Blog

  • Sur la constellation du taureau

    Pour approcher la belle Europe, Zeus choisit la métamorphose
    En magnifique taureau blanc pour l’aimer à rebrousse-poil.
    Aussitôt leurs amours galopent, ils s’apprivoisent, ils font la chose
    Et donneront, détail troublant, la vie à plein d’enfants d’étoiles.

    Ceux-ci reviendront chaque nuit pour former la constellation
    Fidèle à l’image du père dont la laitance perce l’espace.
    Ils scintillent autour de minuit pour bénir les fécondations
    Des jeunes filles qui espèrent que, dans leurs ventres, un ange passe.

    Tableau de Vladimir Karnachev sur http://peupledepapier.blogspot.com/2012/07/vladimir-karnachev.html

  • Vent de couleurs

    J’ai besoin d’un vent de couleurs, agent d’une hygiène fantasque,
    Pour nettoyer tous les étages de ma résidence intérieure.
    Et la poussière des douleurs est emportée dans la bourrasque
    Qui laisse, après le toilettage, accès aux terrasses supérieures.

    Le temps est un mal nécessaire pour souffler l’accumulation
    Des contrariétés qui encombrent tout l’espace de ma maison.
    Le blues n’est plus un adversaire lorsqu’il permet la mutation
    Des bouleversements en nombre vers un esprit en floraison.



    Autant en emporte le vent comme le film de la vie qui emporte les civilisations dans une tempête de crises, de ruines et d’effondrements.
    Dire que c’est un mal nécessaire paraît cruel, sans cœur et impitoyable comme un Dieu incompris qui jouerait avec les hommes mais que dire d’autre ?
    Force est de constater que les civilisations évoluent à travers les cataclysmes qu’elles subissent ; c’est sans pitié, sans rappel, c’est l’évolution.
    Alors confiance et ténacité et laissons autant le vent emporter toutes nos vanités et restons accrochés à l’essentiel qui s’en dégage… oui mais… lequel ?

    Tableaux d’Anna Ewa Miarczynska

  • La censure

    La censure

    La liberté vit enfermée dans le cadre de la censure
    Comme une muraille invisible qui protège l’intimité.
    Réduite au jardin qui voit germer ses fleurs délicates en boutures
    Qu’une morale juge nuisibles, frappées d’illégitimité.

    Ainsi nous ne communiquons que par cette fenêtre étroite
    Qui n’oriente la lumière que vers une partie publique.
    Si jamais nous y appliquons une ouverture maladroite
    Sur l’intérieur de la chaumière, elle sera traitée d’impudique.

    Tableau d’Anna Ewa Miarczynska.

  • Hors saison

    Hors saison

    Les pieds ancrés dans les saisons mais pourtant la tête hors du temps
    Comme une peur de se noyer dans la fuite éperdue du temps.
    Ainsi le corps dans la maison accuse la course du temps
    Tandis que s’éloigne du foyer un esprit nu d’un autre temps.

    Ainsi le rythme impitoyable qu’impose un temps autoritaire
    Courbe le corps, flétrit les chairs comme un vêtement de saison
    Dont les modes inexorables qui soumettent les caractères
    Plient les souvenirs les plus chers dans les coins obscurs des maisons.

    Tableau d’Anna Ewa Miarczynska.

  • À la tempérance de mon égérie

    Mon égérie chauffe mon âme lorsque mon cœur est en hiver
    Dans un froid de morosité qui gèle sa veine poétique.
    Alors elle me transmet sa flamme, elle enhardit mon univers
    Dans la chaude luminosité d’inspiration poïétique.

    Mon égérie a le sang froid et sait résister aux violences
    Qui agitent la Terre entière dans un abîme de pessimisme
    Mais reste hermétique à l’effroi et garde une humeur d’indolence
    En établissant des frontières pour préserver mon optimisme.



    La poïétique est l’étude des processus de création que se doit de maîtriser toute égérie digne de ce nom.

    Tableaux de Annie Hamman

  • Aux couleurs de mon égérie

    Mon égérie caméléonne aux couleurs de l’inspiration
    Selon si son cœur bat d’amour de sa bouche aux rouges baisers.
    Elle ressemble à Perséphone dont la douce respiration
    Vous souffle sa passion à rebours juste parce que vous lui plaisez.

    Mon égérie métamorphose quand je me mets à lui écrire
    Tout ce qu’elle m’a insufflé au cours de mes rêves et mes songes.
    Alors elle devient toute chose, ses yeux se teintent de sourires
    Mais ils se mettent à persifler si je lui raconte un mensonge.

