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  • La fin de Cupidon

    La fin de Cupidon

    « L’amour ne peut plus voyager, il a perdu son messager ! »
    Chantait Moustaki qui n’avait pas vraiment d’autre information
    Sur le mobile ensauvagé dont un prédateur enragé
    Aurait usé car il savait par où transitaient les passions.

    « Il suffit d’observer le vent ! » a-t-il avoué par la suite
    « Les brises d’amour au printemps, les plus précoces sont les plus tendres ! »
    Il est vrai qu’au soleil levant les jeunes amours sont en fuite ;
    On quitte le nid à vingt ans tellement on n’en peut plus d’attendre.

    Et c’est ici que Cupidon ajusta ses flèches en visant
    Et c’est là qu’un gros chat tigré le faucha d’une patte adroite.
    Les amoureux à l’abandon s’en retournèrent en devisant
    Que la Nature, bon gré mal gré, s’était montrée bien maladroite.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • L’apocalypse en fleurs

    L’apocalypse en fleurs

    Lorsque la deuxième trompette annoncera la fin des temps,
    La grande montagne fleurie se jettera dans le calice
    Formé par la mer des trempettes transformant un tiers des étangs
    Causant de grandes souffleries sur la planète mais sans malice.

    Déjà les créatures marines ont diminué d’un bon tiers
    Et les navires de croisière vont aussitôt en faire autant.
    Et tous les gars de la narine qui remplissent les cimetières
    Montrent, la main sur la visière, que ç’en est fini du beau temps.

    Et dans cette atmosphère blanche où la mer s’agite et tempête,
    Les vents s’élèvent sans colère et le beau temps retient son souffle.
    Puis les fleurs tombent en avalanche au son des divines trompettes
    Tandis qu’une éclipse solaire erre dans la nuit en pantoufles.

    Tableau de Nino Peradze.

  • Prêt-à-porter

    Prêt-à-porter

    Si au lieu d’enterrer les morts on en récupérait la peau ?
    Ce serait une œuvre artistique plutôt macabre j’en conviens.
    Les musées n’ont aucun remords cependant pour faire des expos
    En cire ou matières plastiques et là nulle loi n’y contrevient.

    Ça ouvrirait d’autres marchés que tous ces changements de sexe.
    Et, sans vendre la peau de l’ours, on pourrait tuer puis acheter
    L’idole qu’on aurait démarchée sans pour autant faire de complexe
    Au risque, à la fin de la course, de devenir une rareté.

    Plutôt que boire le sang des vierges, faites-vous en greffer la peau
    Que vous garderez bien dix ans, du moins c’est ce que garantit
    L’entreprise qui les héberge et les élève, net d’impôt,
    Et les vend en vous précisant que la vieillesse est ralentie.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Drôle d’arche !

    Drôle d’arche !

    Dommage pour les animaux que Lilith nous avait créés
    Qui étaient extraordinaires pour ne pas dire surprenants.
    Mais Dieu a dit à demi-mots que seules les bêtes agréées
    Seraient signées à l’ordinaire de sa main et pas autrement.

    Adieu licornes et chimères ! Adieu sirènes et tritons…
    Non ! Elles ont su – au temps pour moi – échapper aux flots diluviens.
    Adieu créatures éphémères à trois pattes, deux têtes et griffons !
    Je vous adresse avec émoi les regrets dont je me souviens.

    Quant aux animaux à trois sexes ou même quatre, pas de nouvelle !
    Noé n’était pas trop aidé quand il a dû tout contrôler !
    Mais à situations complexes, un petit tour de manivelle
    Ou de pédale rétrocédée permet souvent d’extrapoler !

    Tableau de Juan Pedro Ponce.

  • 10B, rue du Marquis de Sade

    10B, rue du Marquis de Sade

    Au 10A, rue Marquis de Sade, on ne voit rien et c’est normal
    Car c’est la maison à côté qui tient lieu de rassemblement.
    En effet, derrière les façades, passent les femelles et les mâles
    Par des passages traficotés entre les deux appartements.

    Je le sais parce que j’y habite. Eh oui, c’est moi l’animateur
    Qui convoque taxis à ces dames et les accueille galamment.
    Je peux vous dire que ça débite entre amatrices et amateurs
    Car ils sont avides du ramdam qui s’y passe extravagamment.

    Ça m’est venu une fois veuf ; pensant à me remarier,
    J’ai eu l’idée d’un lupanar afin de m’en faire un cheptel.
    Je les repère au gui l’an neuf chez mes relations notariées
    Avec ce simple canular : j’ai un « crac-boum-hu-hu » mortel !

    Tableau de Volodya Kenarev sur https:conchigliadivenere.wordpress.com20160920volodya-kenarev-1951-bulgarian .

  • 10A, rue du Marquis de Sade

    10A, rue du Marquis de Sade

    Un rendez-vous assez cocasse au 10A, rue Marquis de Sade ;
    « Soirée privée et costumée, la tenue d’Ève est exigée. »
    Ce n’est qu’une mesure efficace pour décourager les maussades
    Mais c’est comme à l’accoutumée, la seule contrainte infligée.

    Il y a toujours des courageuses qui viennent juste accompagnée
    Par un chauffeur qui les dépose juste devant la porte d’entrée.
    Mais aucune mesure outrageuse – et ça je peux en témoigner –
    De la police ne suppose aucun interdit rencontré.

    Pour le retour, pas de problème, des taxis sont organisés
    Pour ramener discrètement ces dames à leurs domiciles.
    Que font elles donc ? C’est le dilemme ! Car les lumières tamisées
    Ne laissent voir distraitement le moindre coup d’œil trop facile.

    Tableau de Volodya Kenarev sur https:conchigliadivenere.wordpress.com20160920volodya-kenarev-1951-bulgarian .

  • Le chat de l’alchimiste

    Le chat de l’alchimiste

    Encore une fois le chat s’impose dès que l’alchimiste est en transe
    Et les animaux à la ronde semblent attirés par cette scène.
    Au début chacun se repose sauf le chat tendu à outrance
    Mais sans montrer le moins du monde la moindre indication obscène.

    On ne sait plus qui est le maître… Est-ce le chat ou l’alchimiste ?
    C’est bien là ce que se demandent tous les animaux accourus.
    Même la nuit qui vient de naître garde le secret intimiste
    Du moins c’est ce que recommande la méditation encourue.

