Catégorie : Sirènes

  • La nuit de la sirène

    Ayant chanté toute la journée, le chant de la sirène fond
    Dans la nuit noire et étoilée d’une petite mort trop brève.
    Mais le marchand dans sa tournée de sable d’un sommeil profond
    Lui permet de se dévoiler dans le cœur du dormeur qui rêve.

    Et dans mes rêves, je la sens, la douce caresse de velours
    D’une voix qui vient et m’enveloppe dans la capture de mes songes.
    Et cette douleur, j’y consens car l’esprit devenu balourd
    Cède à celle qui développe sa vérité comme un mensonge.

    Mon cœur me crée des insomnies pour résister à la charmeuse
    Mais j’y succombe au petit jour – quel oubli stupide et bénin !
    Je n’émets nulle calomnie du fond de mon âme dormeuse
    Car j’y succomberai toujours ; c’est mon idéal féminin.

    Tableau d’Auguste Raynaud

  • La pêche originale

    Quand Dieu créa l’eau des rivières, elle était fort alcoolisée
    – Sans doute deux anges farceurs jouant aux apprentis chimistes.
    On remonta sur la civière les premiers thons diabolisés
    Par le breuvage dont la noirceur n’était pas des plus optimistes.

    Puis Dieu créa l’homme-poisson ; les anges virent que c’était bon
    Et furent les premiers à pêcher l’Adam et l’Ève en pleine ivresse
    Car les bougres épris de boisson – eaux-de-vie, vodka et bourbon –
    N’avaient vraiment pu s’empêcher de siffler l’eau enchanteresse.

    Ainsi Dieu punit tout le monde à coup de foudre et de déluge
    Et dilua l’eau de la Terre, puis rajouta un peu de sel.
    À point, la planète féconde put enfin servir de refuge
    Au nouvel homme propriétaire ; ange et démon universel.

    Tableau de Scott G. Brooks sur https://www.scottgbrooks.com/product-category/giclee-prints

  • Comment j’ai trouvé mon Vendredi

    C’est en voyant passer les gens, perpétuellement sans relâche,
    Sortir leur chien trois fois par jour, toujours par le même chemin,
    Que j’acquis un poisson d’argent, docile, aux nageoires un peu flaches,
    Pour fuir mon tranquille séjour sans stresser, la laisse à la main.

    Ensemble nous suivons la rivière où je le laisse aller nager
    Car il adore s’éclater à outrepasser les cascades.
    Sauf pour les transports ferroviaires où j’ai dû lui aménager
    Un aquarium hélas refusé par un vieux contrôleur maussade.

    Quand les animaux domestiques subiront la montée des eaux,
    Ils accueilleront dans leurs rangs toute la faune piscicole.
    Plaise à mon esprit scolastique d’ouvrir grand les portes des zoos
    Pour créer à contre-courant ce concept comme un cas d’école.

    Illustration d’Omar Rayyan

  • L’entraînement de la sirène

    Muscler l’organe phonatoire ouvre de nouvelles dimensions
    Sur la plus mortelle des armes dont on ne voit pas la couleur.
    Le chant n’est plus aléatoire mais soumis à la distension
    Des cordes vocales qui charment par une indicible douleur.

    Bien au-delà de la souffrance qui traverse ses deux hémisphères,
    Le marin perd sa volonté comme le taureau dans l’arène.
    Reproduit alors à outrance sur les mers de la planisphère,
    Il nourrit les faits racontés sur la légende des sirènes.

    Illustrations de Nadezhda Illarionova sur https://www.artstation.com/artwork/krP1z

  • Le chant des sirènes

    Souvent la sirène révise l’art de son chant avant l’épreuve
    Qui la consacrera peut-être diva, soliste, enchanteresse.
    L’examen sera vicelard car sa voix doit fournir la preuve
    Qu’elle nécessite nul sonomètre pour qu’un marin s’y intéresse.

    Parmi toutes les prétendantes qui briguent le titre envié,
    Elle se souvient de sa marraine et ses précieux enseignements
    Sur les vocalises ascendantes durant tout le mois de janvier
    Où elle a pratiqué, sereine, expérience et entraînement.

    Illustrations de Nadezhda Illarionova sur https://www.artstation.com/artwork/krP1z

  • La sirène novice

    Point besoin d’être née sirène pour être promue au statut
    De la compagnie des princesses et futures reines des mers.
    Or pour accéder à l’arène et être élève de l’institut,
    Il suffit d’immerger ses fesses et développer ses pieds palmaires.

    Ainsi la fille devient novice et vit en totale immersion
    Dans un séminaire aquatique où elle restera cloîtrée.
    Nourrie aux saintes écrevisses, elle subira la conversion
    De ses jambes problématiques en une queue idolâtrée.

    On lui apprendra à chanter et amplifier son organe
    Pour une chasse consacrée à son régime bienséant
    Par des formules enchantées enseignées par la fée Morgane
    Dont les connaissances sacrées priment dans tous les océans.

    Illustration de Mark Ryden

  • Une sirène pas comme les autres

    Fi des queues en colimaçon pleines d’arêtes et de nageoires ;
    Vivent les queues en tentacules pour mieux étreindre ses victimes !
    La mer, c’est bon pour les poissons ; idem les mares et pataugeoires !
    Refusons tous ces ridicules clichés sur notre vie intime !

    Elle a pris un appartement avec vue sur les vallées suisses ;
    Elle y reçoit peu de matelots car elle leur préfère les bergers.
    Mais elle y cajole ses amants entre ses si nombreuses cuisses
    Que plus d’un de ces rigolos redemandent à s’y héberger.

