Catégorie : Blog

Your blog category

  • Ces siècles qui nous contemplent

    Ces siècles qui nous contemplent

    Vu d’en haut, il manque un morceau ; le pyramidion est parti
    En emportant tous ses secrets et ses dieux antédiluviens.
    Vue d’en bas, aux pieds colossaux, son poids énorme réparti
    Demeure une trace sacrée de ce dont nul ne se souvient.

    J’aime à croire que les dieux voyagent, après Nabuchodonosor,
    Et ont mis leur communauté à l’abri des regards curieux.
    Sans doute après le foudroyage qui a chassé les dinosaures
    Et repoussé leur primauté par d’autres hôtes moins luxurieux.

    Sans doute il faudrait relier sur le pourtour de l’équateur
    Toutes les pyramides aztèques, d’Asie et toutes celles immergées.
    Un Dieu a peut-être oublié le numéro indicateur
    De son hôtel guatémaltèque où il se s’rait fait héberger.

    La pyramide de Gizeh vue d’en haut. Sources : fr.quora.com.

  • Chapeau, la voisine !

    Chapeau, la voisine !

    En rez-de-chaussée, ma voisine s’allonge nue sur sa terrasse
    Mais, coiffée d’un grand sombrero qui ne laisse rien voir de sa peau.
    Je m’tord le cou de ma cuisine voir si un vent la débarrasse
    En emportant le sombre héros qui se croit pudique chapeau.

    Mais bisque ! Bisque et bisque rage ! Son galurin reste attaché
    Malgré le Mistral qui emporte ses chaises au diable vauvert.
    Et le comble, c’est quand vient l’orage, qu’elle savoure empanachée
    En dansant nue devant ma porte pour narguer mon côté pervers.

    À l’aube, elle salue le soleil, le veinard admire ses seins ;
    Le soir, elle prie au crépuscule, les bras et les jambes ouverts ;
    Chaque fois qu’un coup de vent balaye le chapeau résiste à dessein
    Me laissant juste un minuscule échantillon de peau offerte.

    Photo d’Angelesgorgeous.

  • Toute une vie de Cendrillon

    Toute une vie de Cendrillon

    On dit que la réalité dépasse parfois la fiction ;
    C’est ce qui se serait passé à un moment pour Cendrillon.
    Elle connut l’éventualité d’une autre vie que l’affliction
    Dans laquelle s’était compassée notre héroïne en haillons.

    Son corps raconte son histoire comme un tatouage indélébile ;
    Lorsqu’elle est nue, elle se souvient d’une existence misérable.
    Des images dans sa mémoire, sa peau en devient volubile
    Et montre tout ce qu’il advient quand arrive l’impondérable.

    Une bonne fée pour marraine, une citrouille pour carrosse,
    Une paire de pantoufles de vair et les douze coups de minuit.
    Un prince amoureux qui entraîne, animé d’un amour féroce,
    Toutes ses gens qui vont de pair retrouver celle qui s’ennuie.

    Tableau d’Irène Hardwicke Olivieri.

  • Le songe de Cendrillon

    Le songe de Cendrillon

    Tenue dans un grand dénuement, dépossédée de ses parents,
    Elle n’avait qu’une chemise et une paillasse au grenier
    Où elle rêvait ingénument malgré un cafard apparent
    À devenir belle promise d’un prince appelé à régner…

    Mais à trop vivre dans les songes, elle en accepte la sanction ;
    Elle ne croit pas aux oracles qui promettent un futur radieux.
    Dans cet univers de mensonges, la vie semble une dysfonction
    De ce qu’on appelle miracle d’un monde créé par un Dieu.

    Sans doute qu’il faut lâcher prise lorsque l’existence vous enlève
    Le goût et la raison de vivre dans une obscure destinée.
    Et puis un jour, bonne surprise ! Vient l’espérance de la relève
    Par un beau prince qui la délivre pour en faire sa dulcinée.

    Tableau de François Emile Barraud.

  • L’oiseau-trompette et Vénus Anadyomène

    L’oiseau-trompette et Vénus Anadyomène

    Bien sûr, une seule hirondelle ni même deux ne font le printemps
    Et non, aucun oiseau trompette ne déclenche aucun ouragan.
    Mais comment un battement d’aile de papillon, un court instant,
    Peut-il provoquer la tempête voire un cyclone extravagant ?

    Se produit-il, ce phénomène, quand le volatile en question
    Affronte les intempéries et que la pluie s’intensifie ?
    Surgit Vénus Anadyomène qui donne en tant que suggestion :
    « Souvent la météo varie et bien fol l’oiseau qui s’y fie ! »

    Entre l’attraction de la Lune et de Mars conjointe à Vénus,
    Les Météorologues doutent que leurs influences soient très nettes.
    Quant à Jupiter et Neptune, ainsi que Saturne et Uranus,
    Je crois qu’ils n’y comprennent goutte sur les humeurs de la planète.

    (Tableau de James Jean.
    Anadyomène signifie « surgie des eaux » en grec ― on en apprend tous les jours.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La femme-papillon

    La femme-papillon

    La femme papillon s’habille de dentelle ;
    De toiles d’araignées, de vers à soie tissés
    En guise de cotillon, de porte-jarretelle
    Et de musc imprégné sur ses ailes hérissées.

    Mais lorsque la pluie tombe, elle cherche un abri
    De crainte que ne fonde sa robe vaporeuse.
    Quand vient l’orage en trombes sous un ciel assombri,
    Sa nudité profonde la rend bien malheureuse.

    Mais elle bénéficie de solidarité
    Envers les libellules qui lui offrent un refuge
    À ses péripéties et sa précarité
    Par d’étanches ombellules sûres et calorifuges.

    Tableau de Troy Brooks.

  • Enceinte éternellement

    Avant la vie, après la mort ? Que lui importe au petit ange ?
    Pour lui le monde est limité à son univers intérieur.
    Il ne connait aucun remords, il se contente des échanges
    Dans sa moelleuse intimité sans contact avec l’extérieur.

