La Nuit des Azimuts Fuyants

« Le C.E.T. est un succès et les deux Irénée le respectent.
Nous qui nous étions méfiés d’eux, nous sommes satisfaits de voir qu’ils se montrent enfin raisonnables.

Geminïä est nerveuse. Ses rapports avec Irénée-le-jeune seraient-ils houleux ? Eux qui semblaient inséparables ont changé depuis hier… C’est bizarre.

Lïlïth est très absorbée par les plans que Cristïäs tente en vain de lui expliquer. »

Princesse ÄLLÏÄ, Gardienne du Souffle Premier

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Cette nuit-là, sous les photophores, les deux Irénée rient encore ;
Leurs lunettes pleines de reflets, les doigts barbouillés d’étincelles.
« On a frôlé la catastrophe ! », dit l’un, « mais quel joli décor
Pour tester un réseau soufflé au nez de ces vieilles dentelles ! »

« Et Nérätïs ? » demande l’autre, « a-t-elle senti le contrecoup
Quand on a tiré la ligne bleue juste au-dessus de l’océan ? »
« À peine ! » répond l’ancien. « Le flux a juste vibré sur le coup
Mais que veux-tu ? Ces bons vieux nœuds ne sont ni tendres ni bienséants ! »

Ils tracent encore, ils tracent toujours, des routes que nul n’a demandées,
Des ponts secrets, des arcs pliés, des longs couloirs stratifiés.
« Le C.E.T. ne ferait qu’un tour s’il savait ce qu’on a commandé… »
« Bah ! Ils nous ont tous oubliés et nul ne viendra vérifier. »

« Et Lïlïth ? » souffle l’un soudain, « si elle découvre notre manège ? »
« Elle saura bien qu’on l’a trompée, mais elle aimera le résultat ;
Elle dira qu’on est des gredins, que c’est dangereux ou un piège…
Puis elle viendra s’y tremper le bout du nez sans coup d’éclat ! »

Un silence. Un rire. Un silence. Quatre mains qui s’agitent encore
En dessinant des escaliers double hélice en colimaçon.
« Quand tout sera prêt, vigilance ! », dit l’un, « il faudra qu’on soit bien raccord
Pour monter au dernier palier sans laisser l’ombre d’un soupçon ! »

Ce soir, les étoiles filantes tracent leurs traits sur un ciel sombre
En coups de craies pour imiter leurs diagrammes déraisonnables.
« Allez ! » dit l’un. « Encore un saut ! Encore un rêve sorti de l’ombre ;
Bientôt le télétransporteur deviendra vite inévitable ! »

« Crois-tu que l’on m’ait reconnu malgré les habits dérobés ? »
« Penses-tu ! » lui répond l’ancien, « ils n’avaient d’yeux que pour l’engin ! »
Tout était tellement saugrenu que même Geminïä absorbée
N’a vu à ton air béotien qu’en fait, tu étais mon frangin ! »

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Illustrations de Ledalïä.

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