    Elle y consent et les invite à partager tous ses repas
    Et garnit ainsi son frigo de gigots, épaules et cuisseaux.
    Tout un petit monde gravite, chimères plus ou moins sympas,
    Avec lesquelles, tout de go, elle partage les meilleurs morceaux.

    Tableau de Nicoletta Ceccoli sur https://ilmondodimaryantony.blogspot.com/2013/08/gli-incubi-celesti-di-nicoletta-ceccoli.html

  • Sauver le dernier poisson

    Il n’a pas l’air dans son assiette, le p’tit poisson du vendredi
    Péché, lavé et congelé directement au chalutier !
    Adieu écailles en paillettes, bonjour pané du mercredi,
    Filets carrés et morcelés, darnes découpées sans pitié !

    Faut-il sauver le dernier poisson ? Interdire sa consommation ?
    Mettre à l’index la bouillabaisse, les fruits de mer et l’aïoli ?
    Maquereau qui trouble la boisson du loup de mer en privation,
    Es-tu en hausse ou à la baisse chez ton mareyeur aboli ?

    Illustration d’Enki Bilal

  • La sirène et son fils

    L’évènement est assez rare mais il se produit toutefois
    Quand les marins se mettent en quatre à satisfaire la sirène.
    Car celle-ci n’est pas avare en brochettes de cœurs et de foies,
    Plats aphrodisiaques à débattre mais stimulants en œstrogènes.

    Si bien que quelques mois plus tard, tout le ferment de leur laitance
    Donne naissance à un triton, moitié humain moitié poisson.
    Un fils qui saura sans retard démontrer toute sa prestance
    Avec sa voix de baryton qui monte depuis son caleçon.

    Tableaux de Malene Reynolds Laugesen

  • Prise la main dans la nasse

    Gaffe à la sirène voleuse qui se laisse prendre au filet
    Pour mieux sélectionner sa proie et fuir sans demander son reste !
    La sirène n’est plus cajoleuse après trois crises d’affilée
    Et préfère un banc de lamproies à un marin fort indigeste.

    D’ailleurs plus jamais elle ne chante à s’égosiller sur la mer
    Mais vous pouvez toujours l’entendre à toute heure sur les réseaux.
    Que voulez-vous ? Elle déchante car l’avenir se montre amer
    Et songe à changer sa queue tendre, puis faire feu des deux fuseaux.

    « Dès que la féminine engeance sut que le singe était puceau,
    au lieu de profiter de la chance, elle fit feu des deux fuseaux »
    Georges Brassens, Le Gorille.

    Tableau de Catrin Welz-Stein

  • Le sirénomètre

    Pour observer le temps qu’il fait, rien ne remplace un baromètre
    Mais pour suivre le temps qui passe, il faut l’instrument adéquat.
    Chaque marin, s’il est parfait, consulte son sirénomètre ;
    L’appareil le plus efficace, je vais vous expliquer pourquoi :

    Mais à quoi pense la sirène tous les matins en se coiffant ?
    C’est selon la température du courant de la mode en mer ;
    Selon si les stars dans l’arène s’échangent des mots décoiffant
    Dont l’ampleur en twittérature s’avale comme une pilule amère.

    Les cheveux longs de la sirène exigent une totale attention
    Pour dénouer toutes les tresses et les peigner comme il se doit.
    Selon l’actualité sereine, tout se démêle sans tension
    Mais quand elle en lit les détresses, il lui faudrait plus de dix doigts.

    Tableau de Patricia Rose Studio

  • Ah, si vous connaissiez ma sirène !

    Savez-vous quel est le modèle le plus en vogue dans les musées
    Qui représente l’étalon plus précieux que l’or outremer ?
    Point n’y ont été infidèles, ni lassés, ni désabusés,
    Ceux qui fréquentaient les salons des galéristes de la mer.

    Derrière un rideau de peinture se cache la beauté interdite
    De celle qui figurait l’émule de l’imperceptible Aphrodite.
    D’autant qu’en-dessous de la ceinture, à l’instar des jambes prédites,
    Un coup de pinceau dissimule sensuellement sa queue maudite.

    Tableaux de Colette Calascione

  • Demandeurs d’asile

    Quel sera le comportement des habitués des abysses
    Quand toutes les eaux monteront à l’assaut des terres inondées ?
    Prendront-ils leurs appartements parmi les nombreuses bâtisses
    Que nous leur abandonnerons sans pouvoir les vilipender ?

    Ils prendront nos poissonneries pour des tortures piscicoles,
    Tiendront nos boîtes de conserve pour des sardines locataires,
    Jugeront nos polissonneries comme stupides cas-d’école.
    Alors que Neptune leur réserve l’eau promise sur toute la Terre !

    Tableau de Jose Francese

  • Poissons-ballons

    Jamais je ne terminerai mes vacances en queue de poissons ;
    Voici la raison pour laquelle, je me fabrique un train de rêve.
    Un train de poisson et de raies mais de queues en colimaçon
    Afin d’éviter les séquelles des fins d’ semaine un peu trop brèves.

    Cette année, des poissons-ballons, poissons-clowns et poissons-volants,
    Tous enchâssés en montgolfière pour filer au-delà des mers !
    Je reprendrai bien du galon et des titres mirobolants
    En tant que capitaine fier d’être un grand rêveur de chimères.