    Parfois sa planète bascule et parfois elle reste immobile
    Mais il n’existe ni de temps ni de distance à parcourir.
    Juste un étrange tentacule qui à l’occasion l’obnubile
    Mais qui lui paraît important, sans doute pour le secourir.

    Il n’aura aucun souvenir mis à part la voix de sa mère
    Qu’il a toujours à sa portée bien à l’abri dans sa maison.
    Toujours est-il que l’avenir prévoit son congé éphémère
    Car il va se téléporter mais… est-ce à tort ou à raison ?

    Tableaux de Steven Kenny sur https:www.kaifineart.comstevenkenny?m=1 .

  • La renaissance

    Si je ne vis pas plusieurs fois, je change plusieurs fois de vie.
    Elle commence par une trompe d’éléphant surnommé Fallope
    Qui me transbahute, ma foi, à la rencontre d’une envie
    Arrivée en un coup de pompe, gigotant comme une antilope.

    Et voilà comment j’ai atteint le premier barreau de l’échelle
    Où chaque année est un degré où je dois faire des progrès.
    Que je sois, du soir au matin, enfant riche ou romanichel,
    Je vais devoir y intégrer mes joies, mes peines et mes regrets.

    Bien sûr, l’échelle se termine et j’en ai beaucoup enterrées
    Mais il leur manque le curseur qui grimpait inlassablement.
    Il faudra bien que j’y culmine mais mes deux anges ont interêt
    De faire de moi le précurseur vers un nouveau raccordement.

    Tableaux de Beth Conklin.

  • Peinture fraîche

    Peinture fraîche

    Après avoir fait le portrait du paysage politique,
    Le président nous apparaît fier héros contre les vauriens.
    Il nous annonce trait pour trait les mêmes phrases sarcastiques
    En prétextant qu’il séparait les riches de ceux qui n’ont rien

    En politique comme en peinture, il faut attendre que ça sèche ;
    Vous vous en salirez les mains si vous vous appuyez dessus.
    Et choisir la bonne pointure ne préserve pas de la dèche
    Sans espérer d’ici demain la moindre indemnité reçue.

    Le gouvernement provisoire, en attendant les résultats
    Du pari du parti unique qui imposerait sa république,
    N’est qu’un prétexte dérisoire pour mater toute vendetta
    Qui enflammerait les cliniques, hôpitaux et santé publique.

    Tableau de Dino Valls sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201201dino-valls-1959-spanish-surrealist.html .

  • Confinons-nous dans un coin

    Confinons-nous dans un coin

    Pour cet été, je vous propose de nous confiner dans un coin
    Et décompter le nombre d’heures passées dans les méditations.
    Après cela, rien ne s’y oppose, envoyons-en d’un coup de poing
    La liste à tous nos emmerdeurs au nom du chef de la nation.

    À la sueur de notre front en souhaitant que l’été soit chaud,
    Nous gagnerons nos points retraite de façon assez rigolote.
    Et si la France nous fait l’affront de discréditer notre show
    Nous monterons tous d’une traite à la Bastille et sans culotte.

    Devant la garde républicaine, les C.R.S. et la police,
    Nous opposerons nos parties les plus intimes et les plus nobles.
    En France métropolitaine, nous défilerons la peau lisse,
    Le cul tendu en répartie pour une fessée des plus ignobles.

    Tableau de Dino Valls sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201201dino-valls-1959-spanish-surrealist.html .

  • La dauphine

    La dauphine

    Reine ou sirène des dauphins ? Je ne sais pas quel est son titre.
    Elle aurait été aperçue menant un banc de cétacés.
    Ils s’éloignaient vers les confins suivant sans doute un libre arbitre
    Qui les élevait au-dessus des quatre horizons espacés.

    Selon la voix qui se peaufine dans les vents d’azur outremer
    Et dans l’écho des coquillages qui le répètent à l’infini,
    Il semblerait que la dauphine, fille de Neptune, roi des mers,
    Reviendrait d’un très long voyage – mais… motus ! – en catimini.

    Je le sais car, le vendredi se dit « Frietag » en allemand
    Dont l’origine serait « Freya », déesse de l’amour et des arts.
    Si Vénus ne me contredit, la dauphine est également
    De la lignée qui effraya les romains de Jules César.

    Tableau d’Annie Stegg.

  • Sirènes pudibondes

    Sirènes pudibondes

    Finies les sirènes aux seins nus ; désormais elles portent tunique
    Et font des concours d’élégance à qui sera la plus glamour.
    Que sont leurs charmes devenus sans leur nudité impudique ?
    Sans doute un manque d’arrogance pour leur gros appétit d’amour…

    Si la sirène se civilise, la verrons-nous sortir de l’ombre,
    Nous montrer sa queue frétillante et cesser d’être une chimère ?
    Gageons que se décrédibilise son côté pernicieux et sombre
    Et qu’enfin son émoustillante beauté s’affiche sur les mers !

    Une sirène en soutien-gorge – avec baleines évidemment –
    Sera sûrement mieux acceptée par la censure draconienne.
    Que la science se rengorge et accueille concomitamment
    Ces créatures exceptées par la théorie darwinienne !

    Tableau de Kate Pospeshilova.

  • Dans le cocon de son fauteuil

    Dans le cocon de son fauteuil

    Certaines vont en bord de mer pour trouver leur inspiration,
    D’autres fréquentent les cafés sur les collines d’Argenteuil.
    Elle, elle cherche le sein de sa mère, une sorte de réintégration,
    Comme un lieu pour se réchauffer dans le cocon de son fauteuil.

    Nue, en position du lotus, comme si elle demandait pardon
    À ses racines fraternelles et ses mémoires antérieures,
    Elle redevient petit fœtus et peut remonter le cordon
    Qui lui accorde l’éternelle illumination intérieure.

    Entre les deux bras paternels et ouverts du siège Voltaire,
    Sans doute en trouve-t-elle aussi la sécurité apaisante ?
    Et la large assise maternelle comme matrice cavitaire,
    Un souvenir qui s’associe à sa nudité bienfaisante.

