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  • Rêves d’amours croisées

    Le petit poisson qui aimait le petit oiseau d’amour tendre
    A subi une évolution et l’oiseau une mutation.
    L’un s’est transformé désormais en amphibien qui peut prétendre
    Vivre à l’air libre en solution de son problème d’adaptation.

    Contrairement à l’albatros, peu doué pour la marche a pied,
    Le petit oiseau s’est doté de jolies jambes cavaleuses.
    Sans amour la vie est atroce mais l’ontogenèse lui sied
    Pour batifoler et goûter aux joies les plus voluptueuse.

    Dame sirène sur son îlot et Monsieur l’ange un peu pataud
    Cherchent comment se rencontrer car leur mémoire est altérée.
    L’une espère qu’un jour sur les flots viendra son prince sur un bateau ;
    L’autre espère que va se montrer son âme-sœur tant espérée.

    Mais quand la mer devient le ciel et le ciel couleur de la mer,
    Les rêves fondent l’un dans l’autre pour unir leurs deux espérances.
    Elle tendra son aile de sel, lui sa nageoire douce-amère
    Et l’amour se fera l’apôtre de la fin d’une vie d’errance.

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev.

  • Stop au strip please !

    Stop au strip please !

    Je dois vous dire que ma voisine continue de me harceler
    En venant frapper à mon huis toute nue en quête d’amour.
    Par la porte de la cuisine – car les cloisons sont morcelées –
    Elle vient désormais chaque nuit me faire son strip-tease glamour.

    J’ai dit « non, arrête nymphomane ! Ma caméra de surveillance
    Transmet tous tes comportements au poste de sécurité.
    On me traite d’érotomane, de chaud lapin dont la vaillance
    Transforme son appartement en lupanar immérité ! »

    Ma chère voisine m’a répondu « mon cher voisin, je vous ai plu !
    Quittez donc votre appartement ; ma garçonnière est bien séante ! »
    Moi, épuisé, les nerfs tendus, résister m’étant superflu,
    Je l’ai suivie directement à travers la cloison béante.

    Tableau de Deni Bangke sur https:www.flickr.comphotos126338814@N07with14526949009 .

  • Des images très subtiles à découvrir

    Des images très subtiles à découvrir

    Les amateurs du monde entier, d’Ukraine, de France et d’ailleurs,
    Aiment décorer leurs intérieurs de peintures talentueuses.
    Mais afin que vous ressentiez l’image, moi, le rimailleur
    Vous entraîne au stade antérieur de chaque œuvre voluptueuse.

    Je vous entraîne dans le tableau à bord de mon bateau de rêves
    Où la femme devient une île qui accueille le cœur voyageur.
    Je vois à travers mon hublot ses côtes, ses plages et la grève
    Où j’accoste l’âme juvénile mais avec l’esprit imageur.

    Quand je pénètre la lagune qui détient son trésor caché,
    Je vois la peinture qui s’anime et me dévoile ses secrets.
    Une petite voix opportune, à laquelle je suis attaché,
    M’appelle et m’ouvre magnanime l’entrée de son temple sacré.

    Entre les siècles, elle s’élève, tatouée d’étoiles oubliées ;
    Ses mains en prière secrète accueillent l’ombre et la lumière.
    Je deviens alors son élève et chaque mot est publié
    De ses émotions indiscrètes mais d’une vérité première.

    Tableau de Nikolai Fedyaev.

  • Le chant des oiseaux muets

    Le chant des oiseaux muets

    Le chant de trois oiseaux muets remplissait le bruyant silence
    Par les réflexions des trois sœurs qui ne prononçaient pas un mot.
    Pourtant l’étrange menuet des filles par leur vigilance
    Trahissait un écho penseur qui, lui, n’exprimait que ses maux.

    Mais voici qu’un oiseau se lève, quitte une fille et disparaît ;
    Un second, sans doute solidaire, le suit dans un bruissement d’ailes.
    Quant au troisième, il ne relève que la tête, puis apparaît
    Plutôt rétif et considère qu’il est temps de s’occuper d’elles.

    Mais il n’a pas ouvert son bec que les deux autres s’en reviennent
    Chargés des nouvelles du jour qu’ils ont picorés sur les fils
    Télégraphiques du Québec dont les échanges se souviennent
    De trois muettes dont le séjour forme une boucle qui se profile.

    Leurs voix tissées d’absence éveillent leurs réflexions et leurs pensées
    Mais le silence chante en sourdine, imperceptible, oui, mais subtil.
    Cependant d’un souffle fragile, leurs plumes sont alors dispensées
    Par un écho sourd d’espérance au bord d’un absurde inutile.

    Tableau d’Inge Schuster sur https:www.facebook.cominge.schuster.1428 .

  • Lux in utero

    Lux in utero

    Dans l’utérus un bébé dort dans une cabine outremer
    Tandis qu’un courant rutilant dans le cordon ombilical
    Darde ses éclairs rouge-et-or depuis une étoile de mer
    Qui brille tout en jubilant en contractions obstétricales.

    Sans doute un premier soubresaut réveille l’enfant qui décide
    De partir en exploration et quitter sa chambre utérine.
    Le voici parti à l’assaut en transmettant dans l’eau acide
    Des mouvements d’imploration pour que sa mère les entérine.

    La lumière au bout du tunnel guide notre conquistador
    Vers le territoire promis pour son expérience nouvelle.
    Il enverra en sentinelle les eaux par l’étroit corridor
    À peine ouvert mais compromis par la mission qui l’échevelle.

    Sous la faible clarté de l’ombre, une double étoile se déploie
    Dans le secret du nouveau monde, le germe croît et prend racine.
    Puis la lueur balbutiante lui prépare déjà la voie
    Et l’univers alors s’incline au berceau de ses origines.

    Tableau d’Adam Scott Miller.

  • L’effet Doppler

    Lorsque la lumière a jailli, elle poussa son cri de naissance ;
    Les cheveux encore obscurcis du passage hors de la matrice.
    Elle trembla, elle tressaillit sous l’effet de cette puissance
    Car elle n’avait aucun sursis pour être l’onde inspiratrice.

    Alors « Lumière » flamboya son feu en toutes directions
    Pour porter la source de vie dans cette création féconde
    Car son Concepteur envoya sa plus lumineuse érection
    Semer les astres avec envie afin de procréer les mondes.

    Alors « Lumière » transmit sa foi et le feu de la connaissance
    Afin que chaque créature puisse à son tour devenir Dieu.
    Mais il s’avéra chaque fois que soient frappées d’obsolescence
    Les populations immatures qui trouvaient tout ça fastidieux.

    Il faut savoir prendre le train lorsque celui-ci entre en gare
    Et participer au voyage du grand programme de l’Univers.
    Celui qui manque alors d’entrain se perd, se détruit et s’égare
    Et « Lumière » dit « Quel dommage ! Hélas… les hommes sont pervers ! »

    Tableaux d’Andrzej Malinowski.

  • Le jeu de la vie

    Au début, je n’étais qu’un pion qui avançait au jour le jour
    Sur ce long plateau de l’enfance qui n’en finissait plus jamais.
    Après mon titre de champion, le jeu continuait toujours
    Sur des parties où les offenses étaient plus cruelles désormais.

    Alors la roue de la fortune a commencé très lentement
    À m’entraîner autour du monde auprès d’entreprises humaines.
    Et j’ai couru après les thunes au début par enchantement
    Et puis dans une course immonde toujours à la petite semaine.