    Tableau de Jose Francese

  • L’hélice rose

    J’ai offert mon hélice rose à une sirène helvétique
    Qui m’a attiré dans le lit de sa rivière aux eaux dormantes.
    Puis, après ma métamorphose en un nouvel homme aquatique,
    Je l’ai aimée à la folie, ma douce princesse charmante.

    Et mon bateau à la dérive a navigué fidèlement
    En suivant le sens du courant du Rhin jusqu’à la mer du nord.
    Il est resté dans ses eaux vives poussé par le ruissellement,
    Puis vers l’océan concourant au point où défier la mort.

    Parfois l’hélice rose tourne dans notre palais englouti
    Mon bateau en pèlerinage revient à chaque anniversaire.
    Pourtant jamais je ne retourne vers mon passé inabouti
    Car je vis dans ce nouvel âge dont ma sirène fut l’émissaire.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Le bateau qui posait des questions

    Revenait tous les vendredis la même éternelle question :
    « Verrais-je sortir la sirène avec ou sans provocation ? »
    Bien sûr, rien ne le contredit malgré l’étrange suggestion
    D’un bateau virant de carène comme point d’interrogation.

    Pourquoi cette interrogation ? À l’évidence le pêcheur
    Est amoureux de sa chimère qu’il ne voit qu’un’ fois par semaine.
    En guise de provocation pour éloigner les empêcheurs,
    De tourner en rond, victimaire, il ép’ronne tout énergumène.

    Enfin seul avec sa sirène, il continue de tournoyer ;
    Sans doute une danse nuptiale pour conquérir sa dulcinée.
    Il vivra des amours sereines, n’ayant pas peur de se noyer,
    Mais pass’ra six journées cruciales à patienter et fulminer.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’heure des poissons-volants

    L’heure entre chien et loup-de-mer marque un étrange rendez-vous
    Lorsque la lumière bleuit sous l’influence crépusculaire.
    Le ciel lourd d’embruns doux-amer devient l’hôte qui se dévoue
    Pour que les poissons ébahis s’éveillent et s’envoient en l’air.

    Et puis, divine et magnifique, tenant la barre de sa jonque,
    S’avance leur ange-gardienne perchée sur son colimaçon.
    Tous s’apprêtent à l’honorifique rassemblement de toutes conques
    Qui vont jouer en file indienne un concerto pour infrasons.

    Entends-tu les cornes de brume dont les sons glissent sur les eaux ?
    Ils émanent des mille coquilles des olifants de l’océan.
    L’écho qui jaillit de l’écume et qui se déploie en réseau,
    Provient de l’illustre flottille qui le soir ressort du néant.

    Tableau de Laura Diehl

  • Quand rôde la sirène

    Quand elle rode entre deux eaux, cachée derrière les roseaux,
    Nul ne saurait l’apercevoir ni même ne saurait prévoir
    La nature de ses intentions à moins de faire très attention
    Aux cris des oiseaux qui trahissent l’avancée de l’instigatrice.

    Quand vous apercevrez son corps, sans doute vous pourriez encore
    Fuir et rejoindre la terre ferme avant que ses bras vous renferment
    Contre sa poitrine opulente et sa plastique corpulente
    Pour vous proposer d’en jouir avant de vous évanouir.

    Trop tard ! Et ses lèvres pulpeuses goûtent votre chair sirupeuse ;
    Ses doigts enserrent votre sexe, vous abandonnez tout réflexe
    Et quand vient la petite mort, alors que la sirène mord,
    Par le meilleur, elle vous déguste à pleine dents dans votre buste.

    Tableau de Barbara Tyson

  • La Sirène à la voix de cristal

    La Sirène à la voix de cristal

    Telle le Rossignol milanais dont la voix brisait le cristal,
    Notre sirène d’aujourd’hui a perfectionné la technique.
    Ses vocalises en javanais, qui constituent son récital,
    Dans un ton suraigu induit, brise les lames océaniques.

    Les pauvres marins attirés voient leurs navires éclater
    En mille morceaux éparpillés dans l’amphithéâtre de mer.
    Leurs corps sont alors aspirés vers les abysses dilatées
    Comme la bouche écarquillée d’une boulimique chimère.

    L’île couronnée de brisants abrite son auditorium ;
    Vaste palais dont l’acoustique porte au-delà de l’horizon.
    Parfois l’écho électrisant échappé de son vivarium
    Rappelle un chant fantomatique. Ô notes aiguës, quelle trahison !

    Illustration de Vladimir Stankovic.

  • La sirène nippone

    À marée basse, la sirène s’éveille au soleil du levant
    Pour déjeuner d’huîtres perlières, repas frugal mais ancestral.
    Après une attention sereine, mûrie à l’écoute du vent,
    Elle quitte son île hospitalière pour suivre son chemin astral.

    À marée haute, la sirène regagne ses terrains de chasse
    Pour traquer de ses yeux bridés les loups de mer comme gibier
    Car le destin de notre reine la contraint à ce qu’elle pourchasse
    Les matelots à peau ridée, jeunes mousses ou vieux gabiers.

    Tableaux de Takabatake Kashou.

  • Sirènes d’eaux salées

    Sirènes d’eaux salées

    La vie et la mort sont liées comme le prédateur et sa proie
    Qui ont évolué ensemble et pris des chemins de traverse.
    Et chacun se multiplier dans une odyssée ou surcroît
    La destinée qui les rassemble dans des situations perverses.

    La sirène a goûté le sel, la sirène a goûté le sang.
    D’un appétit insatiable pour tous les jours de la semaine.
    Comme un désir universel si irrésistible et puissant
    Qu’elle en devient impitoyable envers ses victimes humaines.