    Tableau de Nils von Dardel.

  • Nu, la honte

    Nu, la honte

    Combien de fois ai-je rêvé nu au milieu de gens habillés ?
    Combien de fois, subi la honte en exhibant mes génitoires ?
    Bizarrement j’ai reconnu quelques volupté grappillées
    Et désormais je le surmonte et je l’accepte sans histoire.

    Censure et pudeur ridicules se confrontent à la liberté ;
    Dans la société cela dérange les genres d’exhiber leur sexe.
    Vagins, poitrines et testicules sont bannis dès la puberté
    Et franchement je trouve étrange que ce tabou soit si complexe.

    Il nous relie à l’animal et ce lien, l’homme le révoque ;
    Les religions mettent à l’index le plaisir sans procréation.
    Pour éviter l’instinct primal envers la femme qui le provoque,
    Il met la censure sur le sexe et le cul en ségrégation.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?

    Qu’as-tu que tu n’aies donc reçu de la vie qui t’a tout offert
    Tout au long de l’itinéraire sur le fleuve de l’existence
    Qui t’a sentie, qui t’a perçue, dont en retour tu as souffert
    Mais donc chaque acte téméraire t’a valu un prix d’excellence ?

    Tu as pris la fille de l’air pour t’en aller sur les alpages
    Et y fonder une famille pour les beaux yeux d’un helvétique.
    Une petite fée stellaire vint développer l’équipage
    Te faisant cadeau d’une fille comme assurance prophétique.

    Après ses trois-cent-soixante-cinq petits tours autour du Soleil,
    La fée stellaire est revenue avec sa corne d’abondance
    Pour ensemencer en ton sein, sans doute dans un demi-sommeil,
    Un garçon lui-même retenu pour assurer ta descendance.

    Vingt ans après, le Grand Roman de Vie encore se renouvelle ;
    Un ange blond vint s’introduire et n’a jamais démérité.
    Après avoir été maman, tu es grand-mère, bonne nouvelle !
    Laissons au petit-fils construire la suite pour la postérité.

    Tableaux de Maryvon Riboulet

  • La reine des orgues

    La reine des orgues

    Reconnue à la cantonade, elle régnait sur les grandes orgues ;
    Elle excellait dans ses aubades le matin dès potron-minet
    Puis, maîtrisait les sérénades quand le soir précédait la sorgue
    Et de fugues en dérobades, sa journée était terminée.

    Je sais son organe secret qui surpasse les harmoniques ;
    Je sais ses touches délicates qui surclasse son jeu de montre ;
    Je sais son féminin sacré et le petit chant orgasmique
    Qui sort des lèvres écarlates à chacune de nos rencontres.

    J’entre au sous-sol en clef de Fa et je remonte l’escalier,
    Puis je traverse l’entresol et surprends son intimité.
    Étendue nue sur le sofa, elle se lève et va aux claviers
    Jouer la toccata en sol d’une durée illimitée.

    Alors je caresse son dos en redescendant les octaves
    De sa colonne vertébrale jusqu’à ce que je puisse entendre
    « Do Si La Sol Fa Mi Ré Do », du plus aiguë jusqu’au plus grave,
    Toutes nos amours orchestrales chantent la partition du tendre.

    Tableau de Ciro Marchetti sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201606Ciro-Marchetti.html .

  • La chute des corps

    La chute des corps

    Concernant la chute des corps, comme le lièvre et la tortue,
    Il suffit de partir à point si l’on veut être récompensé.
    J’ai battu mon propre record mais cependant je m’évertue,
    Sans détour à brûle-pourpoint, à ne jamais recommencer.

    Je suis parti droit comme un « I » et suis tombé comme une pierre
    De quinze mètres en projection de mon promontoire élevé.
    Ce qui m’a sauvé, je le dis, c’est d’avoir crié ma prière :
    « Père Dieu Aide et Protection ! » ainsi j’ai pu m’en relever.

    Toute ma vie, j’ai aspiré à cette chose sans la nommer
    Et j’ai anticipé ma chute en bondissant de toit en toit.
    Cette obsession m’a inspiré ce qui me vint à point nommé
    Pour, à défaut de parachute, manier les ailes de la foi.

    (Tableau de Carlo Maria Mariani.
    « Toute ma vie, mon cœur a aspiré à une chose que je ne peux nommer. » — André Breton.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La langue d’avant Babel

    La langue d’avant Babel

    J’ai plusieurs fois refait ce rêve où l’absurde frappe à la porte
    Avec tarot cartomancien, magie et colombes à loisir.
    D’une formule vraiment très brève, il faut user de langues mortes
    Latin, sanscrit ou grec ancien, ou peu importe, on peut choisir.

    Parfois les mots sont inutiles et les langages trop babillés
    Mais retrouver sa langue nue demande un peu d’information.
    À l’aide d’un prétexte futile, il suffit de se déshabiller
    Et redevenir l’ingénu(e) de son fœtus en formation.

    Alors la boîte de Pandore s’ouvre sans répandre le mal
    Et la colombe de la paix s’en trouve démultipliée.
    Les hommes et les femmes s’adorent et redeviennent animal
    Mais pour attester leur respect envers leur nature oubliée.

    Tableau de Ciro Marchetti sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201606Ciro-Marchetti.html .

  • L’eau à la bouche

    La première fois, j’fis la grimace devant sa grosse lèvre à limace
    Mais cette fille avait du chien et moi besoin d’un opticien.
    D’ailleurs quand je baisai sa bouche voilà que soudain elle louche
    Vers l’endroit où mon pantalon semblait gonfler comme un ballon.

    Ce qu’elle me fit avec sa langue me fît l’effet d’un boomerang
    Et je reculai ma quenouille devant l’organe de grenouille.
    Mais l’amour nous a raccordés sans besoin de se regarder ;
    J’espère seulement que nos enfants n’auront pas un nez d’éléphant.

    Photoshopages vu sur https:www.boredpanda.comfunny-animal-photo-manipulations-animals-in-things?utm_source=pinterest&utm_medium=social&utm_campaign=organic .

