Catégorie : Sirènes

  • Vers les septièmes abysses

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    Elle fuit la lumière et le cri des oiseaux,
    Pour chercher son salut dans le creux des grandes eaux.
    Le ciel est un miroir que son corps veut briser,
    Plongeant vers le silence afin de s’apaiser.

    Point de septième ciel pour la fille des mers,
    Mais un gouffre de nacre aux reflets doux-amers.
    Elle descend plus bas que le chant des marins,
    Loin des rêves d’azur et des amours humains.

    Dans le septième abysse où le bleu devient noir,
    Elle trouve l’oubli, l’absence de miroir.
    Une bulle s’envole en ultime soupir :
    Il faut savoir couler pour ne plus rien souffrir.

    Tableau de Maude Ovize sans doute inspiré de Marco Ortolan.

  • Les sirènes vaginales

    L’huître s’ouvre en écrin sur ce corps de cristal,
    Où la perle devient un astre vertical.
    Dans le calme absolu de ce ventre de pierre,
    Elle garde en son sein toute la mer entière.

    Dans le creux de la nacre, au secret des courants,
    Se prépare le fruit des abîmes mouvants.
    Elle porte en son sein l’éclat d’un astre rond,
    Une perle de lait sous le bleu du plafond.

    C’est un ventre d’écume où mûrit le trésor,
    Loin des souffles du vent et des rayons d’aurore.
    La sirène s’enroule autour de son enfant,
    Ce noyau de lumière au reflet triomphant.

    Enceinte de la mer, elle couve son bien,
    Dans un monde de sel où le temps ne dit rien.
    Le calcaire se fait chair et la chair devient nacre,
    Pour le sacre d’un grain en ce blanc simulacre.

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  • La sirène égyptienne

    La sirène égyptienne

    Sur les bords du Nil vert, sous un soleil de plomb,
    On cherche la sirène au fond du grand limon.
    Mais le scribe s’étonne et range son calame :
    Ce poisson est de trop pour le cœur d’une dame !

    La déesse au poisson, d’un geste souverain,
    Gardait ses deux gambettes et son profil d’airain.
    Elle portait son dieu posé sur sa perruque,
    Sans jamais que la queue ne lui batte la nuque.

    C’est un mirage fou, né d’un pinceau récent,
    Qui baigne dans le Nil un buste éblouissant.
    Qu’importe l’histoire et ses vieux parchemins,
    Le charme reste éternel dans nos rêves humains.

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  • La sirène antique

    La sirène antique

    Adieu le buste d’ange et la queue en argent,
    La sirène moderne est un thon indulgent.
    Elle brosse ses poils en chantant des bêtises,
    Rêvant d’un prince bleu pour quelques gourmandises.

    Mais l’antique autrefois n’était qu’un gros poulet,
    Avec un bec pointu, c’était bien moins coquet !
    Voulez-vous un baiser d’une poule qui chante,
    Ou d’une sardine à la courbe sémillante ?

    L’oiseau vous mange l’œil dès le premier couplet,
    Le poisson vous déçoit si le filet est prêt.
    Pour choisir la plus belle, il faut être un génie :
    Plumes dans l’estomac ou yeux de merlan frit ?

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  • Le passage des couleurs sans corps

    Le passage des couleurs sans corps

    Je féconderai ma sirène, ma Loreleï venue du Rhin
    Pour se jeter en Mer du Nord au large d’un port des Pays-Bas.
    J’éparpillerai sur ma reine une laitance entre ses reins
    Afin que naisse Yavänor, mon avatar prêt au combat.

    Je resterai neuf mois durant bien à l’abri dans la matrice
    De Loreleï dans les eaux sombres au fond des fosses abyssales.
    Alimenté au carburant tété au sein de ma nourrice,
    Je grandirai parmi les ombres dans une extase paradoxale.

    Serais-je un homme ou un triton ? Tout dépend de la génétique
    Si j’ai des racines atlantes, lémuriennes ou extraterrestres.
    Mais par une voix de baryton issue de ma mère extatique,
    Je connaîtrais une opulente réussite à la Saint-Sylvestre.

    Tableau de Fang Ling Lee.

  • La sirène échouée – 2

    La sirène échouée - 2

    En Mer du Nord, il n’y en a qu’une pour s’échouer sur le rivage :
    C’est Loreleï qui guette, pensive, un promeneur assez candide
    Pour approcher sur la lagune cette créature sauvage
    Apparemment inoffensive et vraisemblablement morbide.

    Il la touche, elle se retourne, il se penche et elle l’embrasse
    En inoculant son venin car ses canines à crochets.
    Le soir venu, elle l’enfourne en l’assaisonnant d’huile grasse ;
    Ce plat typiquement sirénien n’a plus rien à se reprocher.

    Nul ne saurait lui échapper et moi-même en ai fait les frais
    Mais me suis aussitôt méfié de ses eaux manipulatrices.
    Mais elle m’a pourtant rattrapé en me promettant le plus vrai
    Des amours les plus raréfiées et les plus illuminatrices.

    Illustration extraite de « Les sirènes », recueil de dessins d’auteurs.

  • Laissez venir à moi tous les petits poissons

    Laissez venir à moi tous les petits poissons

    Le vendredi, les pieds dans l’eau, j’ai rendez-vous par habitude
    Avec les sirènes d’un jour qui ne me charment pas toujours…
    Aujourd’hui, j’ai le bec dans l’eau ; pas une seule aux latitudes ;
    Juste autour de mes orteils gourds, des petits poissons de velours…

    De velours noir à queue orange qui n’arrêtent pas de tournoyer
    Et me chatouiller les doigts de pieds d’une façon désagréable.
    Mais, autant bizarre qu’étrange, ils parviennent à m’apitoyer
    En ondulant comme il leur sied en ondes inidentifiables.