    Prédateurs et proies se rallient à la quiétude du moment
    Qui ne durera que qu’une nuit, celle du solstice d’hiver.
    À l’aube quand le soleil pâlit, les uns s’envolent en slalomant
    Tandis que les autres s’enfuient sous le regard du chat pervers.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Soleil alcoolique

    Soleil alcoolique

    Le soleil ivre sur les plaines et alcoolique dans les vallées
    Sort de son delirium tremens quand mon esprit bat la campagne
    Le soir quand tombent les heures pleines qui continuent à dévaler
    En traçant ses nuages minces qui s’effilochent vers les montagnes.

    Et lorsque le soleil se couche sur la mer de nuages blancs,
    Le crépuscule alors déverse les couleurs de l’astre trop mûr
    Que la nuit du solstice embouche du bout des lèvres en tremblant
    Jusqu’à ce que la Lune converse et que les étoiles murmurent.

    Alors la nuit noire s’avance, drapée de ses ombres profondes,
    Les feuilles frissonnent doucement sous l’air glacial qui s’alanguit,
    Un parfum de terre de Provence flotte pareil au chant monde,
    Tandis que s’endort lentement la plaine qui rêve à lundi.

    Le jour le plus court ;
    Le silence du solstice ;
    La nuit la plus longue.

    Tableau de Fred Cuming.

  • Les mondes intérieurs – 2

    Si l’on ne voit pas l’intérieur, les masques brillent à l’extérieur
    Des valeurs que l’on veut montrer et celles que l’on voudrait taire.
    Et plus l’éclat est supérieur, plus l’effet est révélateur
    Et ça ne fait que démontrer que l’intérieur est délétère.

    Bien sûr, il y a la belle aura qui se dégage imperceptible,
    Qui hélas demeure invisible sauf aux yeux qui sont dans le cœur
    Mais ne connaissent ni l’odorat ni le toucher ultrasensible
    Pour tâter si elle est nuisible par accumulation de rancœur.

    Finalement soit l’on y croit ou l’on refuse de les voir
    Ces couleurs du bien et du mal qui transpirent de tous les pores.
    Sans doute les esprits étroits qui ne jurent que par leur savoir
    Et dénigrent le paranormal n’y voient que l’envers du décor.

    Tableaux de Victoria Gilpin.

  • Les mondes intérieurs – 1

    Dommage qu’on ne puisse voir comment on est à l’intérieur ;
    Pensées d’amour, pensées de haine, pensées de bien, pensées de mal.
    Nous aurions enfin pu savoir et voir tout le monde extérieur
    De la couleur de l’âme humaine, divine tout autant qu’animale.

    Les femmes seraient-elles teintes en rose et les hommes des bleus de l’âme ?
    Les enfants aux mille couleurs et tous les seniors transparents.
    Nous y verrions les cœurs moroses ou animés par une flamme
    D’amour mais aussi les douleurs d’avoir à perdre nos parents.

    Sans doute que la compassion et l’empathie peuvent permettent
    De sentir toutes les nuances par l’écoute plus que par les yeux.
    Pourtant plus forte est la passion, plus forte sont les amourettes
    Et plus aveugle l’influence des attachements fallacieux.

    Tableaux de Victoria Gilpin.

  • L’Europe starlette – 2

    L’Europe starlette - 2

    Mais la starlette de trente ans a trouvé un rôle à sa taille
    Taille de guêpe pour se glisser entre les deux grandes puissances.
    Et qu’ils soient ou non consentants, ils vont devoir livrer bataille
    Dont les armes sont policées par ceux qui en font jouissance.

    On ne sait pas qui sont les bons ni même qui sont les méchants
    Ou pire, ils changent tout le temps selon les médias assouvis.
    Une opinion qui fait des bonds parmi le peuple à contrechamps
    Entre les forces de l’OTAN et le pacte de Varsovie.

    En fait, on reconstruit l’Histoire que l’Europe a connu naguère :
    Des petits royaumes qui s’envoient pis que pendre et coups d’escarmouches.
    Et de nos jours, il est notoire que ceux qui veulent partir en guerre
    Sont les descendants dont la voix parlent comme le « prince des mouches ». †

    Tableau de Givi Siproshvili sur https:illustrators.rupostspohischenie-evropy . † Belzébuth

  • Napoléon Bon Appart II

    Napoléon Bon Appart II

    Pour vivre heureux, vivons cachés là où Dieu ne voit plus personne
    Soit à l’intérieur des montagnes, soit dans les abris souterrains.
    Veillons à ne plus s’attacher aux religions qui nous façonnent
    Et nous formatent nos compagnes comme souffre-douleur souverain.

    Dans l’obscurité minérale, loin des cieux et dieux en colère,
    Nous bâtirons nos espérances avec du béton et du verre.
    Loin des croyances sidérales, loin sous la calotte polaire,
    Nous romprons avec nos errances et tous nos soucis terre-à-terre.

    Mais il faudra creuser profond pour accueillir dans nos palais
    Le tombeau de nos vanités et les souvenirs rapportés.
    Même en réduisant les plafonds, il nous manquera des balais
    Pour ôter toute insanité de cette planète avortée.

    Sous la roche nous tairons nos dieux devenus tous sourds en chemin
    Et nos silences auront pour toits toutes les montagnes des Grisons.
    L’Histoire fermera ses yeux sur ce qui reste en nous d’humain
    Et l’ombre prendra tout le poids d’un monde qui n’a plus d’horizon.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Histoires à endormir la sirène

    Histoires à endormir la sirène

    Depuis que je l’ai ramenée secrètement à la maison,
    J’ai cédé la salle-de-bains en guise de chambre à coucher.
    Mon lit étant trop suranné, j’ai dû me faire une raison
    Et le soir je suis son larbin après être allé me doucher.

    Car je dois lui lire une histoire de marins et leur capitaine
    Pour qu’elle s’endorme comme un enfant bien avant d’arriver au bout.
    Or il est devenu notoire pour ma sirène puritaine
    Qu’elle dort mieux en étoffant mes histoires à dormir debout.

    Pour cela je dois la rejoindre entièrement nu dans la baignoire
    Tout en inventant une suite piquée de suspense et d’humour.
    Ensuite je dois lui adjoindre une descente dans les eaux noires
    Où nous partons à la poursuite de rêves où nous faisons l’amour.

    Tableau de Walter Zakarlo.

  • L’union sacrée des sirènes

    L’union sacrée des sirènes

    Plus on est de sirènes tendres et plus on rit sur le rivage
    Et plus il y a de matelots et plus on se remplit le ventre.
    Il suffit simplement d’attendre, le vendredi, les arrivages
    À la criée méli-mélo dans les halles et les hypercentres.