  • Châteaux de cartes

    Châteaux de cartes

    Avec la famille des cœurs, je mets le portefeuille à droite ;
    Avec les trèfles et les carreaux, là, je m’en remplis plein les poches.
    Les piques brandies à contrecœur, j’les esquive de façon adroite
    Et quand viennent les as du barreau je les empile au fond, à gauche.

    N’y voyez aucune allusion, ce ne sont que châteaux de cartes
    Dont j’organise la parité entre dames, rois et valets !
    Les jokers ne sont qu’illusion et, s’il le faut, je les écarte
    Avant que la précarité ne menace de tout déballer.

    Au revers, les cartes anonymes cachent insidieusement leur jeu.
    Où sont les rois, où sont les dames ? Où sont les valets et les as ?
    Et ces drôles de patronymes probablement moyenâgeux
    En ce qui concerne les femmes : Argine, Judith, Rachel, Pallas !

    Tableau de Ciro Marchetti sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201606Ciro-Marchetti.html .

  • Triskelets

    Sont-ce des escargots bretons ou bien des coquilles celtiques ?
    Je ne sais pas mais il me semble qu’ils ne sont pas du Morbihan !
    Ni morts-vivants, ni rejetons, ni même d’aspect squelettiques
    Pourtant tous les trois se rassemblent en un symbole convoluant.

    Ils me rappellent la justice à trois plateaux en équilibre,
    Très difficile en vérité pour aimer sans être jugé.
    Comme tous ceux qui travestissent le droit de vivre en homme libre
    Et mettent la priorité sur le rejet sans préjugé.

    Photos de Ludmilla Hopkins.

  • La vie en rose

    La vie en rose

    Mon film n’est pas « la vie en rose », du moins pas toujours, pas tout l’temps,
    Car je ne reste jamais fixé sur un coin de ma pellicule.
    Certains clichés semblent moroses mais, alignés à contretemps,
    Reflètent un bonheur remixé, en prenant bien sûr du recul.

    Cette vie que je croyais plate s’est révélée comme une fleur
    Qui s’ouvre et qui s’épanouit à l’aube d’un matin de printemps.
    Le blues en devient écarlate arrosé de larmes et de pleurs
    Et le chagrin s’évanouit d’en voir ses faveurs à plein temps.

    Pour ne pas rester sur ma faim quand viendra ma métempsychose,
    J’espère n’avoir plus d’ennemi à récurrence destinale.
    Mais puisque tout a une fin, j’en ferai une apothéose
    Où je convierai mes amis à ma Sainte Cène finale.

    Tableau de Mihai Criste sur http:sweetdreamsart.centerblog.netrub-mihai-criste-.html .

  • Deo gratias in blues

    Deo gratias in blues

    L’âme du violon semblait faite pour glisser sur sa robe en blues
    En paysages liturgiques avec des doubles et des alias.
    L’archet courrait monter au faîte de la petite corde jalouse
    Des pizzicatos démiurgiques qui créaient le Deo gratias.

    Lorsqu’elle arrête de jouer, le silence ressemble au silence
    Qui succède après le final et qui reste toujours du Mozart.
    Et dans sa quiétude enjouée, ce calme trouve son équivalence
    Avec le geste original d’un Dieu qui créerait par hasard.

    Elle vous donnera l’illusion de jouer les bleus de son âme
    De son doigté le plus précieux qui s’envoleront dans l’azur
    À la vitesse de diffusion de l’onde qui sert de sésame
    À l’ouverture en clef des cieux dont un ange bat la mesure.

    (Tableau d’Abner Recinos.
    « Elle semblait faite pour glisser, en robe blanche, dans des paysages liturgiques, une branche de lis ou un rameau d’or à la main. » — Octave Mirbeau, Le colporteur)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Mérou au secours !

    Tout en haut de ma tour d’ivoire, j’appelle un mérou de secours
    Avant de plonger dans les rêves et nager dans leurs eaux profondes.
    Juste une fuite provisoire qui soit mon ultime recours
    Seulement pour cette nuit si brève où j’oublierai un peu le monde.

    J’aime sentir ce lâcher prise et chuter éternellement
    Dans les airs à tombeau ouvert, sécurisée par le mérou.
    Le songe étant plein de surprises, je le serre fraternellement
    En lui disant à mots couverts de m’emmener jusqu’au Pérou.

    Hélas mon rêve est éphémère et je suis désavantagée
    Car je n’ai pas plus d’avenir qu’avait la Belle-au-Bois-Dormant.
    Au matin le prince des mer me rend mon baiser engagé
    Et je me réveille au souvenir de mon petit mérou charmant.

    Tableaux de Nicoletta Ceccoli.

  • Les sirènes atlantes

    Deux descendances différentes vivent ensemble au fond des mers.
    D’une part, les filles de Neptune, en queue de poissons héritée ;
    Puis, les atlantes proliférantes dans les abysses outremer
    Depuis la chute inopportune de l’Atlantide déméritée.

    Elles ont conservé leurs deux jambes – les pieds palmés mais pas les mains –
    Adaptées à tous les milieux, amphibies par transmutation.
    Particulièrement ingambes, elles prennent souvent le chemin
    De Paris et de sa banlieue, puis en métro jusqu’à Nation.

    Mais lassées de l’humanité, elles rentrent en fin de semaine
    Et rapportent les souvenirs aux petits poissons attentifs.
    Restant loin de l’inanité de notre société humaine,
    Elles préfèrent suivre l’avenir depuis l’océan préventif.

    Tableaux d’Annie Stegg.

  • L’Europe à ni maux ni biens

    Soyez bienvenus en Europe, les animaux sont au pouvoir
    Avec le coq hardi et fier sur le taureau d’Andalousie,
    Le lion d’or hypermétrope qui doit reculer pour mieux voir
    Malgré l’aigle noir de Bavière qui fait sa crise de jalousie !