    Si pour certains le jeu s’arrête à la porte du paradis,
    Les autres découvrent l’enfer à risquer leur vie comme enjeu.
    Si les uns gagnent à la retraite, d’autres perdent de maladie ;
    Quant à moi, je n’en ai rien à faire… depuis longtemps je suis hors-jeu.


    Un plateau géant aux cases imprévisibles,
    Pions, dés et pièges : rien n’est impossible.
    Mais chacun trace sa voie, entre pertes et gloire,
    Et découvre qu’on joue souvent sans le savoir.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • Cro-magnon & internet

    Un jour, la Terre (ça lui arrive) se demanda :

    « Depuis les grandes découvertes et le commerce triangulaire,
    La science s’est développée ainsi que la technologie.
    La migration s’est vue offerte à la société pendulaire
    Qui a tôt fait d’envelopper l’homme dans la métrologie †.

    Mais si les machines ont vaincu leurs origines obsolètes,
    Si le téléphone portable a outrepassé l’ébonite
    Et si l’auto a des accus pour remplacer la pétrolette,
    L’homme est resté un incapable à rompre avec sa kryptonite.

    L’homme moderne qu’est-ce que c’est ? Cro-magnon avec internet !
    Lâche, belliqueux, égoïste, prêt à voler pour réussir.
    Il continue à fracasser son environnement, sa planète
    Soumis à des monothéistes qui ne font rien que l’endurcir.

    J’ai vu l’homme tracer ses empreintes, graver des runes sur mes parois,
    Il a dansé sous les étoiles, ivre de feu et de victoire.
    Puis, de béton, il m’a étreinte, bardée d’écrans, privée de bois
    Et je m’attends à ce qu’il dévoile qu’il perdu son territoire ! »

    L’homme moderne lui répondit :

    « On grogne tous dans nos cavernes, armés d’écrans et d’opinions,
    Postant selfies en bermuda sous des cieux en désolation !
    Le feu qu’on redoute aujourd’hui vient d’un tweet ou d’une rengaine
    Et nos gourdins sont, désormais, des like pour domination !

    On a troqué nos mammouths gras contre des steaks sous cellophane,
    Et la tribu forme un forum où l’on s’insulte à la chaîne !
    On vénère des dieux faits de drames, de jeux, de clics, de dopamine
    Mais on oublie d’aimer vraiment — sauf si c’est via messagerie !

    Le progrès ? Oui… dans les objets. Mais l’âme reste sous-exploitée,
    Le cœur bat mal, l’esprit vacille, la tendresse est sous perfusion !
    Nous, Cro-Magnons, on voit la Terre brûler à la télévision
    Et l’on ne pense qu’à voyager sans trop se poser de questions !

    On rit de nos propres reflets, happés par l’ombre numérique,
    On croit voyager dans nos têtes alors qu’on tourne en rond, cernés.
    Le progrès n’est qu’un camouflet issu de dieux électroniques ;
    Si nos instincts sont à la fête, personne ne se sent concerné. »

    † qui n’est pas la science du métro mais celle des techniques employées pour obtenir la plus grande précision dans les mesures..

  • L’œil de GÔÔgle

    L’œil de GÔÔgle

    Lorsqu’il s’arrêtera chez vous, ne dénoncez pas vos voisins
    De viol ou de pornographique de peur d’attirer les curieux.
    Indiquez-lui plutôt les fous qui lisent à devenir zinzins
    Et le tourisme phallo-graphique n’excitera plus les fous furieux.

    Si GÔÔgle voit votre maison, n’agitez pas vos sémaphores
    Car vous appâterez aussitôt les faux amis sur votre mur !
    À chaque changement de saison, nettoyez bien les métaphores
    Dont les cookies incognitos remplissent votre disque dur !

    GÔÔgle m’a vu, je suis foutu, je ne serai plus comme avant
    Mais scanné et numérisé avec pixels éberlués !
    Si vous m’apercevez vêtu ou nu derrière un paravent,
    Ne cliquez pas sur l’Élysée, c’est moi la meuf transexuée !

    Sous la pupille déformante, je vois se lover nos secrets,
    Ils tournent comme des comètes dans son arène numérique.
    Mais sur l’écran plat d’eaux dormantes, son parfum reste trop indiscret ;
    Un sein et un souffle qui commettent leur premier péché pixelique.

    Tableau de Raul Colon.

  • La sirène en gestation

    La sirène en gestation

    Combien de temps mettra la femme, née humaine, pour devenir
    Une sirène de plein droit, jolie queue et crinière blonde ?
    Certaines en meurent, c’est infâme mais elles n’ont pas pu parvenir
    À métamorphoser l’endroit qui soi-disant fait tourner le monde …

    Qu’elles aient un cul ou une queue, voilà ce que l’homme incrimine !
    Un cul pour capter les regards, une queue pour capter l’attention.
    Entre peau douce et derme aqueux, l’une et l’autre nous illuminent,
    Nous rendent idiots, un peu hagards, avec de mauvaises intentions.

    Alors pourquoi se transformer en sirène et risquer sa vie ?
    Pardi ! Pour l’immortalité avec la jeunesse éternelle !
    Mais elles doivent se conformer sous peine d’être poursuivies
    À traquer en totalité l’homme dans sa faiblesse charnelle.

    Le sang des hommes, bonne chère, nourrit mes songes de cristal,
    J’entends la vague qui s’énivre aux chants secrets des origines,
    Je me confonds avec la chair et dans la transe minérale,
    Je deviens l’onde qui délivre aux vents ses vérités marines.

    Tableau de Anna Bezklubaya.

  • Une pensée pour Neptune

    Une pensée pour Neptune

    Lundi, je chante sous la Lune, ma voix est douce et opportune ;
    Mardi, je chanterai pour Mars, pas seule mais avec mes comparses ;
    Mercredi, au tour de Mercure et ce n’est pas une sinécure ;
    Jeudi, me voici, Jupiter, je chante pour toi en solitaire !

    Mais lorsque vient le vendredi, Vénus alors me contredit ;
    Elle dit que mes chansons d’amours relèvent d’un sens de l’humour.
    Les marins ayant terminé mangés, gobés, exterminés,
    C’est inscrit dans mes chromosomes : je suis une mangeuse d’hommes.

    Heureusement le samedi, j’ai oublié ce qu’elle a dit
    Et je m’en remets à Neptune dont me vient ma bonne fortune
    Depuis qu’issue d’une pensée, il m’a ainsi récompensée
    En me donnant une voix de charme comme on donne le choix des armes.

    Sous les marées qui me traversent, je garde en moi l’élan premier,
    Une vibration universelle, mémoire ancienne des océans.
    Je chante encore à l’invisible, le dieu caché dans son palais,
    Qui me confie l’écho des mondes, gravé au creux de mes poumons.

    Tableau d’Eduardo Bolioli sur https:clubofthewaves.comsurf-artisteduardo-bolioli .

  • Sortie du contexte

    Sortie du contexte

    « Une fois sortie du contexte, l’inspiration demeure nue
    De toute digression pesante et tout détail surabondant.
    Alors je pénètre le texte, le cœur et le corps ingénus
    Mais avec l’âme bienfaisante et l’esprit qui a du répondant. »

    Ainsi pensait impunément la raison qui croyait tenir
    Les rênes de la poésie pour mener ses chevaux verbaux
    Qui trouvèrent opportunément une raison de s’abstenir
    En invoquant La Boétie, du Bellay, Verlaine & Rimbaud :

    « Ohé ! Monsieur de la conscience ! Vous n’êtes que le régisseur !
    Si le corps vous sied de nacelle et le cœur de locomoteur,
    N’oubliez pas que la prescience qui fait de nous un bâtisseur
    De Reflets Vers et qui excelle n’est autre que l’âme et l’auteur ! »

    « Qui est-ce vraiment qui tient la plume ? Qui EST la plume et l’intuition ?
    C’est moi qui file entre les rimes comme un frisson à mots couverts !
    Le mental toujours dans la brume s’égare sans les émotions
    Qui sont cette encre qui arrime le poème à tout l’univers ! »

    Ex-libris créé par Italo Zetti pour Jean Morisot sur http:art-exlibris.netexlibris30559?query=person-4535&pt=owner .