    Elles se glissent déguisées en thon à l’intérieur des chambres froides
    Et guettent les beaux poissonniers qui se radinent dare-dare.
    Car dès qu’ils pointent leurs mentons, il lui arrive une escouade
    D’amatrices de fruits garçonniers qu’on se déguste façon tartare.

    Tableau d’Evelyn De Morgan.

  • La Terre du milieu

    La Terre du milieu

    Bien sûr, la Terre est ronde mais ce qu’on ne sait pas
    C’est « qui vit au milieu sous le manteau terrestre ? »
    Est-ce l’enfer qui gronde pour le moindre faux pas ?
    Ou, au contraire, un lieu de mise sous séquestre ?

    Vous êtes loin du compte ! C’est le domaine de dieux ;
    Cet ancien Élysée connu comme Mont Olympien.
    C’est là que l’on raconte les épisodes odieux
    Et les billevesées sur le mythe Œdipien.

    On croit son cœur de braise, de feu comme une étoile
    Cependant qu’à l’inverse, c’est le nec plus ultra :
    Un endroit où l’on baise, où chacun se dévoile
    Et vit à la renverse un vrai Kamasutra.

    Là, le temps se dénude et suspend tous ses droits ;
    Les corps deviennent signes et les âmes, paysages.
    On échange les masques, on renverse les proies
    Et la vérité nue dévoile son visage.

    Tableau de Raymond Douillet.

  • Une journée de détente

    Une journée de détente

    Ces instants volés de détente aux folles heures d’activités
    Sont l’oasis dans le désert des répétitions quotidiennes.
    Ainsi je quitte toute attente, les rendez-vous à éviter
    Et les tenues cache-misère des grand-messes tragi-comédiennes.

    Parfois l’attraction est trop forte et les habitudes nous happent
    Comme des chaînes de devoirs et de responsabilités.
    Ces heures grises ou l’on supporte d’être enfermé sous une chape
    De travail à n’en plus pouvoir doublées de culpabilité.

    Les gens riches n’ont pas le temps, ils ont l’argent, c’est différent,
    Mais soumis à des inquiétudes sujettes à la moindre impatience.
    Les pauvres sont riches au printemps-été-automne-hiver durant,
    De leurs périodes de quiétude, futilité et insouciance.

    Alors je rêve et m’abandonne, à la présence du silence,
    Le temps dépose sa main nue empreinte de sérénité.
    Je prends tout ce que l’air me donne en relâchant ma vigilance
    Et je respire l’instant venu m’apporter sa pérennité.

    Illustration de Vittorio Giardino.

  • Instantanu

    Instantanu

    « Le petit oiseau va sortir, il est temps d’entrouvrir la cage
    Et laisser l’imagination s’envoler libre à tire-d’aile ! »
    C’était juste pour divertir le photographe un peu volage
    Et qui n’a de fascination que pour mon corps comme modèle.

    « Ma chatte ronronne et minaude et guette ce petit oiseau
    Qu’elle épie depuis un moment et qui n’a pas l’air de comprendre…
    Tandis que l’autre baguenaude à partager sur les réseaux
    Ses commentaires assommants et ne fait rien pour m’entreprendre… »

    Soudain d’un coup de griffe hardi, la patte lui ouvre la porte
    Et comme un coucou sonnant l’heure, l’oiseau sort et la chatte mord.
    Elle savoure, ragaillardie, sa proie dont la chair lui apporte
    Un jus nacré qui par bonheur n’entraîne que la petite mort.

    Tableau de Lisa Yuskavage.

  • Madame Fibonacci

    Madame Fibonacci

    Partant de l’œil au nombre d’or, puis de l’arcade sourcilière,
    Descendant la courbe du nez, puis remontant la joue fléchie,
    Contournant l’âme qui s’endort sous ces volutes singulières,
    Je n’ai cessé d’importuner la femme de Fibonacci.

    Mais c’est de la faute à sa suite qui revient dans toutes les femmes
    Dont les courbures et les rondeurs découlent toutes du nombre d’or.
    Avant lui, d’une main fortuite, il n’y avait vraiment rien d’infâme
    À apprécier la profondeur de leurs intimes corridors.

    Après lui, il faut calculer et évaluer sans toucher ;
    Il faut tendre vers l’infini la carte du tendre algébrique.
    Aujourd’hui tout a basculé et pour prétendre aller coucher
    Je dois compter en catimini leurs anthropométries lubriques.

    Création de Leandro Neves.

  • Les zéros de Bédé

    Les zéros de Bédé

    Tous les jours défilent les zéros parmi les uns de mon réseau
    Avec bon nombre de héros, lutins, animaux et oiseaux
    Car ils m’aident à décompresser quand j’arrive en fin de journée
    Lorsque le temps s’est empressé d’en accélérer sa tournée.

    Plus je vieillis moins ils vieillissent et plus ils ont des aventures ;
    Les infimes détails s’agrandissent au fil des livres et des lectures.
    Les guerres qui n’ont duré qu’un temps s’étendent éternellement
    Et je m’endors en feuilletant les pages continuellement.

    Ils me tiennent lieu de veilleuse lorsque je tombe sur un bon titre
    Et je referme l’album trop tard en laissant tomber le héros.
    Si la nuit se fait paresseuse, je reprends au prochain chapitre
    Et si le jour est en retard… la suite au prochain numéro.

    Illustration de François Boucq.

  • À la croisée des chemins tordus

    À la croisée des chemins tordus

    Je m’imagine ficelé dans la prison de mon présent
    Entre un passé décoratif et un futur inaccessible.
    Tous les jours qui ont défilé, tirent ce lien omniprésent
    Qui me laisse interrogatif sur tous les dénouements possibles.

    Si le passé me tire trop vers mes nombreux trous de mémoire,
    Je reste prisonnier à jamais des souvenirs irréparables.
    Je serais complètement rétro dans la poussière des armoires
    Qu’on jette à la mer désormais par containers indénombrables.

    Si le futur d’emblée m’attire, l’âge ira en s’accélérant
    Excepté toutefois les Parque qui me guettent d’un coup de ciseaux.
    Si d’aventure je me retire de ce schéma intolérant,
    Je naviguerai sur la barque de Charon sur le Styx schizo.

    Alors je tranche enfin ce fil, non par courage, mais par présence ;
    Ni hier, ni demain ne m’attachent, leurs nœuds se desserrent en silence.
    Je m’assieds là, sur le seuil pile où l’instant défait l’impatience
    Et dans ce vide que je lâche, je marche droit… sans vigilance.