    La Licorne réputée avare, opposée au dauphin prodigue,
    L’ours brun qui reprend son élan après un sommeil de marmotte,
    Les chiens et chats toujours bavards qui tuent les ânes à coup de figues,
    Et hirondelles, et goélands, et cygnes en chœur sans fausse note.

    Bien entendu, dans la forêt certains bosquets sont malfamés
    Et si le loup entend l’agneau, c’est par la raison du plus fort.
    Les herbivores sont dévorés par leurs prédateurs affamés
    Malgré les lois et les signaux édictés par nos sémaphores.

    Sources : https:www.easyvoyage.comactualiteles-animaux-emblemes-des-pays-d-europe-83537 .

  • Le mariole du linge

    Le mariole du linge

    À l’origine venue d’Afrique, on vit le mariole du linge
    Se transmettre aussi bien aux hommes à l’ouest des États-Unis.
    Sans doute le besoin de fric faisait travailler leurs méninges
    Et l’on observait ce symptôme – les cowboys étant démunis.

    Comment le mariole du linge fut transmise alors à la femme ?
    Après avoir mené les vaches, les hommes ont dû en profiter
    Pour payer en monnaie de singe cette pratique jugée infâme
    Qui consiste à faire le bravache avec une fille pas très futée.

    Mais on attrape vite le virus à laver son linge en famille ;
    Plus on se crêpe le chignon, plus il est sale et plus on frotte
    Et ça fait comme les poupées russes à mesure qu’on les déshabille ;
    Même vêtu comme un oignon, le tissu fond quand on l’ décrotte.

    Tableau de Loren Entz.

  • La sirène masquée

    La sirène masquée

    Heureuse comme un poisson dans l’eau, elle vit d’amour et d’onde fraîche ;
    D’amour, elle guette la marée ; d’effroi, elle épie le marin.
    Une fois goûté son gigolo, elle attend neuf mois dans la crèche
    Que naisse, dans les eaux chamarrées, l’enfant de père outremarin.

    Depuis deux ans, dans l’eau morose et sa fraîcheur ratatinée,
    Les marins sont hommes-grenouilles pourvus de masques à oxygène.
    Troublée, atteinte de névrose, elle se retrouve confinée
    Et peste filant sa quenouille dans les abysses coralligènes.

    Mais d’après le calendrier, comme aujourd’hui c’est vendredi,
    Elle désire, en portant un casque, leur jouer un tour à sa façon.
    Pour narguer ces scaphandriers, avec la voix du contredit,
    Elle les abuse d’un chant fantasque qui finit en queue de poisson.

    Tableau de Christian Schloe sur https:expresionconarte.comchristian-schloe .

  • Une perle pour la sirène

    Une perle pour la sirène

    À l’origine, un accident, un incident, une bêtise,
    Une poussière par hasard dans la matrice de la sirène.
    Soudain, en son sein s’oxydant, paraît la perle de convoitise
    Chef-d’œuvre digne des beaux-arts qui naît dans la petite reine.

    Ainsi de la chose étrangère qui l’a fécondée en son sein,
    Pareil à l’huître dont la nacre enrobe avec délicatesse,
    La particule passagère confectionnée en son bassin
    Devient perle rare dont le sacre honorera une princesse.

    En attendant cette promesse, elle cajole sa merveille
    En l’enveloppant de finesse d’une douceur particulière.
    Et la sirène diaconesse, sa reine-mère qui la surveille,
    Accordera à la faunesse le titre de Sainte-Perlière.

    Tableau d’Alyona Askarova.

  • Pas boulotte, la femme !

    Pas boulotte, la femme !

    N’est pas boulotte, celle qui sait trancher d’une volée de hache
    Les racines qui la retiennent et la menacent de moisir.
    Sans autre forme de procès, son coup d’audace la détache
    Afin que sa vie n’appartienne qu’au destin qu’elle va choisir.

    Maintenant que son mouvement s’est répandu dans la nature,
    Tout ce qu’elle va nous réserver mérite notre anticipation.
    De quel bois se chauffe ardûment la femme nouvelle et mature ?
    Attendons-nous à observer une vaste émancipation !

    Or, de la maladie du mâle, gageons que sa femelle guérisse
    Afin qu’elle devienne conductrice d’une nouvelle humanité !
    Et moi, je jure, foi d’animal, que j’ai grand hâte que mûrisse
    De façon la plus séductrice, la femme à l’unanimité.

    Tableau de Steven Kenny.

  • M comme Icare

    M comme Icare

    J’ai échappé au labyrinthe de ma vie voici treize années
    Excepté, qu’à l’instar d’Icare, j’ai d’abord chu de quinze mètres.
    Souffrances après sept mois d’astreinte à l’hôpital m’ont condamné
    À m’envoler loin à l’écart vers des sommets, assis sans maître.

    Mais je ne vole pas, je plane sur des montagnards de prestige
    Dont je ne comprends ni langage ni comment m’y socialiser.
    Et trop de bourrages de crâne m’occasionnent tant de vertiges,
    Que j’en suis l’idiot du village qui vit selon les alizés.

    Puis les montagnes dominées par des coups de vents assassins
    M’ont déporté hors des limites de ce dédales de vallées.
    Aujourd’hui je suis confiné dans les forêts de marcassins
    Où je séjourne comme un ermite qui n’a plus d’endroit où aller.

    Tableau d’Abner Recinos.

  • L’amante harponneuse

    L’amante harponneuse

    Comme elle se livrait au bonheur d’avoir harponné ses amants
    À l’aide d’un cœur angélique sur toutes les mers amoureuses,
    Un jour, elle mit un point d’honneur à lancer le plus vaillamment
    Et d’une adresse diabolique sa javeline vigoureuse.

    Le capitaine et ses matelots qui croisent l’amante harponneuse
    Devront lui payer leur tribut de manière la plus érotique.
    Sinon, d’un coup de javelot, sa nymphomanie moissonneuse
    Leur cueillera les attributs qui fait la gente phallocratique.