    C’est un message de ma sirène bloquée dans les embouteillages
    Du détroit d’Ormuz occupé par les navires les plus tocards.
    Au diable toutes ces carènes organisant l’appareillage
    D’un blocus fait pour nous duper et me faire rater mon rencard !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La sirène et le scaphandrier

    C’est parce qu’il draguait les grands fonds à la recherche de trésors,
    Qu’il advînt qu’un scaphandrier fit la rencontre d’une sirène.
    Celle-ci vivait au plus profond de la fosse marine des Açores
    Et, hasard du calendrier, c’était le jour de la Sainte Irène.

    Le 5 avril, l’homme au scaphandre rencontra donc la belle Irène
    Et lui offrit bague et camée tout frais péchés le matin même.
    Mais ne cherchons pas à comprendre ce qui plait ou non aux sirènes !
    Sachez qu’elle fut enthousiasmée par ses jolis bijoux, eux-mêmes.

    Tableau de Colleen Gnos sur https:clubofthewaves.comfeatureinterview-with-colleen-gnos .

  • Figure de proue

    Figure de proue

    Que sont les figures de proue devenues sur les paquebots ?
    Le modernisme, encore une fois, nous oblige à tirer l’alarme.
    Mais si vous aimez peu ou prou ces jolies sculptures bimbo,
    Faites-leur honneur, ouvrez la voie à ces nouveaux métiers de charme !

    Et je propose que les navires de croisière engagent des sirènes
    Qui orneront, entièrement nues, la proue de ces géants des mers.
    Ainsi si le bateau chavire ou se défonce la carène,
    Elles pourront sans déconvenue manger les survivants amers.

    Tableau de Thomas Saliot.

  • La sirène échouée – 1

    La sirène échouée - 1

    Beaucoup de sirènes échouées sur les plages de l’Atlantique
    En raison de la pollution et du réchauffement des pôles.
    Des sauveteurs se sont dévoués à faire un geste romantique
    Et proposer des solutions comme des piscines en métropole.

    Alors secourez les sirènes et menez-les à la piscine
    Où elles se révéleront maîtresses nageuses mais aussi secouristes !
    Ou remplissez donc les arènes à l’instar d’énormes bassines
    Où d’autres femmes centauresses pourront s’ébattre sur la piste !

    Illustration d’IA.

  • Nacrée sirène !

    Nacrée sirène !

    J’ai d’abord cru un coquillage trouvé sur le bord du chemin.
    Ramassé, je l’ai mis dans ma poche pensant le nettoyer le soir.
    Pour je n’sais quel enfantillage, je l’ai reporté à demain
    Et puis un trou dans la caboche me l’a sorti de la mémoire.

    Dans la chaleur du vêtement, la sirène s’est réveillée
    Et a commencé à fouiller un peu partout dans la maison.
    Elle a trouvé rapidement sur la terrasse ensoleillée
    La fontaine où vont gazouiller les oiseaux nés cette saison.

    Elle a grandi évidemment car tous les oiseaux l’ont nourrie
    Graines par-ci, millet par-là et boules de graisse à gogo.
    J’l’ai découverte avidement goulue sur mon balcon pourri
    Et vu cette Marie-couche-toi-là m’offrir ses devoirs conjugaux.

    Sculpture d’Isabelle Jeannot.

  • Médusa la sirène ébahie

    Médusa la sirène ébahie

    Quand la sirène est médusée, comme après la mue du printemps,
    Il ne vaut mieux pas pour le plongeur qu’il se rapproche un peu trop vite.
    Car il serait désabusé par les émanations suintant
    De ce monstre marin mangeur d’hommes … qui regrettent leur visite.

    Le moindre petit tentacule tue son poisson à la seconde
    Et, qui soulève sa houppelande meurt, après d’atroces souffrances.
    Même apeuré, si tu recules, gare au fouet de sa queue immonde
    Qu’elle déploie comme une guirlande pour mieux t’ébahir à outrance.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Équilibre relatif

    Équilibre relatif

    Serrant ma sirène à bras le corps je tentais de la ramener
    Vers la surface et à l’air libre afin de l’emporter chez moi.
    Mais les écailles glissent encore comme un savon glycériné
    Et provoquent un déséquilibre avec ses soubresauts sournois.

    Alors je m’agrippe à ses seins mais voici maintenant qu’elle chante
    D’une voix à vriller les tympans comme le rossignol milanais.
    Quant à empoigner son bassin, ses nageoires sont si tranchantes
    Qu’elles m’ont coupé tout un pan de mon kimono japonais !

    Des liens de pourpre nous enlacent, tels des fils de néon vibrants,
    Tissant entre l’onde et l’éther une fragile architecture.
    Mais dans ce ballet qui nous glace, entre les courants enivrants,
    L’équilibre n’est qu’une chimère, une éphémère déchirure.

    Tableau de Sam Hogg.

  • Abondance

    Pas de poisson en abondance quand on habite les montagnes
    Excepté ceux de la rivière, des lacs ou qui prennent le train
    Et loupent leur correspondance et se retrouvent à la campagne
    Ou sur la ligne ferroviaire vers un destin plutôt restreint.

    Évidemment, pour compenser, il y a la mondialisation
    Qui nous apporte les palourdes venues d’Asie ou d’Amérique.
    Mais leur goût me laisse à penser que notre civilisation
    Commet les fautes les plus lourdes envers nos ancêtres d’Afrique.

    Heureusement j’ai Loreleï, la sirène des chutes du Rhin
    Qui m’approvisionne en saumon par une fantaisie allemande
    Car il arrive, vaille que vaille, en provenance de Turin,
    Ville réputée du Piémont pour ses biscuits secs aux amandes.

