Catégorie : Sirènes

  • La sirène de la mer rousse

    La sirène de la mer rousse

    Je ne connais de la mer rousse seulement sa sirène éponyme
    Dont la chevelure m’évoque le crépuscule à l’horizon
    Lorsque le soleil se courrouce envers les étoiles unanimes
    À voir son règne qu’elles révoquent dans une infâme trahison.

    Je ne sais si la Lune aussi a participé au complot
    Mais la sirène depuis arbore une coiffure de la couleur
    Du soleil brulé et roussi qui, vaincu, plongea dans les flots
    Et que l’océan corrobore aux reflets de souffre-douleur.

    Tableau de hoooook sur https:www.deviantart.comhoooookgallery43215575painting .

  • Quand la sirène s’endort

    Quand la sirène s’endort

    Parfois la sirène s’endort malgré le navire qui passe
    Comme si sa voix envoûtante nécessitait une relâche.
    Elle s’enroule sur sa queue d’or et se love dans une carapace
    Tressée d’algues peu ragoûtantes mais qui discrètement la cachent.

    Puis doucement quand vient la nuit, elle remonte entre deux eaux
    Toujours plongée en léthargie tandis qu’un bateau mouille l’ancre.
    Mais ce soir, personne ne nuit dans le silence amoroso
    Des vagues dont la synergie ne crèvent point sa bulle d’encre.

    Tableau de Krista Lynn Brown.

  • La passion du poisson

    La passion du poisson

    Ciel ! Nous sommes déjà vendredi, je ne vois plus passer le temps
    Depuis que je voue ma passion promise à la pisciculture.
    Même si je me contredis en mangeant les plus excitants ;
    Princes des mers, rois des poissons voire Neptune en miniature.

    Est-ce un petit péché mignon que ma pêche miraculeuse
    Qui n’est sans doute pas végane mais inscrite à l’écologie ?
    J’aime parmi les plus trognons, surtout les carpes savoureuses,
    Qui sont muettes mais dont l’organe donne le thon dans mon logis.

    Collage d’Eugenia Loli sur https:www.shockblast.neteugenia-loli-worx .

  • La sirène au chant troublé

    La sirène au chant troublé

    Pour sa vision périscopique, la sirène nage entre deux eaux
    En laissant juste dépasser deux yeux pour scruter les bateaux.
    Son troisième œil, télescopique, agit à l’instar des oiseaux
    Binoculaire et espacé doublés d’une voix vibrato.

    Ainsi poussé par les courants sur la surface ondulatoire,
    Le chant troublé de la sirène, en tessiture subliminale,
    Gagne en puissance en parcourant de manière superfétatoire
    La distance de la carène à la chanteuse libidinale.

    À chaque perle du collier, une victime à son actif
    Et sur trois rangs, un génocide parmi les gars de la marine.
    Ainsi, sans vouloir la spolier de son bel organe attractif,
    Il serait bon qu’on élucide une protection en sourdine.

    Tableau de Jonny Ruzzo.

  • Les baignoires communicantes

    Les baignoires communicantes

    Au temps où j’vivais à Marseille, les WC trônaient aux balcons,
    Les uns sous les autres empilés comme des lits superposés.
    Je m’imaginais, ô merveille, des salle-de-bains, d’un genre abscons,
    Avec tuyauteries enfilées et les baignoires surexposées.

    J’aimais rêver de mes sirènes chantant dans leurs bains à étages
    Pêchant l’auditeur à la ligne, ferrant poisson ou gros pigeon.
    Je m’serais lancé dans l’arène, compétiteur du toilettage,
    Frottant le dos à ces malignes en tant que roi du badigeon.

    Cell’ du premier, exploratrice jouerait souvent au sous-marin ;
    Au deuxième une reproductrice guett’rait son mâle aux alentours ;
    Au troisième, une cantatrice siffl’rait un Pinot du Bas-Rhin ;
    Au quatrième, une lectrice ; serait celle aux plus beaux atours.

    Illustration de Marija Tiurina.

  • La tante Marinette

    La tante Marinette

    Une sirène marseillaise aurait vécu dans les calanques
    Et galvanisait les pêcheurs avec l’accent approprié.
    Elle vivait sur les falaises mais le matin quittait sa planque
    Pour faire mousser la fraîcheur de ses poissons à la criée.

    Ainsi ma tante Marinette, célèbre figure locale,
    Côtoyait César et Panisse au bon temps du pont transbordeur.
    Ceux qui l’appelaient « Ma Reinette » faisaient partie de l’amicale
    De cette boisson à l’anis qui fait les propos brocardeurs.

    Quoi qu’il en soit, la Marinette était authentique sirène
    Qui péripatait le vieux-port pour arrondir ses fins de mois.
    Maîtresse-queux de la sardinette en toutes matinées sereines,
    Elle gagnait, sous tous rapports, bien davantage que vous et moi.

    Tableau de Laura Sava.

  • Lecture pour toutes

    Lecture pour toutes

    Les sirènes se mettent à la page afin de suivre la conjoncture
    Et se retrouvent sur la plage pour une séance de lecture.
    Les romans d’amour au programme, lus par une femme écrivaine,
    Inspireront les mélodrames dont leurs chants d’amour sont en veine.

    Bien attentives dans l’intrigue qui se dénoue et se renoue
    Pareille à chaque voix prodigue qui met son marin à genoux.
    Le suspense est au paroxysme, synchrone à la marée montante,
    Et la fin se prête au laxisme comme à la marée descendante.