    Mais on ne croit plus aux chimères dans notre société moderne ;
    Dieu et la science renient tout ce qui n’est pas très catho.
    Et lorsque l’homme prend la mer – et des vessies pour des lanternes –
    Les sirènes – quelle ironie ! – accourent autour de son bateau.

    Illustration de Trina Schart Hyman.

  • Sirène d’eaux douces

    Sirène d’eaux douces

    Beaucoup d’amour et d’eau de source pour les sirènes helvétiques
    Qui s’abreuvent du flux des glaciers qui s’écoulent dans les vallées.
    D’ailleurs elles sont cotées en bourse par le taux d’un franc aquatique
    Dont la valeur est appréciée par une pénurie d’eau salée.

    Jadis elles ont fait fortune en tondant les mérous dorés †
    Et en produisant du fromage à la laitance des Grisons.
    Elles ont tant collecté de thunes que les banquiers ont adoré
    Créer un prêt à leur image qui finit en queue de poisson.

    Alors la sirène d’eau douce est-elle gentille ou bien méchante ?
    On ne sait pas et les montagnes restent muettes à la question.
    Finalement, comme rien ne pousse à une réponse approchante,
    Le mystère persiste et gagne en innombrables suggestions.

    (Tableau de Jeanne Saint Chéron.
    † En effet, la peau de mérou s’tond.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Les sirènes naufrageuses

    Les sirènes naufrageuses

    Quand les hommes prennent l’amour pour aller chercher l’aventure,
    Quand ils espèrent faire bonne pêche du fond du lit de l’océan,
    Les nuits où les vents se font lourds à faire grincer les mâtures
    Ballotées aux vagues revêches les temps deviennent malséants.

    Lors, ceux qui ont le mal d’amour scrutent et consultent les étoiles
    Mais le ciel demeure blafard sous la tempête dévastatrice.
    Tout à coup, les nuages lourds déchirent un morceau de leur voile
    Et le scintillement d’un phare paraît en muse salvatrice.

    Hélas ce sont les naufrageuses avec leurs feux indissociables
    Qui traquent les hommes énamourés par un leurre trompe-couillon.
    Cette frénésie ravageuse qui nourrit ces insatiables
    Leur permettra de savourer l’homme de mer au court-bouillon.

    Tableau « The Cave of the Storm Nymphs » d’Edward Poynter.

  • Poissons d’or et poissons d’argent

    Les poissons d’or dans le courant des rivières économiques
    Tournent en rond selon le cours et le flux de l’argent liquide.
    Ils louvoient les flots concourants vers l’embouchure océanique
    Où leurs valeurs viennent au secours des prêts à risques intrépides.

    Les poissons d’argent jouent les rois de la magouille en eaux boueuses,
    Ne parlent pas, ne disent rien comme la carpe au goût de vase.
    Pour l’obtenir, payez l’octroi fors des négociations houleuses
    Et si vous êtes épicuriens, dorez-les à la genevoise.

    Illustration de Casimir Art et Tableau de Vladimir Kush sur http:licornamuseum.over-blog.comkush.vladimir-1965 .

  • Communication in vitro

    Communication in vitro

    Pour te transformer en sirène, ma fille, tu devras te soumettre
    À l’enseignement de ton mentor enfermé dans son aquarium.
    Approche-toi, l’âme sereine du bocal de ton petit maître
    Afin que l’esprit du cantor te touche de son impérium.

    L’école par télépathie saura t’ouvrir la clef des chants
    Et donner le ton à ta voix par cette manière opportune.
    Laisse le charme et l’empathie opérer tout en retouchant
    Ton corps qui choisira sa voie parmi les enfants de Neptune.

    Torse nu, reçois dans tes seins la transmission de sa laitance
    Qui mutera tes jambes en queue quand tu rejoindras l’océan.
    Honore le doyen du bassin, ce poisson fort de compétence ;
    Tes acquis deviendront aqueux et ton avenir bienséant.

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev sur https:ghoti-and-us.tumblr.compost180996938912andrej-mashkovtsev-her-good-friend-mackerel .

  • Possession poissonnières

    Certaines sirènes – perverses ? – ne chantent pas pour les marins
    Mais pour les jolies marinières qui se baignent bien innocemment
    Dans les courants d’eaux de traverses où guettent leurs ongles ivoirins
    De drôles d’écailles poissonnières brillant de troubles chatoiements.

    Elles ne les tuent pas, au contraire ! Elles les convertissent à leurs causes
    En les transformant en sirènes lors d’amoureuses mutations.
    Si cette possession arbitraire ne déclenche aucune psychose,
    On dit sa pratique sereine fors sa mauvaise réputation.

    Tableaux de David Delamare.

  • Sirène d’air la nuit et d’eau le jour

    Sirène d’air la nuit et d’eau le jour

    Tandis que l’homme est en sommeil sur son navire sous la Lune,
    La sirène émerge la tête pour humer l’air frais de la nuit.
    Depuis le coucher de soleil, elle guettait l’heure opportune
    Pour se hisser à la conquête au douzième coup de minuit.

    Bien sûr, nul clocher ne résonne ni ne sonne l’heure des marées
    Mais le volcan qui tonne au large lui fait l’office d’une horloge.
    En premier lieu, elle arraisonne le bateau au quai amarré,
    Puis grimpe par le monte-charge, enfin pénètre dans sa loge.