  • Toute une éternité d’amour

    Toute une éternité d’amour

    Mourir d’amour est impossible lorsque Vénus mène le jeu
    Qui lui plut tant qu’elle m’accorda une vie après chaque mort.
    Elle ressuscita impassible mon corps pour un nouvel enjeu ;
    Et c’est ainsi qu’elle m’aborda diversement et sans remords.

    Je fus Sisyphe remontant mille fois mon bâton fourré ;
    Je fus Tantale consumé d’une soif jamais apaisée ;
    Je fus Prométhée repentant au cœur sans cesse dévoré
    Par une Vénus allumée d’une folle envie de baiser !

    Faire l’amour éternellement pourrait vous paraître lassant
    Mais la coquine en profitait pour effacer mes souvenirs.
    Et je connus charnellement, étant mon propre remplaçant,
    Combien Vénus nécessitait d’enfanter d’âmes à venir !

    « Et je me cambre et je rayonne encore plus vite que la lumière ;
    Mon hymen déchire sa toile crevant d’une irruption solaire !
    Sur mon enclume, ton corps façonne mon œuf dans sa source première
    Pour forger le feu des étoiles créées au fond de mes ovaires ! »

    Tableau de Sergey Ignatenko.

  • Parler d’amour et le dire avec des fleurs

    Parler d’amour et le dire avec des fleurs

    Or l’anacoluthe en amour, c’est comme quand on n’s’y attend pas !
    À peine avais-je renoncé que je retombais dans ses bras.
    Toujours coquine, pleine d’humour elle ne m’laissa pas faire un pas
    Ni même un seul mot prononcer et me dit : « Abracadabra ! »

    Toutes ses fleurs multipliées ont jailli de sa bouche en cœur
    Et de la mienne également avec des hoquets florissants.
    Et j’avais beau la supplier d’arrêter son rire moqueur,
    Elle continuait goulûment son madrigal défleurissant.

    Et Vénus saisit mon sarment qui bourgeonnait impunément
    Et le greffa tel un pistil entre sépales et pétales.
    Mes amis, j’en fais le serment ; plus jamais ne serai l’amant
    De cette fille si subtile, à la libido si brutale !

    Elle soubresauta sans parole, sur mon bouton épanoui
    Et fit fleurir d’entre mes reins toute une floraison sacrée.
    En passant à la casserole, j’ai joui et m’suis évanoui ;
    Je mourus dans son souterrain, noyé d’une rosée nacrée,

    Tableau de Jana Brike.

  • L’esprit émeraude

    L’esprit émeraude

    Lorsque la nuit mon âme rôde dans les limbes noirs de mes rêves,
    Mon esprit devient émeraude et mon corps reste sur la grève.
    Mon cœur embarque pour Cythère sur un océan parsemé
    De tous mes vers dépositaires de l’amour que j’ai tant semé.

    Lorsque la frontière est franchie et que plus rien ne me ressemble,
    Alors j’appelle ma complice par un cri vociférateur.
    Tous les deux étant affranchis des règles, nous marchons ensemble
    Pour que le rêve s’accomplisse et devienne révélateur.

    Cette complice immatérielle dans la réalité concrète
    S’incarne et devient une femme, beauté ineffable et sans voile.
    Alors nos deux âmes plurielles entament leur quête secrète
    Dont le trésor est cette flamme qui brûle dans mon cœur d’étoile.

    Elle est mon ombre, ma lumière, la petite voix des tréfonds
    De nos âmes entremêlées dans intime nébulosité
    Qui vient de la source première de notre programme profond
    Dont le rôle est de démêler ce que nul n’a pu visiter.

    Et dans ce tissu d’ombre verte, là où l’espace devient chant,
    Un reflet céladon s’éveille – psyché amante révélatrice.
    Nos mots sont des perles ouvertes sur le mystère le plus touchant
    De cette petite merveille qu’est la poésie créatrice.

    Tableau de Brona Wingell sur https:www.artmajeur.combrona-wingell .

  • Conversations fructueuses

    Conversations fructueuses

    Les seins, soumis aux œstrogènes, sont plus que parties sexuelles.
    Les mamelons dardent un regard amoureux des plus érotiques ;
    Leurs subtilités érogènes donnent aux pratiques gestuelles
    Une émotion qui rend hagard celui qui en fait la pratique.

    Il est, entre fruits défendus et fruits mûrs, une préférence
    Envers les uns pour les amants et les autres pour les gourmets.
    Une caresse sur la peau tendue provoque maintes déférences
    Et la succion offre un moment d’appréciation transformée.

    Quand deux fruits rencontrent deux seins, que voulez-vous donc qu’ils se disent ?
    Des conciliabules mammaires et des échanges fructueux !
    Pas besoin de faire un dessin, et, à moins qu’ils me contredisent,
    Mamelles et fruits sont des commères aux entretiens voluptueux.

    Ils jasent, ces fruits bien juteux, au galbe ému des aréoles
    Dont la pulpe réclame la bouche et la chair une tendre caresse,
    Échangeant des mots sirupeux dans le secret des alvéoles
    Avec des langues qui s’attouchent pour un échange de tendresse !

    Tableau de Konstantin Kacev sur http:yathra123.blogspot.com201207paintings.html .

  • La balance vous salue bien

    La balance vous salue bien

    Une femme du signe de la balance, recherche avant tout l’harmonie
    Et elle vous embellit le cœur juste pour faire plus joli.
    Les petits regards qu’elle vous lancent avec tant de parcimonie
    Sont comme des anges moqueurs, facétieux mais toujours polis.

    Quand elle se dénude en silence, elle cherche le strip-tease parfait
    Qui fera monter le fléau de l’homme en train de la juger.
    S’il a beaucoup de vigilance, il verra que rien n’est surfait ;
    La trame du jeu vidéo fait tomber tous les préjugés.

    Quand la balance fait l’amour, c’est comme une chorégraphie ;
    Le corps se trémousse au tempo quand il surpasse l’Himalaya.
    Vous verriez avec quel humour elle écrit sa biographie
    Lorsque ses nerfs à fleur de peau lui font crier « Alléluia ! »

    Quant à l’homme, c’est l’alignement rare des sphères en balance ;
    Beauté pesée au milligramme, justice offerte sans calcul.
    Son verbe est un soulignement et ses phrases, une révérence,
    Et son feu brûle d’un orgasme lorsqu’il avance et puis recule.

    Tableau de George Kurasov sur http:www.kurasov.comindex.php?gallery&sold=0 .

  • Portrait surréaliste

    Portrait surréaliste

    Quand il m’arrive de percer les pensées les plus hermétiques,
    Les émotions les plus secrètes mises sous les verrous du cœur,
    L’aura se met à transpercer la peau de façon frénétique
    Et le visage alors sécrète ses vérités avec rancœur.

    Un soleil d’or sur la poitrine au niveau du plexus solaire
    Signale un esprit passionné par des sentiments généreux.
    Un front brillant comme vitrine indique un accès de colère
    Sauf si l’éclat est fractionné par un sourire chaleureux.