    Tableau de Léna Mačka.

  • Le chaperon rose

    Le chaperon rose

    N’en déplaise aux frères Grimm de même qu’à Charles Perrault,
    Le petit chaperon était rose et le loup un amant lubrique.
    Ce n’était pas vraiment un crime mais au moment de l’apéro,
    Elle calmait ses humeurs moroses avec lui derrière la fabrique.

    L’usine fabriquait des galettes au beurre salé de Guérande,
    Le loup travaillait à la chaîne et la fille aux expéditions.
    À la pause, derrière les palettes, elle lui proposait son offrande
    Et lui pratiquait, non sans gêne, des orgasmes à répétition.

    Un jour leur usine a fermé pour être délocalisée
    Et le loup partit pour la Chine, l’autre pays des poulpiquets,
    En tant qu’ouvrier confirmé, il a pu se focaliser
    En lubrifiant les machines tandis que la fille l’astiquait.

    Tableau de Hande Ugur.

  • Kalineries

    Kalineries

    Papa Ours aime les rouquines notamment les poils-de-carottes
    Parmi les elfes des forêts et les « je t’aime à tous les vents ».
    Si l’une d’elles est assez coquine pour lui offrir quelques poirottes,
    Elle se laissera déflorer par son gros chevalier servant.

    Car une fois apprivoisé Papa Ours au cœur d’artichaut,
    Elle lui en fera voir, la bougresse, par un innocent esclavage ;
    Après avoir bien grivoisé et excité le mâle au sang chaud,
    Ce sera corvée de tendresse, cunnilingus, libertinage.

    Mais Papa Ours, plus on l’excite et plus il se montre facile
    Et un beau jour, il en vint une que le plantigrade regretta.
    La suite est simple et explicite ; la fille se montra difficile
    Et lui réclama tant de thunes qu’elle fut « persona non grata ».

    Tableau de Karinakino.

  • Chantra

    Chantra

    Le chat affectionne ces verbes : entir, sortrer, rentir, ressortrer.
    Ils font partie de son langage plutôt gestuel que verbal.
    Et qui leur donne cet air acerbe quand ils vous observent prostrés
    Avec un « miaou » qui dégage une compassion à deux balles.

    À la façon dont il regarde, apitoyé à la fenêtre,
    Avec le regard implorant du pauvre petit prisonnier,
    Je sais que ce matou me garde des représailles qui vont naître
    Pour me pourrir la nuit durant en brayant comme un poissonnier.

    Entir : sentir sans y toucher ; sortrer : sortir mais de travers ;
    Rentir : revenir tout vexé ; ressortrer : pour quérir son câlin.
    Avec quatre verbes moucher cet inventaire à la Prévert
    Et mon chat tout décomplexé faire donc un peu moins le malin.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Folie du ciel

    Folie du ciel

    Folie dans le ciel aujourd’hui malgré les messages rassurants
    De la météorologie qui se veut toujours agréable.
    Comment cela s’est-il produit ? L’état s’en sort en assurant
    Que cette céleste pathologie est due par le contribuable.

    Même les chemtrails des complotistes qui nous quadrillent l’atmosphère
    Fabriquent de drôles de nuages qui s’étirent et puis qui s’éclipsent.
    À moins que l’ange trompettiste ne soit en train de satisfaire
    Une sorte d’écobuage pour annoncer l’apocalypse … ?

    Ou bien… le ciel change de look et veut s’habiller à la mode
    Avec ses tenues excentriques en robes de pluies inondables.
    On raconte aussi chez les ploucs que ce dont le ciel s’incommode,
    C’est de l’effet héliocentrique du Soleil qui a pété un câble.

    Ou bien c’est le ciel qui délire, lassé des discours triomphants
    Quand trop d’algorithmes l’auscultent et veulent borner son empire.
    Il vrille des lignes qu’on admire pour perdre exprès ses observants ;
    Il se replie, se cabre, occulte, et pleure tout autant qu’il transpire.

    Tableau de Guylaine.

  • Le syndrome de la fatigue

    Il y a fatigue et fatigue. Celle ressentie après l’effort
    À qui il suffit d’une nuit, d’un bain, d’un thé ou d’un massage.
    Celle qui muscle et qui prodigue satisfaction et réconfort,
    Qui entretient et qui ne nuit en rien sauf s’il faut un sevrage.

    Il y a la fatigue dans la routine, comme métro, boulot, dodo
    Que l’on répète quarante ans ou plus jusqu’à absolution.
    Celle-ci m’use et me ratatine car les oasis de libido
    Et de vacances, bien tentants, n’apportent pas de solution.

    Enfin la fatigue de la vie qui nous a plongé dans son bain
    Et qu’elle fait chauffer peu à peu en disant que c’est ce qu’il faut.
    Alors on craint pour sa survie mais c’est trop tard car le turbin
    Qui fait hurler « SAUVE QUI PEUT ! » a rabattu son coup de faux.

    Tableaux de Mihail Zablodski.

  • Le blues des lavandes

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    Désormais partout en Provence, de Méditerranée jusqu’aux Alpes,
    Les plants de lavande s’étirent happés par un soleil ténu
    Avec un blues de connivence et de stress que l’horizon palpe
    Lorsque les heures se retirent et que la clarté s’atténue.

    Les paysages éternels si chers à Van Gogh et Cézanne
    Ont pris la teinte de leurs toiles qui étaient donc prémonitoires.
    Le bleu lavande sempiternel rejoint les bandes partisanes
    Qui se regroupent sous les étoiles dans les contes endormitoires.

    Alors ils s’en vont vers l’orient empruntant les routes de la soie
    Sur les traces de Marco Polo pensant retrouver leurs racines.
    Et vous les verrez coloriant le crépuscule qui reçoit
    Leur désidératas écolos dans des couleurs qui nous fascinent.

    Tableaux de Dmitry Spiros Gallery.

  • L’Europe starlette – 1

    L’Europe starlette

    Se repose-t-elle sur ses lauriers une fois élue et approuvée ?
    Il est vrai qu’il est confortable de siéger sur le cuir de vache !
    Mais au cas où vous l’ignoriez, sa tâche sera bien éprouvée
    Car elle devra se mettre à table ; heureusement, elle est multitâche !

    Elle sait répondre à vos demandes en vous décrétant plusieurs lois
    Qui ne vous soulageront guère – elle fait toujours tout le contraire –
    Car ce n’est pas elle qui commande mais l’économie qui fait foi
    Et, comme on l’a connu naguère, à votre avis… qui va-t-on traire ?