    Si la lectrice est décevante, elle risque d’être croquée
    Par les critiques conniventes qui se sentiraient escroquées.
    Mais c’est bien rare car les femmes sont spécialistes dans le style
    Qui mêle le digne et l’infâme dans les histoires les plus subtiles.

    Tableau de Sereismo.

  • Sirènes spontanées

    À dire vrai, sur leurs origines, les sirènes gardent leur secret ;
    On a toutefois observé des métamorphoses spontanées
    Auprès de groupes androgynes, jeunes filles nubiles consacrées
    À rejoindre l’ordre préservé des reines de Méditerranée.

    Dans une folie collectives, abandonnant leurs vêtements,
    Elles plongent nues et disparaissent sous les flots vers les profondeurs.
    Plus d’une année d’introspective est nécessaire moyennement
    Pour qu’une jolie queue apparaisse bien galbée et toute en rondeurs.

    Photos de Kate Bellm sur vogue.comslideshowkate-bellm-la-isla?epik=dj0yJnU9OFZRLXhxTlJlTGgyc2dONWRiOW9XeUwybGVYOS1Qd0cmcD0wJm49bkRVd0d1bDVGZFNPdjhXV0JJR0FSZyZ0PUFBQUFBR1NSU2FZ .

  • Elle en l’eau, les seins en île

    Elle en l’eau, les seins en île

    Elle en l’eau et les seins en île laissant le flot de ses pensées
    Se fondre dans la méditation de l’esprit en apesanteur.
    Le cœur à jamais juvénile de l’amour qu’il a dépensé
    Dans la béatification d’un puissant bien-être enchanteur.

    Elle en l’eau, sa grotte profonde dans le lagon de son giron
    Goûte le flux et le reflux de l’onde fécondée d’un ange.
    Tandis que tous ses cinq sens sondent maintes essences aux environs,
    Elle sent le plaisir qui afflue dans un incomparable échange.

    Elle en l’eau, les yeux en étoiles percent l’azur comme une lame
    Vers le Ciel qui l’a engendrée et la Terre qui l’a enfantée.
    L’invisible pinceau sur la toile du tableau qui évoque l’âme
    Trace des volutes cendrées autour des doigts comme aimantés.

    Tableau d’Emiky Kell sur emilykell.com .

  • Le centenaire de l’indépendance

    Le centenaire de l’indépendance

    Ils ont fêté le centenaire de la Première République,
    Coiffés de leurs bonnets phrygiens en liesse et formant une ronde.
    Et les chants révolutionnaires ont résonné comme un tonnerre
    Par tous les échos laryngiens dansant sur « Auprès de ma blonde ».

    Deux Marianne et leurs drapeaux. Des aristocrates en perruque
    Observent d’un air ébahi les joyeux citoyens qui dansent.
    Les royalistes, vieux crapauds, pleurent leur régime caduque
    Et les fanions de tous pays flottent en toute indépendance.

    Tableau de Henri Rousseau.

  • Homme-oiseau/femme-poisson, l’amour tendre

    Homme-oiseau/femme-poisson, l’amour tendre

    Un homme-oiseau est amoureux d’une femme-poisson au cœur tendre.
    Oui mais comment vont-ils s’y prendre pour partir en lune de miel ?
    Paraît-il que nos langoureux soupirants devront bien attendre
    Le bon moment pour nous surprendre par un curieux cérémoniel.

    Marier l’héritier des oiseaux avec l’ayant-droit des poissons,
    C’est comme Roméo et Juliette au grand dam de l’ethnologie.
    Pourtant dans le creux des roseaux, l’amour a cueilli sa moisson
    Lors de fécondes amourettes. Dès lors ils se cherchent un logis.

    Leurs enfants ? Des poissons-volants ou bien des oiseaux amphibiens ;
    Soit un vilain petit canard, soit une créature fabuleuse.
    Les anciens dieux en convolant dans les pays précolombiens
    Ont créé des êtres goguenards aux apparences ensorceleuses.

    Bon courage pour lire la signature !

  • Quand la sirène est chou

    Quand la sirène est chou

    Le chant de la sirène est chou au marin qui a bonne oreille
    Tandis que son navire échoue la nuit après qu’il appareille.
    La voix de la sirène est douce aux naufragés désabusés
    Tandis que dérive le mousse, seul sur son radeau, médusé.

    Les seins de la sirène sont fermes et hypnotisent le nageur
    Tandis qu’il approche et s’enferme entre les deux bras ravageurs.
    Les dents de la sirène sont blanches, pointues, acérées et sanglantes
    Tandis que sa victime flanche et meurt sous la morsure cinglante.

    Le ventre de la sirène est rond ; elle se repose au bord de l’eau
    Tandis que brûle l’aviron, dernier vestige d’un matelot.
    La queue de la sirène est belle et papillote comme un cadeau
    Tandis que le mousse rebelle l’a harponnée de son radeau.

    Tableau de Donato Giancola.

  • En pleine licorne

    En pleine licorne

    Exceptionnellement la Lune entre en phase dite de « pleine corne »
    Là où d’animaux fabuleux vivront trois nuits dans la forêt
    Juste au moment de l’apolune, dans le signe de la Licorne,
    Quand l’astre au halo nébuleux répand sa lumière dorée.

    Loups garous et chevaux ailés revêtent une robe d’or
    Tandis que Séléné chevauche une licorne luminescente
    Dont la crinière constellée illumine le corridor
    Qui mène à la porte en ébauche aux structures évanescentes.