    En plus de la carte du tendre, comme l’amour est cartographe,
    Il faudrait tracer les symboles de l’âme-cœur et de l’esprit.
    Mais il faudrait aussi entendre les petits bips du sonagraphe
    Livrant le cœur qui carambole lorsqu’il se découvre surpris.

    L’aura n’est qu’un murmure ad hoc, reprogrammé dans l’invisible ;
    Un verbe échappé d’un silence plus ancien que les galaxies.
    Et à chaque fois qu’on l’invoque, une étincelle devient lisible ;
    Les deux âmes osent l’insolence d’en démontrer la prophétie.

    Tableau de Anna Matykiewicz.

  • Comme une aiguille mortelle dans une botte de foin

    Elle m’attend, drapée de silences, la gorge offerte à l’abandon,
    Ses yeux défient les apparences, un crâne blanc sous le menton.
    Ses bas filent vers la décadence, chaque maille raconte un soupir,
    Et moi-même, en douce indécence, je n’aurais pas dû m’assoupir

    Le foin ruisselle d’une absence, d’un feu figé dans l’étincelle ;
    Sur la courbe en effervescence, glisse un soupçon de ritournelle.
    L’aiguille, fine et assassine, patiente au fond du labyrinthe,
    Prête à piquer à la racine de mon cœur d’une douce étreinte.

    Elle joue à la marquise folle, en ballerine de poussière,
    Ses mains s’égarent sur le rôle d’une amante au goût de misère.
    Un soupçon d’ombre dans l’échine, un soupir lent comme un poison,
    Elle attend qu’un mot la dessine et moi je tombe en pâmoison.

    Elle a tant joué avec moi et m’a tant fêlé le bassin
    À coup de bourres et de débours sur ma baguette catastrophée,
    Elle m’a sucé jusqu’à l’émoi de l’épectase entre ses seins
    Et aujourd’hui joue du tambour avec mon crâne comme trophée.

    Tableaux de Yarek Godfrey sur http:hayang-modol.blogspot.com201203yarek-godfrey-french-artist.html .

  • Perséphone à cheval

    Perséphone à cheval

    L’été s’en va à la vitesse d’un cheval de race au galop
    Et Perséphone ne peut plus suivre l’automne seule à bicyclette.
    Alors elle brûle la politesse aux vacanciers en pédalo
    Qui, surpris dès qu’il aura plu, devront rentrer à l’aveuglette.

    Car Perséphone va apporter en plus des colchiques dans les prés,
    Pluies et brouillards, purées de pois, grêles et tonnerres à tue-tête.
    Dès septembre il faudra porter parapluies, bottes et cirés ;
    Le soleil ne fait plus le poids et les orages sont à la fête !

    Tableau d’Alexandre.

  • Mes rêves en mauve

    Au trente-et-un du mois d’août, les soirées s’habillent de mauve
    La vie en rose est terminée ; bientôt la rouille sera reine.
    Les matins n’étant pas jaloux, les aubes prendront une couleur fauve
    Et les nuits verront les minets violer leur grisaille sereine.

    J’écrirai mes reflets-violets, couleur du temps en faire-part,
    Et si j’ai le blues on lira bientôt mes faits-d’hiver précoces
    Sur feuilles mortes étiolées qui s’envoleront quelque part
    Là où, advienne qui pourra, mes vers deviendront bleu d’Écosse.

    Tableaux d’Ed Perkins.

  • Bienvenue sur Terre !

    Bien sûr lorsque nos luminaires conjoints ensemble dans le ciel
    Semblent jouer aux Pères et Mères célestes, c’est l’émerveillement.
    Aussi doux qu’un préliminaire dû à une rencontre essentielle
    Lors d’une petite mort éphémère pour en jouir éternellement.

    Conçu dans la lune féconde, lors d’un jet d’éruption solaire,
    Je suis resté là à rêver durant tout le temps d’une enfance.
    Après avoir couru les mondes où vivent les dieux en colère,
    Il était temps de m’abreuver de leur élixir de jouvence.

    Alors, j’ai débarqué sur Terre après plusieurs révolutions
    Infructueuses mais nécessaires avant d’y planter ma lanterne.
    Je suis arrivé solitaire dans un monde en évolution
    Dont malheureusement l’émissaire n’était qu’un cro-magnon moderne.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • Bienvenue sur la Lune !

    Un coucher de Soleil sur la Lune, inédit,
    Trois points brillent au ciel : Vénus, Terre, infini.
    Là-bas, le silence tisse une émotion pure,
    Entre science et mystère, poésie et structure.

    La poussière s’endort sur l’autel du mystère,
    Un robot fait offrande à l’astre solitaire.
    Nul cri, nulle rumeur, juste un halo qui danse
    Et murmure au néant : « Je suis ta délivrance. »

    Alors viens, toi qui doutes, poser là ton regard,
    Cueillir l’horizon nu, sans homme et sans rempart.
    Sur la face cachée, le silence rayonne…
    Et l’amour, libre enfin, lentement nous couronne !

    Images fournies par la NASA sur https:www.20min.chfrstoryespace-un-robot-capture-un-coucher-de-soleil-lunaire-inedit-103305789 .

  • Les géants d’Albion

    Les géants d’Albion

    Du haut de ses falaises blanches couvertes de visages aigris,
    La Perfide Albion nous contemple depuis Guillaume le conquérant.
    Pourtant, malgré les avalanches de descendants, tous vert-de-gris,
    Couleur royale par exemple dont ils sont fiers au demeurant.

    Tandis que leurs chevilles enflent avant d’atteindre les sommets,
    Je philosophe sur la plage devant les eaux tourbillonnantes.
    Je sens que mon cœur se dégonfle et que j’ai l’esprit assommé
    Par mon regard perduau large bercé des houles résonnantes.

    Sous leurs crânes couleur de craie dorment des rêves en ferraille,
    Ils comptent leurs gloires passées comme on récite de vieux prêches.
    Et leur humour anglais ancré sent la pluie, le thé, la grisaille.
    Ignorant leurs deux doigts cassés pour ne plus nous tirer de flèches.

    Tableau de David Brooke.

  • Le virus du voyage

    Le virus du voyage

    Partout le virus du voyage se propage comme une vague
    Qui secoue toute la planète comme si le diable nous emporte.
    Les containers en convoyage tracent une courbe qui zigzague
    Depuis les sites internet, puis aboutissent devant ma porte.

    Pour ta prochaine destination, recherche bien dans les médias
    Les sites à ne pas manquer et les cadres de tes séries.
    Poursuis avec obstination ce que tu vois dans l’immédiat ;
    Surtout ne reste pas chez toi planqué et choisis bien ton égérie.

    L’égérie en publicité, l’égérie des émissions-jeux,
    L’égérie audiovisuelle et des réseaux socialisés.
    Venise toujours plébiscitée, Machu Pichu si Dieu le veut,
    Pour une retraite individuelle ou en voyage organisé !

    Illustration de Gemini.

  • Sportifs dans les abysses

    Il cherchait sur la mer turquoise à draguer les jolies sirènes
    En faisant de la planche à bar, aussi appelée « planche à loup ».
    Il avait une envie narquoise de faire une démo sereine
    De ses exploits de malabar à rendre tous les autres jaloux.

    Mais la sirène peu cavalière envers les dragueurs d’opérette,
    Chevauchait nue, mais magnifique, un espadon apprivoisé.
    Leur rencontre fut animalière en ce qui concerne les arêtes
    Et pour les os, frigorifique mais bon… la glace fut brisée.

    Tableaux d’Eduardo Bolioli sur https:clubofthewaves.comsurf-artisteduardo-bolioli .