    Sinon les truites ont des arêtes qui aiment se planter dans le cou
    Pour vous envoyer aux urgences la veille d’un voyage agencé.
    Pas de chance ! Il faut que je m’arrête de jouer au pêcheur casse-cou
    Qui réclame avec indulgence la montée des eaux annoncée.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • La sirène enluminée

    La sirène enluminée

    Point de sirène dans la Bible, pas même citées lors du déluge ;
    Dieu ne les aurait pas créées, Adam ne les aurait pas nommées.
    Nul ne les ayant prises pour cible, elles ont pu trouver refuge
    Dans l’eau qui les a agréées pour y répandre leur renommée.

    Alors d’où viennent leur présence dans la mythologie notoire
    Qui détaille si bien leurs mœurs et leurs voix si enchanteresses ?
    Une entorse de complaisance à Dieu, Darwin et notre Histoire
    Mais dont circule la rumeur chez tous ceux que cela intéresse.

    Notamment moi, évidemment, qui, dès les vendredis, les voue,
    Les portent aux nues et au pinacle, bref, qui les mets bien en valeur.
    Si je les aime avidement, c’est que les sirènes se dévouent
    Chaque nuit à faire un miracle en m’offrant un peu de chaleur.

    Illustration de IA.

  • La sirène de la mer Noire

    La sirène de la mer Noire

    Si la Mer Noire est moins salée que les mers consœurs et voisines,
    C’est pour faire fuir les requins qui préfèrent manger salé.
    Et les sirènes, au pis-aller, ont convenu d’une cuisine
    Qui privilégie les rouquins bien dodus et vite avalés.

    L’eau est généralement trop froide pour la plupart des requins-blancs
    Qui ont besoin d’eaux bien plus chaudes pour conserver leurs membres actifs.
    Les sirènes ont donc la queue roide avec petits ailerons tremblants
    Et les mamelles bien rougeaudes grâce à un régime adaptif.

    Si l’étroit détroit du Bosphore résiste comme un passage hostile
    Contre les coques et les carènes à cause des courants complexes,
    Il faut beaucoup de sémaphores rouquins avec bras érectiles ;
    Et ça, c’est bon pour la sirène mais pas pour les marins perplexes.

    Tableau de Kai Carpenter.

  • Bonne pêche

    Bonne pêche

    Très bonne pêche Cendrillon !
    Tu peux rentrer à la maison
    Et dire à ton prince-sans-rire
    Que tu as retrouvé le sourire.

    La botte perdue avant-hier
    Et retrouvée dans la rivière
    Retrouvera sa sœur jumelle
    Dans la garde-robe d’Armelle.

    Armelle, la sœur prétentieuse,
    Autant exécrable qu’odieuse,
    Que l’on va pouvoir marier
    Sans chaussures dépareillées.

    Pour la cadette, Cendrillon
    À déjà un plan tatillon
    Pour la marier tôt ou tard
    Avec un prince du Qatar.

    Elle lui a offert des crampons
    Qui lui montent jusqu’aux jupons
    Car le Qatar aime les joueuses
    Et qui plus est, les footballeuses.

    Et quand elle sera seule, enfin,
    Elle pourra avoir le bec fin
    Et épouser le cordonnier
    Qui fait de si jolis souliers.

    Tableau d’Ana Hernández de San Pedro.

  • Quand la Vouivre se médusa

    Quand la Vouivre se médusa

    Quand Médusa, reine des mers, invita la Vouivre à sa table,
    Tous les serpents furent conviés couleuvres, vipères et aspics.
    Cuisine aux piments doux-amers et vin d’océan délectable.
    Fromages et fruits du vivier, enfin bref… un repas épique !

    Médusa, ratte des grands fonds, vanta ses palais redoutables,
    Ses colonnes de sel figé, ses marins-pierres pétrifiés.
    La Vouivre, ratte des siphons, répliqua d’un ton discutable :
    « Chez moi, les morts sont mitigés, bien fol qui pourrait s’y fier ! »

    « Viens donc régner dans mes abysses, c’est la carrière respectable ;
    Tu verras chaque navigateur finir par craindre mon regard…
    Viens-y boire autant que tu puisses, la vie y est moins profitable,
    Et les courants congélateurs conservent au frais les plus hagards ! »


    Mais tandis qu’elles se disputaient quel destin serait plus enviable ;
    Mer ou étang, sel délétère, algues ou bien nénuphars livides ?
    Les serpents gourmands dégustaient les plats les plus inoubliables
    Tant et si bien qu’elles concoctèrent des mots crus mais le ventre vide.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La louve de mer

    La louve de mer

    Elle n’a pas bouffé du lion mais seulement un vieux loup de mer
    Qui s’était laissé envoûter par une sirène charmeuse.
    Puis elle a hissé pavillon, mis à la bouche la pipe amère,
    Pour aller empapaouter ses sœurs de bouffées parfumeuses.

    La casquette vissée sur la tête, pieds nus, cul nu, sans pantalon,
    Elle avait assez fière allure avec entrain et bonne humeur.
    Lorsqu’elle rejoignit la fête, la pipe au bec, en hauts talons,
    Toutes les sirènes se résolurent à dire : « Interdit aux fumeurs ! »

    Illustration de Glasha Bruk.

  • Phosphorée

    Phosphorée

    Sans doute la Lune dorée appelle la sirène phosphorée
    Comme la pleine Lune rousse attire la sirène-garou.
    Ce soir, la couleur mordorée domine l’ombre des forêts,
    Rien ne sert d’inviter la frousse à courir sous les chapeaux de roues !

    D’ailleurs, la sirène phosphorée n’a rien en elle pour faire peur ;
    D’abord elle est végétarienne et ne vit pas en pleine mer,
    Ensuite, se cache dans les forêts pour éviter toute torpeur
    À son amie, une batracienne, vieille météo intérimaire.

    Quant à la sirène phosphorée, pas plus à dire à ce sujet.
    Je ne sais pas ce qu’il advint des légendes qui s’y relatent…
    Exceptée une mijaurée qui se serait jadis adjugée
    Les eaux du marais poitevin grâce à l’escarboucle écarlate.

