
Je m’appelle Éoliane
Je viens des bords mouvants où les roseaux conversent ;
Et la Töss reconnaît mes pieds frôlant ses rives.
Je porte des reflets dans mes cheveux à verse
Et mes silences verts font les étoiles vives.
Je ne possède rien fors mes rêves mouvants ;
Je laisse aux anciens dieux leurs temples d’équilibre.
Je préfère écouter ce que souffle le vent
Et voir les feuilles mortes tomber comme des livres.
Je suis la fille étrange apparue dans le lac ;
Mes pensées se dédoublent dans les miroirs liquides.
Je marche et danse nue en sautant sur les flaques
Et mes yeux verts ressemblent à leurs eaux insipides.

Je m’appelle Éöliane
Je suis issue d’un rêve dans un demi-sommeil ;
Éclose ce matin comme une fleur récente.
Dans les couloirs des songes, j’ai suivi le soleil
Qui m’a l’âme semée, rosée fluorescente.
Je viens des corridors de cristal et de pierres ;
Le métal vert-de-gris coule sous ma peau claire.
Parfois sur mes hublots j’entrouvre mes paupières
Et regarde au hasard filer les courants d’air.
Une fille bizarre est passée sans me voir
Mais elle ne demandait rien d’autre qu’être libre.
Alors j’ai vu les masques de ses anciens pouvoirs
Tomber comme statues en plein déséquilibre.

Je m’appelle Éôliane
Désormais je traverse les eaux les plus profondes
Dans les reflets perdus des marées de conscience.
Si j’aime danser nue lorsque la lune est ronde,
Mes autres nuits, je dors en totale insouciance.
Les lacs artificiels me font broyer du noir ;
J’y parsème leurs eaux de vagues sidérales.
Les étoiles de mer racontent leurs mémoires
Depuis la nuit des temps aux aurores spectrales.
Depuis cette rencontre, je ne dors presque plus ;
Je sens son souvenir en bribes expansées.
Parfois je rêve d’elle, je crois qu’elle m’a plu
Car mon cœur me murmure ses plus tendres pensées.
Tableaux de De Gillett.
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