Catégorie : Sirènes

  • Éoliane la petite sirène

    Éoliane la petite sirène

    Belle inconnue aux cheveux verts, tu t’es glissée entre mes vers
    Avec une jolie queue en prime qui s’agitait entre mes rimes !
    Tu m’as jeté aux pieds ton ancre et j’en ai renversé mon encre
    Et voici tous mes reflets-vers teignant tes lèvres et tes yeux pers.

    Tu as ouvert mes robinets de la douche et des cabinets ;
    L’eau est montée tout doucement et nous sommes devenus amants.
    Amants bien sûr épistolaires car je crains surtout les colères
    Des amoureuses de mon cheptel brandissant leurs porte-jarretelles.

    Tandis qu’Éoliane s’amuse, j’entends gronder toutes mes muses ;
    Alors pour faire bonne figure, je leur jette aux pieds mes chaussures,
    Ma chemise et mon pantalon, enfin, tout nu sur mes talons,
    Je leur envoie : « en vérité, vous m’avez toutes mérité ! »

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  • Rêverie de sirène

    Rêverie de sirène

    Quand Éolïäne aux cheveux verts dort dans le lit de la rivière,
    Elle rêve aux courants qui l’emportent et vont inspirer les poètes.
    Elle rêve aux splendides lacs verts quand elle habitait en Bavière
    Et avait appris de la sorte à jfaire miroirs aux alouettes.

    Loreleï, la sirène d’en face, lui dit un jour d’un tour de rein :
    « Suis la Salzach, passe l’Autriche, le Lichtenstein, arrive en Suisse,
    Nage juste sous la surface et descends les chutes du Rhin ;
    Suis donc les rives encore en friche pour qu’un poète s’en réjouisse ! »

    Dès lundi, tu seras Éölïäne, la jolie muse de Sennhof
    Qui émerveille les poètes à en faire pâlir Laurelïne…
    Tu auras la mine océane d’une sirène alors « spin-off »
    Qui vivra d’amour et de chouettes foie d’morue et boîtes à sardines !

    Tableau de Josephine Wall.

  • Ma rencontre avec Loreleï

    Ma rencontre avec Loreleï

    Un jour, j’ai failli me noyer mais, à mon tout dernier instant,
    Elle vint plaquer lèvres sur lèvres et me communiqua son air.
    Et je me suis apitoyé sur cette belle sirène dont l’instinct
    M’a transmis l’amour et la fièvre vers une vie tourbillonnaire.

    Depuis, je nage à ses côtés dans les courants de son mystère ;
    Elle connaît mille chemins que les marins ne voient jamais.
    Parfois son regard vient botter en touche mon esprit terre-à-terre
    Alors je lui reprends la main car nous sommes unis désormais.

    Tableau de Bill Bate sur https:www.coombegallery.com?s=bill+bate .

  • Ex aqua

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    Jaillissant de l’écume
    Sur les flots outrageants,
    Sans le moindre costume
    Qu’une belle queue d’argent,
    La sirène naquit
    D’une mère démontée
    Dont le père requit
    Son lien de parenté.

    Mais la fille de Neptune
    Dédaignant son trident,
    Entonna sous la Lune
    Ses premiers cris stridents.
    Or la voix de sirène
    Trouble tous les navires
    Dont les frêles carènes
    Tout aussitôt chavirent.

    Éole alors l’accueille
    Et lui donne des ailes ;
    En échange il recueille
    La queue de la pucelle.
    Et la sirène-oiseau
    S’en fut faire fortune,
    Chanter dans les réseaux
    Et récolter des thunes.

    Elle s’appelle Loreleï
    Et me charme souvent ;
    Son chant, vaille que vaille,
    Est toujours émouvant.
    Quand j’ai ouvert mon lit
    À ma nouvelle meuf,
    Elle a construit un nid
    Et m’a donné son œuf.

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  • Les sirènes au haras

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    Qui veut nager plus loin ménage sa monture
    Et les sirènes sont exigeantes de nature.
    Quand elles vont au vivier choisir leur véhicule
    Les unes contre les autres, ça crie, ça se bouscule.

    Observons Arabelle, la sirène bien connue ;
    Regardons-la tâter un poisson biscornu !
    Pour chasser le marin, la vitesse l’obnubile
    Elle exige des nageoires et une queue mobiles.

    Puis une autre examine d’un œil mélancolique
    Des thons aux ailerons pas vraiment méthodiques.
    « Ne prends pas ce thon beau ! » lui conseille Arabelle
    « Il te fera frémir ; il a la queue rebelle ! »

    « C’est bien là son talent ! » lui rétorque Angélique
    « Sa nageoire dorsale est plutôt fantastique !
    Une fois calée dessus, le moindre soubresaut
    Me fera ressentir la verge du puceau ! »

    Illustration de Charles Santore.

  • Ma sirène des sept mers

    Ma sirène des sept mers

    J’aime retrouver ma sirène après avoir suivi de loin
    Un trois-mâts prenant son essor à la poursuite des sept mers.
    Là, je m’accroche à sa carène et la voici qui me rejoint
    M’embrasse et, coup du mauvais sort, me trouve alors un goût amer.

    Puis ses cheveux noyés d’avers enveloppent mes rêves d’écume
    Et ses yeux aux couleurs fantômes ont la douceur des fonds marins.
    Elle goûte à mes lèvres amères où survit l’encre de ma plume
    Et m’attire vers son royaume où se perdent mes vieux chagrins.

    Tableau d’Éric Roux-Fontaine.