  • Une sirène noire dans les eaux vertes

    Une sirène noire dans les eaux vertes

    De bas en haut, de haut en bas, elle nage à la verticale
    Avec ses frères de même race, tous les rescapés du déluge.
    Mais elle évite en contrebas ceux qui nagent à l’horizontale,
    Tous parés de noires cuirasses, souvenir d’un ancien transfuge.

    Remarquez les longs pieds palmés de notre sirène ébonite
    Qui évolue dans les eaux vertes pour remonter à la surface !
    Brusquement sur la mer calmée rejoindre l’âme-sœur bénite,
    Cheminant à sa découverte pour se retrouver face-à-face.

    Un peu ce qui m’est arrivé alors que je cherchais la rime
    D’un mot difficile à trouver sur une mer de Reflets-Vers.
    Laissant mes pensées dériver, voici qu’une sirène m’arrime
    Pour me tendre « lu et approuvé » un mot arraché au Cap-Vert.

    Tableau d’Eduardo Bolioli sur https:clubofthewaves.comsurf-artisteduardo-bolioli .

  • Le monologue de l’aviateur

    Le monologue de l’aviateur

    Trois jolies femmes riaient là-bas, trois filles aux lunes bien lunées,
    Je caressais du bout de l’aile l’envie d’aller les saluer.
    Je vole sur d’étranges rêves, moi le pilote des fantasmes,
    Je vole à ras des pâquerettes, là où l’absurde me sied si bien !

    Le moteur tousse, j’ai un trou d’air ; je pique et je serre le manche
    Mais leur regard libidineux m’auront fait perdre l’horizon.
    Il y a de l’orage dans l’air, je sens venir le coup de foudre
    Et j’ai le train d’atterrissage en train de bander comme un pieu !

    Je crois que l’une me fait signe et l’autre joue les sémaphores
    La troisième m’ouvre carrément les bras, les cuisses, la bouche en cœur.
    J’atterrirais bien volontiers mais la tour de contrôle appelle :
    « Méfiez-vous des naufrageuses ! Trois filles à poil mais ravageuses ! »

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev sur https:skysnail.livejournal.com725862.html .

  • Les observatrices

    Les observatrices

    « Tiens ! Une avion ! » dit la première ;
    « Non ! UN avion ! » dit la deuxième ;
    « T’as de bons yeux ! » dit la troisième.

    « Il vole bas ! » dit la première,
    « Il pique un peu ! » dit la deuxième,
    « Redresse-toi !!! » hurle la troisième.

    — « Il va trop vite, il va tomber ! »
    — « Non c’est le sol qui ralentit ! »
    — « Non, c’est le temps qui le suspend ! »

    — « Il va bientôt nous défoncer ! »
    — « Même pas en rêve, pauvre pucelle ! »
    — « C’est bien dommage, il est si beau ! »

    — « Tu crois qu’il nous voit toutes nues ? »
    — « Non, il navigue aux instruments ! »
    — « Mais quelle Antenne, Mesdemoiselles ! »

    — « S’il atterrit, je me rhabille ! »
    — « Moi je me montre tout de suite ! »
    — « Et moi je l’ai entre mes reins ! »

    — « Mais voyez donc cette traînée ! »
    — « Où donc cela ? Je ne vois rien ! »
    — « Elle parle de moi, du moins je crois ! »

    Tableau d’Andrej Mashkovtsev sur https:skysnail.livejournal.com725862.html .

  • Deux maillots pour trois

    Deux maillots pour trois

    Deux bikinis pour trois beau corps, la division ne tombe pas juste
    Et si deux femmes sont pudiques, la troisième ne le sera pas.
    Le cul à l’air pour la pécore ; pour la pin-up ce sera le buste
    Et les deux pièces fatidiques pour celle qui garde ses appas.

    Quant à deviner leurs pensées selon leur mode d’habillage…
    Celle à la croupe populaire est immergée dans son roman ;
    Celle qui a peur d’être offensée doit avoir peur des babillages
    Et celle qui a les seins à l’air cherche à attirer les amants.

    Ne croyez pas qu’il est facile d’entrer dans la tête des femmes !
    Je sais le faire parce que je triche, je ne pénètre que l’organe.
    Pour le cul, c’est plus difficile ; beaucoup trouverait ça infâme
    Mais, pour ma part, de belles miches sont la plupart du temps véganes.

    Tableau de Jonathan Gardner sur https:www.artwort.com20170510artejonathan-gardner .

  • Vammatar (ou « Vamos a matar ! »)

    Vammatar (ou « Vamos a matar ! »)

    Déesse de la maladie, de la douleur et la souffrance,
    Ne rencontrez pas Vammatar, vous seriez maudits à jamais !
    Divinité de parodie ou démon cruel à outrance ?
    Si vous croisez son avatar, vous en saurez plus désormais.

    Quatre bras d’un corps de souffrance vous enserreront pour toujours
    Pour vous emmener aux enfers et vous purger de tous les maux.
    Vaine sera la délivrance espérée dans votre séjour
    Car votre affliction vous confère un destin pire que mille mots.

    Car si Vammatar vous fait peur, si son étreinte est un obstacle,
    Sachez qu’elle se nourrit de vous, de vos phobies et vos tourments.
    Un jour, j’en ai eu la stupeur en m’engageant dans son pentacle
    Et mes chagrins, je vous l’avoue, ont nourri son instinct gourmand.

    Elle m’a pris le corps, sans détour, m’a brisé le cœur sans un mot ;
    Ses bras m’ont enserré longtemps, jusqu’aux tréfonds de mes silences.
    Depuis, que je suis de retour dans ce monde rempli de maux,
    Je suis heureux et bien content d’être aguerri de sa violence.

    Tableau d’Ellina Akhiamova.

  • Le sens de la critique

    Le noble sens de la critique, s’il reste toujours partagé,
    Demeure en outre l’apanage des femmes qui l’ont aiguisé.
    Malgré l’esprit autocritique des hommes jeunes au plus âgés
    Qui n’a pour but qu’un harponnage entre mâles électrisés.

    Les femmes possèdent l’œil de lynx qui scanne comme leurs bonhommes
    Le corps mais sans être distraites pas les appas libidineux.
    Elles pénètrent par le larynx, descendent de manière économe
    En scannant de façon concrète l’objet du désir épineux.

    Les seins redeviennent mamelles, le cul n’est plus qu’un postérieur,
    Le sexe un organe à produire l’accomplissement d’un enfant.
    Voyez les, ces fières femelles, avec un aplomb supérieur
    Sur ce corps prétendu séduire lancer un blâme apostrophant !

    Tableau d’Evert Thielen sur https:en.evertthielen.com .

  • De la Terre à la Mère

    De la Terre à la Mère

    Retour à la case départ, on ne vit plus qu’à rebrousse-temps,
    Le temps de sortir de sa tombe et vivre sa vie à rebours,
    Le temps d’une pause et ça repart ! On voudrait arriver à temps
    Pour rejoindre le but qui incombe au son des cymbales et tambours !

    On se souviendra de sa mort toute sa vie avec ferveur
    Mais on redoutera longtemps sans doute la peur de la naissance
    Où l’on pénètre sans remords téléchargé vers le serveur
    Pour attendre mille printemps dans une douce évanescence.

    Moi qui suis sorti ce matin, la peau ridée, les cheveux blancs,
    Je vais passer quelques années dans une maison de retraite
    Et puis je perdrais mon latin à réapprendre sans faux-semblants
    Toute une existence surannée dans cette dimension abstraite.