    Mais la Lune redevient gibbeuse et tous les êtres légendaires
    Regagnent l’abri des sous-bois jusqu’au périastre suivant.
    Seules quelques plantes bulbeuses, mûries lors des jours calendaires,
    Portent des marques qui flamboient durant les trois nuits s’ensuivant.

    Tableau « Séléné » de Susan Seddon Boulet.

  • La dernière licorne

    La dernière licorne

    Lorsque les orages ont cessé et les eaux se sont retirées,
    Seule une licorne est restée pour témoigner de l’ancien monde.
    Mais les dieux désintéressés de cette époque mal inspirée,
    N’ont pas daigné déforester ce vieux lopin de terre immonde.

    Hélas personne ne put comprendre le langage des premières races,
    Nephilims et géants célestes qui avaient offensé les dieux.
    Et la licorne ne sût l’apprendre qu’au poète latin Horace
    Qui transmit à son tour la geste des anges miséricordieux…

    …Que l’on retrouve sur cinq tentures titrées « la dame à la licorne »
    Qui se sont trouvées un refuge auprès du musée de Cluny.
    Elles relatent les mésaventures d’hommes et femmes qui se flagornent
    Jusqu’à périr lors du déluge où la Terre a été punie.

    Tableau de Fefa Koroleva sur https:www.artfinder.comartistfefa-koroleva?epik=dj0yJnU9N1R4T3BhaXlvLU1Fd1lOTGVjN094RFdLSVB3RWNOYzAmcD0wJm49c2RkY0I1WlJjdFpBbjRMaHNfNEFxdyZ0PUFBQUFBR1I2NGxv .

  • Jeune sirène partagerait appartement – 2

    Jeune sirène partagerait appartement - 2

    Ainsi j’étais colocataire d’une véritable sirène
    Qui, peu farouche, m’invita à partager son immersion.
    Mais comme j’étais propriétaire, j’offris mes services à ma reine
    Pour transformer son habitat et en permettre la submersion.

    Je lui cédai pour compagnons mes poissons rouges exotiques
    Qu’elle accepta comme sujets au sein d’son espace vital.
    En retour, me trouvant trognon, d’un gazouillement hypnotique
    Elle me convia, sans m’adjuger, à écouter son récital.

    Je ne sais plus ce qu’il advint et n’en ai aucun souvenir,
    Vaincu par le charme légendaire et par le baiser de l’oubli ;
    Évidemment je ne parvins jamais à y contrevenir.
    Merci de m’en être solidaire en lisant ce que je vous publie.

    Illustration de Robin Pushee.

  • Jeune sirène partagerait appartement – 1

    Jeune sirène partagerait appartement - 1

    « Jeune sirène souhaiterait partager un appartement
    Mais avec l’exclusivité d’une baignoire en guise de chambre. »
    A priori sans intérêt, l’annonce me plut gaillardement
    Et j’invitai à visiter la belle un matin de novembre.

    Elle aima ma salle-de-bains et y déposa ses valises
    Et s’enferma à double tour juste après l’avoir découverte.
    Je m’en allai à mon turbin quand j’entendis ses vocalises
    Et m’approchai sans hésiter de la tabatière entrouverte.

    Je ne vis d’abord qu’une queue qui ondulait de la cuvette,
    Puis de longs cheveux chatoyants, ruisselants sur deux seins tremblants.
    Curieux de ce décor aqueux, je l’observai à la sauvette
    Lorsque soudain, imprévoyant, elle me fixa d’un air troublant…

    Illustration de Camila Estela G.

  • Pauvres sirènes !

    Pauvres sirènes !

    Pauvres sirènes qu’on nous censure car ce serait contrevenant
    Non pas pour leurs inexistences mais pour leurs seins affriolants.
    Or elles n’ont rien sous la ceinture et presque rien d’inconvenant
    Fors dans certaines circonstances un appétit des plus violents.

    Mais puisqu’elles n’existent pas, comment condamner leurs délits
    Envers ces marins imbéciles constamment épris de boisson.
    Et malgré leurs tendres appas, comment les aimer dans un lit
    Avec cette queue indocile qui subodore le poisson !

    Tableau de David Delamare.

  • Notre Terre est une sirène

    Notre Terre est une sirène

    Si nous sommes enfants de la Terre et que nous sommes nés dans la mer,
    Alors notre mère est sirène et notre père, marin du ciel,
    Vieux loup de mer, un peu austère, qui connut l’amour éphémère
    Et féconda six jours sa reine d’un divin souffle providentiel.

    Puis Dieu partit se reposer laissant la Terre nourricière,
    Sous les flots antédiluviens, accoucher en célibataire.
    Nous pourrions alors supposer que le bilan bénéficiaire
    De la création en revient à notre mère cosignataire.

    Si un jour, Dieu a des remords et vient reconnaître ses enfants,
    Comment donc l’accueillerons-nous, lui qui nous a laissés tomber ?
    Peut-être bien qu’après la mort, il nous attendra, triomphant
    Et nous l’appellerons « Papinou » fièrement, le torse bombé.

    Tableau d’Aleksander Korman.

  • Les Neptuniennes

    Les Neptuniennes

    Entre la huitième planète de notre système solaire
    Et le Dieu des eaux de la Terre, il n’est aucune coïncidence.
    Quant aux sirènes choupinettes, anciennes agents protocolaires
    Venues comme parlementaires, elles sont tombées en dissidence.

    Elles devaient établir un lien entre Terriens et Neptuniens
    Mais ont préféré se gaver des matelots bons à croquer.
    De leur origine d’alien et d’un ancêtre titanien,
    Elles ont gardé pour nous braver une queue de poisson défroqué.