    Tableaux de Annie Hamman

  • Histoires de fric

    Personne ne paie pour être aimé parce que l’amour n’a pas de prix ;
    L’homme court de plus en plus vite parce que le temps, c’est de l’argent ;
    Le peuple gronde mais il a tort parce que le grand silence est d’or ;
    Et moi, je vis tout simplement parce que ça vaut tout l’or du monde.

    Tableaux « Ange de l’abondance » et « Vanilla cafe » de Anna Ewa Miarczynska

  • Des espoirs de janvier

    L’espoir n’est plus qu’un lumignon que je brandis sur mon chemin
    Pour percer la brume d’opprobre qui s’abat tout autour de moi.
    J’en appelle à mes compagnons qui lutteront après-demain :
    Tenez jusqu’à la fin octobre, croisez les doigts pendant neuf mois.

    La météo nous ensorcelle par ses nuages de virus
    Dont les cycles de mutation font les tempêtes violentées.
    Les gouvernements nous harcèlent, les vaccinations font chorus
    Et toute cette agitation retourne notre volonté.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Winterthur

    Mes souvenirs de Winterthur reflètent ses belles façades
    Que les vitrines tour à tour invitaient à une embrassade.
    Là, se dissolvaient dans les rues des maisons aux mille couleurs
    Qui offraient aux passants férus l’envie d’oublier leurs douleurs.

    Si tu passes un jour par le nord en venant du lac de Constance,
    Viens à la ville qui t’honore par ses marchés de circonstance.
    La douceur d’un cappuccino sur les terrasses dispersées
    Parmi les marchés matinaux offre une invite à converser.

    Photo de couverture de « Das passiert in Winterthur »

  • Corps à cœur

    À cœur et à cri, je m’exprime et je revendique mon corps
    Afin de pouvoir en montrer le fruit de l’humanité.
    L’âme sur l’esprit y imprime les accords et les désaccords
    Selon ce que j’ai rencontré qui empreint mon intimité.

    Est-ce que mon temple m’appartient ou m’est-il prêté à crédit
    Au débit de mon existence par une entité supérieure ?
    C’est mon devoir, je l’entretiens en évitant le discrédit
    Des vaniteuses inconsistances qui troublent mon for intérieur.

    Tableaux de Dimitra Papadimitriou.

  • La Corne d’Or

    Voilà, ce soir je rêverai au départ de la Corne d’Or
    Sortant du port de Concarneau, de La Rochelle ou Saint-Malo.
    Et, à son bord, je voguerai en compagnie d’un commodore,
    Vieux loup de mer du Landerneau, et ses plus vaillants matelots.

    À Marseille, nous jetterons l’ancre si nous avons le privilège
    Que Notre-Dame-de-la-Garde bénisse notre entrée au port ;
    La Bonne-Mère se fait un sang d’encre si je commets le sacrilège
    D’oublier d’écrire par mégarde notre rendez-vous au rapport.

    Puis, à la dernière marée, enfin, nous appareillerons
    Avant que l’aube nous réveille et fasse son apparition.
    Les souvenirs bien amarrés, nos femmes nous accueilleront
    Avec les fruits et les merveilles de la pêche à l’inspiration.

    Tableau de Paul Signac

  • Les chapeautées

    Plus de jeunes filles à chapeau qui coiffent Sainte-Catherine ;
    Les couvre-chefs sont démodés, tant pis pour les jolies coiffures.
    Plus de bibis tel un appeau qui charme la gent masculine ;
    La mode s’est incommodée de ces rétrogrades galures.

    Les belles dames du temps jadis pourraient tout autant se moquer
    Des corps cachés sous les burqas, enfouis de la tête au pied.
    Mais je crains que ne s’affadisse celles qui s’en vont soliloquer
    Au téléphone et en parkas pour s’isoler comme il leur sied.

    Il reste les photographies, les bons vieux films de Pagnol
    Qui évoquent ces belles élégantes chapeautées de coiffes luxuriantes.
    Tant pis si ma chronographie date du temps des carmagnoles
    Mais cette mode extravagante, d’aller nu-tête, me désoriente.

    Tableau de Kees Van Dongen sur http://pasperdus.canalblog.com/archives/2007/10/21/6561016.html

  • Le village des petits bonheurs

    Mon petit village s’enferme hors du temps et des inquiétudes
    Aussi bien en début d’année qu’au fil des mois jusqu’en décembre.
    J’en ai pris plusieurs années ferme pour consommation de quiétude
    Dont l’addiction m’a condamné à y passer ma vie à l’ombre.

    Je suis cerné par des forêts et des collines vallonnées
    Et n’ai que le droit d’exister dans l’éternelle bonne humeur.
    L’aurore à peine dévorée, toutes mes heures sont jalonnées
    D’une direction assistée vers tout plein de petits bonheurs.