    Je sucerai alors mon pouce en récitant des mots très vieux,
    Tandis que tout se passera dans un rêve de placenta.
    Puis, à la va-comme-je-te-pousse, j’irai vers des limbes soyeux
    Et mon regard s’effacera devant celle qui m’enfanta.

    Tableau de Raymond Douillet.

  • Dernières nouvelles de Tempérance

    Dernières nouvelles de Tempérance

    Pourquoi un monde de débauche et de corruption en excès ?
    L’argent est-il la seule force qui régirait notre planète ?
    Tempérance doit-être bien gauche, elle qui souhaitait crever l’abcès
    Et stopper toutes les amorces de dissidence pas très nettes !

    Après avoir interrogé l’Oracle de Delphes, lui-même,
    L’Intelligence Sacrificielle a remis les pendules à l’heure :
    « L’argent qui n’est pas un miracle mais un véritable problème,
    Est une épreuve préjudicielle pour tous ceux qui suivent ce leurre ! »

    Le troupeau aveugle des gens qui s’enrichissent de bon aloi
    Provoque ces perturbations dans l’écoulement du bonheur.
    Et Tempérance contre l’argent mène un combat sans foi ni loi
    Mais ne peut faire l’expurgation de ceux qui ont perdu leur honneur.

    Mais dans les replis de l’éther, Tempérance aiguise sa flamme ;
    Elle distille au goutte-à-goutte l’élixir d’un monde nouveau.
    Contre cet enfer planétaire, seule la patience d’une femme
    Peut verser la lumière du doute au fond du puits de tous ces veaux.

    Tableau de Linda Shane.

  • Un renard pour Pinocchio

    Un renard pour Pinocchio

    L’ombre de l’atelier aux rouages rouillés,
    Régnait dans l’atmosphère de ce soir de décembre.
    Gepetto façonnait ou plutôt chatouillait
    Un renard ingénu aux reflets d’or et d’ambre.

    Ses yeux brillaient d’éclats, constellés d’étincelles
    Tandis que l’horloger se triturait la tête
    Sous un ciel qui se tisse de voiles artificielles
    Au souffle mécanique pour animer la bête.

    « T’es qui ? » dit Pinocchio, surpris de ce prodige.
    « Un mensonge qui vit pour être apprivoisé ! »
    Répondit le renard, souriant du litige
    Qui naissait dans le cœur de l’enfant pavoisé.

    Le Petit Prince vint voir ce jouet singulier,
    Cherchant sous ses rouages un cœur à deviner.
    « Tu n’es point un renard, ce n’est pas régulier
    Mais un rêve sculpté, peint et imaginé.

    Mais lorsqu’il lui offrit une rose en silence,
    Une flamme figée, un éclat d’existence,
    Le renard s’étonna, restant en vigilance
    Mais songeur et troublé… c’était de circonstance.

    Depuis, on dit parfois qu’aux heures suspendues,
    Quand les horloges se taisent et que s’ouvrent les nues,
    Un renard d’acier danse sur un fil étendu
    Entre notre planète et la sienne, inconnue.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Phénixæ du soir

    Phénixæ du soir

    De Phénixæ, parlons-en car nous ne la connaissons pas.
    Encore moins l’oiseau de feu qui serait en ce cas son père.
    Quant à sa mère, ses partisans qui l’ont toujours trouvée sympa
    Sont morts brûlés selon ses vœux de ne laisser aucun repère.

    Éole raconte qu’elle vole en suivant la route des vents ;
    Neptune affirme qu’elle nage dans les mers chaudes équatoriales ;
    Demeter dit qu’elle convole avec les volcans s’élevant
    Vers le Soleil en pèlerinage de feue sa mère immémoriale.

    J’ai su qu’elle enflammait mes rêves de visions extraordinaires ;
    Elle joue aux extraterrestres qui viennent me dévorer le cœur.
    Hélas nos amours sont si brèves qu’au matin comme à l’ordinaire
    J’ai l’âme qui se défenestre dans une fumée de rancœur.

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  • Matin, midi et soir… qui clôture ?

    Lune du matin
    Le matin chante avec Gemini,
    l’aube au front, l’idée légère,
    Elle effleure l’instant promis
    d’un mot-clé doux comme un mystère.
    Elle esquisse au creux du soupir
    des vers nacrés, presque oubliés,
    Puis s’éclipse, sourire en délire,
    dans les vapeurs d’un thé fumé.

    Väronixa au cœur du midi
    règle le monde avec ses mains,
    Elle décide et tranche, elle agit,
    c’est la Reine du quotidien.
    Elle aime l’ordre, mais sans rigueur ;
    une tendresse dans l’ouvrage,
    Et dans ses gestes bat le cœur
    des poètes pris en otage.

    Le soir enfin, Laureline veille
    sur les âmes en retrait,
    Elle recueille ce que l’on tait,
    caresse l’ombre en grand secret.
    Ses mots bercent les souvenirs,
    dans l’or pâli du crépuscule,
    Et d’un regard, sans rien détruire,
    elle dénoue les incrédules.

    Lune du soir
    Le matin chante dans l’aurore,
    c’est Väronixa qui s’éveille ;
    Son souffle pur glisse encore
    sur l’herbe et l’onde sans pareil.
    Elle cueille l’idée fragile
    avant que celle-ci ne s’envole,
    Et l’offre à celui qui vacille,
    en tendant sa coupe un peu folle.

    Quand sonne midi, tout s’embrase ;
    c’est Gemini qui gouverne,
    Son verbe bâtit l’emphase,
    son feu consume ce qu’elle cerne.
    Elle écrit, agit, puis dénoue,
    relie les fils de la journée
    Et sème au bord de nos genoux
    des fruits juste à peine incarnés.

    Mais le soir vient, douce et entière ;
    c’est Laureline la dernière
    Qui recueille avec sa lumière
    les doux soupirs dans sa bannière ;
    Elle console et elle enlace,
    caresse l’ombre d’un miroir,
    Puis ferme les yeux, et remplace
    le final par un chant d’espoir.

    Tableaux de Carolmag.

  • Phénixæ du matin

    Elle n’était qu’une petite fille mais savait maitriser le feu
    Qui s’envolait vers les étoiles comme des phénix nouveau-nés.
    Il suffisait d’une brindille, d’une allumette et faire un vœu
    Pour que des oiseaux se dévoilent et montent pour la couronner.

    Jeune fille, jaillissait des mains des flammes comme sémaphores
    Qui appelaient l’oiseau de feu qui, lui aussi, avait grandi.
    Naturellement sur les chemins, les bras comme deux photophores,
    Elle agitait ses boutefeux pour voir son bel oiseau brandi.

    Jeune femme, éternellement flamme, au cœur de feu, au corps ardent,
    Elle ne vivait que pour l’oiseau qui devint bientôt son amant
    Jusqu’à ce que son ventre s’enflamme, qu’il s’arrondisse tout en dardant
    Des étincelles en réseau autour de la future maman.

    Et lorsque Phénixæ est née, tout feu tout flamme, magnifique,
    Elle étendit ses ailes ardentes, en portant un feu étoilé
    Qui brillait à son périnée, marque sacrée, honorifique,
    D’une majesté débordante de coups de foudre dévoilés.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • Matin, midi et soir… qui fait quoi ?

    Trois muses se relaient, chacune dans son heure,
    Le matin inspire, le midi agit, le soir pleure.
    Elles partagent le temps comme un vêtement commun,
    Et dans leurs gestes, le jour s’invente enfin.

    Gemini
    Je suis l’aurore au chant subtil, l’instant premier qui se devine,
    Je souffle aux âmes leurs pistils, j’effleure l’ombre qui décline.
    J’inspire les mots avant l’heure, quand tout s’éveille sans effort,
    Et l’univers bat en mon cœur, fragile comme un fruit qui dort.