    Si attirantes sous la Lune, lorsqu’elles émergent des flots,
    Elles viennent en délégation leur proposer un jumelage.
    Hélas ces filles de Neptune leur font naufrager leur rafiot
    Et transforment en abnégation l’illusion de batifolage.

    Tableau d’Olga Fomina.

  • La vie après la mort du poisson

    La vie après la mort du poisson

    Petit poisson deviendra grand s’il n’est pêché par accident
    Et s’il, parvient à remonter la source dans laquelle il est né.
    Heureusement pour l’émigrant, un ange gardien dissident
    Ira, un à un, affronter tous les pêcheurs incriminés.

    À l’instar de celle des marins, vit la sirène des eaux douces
    Qui a jambé sa belle queue pour mieux endormir les pêcheurs.
    Avec un peu de romarin, de fenouil et d’oseille rousse,
    Elle se prétend maîtresse-queux, spécialiste en buffet-fraîcheur.

    Croyez-moi, si les amateurs de Chasse Pêche et Tradition
    Reviennent fréquemment bredouilles, ils ont d’autres compensations.
    Je ne suis pas diffamateur mais pour moi la disparition
    Des chasseresses de quenouilles serait une abomination.

    Tableau de Hanna Silivonchik.

  • Des ronds dans l’eau

    Des ronds dans l’eau

    Autant de bulles que d’années envolées à coincer sa bulle
    Tandis que le monde troublé change chaque jour de décor.
    Sans toutefois être condamné à trépigner en somnambule
    Avec la peur de redoubler et renaître dans un nouveau corps.

    Heureusement, les bons amis et ma famille poissonnière
    Reviennent buller avec moi me souhaiter bon anniversaire.
    De jeune fille jusqu’à mamie, toutes mes années printanières
    Résonnent d’une grande joie et, franchement, je suis sincère.

    So viele Blasen wie Jahre, die man mit dem Festhalten an der Blase vertrödelt hat
    Während die unruhige Welt jeden Tag ihre Kulisse ändert.
    Ohne jedoch dazu verurteilt zu sein, schlafwandlerisch zu stolpern.
    Mit der Angst, sich zu wiederholen und in einem neuen Körper wiedergeboren zu werden.

    Zum Glück sind gute Freunde und meine Fischfamilie da.
    Sie kommen zurück, um mit mir zu blubbern und mir zum Geburtstag zu gratulieren.
    Vom Mädchen bis zur Oma, alle meine Frühlingsjahre
    klingen von großer Freude, und ehrlich gesagt, meine ich das auch so.

    Tableau de Fefa Koroleva sur https:www.artfinder.comartistfefa-koroleva?epik=dj0yJnU9N1R4T3BhaXlvLU1Fd1lOTGVjN094RFdLSVB3RWNOYzAmcD0wJm49c2RkY0I1WlJjdFpBbjRMaHNfNEFxdyZ0PUFBQUFBR1I2NGxv .

  • Baiser mouillé

    Dans le courant d’une onde pure, un jour où m’étant abreuvé,
    Tandis que j’y trempais mes lèvres, j’eus la sensation d’un baiser.
    J’aperçus la jolie figure d’une femme belle à en crever
    Qui me prit avec tant de fièvre que je m’en suis senti embrasé.

    « Qui te rends donc si audacieux de venir troubler mon breuvage ? »
    Me dit une sirène pleine de charme, « Bravo pour ta témérité ! »
    Ce baiser fut si fallacieux pour me réduire en esclavage,
    Que je lui déposais mes armes car elle l’avait bien mérité.

    Tableaux de Marco Busoni et Bluelarch.

  • Sirène d’amour

    Sirène d’amour

    Les grandes passions aquatiques ont leur sirène chasseresse
    Armée du trident de Neptune à l’instar de l’arc et des flèches.
    Celle-ci, tout autant romantique, nage et traque avec allégresse
    Les rencontres fort opportunes qui vivront d’amour et d’eaux fraîches.

    Le trident est empoisonné à la folie des profondeurs
    Qui précipite les amoureux en copulations colossales.
    Et dans les grottes cloisonnées résonnera l’échosondeur
    Qui proclamera langoureux toutes les naissances abyssales.

    Illustration de Lusitano Grey.

  • M’as-tu vu le vendredi ?

    À force de me répéter « vivement qu’on soit vendredi ! »
    Dès le lundi, j’en ai les larmes aux yeux qui rappellent la mer.
    J’en ai le regard hébété du mardi jusqu’au mercredi
    Et le jeudi sonne l’alarme : « plus que vingt-quatre heures amères ! »

    Heureux comme un poisson dans l’eau, je batifole ce jour-là ;
    L’aïoli devient un festin et la Bouillabaisse est divine.
    Mais le week-end part au galop à tant faire la bamboula
    Qu’arrive ce terrible destin… que tous les travailleurs devinent.

    Tableaux de João Vaz de Carvalho.

  • Bonne pêche !

    Tandis que la sirène à quai s’est ensommeillée sur le sable,
    Les deux pêcheurs qui l’ont halée devisent d’un air impérieux.
    S’ils produisent un communiqué avec ses suites irresponsables
    Ils attireront des allées et venues d’une foule de curieux.

    S’ils gardent la chose secrète, comment la cacher à leurs femmes
    Qui trouveront plutôt bizarre d’aller en mer trois fois par jour.
    Et si jamais ils la rejettent, la sirène trouvera infâme
    D’avoir été mise à l’écart aujourd’hui et même pour toujours.