    Tableau d’Olesya Dubovic alias Aziza.

  • L’esprit du récif

    L’esprit du récif

    Quant aux sirènes naufrageuses que nul marin n’a relatées,
    Si elles restent mystérieuses, c’est qu’elles vivent dans les récifs.
    Et leurs attaques outrageuses avec leurs raids de galatées,
    Sont menées de façon furieuse et d’un courroux fort agressif.

    Mais alors comment le saurais-je, moi qui vis plutôt en montagne ?
    C’est Loreleï qui me l’a dit alors qu’elle rentrait de Bavière.
    Une cousine de Norvège l’aurait appris d’une compagne
    Qui vit là-bas en Acadie au lieu-dit des mille rivières.

    Tableau de Leo & Diane Dillon.

  • La sirène à la monnaie

    La sirène à la monnaie

    Une sirène à la Monet se prélassait dans son étang
    Juste sous le pont japonais aux nénuphars en plein délire,
    Quêtant les pièces de monnaie que les badauds, par tous les temps,
    Jetaient, la brise dans le nez, en espérant la voir sourire.

    Elle était nue, tout simplement, pas plus sirène que vous et moi,
    Mais il n’y a pas de sot métier à faire la manche à Giverny.
    D’ailleurs les gens sont amplement récompensés avec émoi
    Quand elle invite, par amitié, ses amateurs les plus vernis.

    Tableau de Motoko Ishikawa sur https:www.duitang.com .

  • Chez Médusa

    Chez Médusa

    Chez Médusa, on vend de tout, on trouve tout ce qu’on n’veut pas !
    Une table-bar du Titanic, un tabouret du Nautilus,
    Un triporteur de Tombouctou, cartes marines et trois compas,
    Une mallette à pique-nique et la cloche qui sonne l’angélus.

    Loreleï y est allée une fois pour acheter une théière ;
    Elle est sortie le chariot plein de trucs complètement inutiles :
    Un fromage de Haute-Savoie, une barquette de gruyère,
    Un vieux coucou sur le déclin et tout autre chose futile…

    Lilith, sa mère, l’a critiquée ; Laureline, sa sœur, l’a gourmandée ;
    Et toutes les sirènes loufoques ont voulu lui faire la leçon :
    Elles sont retournées boutiquer pour montrer comment marchander
    Et sont revenues avec un stock d’une tonne de paillassons…

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le coup de queue de la sirène

    Le coup de queue de la sirène

    Gare à la queue de la sirène qui remonte la Seine à Paris ;
    Une Loreleï qui s’est exilée des plus grands lacs verts de Bavière.
    Elle a remonté la Lorraine, à pied, manu militari
    Et lentement s’est faufilée par tout le réseau des rivières.

    La Tour Eiffel enfin atteinte, elle grimpe un à un les étages
    Par l’escalier, c’n’est pas facile – Dieu qu’une queue n’est pas pratique !
    Elle cherche, par la lumière éteinte, le vivier où sont les otages :
    Toutes les sirènes graciles des mers Rouge et Adriatique.

    Et là, elle frappe les piscivores, les ogres mangeurs de poissons,
    Les parigots endimanchés habillés comme des men-in-black
    Les petites sirènes sanguinivores dégustent et savourent leurs boissons
    Et toutes repartent, bien revanchées, avec leurs cliques et leurs claques.

    Illustration d’Enki Bilal.

  • Lilith en rouge

    Lilith en rouge

    Adam voulut la mettre au pas et Lilith l’insoumise vit rouge ;
    Elle devait avoir des visions sur la destinée de la femme.
    Ce n’est pas qu’elle ne voulait pas mais il fallait bien qu’elle bouge
    Pour revoir ses désillusions et changer son destin infâme.

    Est-ce que Lilith a eu ses règles vu qu’elle y était insoumise ?
    Sans doute… vu la profusion d’enfants qu’elle aurait enfantés.
    On dit que pareille à un aigle, elle survole la terre promise
    Pour provoquer des collusions parmi les femmes désenchantées.

    Un de ces quatre, elle va venir mettre de l’ordre dans le monde,
    Mettre une claque aux amerloques et enc*ler les généraux. †
    Tremblez messieurs car l’avenir va sans doute vous paraître immonde
    Car c’est vous qui serez en cloque et vos bonnes femmes à l’apéro !

    Tableau de Olaf Hajek. † je ne sais pas comment elle fera mais bon, c’est Lilith !

  • Marre des catastrophes !

    Entre la fonte de la banquise – ou la future montée des eaux –
    Et la pénurie d’eau potable promise à prochaine échéance,
    Ce sera une vraie surprise qui fera trembler les réseaux
    Quand ces deux tragédies probables arriveront en confluence.

    Qui se retroussera les manches pour sauver notre espèce humaine ?
    J’oies déjà Dieu intervenir et m’en exposer son supplique.
    J’espère que ce sera un dimanche plutôt qu’un jour de la semaine ;
    Je pourrai alors voir venir le deuxième déluge biblique.

    Je lui dirai : « Je suis une femme et tu m’as bien assez punie
    Avec mes règles insupportables et mes accouchements douloureux !
    À cause de ta sanction infâme, même si tu m’excommunies,
    Je serai sirène notable et les hommes seront savoureux ! »

    Tableaux de David Newton sur https:fineartamerica.comartdavid+newton .

  • Notre-Dame des rivières

    Notre-Dame des rivières

    Le lac Koenigsee, en Bavière, a ses légendes comme ailleurs
    Notamment celle de Loreleï, la sirène des rives du Rhin
    Et Notre-Dame des Rivières, fée méconnue des rimailleurs
    Qui n’ont écrit, vaille que vaille, aucun poème contemporain.

