappent mes rimes bosselées
    Qui me composent un madrigal au rythme de mes acouphènes.

    Dernier jour du mois avec des fins de confinement pour les uns et des débuts de confinement pour les autres mais rien en Suisse pour le moment.
    Drôle de cirque que ce ballet de restrictions, obligations et préventions et avec le port du masque, c’est Carnaval et Halloween toute l’année.

    Tableaux de Vito Campanella.

  • Halloween Sha là la

    Dans les nuits bleutées de l’orient, j’entends sourdre à travers les murs
    Les échos des tapis volants qui me racontent leurs histoires.
    Dans ces coloris luxuriants se mêlent éclats et murmures
    Des djinns courtois ou insolents avec défaites et victoires.

    Les mille-et-une nuits d’orient racontées par Shéhérazade, bien que marginales dans la littérature arabe, s’apparentent à nos contes de fées, de princesses, de dragons et de sorcières. Dieu sait combien de sorcières ont été poursuivies, torturées et brûlées par les chrétiens fanatiques des siècles précédents. À chaque religion, sa chasse aux sorcières. Défendre les sorcières, c’est prendre le risque d’être brûlé à son tour ; mais ne rien faire ne revient-il pas à prendre le même risque ?

    Tableaux de Layla Nowras.

  • Rendez-vous à Marseille

    Rendez-vous à Marseille

    Si tu veux t’envoyer en l’air avec compagnons et compagnes,
    Viens donc chanter La Marseillaise sous le grand miroir du vieux port.
    Tu décoinceras tes maxillaires qu’on entendra jusqu’à Aubagne
    Et feras trembler, mal à l’aise, la Bonne-Mère sur son support.

    À Marseille au Vieux-Port sous le grand miroir.

  • Chienpossible

    À chienpossible nul n’est tenu s’il demeure irréalisable
    De mener à bien les miracles en dépit de ce qu’on a appris.
    Or, celui qui s’est abstenu de faire des lois égalisables
    Nous promet, à force d’oracles, l’opération du Saint-Esprit.

    Illustration de Shigeo Fukuda.

  • Mais où est Vincent ?

    Mais où est Vincent ?

    Plus on nous parle de Vincent et moins on n’en voit la couleur ;
    On n’ose plus sortir le nez sans conseil des pharmacologues.
    On nous cantonne, nous évinçant de nos proches dans la douleur
    Et nous retrouvons confinés sans plus de papier dans les gogues.

    Tableau d’Oleg Shuplyak.

  • Madame et sa chatte

    Madame et sa chatte

    Madame est exhibitionniste et montre fièrement son minou
    Quand elle fume après l’amour tout en se caressant la chatte.
    Monsieur, plutôt opportuniste, chat-fourré mais chaud lapinou,
    Lui avait dit non sans humour : « Que toutes les deux m’approchâtes ! »

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.