    Tableau de Hanna Silivonchyk

  • Le village des complotistes

    Mon petit village s’enferme hors du temps et des conventions
    Dès que les matines ont sonné jusqu’aux heures du crépuscule.
    Entre les maisons et les fermes, les animaux font sécession ;
    Les chiens sont même soupçonnés de comploter en groupuscules.

    Les toutous s’envoient des messages encodés dans leurs aboiements ;
    Ils communiquent avec force en déposant fientes et fèces.
    Et je détecte à leurs passages sur la neige fraîche, un chatoiement
    De petites taches jaunes en morse narrant leurs histoires de fesses.

    Tableau de Hanna Silivonchyk

  • L’amour prison

    Quand, sans peur et sans renâcler, un pauvre lapin sans papier
    Se fit faire un double des clefs de toutes les serrures du clapier,
    Une fois qu’il eut anticipé une libération sans trêve,
    Il sortit pour s’émanciper et réaliser tous ses rêves.

    Quand il rencontra sa maîtresse, une princesse dont la marotte
    Était de se natter des tresses en forme et couleur de carottes,
    Alors le lapin s’enferma entre les bras de sa gardienne
    Dont l’amour dans son cœur germa pour un chaud lapin de garenne.

    Tableaux de Hanna Silivonchyk

  • Le prince charmant apanagé

    Mais que fait le prince charmant à tant faire attendre sa princesse ?
    Prétendrait-il comme le lièvre qu’il est en droit de partir tard ?
    Quel comportement désarmant ! Mais quelle marque de bassesse !
    Qu’attend-il pour avoir la fièvre du départ, ce fils de bâtard ?

    C’est sa monture, tout s’explique, qui marche au pas de l’escargot !
    Qui dort, qui broute et se repose pareil à l’animal léger.
    Que voulez-vous ? Tout se complique dès qu’on doit mettre l’embargo
    Pour pratiquer comme s’impose un sauvetage apanagé.

    Tableaux de Hanna Silivonchyk

  • Happy funny : Trois petits mages

    D’abord Balthazar n’a rien vu ensuite, Melchior n’a rien dit
    Et Gaspard n’a rien entendu ; comme trois petits singes sages,
    Ces coquins se seraient pourvus de trois habits de comédie
    Et l’histoire aurait prétendu qu’ils auraient joué aux rois mages.

    Tableau de Yolie Güisao Sénquiz

  • Happy funny : Noël en janvier

    Melchior, Gaspard et compagnie mirent adroitement le grappin
    Sur Balthazar à Babylone dans son jardin de conifères.
    Voilà pourquoi l’épiphanie permet de garder son sapin
    Pendant l’an neuf qui s’échelonne et tous les jours qui prolifèrent.

    Illustration de Pascal Campion

  • Trois grâces

    Trois grâces

    Hélas, la danse de Matisse est censurée sur la planète ;
    Même avec les sexes cachés, les seins sont frappés d’interdit.
    Que la liberté en pâtisse avec ces règles malhonnêtes,
    Révèle une époque entachée d’une société abâtardie.

    Si cet organe d’allaitement mérite quelques concessions,
    Lorsqu’il est organe des sens, la censure crache son venin.
    Pourtant je tiens parfaitement à contredire cette obsession
    Qui qualifierait d’indécence la beauté du corps féminin.

    Tableau de Cesar Santos.

  • Reine sereine, roi plein d’effroi

    Le jour où les enfants sont rois n’arrive qu’une fois par an
    Mais, après tout quelle importance puisqu’ils sont choyés tout le temps !
    Reine sereine, roi plein d’effroi trouvent grâce auprès de leurs parents
    Au vu qu’en toutes circonstances, qu’y a-t-il de plus important ?

    Mon roi arriva le premier et attendit deux ans sa reine ;
    Un peu jaloux à sa naissance tellement elle était jolie.
    Dans leur royaume coutumier, ils vécurent une vie sereine
    Et puis, après l’adolescence, réalisèrent mille folies.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • En suivant l’étoile

    Roi, astronome et capricorne, pionnier qui découvrit l’étoile ;
    Roi, magnanime et sagittaire, qui poursuivit son rayon d’or ;
    Tous deux, chevauchant leurs licornes, navigant en bateaux à voiles,
    Rencontrèrent un roi solitaire, aventurier, conquistador.

    Ils réunirent leurs richesses, de l’or, de l’encens, de la myrrhe
    Et revêtirent leurs parures afin d’exprimer leurs hommages
    À l’enfant empreint de sagesse, l’enfant que ses parents admirent,
    Jusqu’à ce qu’enfin apparurent solennellement les rois mages.