    Les rumeurs qui courent les campagnes ont toujours été de mon goût
    Et je me dois de contribuer à réparer cette injustice
    Car Notre-Dame des Montagnes et Notre-Dame du Canigou
    L’ont traitée de prostituée par des stratagèmes factices.

    Or Notre-Dame des Rivières était une fée bien simplette
    Qui ranimait tous les noyés d’un bouche-à-bouche approfondi
    Et les mettait sur la civière bien après maintes galipettes
    Destinées à les envoyer directement au paradis.

    Tableau d’Oleg Gurenkov.

  • La pêcheuse

    Bon chasseur chasse sans son chien quant au pêcheur c’est différent
    Surtout lorsque c’est la pêcheuse qui pêche avec ses beaux appas.
    Bon chien, sache que ça va ça vient ! Même le poisson proliférant
    N’aime pas trop les aguicheuses qui enjôlent en guise d’appât !

    Mais lorsque c’est Vénus qui pêche, les poissons viennent se jeter
    Dans l’hameçon même s’il n’y a rien d’autre qu’un attrape-nigaud.
    N’empêche que cette pimbêche devrait arrêter d’agiter
    Sa pêche devant son vaurien de chien aux curieux vertigos.

    Tableaux de Vasyl Khodakivskyi sur https:www.singulart.comfrartistekhodakivskyi-vasyl-7455 .

  • Sirène, as-tu du cœur ?

    Sirène, as-tu du cœur ?

    Sirène avide de ma chair, as-tu du cœur pour y goûter ?
    Je suis prêt à donner le mien si tu promets de savourer
    Chacun de mes membres si chers à t’enlacer sans redouter
    Le coup de grâce neptunien avec tes dents énamourées !

    Sirène assoiffée de mon sang, as-tu une âme pour le boire ?
    Je suis prêt à t’en reverser du calice jusqu’à la lie !
    Je t’aime trop et j’y consens malgré tes malheureux déboires
    Par nos amours controversées quand tu as sonné l’hallali.

    Puisque nous sommes vendredi 13, offre-moi ma dernière chance
    Et si je faillis, tu me manges sans autre forme de procès !
    Mais je connais ton cœur de braise ainsi que ton intelligence
    Et je sais que ça te démange de me serrer sur ton corset.

    Illustration d’après Catrin Welz-Stein.

  • La toilette de la sirène

    La toilette de la sirène

    Pour la toilette de la sirène, vivent les poissons nettoyeurs
    Aux écailles pareilles à des brosses qui grattent bien la queue d’argent !
    Tous les matins, son corps de reine subit le flot des batailleurs
    Traquant de leurs bouches féroces le plancton en se le partageant.

    Et la sirène n’aura pas honte d’avoir une queue impeccable,
    Les écailles bien récurées et les cheveux bien shampooinés.
    C’est qu’incessamment la mer monte et tout le monde doit être prêt
    Pour concourir à la curée de beaux marins à butiner.

    Pour la toilette ? Juste un collier, un bracelet et une bague ;
    Le corps, bien sûr, entièrement nu pour question d’hydrodynamisme.
    Personne ne sera spolié ; chacune surfant sur sa vague
    Aura sa proie comme convenu, friandes du charnel humanisme.

    Tableau de Colleen Gnos sur https:clubofthewaves.comfeatureinterview-with-colleen-gnos .

  • En remontant le Rhin

    En remontant le Rhin

    À corps perdu, les sirènes courent se jeter dans la narration
    Lorsque celle-ci les emmène tout droit vers les chutes du Rhin.
    Les plus belles légendes parcourent la ligne de séparation
    Des eaux que le relief entraîne au nord des grands courants marins.

    Ainsi dès qu’il pleut la Töss monte et devient un torrent furieux
    Qui va s’écouler dans le Rhin là où Loreleï fait son office :
    Les embarcations qui remontent le fleuve en bateau luxurieux
    Paieront l’écot par un marin offert en guise de sacrifice.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La sirène au matin

    La sirène au matin

    Loreleï est plutôt du matin ; ce qui est, pour une sirène,
    Assez singulier car la nuit, tous les navires sont à quai.
    Et les marins traîne-patins, n’ayant plus la santé sereine,
    Sont plus dociles pour surseoir à une rencontre manquée.

    N’étant ni marin ni flemmard, je l’ai rencontrée par hasard
    En longeant la Töss, en amont, en recherche d’inspiration.
    Elle était encore au plumard, en train de faire le lézard,
    Avec une queue de carnaval qui flairait la conspiration.

    Mais vraie ou fausse, la sirène est une mine de fantasmes
    Et puisqu’on était vendredi, je me suis laissé envoûter.
    Au début, j’étais à la traîne mais dès que j’eus connu l’orgasme,
    Je lui prêtai, sans contredit, allégeance – à n’en plus douter.

    Tableau d’Elisabeth Jerichau-Baumann.

  • Les demoiselles du Rhin – 2

    Les demoiselles du Rhin - 2

    Donc, les trois filles de Loreleï ayant la nostalgie de l’iode
    Gagnèrent la Mer du Nord, la Manche, enfin l’océan Atlantique
    Où elles vécurent de poissonnaille durant une courte période
    Jusqu’à ce que, par un beau dimanche, elles découvrissent l’Amérique.

    Elles connurent les bateaux-vapeur et leur chair tendre et diététique,
    Puis les navires nourris au grain pour un régime végétarien.
    D’autres qui fumaient comme un sapeur avec effet diurétique
    À force de noyer leurs chagrins avec du rhum salvadorien.