  • L’alphabet de Loreleï

    L’alphabet de Loreleï

    Loreleï possède un alphabet très érotique apparemment
    Qui demande des dispositions et une oreille de sirène.
    Aucune lettre n’est au rabais ; elles sont toutes un parement
    Pour dessiner des positions que seul un roi donne à sa reine.

    Elle m’a dit « A comme Aventure qui met notre amour en peinture ! »
    Elle m’a dit « B comme un Baiser qui ne peut jamais s’apaiser ! »
    Elle m’a dit « C —comme un Courant qui te fait revenir en courant ! »
    Elle m’a dit « D comme Dérive lorsque la jouissance arrive ! »

    Elle m’a dit « E comme l’Écume ; ton marteau frappe mon enclume ! »
    Elle m’a dit « F comme la Fièvre que je te transmets par mes lèvres ! »
    Elle m’a dit « G comme le Gong ; ton cœur bat d’un état second ! »
    Elle m’a dit « H comme la Hache dont je me fâche si tu me lâches ! »

    Ainsi de suite jusqu’à « Z, la dernière lettre qu’elle possède
    Et puis, à force d’arguments, je m’abandonne à mes tourments
    Qu’elle recueille entre ses mains, qu’elle remet au lendemain
    Car elle est procrastinatrice d’une folie dominatrice.

    Illustrations de Malika Favre.

  • Les idées de Loreleï

    Parfois Loreleï a des idées… vraiment de drôles d’idées, ma foi !
    Elles se transforment en tentacules qui semblent chercher l’inspiration.
    Jusqu’à ce qu’elle ait décidé de les projeter à la fois
    Dans cet air du large où bascule la suite de ma narration…

    Je me retrouve alors captif d’une étrange prolifération ;
    Chaque bras voudrait m’emmener vers un dénouement différent.
    L’un me conduit vers un récif, l’autre vers une constellation,
    Et tous prétendent me ramener après ce rêve proliférant.

    Parfois je lui dis : « Mon amour, pourrais-tu faire enfin un choix ? »
    Mais elle sourit, mine anodine mais sardonique toutefois
    Car ses tentacules glamours m’enserrent alors comme un anchois
    Dans une boîte de sardines et je meurs encore une fois…

    Mais je me réveille à nouveau, sa langue plongée dans la mienne
    Par son baiser incitateur, si doux, comme à l’accoutumée.
    Je vois passer dans mon cerveau ces fameuses idées hawaïennes
    Et son désir solliciteur pour un voyage présumé.

    Illustrations de Siyu Chen et boxyheadbry sur https:boxyheadbry.tumblr.compost36081891861in-the-near-dystopian-future-proper-ladies-will .

  • L’étreinte d’Octopussy

    L’étreinte d’Octopussy

    Loin d’être une dévoreuse d’hommes, Octopussy vit de l’amour
    Qu’elle suce par les ventouses qui créent des rapports amoureux.
    Hélas, pour le pauvre bonhomme qui la trouve assez peu glamour,
    Et pour sa fuite que jalouse les tentacules langoureux.

    Elle enlace ses proies en automne, par ses baisers de peau rugueuse
    Sur chaque membre qu’elle ligote dans une étreinte impétueuse.
    Le pauvre amant qui s’abandonne à cette danse voluptueuse,
    Fait qu’en son cœur le désir flotte sous toutes ces caresses onctueuses.

    L’étreinte rouge se resserre, étranglant lentement sa victime,
    Dans une danse de colère qui l’entraîne au fond des abîmes.
    Le sang se glace sous la serre de ce plaisir illégitime
    Mais la détresse du pauvre hère la nourrit d’un contact intime.

    Tableau de Trissa Tilson.

  • Delphine la sirène

    Delphine la sirène

    L’intelligence des dauphins couplée à celle des sirènes
    Crée un tandem très homogène entre ces races complémentaires.
    Tous les deux arborent un dos fin doté de connexions sereines
    Aux contacts hallucinogènes d’un sixième sens élémentaire.

    Sous l’onde aux reflets cristallins, le cœur bat d’un rythme identique,
    Fusion de deux destins divins mus dans une étreinte hypnotique.
    Ils glissent comme des fils opalins sur ce sillage fantastique,
    Loin des tourments subis en vain d’une humanité névrotique.

    Leurs chants, secrets d’anciens métaux, s’enroulent en doubles spirales,
    Vibrant sous d’étranges manteaux de lueur claires et boréales.
    Sondant l’osmose de leurs cristaux par une entente magistrale,
    Ils fuient les aliénés mentaux des cités froides et carcérales.

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  • Les sirènes, le dos au mur

    (Suite et fin de « La pension de Mademoiselle Yvette»)

    Les sirènes, le dos au mur

    De la pension de Miss Yvette, j’ai conservé le souvenir
    D’une dizaine de sirènes assises au pied de mon lit.
    Elles faisaient toutes la navette, l’une après l’autre, pour venir
    Apprécier la queue sereine qui frétillait à la folie.

    D’un mur d’eau elles apparaissaient comme une naissance aquatique
    Et me charmaient d’une voix claire et envoûtante tout à la fois.
    Et puis elles disparaissaient dans un fondu fantomatique ;
    Ce n’était pas pour me déplaire car je croyais rêver, ma foi.

    Toutes les nuits du vendredi – date de mon fameux séjour –
    Je refais ce rêve imbécile de mes sirènes à la sauvette.
    Toujours est-il qu’un mercredi, j’ai reçu au courrier du jour
    L’invitation au domicile de qui ? De Mademoiselle Yvette !