    Toute la nuit elle a goûté le charme de son matelot,
    Jusqu’au matin a savouré follement l’amour de sa chair.
    Quand vint le soleil redouté, la sirène a plongé dans l’eau
    Avec le cœur énamouré d’un sacrifice qui lui est cher.

    Tableau de Rafal Olbinski semblable au RVP 591 du 07.09.2020.

  • La sirène loufoque

    La sirène loufoque

    Ventre affamé n’a pas d’oreilles ; il en est de même pour le phoque
    Tandis que l’otarie avide arbore ses deux pavillons.
    La sirène n’a pas sa pareille pour s’entourer de ces loufoques
    Animaux marins impavides qui se bousculent au portillon.

    Par son armée de phocidés, dont elle est fière et orgueilleuse,
    Elle monte à l’assaut des bateaux qu’elle surveille avec extase.
    Les pauvres marins trucidés connaissent une mort merveilleuse
    Car, cerise sur le gâteau, ils sont noyés par épectase.

    Quant aux vieux loups de mer indemnes qui ont gardé l’âme sereine,
    Ce sont ceux-là qui bonimentent d’anecdotes les plus fantaisistes.
    Et s’ils vous sortent un diadème volé à Simone-la-Sirène,
    Ce n’est qu’une arnaque infamante bonne à escroquer les touristes.

    Tableau de Sheila Wolk.

  • Ce qui est en haut et ce qui est en bas

    Ce qui est en haut et ce qui est en bas

    Ce qui est en haut émergé, ce qui est en bas immergé,
    Ce qui est devant au-dessus, ce qui est derrière au-dessous,
    La sirène me fait gamberger et je sens mes sens diverger
    Car si ma logique est déçue, mon goût pour le rêve m’absout.

    Entre deux eaux, entre deux airs, l’air amusé et l’air maussade,
    Elle me sourit sans un sourire et pleure sans verser une larme.
    Un petit visage disert, une bouche prête pour l’embrassade,
    Puis la voici dans un fou rire qui me délivre tous ses charmes.

    Mais elle m’a déjà pris la main et m’entraîne vers les abysses,
    Complètement hypnotisé par l’attirance de son chant.
    Demain je ne serai plus humain car il faut que mon corps subisse
    Sa conversion érotisée pour un triton † plus approchant.

    (Carte postale de Gaston Noury.
    † le triton étant le mâle de la sirène, évidemment.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Cauchemar aux fruits de mer

    Cauchemar aux fruits de mer

    Entre le poulpe aux mille bouches et ses mille-et-uns tentacules,
    Je ne savais où l’embrasser ni même l’enlacer ou l’étreindre.
    Moules fermées saintes-nitouches, moules aux étroits ventricules,
    J’étais bien trop embarrassé mais n’avais pas trop à me plaindre.

    Jusqu’à ce que cette sirène dans un mouvement assez brusque
    Me comprime contre ses seins et m’introduise dans sa vallée.
    J’eus la petite mort sereine, le corps flasque comme un mollusque,
    Tandis qu’elle plantait ses oursins pour m’attendrir et m’avaler.

    Vendredi soir, j’ai tant d’espoir pour ses étreintes comprimées
    Que je réserve à mon épouse toute ma force débridée.
    Vendredi noir, comme une poire, elle m’a vidé et imprimé
    L’empreinte de mille ventouses jusqu’à mes bourses évidées.

    Tableau de Franciszek Starowieyski sur https:www.li-an.frzolies-imagesfranciszek-starowieyski .

  • Les réminiscences du vendredi soir

    Les réminiscences du vendredi soir

    Évidemment quand vient la nuit du vendredi au samedi,
    Tous les oublis de la semaine étendent mon état de veille
    Dont les images qui m’ennuient n’en sont pas les plus affadies
    Mais flèchent l’expérience humaine vers un détail qui me réveille.

    Si tout était aussi facile que l’œuf de Colomb légendaire
    J’en mettrais un sur mon chevet en guise de paratonnerre.
    Les échecs les plus difficiles qui se succèdent en hécatombes
    Seraient alors parachevés ou tués dans l’œuf calendaire.

    Un œuf de poule le dimanche, ne tournons pas autour du pot !
    Un œuf de caille le lundi, puis augmenter le gabarit.
    Si ça n’arrête pas mes nuits blanches et ne perturbe mon repos
    J’aurai l’esprit approfondi s’il en éclot un canari.

    Tableau d’Oda Iselin Sonderland.

  • L’oubli du vendredi matin

    L’oubli du vendredi matin

    J’ai un comportement étrange lorsque je mange du poisson
    Et une envie irrésistible de le savourer dans mon bain.
    Sans doute dus au jus d’orange dont j’agrémente la boisson
    Avec une dose indescriptible de rhum agricole ou cubain.

    Je change de comportement selon la direction du vent ;
    J’ai le caractère fantasque selon le jour de la semaine.
    Je freine mes emportements d’un petit détail adjuvant
    En quittant costumes et masques qui font mon aventure humaine.

    Lunatique ou cyclothymique, tel est mon état le lundi ;
    Plutôt cool et décontracté, tel est mon état le mardi.
    Je sais, je suis psycho-chimique selon l’humeur du mercredi
    Dont la portée est réfractée dès la matinée du jeudi.

    Heureusement le vendredi, j’ai tout oublié du passé ;
    J’oublie même de m’habiller après mon petit-déjeuner.
    Je suis sujette à contredit devant les passants compassés
    Dont les yeux sont écarquillés à l’endroit de mon périnée.