    Elles ouvrirent une conserverie et produisirent des aliments
    Appelées « singe » ou « cornet d’rosbif » qui eurent un succès méritoire
    Dans les meilleures beuveries de Bavière où les Allemands
    Ont l’estomac qui se rebiffe après quelques boîtes notoires.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Les demoiselles du Rhin – 1

    Les demoiselles du Rhin - 1

    Rien n’est écrit dans les légendes mais Loreleï avait trois filles ;
    La première brune comme le jais, la deuxième blonde comme les blés,
    La troisième rousse – comme en Irlande les cheveux des femmes roussillent –
    Et comme leur mère les protégeait, les trois sirènes étaient comblées.

    Quant à leurs pères… des marins, piètres victimes du devoir
    Qui après avoir fécondé la Loreleï servaient de mets.
    Pauvres assoiffés de l’or du Rhin, ils finissaient par recevoir
    Une tombe marine inondée et d’anémones parsemée.

    Chaque sirène, dotée de grâce que conféraient leurs chevelures
    Se glissait dans le lit du Rhin le soir à la tombée du jour,
    Laissant derrière elles une trace d’écume moirée de rouillure
    Guettant son amant, un marin, un beau capitaine au long cours.

    Mais ces capitaines ont tendance – comme leurs surnoms, les « loups-de-mer » –
    À naviguer sur l’océan, rarement sur les eaux du Rhin.
    Il faut se rendre à l’évidence ; pour la chair tendre au goût amer
    Et jouir de menus bienséants, il leur fallait l’outremarin…

    Tableau de Terry Lacy.

  • Sirène endormie

    Sirène endormie

    Méfiez-vous ! La sirène qui dort ne fait que somnoler d’un œil !
    Comme les chats, chasseurs farouches, elle a tous les sens aiguisés.
    Voyez sa chevelure d’or sur laquelle elle se recueille
    Juste avant qu’elle s’effarouche sur une proie concrétisée.

    « Où est sa queue ? » me direz-vous ! Sachez qu’à terre, elle n’en a cure
    Et la nature prévoyante l’a dotée de deux belles jambes.
    Vous en doutez ? Approchez-vous, ce n’est là qu’une sinécure !
    Sentez comme elle est clairvoyante et à quel point elle est ingambe !

    Elle vous a eu ? C’est la leçon : « Méfiez-vous quand elle dort ! »
    Une sirène ne dort jamais, pas de dodo entre deux eaux.
    Consolez-vous ! De mollasson vous allez finir thermidor
    Comme un homard qui, désormais, aura son nom dans les réseaux.

    Tableau de Colleen Gnos sur https:clubofthewaves.comfeatureinterview-with-colleen-gnos .

  • Le bain de midi

    Image galerie
    Image galerie

    N’ayant pas aperçu les crânes éparpillés sur le rivage
    Je m’avançais nonchalamment vers ce cheptel de femmes nues.
    J’étais à cet âge où l’on crâne facilement quand l’arrivage
    Est alléchant et, galamment, j’avançai vers ces inconnues…

    Mais, invité à les rejoindre, je n’ai pas fait bien attention
    Lorsqu’elles m’ont déshabillé pour prendre mon bain de midi.
    Puis elles ont commencé à m’oindre d’huile et de tout plein de lotions
    Car la lumière ensoleillée tapait fort avec perfidie.

    Il n’y avait pas que le soleil qui tapait fort ce matin-là…
    Paf ! Et je reçus sur la tête un coup massif sur l’occiput.
    Jusqu’à ce que des flammes balayent mon corps sanglotant « Houlala ! »
    Tandis qu’elles faisaient la fête. Quant à la suite… je la suppute…

    Je fus mangé par les sirènes qui m’ont trouvé fort à leur goût.
    Tellement bon qu’elles ont mandé Neptune pour me ressusciter.
    Depuis ce jour, mes quatre reines m’ont élu « Prince du ragoût »
    Et elles m’ont recommandé au Michelin, pour n’pas l’le citer.

    Tableaux de Nikolay Khludov.

  • La sirène du sixième jour

    La sirène du sixième jour

    Tout juste avant le crépuscule clôturant le sixième jour,
    À l’insu de Dieu et ses anges, Lucifer créa la sirène.
    Il était temps ! L’astre bascule et, en cachette à contrejour,
    Lucifer put faire l’échange in extremis avec six rennes.

    N’en déplaise au Père Noël qui l’aurait si bien chapitré,
    Notre sirène put s’élancer avec son conjoint, le triton.
    Trois rennes pour Natanaël, tel était son nom attitré ;
    Trois autres pour La Beyancée, l’autre sirène baryton.

    Quand Dieu fil pleuvoir le déluge, Lucifer s’en frotta les mains ;
    Il espérait qu’alors la Terre serait livrée à ses chimères.
    Hélas Noé d’un subterfuge sauva sa famille d’humains
    Qui redevint propriétaire sur les terres comme sur les mers

    Pourtant l’écume en son abîme, où le soleil cherche son déclin,
    Garde en secret cette caresse qui se rit encore des tourments.
    Leurs voix s’élèvent, pures et sublimes, pour un destin bien plus enclin :
    Offrir au cœur cette allégresse, joie sacrée de tous les amants.

    Tableau de Hans Thoma.

  • La sirène rousse

    Sans doute est-elle expatriée de sa mer rouge originaire
    Ou de la Terre de feu australe ou plutôt des eaux boréales.
    L’hiver, sitôt rapatriée dans les mers chaudes imaginaires
    Là où ses coutumes ancestrales s’avéraient des plus idéales.

    L’intersaison, elle a le choix ; le Gulf Stream et ses courants doux,
    Les colonnes de Gibraltar ou le triangle des Bermudes.
    Pourquoi s’en fait-elle une joie ? Parce qu’elle courut le guilledou
    Avec les célèbres avatars des grands navigateurs du sud.

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  • Dans la maison de la sirène

    Dans la maison de la sirène

    Dans la maison de la sirène, toutes les fenêtres ouvertes
    Permettent aux poissons volants d’entrer et sortir comme un chat.
    Une moquette souveraine, tapis de fleurs et d’herbe verte,
    Pas de bleuets affriolants mais d’anémones à poissons-chats.