    Photo de Kevin Briggs.

  • Gare à l’impatience !

    Quand tu partiras à la pêche aux trésors sacrés des sirènes,
    Prend garde au regard de Neptune qui surveille le détroit chinois.
    Et s’il voit que tu te dépêches, fais attention à ta carène
    Car les récifs sur la lagune crèveront ta coque de noix.

    Quand enfin les vagues profondes déposeront leurs perles marines,
    Tu comprendras que les voyages rapides apportent le malheur
    Car les tempêtes à la ronde et les grandes houles assassines
    N’épargnent jamais les rivages où l’on accoste bien avant l’heure.

    Tableaux de Hanna Ligeti.

  • La Cavale de Loreleï

    La Cavale de Loreleï

    Dans le gouffre bleu des ondes, la sirène est une cavale,
    Épousant les vagues en nombre avec beaucoup d’amusement.
    Son corps de cristal vagabonde dans une course terminale,
    Guidée par l’appel de ses ombres vers un futur apaisement.

    Les trois dauphins d’argent escortent sa farouche ardeur infernale,
    Fendant le miroir délicieux avec un bel emportement.
    Ainsi la princesse aux eaux fortes brise sa retraite hivernale,
    Pour boire l’écume des cieux dans un dernier consentement.

    Tableau de Kirk Reinert.

  • Nouvelle vague de couleurs

    Loreleï me submerge le cœur, Éoliane m’englouti l’esprit ;
    Il ne manquait plus qu’Arabelle pour dévorer ma tendre chair.
    Alors j’ai pris à contrecœur la première vague qui m’a surpris
    Et la deuxième, de plus belle, qui m’a envoyé en enfer…

    …l’enfer de toutes les couleurs avec Loreleï, la plus charmante,
    Éoliane la plus séduisante et Arabelle, la plus coquine.
    Elles m’ont fait mourir sans douleur d’amour et d’extase affamante,
    Ni harassante, ni épuisante, mais affreusement ultramarine.

    Illustration de Virgil Finlay.

  • Carte maritime du tendre d’Oceanus

    Carte maritime du tendre d'Oceanus

    Si pour l’amour d’une sirène, je traçais la carte du tendre,
    Mon cœur se mettrait à chavirer et perdrait le nord de sa rose.
    Je dirigerais ma carène vers l’occident sans plus attendre,
    Espérant être désiré par Loreleï, en apothéose.

    Le vent gonflant chaque baleine, l’océan ne peut plus s’étendre
    Devant le regard de l’acier, là, enfin, mon cœur se repose.
    Sous la mer une ombre sereine, de ses chants voudrait me surprendre,
    Pour que je puisse remercier cette chimère au teint de rose.

    « Regarde le grand trident d’or, le roi veille sur son empire ! »
    Me dit un grand serpent de mer qui me guette au creux de la vague.
    « Je cherche le plus beau trésor, celui qu’on ne peut pas décrire ! »
    Et l’amour noie dans l’outre-mer mes derniers soupirs qui divaguent.

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  • La cryogénie de la sirène

    La cryogénie de la sirène

    Ils ont voulu briser la glace avec leur coque renforcée
    Et nous ont dégagé Loreleï, la sirène du Rhin égarée.
    Délivrée par un brise-glace, de la banquise divorcée,
    Elle avait crié « aïe aïe aïe ! » devant les hommes désemparés.

    Elle a subi la trahison, la nymphe en pleurs est sidérée
    Dans le silence du cristal, comme une terre enfin conquise.
    L’hiver en perdit la raison lorsque Loreleï fut libérée
    Par le fracas du noir métal qui la sauva de la banquise.

    Une fois à bord et réchauffée, elle prouva sa reconnaissance
    En entonnant pour les marins un beau chant des plus mélodieux.
    Et les matelots s’esclaffer avant de perdre connaissance
    Pour faire, avec du romarin, un déjeuner digne des dieux.

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  • Éclat d’Émeraude

    Éclat d'Émeraude

    Là où l’écume danse et vient baiser le sable,
    Apparaît une muse au regard ineffable.
    Mi-femme, mi-chimère, elle joue avec l’or
    Du soleil qui s’endort dans l’eau versicolore.

    Son rire est un murmure, une perle de rosée,
    Sur le miroir de l’eau, elle s’est déposée.
    Elle appartient au large, à la perle, au cristal,
    La beauté souveraine du palais abyssal.


    Elle rêve de drakkar, de felouque, de navire
    Issus de ses affûts de délires en délires.
    Elle imagine alors un immortel Ulysse
    Qui viendrait la rejoindre au profond des abysses.

    Illustration de Giulia Gardelli.

  • La sirène extasiée

    La sirène extasiée

    Après une agape gourmande partagée avec l’équipage
    Qui a offert ses plus dodus et appétissants matelots,
    La sirène suisse-allemande préfère alors tourner la page
    Avec le ventre bien tendu et va dormir lovée dans l’eau.

    Dans sa dérive nonchalante, elle se berce au fil du courant ;
    Son corps de nacre se repose après ce festin de géant.
    La prédatrice somnolente, dans son sommeil le plus durant,
    Rêve d’une nouvelle dose de marins au cœur consentant.


    Entre deux eaux, extasiée comme une suissesse bien nourrie,
    On dit qu’elle dormirait cent ans mais c’est un conte évidemment.
    Car après s’être rassasié, elle remonte le Missouri,
    Nil, Danube et le Saint-Laurent, les grands fleuves les plus cléments.

    Tableau de Viktor Nizovtsev.