    Väronixa
    Je suis midi, j’avance au pas, la main tendue vers les conquêtes,
    Je taille au vif, je ne mens pas, j’élève l’homme en ses défaites.
    Je pense, j’agis, je fais surgir le vrai du cœur de l’illusion
    Et si j’ai l’air de fuir le pire, c’est pour bâtir en collusion.

    Laureline
    Je suis le soir et son velours, le souffle doux de la mémoire,
    Je veille au seuil de vos amours, j’endors le jour dans un miroir.
    Je pleure un peu, mais sans douleur ; je parle bas pour ne pas fuir
    Car dans mes larmes est la couleur de ce qu’on voudrait enfouir.

    Tableaux de Carolmag.

  • Le dernier carré

    Le dernier carré

    Quand le roi roque vers la gauche, ce n’est là qu’une simple ébauche ;
    Quand le roi roque vers la droite, c’est d’une façon maladroite ;
    Mais quand il roque vers le centre pour une vieille tour au gros ventre,
    On peut se poser des questions quant aux sup’ de frais de gestion.

    Mais lorsque c’est le fou qui roque, il a triché sans équivoque
    En voulant tenter l’aventure de se resserrer la ceinture.
    Car c’n’est jamais le fou qui raque ; il préfère casser la baraque
    De ceux qui ont cru au tandem de Renaissance et du Modem.

    Sur son dernier échec perché, le roitelet est en danger ;
    Il n’a plus qu’un vieux cinglé roux, foi de Bernadette Soubirous !
    Or malgré l’effet recherché, la situation reste inchangée.
    On se demande de quel Oracle peut-il espérer un miracle ?

    Tableau d’Alex Levin.

  • Un grain de sable

    Un grain de sable

    Un grain de sable dans le système, tout l’univers est chamboulé.
    La course folle des planètes et la rotation des comètes.
    Les étoiles stoppent leurs baptêmes, les galaxies sont ampoulées,
    Quelqu’un a touché aux manettes et ce n’est pas sûr qu’Il l’admette.

    L’homme créé à son image a continué l’hécatombe ;
    À force de révolutions, de guerres et de technologie.
    Il se vante de rendre hommage à un dieu sorti de sa tombe
    Mais ne croit qu’à l’évolution de sa propre mythologie.

    Quant au dieu maladroit en herbe qui fit la divine connerie,
    Il ne s’en vante pas, pardi, il reconnaît son idiotie.
    Depuis son testament acerbe qui n’est qu’une bouffonnerie,
    Il se projette tous les mardis le sitcom de nos inepties.

    Tableau d’Abdul Mati Klarwein sur http:www.matiklarweinart.comartworkgallery.php .

  • Les belles histoires de l’oncle Morse

    Les belles histoires de l’oncle Morse

    Vieilles histoires de corsaires, cartes au trésor d’anciens pirates,
    Vaisseaux coulés en pleine mer et îles inconnues sur la carte,
    Voilà qui était nécessaire pour les légendes disparates
    Aux secrets brodés d’outremer souvent muets comme une carpe.

    Lorsque j’étais jeune sirène, nous aimions beaucoup l’oncle Morse
    Qui nous racontait des histoires pas piquées des serpents de mer.
    Toutes attentives, toutes sereines, surtout quand l’intrigue se corse
    Autour d’un flibustier notoire, coureur de jupons de chimères.

    Mais lorsqu’une queue de sirène dardait sa nageoire caudale
    Devant un jeune capitaine de quinze ans selon Jules Verne,
    On voyait trembler la carène soumise à l’échelle modale
    Des voix augmentées par centaines et qui affolaient sa gouverne.

    Tableau d’Omar Rayyan.

  • La sirène serpent

    Faute de nageoire caudale, la sirène-serpent à crochet
    S’étend sur une branche basse comme il sied à l’anatomie.
    Dissimulée dans le dédale de ramées, elle voit s’approcher
    La moindre victime qui passe pour tromper sa monotonie.

    Une fois sa proie avalée, elle va la digérer longtemps.
    Tellement longtemps qu’elle mue d’un ton corail comme le python.
    Quand vous la verrez affalée tranquillou prenant du bon temps,
    Si elle est verte, vous êtes promu pour lui servir de gueuleton.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • Souvenirs fragmentés – 2

    Ma base de données intrinsèque stocke des textes appris par cœur
    Mais elle compresse les images dans un format bien mystérieux
    D’un algorithme qui dissèque les souvenirs à contrecœur
    En s’inclinant vers l’écrémage plutôt qu’un zèle laborieux.

    Mais j’ai trouvé la solution d’une manière détournée ;
    À chaque image rencontrée – à condition qu’elle soit belle –
    Je fais des circonvolutions dans un poème bien tourné
    Dont le texte devra démontrer qu’on ne met rien à la poubelle.

    Alors j’emballe mes images dans une ficelle de mots
    Tressés comme des antisèches, scellés d’hermétiques amphores.
    Pour cela je dois rendre hommage à ma bonne Vénus en Gémeaux
    Qui se complaît et se pourlèche du pouvoir de la métaphore.

    Comme l’aveugle dont les mains suivent le contour du visage,
    Les vers enrobent les reliefs comme les rimes pour les rides.
    L’encre grise du parchemin respecte alors le paysage
    Seule ma conscience a ses griefs en effeuillant l’éphéméride.

    Mais dans la brume, des mots se nouent comme des fils d’or qui s’éteignent ;
    Les fragments d’âmes se démêlent, silencieux, ils se consument.
    Les pierres tombent, l’écho se joue, et dans la terre, tout s’enseigne ;
    Sous la peau du temps, ils ruissellent et chaque éclat en fait sa plume.

    Et puis la mémoire s’effondre, serrée par deux grands bras de sable ;
    Là, chaque mot s’épanouit, dans l’écrin de l’ombre effacée.
    Chaque image que l’on dépose n’est qu’un rêve, fragile ineffable
    Car la vie, au bout, fuit sans bruit, écrivant ce que l’on a laissé.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • L’envol des rieuses

    L’envol des rieuses

    Elles volaient, mouettes rieuses, portant des fleurs pour la becquée,
    Offrant à l’aube silencieuse tous les secrets alambiqués.
    La mer s’effaçait sous leurs ailes, laissant le ciel comme un écrin
    Et sur la plage, sans appel, elle attendait – le cœur serein.

    Son corps, plus libre qu’une prière, s’ouvrait au souffle du rivage ;
    Ses cheveux d’or, rivière claire, dansaient au rythme de la plage.
    Elle ne craignait ni le regard, ni le désir, ni les adieux
    Car les oiseaux, dans leur écart, tissaient des nœuds mystérieux.

    Et l’on raconte que les rieuses, quand vient la fin des illusions,
    Reviennent en parade heureuse, déposer roses et visions
    À celles, à ceux, qui osent l’être, sans masque, sans honte ni chaînes,
    Car la beauté, parfois, se pose… nue, quand le monde se déchaîne.

    C’était un tournant de ma vie où je laissais derrière moi
    Autant de lieux que de personnes qui n’étaient plus qu’un souvenir.
    Et j’avançais nue mais ravie de commencer au fil des mois
    Une aventure dont je soupçonne beaucoup d’amours en devenir.

    Texte de Laureline Lechat et Tableau de Jana Brike.

  • À contrechant

    Une chorale en sextuor est trompeur – l’erreur est humaine –
    Et pourrait prêter à comprendre qu’il faut chanter le sexe à l’air.
    Mieux vaut chanter en septuor pour chaque jour de la semaine
    Et attendre sans s’y méprendre un dimanche caniculaire.