    Et lorsqu’elle a des insomnies, elle va s’asseoir dans le couloir
    Et compte tous les poisson-scie, les poissons-clowns, les poisson-lune
    Jusqu’à vouer aux gémonies Morphée et ses faire-valoir
    Qui ne rêvent qu’avec des « Si… » dans la léthargie opportune.

    Dans la maison de la sirène, on y dort mal ; oui mais… que faire ?
    Alors elle remonte en surface pêcher pour tromper son ennui.
    Elle lance alors sa voix sereine de celle qui connaît son affaire ;
    Elle y attrape tout ce qui passe et, s’il le faut, toute la nuit.

    Illustration de Hannah Alexander sur https:x.comHannahArtwork .

  • Villa « Mon rêve » au fond des mers

    Villa « Mon rêve » au fond des mers

    Je voulais un petit pavillon afin d’y passer ma retraite
    Et j’avais choisi les hauts-fonds pensant y savourer la paix.
    Mais même ici des trublions ont tout fait pour que je regrette
    De n’pas être allé plus profond pour un silence circonspect.

    D’abord il y a ces petits cons en tenues paramilitaires
    Qui jouent à faire la police mais ce n’est pas justifié.
    Ils passent et repassent l’air abscons mais d’une allure autoritaire
    Avec en guise de peau lisse des écailles bien lubrifiées.

    Ma femme a peur – je la comprends – on dit qu’ils sont bêtes et méchants
    Et qu’ils sèment dans les coulisses l’horreur par Satan répandue.
    Et tous les jours on en apprend des échos bien effarouchant…
    Rien ne va plus dans les abysses, même les requins sont morfondus !

    Illustration de Georges Pichard sur https:lectraymond.forumactif.comt1138p125-georges-pichard-et-la-bd-pour-adultes# .

  • Alien mermaid

    Alien mermaid

    On n’en est pas vraiment certains et les scientifiques le nient
    Mais les extraterrestres sont bien venus ensemencer la Terre.
    Ou plus exactement la mer, y abandonnant leurs tritons
    Pour coloniser la planète avec leurs petits rejetons.

    Mais n’ayant pu évoluer et sortir sur la terre ferme,
    Ils n’auraient pas eu d’autre choix que de rester dans les abysses
    Où ils ont connu la sirène, fille de Lilith et Lucifer,
    Et c’est ainsi qu’ils ont peuplé les océans autour du globe.

    Et voici pourquoi les aliens ne nous sont jamais revenus
    Car les tritons qui nous espionnent leur renseignent notre Histoire
    Des peuples voguant sur la mer des phéniciens aux matelots
    Qui se racontent au coin d’un bar les dernières nouvelles de Neptune.

    Illustration de lalasdreambox.

  • L’origine des sirènes

    L’origine des sirènes

    Elles ont échappé au déluge mais sait-on d’où elles venaient ?
    Certainement pas de Dieu, lui-même, car Adam les aurait nommées.
    Ni au premier, ni au deuxième, ni les troisième et quatrième,
    Ni le cinquième, ni le sixième et encore moins le septième.

    C’est Lucifer, évidemment, juste après le coup du serpent
    Qui s’est vengé avec Lilith qui, elle-même, était revancharde.
    Et parmi les cinquante enfants qu’elle aurait eus, il y en a une
    Que Lucifer a entraînée dans le royaume des abysses.

    Elle n’avait pas encore de queue ; ça a pris des générations
    Pour transformer ses longues jambes en une queue de femme-poisson.
    Et quant aux mâles, les tritons, d’où venaient-ils ? Ça, franchement
    C’est une autre histoire, croyez-moi, que je vous conterai prochainement.

    Tableau de Kinuko Y. Craft.

  • Quand la sirène est à toué

    Quand la sirène est à toué

    Comme tout bateau abandonné appartient à qui de découvre,
    Une sirène laissée-pour-compte revient à qui l’a repérée.
    Si l’occasion m’était donnée, j’irais bien au musée du Louvre
    Où, dans les couloirs, se racontent de telles histoires invétérées.

    Entre autres un pêcheur japonais qui dénicha dans ses filets
    Une sirène abandonnée dans les bras d’un Morphée marin.
    Et tandis qu’il fanfaronnait sur sa capture profilée
    La fille s’éveilla étonnée enlacée par le tabarin.

    « Mon beau tatoué je dois l’avouer notre amour a de qui tenir
    Et si nos enfants nous ressemblent entre ma queue et tes tattoos
    Ils devront tous se dévouer à s’engager pour l’avenir
    À l’Élysée où se rassemblent les meilleurs spécimens zazous.

    Tableau de Mursmasa Kudo.

  • Les sirènes d’air

    Les sirènes d’air

    En queue-de-pie ou queue de paon ou en queue de poisson volant
    Les sirènes ne manquent pas d’air pour traquer les aviateurs.
    Aussi effilées qu’un serpent, elles chassent l’homme en survolant
    Les forêts comme des Canadairs contre les feux dévastateurs.

    Les chemtrails sont comme une drogue et elles en avalent des lignes
    Et des lignes jusqu’à balayer tout le ciel bleu résiduel.
    On se demande quel épilogue pourra-t-on tirer de ces signes ?
    Sans doute un complot relayé par des phobies individuelles…

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Histoires à endormir la sirène

    Histoires à endormir la sirène

    Depuis que je l’ai ramenée secrètement à la maison,
    J’ai cédé la salle-de-bains en guise de chambre à coucher.
    Mon lit étant trop suranné, j’ai dû me faire une raison
    Et le soir je suis son larbin après être allé me doucher.

    Car je dois lui lire une histoire de marins et leur capitaine
    Pour qu’elle s’endorme comme un enfant bien avant d’arriver au bout.
    Or il est devenu notoire pour ma sirène puritaine
    Qu’elle dort mieux en étoffant mes histoires à dormir debout.