  • Le Chant de l’Abysse

    Le Chant de l’Abysse

    Dans le silence bleu d’un royaume écarté,
    Elle glisse immobile, entre ombrage et clarté.
    Ses cheveux sont d’argent, ses beaux yeux de corail,
    Et chaque écaille brille de leur plus bel émail.

    Elle ne craint pas l’orage, elle ignore le vent,
    Gardienne des secrets du peuple survivant.
    D’un battement de queue, elle efface le temps
    Et dessine des rêves sur le sable exultant.


    Lorsque la nuit descend, la sirène écarquille
    Les yeux lourds de sommeil et gagne sa coquille.
    Le bivalve lui offre un lit bien prometteur
    Et ferme son couvercle d’un geste protecteur.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La Légende des Flots

    La Légende des Flots

    Elle attend le marin sur le rocher moussu,
    Chantant une romance que nul n’a jamais su.
    Sous la Lune qui tremble, sa traîne se déploie,
    Mélange de mystère, de tristesse et de joie.

    Fille de l’onde pure, elle ne peut s’attacher,
    Qu’aux reflets de la Lune et au gris du rocher.
    Mais dans le cœur de ceux qui ont croisé ses pas,
    Le chant de la sirène sonne aussi leur trépas.


    Or entre deux marins, la sirène s’ennuie ;
    Dans le jour languissant, elle guette la nuit
    Et la nef en sommeil d’un pilote endormi
    Qu’elle charme et dévore sans aucun compromis.

    Tableau de Viktor Nizovtsev.

  • Les sirènes gymnotes

    Les sirènes gymnotes

    De la famille des gymnotes, elle tue par électrocution
    Car elle décoche sa décharge pile lorsqu’il connaît l’extase
    Il reçoit quelques pichenottes juste avant l’éjaculation
    Mais au moment où il décharge, il connaît alors l’épectase.

    Dans une caresse éclatante, un éclair en son cœur frissonne ;
    Sa taille si majestueuse propose un dangereux courant.
    Pour la victime haletante, le chant de la sirène résonne ;
    La fille alors voluptueuse contemple son amant mourant.

    Puis sous la voûte verdoyante, le flux de son corps s’abandonne ;
    Un halo de nacre irisée enflamme le lointain récif.
    À la prédatrice attrayante, l’honneur des Gymnotes pardonne
    Et la mer bleue pulvérisée escorte le nageur passif.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Sirènes et hippocornes

    Une sirène nage, vestale des feux humides ;
    Dans les ruines d’un temple aussi bleu qu’il est vieux.
    Un rayon de lumière, encore un peu timide,
    Perce entre les colonnes comme un soleil pluvieux.

    Une hippocorne blanche aux crinières liquides
    S’avance dans les flots des palais merveilleux.
    La sirène l’enlace aux nageoires splendides
    Comme un rêve oublié revenu dans ses yeux.

    Les coraux sont en fleurs sous les arches antiques,
    Les poissons de cristal tournent autour de sa queue
    Et l’océan profond, dans ses vitraux mystiques,
    Semble bénir leur fugue par un piano aqueux.

    Tableaux de Wil Cormier sur https:nevsepic.com.uaenart-and-hand-drawn-graphics6742-illustrator-wil-cormier-23-works.html .

  • Au pied de Gibraltar

    Au pied de Gibraltar

    « Si Gibraltar est un détroit, lesquels sont alors les deux autres ?
    Je connais celui du Bosphore et toi, celui des Dardanelles ! »
    Ainsi parlait un maladroit marin qui avait quitté son cotre
    Pour apporter son réconfort à une jolie péronnelle.

    « L’amour est un chemin étroit, au bord de l’onde et des apôtres,
    Où le destin devient très fort, sous une Lune universelle ! »
    Rit-elle de son désarroi, de ses histoires de patenôtres,
    Mais dessous cette métaphore, bat le cœur de la demoiselle.

    « Suis-moi derrière ce rocher ! » propose-t-elle au matelot
    Qui croyant l’affaire conclue prend une attitude sereine.
    Mais dès qu’il s’en est approché, la belle l’emporte sous l’eau
    Pour garder le marin reclus dans le vivier de la sirène.

    Tableau de Jorge Caballero.

  • Latitude et longitude

    Latitude et longitude

    Les deux mamelles du marin sont latitude et longitude
    Qui ne les nourrissent pas au sein mais en font plutôt des victimes.
    Et les sirènes d’un coup de rein qui se hissent avec promptitude
    Dans leur lit entre deux coussins en font leur manne maritime.

    L’équerre d’or du corps se tord, selon l’accord de la structure,
    Le trait se lie au bleu de nuit pour que s’enfuie la démesure.
    Elle est le port, le réconfort, face au grand nord de l’aventure,
    Une embellie dans son ennui et sa vie de géométrie pure.

    Pourtant fort en mathématiques, le matelot n’a rien compris
    Mais au petit matin, l’extase a connu la petite mort.
    Pour la sirène gastronomique, la qualité n’a pas de prix
    Sinon celui d’une épectase qui ne lui laisse aucun remords.

    Tableau de Stef Rymenants sur https:stefrymenants.be .

  • Les trois caravelles

    Les trois caravelles

    Elles ne voguent guère, elles sont l’océan même,
    Portant sur chaque frange, l’orgueil des anciens rois.
    Trois sirènes de galère, aux corps nacrés de crème,
    Qui gardent l’écume blanche au bout de leurs longs doigts.