    Tableaux de Jan Pashley

  • La danseuse au dandelion

    La ballerine commençait à peine quelques entrechats,
    Quand quelques plumes s’envolèrent de son tutu en dandelion.
    Et plus sa taille balançait, plus son habit se détacha
    Jusqu’à ce que dégringolèrent les jupons et le cotillon.

    Ce petit incident technique fut habilement compensé
    Par la ballerine exaltée qui continua le strip-tease.
    Entièrement nue et volcanique, son style fut récompensé
    Autant qu’elle sût exploiter le contrechamp de sa sottise.



    Je ne me le dirai jamais suffisamment ; j’apprends davantage de mes erreurs que de mes succès (ce doit être la raison pour laquelle j’en commets autant !).
    Alors pourquoi ne pas anticiper ?
    Mes erreurs ne seraient alors plus une faute mais une faille, une rupture entre ce que je désire et ce que j’obtiens.
    Un peu comme l’image que je me fais du monde extérieur projetée dans mon petit univers intérieur qui, justement, n’est qu’une image et donc qui n’est qu’une illusion.
    La véritable erreur, c’est de prendre cette illusion pour la réalité.

    Photos de Rob Howarth et Johan Swanepoel

  • La pincette à courir

    Te souviens-tu quand nous partions de bon matin faire la course
    Contre la montre, contre la vie, à contrecœur, à contresens ?
    Te souviens-tu quand nous sortions sous la Petite et la Grande Ourse
    Qui observaient sur le parvis notre éternelle effervescence ?

    Aujourd’hui, je compte le temps, je pèse présent et passé
    Pour comparer les regrets lourds qui montent au cours de mes nuits blanches.
    Je ne suis plus représentant de ceux qui veulent se dépasser
    Mais je ne suis plus si balourd à courir avant l’avalanche.



    Je me souviens du temps où je courrais toute la journée à la recherche des secondes perdues que j’aurais pu ressemer pour demain.
    Je maudissais ces jours fériés, ces jours de neige, ces jours bloqués où ma folle course se retrouvait bloquée dans une impatience insoutenable.
    Aujourd’hui pensionnaire préretraité, confiné dans une vie entre parenthèses où je me sens comme inutile, je revois toutes ces courses qui m’ont marqué au point de remonter insidieusement à la surface de mes nuits blanches.
    Et je fais la comparaison entre temps perdu et temps restant, entre temps gaspillé et temps retrouvé, entre l’illusion de changer mes décisions passées pour de meilleurs choix qui ne changeront sans doute rien.

    Tableaux de Hanna Silivonchyk

  • Ciels et terres, mers et vents

    Ciels et terres, mers et vents

    J’ai compté cinquante-deux vagues venues s’échouer au rivage
    Qui m’ont raconté les mémoires des sirènes et de leurs amours.
    Amours qui partaient en zigzag, en queue de poisson selon l’âge
    Des marins pris dans l’écumoire du temps qui écume les jours.

    Cinquante-deux soleils couchants qui s’engloutissent à l’horizon
    Et jettent un dernier rayon vert que les nuages absorberont.
    Ciels colorés effarouchants qui annoncent la guérison
    D’instants fragiles comme du verre qui se reconsolideront.

    Cinquante-deux vents alizées qui soufflent et effacent les traces
    Que la vie marque sur le sable de son écriture éphémère.
    Brises ou tempêtes localisées mais qui ont agité les barques
    Chargées d’espoirs indispensables aux consolations douces-amères.

    Cinquante-deux blocs de rochers, galets polis et coquillages,
    Témoins muets de l’érosion qui creuse la Terre et l’écorne.
    Ces petits morceaux accrochés comme souvenirs de voyage
    Déclenchent souvent l’éclosion d’une pensée du capricorne.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Avant que les pensées fleurissent

    Au moment de passer l’hiver les muses entrent en hibernation
    Attendant en hypothermie le prochain retour du printemps.
    Tous les potins, les faits divers deviennent sources d’inspiration
    Car nos égéries endormies ne peuvent inspirer à plein temps.

    Quand vient le temps du renouveau, les muses renaissent en pensées
    Qui s’épanouissent en boutons, en fleurs et fruits de la passion.
    Elle, pour me remettre à niveau, quand tout son art est dépensé,
    Ma muse compte les moutons et se plonge en hibernation.

    Tableaux de Alina Fontains

  • Histoires de pommes

    Sur les chromosomes des filles, il existerait un gène d’Ève
    Dominant ou bien récessif mais qui se veut acoquinant.
    Leurs petits bassins qui vacillent et leurs tétons qui se soulèvent
    Obéissent, d’un geste excessif, à cet aspect prédominant.

