
Les pénuries servent à savoir ce dont on pourrait se passer ;
Les masques qui sont inutiles, les gels qui sont inefficaces,
L’eau qui ne sert plus au lavoir car tout le linge à repasser
Est devenu chose futile avec les nouvelles modes cocasses.
Mais quand les stocks sont rétablis, on change de situation :
Les masques sont obligatoires, les gels deviennent indispensables,
Quant à l’eau douce, on oublie de prévoir l’évacuation
Et aux premières pluies notoires, les inondations impensables.
Chacun entasse avec ferveur ses provisions dans sa demeure
Et protège avec vigilance ses stocks promis à l’indigence
Mais quand s’est éloignée la peur, il jette alors tout sans pudeur
Afin de faire place à l’urgence que promettra la présidence.
Le commerce organise la crise et la revend avec maîtrise,
Puis il annonce une abondance dont il a fixé la durée.
Quand le consommateur s’épuise, on lui prescrit d’nouvelles crises
Et l’état, plein de suffisance, nous maintient, tête dans la purée.
Illustration d’Emmanuel Chaunu.
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