    La Santa-Maria, dolente et souveraine,
    Porte son mât de bois comme un diadème d’or.
    Navire d’Almeria transformé en carène,
    Elle offrit tout son poids à ses conquistadors.

    Si la Pinta s’élance, pour être la première,
    Elle rejoint les confins sans espoir de retour.
    Ses écailles d’argent captent toute la lumière,
    Prête à bondir enfin, sans crainte et sans détour.

    La Niña, préférée, douce Santa Clara,
    A seule survécu aux tempêtes oubliées.
    C’est elle qui, proférée survivante, narra
    Son histoire vécue pour être publiée.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La sirène virginale

    La sirène virginale

    Elle dort en son antre, un berceau de satin,
    Ignorante du monde, son souffle et son destin.
    C’est une perle pure au cœur du coquillage,
    Qui n’a jamais connu l’assaut du grand rivage.

    Son corps est un secret que la nacre protège,
    Loin des regards impurs et de leur sombre manège.
    La mer tout autour d’elle est un voile de soie
    Où l’onde se fait calme et le silence est roi.

    Gardant sa robe d’eau et son âme scellée,
    Elle est la fleur de sel, la nacre immaculée.
    Son rêve est un écrin, une prison de nacre
    Où la vague murmure l’éternel simulacre.

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  • Vers les septièmes abysses

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    Elle fuit la lumière et le cri des oiseaux,
    Pour chercher son salut dans le creux des grandes eaux.
    Le ciel est un miroir que son corps veut briser,
    Plongeant vers le silence afin de s’apaiser.

    Point de septième ciel pour la fille des mers,
    Mais un gouffre de nacre aux reflets doux-amers.
    Elle descend plus bas que le chant des marins,
    Loin des rêves d’azur et des amours humains.

    Dans le septième abysse où le bleu devient noir,
    Elle trouve l’oubli, l’absence de miroir.
    Une bulle s’envole en ultime soupir :
    Il faut savoir couler pour ne plus rien souffrir.

    Tableau de Maude Ovize sans doute inspiré de Marco Ortolan.

  • Les sirènes vaginales

    L’huître s’ouvre en écrin sur ce corps de cristal,
    Où la perle devient un astre vertical.
    Dans le calme absolu de ce ventre de pierre,
    Elle garde en son sein toute la mer entière.

    Dans le creux de la nacre, au secret des courants,
    Se prépare le fruit des abîmes mouvants.
    Elle porte en son sein l’éclat d’un astre rond,
    Une perle de lait sous le bleu du plafond.

    C’est un ventre d’écume où mûrit le trésor,
    Loin des souffles du vent et des rayons d’aurore.
    La sirène s’enroule autour de son enfant,
    Ce noyau de lumière au reflet triomphant.

    Enceinte de la mer, elle couve son bien,
    Dans un monde de sel où le temps ne dit rien.
    Le calcaire se fait chair et la chair devient nacre,
    Pour le sacre d’un grain en ce blanc simulacre.

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  • La sirène égyptienne

    La sirène égyptienne

    Sur les bords du Nil vert, sous un soleil de plomb,
    On cherche la sirène au fond du grand limon.
    Mais le scribe s’étonne et range son calame :
    Ce poisson est de trop pour le cœur d’une dame !

    La déesse au poisson, d’un geste souverain,
    Gardait ses deux gambettes et son profil d’airain.
    Elle portait son dieu posé sur sa perruque,
    Sans jamais que la queue ne lui batte la nuque.

    C’est un mirage fou, né d’un pinceau récent,
    Qui baigne dans le Nil un buste éblouissant.
    Qu’importe l’histoire et ses vieux parchemins,
    Le charme reste éternel dans nos rêves humains.

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  • La sirène antique

    La sirène antique

    Adieu le buste d’ange et la queue en argent,
    La sirène moderne est un thon indulgent.
    Elle brosse ses poils en chantant des bêtises,
    Rêvant d’un prince bleu pour quelques gourmandises.

    Mais l’antique autrefois n’était qu’un gros poulet,
    Avec un bec pointu, c’était bien moins coquet !
    Voulez-vous un baiser d’une poule qui chante,
    Ou d’une sardine à la courbe sémillante ?

    L’oiseau vous mange l’œil dès le premier couplet,
    Le poisson vous déçoit si le filet est prêt.
    Pour choisir la plus belle, il faut être un génie :
    Plumes dans l’estomac ou yeux de merlan frit ?

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  • Le passage des couleurs sans corps

    Le passage des couleurs sans corps

    Je féconderai ma sirène, ma Loreleï venue du Rhin
    Pour se jeter en Mer du Nord au large d’un port des Pays-Bas.
    J’éparpillerai sur ma reine une laitance entre ses reins
    Afin que naisse Yavänor, mon avatar prêt au combat.

    Je resterai neuf mois durant bien à l’abri dans la matrice
    De Loreleï dans les eaux sombres au fond des fosses abyssales.
    Alimenté au carburant tété au sein de ma nourrice,
    Je grandirai parmi les ombres dans une extase paradoxale.

    Serais-je un homme ou un triton ? Tout dépend de la génétique
    Si j’ai des racines atlantes, lémuriennes ou extraterrestres.
    Mais par une voix de baryton issue de ma mère extatique,
    Je connaîtrais une opulente réussite à la Saint-Sylvestre.

    Tableau de Fang Ling Lee.

  • La sirène échouée – 2

    La sirène échouée - 2

    En Mer du Nord, il n’y en a qu’une pour s’échouer sur le rivage :
    C’est Loreleï qui guette, pensive, un promeneur assez candide
    Pour approcher sur la lagune cette créature sauvage
    Apparemment inoffensive et vraisemblablement morbide.

