« Fred me raconte l’océan, la peur et cette solitude où il me croyait disparue.
Merci, Cristïäs, de nous avoir permis ces retrouvailles. Fred peut bien y perdre son latin : moi, je retrouve un ami ! »
Amellïä, muse céleste

Avant qu’elle le lui demande, il lui raconte son calvaire ;
Fred est devant son auditoire qui lui accorde la primauté.
« Tandis qu’on était aux commandes face à une destinée sévère
Amellïä, d’un ton péremptoire, m’intima l’ordre de sauter ! »
« Je prends alors un parachute et le canot de sauvetage ;
J’ouvre la porte latérale et saute dans le vent glacé.
J’arrive à diriger ma chute et j’amerris en plein potage ;
Le canot se gonfle dans un râle et j’y grimpe assez angoissé. »
« Je suis le trajet aérien et vois la perte d’altitude
Et tu percutes la surface dans une grande gerbe d’écume.
Et puis subitement plus rien ; juste une mer d’incertitude
Et moi qui me trouve face à face avec une profonde amertume. »
« Je restai seul et balloté par un océan prédateur,
Pressentant une mort certaine, perdu, sans eau ni nourriture.
Je me suis mis à sangloter devant ce dieu imprécateur
Qui médit d’une voix hautaine du destin de ses créatures. »
« Et puis soudain c’est la lumière ; le jour jaillit instantané !
Je vois les rives d’un lac paisible ; je goûte et c’est bien de l’eau douce.
Serais-je au paradis, Saint-Pierre ? Est-ce un miracle spontané
Aucune réponse plausible ne peut venir à ma rescousse. »
« Trois jolies sirènes aux seins nus émergent devant le canot,
Et me remorquent en s’assurant que le ponton est dégagé.
Un groupe de femmes saugrenu se saisit de moi, tout penaud,
Pour m’ausculter en murmurant qu’Amellïä sera soulagée. »
« Je m’suis réveillé ce matin en pleine forme et rassasié ;
Le médecin m’a informé mais j’ai eu du mal à comprendre…
J’avoue que j’y perds mon latin et que les lois de Lavoisier
Sont ici assez déformées pour qu’un miracle puisse me surprendre. »

Illustrations de Ledalïä & Geminïä.
Laisser un commentaire