Le rêve réalisé

« J’avais voulu conquérir le ciel avec un avion et la mort m’a coupé les ailes.
Aujourd’hui, je n’avais plus ni moteur, ni compas, ni carlingue pour me protéger.
Seulement mon corps, le vent et cette certitude insensée que Howland m’attendait toujours.

J’y suis arrivée nue parce que je n’avais plus rien à prouver, seulement un rêve à terminer.
Et lorsque mes pieds ont touché cette terre, j’ai compris que ma plus grande victoire n’était pas d’avoir vaincu le Pacifique ni même la mort…
C’était d’être enfin arrivée. »

Amellïä, l’aviatrice nue et sans avion

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Minuit en Nouvelle Guinée, destination : le Pacifique ;
L’île Howland, minuscule atoll corallien et inhabité.
C’était son rêve, sa destinée, l’exploit le plus béatifique
Qui rapporterait un pactole à ses finances limitées.

Entièrement nue pour le voyage, le vent glacial ne l’atteint pas ;
Elle déploie ses bras en croix et s’élance du bord de mer.
Cette fois-ci, pas de pinaillage, elle ne risque aucun trépas ;
Elle le sait et elle y croit. Terminé le destin amer !

Quelle sensation d’être vivante, les seins ballotés par le vent ;
Le ventre mouillé par les rouleaux, le sexe durci par le froid !
Jamais traversée exaltante n’aura été auparavant
Semblable à voler à vau-l’eau au ras des vagues sans effroi !

Nul besoin de destination car elle l’attire naturellement
Avec le compas dans la tête et le gouvernail dans son âme.
Elle bénit son obstination qui vainc spirituellement
La mort pour gagner l’épithète de l’égalité homme-femme.

Pas d’artifice, la femme vole. La femme a reconquis le ciel.
Hier, pilote chevronnée mais dépendante de la technique ;
Aujourd’hui, femme nue, frivole, juste sa personne essentielle
Et pourtant, ici, couronnée d’une presque auréole angélique.

La destination est en vue ; c’est le plus puissant des orgasmes.
Elle laisse échapper un « Hourra » qui semble exploser dans les airs.
Atterrissage sans imprévu dans un délire d’enthousiasme
Désormais « advienne que pourra » elle a traversé le désert !

Elle foule le sol, embrasse la terre, jouit au milieu des passants
Qui croient voir un drôle de démon devant le phare d’Earhart.
Dès demain en gros caractères : « Une femme nue outrepassant
La pudeur rit à pleins poumons et puis s’envole sans histoire ! »

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Illustrations de Ledalïä & Geminïä.

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