    Tableau d’Oda Iselin Sonderland.

  • Le repos des sirènes

    Le repos des sirènes

    Les nymphes aiment les nymphéas entre deux eaux dans la lagune
    Pour s’y reposer de l’effort d’avoir charmé tant de navires
    Et s’octroient cet alinéa dans leur activité commune
    Comme légitime réconfort après leurs nombreux vire-vire.

    Quand les sirènes ensommeillées, dans les eaux douces, s’abandonnent
    Les nénuphars ouvrent leurs fleurs dont le parfum est hypnotique.
    En léthargie émerveillée, elles chantonnent, elles fredonnent
    Les chants qui ont causé les pleurs des marins les plus pathétiques.

    Tableau d’Eric Velhagen sur https:ericvelhagen.carbonmade.comprojects2672751 .

  • La sirène des profondeurs

    Depuis les abysses profondes, dans les ténèbres éternelles,
    Certains poissons chassent à l’appât par la lumière qu’ils émettent
    Et les sirènes vagabondes exhibent leurs beautés charnelles
    En illuminant leurs appas de chatoiements et de flammettes.

    Le scaphandrier irresponsable, séduit par l’être de lumière,
    Sera déçu de partager un petit dîner aux chandelles
    Car il forme l’indispensable ingrédient de la cuisinière
    Pour un repas apanagé au sel d’un phallus en rondelles.

    Bodypainting anonyme.

  • Demain les sirènes

    Demain les sirènes

    Demain les sirènes, allongées sur les vestiges du passé,
    Nous montrerons que les chimères ont survécu aux cataclysmes.
    Leur existence prolongée au regard de la nôtre effacée
    Montrera combien éphémère était notre fier humanisme.

    Sur un bout de couronne noyée de la Statue-de-la-Liberté,
    Elles joueront la queue dans l’eau sur les décombres fracassés.
    Sans doute, un temps apitoyées sur les rivages désertés
    Par les navires et leurs matelots, qu’elles sauront vite s’en passer.

    Tableau d’Eric Velhagen sur https:ericvelhagen.carbonmade.comprojects2672751 .

  • Histoire d’œufs en accordéon

    Pour une fois, chacun son tour, la sirène a trouvé son maître ;
    Un marin accordéoniste à la voix suave de velours.
    Il a péché ses beaux atours en lançant dans le périmètre
    Son grand filet protagoniste pour une belle histoire d’amour.

    Il découvrit dans son chalut comme une sirène inattendue ;
    Dans son filet, elle a trouvé comme un hamac improvisé.
    Ensemble, il leur aura fallu hisser, une fois bien tendu,
    Leur lit d’amour vite éprouvé par leurs désirs favorisés.

    Une fois le marin repartit, elle est restée dans son logis
    Car mûrissaient dans sa matrice autant d’œufs que d’accouplements
    Qui violaient en contrepartie les lois de la généalogie
    D’une valeur divinatrice avec le charme en supplément.

    Septembre vint, pas monotone car, orné de feuilles mordorées,
    Le nid a vu sa couvaison cachée comme un caméléon.
    Ils ont tous éclos en automne avec une jolie queue dorée,
    Les nageoires à l’inclinaison pareille à un accordéon.

    Tableaux de Hanna Silivonchyk sur https:www.liveinternet.ruusers4248621post178925949 .

  • Sirène d’Halloween – 2

    Marins, pêcheurs et capitaines, fermez hublots et écoutilles
    Car les sirènes vont passer pour vous dérober les bonbons !
    Et les baleines croque-mitaines rassemblent toute une flottille
    Qui s’apprête à vous fracasser avec les requins furibonds !

    Quand les sirènes sont parties, pendant ce temps, en profondeur,
    Les pieuvres se mettent à chanter avec tous les monstres en chœur.
    Les poissons, en contrepartie, et les espadons pourfendeurs
    Plombent cette nuit enchantée en un immense crève-cœur.

    Illustrations de Vladimir Stankovic.

  • Sirène d’Halloween – 1

    Ce n’est pas encore Halloween mais on s’agite dans les abysses !
    Les poissons-squelettes secouent leurs arêtes comme des maracas ;
    Ça chuchote et ça baragouine dans les épaves où se blottissent
    Les requins-marteaux casse-cous, les cétacés et les rascasses.

    Bien sûr les sirènes participent à l’effervescence marine
    Et se refont une laideur pour mieux effrayer leurs victimes
    Tandis qu’une odeur se dissipe dans les eaux troubles où marinent
    Les coquillages dont la raideur pique l’ambiance maritime.

    Illustrations de Vladimir Stankovic.

  • Un chat pour la sirène

    Un chat pour la sirène

    Un chat, queue en colimaçon, avec une femme poisson.
    Vous pourriez croire qu’il va l’aimer jusqu’à devenir affamé
    De sa chair tendre, sa peau soyeuse, de sa jolie queue écailleuse
    Et ses petits seins potelés avec un nuage de lait.

    Pourtant ils vont si bien ensemble qu’à la fin tous deux se ressemblent.
    Leurs queues se bouclent d’amplitudes animées en similitude ;
    Deux œils-de-chat luminescents et deux mamelons turgescents ;
    Cheveux et poils de même ton, en dépit du qu’en-dira-t-on.

    Auront-ils un jour des enfants ? Des poissons-scies, des poissons-chats ?
    Ressembleront-ils à leur père, auront-ils la queue de leur mère ?
    Nous le saurons en temps utile ; de toute façon, c’est inutile
    De faire toutes suppositions, commentaires et propositions.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • N’importe quoi de sirène !