    En attendant, Dieu soit loué, elle reste rivée au rocher
    Dont elle ne s’éloigne jamais d’après ce qu’on m’a rapporté.
    Pour éviter d’être cloué, il est défendu d’approcher
    À moins d’un mile désormais assurément hors de portée.

    (Tableau de Steven Kenny.
    « Elle se livrait au bonheur d’avoir harponné, pour ainsi dire, une âme angélique dans la mer parisienne » – Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Rusées renardes

    Tandis que Madame, un peu garce, en robe d’hiver à balconnets
    Traque sa proie l’air dédaigneux dans sa tenue assez tendance,
    Rusée renarde, sa comparse, chasse souris et cochonnets
    En tant que prédateur teigneux mais qui assure l’intendance.

    Ces deux femelles à la fourrure aussi soyeuse que caressante,
    Savent aussi montrer les dents et une force appréciable.
    Elles possèdent une carrure toute en souplesse, reconnaissante
    À leurs cruels antécédents de dévoreuses insatiables.

    Tableaux de Steven Kenny.

  • Adieu joli mois de mai

    Adieu joli mois de mai

    Avant qu’il naisse, je le devine depuis l’arrivée du printemps,
    Fin mars quand le soleil s’amuse à s’attarder le soir venu.
    Puis sous les orages qui ravinent les chemins de boue sanglotant
    Et les exhalaisons profuses après une ondée bienvenue.

    Le mois d’avril coupe le fil des trois premiers mois de l’année
    Que j’oublie vite avec le temps pour accueillir d’autres saisons.
    Au mois de mai, les jours défilent ; le voici déjà suranné,
    Hier à peine débutant et demain parti sans raison.

    Adieu printanière un peu folle avec tes petits saints de glace,
    Tes giboulées de canicule et tes averses qui s’enchaînent !
    Tant mieux ! Mes canards en raffolent et mes fleurettes s’en prélassent.
    Tu n’étais pas si ridicule et je t’attends l’année prochaine.

    Illustration du calendrier d’Olga Ert sur https:www.behance.netgallery186943calendar .

  • Pluie équivoque

    Pluie équivoque

    Aux Pâques, une pluie équivoque par ses gouttes dorées sapides.
    Sans doute le frottement des cloches sur quelques nuages attardés.
    Ainsi l’humidité provoque, trombes de giboulées rapides,
    Des étincelles qui s’effilochent comme un météore hasardé.

    Au lendemain d’un long sommeil, l’ondée miraculeuse n’est plus.
    Mais les odeurs de la nature sont rehaussées d’un goût musqué.
    Alors sous un soleil vermeil qui ne luit que lorsqu’il a plu,
    J’en respire la signature sur les fleurettes offusquées.

    Qu’importe la matutinale rosée pourvu qu’on ait l’ivresse
    Que les fleurs produisent en nectar dont s’abreuvent tous les papillons !
    Et les herbes médicinales distillent avec allégresse
    Leurs arômes secrets à l’instar des liquoristes moinillons.

    Tableau de Jana Brike.

  • Les mères poules

    Les mères poules

    Pâques passées, les mères poules qui ont su conserver leurs œufs
    Éduquent leurs progénitures à montrer leurs meilleurs profils.
    Puis, toutes ces petites boules à plumes, d’un mouvement vaseux,
    Cahin-caha sans fioriture, suivent comme attachées à un fil.

    Pour leur première leçon de vol, lorsque les poussins ont grandi,
    Toutes les mères ont revêtu leurs capelines de monitrice.
    Les oisillons prennent leur envol comme un long cordon d’organdi
    Qui soudain, à bride abattue, déshabille leur génitrice.

    Lorsque les enfants sont partis, les mères-poules déplumées
    Regagnent vite leurs plains-pieds où l’attendent les jeunes coqs.
    Et aussitôt c’est reparti ! car les chandelles rallumées
    Par les deux bouts dans les clapiers sont très épiques à cette époque !

    Tableau de Steven Kenny.

  • Pense-bête

    J’évite de me prendre la tête avec enquêtes et contre-enquêtes ;
    Quitte à m’arracher les cheveux, je les pendouille là où je veux.
    Si vous la voyez dans un arbre, inutile de rester de marbre ;
    Rapportez-la moi, s’il vous plait, plutôt que me la contempler.

    Quand l’actualité va à vau-l’eau, je m’en vais la ficher à l’eau ;
    Un gros bocal de cornichons suffit, ce n’est pas folichon.
    Vous n’ pouvez-vous en empêcher ? Essayez donc de m’ repêcher…
    Attrapez-moi par la tonsure ; vous en sentirez la morsure.

    Photos d’Alexandra Tchertoulova.

  • L’expérience en cours

    L’expérience en cours

    Pourquoi la matière et l’espace ? Pourquoi la vie sur notre Terre ?
    Pourquoi l’été ? Pourquoi l’hiver ? Pourquoi l’automne avant-courrière ?
    Dieu seul sait tout ce qui se passe dans les coulisses du mystère
    Qui enveloppe l’univers et tout ce qu’il y a derrière.

    Eh bien l’expérience est en cours et Dieu n’a pas réponse à tout ;
    Il ne sait pas finalement ce qu’il adviendra de tout ça !
    Plusieurs fois, il a eu recours à consulter le Grand Manitou
    Qui lui fournit légalement un coup de pouce, fissa fissa.

    Et si l’expérience prouve que Dieu n’a jamais existé,
    Selon les lois de la logique – soit P vrai implique Q faux –
    Eh bien justement il se trouve qu’un illogisme est dépisté !
    Quoi qu’il en soit, rien de tragique, tous les dogmes ont comme un défaut…

    Tableau de Bjorn Richter sur https:www.facebook.comBjørn-Richter-302501101111?ref=page_internal .

  • Clef de jour, clef de nuit

    Les extraterrestres se cachent derrière des pans de la nature
    Qu’ils ouvrent comme une boîte à sardine à l’aide de la clef du jour.
    Lorsqu’il vous semble qu’une tache fait une sorte de rature,
    Les Aliens en fait s’y radinent pour venir passer le séjour.