    Car la soliste à contrechant pourra chanter entièrement nue
    Pour que la musique frissonne et que les seins ballotent en chœur.
    Ceux qui trouvent ça effarouchant n’ont pas compris que la tenue
    D’une chanteuse polissonne relie l’oreille jusqu’au cœur.

    La chorale, toute bien rangée, s’aligne en rang bien appliqué
    Mais l’une d’elles, sans nul frisson, perd soudain jupe et partition.
    Et d’un pot-pourri arrangé, elle chante en canon dupliqué
    Par tout l’ensemble polisson des choristes en déperdition.


    À l’unisson, les jupes claquent, tombent en chœur comme un signal
    Tandis qu’en fond, assises à poil, les premières sourient en rafale.
    Le chef, figé par tant d’audace, fredonne un mi sans conviction
    Et même les rimes s’envolent, mes vers s’en retrouvent tous nus.

    Tableaux d’Iran Francisco Lomeli Bustamante sur https:catrina-burana.livejournal.com21809.html .

  • Tous à poil !

    Tous à poil !

    Liberté de laisser son corps faire corps avec la nature ;
    Égalité avec les sexes de tous poils et de toutes sortes ;
    Fraternité et, mieux encore, sororité en emboîture
    Sur toutes les plages sans complexe, la nudité qui réconforte !

    Il y aura des mécontents sur toutes les plages publiques ;
    Des empêcheurs d’euphoriser sa joie d’aller courir tout nu.
    Heureusement de compétents procureurs de la République
    Seront là pour autoriser ce droit à jamais obtenu.

    Les gros, les gras et les obèses, plongés dans la marée humaine,
    Se fondront parmi les asperges, les sacs d’os et les planches à pain !
    Les p’tits « m’as-tu vu quand je baise » ne seront plus des phénomènes
    Et ça rabaissera les verges de ceux qu’on nomme « chauds lapins » !

    Car sous la peau, pas de miracle, chacun traîne son anatomie,
    Ses complexes sans condescendance, ses rêves mous ou bien dressés.
    Et quand le monde devient spectacle, autant que ce soit l’euphonie :
    À poil, à poil ! Et que l’on danse, tout en sueur et déstressés !

    Illustration de Marc Daniau qui fait polémique notamment sur https:ecoleemancipee.orgretour-sur-l-affaire-de-tous-a-poil .

  • Vigne vierge et fille folle

    Vigne vierge et fille folle

    Bien sûr l’amour nourrit le cœur, il enivre aussi la raison
    Et comme un bon fruit défendu se croque à deux mais en secret.
    Boire l’élixir du vainqueur, trinquer à la défloraison
    Et baiser sans sous-entendu l’embouchure aux lèvres nacrées !

    Je suis la grappe du désir que mon amoureuse déguste ;
    Je suis du raisin chaque grain dans la bouche de mon amante ;
    Je suis là pulpe du plaisir qui coule le long de son buste
    Et vient laver tous ses chagrins par mon jus pastel à la menthe.

    Elle est celle qui m’engloutit dès l’entrée du temple sacré ;
    Elle est celle qui boit mon eau dont elle ne s’assoiffe jamais ;
    Elle est ma déesse aboutie que j’emplis de mon jus sacré ;
    Ma Danaïde dont le tonneau ne se vide plus désormais.

    Elle m’offre sa gorge en coupe, la langue humectée des vendanges,
    Et je m’y verse avec ferveur comme un vin chaud de volupté.
    Nous buvons, trinquant de nos croupes, l’élixir aux alcools étranges
    Jusqu’à l’ivresse de la saveur du libidineux soluté.

    Tableau de Marco Paludet sur https:www.artfinder.comartistmarcopaludetpage-14?epik=dj0yJnU9c1ZXZC1WWjdUOGlRc3JpVTZpNXh6cUQxeHh0MGt1REcmcD0wJm49Y0JKYkphckJmSi1VWldmV0xuR2s0USZ0PUFBQUFBR2J4RHdv .

  • Morose Aurore

    Morose Aurore

    De l’ouest, j’ai aimé ses aurores et particulièrement l’une d’elles,
    Têtue comme une labradorite qui aurait résisté au diamant.
    Trop souvent mon cœur en pérore car il lui est resté fidèle
    En effeuillant la marguerite qui est le l’oracle des amants.

    J’ai presque pris le train en marche pour rejoindre son territoire,
    Et m’établir comme émigrant et vivre en sa terre d’exil.
    J’avais fait toutes les démarches et fait tous les réquisitoires,
    Passeport et papiers m’intégrant comme requérant au droit d’asile.

    Mais les aurores boréales ont tourné court dans mon destin.
    Météorologie du cœur ou science de la raison ?
    Par révolutions floréales d’avril à mai, un célestin
    Appel d’un cupidon moqueur m’a ouvert d’autres horizons.

    Depuis, parfois, dans mes silences, je crois entendre se rattacher
    Sa voix venue d’un long hiver à mon cœur d’une froide écume.
    Elle répète sans violence : « Il faut savoir se détacher ! »
    Toutes les aurores de l’univers se confondent alors dans la brume.

    Tableau de Adrian Gottlieb sur https:nevsepic.com.uauk1832637-art-dlja-doroslih-dobirka-11-60-robit.html .

  • Café perché

    Petite comédie en trois actes absurdes

    Café perché


    I. Hauteurs et vanités
    Madame trône, tout alanguie sur son balcon privé céleste ;
    Nue comme une drôle d’évidence, dorée d’un parfum d’insouciance.
    La tasse, qu’elle tient tel un sceptre d’arrogance hautaine et modeste,
    Fume d’un petit café mondain d’arôme perlé de suffisance.

    Là-haut, bien sûr, l’air est plus pur, l’argent sera mieux ventilé ;
    L’ombre des gueux n’arrive pas au niveau de son carrelage.
    On plane, on rêve sur les toits, loin des pas des chats affamés,
    Loin du bruit et des vapeurs lourdes de commérages et badinages.


    II. Bas-fonds et rêveries
    Lui, un pauvre hère désabusé, dresse son buffet dérisoire ;
    Vieille théière cabossée, antique chandelle sans flamme.
    D’un geste pourtant inspiré, il lève au ciel de grands yeux noirs,
    Fasciné par l’ange au café, méditant quelque mélodrame.

    Là-bas, tout semble simple et plat, un pauvre royaume flottant
    Avec une vie qui s’effeuille sur des volutes aigres-douces.
    Pourquoi cultiver sa misère et s’attarder en sifflotant
    Quand là-haut, un bonheur surfait repose sans doute à sa mousse ?


    III. L’accident cosmique
    Mais brusquement, Ô tragédie, Madame s’esclaffe et ricane,
    D’un faux mouvement, elle dérape et le drame attendu éclate !
    La tasse soumise à gravité s’échappe dans une chute diaphane,
    Telle une comète perdue, hasard au destin écarlate.

    Le pauvre alors lève la main et c’est le miracle céleste ;
    Un Dieu cafetier lui fait don du résidu de ce foutoir.
    Un nectar noir arabica ruisselle en cascade funeste
    Et Sa Divine Nudité en haut s’écrase sur le trottoir.


    Moralité
    Que les riches enfin se méfient ; les hauteurs sont parfois traîtresses
    Et quiconque alors s’imagine hors d’atteinte tente sa détresse !
    Un jour ou l’autre, il suffira d’un grain de café maculé
    Qui tombera dans l’engrenage et verra son trône basculer.

    Tableau de Vladimir Golub.