    N’importe quoi de sirène !

    N’importe quoi le vendredi pourvu qu’ ça change avant lundi !
    Une sirène qui pond ses œufs fécondés par un matelot ;
    Un capitaine sans contredit qui nous enlève sa Milady
    Et qui fait parler les taiseux en l’honorant au fil de l’eau.

    N’importe quoi, toujours encore, le samedi et le dimanche !
    La sirène a vu l’éclosion de ses poussins en queue de poisson ;
    Le capitaine en justaucorps et son épouse en robe sans manches
    Après une longue explosion de rires sont épris de boisson.

    N’importe quoi toute la nuit avant le lever du soleil !
    Tous les quarts d’heures de folie ont-ils été tous accomplis ?
    Déjà la sirène s’ennuie, sa progéniture a sommeil ;
    Le capitaine s’est assoupi le ventre, d’émotions, bien rempli.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • La sirène dans sa coquille

    La sirène dans sa coquille

    Tout est compris dans la coquille dont la sirène a hérité
    Avec ses cornes et ses pistons comme un vieil avion-cargo.
    Bien calée entre ses béquilles, cette conque a bien mérité
    Son titre de Grand Baryton décerné par les escargots.

    Tout est bouclé quand elle s’endort, bien verrouillé, cadenassé
    Car la concurrence est pléthore, elle est d’un véritable ennui.
    Sans bruit, le coquillage d’or se détend comme la panacée
    Qui berce stators et rotors pour passer une bonne nuit.

    Au réveil, un grand tintamarre ; le colimaçon se réveille !
    Ça grince dans les engrenages et les courroies et les patins.
    Les autres sirènes en ont marre ; cependant bien qu’elles surveillent
    Tous les alentours à la nage, c’est le ramdam tous les matins.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Rêves de sirène

    Rêves de sirène

    À quoi peut rêver la sirène toujours en quête d’un marin
    Qui l’emmènera sur les mers à la rencontre du Mikado ?
    Parfois elle s’imagine reine qui épouse son mandarin
    Ou dans un envol éphémère avec des ailes sur le dos.

    Mais cette nuit, c’est une baleine avec des maisons sur la tête
    Qui lui propose une croisière merveilleuse en un tournemain.
    Elle court, elle court à perdre haleine, elle rêve d’être une alouette
    Qui attrape au vol la rosière et se marie après-demain.

    Mais voici qu’un feu d’artifice annonce son bouquet final
    Et les eaux d’ombres mais translucides s’agitent – c’est déjà le jour –
    Puis font trembler tout l’édifice par un fort soleil matinal.
    Queue, ailes et jambes lucides vont décider à qui le tour…

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Une sirène dans son nid

    Une sirène dans son nid

    Qu’une cigogne fasse son nid tout en haut du faîte d’un arbre
    Et me fasse le pied de grue, tout cela me parait bien normal.
    Mais qu’une sirène, quelle ironie, fasse pareil et reste de marbre
    Me semble à la fois incongru et du genre paranormal.

    Mais voilà ; ce n’est pas un nid mais une bibliothèque basse
    Où la sirène lisait un texte indiqué dans son répertoire.
    Un cyclone sans cérémonie l’a envoyée jusqu’en Alsace
    Et malgré l’absurde du contexte, elle a voulu finir l’histoire.

    Puis elle attendra un marin pour la raccompagner chez elle
    Mais en Alsace, les armateurs sont assez rares à démarcher.
    Heureusement, passe le Rhin ; une chance pour la demoiselle
    Qui trouvera plein d’amateurs de queues de poissons bon marché.

    Tableau de Hanna Silivonchyk.

  • Le monde à l’envers

    Le monde à l’envers

    Et si le temps repartait à l’envers à partir de ce vendredi ?
    Demain jeudi, après-demain mercredi… jusqu’à samedi.
    Le temps renverserait l’univers comme si ç’avait été prédit
    De renvoyer le genre humain vers les poissons de paradis.

    Savez-vous que j’entends les morts ? Et pas que mon père et ma mère !
    Tous mes aïeux, mes ascendants qui n’étaient pas encore des hommes.
    Bien avant le temps de Gomorrhe, à l’époque de l’ère primaire ;
    Premiers amibes condescendants formant nos premiers chromosomes.

    Eh bien, Mesdames et Messieurs, ils nagent tout autour de nous !
    Notre petit bocal terrestre est semble-t-il un châtiment.
    Et tout là-haut, dans d’autres cieux, qui sait si toutous et minous
    Ne voient la Terre sous séquestre en attendant son jugement ?

    Tableau de Samy Charnine.

  • L’Ouvre-Nuit d’équinoxe

    L’Ouvre-Nuit d’équinoxe

    Si le char mené par Hélios déroule le jour sur le ciel,
    L’Ouvre-Nuit ferme le crépuscule et déploie son rideau de toile.
    Oiseau sacré, plutôt véloce, même parfois circonstanciel
    Lorsque l’heure d’hiver bouscule le bal estival des étoiles.

    D’ailes en nuages qui moutonnent en queue de météore battant,
    L’Oiseau-Minuit, son autre nom, se voit bien mieux sur la banquise.
    L’aurore boréale d’automne et l’aurore australe de printemps
    Lui ont consacré son renom auprès des fées qu’il a conquises.