    Il la touche, elle se retourne, il se penche et elle l’embrasse
    En inoculant son venin car ses canines à crochets.
    Le soir venu, elle l’enfourne en l’assaisonnant d’huile grasse ;
    Ce plat typiquement sirénien n’a plus rien à se reprocher.

    Nul ne saurait lui échapper et moi-même en ai fait les frais
    Mais me suis aussitôt méfié de ses eaux manipulatrices.
    Mais elle m’a pourtant rattrapé en me promettant le plus vrai
    Des amours les plus raréfiées et les plus illuminatrices.

    Illustration extraite de « Les sirènes », recueil de dessins d’auteurs.

  • Laissez venir à moi tous les petits poissons

    Laissez venir à moi tous les petits poissons

    Le vendredi, les pieds dans l’eau, j’ai rendez-vous par habitude
    Avec les sirènes d’un jour qui ne me charment pas toujours…
    Aujourd’hui, j’ai le bec dans l’eau ; pas une seule aux latitudes ;
    Juste autour de mes orteils gourds, des petits poissons de velours…

    De velours noir à queue orange qui n’arrêtent pas de tournoyer
    Et me chatouiller les doigts de pieds d’une façon désagréable.
    Mais, autant bizarre qu’étrange, ils parviennent à m’apitoyer
    En ondulant comme il leur sied en ondes inidentifiables.

    C’est un message de ma sirène bloquée dans les embouteillages
    Du détroit d’Ormuz occupé par les navires les plus tocards.
    Au diable toutes ces carènes organisant l’appareillage
    D’un blocus fait pour nous duper et me faire rater mon rencard !

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La sirène et le scaphandrier

    C’est parce qu’il draguait les grands fonds à la recherche de trésors,
    Qu’il advînt qu’un scaphandrier fit la rencontre d’une sirène.
    Celle-ci vivait au plus profond de la fosse marine des Açores
    Et, hasard du calendrier, c’était le jour de la Sainte Irène.

    Le 5 avril, l’homme au scaphandre rencontra donc la belle Irène
    Et lui offrit bague et camée tout frais péchés le matin même.
    Mais ne cherchons pas à comprendre ce qui plait ou non aux sirènes !
    Sachez qu’elle fut enthousiasmée par ses jolis bijoux, eux-mêmes.

    Tableau de Colleen Gnos sur https:clubofthewaves.comfeatureinterview-with-colleen-gnos .

  • Figure de proue

    Figure de proue

    Que sont les figures de proue devenues sur les paquebots ?
    Le modernisme, encore une fois, nous oblige à tirer l’alarme.
    Mais si vous aimez peu ou prou ces jolies sculptures bimbo,
    Faites-leur honneur, ouvrez la voie à ces nouveaux métiers de charme !

    Et je propose que les navires de croisière engagent des sirènes
    Qui orneront, entièrement nues, la proue de ces géants des mers.
    Ainsi si le bateau chavire ou se défonce la carène,
    Elles pourront sans déconvenue manger les survivants amers.

    Tableau de Thomas Saliot.

  • La sirène échouée – 1

    La sirène échouée - 1

    Beaucoup de sirènes échouées sur les plages de l’Atlantique
    En raison de la pollution et du réchauffement des pôles.
    Des sauveteurs se sont dévoués à faire un geste romantique
    Et proposer des solutions comme des piscines en métropole.

    Alors secourez les sirènes et menez-les à la piscine
    Où elles se révéleront maîtresses nageuses mais aussi secouristes !
    Ou remplissez donc les arènes à l’instar d’énormes bassines
    Où d’autres femmes centauresses pourront s’ébattre sur la piste !

    Illustration d’IA.

  • Nacrée sirène !

    Nacrée sirène !

    J’ai d’abord cru un coquillage trouvé sur le bord du chemin.
    Ramassé, je l’ai mis dans ma poche pensant le nettoyer le soir.
    Pour je n’sais quel enfantillage, je l’ai reporté à demain
    Et puis un trou dans la caboche me l’a sorti de la mémoire.

    Dans la chaleur du vêtement, la sirène s’est réveillée
    Et a commencé à fouiller un peu partout dans la maison.
    Elle a trouvé rapidement sur la terrasse ensoleillée
    La fontaine où vont gazouiller les oiseaux nés cette saison.

    Elle a grandi évidemment car tous les oiseaux l’ont nourrie
    Graines par-ci, millet par-là et boules de graisse à gogo.
    J’l’ai découverte avidement goulue sur mon balcon pourri
    Et vu cette Marie-couche-toi-là m’offrir ses devoirs conjugaux.

    Sculpture d’Isabelle Jeannot.

  • Médusa la sirène ébahie

    Médusa la sirène ébahie

    Quand la sirène est médusée, comme après la mue du printemps,
    Il ne vaut mieux pas pour le plongeur qu’il se rapproche un peu trop vite.
    Car il serait désabusé par les émanations suintant
    De ce monstre marin mangeur d’hommes … qui regrettent leur visite.

    Le moindre petit tentacule tue son poisson à la seconde
    Et, qui soulève sa houppelande meurt, après d’atroces souffrances.
    Même apeuré, si tu recules, gare au fouet de sa queue immonde
    Qu’elle déploie comme une guirlande pour mieux t’ébahir à outrance.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Équilibre relatif

    Équilibre relatif

    Serrant ma sirène à bras le corps je tentais de la ramener
    Vers la surface et à l’air libre afin de l’emporter chez moi.
    Mais les écailles glissent encore comme un savon glycériné
    Et provoquent un déséquilibre avec ses soubresauts sournois.

