Cette nuit-là, je me réveillai seul dans notre grand lit carré ;
Laurelïne et Loreleï disparues ? Cela ne leur ressemble pas…
Elles doivent sûrement veiller à la cuisine pour préparer
Thon, sardine, anchois ou morue et se mitonner bon repas… ?
Mais en passant devant la chambre de Lïlïth, il n’y a personne ;
Celle de Ledalïä est vide et celle de Geminïä, déserte…
Nulle part ailleurs, nul autre membre, seul un grand silence résonne
Comme une solitude avide qui m’obsède et me déconcerte.
À moitié fou, je cours partout dans la salle de navigation
Mais même l’octaèdre ouvert semble rempli de courants d’air.
« C’est Éôlïäne, la touche-à-tout, par une faute d’inattention
Qui nous a encore découvert une catastrophe légendaire ! »
« Et d’ailleurs où est-elle donc, cette petite peste ambulante ? »
En ruminant, je me dirige vers l’ascenseur bio-culturel
Mais il est bloqué… « Allons donc ! Tout se détraque ! Cette insolente
Me donne vraiment le vertige avec ses airs surnaturels ! »
Prenant l’escalier de secours, je le descends à perdre haleine ;
Soudain le silence obsédant laisse place à des cris stridents.
Je saisis en dernier recours une arme tout en os de baleine
Que je brandis en accédant, le bras crispé sur mon trident.
Et là je me vois tout en grand comme dans un cinémascope ;
Les LLyrïädes assises tout autour en train de rire jusqu’aux larmes.
« Regardez l’exemple flagrant de Yavänor qui télescope
Les planètes-seins tour à tour qu’il doit téter, nu, sous leur charme ! »
Alors le grand film s’arrête et tout le monde me regarde
Avec mon arme ridicule et tout juste à pêcher les calmars.
J’en tombe dans les pâquerettes à genoux, la figure hagarde
Tandis que Laurelïne articule « C’est bon ! Ce n’est qu’un cauchemar ! »
Illustration de Ledalïä.
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