    Pareillement lorsqu’ils s’en vont, ils entrouvrent un rideau de nuit
    Qui paraît tellement visible que je me demande pourquoi
    Jamais nous ne les poursuivons en nous engouffrant dans son huis
    Sauf bien sûr une imprévisible sentinelle ou je ne sais quoi.

    Tableaux de Bjorn Richter sur https:www.facebook.comBjørn-Richter-302501101111?ref=page_internal .

  • Nuit d’Onyx

    Nuit d’Onyx

    Discrétion, silence et mesure, l’ange de nuit répand son ombre
    Et tisse un écheveau obscur qui plonge la Terre en sommeil.
    Le jour s’enfuit dans l’embrasure poursuivant le soleil qui sombre
    Flanqué du fidèle Mercure dans un dernier rayon vermeil.

    Ange ou démon ? Je m’interroge sur ses véritables desseins
    Et cette étrange accoutumance qu’instaure le marchand de sable.
    Fatalement nul ne déroge à ce rituel sacro-saint
    Malgré toute la véhémence de ma quête inassouvissable.

    Les plus beaux rêves sont tissés dans la chevelure de nuit
    Qui me reconnecte au réseau du chœur des étoiles qui songent.
    Étoiles noires métissées d’astres et de comètes qui fuient
    Comme s’envolent les oiseaux qui migrent au pays des mensonges.v

    Tableau de Kaysha Siemens.

  • L’autre côté du miroir

    L’autre côté du miroir

    Tous les miroirs de ma maison accèdent à un autre côté,
    Un genre d’univers inversé, mais qu’ils m’interdisent de franchir.
    Je ne sais si j’ai eu raison mais je les ai tous boycottés
    Jusqu’à c’ qu’ils soient controversés et acceptent de m’affranchir.

    Depuis je peux passer ma tête, un bras, une jambe, une main
    Mais je reçois un bol d’eau froide et parfois carrément un seau.
    Ils sont farceurs mais je m’entête à y découvrir un chemin,
    Même si c’est une porte étroite, pour m’y retrouver au verso.

    Alors pour fair’ fondre la glace puisque le miroir est poli,
    Je m’ suis reflétée en parlant d’une voix pointue et étroite,
    Puis nous avons changé de place, mon double et moi, à la folie,
    Et depuis je parle en verlan et confonds ma gauche et ma droite.

    Lorsa pour raif’ drefon la cegla quepuis le roirmi est lipo,
    Je m’ suis téeflére en lantpar d’une voix tuepoin et troitée,
    Puis nous vonsa géchan de cepla, mon bledou et moi, à la liefo,
    Et puisde je lepar en lanver et fondcons ma chegau et ma tedroi.

    Tableau de Natalie Shau.

  • La danse des Samodiva

    Les trois sorcières solidaires ne sont pas descendantes d’Ève
    Mais de Lilith ou Artémis selon l’histoire non écrite.
    Sauvages et de vies solitaires, chaque année elles renouvellent
    Leurs liens en suivant les prémices que leur nature leur a prescrites.

    Alors elles invoquent leur mère qui apparaît tel un phénix
    Dans le feu ardent dont les flammes les embrassent de leur chaleur.
    Elles redeviennent chimères et montent dans la nuit d’onyx
    Rejoindre et réunir leurs âmes sacrées aux divines valeurs.

    Comme une naissance d’étoile, les filles ont fusionné leur mère
    Et créent de nouvelles énergies pour les diriger sur la Terre.
    Alors retombent comme un voile des étincelles éphémères
    Qui se transforment en synergie fertilisante, élémentaire.

    Premier tableau d’artiste inconnu ; deuxième et troisième tableaux d’Eduardo Rodriguez Calzado sur https:eduardorodriguezcalzado.com .

  • Féminité sacrée

    La vierge clôture l’été, c’est déjà le temps des colchiques ;
    Les feuilles commencent à tomber malgré la chaleur persistante.
    On l’aperçoit se refléter sur les eaux sombres métapsychiques
    Des lacs et étangs surplombés par sa psyché inconsistante.

    La mère est enceinte en automne ; elle gardera neuf mois son fruit
    Et subira une alchimie archangélique en son bassin.
    Sa grossesse paraît monotone mais à l’intérieur se construit
    Une inviolable biochimie qui métamorphose en son sein.

    L’enchanteresse ferme l’hiver et annonce le renouveau
    De primevères en perce-neiges, de boutons d’or en pâquerettes.
    En accord avec l’univers qui met les saisons à niveau,
    Elle exécute son manège, fraîche émoulue et guillerette.

    La sorcière charme le printemps, surtout les nuits de pleine Lune
    Où elle adore danser nue autour d’un feu avec ses sœurs.
    Mais elle donne des cours à plein temps aux quatre filles de Neptune,
    Jeunes sirènes ingénues, qui nécessitent un professeur.

    Tableaux de Tamara Phillips sur https:www.tamaraphillips.ca .

  • Renversant !

    Renversant !

    On nous fait croire n’importe quoi par le truchement de l’image.
    C’est vu à la télévision ? Alors incroyable mais vrai !
    Ne me demandez pas pourquoi mais je n’ vois que de l’enfumage
    Car tout est fait en prévision d’une entourloupe délivrée.

    Tout est truqué évidemment : les statistiques et les sondages.
    Toutes les menaces de guerre cachent des crises économiques.
    N’écoutez pas le parlement qui ne colporte que galvaudages
    Et regardez comment naguère leurs fraudes furent astronomiques.

    Une bonne idée le communisme ? Mais il cache une dictature !
    Ne parlons pas du socialisme qui jette la misère en pâture ;
    Pas plus que le capitalisme en train de détruire la nature ;
    Et quant aux légats du déisme, je n’aime pas leurs impostures.

    Je l’avoue, j’ai détourné la citation de Winston Churchill « Le défaut du capitalisme c’est qu’il répartit inégalement la richesse ; la qualité du socialisme c’est qu’il répartit également la misère ! ».