    Si les seins ressemblent à des pommes, les mamelons aux pédoncules,
    C’est qu’ainsi s’exprime ce gène lorsqu’il est transmis à nos dames.
    Et lorsqu’il est transmis à l’homme, il n’y a là rien de ridicule
    Car son caractère androgène développe une pomme d’Adam.

    Voilà pour ma question loufoque, une réponse pas moins foldingue
    Sur le rapport entre les pommes et les jolies rotondités.
    Une explication équivoque issue d’un cerveau ribouldingue
    Dont les divagations, en somme, sont en pleine fécondité.

    Tableaux de Daron Mouradian

  • Prude gitane

    Furtivement à la fenêtre ou par la porte entrebâillée,
    Apparaissait une jeune fille pointant le nez à sa roulotte.
    Sa robe, il faut le reconnaître, et ses jupons embroussaillés
    Lui arrivaient à la cheville pour cacher froufrous et culottes.

    Elle vendait des colifichets quand elle était adolescente,
    Parfois sur les quais de la Seine, parfois sur les Champs-Élysées.
    Le soir venu, sans aguicher, gardant sa pudeur innocente
    Elle dormait au bois de Vincennes chez des nonnes fidélisées.

    Elle fréquentait parfois les hommes mais juste pour faire bonne chère
    Car elle refusait de coucher même au prix de quelques billets.
    Mais un jour grâce aux chromosomes d’un gars venu du Loire-et-Cher,
    Elle consentit, effarouchée, à se laisser déshabiller.

    Tableaux de Kees Van Dongen sur http://pasperdus.canalblog.com/archives/2007/10/21/6561016.html

  • Soigne le serpent, il te mordra quand même

    Dès qu’il faut sauver la planète et qu’il faut me jeter à l’eau,
    Je n’ai pas peur de me mouiller pour soutenir mon président.
    Or, une fois qu’il est aux manettes, je vois cet enfant de salaud
    Me forcer à m’agenouiller et me traiter de dissident.

    Mais si je laisse se noyer le président et ses ministres,
    J’accepte qu’une dictature remplace la démocratie.
    Après, il risque de m’envoyer pour payer les frais du sinistre
    L’impôt, la taxe et la facture du joug de sa suprématie.

    « Max l’explorateur » par Guy Bara

  • Dites-le avec des fleurs

    Pour manifester ma rancœur envers l’état totalitaire
    Qui parle la langue de bois et me traite comme du bétail,
    J’ose le langage des fleurs pour affronter les militaires
    Afin que s’exprime la voix d’un opprimé dans la piétaille.

    Une couronne mortuaire avec mes regrets éternels
    Pour enterrer ma liberté que je présumais immortelle.
    Je poserai sur son sanctuaire quelques œillets sempiternels
    Pour mes espoirs déconcertés par les magouilles et les cartels.

    « Max l’explorateur » par Guy Bara

  • Bonne année mais l’an qu’au lit – 2

    À dans un an, nos retrouvailles après une année confinée ;
    Par une mutation complète nous serons mithridatisés.
    Et nous vivrons, vaille que vaille, une humanité raffinée
    Dans une vie bien plus simplette, complètement robotisée.

    Tableau de Hanna Silivonchyk

  • Bonne année mais l’an qu’au lit – 1

    Année dernière, presque entière, tu nous as confinés au lit
    Pour nous occuper à survivre sous de nouvelles pandémies.
    Aujourd’hui, tu peux être fière car nous avons tous pris le pli
    Et sommes condamnés à vivre une année en hypothermie.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Second bilan

    Je reviens sur l’année zinzin, a posteriori alarmante
    Et ses remèdes administrés de façon assez équivoque.
    On se méfie de son voisin par des techniques infamantes
    De délateurs en sinistrés, comme on fit dans une autre époque.

    Bientôt pour pouvoir voyager il faudra montrer patte blanche,
    Avoir un passeport qui confirme un corps saturé de vaccins.
    Les labos vont esclavager le monde sous une avalanche
    De mutations qui nous affirment que les traitements sont succincts.

    Tableaux de Jamel Akib.

  • Premier bilan

    L’année zinzin me paraissait, a priori, communicante
    Elle le fut par un virus de manière grandiloquente.
    Tous les chinois sont harassés, européens, américains,
    Enfin unis avec les russes, les iraniens, les africains.

    S’harmoniser, communiquer, partager les informations
    Sont devenus la plus profonde caution pour les générations.
    Tous les humains ont paniqué d’ouvrir la boite de Pandore
    On s’aperçoit que notre monde était notre poule aux œufs d’or.

    Tableaux de Jamel Akib.

  • Attentes urbaines

    Pourquoi toujours chercher ailleurs quand l’amour est entre les murs ?
    Pourquoi chercher la solitude quand on est si bien entouré ?
    Mais aujourd’hui, on est railleur et on se plaint dans un murmure
    De vivre dans l’incertitude d’une sécurité ajourée.