    Alors je m’agrippe à ses seins mais voici maintenant qu’elle chante
    D’une voix à vriller les tympans comme le rossignol milanais.
    Quant à empoigner son bassin, ses nageoires sont si tranchantes
    Qu’elles m’ont coupé tout un pan de mon kimono japonais !

    Des liens de pourpre nous enlacent, tels des fils de néon vibrants,
    Tissant entre l’onde et l’éther une fragile architecture.
    Mais dans ce ballet qui nous glace, entre les courants enivrants,
    L’équilibre n’est qu’une chimère, une éphémère déchirure.

    Tableau de Sam Hogg.

  • Abondance

    Pas de poisson en abondance quand on habite les montagnes
    Excepté ceux de la rivière, des lacs ou qui prennent le train
    Et loupent leur correspondance et se retrouvent à la campagne
    Ou sur la ligne ferroviaire vers un destin plutôt restreint.

    Évidemment, pour compenser, il y a la mondialisation
    Qui nous apporte les palourdes venues d’Asie ou d’Amérique.
    Mais leur goût me laisse à penser que notre civilisation
    Commet les fautes les plus lourdes envers nos ancêtres d’Afrique.

    Heureusement j’ai Loreleï, la sirène des chutes du Rhin
    Qui m’approvisionne en saumon par une fantaisie allemande
    Car il arrive, vaille que vaille, en provenance de Turin,
    Ville réputée du Piémont pour ses biscuits secs aux amandes.

    Sinon les truites ont des arêtes qui aiment se planter dans le cou
    Pour vous envoyer aux urgences la veille d’un voyage agencé.
    Pas de chance ! Il faut que je m’arrête de jouer au pêcheur casse-cou
    Qui réclame avec indulgence la montée des eaux annoncée.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • La sirène enluminée

    La sirène enluminée

    Point de sirène dans la Bible, pas même citées lors du déluge ;
    Dieu ne les aurait pas créées, Adam ne les aurait pas nommées.
    Nul ne les ayant prises pour cible, elles ont pu trouver refuge
    Dans l’eau qui les a agréées pour y répandre leur renommée.

    Alors d’où viennent leur présence dans la mythologie notoire
    Qui détaille si bien leurs mœurs et leurs voix si enchanteresses ?
    Une entorse de complaisance à Dieu, Darwin et notre Histoire
    Mais dont circule la rumeur chez tous ceux que cela intéresse.

    Notamment moi, évidemment, qui, dès les vendredis, les voue,
    Les portent aux nues et au pinacle, bref, qui les mets bien en valeur.
    Si je les aime avidement, c’est que les sirènes se dévouent
    Chaque nuit à faire un miracle en m’offrant un peu de chaleur.

    Illustration de IA.

  • La sirène de la mer Noire

    La sirène de la mer Noire

    Si la Mer Noire est moins salée que les mers consœurs et voisines,
    C’est pour faire fuir les requins qui préfèrent manger salé.
    Et les sirènes, au pis-aller, ont convenu d’une cuisine
    Qui privilégie les rouquins bien dodus et vite avalés.

    L’eau est généralement trop froide pour la plupart des requins-blancs
    Qui ont besoin d’eaux bien plus chaudes pour conserver leurs membres actifs.
    Les sirènes ont donc la queue roide avec petits ailerons tremblants
    Et les mamelles bien rougeaudes grâce à un régime adaptif.

    Si l’étroit détroit du Bosphore résiste comme un passage hostile
    Contre les coques et les carènes à cause des courants complexes,
    Il faut beaucoup de sémaphores rouquins avec bras érectiles ;
    Et ça, c’est bon pour la sirène mais pas pour les marins perplexes.

    Tableau de Kai Carpenter.

  • Bonne pêche

    Bonne pêche

    Très bonne pêche Cendrillon !
    Tu peux rentrer à la maison
    Et dire à ton prince-sans-rire
    Que tu as retrouvé le sourire.

    La botte perdue avant-hier
    Et retrouvée dans la rivière
    Retrouvera sa sœur jumelle
    Dans la garde-robe d’Armelle.

    Armelle, la sœur prétentieuse,
    Autant exécrable qu’odieuse,
    Que l’on va pouvoir marier
    Sans chaussures dépareillées.

    Pour la cadette, Cendrillon
    À déjà un plan tatillon
    Pour la marier tôt ou tard
    Avec un prince du Qatar.

    Elle lui a offert des crampons
    Qui lui montent jusqu’aux jupons
    Car le Qatar aime les joueuses
    Et qui plus est, les footballeuses.

    Et quand elle sera seule, enfin,
    Elle pourra avoir le bec fin
    Et épouser le cordonnier
    Qui fait de si jolis souliers.

    Tableau d’Ana Hernández de San Pedro.

  • Quand la Vouivre se médusa

    Quand la Vouivre se médusa

    Quand Médusa, reine des mers, invita la Vouivre à sa table,
    Tous les serpents furent conviés couleuvres, vipères et aspics.
    Cuisine aux piments doux-amers et vin d’océan délectable.
    Fromages et fruits du vivier, enfin bref… un repas épique !