    Derrière la vache tranquille, il y a l’Europe, l’ingénue,
    À peine âgée de trente années, elle est encore bien coquette
    Avec cet esprit infantile, impertinent et malvenu,
    Avec l’envie de se pavaner comme une star sur la croisette.

    Tableau de Maria Kholmogorova sur https:illustrators.rupostspohischenie-evropy .

  • La Prométheuse

    La Prométheuse

    Apparemment le feu des dieux que Prométhée nous a transmis,
    Nous a bien aidé à mûrir mais pas à nous parachever.
    Les dieux s’étant montré odieux, quant à leurs secrets compromis,
    Ont par la suite eu un fou rire de voir leur science inachevée.

    Avouons-le ; les inventions censées nous aider à mieux vivre
    Ont transformé la société par un progrès bien insidieux.
    Toutes les bonnes intentions nous ont pavé la route à suivre
    Qui mène l’homme à satiété dans en enfer du feu des dieux.

    Avoir voulu rivaliser avec les dieux nous a floués ;
    Nous sommes devenus ambitieux et nous sommes perdus en chemin.
    On a tout idéalisé sans penser qu’à force de jouer
    Avec un feu si malicieux on en oublierait d’être humain.

    Un jour, peut-être, les idées claires, au bord des ruines de nos tours,
    Nous rendrons au feu son vrai rôle sans lui donner les pleins pouvoirs
    Car la flamme réchauffe et éclaire mais sans rien donner en retour
    Et quand le feu a la parole, il brûle tout sans s’émouvoir.

    Illustration de Nikoo Bafti.

  • Vénus en Poissons

    Une sirène avec des tatouages, des cheveux ondulés et des ornements marins, nager dans un océan de coraux rouges et de fleurs, sur un fond sombre.

    Vénus serait-elle exaltée lorsqu’elle se retrouve en Poissons ?
    L’astrologie nous le confirme, la mythologie ne dit mot.
    Les Cancer doivent exulter que l’amour trouble leurs boissons
    Comme un breuvage qui leur affirme des sentiments fortissimo.

    Quant à Mars, se retrouver dans l’eau risque de rouiller son armure
    Ce qui expliquerait alors sa mystérieuse couleur rouge.
    Mercure… déjà qu’il est pâlot, il ne serait plus que murmure ;
    Dilué dans l’eau incolore, il virerait dans l’infrarouge.

    Avec la Lune tout serait flou et les amours assez confuses
    Mais bon… si l’amour est aveugle, ça ne devrait pas l’inhiber.
    Quant à Neptune, ça le renfloue, lui dont les actions sont diffuses
    Avec ceux qui mènent le peuple avec pots-de-vin prohibés.

    Et si le Soleil, tout là-haut, glissait un pied dans la marée,
    Il dorerait les illusions des cœurs qui voguent à tâtons.
    Jupiter soufflerait en duo un air propice pour se marrer
    Avec Vénus, en effusion, qui décocherait ses tétons

    Tableau de Tenture Voglio Bene.

  • Celle qui parle aux poissons

    Celle qui parle aux poissons

    Comme celle qui parle aux oiseaux, il y a celle qui parle aux poissons
    Et se régale des potins qui se racontent au fil de l’eau.
    Car les poissons ont leurs réseaux auprès des débits de boissons
    Où se soulagent les popotins après les heures de boulot.

    Si la carpe reste muette, on sait la dorade royale ;
    Le Saint-Pierre fait ses homélies tandis que les tsars dînent à l’huile.
    La sole meunière est fluette, les poissonnières déloyales,
    Certains sont des anomalies et d’autres des poissons d’avril.

    Quand la nuit luit sous la margelle, on voit surgir des silhouettes
    Qui brassent l’eau comme une scène où se rejoue tout l’opéra.
    Le thon philosophe interpelle la perche aux rêveries discrètes
    Tandis qu’une grosse baleine danse devant les caméras.

    Illustration de Ceruleanvii.

  • Peser le pour et le contre

    Peser le pour et le contre

    Soupeser le pour et le contre, lorsqu’ils pèsent le même poids
    Revient à comparer ensemble un kilo de plume et de plomb.
    Même si cela va à l’encontre de la logique en contrepoids
    Avec une physique qui ressemble à une diablerie en doublon.

    Pour faire court : le négatif pèse autant que le positif
    Et c’est tant mieux car l’équilibre demeure donc ainsi préservé.
    Imaginez l’applicatif d’un diabolique dispositif
    Qui ne me laisserait pas libre de choisir ce qui m’est réservé.

    Car si j’avance sur la ligne où mes deux seaux se contredisent,
    Je sais bien que l’un comme l’autre peut m’attirer hors du chemin.
    Mais tant que mes choix s’enracinent au fond des valeurs qui m’aiguisent,
    Mon équilibre alors se vautre dans l’inconscience des lendemains.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Clair-obscur

    Soulevons le voile obscurci par nos pensées les plus nocturnes
    Pour apercevoir la lumière du fond du tunnel orbitaire…
    Ou bien trouvons un raccourci en suivant l’anneau de Saturne,
    La Lune en sa phase première, l’Étoile Polaire ou Jupiter.

    Si jamais le rideau retombe ou que les couleurs se ternissent,
    D’un même geste je lèverai les difficultés du chemin.
    N’ayant pas un pied dans la tombe, si jamais cela s’éternise,
    Je prendrai et j’enlèverai cette maudite tenture des deux mains !

    Et si l’horizon m’encourage au gré des nues qui s’amoncellent,
    Je tracerai dans la nuit brève la route ouverte de mes désirs.
    Nul fracas ne me décourage ; même lorsque les vents s’emmêlent,
    J’avance en sculptant dans mes rêves ce qui m’apprivoise l’avenir.

    Car lorsque mon espoir chancelle et que l’ombre étouffe la lumière,
    Il suffit d’un geste imprécis pour que la toile se déchire.
    Alors surgit, une étincelle, de vérité douce et première
    Et cet éclat dans le récit suffira à m’en affranchir.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • Bain de lumière

    Une jeune femme dans une chemise blanche se tient dans une cuisine ensoleillée, avec des ombres projetées par les rayons de soleil à travers la fenêtre. Le sol est en damier noir et blanc, et un réfrigérateur jaune est visible à côté d'elle.