    Mais la sirène est plus maligne et a trouvé la solution ;
    Elle leur fait un abonnement valable les nuits solunaires
    Car ces nuits-là toutes les lignes ont tellement de production
    Qu’il leur faudra tout bonnement plus de nuitées qu’à l’ordinaire.

    Tableau de David Lawrence sur davidlawrenceart.com .

  • Le signe du lit de la rivière

    Le signe du lit de la rivière

    Ce doit être un signe des temps que ces nombreuses catastrophes,
    Ces inondations régulières et la constante montée des eaux ;
    Je rêve d’un cygne d’étang qui, dès le matin, m’apostrophe
    Au saut du lit de la rivière entre nénuphars et roseaux.

    Mieux que la météo marine et son équivalent stellaire,
    Il crée mes rêves prémonitoires à l’encontre des parlementaires.
    Ceux qui nous roulent dans la farine par leurs discours impopulaires
    Peuvent changer le cours de l’histoire mais pas le destin de la Terre.

    Demain, soit je régresserai et redeviendrai un poisson
    Et tous nous recommenceront des destinées les plus immondes,
    Soit, au contraire, j’évoluerai après avoir fait la moisson
    Des projets les plus fanfarons pour quitter la folie du monde.

    Tableau de Christian Schloe.

  • Quand les poissons s’envoleront

    Quand les poissons s’envoleront

    Il en est des rêves utopiques de ceux qui ne connaissant rien
    Ont pourtant bravé l’aventure et triomphé des gens instruits.
    Les meilleurs désirs atypiques, à en croire les historiens,
    Malgré quelques mésaventures ont toutefois porté leurs fruits.

    Et je propose de construire les rêves les plus audacieux
    Et même les plus impossibles voire s’ils paraissent stupides
    Car lorsqu’il s’agit de détruire les savoirs les plus fallacieux,
    La porte de tous les possibles s’ouvre en grand aux plus intrépides.

    Une fois décroché la Lune, la pêche devient miraculeuse
    Car les poissons volent par-dessus l’eau qui a coulé sous les ponts.
    Les pêcheurs à l’heure opportune munis de lignes nébuleuses
    Ne seront, je crois, pas déçus de ma suggestion, j’en réponds.

    Tableau de Christian Schloe.

  • Sirène blanche et sirène noire

    La sirène blanche éclaire mes nuits par le grain de sa peau laiteuse
    Qui se confond avec mes songes ensommeillés d’iode et de sel.
    Elle se morfond, elle s’ennuie. Par mes rêveries prometteuses
    Je la distrais de mes mensonges dont elle tire les ficelles.

    La sirène noire me fait plonger dans le sommeil le plus profond
    Vers les mirages aquatiques qui nourrissent mon inspiration.
    Elle aime me faire prolonger intensément vers les tréfonds
    Là où ses fantasmes érotiques ont le plus de motivation.

    Tableaux de Yelena Briksenkova et de Becca Stadtlander.

  • La sirène humaine

    Quand la sirène devient humaine pour l’amour d’un beau matelot
    Elle est un peu déboussolée sans sa queue mais avec deux jambes.
    Il faut une bonne semaine avant de se jeter à l’eau
    C’est-à-dire de batifoler gaillarde, alerte et ingambe.

    Encore une fois, elle hésite de quitter l’élément liquide
    En outre, le fond de l’air est frais, d’ailleurs elle en reste sans voix.
    Juste une dernière visite ; déjà l’eau paraît insipide.
    Elle rejoint le monde qui l’effraie comme toujours la première fois.

    Photos de Joel Meyerowitz et Ryan McGinley sur https:www.slate.frgrand-formatjoel-meyerowitz-photographe-oeil-70029 .

  • Les couleurs en ballade

    Le vendredi, elle a le blues, toujours l’ivresse des profondeurs
    Qui lui fait voir soit tout en noir, soit tout en bleu, soit tout en blanc.
    Alors elle enfile sa blouse qui dissimule ses rondeurs
    Et chante tout son désespoir d’un récital des plus troublants.

    Puis du samedi au dimanche, elle se baigne de couleurs
    Pour mieux accueillir la balade des matelots en mal d’amour,
    Lassés de s’astiquer le manche – ce qui provoque cals et douleurs –,
    Qui viennent écouter ses ballades un peu grivoises mais riches d’humour.

    Illustrations de Julie Paschkis sur https:wondrouswovenmagic.wordpress.com20101013wondrous-wednesday-julie-paschkiss-fabrics .

  • À l’attention de M. Neptune

    À l’attention de M. Neptune

    Elle s’était prise dans les filets
    De mes rêves imaginés
    Que je lance à la mer obscure
    Afin d’affronter mes nuits blanches.
    Elle avait pris l’entrefilet
    De mes feuillets émarginés
    Pour la balise de Mercure
    Qui, en nouvelle lune, se déclenche.

    Elle s’est retrouvée dans mes vers
    Toute menue, échevelée,
    L’air apeuré entre mes lignes
    Entrelacées, inopportunes.
    Elle a éprouvé un revers
    De fortune, là, tout esseulée.
    Alors, j’ai adressé d’un signe
    Ce poème à Monsieur Neptune.

    Monsieur Neptune, en gentleman,
    A fait tomber d’une étagère
    Un coquillage de circonstance
    Par lequel j’écoute la mer.
    Et la sirène mélomane
    Par la parole messagère
    À vite pris de la distance
    D’une jolie fugue éphémère.