    Le confinement un remède ? Serait-il pire que le mal ?
    Il ressemble à une prison où l’on nous traite comme des veaux.
    Après le temps d’un intermède, est-ce que tout redeviendra normal ?
    Ou verrons-nous à l’horizon se lever un ordre nouveau ?

    Illustrations de Pascal Campion.

  • La solution

    J’ai résolu tous mes problèmes en m’arrêtant de calculer
    Au fil des jours et des journées comme un esclave formaté.
    J’ai solutionné mes dilemmes en m’arrêtant de fabuler
    De l’importance des tournées et des horaires acclimatés.

    J’ai donc arrêté de mentir, j’ai donc arrêté de courir,
    Arrêté de porter un masque, cessé de me voiler la face.
    Et mon cœur de se repentir a sitôt cessé de mourir
    Et toutes mes couleurs fantasques sont remontées à la surface.

    Illustrations de W. Scott Forbes.

  • Solitudes urbaines – 2

    Sur mon nid d’aigle citadin, au-dessus des toits des maisons,
    Je parle le soir aux étoiles selon les dernières rumeurs.
    À l’heure du chat baladin qui trottine en toutes saisons
    À la recherche d’un bon poêle contre caresses et bonne humeur.

    Juste au-dessus des magasins qui s’endorment à la fermeture,
    Je discute avec les oiseaux sur les platanes de la ville.
    À l’heure des chats des voisins dont les dernières mésaventures
    Sont racontées par le réseau des créatures volatiles.

    Illustrations de Pascal Campion.

  • Les combinaisons

    Les combinaisons de la vie pourraient sembler aléatoires
    Mais obéissent en secret aux lois des probabilités.
    L’amour qui flatte et qui ravit les cœurs au cours de notre histoire
    Mélange souhaits et regrets selon leurs compatibilités.

    Toutes formes d’éducation aboutissent à un formatage ;
    Nos enfants essuient les déboires de nos propres déconvenues.
    À force de manipulations, la vie se trouve en ballotage
    Sans aucune autre échappatoire qu’un futur déjà convenu.

    Tableaux de Wagnogueira.

  • Solitudes urbaines – 1

    Chacun observe son petit monde de la hauteur de son balcon
    Et chacun sait juger immonde les gens qui passent pour des cons.
    Tout en haut de ma tour d’ivoire, mon calme est tarabiscoté
    Par les voisins et leurs histoires en bas, en haut et à côté.

    La communication à outrance a fini par nous isoler
    Et l’on habite des résidences où plus personne ne se connaît.
    J’ai même subi des remontrances de la part du voisin d’en haut
    Dont le chien à outrecuidance s’égosille toute la journée.

    Illustrations de Pascal Campion.

  • Échec aux dames

    Les reines du dimanche matin prennent soin de leur échiquier
    Car elles profitent du sommeil des rois sortis le samedi.
    Elles s’habillent de satin et récupèrent leurs chéquiers
    Pour aller briller au soleil sans conteste et sans contredit.

    Alors les reines jouent aux dames en discutant au guéridon
    Avec les princesses complices qui aiment échanger leurs secrets.
    Pauvres rois, s’ils savaient, mesdames, de combien de fois on rit donc
    En se gaussant dans les coulisses de leurs échecs et leurs regrets !

    Tableaux de Maria Pace-Wynters.

  • L’amour relativement

    S’aimer d’amour passionnément dans le train express de la vie,
    S’aimer d’amour éperdument dans ce train roulant vers la mort,
    Pour sauter délibérément, si nécessaire à sa survie,
    Pour s’éjecter résolument du train en marche, sans remords.

    Alors je m’enivre d’amour pour me redonner du courage
    Et alors mon cœur bat plus fort pour aimer à toute vitesse ;
    Alors autant de fois par jour font plus que force ni que rage
    Et alors au dernier effort, je meurs d’amour, je le confesse.

    Tableau de Remedios Varo.

  • L’amour en peinture

    Ce n’est pas l’homme qui peint la femme mais son pinceau qui la pénètre
    Et éjacule ses couleurs dans un orgasme expressionniste.
    Son cœur sait que l’amour l’affame par les tentations qu’il voit naître
    Lorsqu’il accouche dans la douleur d’un chef-d’œuvre autant réaliste.

