Poisons

« Depuis longtemps je m’en doutais.
Par erreur j’ai confondu deux herbes et quand je m’en suis aperçue, il aurait dû être trop tard… et pourtant rien ne se produisit.

Plus tard, j’ai essayé à petites doses des poisons dont je connaissais les effets et, contre toute attente, je n’en ai ressenti aucun.

Ce matin, j’ai cueilli un cocktail létal de plusieurs poisons irréversibles et l’ai absorbé en toute confiance.

J’ai particulièrement aimé connaître toutes les prémices de la mort et lâcher prise au moment fatal pour connaître la résurrection. »

Thétïs, reine d’Atlantïs et maîtresse des poisons

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Le faux persil du potager – surnom de la petite ciguë –
Ainsi que le navet du diable – surnom de l’œnanthe safranée –
Mélangés aux plantes rattachées au folklore très ambigu
Des poisons les plus effroyables, étaient pour elle surannés.

L’herbe aux sorciers, la belladone avec la colchique d’automne,
Le fusain – ou bonnet de prêtre –, le ricin et la digitale,
Rangés avec la méthadone et autres venins autochtones,
Vénéneux, mortels et traîtres, d’une importance capitale.

Elle revient, son panier plein, et se prépare des décoctions
Qu’elle absorbe l’une après l’autre – voudrait-elle donc se suicider ?
Cependant elle ne se plaint d’aucun problème de digestion
Mais, au contraire, elle se vautre dans une liberté débridée.

Quand digitale et belladone commencent à faire de l’effet,
Le système nerveux autonome ainsi que le rythme cardiaque
Sont perturbés et abandonnent leurs fonctions en vue du décès
Foudroyant autant que syntone dans les fosses hypocondriaques.

Faux persil et navet du diable bloquent les divisions cellulaires ;
Le ricin empêche toute synthèse de protéines et d’hormones.
Les poisons sont irrémédiables et leurs réactions délétères
Mettent la vie entre parenthèses avec la colchique d’automne.

Le fusain et la méthadone sont presque alors superflus
Et la mort a vaincu le corps, les toxiques étaient les plus forts.
Mais alors l’hypophyse ordonne de libérer enfin le flux
Qu’un organe continue encore à sécréter après la mort.

Et la mort elle-même est vaincue ; le corps n’était qu’en léthargie,
Suffisante pour le préserver de l’irréversibilité.
Alors Thétïs est convaincue qu’elle maîtrise toute allergie
Et que sa vie sait se conserver contre l’impossibilité.

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Illustrations de Ledalïä & Geminïä.

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