    Illustration de Steve Purcell.

  • Les poissons-femmes

    Femme-poisson ou poisson-femme ? La Nature n’a pas su choisir ;
    Des femmes aux gueules de merlans frits ont émigré aux antipodes.
    Sans doute vous paraissent-elles infâmes et jaugées avec déplaisir
    Mais supposez-les appauvries d’une tête de gastéropode !

    Plus douées pour la reproduction que la sirène à queue de poisson,
    Les marins n’ont pas à les craindre car elles sont végétariennes.
    En revanche pour la séduction, il vaut mieux s’aider de boisson
    Alcoolisée pour les étreindre… à condition qu’on y parvienne.

    Tableaux de Hannah Yata sur beautifulbizarre.net20150108the-beautifully-imperative-world-of-hannah-yata .

  • La fille de Némo

    La fille de Némo

    Au fond des fosses abyssales vivrait une femme-poisson
    Dont l’origine remonterait à l’aube de la nuit des temps.
    Fruit des légendes colossales dont les poètes font leur moisson
    Mais qui pourtant raconteraient les mêmes faits se répétant.

    On la dit fille de Némo, de la famille de Noé
    Dont l’Arche aurait été léguée par héritages successifs.
    Par gratitude aux animaux qu’il suivait de son canoë,
    Il l’avait alors reléguée dans un bâtiment immersif.

    Et puis Némo eut une fille, née du sein même d’une sirène,
    Qui navigua avec son père vingt ans tout autour de la Terre.
    Elle portait à sa cheville une gourmette marquée « Irène »
    Et avait bâti son repaire dans un abîme solitaire.

    Tableau de Carolyn Laplante sur https:designspartan.compresentationpresentation-digital-painter-carolyn-laplante-aka-snaketoast .

  • Quand la poulpe est pleine

    Comme elle a plusieurs tentacules et qu’elle a su faire ses preuves,
    La sirène s’est faite jardinière dans les algues aux fruits aquatiques.
    Aidée par les animalcules d’un plancton riche à toute épreuve,
    Elle distille de sa pépinière un élixir fantasmatique.

    Et du samedi au dimanche, la sirène et son gros triton
    Trinquent et oublient tous leurs déboires de la sainte semaine écoulée.
    Ils s’étreignent de huit paires de manches, se moquent du qu’en-dira-t-on ;
    Ce qui tend à prouver que boire fait les abysses chamboulées.

    Tableaux de Hannah Silivonchyk sur https:www.livemaster.rutopic980417-dobrota-i-trogatelnost-v-kartinah-anny-silivonchik .

  • L’amour à califourchon

    L’amour à califourchon

    Heureux comme un poisson dans l’eau ? Oui mais quand on est cachalot
    Les amours sont plus compliquées pour ne pas dire alambiquées.
    Quant aux fabuleuses sirènes, leurs amours ne sont pas sereines
    Car elles ont besoin pour mari d’un matelot bien aguerri.

    Il faut un marin bien dodu afin qu’elles en soient mordues ;
    Un marin pas trop maigrichon – faut pas s’monter le bourrichon ! –
    Un homme de mer pas trop revêche pour lui garantir la chair fraîche
    Et s’il est plutôt joli garçon, elle l’aimera à califourchon.

    Illustration de Lisa Aisato sur https:www.aisato.nomalerier .

  • Zénitude en profondeur

    Sans doute la vie de sirène s’avère plus zen qu’une humaine ;
    Elle n’a pas inventé le feu, pas plus l’eau tiède que la poudre.
    Sa vie paraît donc plus sereine avec sept dimanches par semaine
    Sans faire bouillir le pot-au-feu, ni laver, repriser ni coudre.

    Car elle a, de son mâle, appris qu’au fond les femmes sont sensées
    Car elles n’ont pas besoin de roue ni de devoir franchir les bornes.
    Hélas, chez nous, des malappris mènent une guerre insensée
    Pour mettre nos femmes sous les verrous selon « la loi de la licorne ».

    (Tableaux de Isabelle Bryer sur https:www.liveinternet.ruusers3255824post234988954
    « La loi de la licorne » sur https:www.caminteresse.frsocietequest-ce-que-la-loi-de-la-licorne-1175841 .)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Serre-moi la pince !

    Serre-moi la pince !

    Comme elle connaît ses limites, elle se plaît à les dépasser,
    Affronter les plus grands dangers du plus simple au plus compliqué.
    Ainsi donc s’est forgé le mythe de celle qui aime outrepasser
    La peur du péril étranger par un courage revendiqué.

    Les crabes lui serrent la pince avec une grande admiration ;
    Les méduses sont médusées et les requins sont requinqués.
    On dit qu’elle a séduit un prince au cours de sa transmigration
    Et qu’elle en aurait abusé… et que le pauvre aurait trinqué.

    Elle lui a préféré le crabe dont les pinces d’or sont renommées
    Depuis qu’un jeune aventurier l’a narré dans ses reportages.
    Tant pis ! Bien que le prince arabe l’ait appelée sa Salomé,
    Elle a choisi un roturier, oui mais expert en pinçotage.

    (Tableau d’Anthony Ackrill sur https:americangallery.wordpress.comcategoryackrill-anthony
    « Je connais mes limites. C’est pourquoi je vais au-delà. » Serge Gainsbourg.)

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  • Attentat en profondeur

    Attentat en profondeur

    Souvent lorsqu’il part à la pêche avec ses leurres et ses appâts,
    Notre sirène se dépêche d’y frotter ses propres appas.
    Plus le marin est pourfendeur avec hameçons et crochets,
    Plus l’attentat en profondeur par elle lui sera reproché.