  • Cartomagie

    Cartomagie

    Le véritable enjeu des sondages, n’est pas de lire dans l’avenir
    Mais demander à la voyante qui arrivera finaliste.
    Cela évite le dévergondage de tout ce qu’on entend venir
    Et surtout une imprévoyante indiscrétion de journaliste.

    Madame la cartomancienne officielle de l’Élysée
    A conseillé les présidents sur le successeur à choisir.
    La méthode n’est pas si ancienne : elle est chaque jour télévisée
    Et diffusée, c’est évident, dans chaque foyer à loisir.

    On dit que si tu téléphones à une voyante émancipée
    Et qu’elle ne décroche pas avant que retentisse la sonnerie,
    Raccroche car elle n’est pas si bonne ! Elle aurait dû anticiper
    Ton coup de fil auparavant sans te faire faire une connerie.

    (Tableau de Ciro Marchetti sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201606Ciro-Marchetti.html .
    La dernière strophe est inspirée d’une pensée philosophique profonde de J-C V-D.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Les anti-sirènes

    Les anti-sirènes

    Cette nuit, j’ai rêvé de carpes qui, à défaut de métacarpe,
    Étaient pourvues de métatarse pour jouer je n’ sais quelle farce.
    Et ces poissons en bas résille ― car je crois que c’étaient des filles ―
    Déambulaient en hauts talons à la recherche d’étalons.

    Je ne sais quel ange déchu a créé ces monstres mal fichus
    Mais ces sirènes acrobatiques ne m’ont pas paru romantiques.
    Avant que leurs jambes s’écartent, il a vite fallu que je parte
    Car sous leurs jupes ultra légères se cachait un corps de mégère.

    J’ai voulu voir sous leurs jupette et n’y ai vu que des roupettes ;
    Ce qui explique le peu de grâce de leurs cuisses et leurs fesses grasses.
    Neptune a eu pitié de moi et a mis fin à mes émois
    En déclenchant avec malice une sirène de police.

    Tableau de Julia Lillard.

  • L’heure du thé sous la mer

    L’heure du thé sous la mer

    L’heure du thé pour la sirène sonne pour le matelot hardi
    Attiré par la voix sifflante de sa bouilloire sous pression.
    Celui hélas dont la carène croise ses eaux ragaillardies,
    Périra d’une époustouflante infusion de dépossession.

    C’est vers cinq heures en mer de Chine – mais pas sur le plancher des vaches –
    Qu’elle déguste un florilège d’exceptionnels thés au jasmin.
    Le marin que rien ne rechigne, ravale son air de bravache
    Avec le dernier privilège qu’elle accorde à son genre humain.

    Le thé servi par la sirène est tellement chaud qu’il s’évapore
    En petites bulles d’oxygène si agréable à respirer !
    Pris d’une fatigue sereine, il dort tandis qu’elle lui dévore
    La peau, les os, le collagène jusqu’au dernier souffle expiré.

    Tableau de Catrin Welz-Stein.

  • Apprivoise-moi !

    Apprivoise-moi !

    Devant l’insistance du renard à m’habituer à sa personne,
    Je sais qu’il se promet l’acteur du grand théâtre de ma vie.
    Mais il reste assez goguenard et son minois me désarçonne
    Moi qui suis plutôt détracteur vis-à-vis de ce genre d’envie.

    Mais voilà qu’il revient sans cesse me tourner autour sans raison
    Et je lui lance bêtement un bout de gâteau framboisé.
    Il n’est ni grandeur ni bassesse de lui entrouvrir ma maison
    Mais grâce à son entêtement, c’est lui qui m’a apprivoisé.

    Ses yeux me parlent à l’intérieur et sa voix résonne en mon cœur,
    Il n’a pas d’autre sentiment que désirer mon empathie.
    Ce que j’exprime à l’extérieur, il l’entend presque à contrecœur
    Et j’ai comme un pressentiment qu’il est doué de télépathie.

    Photo de Roeselien Raimond.

  • La souris à lunettes

    La souris à lunettes

    Souris miro pourtant lira, telle un rat de bibliothèque,
    Son petit museau ajusté d’une bonne paire de lunettes.
    Souris sourdingue n’écoutera personne la traiter de métèque
    Malgré ses yeux désajustés par ses lectures choupinettes.

    Elle a trouvé un vieux lorgnon avec une montre à gousset
    Qui lui fait les yeux globuleux mais c’est pour ne pas les user.
    Ce soir, à l’heure de son oignon, regardez-la se trémousser
    En lisant les contes fabuleux du chat perché désabusé.

    Si un chat vient, elle disparaît sous la couverture d’un livre
    Dont elle a grignoté le dos d’un trou où – vite ! – s’y caracole.
    Une fois sur deux, il apparaît qu’abus de lecture l’enivre
    Quand la reliure Bordeaux donne au cuir l’arôme d’Alcools †.

    (Illustration de Torben Kuhlmann sur https:www.leseanimation.chaktuelllindbergh
    † « Alcools » de Guillaume Apollinaire, évidemment.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Femme de lettres éparses

    Femme de lettres éparses

    Les livres écrits par une femme sont souvent lettres écharpillées
    Sous la pression phallocratique qui l’a qualifiée de diablesse.
    Mais plus les coups seront infâmes, plus ses lettrines éparpillées
    Seront bien plus acrobatiques car sa force est dans sa faiblesse.

    Mon âme lit dans Amélie, mon cœur écrit Alexandrie
    Mon corps parcourt Éléonore à l’esprit de Marie-Capri.
    Je me pâme de leurs homélies, je dévore leurs pages attendries
    Des mots d’amours les plus sonores qui s’échappent de leurs manuscrits.

    Saurais-je lire entre les lignes leurs cris à l’encre sympathique
    Et les nombreux sous-entendus dissimulés en périphrases ?
    Assurément, elles sont malignes et mettent un tact systématique
    À éviter malentendus et le style pompeux de l’emphase.

    Tableau de Marta Orlowska sur https:www.behance.netgallery4262059Surreal-Storybook-Ladies .