    Tous les matins le jour se lève mais ça, tout le monde le sait ;
    Mais ce que tout l’monde ne sait pas, c’est qu’il m’élève dans ma chaumière.
    Je suis fière d’être bonne élève et assidue à chaque essai
    Que le soleil transforme ou pas en lévitation de lumière.

    Il m’attire par la fenêtre et je m’envole vers les nues,
    Tirée par les rayons solides sur lesquels je peux m’accrocher.
    Je sois être la seule à connaître cette invitation saugrenue
    Mais quel bonheur, tel un bolide, de franchir montagnes et rochers !

    Dans ma cuisine aux dalles sages, la lumière joue son manège ;
    Elle découpe des silhouettes qui chavirent sur les carreaux.
    Et je deviens, dans cet ouvrage, un fil mouvant que rien n’assiège ;
    Comme un trait de craie qui souhaite devenir le mat du tarot !

    Tableau de Miles Johnston.

  • Habitations aux Latitudes Mélangées

    Dans nos résidences modernes, tous les appartements s’emboîtent ;
    Mais pas les humains indociles qui se rassemblent rarement
    Mis à part les vieilles badernes et leurs réunions adéquates
    Et leurs escarmouches imbéciles qui provoquent maints égarements.

    Dans les appartements high-techs, récupérés dans les usines
    Désaffectées mais pittoresques, la vie est pleine d’escaliers
    Comme des pyramides aztèques qui donneraient à leurs cuisines
    L’art culinaire picaresque des habitants fous à lier.

    Illustrations de Cinta Vidal Agulló sur http:mondesetmerveilles.centerblog.net372-peintures-de-cinta-vidal-agull0 .

  • Entre louves

    Entre louves

    Louves-garoues et femmes-louves sont, par le féminin sacré,
    Unies lorsqu’elles sont enceintes et qu’elles ont besoin de caresses.
    Entre femelles on se retrouve dans un refuge consacré
    À partager l’étreinte sainte pendant un instant de paresse.

    Moi, l’homme-loup, je les observe et je respire leur tendresse
    Je suis le père d’un louveteau dans la matrice de sa mère.
    Pour que la rencontre conserve béatitude et allégresse,
    Je me tiens devant le linteau comme protecteur de chimères.

    Et moi, Déesse-Louve, altière, je veille au seuil de leur mystère ;
    Je sens la nuit battre en leur ventre comme un battement avant la lettre.
    Si la passion se fait lumière et fait danser l’ombre et la terre,
    Je garde grand-ouvert mon antre où leurs deux souffles peuvent naître.

    Tableau d’Irina Lesik.

  • Les visages transhumains

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    Dès cet automne, la transhumance va s’appliquer à nos visages
    Dont une moitié seulement s’en ira vers les pâturages.
    L’autre moitié avec clémence restera car elle envisage
    Malgré le bouleversement, de faire plus que force ni que rage.

    Confronté aux difficultés dressées dans notre paysage,
    Nos visages sans cesse attaqués ont pris une résolution
    Puisque nous sommes agressés par toutes sortes d’arrosages ;
    Des pluies acides détraquées aux particules en dilution.

    Il est désormais inutile de s’énerver contre le progrès.
    Au contraire, il faut faire preuve de patience et ténacité.
    Aussi, comme il paraît aussi futile que tout aille bon gré mal gré,
    Le mieux contre toutes ces épreuves est de montrer sa pugnacité.

    L’hiver les visages migrateurs partiront vers l’autre hémisphère ;
    L’autre moitié travaillera pour payer les frais du voyage.
    Dès le solstice, à l’équateur, on s’échangera les atmosphères
    Ainsi l’été accueillera ces blancs-becs pour l’autobronzage.

    Tableau de MsJoKnows.eth sur www.msjoknows.art .

  • Baroque & rôle

    Baroque & rôle

    Arlequin est à la musique un compositeur qui combine
    Joie et tristesse, rire et colère et toutes sortes d’oxymores.
    Son habit fait de mosaïques patchworkées par sa Colombine
    Lui donne une allure de trouvère bon vivant et trompe-la-mort.

    En ce moment, il a le blues ; ça lui arrive à chaque Lune
    Lorsque celle-ci est gibbeuse durant trois nuits interminables.
    Colombine en est très jalouse car dans ces périodes opportunes
    Il court après toutes les gueuses qui dansent nues, impressionnables.

    Et quand revient l’aube pâlotte qui gratte aux vitres de sa chambre,
    Arlequin range sa bravade et replie ses humeurs fantasques.
    Colombine ôte sa culotte, s’étire alors de tous ses membres
    Et son cœur qui bat la chamade réclame de tomber le masque.

    Tableau de Natalia Shatrova.

  • Musicales rêveries

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    Mes rêves seraient musicaux mais j’en oublie la mélodie
    Sans doute à cause des oiseaux qui sifflent leurs petits airs charmants.
    Pourtant les troubles vésicaux ne laissent aucune rhapsodie
    Lorsqu’ils réveillent le roseau pensant que je suis en dormant.

    Je me souviens bien des images et des dialogues échangés
    Mais ni le moindre triolet, ni chansonnette n’en émane.
    J’aimerais pourtant rendre hommage non pas aux chanteurs étrangers
    Mais à ceux qui ont affriolé toute ma jeunesse mélomane.

    J’aimerais rêver de Brassens, de Ferré, de Ferrat, de Brel
    Et les chansons de flibustiers et tous leurs couplets fastidieux !
    Refaire les accords qui parvinssent à complaire à Francis Cabrel
    Et Maxime Leforestier qui taquinaient comme des dieux !

    Je rêve surtout d’échapper à la moderne dictature
    Des chansons nord-américaines qui déferlent partout dans les rues.
    J’en ai l’oreille handicapée à ouïr ces caricatures
    De blues d’origine africaine dont l’harmonie a disparu.

    Tableaux de Mary Delave sur http:marydelave.blogspot.com .

  • La vestale aux papillons

    La vestale aux papillons

    Depuis qu’elle y avait goûté, elle retournait patiemment
    Là où elle m’avait rencontré tout en espérant me revoir.
    Or si je m’étais écouté, je l’aurais hélée galamment
    Et invitée pour lui montrer tout ce qu’elle souhaitait entrevoir.

    Mais les papillons dans son ventre bourdonnaient trop discrètement
    Et s’envolaient évidemment dans la mauvaise direction.
    Parfois le cœur se déconcentre… son œil ouvert distraitement
    Devrait porter avidement plusieurs lentilles de correction…

    Sans doute l’amour soufflera un jour lui soulevant la robe
    Et l’œil du cœur m’apercevra, entouré de ses papillons.
    Sans doute l’envie s’insufflera avant que je ne me dérobe
    Et la vestale me percevra comme un divin amphitryon.