    Ouvre-Nuit, tous les soirs j’attends ta traversée silencieuse
    Qui assombrit les heures bleues comme un peintre en période obscure.
    Je guette l’embrasement latent des planètes capricieuses
    Jupiter, l’astre fabuleux, et puis Mars, Vénus et Mercure.

    Tableau de Hanna Silivonchyk sur https:www.liveinternet.ruusers4248621post178925949 .

  • L’exposition finale de Septembre

    L’exposition finale de Septembre

    Septembre a fait fructifier les feuilles qu’Août avait semées
    Et les restitue au centuple pour les teindre en Octobre rouille.
    Septembre aura sanctifié l’été aujourd’hui clairsemé
    Dont les souvenirs se décuplent, se ramifient et puis s’embrouillent.

    Septembre, un peintre nostalgique, Octobre un peintre impressionniste
    À ce jour je ne sais encore si l’élève dépasse le maître.
    Mais la nature léthargique choisit les vents ascensionnistes
    Pour emporter dans le décor tous ses morts pour un jour renaître.

    Depuis le vingt-deux Septembre jusqu’aux premières journées d’Octobre,
    La Terre a le cœur en balance, son équinoxe est équivoque.
    Les nuits commencent à s’étendre, le Soleil de plus en plus sobre
    S’en va briller d’équivalence aux antipodes qui le convoquent.

    Illustration du calendrier d’Olga Ert sur https:www.behance.netgallery186943calendar .

  • Mozart et la Sirène-de-la-Nuit

    Mozart et la Sirène-de-la-Nuit

    Une sirène dans une rose, – c’était une rose marine –
    Avec deux jambes apanagée, est née au début du printemps.
    Les petits poissons l’air morose du matin au soir lui serinent :
    « Comment feras-tu pour nager sans queue ni nageoire à plein temps ? »

    Alors elle se confie aux roses qui savent consoler ses pleurs
    Et lui conseillent d’être studieuse et de perfectionner son chant.
    Elles lui composent d’une prose écrite en langage des fleurs,
    Sur ondes longues et mélodieuses, un tube touchant et attachant.

    Et notre sirène taciturne enchaîne tant de vocalises
    Que la mer les transmet aux vents qui soufflent tout autour de la Terre.
    Mozart composant un nocturne fait tout aussitôt ses valises
    Pour suivre ce chant émouvant jusqu’au fin fond du Finistère.

    Arrivé en terre bretonne, il cherche dans les courants d’air
    La voix aux douces harmonies de l’aurore jusqu’à minuit.
    « Jolie sirène, tu chantonnes tant tes aiguës si légendaires
    Qu’à ma prochaine symphonie tu seras Sirène de Nuit ! »

    Illustration de Jasenski.

  • L’apprentie-sirène

    Pour devenir une sirène, elle apprend d’un aréopage
    De poissons rouges dans leur bocal toutes les ficelles de l’ouïe.
    Elle plonge la tête sereine, authentifiée sans dopage
    Par l’émérite du local : un poisson prénommé Louis.

    Une fois qu’elle a plongé la tête, elle se redresse toute droite
    Et tant que l’eau ne coulera, de grands progrès effectuera.
    Elle ne respire pas ; elle tète les poissons d’une bouche adroite
    Qui, bien plus tard, embrassera le beau marin… qu’elle tuera.

    Tableaux de Ken Wong et Belén Ortega.

  • L’ampoule à poisson

    L’ampoule à poisson

    Mettre ma maison en ampoule ne me demande pas plus d’efforts
    Que mettre Paris en bouteille en amalgamant plein de « Si… ».
    Je sais donner la chair de poule en écrivant des métaphores
    Qui aurait charmé à merveille même Léonard de Vinci.

    Dès que tombe un quartier de Lune, j’attends le tram trente-trois-un-tiers,
    Un train de rêve à la station des voyages interstellaires.
    Les bancs de sardines communes forment un réseau ferroviaire
    Qui dessert chaque constellation dont notre Terre est titulaire.

    Je croise souvent l’ami Pierrot qui a accroché sa chandelle
    À un bout du croissant lunaire, suspendue au fil de son ancre.
    Quand je passe, il fait le fiérot avec sa plume d’hirondelle
    Qui écrit des mots lacunaires car constamment en manque d’encre.

    Illustration de Noelle.T.

  • Comme un poisson dans l’eau

    Elle avait tant d’eau dans la tête ou tant d’air – on ne sait pas trop –
    Qu’auraient pu voler des vélos ou nager des poissons-volants !
    Elle n’avait ni l’air à la fête ni l’eau au pastis du bistrot ;
    Plutôt des amours à vau-l’eau ou des amants peu convolant.

    Mais, m’a mis la puce à l’oreille, un poisson rouge assez ténu
    Qui est entré d’un pavillon à l’autre dans tous ses dédales.
    Dans cette cervelle sans pareille, il a vu son cœur détenu
    Par la passion d’un papillon apeuré dans son amygdale.

    Un papillon blanc amoureux qui ressemble à sa thyroïde
    Et s’est noyé dans un chagrin, si jeune à peine chrysalide.
    Il bat ses ailes, langoureux, en brassant les corticoïdes
    Qui donne au vague à l’âme un grain de folie et qui l’invalide.

    Son amant, le papillon blanc, ne mourra pas, évidemment,
    Il quittera son hippocampe pour les ventricules du cœur.
    Bien à l’abri, sans faux-semblants, il pourra faire galamment
    Sa cour sous les feux de la rampe… et la fille perdra sa rancœur.

    Tableaux de Ken Wong et Shiori Matsumoto.