    Quand c’est la femme qui peint l’homme, son pinceau vibre de bonheur ;
    La virginité de sa toile subit le mâle en profondeur.
    L’artiste et son œuvre, en binôme, vivent en tout bien tout honneur
    La passion qui porte aux étoiles l’âme-sœur dans toute sa splendeur.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Les femmes-oiselles de nuit

    Cri de griffon au crépuscule, les oiseaux de jour sont partis
    À l’appel des oiseaux nocturnes qui viennent se nicher dans l’ombre.
    Dans les futaies, on se bouscule, on cherche le meilleur parti
    Parmi les hiboux taciturnes et les chouettes en grand nombre.

    Minuit s’impose par les grands-ducs qui font leur tournée d’apparat
    Pour éblouir les courtisanes et s’attirer leurs bonnes grâces.
    Désormais les vielles pies caduques sont éloignées, bon débarras,
    Et l’on fait place aux partisanes des strigiformes et des rapaces.

    Au point du jour, juste avant l’aube, les femmes-oiselles fécondées
    Viennent se baigner au clair de lune et se refaire le plumage.
    Les mâles heureux ferment leurs lobes de leurs oreilles légendées
    Puis, dans la lumière opportune, font gazouiller un doux ramage.

    Tableaux de Sirrin Bird et Edward Binkley.

  • Les femmes-oiselles de jour

    Cri de chimère quand vient l’aurore, les oiseaux de nuit sont partis
    À l’appel de la femme-oiselle, ils regagnent le royaume des ombres.
    Un dernier grincheux qui pérore et qui cherche une répartie
    Mais rien à faire, mesdemoiselles, vous devez rejoindre le nombre !

    Vers midi, l’aiglonne royale se découpe dans le soleil
    Pour aveugler ceux qui l’observe et lui manqueraient de respect.
    La femme-oiselle reste loyale et délivre au vent que balaye
    Quelque échantillon de sa verve en quelques conseils circonspects.

    Le soir, couleur de crépuscule, la femme-oiselle, toute en beauté
    Vient se baigner de la lumière qui dore ses plumes et sa crête.
    Sous l’horizon, lorsque bascule le soir on l’entend jaboter
    Afin de chanter la première le chant de la forêt secrète.

    Tableaux de Viktor Vasnetsov.

  • Les écureuilles

    Pourquoi les écureuilles rousses sont-elles artistes naturelles ?
    Parce qu’elles créent sans intention des chefs-d’œuvre extraordinaires,
    Qu’elles vivent en pleine cambrousse loin des lieux pluriculturels
    Et consacrent leur attention aux cueillettes imaginaires.

    Elles récoltent des fleurs de lune qui font les huiles essentielles ;
    Elles ne cherchent pas, elles trouvent car la forêt leur fait des signes ;
    Elles recueillent la fortune tapie aux pieds des arcs-en-ciel ;
    Quant aux amours qu’elles approuvent, seuls les héros s’en montrent dignes.

    Plus j’augmente en âge, plus le nombre de cadeaux reçus à Noël augmente.
    Finalement, coronavirus ou pas, la joie de se retrouver ensemble en famille continue invariablement à croître et l’année se termine sur ce point positif.
    Et comme nous ne sommes que le 26 décembre, ça nous laisse encore 6 jours à l’année pour nous surprendre encore. Comme quoi, l’année zinzin aura mal commencé, aura développé un printemps alarmant, un été pathétique, un automne catastrophique et un hiver … mais je vous en laisse la surprise, mes chers amis.

    Tableaux de Maria Pace-Wynters.

  • Joyeux Coronoël !

    Puisque nous sommes condamnés à un réveillon confiné,
    Profitons-en pour déguster – à défaut d’être dégoûtés –
    Une boisson instantanée à base de vin résiné
    Sans doute atteint de vétusté mais sans qu’on ait à le redouter.

    À minuit offrez des virus ou des vaccins contaminés
    Avec un verre de sirop parfumé à la chlorophylle !
    Levez bien haut les humérus, buvez cul-sec sans radiner
    Mais gardez-en pour l’apéro à la santé des drosophiles.

    Si le lendemain au réveil vous n’avez pas frôlé la mort,
    Faites bouillir l’antipoison dilué dans un bouillon d’onze heures.
    Alice au pays des merveilles en aurait goûté sans remords
    Avant de tomber en pâmoison sous l’œil d’un chat hypnotiseur.

    Tableaux de Greg ‘Craola’ Simkins.

  • Avant-après Noël

    Il a invité une dinde, elle a gloussé comme une dingue,
    Une de ces grues grassouillettes qui faisait un peu l’andouillette.
    Une pouliche bien dodue, il n’y avait pas d’ malentendu,
    Elle n’s’est pas montrée réticente ; bref, une poule appétissante.

    Après l’avoir bien pelotée, après l’avoir déculottée,
    Après une bonne mise en bouche, lui a remis deux ou trois couches
    De godiveau dans la corolle, elle est passé à la casserole,
    Il l’a sautée pour la saisir et l’a dévorée de plaisir.