    Pour cela je dois la rejoindre entièrement nu dans la baignoire
    Tout en inventant une suite piquée de suspense et d’humour.
    Ensuite je dois lui adjoindre une descente dans les eaux noires
    Où nous partons à la poursuite de rêves où nous faisons l’amour.

    Tableau de Walter Zakarlo.

  • L’union sacrée des sirènes

    L’union sacrée des sirènes

    Plus on est de sirènes tendres et plus on rit sur le rivage
    Et plus il y a de matelots et plus on se remplit le ventre.
    Il suffit simplement d’attendre, le vendredi, les arrivages
    À la criée méli-mélo dans les halles et les hypercentres.

    Elles se glissent déguisées en thon à l’intérieur des chambres froides
    Et guettent les beaux poissonniers qui se radinent dare-dare.
    Car dès qu’ils pointent leurs mentons, il lui arrive une escouade
    D’amatrices de fruits garçonniers qu’on se déguste façon tartare.

    Tableau d’Evelyn De Morgan.

  • Vénus en Poissons

    Une sirène avec des tatouages, des cheveux ondulés et des ornements marins, nager dans un océan de coraux rouges et de fleurs, sur un fond sombre.

    Vénus serait-elle exaltée lorsqu’elle se retrouve en Poissons ?
    L’astrologie nous le confirme, la mythologie ne dit mot.
    Les Cancer doivent exulter que l’amour trouble leurs boissons
    Comme un breuvage qui leur affirme des sentiments fortissimo.

    Quant à Mars, se retrouver dans l’eau risque de rouiller son armure
    Ce qui expliquerait alors sa mystérieuse couleur rouge.
    Mercure… déjà qu’il est pâlot, il ne serait plus que murmure ;
    Dilué dans l’eau incolore, il virerait dans l’infrarouge.

    Avec la Lune tout serait flou et les amours assez confuses
    Mais bon… si l’amour est aveugle, ça ne devrait pas l’inhiber.
    Quant à Neptune, ça le renfloue, lui dont les actions sont diffuses
    Avec ceux qui mènent le peuple avec pots-de-vin prohibés.

    Et si le Soleil, tout là-haut, glissait un pied dans la marée,
    Il dorerait les illusions des cœurs qui voguent à tâtons.
    Jupiter soufflerait en duo un air propice pour se marrer
    Avec Vénus, en effusion, qui décocherait ses tétons

    Tableau de Tenture Voglio Bene.

  • Celle qui parle aux poissons

    Celle qui parle aux poissons

    Comme celle qui parle aux oiseaux, il y a celle qui parle aux poissons
    Et se régale des potins qui se racontent au fil de l’eau.
    Car les poissons ont leurs réseaux auprès des débits de boissons
    Où se soulagent les popotins après les heures de boulot.

    Si la carpe reste muette, on sait la dorade royale ;
    Le Saint-Pierre fait ses homélies tandis que les tsars dînent à l’huile.
    La sole meunière est fluette, les poissonnières déloyales,
    Certains sont des anomalies et d’autres des poissons d’avril.

    Quand la nuit luit sous la margelle, on voit surgir des silhouettes
    Qui brassent l’eau comme une scène où se rejoue tout l’opéra.
    Le thon philosophe interpelle la perche aux rêveries discrètes
    Tandis qu’une grosse baleine danse devant les caméras.

    Illustration de Ceruleanvii.

  • Le roi des sirènes

    Le roi des sirènes

    À l’instar du roi des abeilles ainsi que leur Reine pondeuse,
    Les sirènes ont élu leur sire au rang du grand héron qui pêche.
    Elles ont rempli leur corbeille d’offrandes les plus hasardeuses
    Selon les souhaits qu’on voit grossir et dessinés sur sa ventrèche.

    Le roi des sardines est un thon né de sardines et thon germon
    Qui n’a jamais été pêché et donc n’arrête pas de grandir.
    C’est pourquoi il est de bon ton de ne pas faire de sermon
    Mais plutôt de lui dépêcher tout ce qui pourrait l’arrondir.

    Cachalots, baleines bleues ou blanches sont aliments de premier choix
    Pour sa majesté aux dents creuses et au ventre démesuré.
    Mais surtout pas la moindre tanche ou le moindre petit anchois
    Car une allergie désastreuse lui donne des boutons azurés.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La nounou des poissons

    La nounou des poissons

    La gentille nounou des poissons se trouve dans son élément
    Quand le matin elle ravitaille les poissons des gens en vacances.
    Elle part faire sa moisson de toutes sortes d’aliments
    Flocons et sticks selon leurs tailles et granulés en conséquence.

    Petite particularité : sa mère étant une sirène
    Elle les nourrit toute nue, rapport à l’aquarium géant
    Qu’un vieux loup d’mer a hérité de son extravagante reine
    Qui dévorait le contenu des grands viviers de l’océan.

    Mais la douce enfant de la mer, quand elle penche son front tranquille,
    Entend parfois un long appel qui vient vibrer dans les écailles.
    Un chœur ancien mais doux-amer monte en remuant les eaux subtiles
    Et fait frissonner la pucelle du fond des bulles qui rouscaillent.

    Alors, d’un geste suspendu, elle croit revoir son héritage ;
    Des algues d’or, un ciel liquide, la grande houle aux reins profonds.
    Et même si ses jambes perdues restent captives de son rivage,
    Elle garde en elle, translucide, un océan et ses tréfonds.

    Et quand revient le soir docile, qu’elle referme la maisonnée,
    Les poissons tournent en pédalier et dansent en guise d’alarme.
    Car dans ce monde trop fragile où tout s’efface sans raisonner,
    La nounou, douce et déliée, leur sert d’horizon… et de charme.

    Tableau d’Amy Crehore.