    D’abord elle tâte l’aiguillon pour en tester la résistance
    Et prélève un échantillon dont elle goûte la substance.
    Puis à son tour, elle asticote d’un caractère bien trempé,
    La ligne qui se ravigote sous l’action du marin trompé.

    Après tout va toujours trop vite et tel est pris qui croyait prendre
    Car le pauvre pêcheur n’évite jamais de se laisser surprendre.
    Or il n’en reste aucune arête ; juste un chapeau à la dérive
    Car la sirène ne s’arrête qu’avec la nuit, quoi qu’il arrive.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’adieu à la sirène

    L’adieu à la sirène

    Adam et Ève ou les sirènes ? Dieu s’est beaucoup interrogé ;
    L’homme et la femme, c’est plus sérieux mais les chimères, c’est le rêve !
    Mais il a vite repris les rênes en réfléchissant au projet
    De son désir impérieux. Tant pis si la sirène en crève !

    Heureusement que Lucifer lui récupéra le programme
    Qu’il essaima au fond des mers comme un virus dans les abysses.
    Tandis que tous les mammifères se centuplaient au kilogramme,
    Les amourettes outremer portaient leur fruits avec malice.

    Les vieux loup-de-mer, du meilleur cru, gobent les marins bien dodus
    Qui cherchent trésors et merveilles et viennent troubler leur boisson
    Mais Adam n’y a jamais cru quant à Ève, elle a répondu
    Que ce n’est pas demain la veille qu’elle port’ra un’ queue de poisson.

    Tableau d’Anthony Ackrill sur https:americangallery.wordpress.comcategoryackrill-anthony .

  • 1 œil du vendredi saint + 7 avril = 13

    Comme le verre à moitié plein, certains n’y voient que du bonheur ;
    Comme le verre à moitié vide, d’autres n’y voient que du malheur.
    J’ai pitié d’eux et je les plains lorsque le mois nous fait l’honneur
    D’un vendredi âpre et avide d’un treize qui se veut harceleur.

    Lorsque tombe un vendredi treize, chacun voit midi à sa porte ;
    L’occasion de tenter sa chance ou interroger son pendule.
    L’amour avec ses yeux de braise prend ce que le temps lui apporte
    Et le samedi, par vengeance, s’amuse aux dépends des crédules.

    Photos de Flóra Borsi sur https:www.2tout2rien.frdes-auto-portraits-avec-des-yeux-danimaux-par-flora-borsi .

  • Avril, le roi de la brosse-à-chiottes

    Avril, le roi de la brosse-à-chiottes

    Au mois d’avril, grand nettoyage, c’est le mois qui lave plus blanc
    À grandes averses et pluies d’orages, un peu de grêle pour décaper.
    On sèche à grand coup d’essorage ; les coups de vent les plus troublants
    Font plus que force ni que rage envers une Terre à retaper.

    Et Avril s’en donne à cœur joie avec son balai arc-en-ciel
    Qui vous redonne un coup de neuf tout autour des quatre horizons
    Qui donne envie aux villageois qu’il est enfin providentiel
    Au bout de quatre-vingt-dix-neuf jours de fêter Pâques aux tisons !

    Illustration de Lisa Aisato sur https:www.aisato.noandre-illustrasjoner#itemId=55830f07e4b0d670c6fc3e2b .

  • La course éperdue de Mars

    La course éperdue de Mars

    Aussitôt né, c’est de départ pour la course contre la vie
    Où il ne pourra s’arrêter d’avancer sinon reculer.
    Où court-il ainsi ? Nulle part ! Sa faim toujours inassouvie
    Le pousse à ne jamais regretter de devoir tant gesticuler.

    Ainsi était la vie de Mars, un mois échappé à l’hiver
    Qui voulait connaître l’amour et épanouir sa libido.
    Mais le printemps aime les farces ; le mois d’avril n’est qu’un pervers
    Qui lui glisse dans un trait d’humour un poisson derrière le dos.

    Illustration de Lisa Aisato sur https:www.aisato.noandre-illustrasjoner#itemId=55830f07e4b0d670c6fc3e2b .

  • Parties de sirènes

    Parties de sirènes

    Vivre d’amour et de marin, bien entendu c’est nourrissant
    Mais mieux vaut changer du train-train pour que ce soit plus intéressant !
    Pour les sirènes consternées d’être à chaque fois gourmandées,
    Il faut un régime alterné adapté et recommandé.

    Les sirènes unissant leurs charmes sont devenues homosexuelles ;
    Si la morale tire l’alarme, cette pratique est conceptuelle.
    Les marins ne s’en plaignent pas, la voie des mers devient plus sûre ;
    Ils ne servent plus de repas et ne craignent plus les morsures.

    En revanche la reproduction a changé comme le raconte
    La science qui fait obstruction même si elle y trouve son compte.
    Si les sirènes se font rares car elles s’aiment avec passion,
    Leur espèce – et sans crier gare – a fini en queue de poisson.

    Tableau d’Anthony Ackrill sur https:americangallery.wordpress.comcategoryackrill-anthony .

  • Des poissons à mes chromosomes

    Des poissons à mes chromosomes

    Il doit me rester quelques arêtes inscrites dans mes chromosomes ;
    Antique souvenir du temps où je vivais au fond des mers.
    Comme jamais la vie ne s’arrête, il faudra bien qu’un jour les hommes
    Acceptent tous de convenir de leur existence éphémère.