    Tandis qu’il dort à poing fermé, l’essai n’étant pas transformé,
    Madame prépare la dinde qui va repartir pour les Indes.
    N’en pouvant plus d’être fourrée, elle rejoint les vaches sacrées
    Pour des amours plus compatibles et un destin moins comestible.

    Tableaux de Michel Sowa.

  • L’arbre de Noël- 3

    Il faudrait un arbre aux miracles pour apporter beaucoup d’amour ;
    Il faudrait de très hautes branches qui brillent plus que de coutume ;
    Il faudrait un nouvel oracle qui nous prédise des beaux jours ;
    Il faudrait que Noël débranche le flot courant de l’amertume.

    De l’amour en guise de boules, du cœur en guise de guirlandes
    Et les meilleures intentions fixées aux réalisations.
    Plutôt qu’un fléau qui chamboule, un état qui nous enguirlande
    Avec ses vaines prétentions d’un vent de mondialisation.

    Noël contre virus ; traditions contre restrictions ; espérance contre désespérance ;
    Qui va gagner ?
    Soixante-dix années environ depuis la dernière guerre mondiale nous ont enfermés dans un cocon d’illusions et de fausse paix artificielle, industrielle et futuriste.
    Une pandémie mondiale et le monde crie « Maman ! », renie Dieu et accable ses élus et ses justiciers pervers.
    Une belle occasion pour faire son bilan de fin d’année à défaut de fin de vie…

    Tableaux de Diane Culhane.

  • L’arbre de Noël- 2

    Mon beau sapin, roi des forêts, tu es orné et décoré
    De la couleur de l’espérance que cette année teinte en garance.
    L’histoire a frappé d’un revers la tradition des sapins verts ;
    L’année prochaine, j’espère encore que tu seras multicolore.

    Mon beau sapin déraciné dans chaque foyer confiné,
    Le Père Noël s’est calciné en tombant dans la cheminée.
    La dinde aux marrons déconfite, presque personne n’en profite ;
    Toute cette farce ne sert à rien, je redeviens végétarien.

    Incroyable l’abondance de prospectus religieux, cartes et cadeaux catholiques que je trouve dans ma boîte aux lettres depuis le début du mois (et par rapport à l’année dernière où nous n’avions rien reçu) !
    On dirait que pandémie booste les attentionsintentionstentations religieuses.
    Je trouve que ça fait un peu comme l’extrême-onction qu’on proposait aux malades en fin de vie… l’effet était radical ! Comme dans le « César » de Pagnol.
    Personnellement, je me tiens éloigné de la folie pandémique comme religieuse et je reste réfractaire au masque et aux vaccins… et pourquoi pas les sept sacrements pendant qu’on y est ?

    Tableaux de Diane Culhane.

  • L’arbre de Noël- 1

    Et si je décorais mon arbre avec mes plus belles pensées,
    Avec mes jolis coups de cœurs et mes folies à l’improviste ?
    Des pierres polies comme marbre, noires et blanches pour compenser
    Mes amours au petit bonheur et mes succès relativistes.

    Je disposerais sur les branches des guirlandes de poules blanches,
    J’accrocherais sur les rameaux tout un tas de petits animaux :
    Corbeaux, hérons, cygnes et canards avec des biches et des renards,
    Petits compagnons de fortune qui rendent ma vie opportune.

    Hélas, la magie de Noël n’opère plus. Il faut dire que ça ne date pas du coronavirus. Depuis les années 2000 environ, les traditions s’effacent, les mémoires sont oubliées, les crèches abandonnées pour cause d’islamisme aiguë, le Petit Jésus menacé par la pédophilie et Marie a perdu ses droits à la caisse d’allocations familiales.
    Mais finalement, Noël c’est comme son petit jardin potager ; c’est à chacun de nous à l’entretenir, le faire pousser et à en faire partager les fruits avec sa famille et ses amis.
    Qui a dit que Noël était une affaire d’état ?

    Tableaux de Diane Culhane.

  • La lune en solstice

    Tandis que la Lune s’endort et les ténèbres s’amalgament,
    Tandis qu’elle se renouvelle dans un sommeil réparateur,
    L’amour guette le croissant d’or, premier messager de Madame,
    Dont la coiffure s’échevelle dans un halo propagateur.

    Tandis que la Lune s’éveille dans son ministère lunaire,
    Elle préside aux amoureux qui s’abandonnent sans remords.
    Puis, au solstice, ils s’émerveillent augmentant les préliminaires
    Qui, dans des gestes langoureux, atteignent la petite mort.

    Tableau de Giovanni Auriemma sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201110giovanni-auriemma-1976-italy-digital.html .