    Médusa, ratte des grands fonds, vanta ses palais redoutables,
    Ses colonnes de sel figé, ses marins-pierres pétrifiés.
    La Vouivre, ratte des siphons, répliqua d’un ton discutable :
    « Chez moi, les morts sont mitigés, bien fol qui pourrait s’y fier ! »

    « Viens donc régner dans mes abysses, c’est la carrière respectable ;
    Tu verras chaque navigateur finir par craindre mon regard…
    Viens-y boire autant que tu puisses, la vie y est moins profitable,
    Et les courants congélateurs conservent au frais les plus hagards ! »


    Mais tandis qu’elles se disputaient quel destin serait plus enviable ;
    Mer ou étang, sel délétère, algues ou bien nénuphars livides ?
    Les serpents gourmands dégustaient les plats les plus inoubliables
    Tant et si bien qu’elles concoctèrent des mots crus mais le ventre vide.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La louve de mer

    La louve de mer

    Elle n’a pas bouffé du lion mais seulement un vieux loup de mer
    Qui s’était laissé envoûter par une sirène charmeuse.
    Puis elle a hissé pavillon, mis à la bouche la pipe amère,
    Pour aller empapaouter ses sœurs de bouffées parfumeuses.

    La casquette vissée sur la tête, pieds nus, cul nu, sans pantalon,
    Elle avait assez fière allure avec entrain et bonne humeur.
    Lorsqu’elle rejoignit la fête, la pipe au bec, en hauts talons,
    Toutes les sirènes se résolurent à dire : « Interdit aux fumeurs ! »

    Illustration de Glasha Bruk.

  • Phosphorée

    Phosphorée

    Sans doute la Lune dorée appelle la sirène phosphorée
    Comme la pleine Lune rousse attire la sirène-garou.
    Ce soir, la couleur mordorée domine l’ombre des forêts,
    Rien ne sert d’inviter la frousse à courir sous les chapeaux de roues !

    D’ailleurs, la sirène phosphorée n’a rien en elle pour faire peur ;
    D’abord elle est végétarienne et ne vit pas en pleine mer,
    Ensuite, se cache dans les forêts pour éviter toute torpeur
    À son amie, une batracienne, vieille météo intérimaire.

    Quant à la sirène phosphorée, pas plus à dire à ce sujet.
    Je ne sais pas ce qu’il advint des légendes qui s’y relatent…
    Exceptée une mijaurée qui se serait jadis adjugée
    Les eaux du marais poitevin grâce à l’escarboucle écarlate.

    Tableau d’Olesya Dubovic alias Aziza.

  • L’esprit du récif

    L’esprit du récif

    Quant aux sirènes naufrageuses que nul marin n’a relatées,
    Si elles restent mystérieuses, c’est qu’elles vivent dans les récifs.
    Et leurs attaques outrageuses avec leurs raids de galatées,
    Sont menées de façon furieuse et d’un courroux fort agressif.

    Mais alors comment le saurais-je, moi qui vis plutôt en montagne ?
    C’est Loreleï qui me l’a dit alors qu’elle rentrait de Bavière.
    Une cousine de Norvège l’aurait appris d’une compagne
    Qui vit là-bas en Acadie au lieu-dit des mille rivières.

    Tableau de Leo & Diane Dillon.

  • La sirène à la monnaie

    La sirène à la monnaie

    Une sirène à la Monet se prélassait dans son étang
    Juste sous le pont japonais aux nénuphars en plein délire,
    Quêtant les pièces de monnaie que les badauds, par tous les temps,
    Jetaient, la brise dans le nez, en espérant la voir sourire.

    Elle était nue, tout simplement, pas plus sirène que vous et moi,
    Mais il n’y a pas de sot métier à faire la manche à Giverny.
    D’ailleurs les gens sont amplement récompensés avec émoi
    Quand elle invite, par amitié, ses amateurs les plus vernis.

    Tableau de Motoko Ishikawa sur https:www.duitang.com .

  • Chez Médusa

    Chez Médusa

    Chez Médusa, on vend de tout, on trouve tout ce qu’on n’veut pas !
    Une table-bar du Titanic, un tabouret du Nautilus,
    Un triporteur de Tombouctou, cartes marines et trois compas,
    Une mallette à pique-nique et la cloche qui sonne l’angélus.

    Loreleï y est allée une fois pour acheter une théière ;
    Elle est sortie le chariot plein de trucs complètement inutiles :
    Un fromage de Haute-Savoie, une barquette de gruyère,
    Un vieux coucou sur le déclin et tout autre chose futile…

    Lilith, sa mère, l’a critiquée ; Laureline, sa sœur, l’a gourmandée ;
    Et toutes les sirènes loufoques ont voulu lui faire la leçon :
    Elles sont retournées boutiquer pour montrer comment marchander
    Et sont revenues avec un stock d’une tonne de paillassons…

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le coup de queue de la sirène

    Le coup de queue de la sirène

    Gare à la queue de la sirène qui remonte la Seine à Paris ;
    Une Loreleï qui s’est exilée des plus grands lacs verts de Bavière.
    Elle a remonté la Lorraine, à pied, manu militari
    Et lentement s’est faufilée par tout le réseau des rivières.

    La Tour Eiffel enfin atteinte, elle grimpe un à un les étages
    Par l’escalier, c’n’est pas facile – Dieu qu’une queue n’est pas pratique !
    Elle cherche, par la lumière éteinte, le vivier où sont les otages :
    Toutes les sirènes graciles des mers Rouge et Adriatique.

    Et là, elle frappe les piscivores, les ogres mangeurs de poissons,
    Les parigots endimanchés habillés comme des men-in-black
    Les petites sirènes sanguinivores dégustent et savourent leurs boissons
    Et toutes repartent, bien revanchées, avec leurs cliques et leurs claques.

    Illustration d’Enki Bilal.