    Mais tout va bien, tout se transforme et nous avec, par ricochet ;
    Demain nous serons chats ou rats ou homo-LGBTibus.
    Nouvelle race, nouvelles normes, nouveaux dieux auxquels s’accrocher
    Ou un démon qui essaiera de nous la couper rasibus.

    Tableau de Kagoshima sur https:www.juxtapoz.comnewspaintings-by-japans-ai-shinohara .

  • Bras-dessus bras-dessous et poisson-chat – 2

    Le poisson-chat est revenu hier se promener dans mes rêves
    Et j’ai vu le commencement du poisson dont il est question.
    Pêché dans l’étang du couvent et mis en panier sur la grève,
    Il s’attendait évidemment à faire l’objet d’une digestion.

    Tout débonnaire, le pêcheur fier de sa pêche miraculeuse,
    Ouvrit un tonnelet de rhum et le bonhomme s’enfiévra.
    Pour lui conserver sa fraîcheur, il eut une idée fabuleuse
    Et versa un peu de sérum au poisson qui s’en enivra.

    Survint un chat qui avait faim, un chat qui cherchait l’aventure
    Et qui, sans tambour ni trompette, s’empara de la belle prise.
    Mais lorsqu’il vit son aiglefin – alors que friand de nature –
    Plutôt que d’en faire trempette, il lui fit une sacrée surprise.

    Un coup de foudre détonant frappa notre chat vigoureux
    Dont la phénoménologie me surprend encore et toujours.
    Bras-dessus, bras-dessous – c’est étonnant – le chat qui tomba amoureux
    Le transporta dans son logis pour agrémenter son séjour.

    Tableaux de Valeriy Syrov.

  • Une sirène dans la course

    Une sirène dans la course

    Au temps de la Marine à voile, elle courait les cheveux au vent
    Souvent en figure de proue comme chimère redoutée.
    Parfois, le nez dans les étoiles, elle guettait le soleil levant
    Pour fuir sur les chapeaux de roues le cœur d’un marin envoûté.

    Et puis, à voile et à vapeur, la mécanique devenue reine,
    Elle a bien dû se recycler et mettre la main à la pâte.
    À tel point qu’elle ose sans peur braver la folie des sirènes
    En démarrant d’un tour de clef avec une vigueur qui m’épate.

    Spécialiste en queues de poisson, virages en épingle à cheveux,
    Je l’admire et je lui débourse une fortune pour la suivre
    Car j’aime faire la moisson de tout mon cœur, de tous mes vœux
    De sa conquête de la course, poitrine nue sur peau de cuivre.

    Illustration de Willy Maltaite extraite de l’album « Le jardin des couleurs ».

  • Bras-dessus bras-dessous et poisson-chat – 1

    Bras-dessus bras-dessous et poisson-chat - 1

    J’imaginais les poissons-chats déambuler clopin-clopant,
    Flâner bras-dessus bras-dessous, copains comme cul et chemise.
    Et puis j’ai vu sortir un chat les bras serrés enveloppant
    Un poisson complètement saoul regrettant la faute commise.

    « Déjà vendredi ! » me dit-il « et ce sacré vieux loup de mer
    A bu tout un tonneau de rhum percé, répandu sur la grève ! »
    Tout cancan étant inutile, je les laissais à leurs chimères
    Prendre la voie qui mène à Rome et moi de poursuivre mon rêve.

    Mais ce n’est que le lendemain en revoyant ces compagnons
    Que je leur demandai, curieux, s’ils avaient bien cuvé leur vin.
    Ils continuèrent leur chemin toujours enlacés, l’air grognon
    Me lançant un regard furieux… et d’eux, je ne sais c’ qu’il advint.

    Tableau de Valerij Syrov.

  • La couleur de la voix

    Par leurs coquillages portables et par les courants en réseaux,
    Chaque sirène communique selon la portée du liquide
    Qui se révèle incontestable sous la surface, entre deux eaux,
    Grâce à la qualité unique de la mécanique des fluides.

    Le chant réputé légendaire est de ce fait amplifié
    Par l’enchevêtrement des conques réparties en amphithéâtre
    Et par un effet secondaire de leurs nacres vitrifiées
    Qui jouent d’une note quelconque un blues d’une couleur bleuâtre.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • La justice éminente

    Éminente ou bien dominante, la justice est-elle un fléau ?
    Plane-t-elle au-dessus de nous comme une épée de Damoclès ?
    La question est impertinente car elle invoque les idéaux
    De ceux qui mettent à genoux les gueux sans la moindre noblesse.

    La loi est dure mais c’est la loi et dures sont les forces de l’ordre
    Lorsqu’elles sont manipulées d’une main lourde et radicale
    Car il n’est pas de bon aloi de laisser les pauvres chiens mordre
    Les maîtres qui ont stipulé que leur gestion est amicale.

    Tableau de Sidwill-cg sur DeviantArt

  • Copains comme poisson-chat

    Comment vivre d’amour et d’eau fraîche entre un poisson et un chaton
    Lorsqu’il semble contre nature d’unir ces familles ennemies ?
    Le chat se montre assez revêche à se tremper les ripatons
    Quant au poisson, si d’aventure il sort de l’eau, il en frémit.

    Alors copains comme poisson-chat c’est comme croire qu’une sirène
    Pourrait aimer son matelot autrement que dans son assiette.
    Mais seul Lucifer s’y pencha et Dieu tira vite la sirène
    Et cet accouplement ballot finit au fond d’une oubliette.

    Tableau de Jean Metzinger