    Illustration de DALL-E.

  • Le reflet du royaume

    Le reflet du royaume

    Quand je serai dans mon royaume, coupé de tout réseau social,
    Comment vous recontacterai-je depuis mon paradis perdu ?
    Comme il n’existe aucun idiome, ni protocole interfacial,
    Comment alors m’adapterai-je à cette frontière distordue ?

    Par le miroir évidemment, le maître de mes Reflets-Vers !
    Je renverrai par son image comment j’existe désormais.
    Vous y verrez avidement tous les secrets de l’univers
    Que je mettrai dans mes messages télémiroités à jamais…

    Si vous voyez en noir et blanc, c’est que je n’ai plus de douleur ;
    Ni cœur morose, ni bleus de l’âme, ni la moindre taciturnité,
    Je vis l’amour sans faux-semblants avec mes muses en couleur
    Qui m’ont toutes avoué leur flamme qui brûle pour l’éternité.

    Illustration de DALL-E.

  • Vestale du feu nouveau

    Était-ce Loreleï ou bien Laureline ? J’avoue, je les confonds souvent
    Mais je me souviens d’elle prostrée d’avoir failli à sa mission.
    Plongée dans l’eau qui dégouline elle priait – c’est émouvant –
    Un dieu quelconque idolâtré et en totale soumission.

    Passant par-là, moi Lucifer, j’ai eu pitié de la fautive
    – Ne le répétez à personne, cela nuirait à mon image –
    Je déposai l’ardente sphère entre ses mains conservatives
    Et, avant qu’elle ne me soupçonne, j’ai disparu tel un mirage.

    Alors la vestale s’est levée pensant la flamme retrouvée,
    L’offrit au temple de Vesta pour la pérennité de Rome.
    Tandis que le feu s’élevait, son petit cœur fort éprouvé
    Cette fois-là manifesta un méphistophélique syndrome.

    Illustrations de DALL-E.

  • La Porte des Brumes

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    Il est des rêves qui n’apparaissent que le soir entre chien et loup
    Quand tout se brouille et se confond, l’imaginaire prêt à jaillir.
    Je sens cette étrange paresse m’envahir d’un halo jaloux
    De la réalité qui fond peu à peu jusqu’à défaillir.

    Puis la nuit tombe son rideau et pourtant le rêve persiste ;
    Je devrais dormir et pourtant je me réveille et il est là :
    Ce royaume dit « l’Eldorado » que l’on prétendrait utopiste
    M’ouvrir son portail envoûtant sur le miroir du Walhalla.

    À l’aube, il reste ouvert une seconde et une seule seulement
    Avant de fondre dans l’écume et retourner dans le néant.
    Un jour, je quitterai ce monde, je quitterai mon élément
    Et plongerai droit dans la brume dans cet interstice béant.

    Illustrations de DALL-E.

  • L’Europe court toute nue

    L’Europe

    Elle court, elle court, elle court, l’Europe toujours jolie mais toujours nue !
    C’est à se demander pourquoi, passé le siècle des lumières,
    Passé les géniaux philanthropes que notre histoire a retenus,
    Passé ceux qui avaient ce « je-ne-sais-quoi » et qui l’ont sortie de l’ornière !

    Est-ce qu’elle court après l’argent ? Le temps a passé sous les ponts !
    Est-ce qu’elle court après l’amour ? Covid et Sida l’ont tué !
    Est-ce qu’elle veut courir en chargeant ? Hélas il n’y a plus de Napoléon
    Et puis, la guerre, ce n’est pas glamour et n’est qu’un mal substitué.

    Si je rencontre l’Europe nue courant à côté d’un bison
    Et que je le raconte en vers dans un pamphlet Freud-Nietzschéen,
    Qui donc croira au contenu de mon poème écrit… disons
    Le jour où ma tête à l’envers a cru au rêve européen ?

    Tableau sur https:illustrators.rupostspohischenie-evropy .

  • Le seuil du numérique

    Le seuil du numérique

    Une fois que nous aurons franchi le point critique du numérique,
    Le retour sera impossible, happés par un progrès charmeur.
    Le courrier sera affranchi par une empreinte biométrique ;
    Tout sera rendu accessible au bon vouloir des programmeurs.

    Adieu les pièces de cinq centimes égrenées chez la boulangère ;
    Adieu les timbres de collection qui nous ont fait tant voyager ;
    Adieu les sourires intimes qu’on échangeait l’humeur légère
    Contre un petit peu d’affection, un petit plaisir passager.

    Le travail au noir clandestin devra aussi évoluer
    Avec un troc équivalent à quelque obscur cyber-trésor.
    On se rappellera le destin du Roi Midas éberlué
    De voir l’effet ambivalent de pouvoir tout changer en or.

    Mais quand l’IA super-débile, ce clown secret du numérique,
    Viendra nous imposer son rythme à faire chuter les valeurs,
    Elle laissera dans nos sébiles un dernier clin d’œil poétique,
    Brisant l’miroir aux algorithmes pour sept fois sept ans de malheur.

    Œuvre d’art visuel qui utilise une technique de hachures.

  • Le roi des sirènes

    Le roi des sirènes

    À l’instar du roi des abeilles ainsi que leur Reine pondeuse,
    Les sirènes ont élu leur sire au rang du grand héron qui pêche.
    Elles ont rempli leur corbeille d’offrandes les plus hasardeuses
    Selon les souhaits qu’on voit grossir et dessinés sur sa ventrèche.

    Le roi des sardines est un thon né de sardines et thon germon
    Qui n’a jamais été pêché et donc n’arrête pas de grandir.
    C’est pourquoi il est de bon ton de ne pas faire de sermon
    Mais plutôt de lui dépêcher tout ce qui pourrait l’arrondir.

    Cachalots, baleines bleues ou blanches sont aliments de premier choix
    Pour sa majesté aux dents creuses et au ventre démesuré.
    Mais surtout pas la moindre tanche ou le moindre petit anchois
    Car une allergie désastreuse lui donne des boutons azurés.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La nounou des poissons

    La nounou des poissons

    La gentille nounou des poissons se trouve dans son élément
    Quand le matin elle ravitaille les poissons des gens en vacances.
    Elle part faire sa moisson de toutes sortes d’aliments
    Flocons et sticks selon leurs tailles et granulés en conséquence.

    Petite particularité : sa mère étant une sirène
    Elle les nourrit toute nue, rapport à l’aquarium géant
    Qu’un vieux loup d’mer a hérité de son extravagante reine
    Qui dévorait le contenu des grands viviers de l’océan.

    Mais la douce enfant de la mer, quand elle penche son front tranquille,
    Entend parfois un long appel qui vient vibrer dans les écailles.
    Un chœur ancien mais doux-amer monte en remuant les eaux subtiles
    Et fait frissonner la pucelle du fond des bulles qui rouscaillent.

    Alors, d’un geste suspendu, elle croit revoir son héritage ;
    Des algues d’or, un ciel liquide, la grande houle aux reins profonds.
    Et même si ses jambes perdues restent captives de son rivage,
    Elle garde en elle, translucide, un océan et ses tréfonds.

    Et quand revient le soir docile, qu’elle referme la maisonnée,
    Les poissons tournent en pédalier et dansent en guise d’alarme.
    Car dans ce monde trop fragile où tout s’efface sans raisonner,
    La nounou, douce et déliée, leur sert d’horizon… et de charme.

    Tableau d’Amy Crehore.

  • La boîte de Pandore

    La boîte de Pandore

    Qu’est-ce qu’elle était jolie, la boîte de Pandore
    Avec tous ses trésors et toute sa connaissance !
    Mais une fois ouverte, d’emblée je subodore
    Qu’elle ne se ferme plus pour cause d’obsolescence.

    Car l’acquis ne s’efface ni ne disparaît jamais
    À part une amnésie pas trop recommandée.
    D’où la mort nécessaire qui seule peut désormais
    Tout remettre à zéro bien que vilipendée.

    Mais le regretterai-je si je n’ai pas le choix ?
    Puisque la boîte est là, alors autant l’ouvrir !
    Je me dis que s’il n’y a pas de prochaine fois
    Alors la connaissance me reste à découvrir…

    La boîte frémissait d’un éclat primitif,
    Gardant sous son couvercle un tourbillon de braise.
    Un souffle en émergea, si pur et si furtif,
    Qu’il me parla de mondes enfouis sous la glaise.

    Je crus d’abord au piège, à l’ombre d’un vieux sort,
    Mais la lumière vive repoussa mes alarmes ;
    Elle montait en gerbes, elle grondait si fort
    Que j’en perdis le fil et puis baissai mes armes.

    Car ouvrir une boîte, c’est briser l’ancien sceau,
    Laisser la vérité bondir hors de nos limites ;
    Si l’on s’y aventure, on finit comme un sot
    Transpercé d’un savoir aux flammes qui crépitent.

    Alors j’ai relevé le couvercle aux remords
    Puisqu’il faut bien tomber pour que l’esprit respire.
    J’ai laissé la clarté aiguillonner la mort
    Et refermé la boîte pour le meilleur du pire.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La femme cible

    La femme cible

    J’ai la femme en ligne de mire dans le viseur de mon cerveau
    Qui scanne et voit aux rayons X son corps entier déshabillé.
    C’est ainsi ; si je vous admire, c’est à cause de cet écheveau
    D’évolution toujours prolixe à l’envie de vous enquiller.

    Mais il y a bienpire que moi notamment les chasseurs de femmes,
    Aussitôt qu’ils voient un jupon et qui ne peuvent pas s’empêcher
    Afin de calmer leurs émois à trouver tous les trucs infâmes
    Pour vous faire franchir le pont et tant pis si c’est un péché.

    Quant à moi, dragueur de papier, je ne déshabille que mes vers
    D’où surgissent de jolis seins ainsi que des fesses admirables.
    Vénus en gémeaux me met l’pied à l’étrier, certes pervers,
    Pour vous faire du charme à dessein… hélas chez moi, impondérable.

    Et sous les cercles qui l’encerclent, je vois surgir un univers
    Où l’interfrange me désarçonne car son calcul me prend de court.
    Or, la beauté sous le couvercle ne reste pas sous le couvert ;
    Elle traverse, elle rayonne et me transperce à chaque tour.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Cristalline

    Cristalline

    Sans doute qu’une eau cristalline ayant mémoire des cristaux
    Retransmet à l’eau de mon corps une foule de souvenirs.
    Chaque décharge d’adrénaline résonne son effet costaud
    Ou costal selon le rapport mémoire passée et à venir.

    Mais tout ça n’est que théorie ; si mon eau vient des océans,
    Toutes les âmes précédentes, qui ont dû s’y jeter dedans,
    Ont vu toutes sortes d’allégories disparaître dans le néant
    Pour réapparaître obsédantes et se coller entre mes dents.

    Ainsi mon ostéoporose résulterait des inepties
    Qui auraient fait grincer les dents à mes ancêtres au fil des ans.
    Je n’ai plus trop l’humeur morose après une telle prophétie
    Car j’en ai détruit l’excédent d’avec mon âme dès à présent.

    Et si l’on boit la même eau vive que les saisons de l’univers,
    Peut-être qu’un jour on perçoit les cycles sous la peau qui tremble.
    Chaque cellule alors dérive sur les marées automne-hiver
    Et ma chair douce comme soie devient le fronton de mon Temple.

    Tableau de Brynja Magnusson.

  • La joueuse aux allumettes

    La joueuse aux allumettes

    Les cafards sont tous différents selon les émotions qu’ils portent ;
    Bleus de chagrin, rouges de colère, verts de peur et violets de cœur.
    Ainsi chacun est afférent et correspond à une porte
    Bien précise, lunaire, solaire ou tout autre astre alambiqueur.

    Chaque fois qu’elle a le cafard, elle joue avec les allumettes
    Pour les griller l’une après l’autre, les bleus, les rouges et les violets.
    D’où son teint aux reflets blafards qui évoquent une fantômette
    Qui craindrait un mal qui se vautre sur son âme bariolée.

    C’était quand même dangereux de jouer ainsi avec le feu
    Car le cafard revient toujours même brûlé et calciné.
    L’acide étant trop sulfureux, elle m’a fait un jour cet aveu
    Égal au prix de son amour que je paie pour ma dulcinée.

    Et sous les cendres du courage, un espoir minuscule dort,
    Truquant la peur qui se réveille à chaque transe douce-amère.
    Mais si l’on perce le nuage d’un trait de feu contre le sort,
    Les blattes fuient telle des bouteilles de messages jetés à la mer.

    Tableau d’Édith Lebeau sur https:www.moderneden.comcollectionsedith-lebeaupainting .