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  • La femme au chat

    J’aime percevoir les secrets qu’un tableau de maître renferme
    Par son décor bien indiscret qui m’interpelle de pied ferme ;
    Cet arrière-plan rouge sang qui donne toute sa chaleur
    Au symbolisme rougissant d’une femme mise en valeur.

    Ô sang, renfermerais-tu l’âme allouée au féminin sacré
    Qui agite son oriflamme à chaque étape consacrée ?
    Premières règles qui invitent à la fonction procréatrice
    Durant tout le temps où gravitent les ovocytes dans ta matrice !

    Et chaque mois tu renouvelles l’énergie de fécondation
    Par des menstrues qui se révèlent souvent comme une inondation.
    Cependant parfois le miracle de la vie engendre la vie
    Dans le suprême tabernacle indispensable à ta survie.

    Ô sang comme un fond de garance où coagule ton passé,
    Tu évacues tes pertes rances comme des échecs compassés.
    Mais tu es porteur de lumière lorsqu’un homme sait honorer
    Ta féminité coutumière par des amours revigorées.

    Tableau de Pierre Bonnard

  • La route de Samarcande

    Parfois la route de la soie se joue de méandres en lacets
    Qui donnent un peu le mal de mer mais qui valent bien le coup d’œil.
    Il faut garder par devers-soi tous ces virages entrelacés
    Qui apportent un goût doux amer dans un voyage sans écueil.

    Et puis Samarcande apparaît se découpant sur ciel d’azur
    Et ses mosquées, ses mausolées, médersas ornées de faïence.
    L’inquiétude alors disparaît et change au fur et à mesure
    Les appréhensions désolées pour un sentiment de vaillance.

    Illustration de Thomas Thiemeyer

  • Le baiser du dieu-paon

    L’amour est une dimension de l’espace-temps métaphysique
    Dont la lumière a pour valeur l’intensité de l’intention
    Avec deux pôles en extension aux méridiens géodésiques
    Qui en transmettent la chaleur et les couleurs de sa tension.

    Du féminin incandescent au masculin vif et ardent,
    La synergie devient divine dès qu’un baiser est échangé.
    L’univers n’a rien d’indécent quand ses étoiles vont s’attardant
    Vers un trou noir où se devine un futur Big-Bang louangé.

    bodypainting & photos de Bella Volen sur https://bella-volen.com/fine-art-body-painting.html

  • Z’animaux

    D’une lointaine descendance avec Noé et Emzara,
    La Reine Rouge sur son trône surveille la montée des eaux
    Tandis que son chat violet pense à l’aubaine d’un bon débarras
    Pour les chienchiens à leurs patronnes et leurs délits de sale museau.

    Alors on trie de préférence les animaux de compagnie ;
    On vire les hippopotames, les affreux et les déficients ;
    On choisit avec déférence sans faire de zoomanie
    Ceux qui plaisent à Monsieur-Madame et les distraient à bon escient.

    Lui, n’a gardé qu’un chat qui fume en robe noire de havane ;
    Elle, n’a pris qu’un rhinocéros pour un usage cosmétique
    Dont elle abuse et se parfume tandis qu’à côté se pavane
    Une grenouille dont l’air féroce n’est avant tout qu’hypothétique.

    Illustrations d’Enki Bilal

  • Illusio in unguento, in vino veritas

    L’illusion n’émet pas d’odeur malgré son flacon débouché
    Qui laisse sentir l’envoûtement dans des volutes embaumées.
    Point n’ai besoin de décodeur pour voir ce leurre retouché
    À grands coups de glougloutements pulsés de sa fiole empaumée.

    Depuis l’arôme de la pomme, les mensonges sentent le roussi,
    Les tentations empuantissent et les escroqueries empestent.
    J’aspire à lire un nouveau tome dans un paradis sans souci
    Pour que le mal s’anéantisse de lui-même par la malepeste !

    Le vin cache sa vérité sous une robe vermillon
    Qui laisse aviser les rondeurs et tous les charmes de l’alcool.
    Sa force et sa témérité, comme les ailes d’un papillon,
    Créeront un trouble en profondeur dans mes esprits cavernicoles.

    Depuis la cuite de Noé et l’ivresse de la Pentecôte,
    Les mots me font tourner la tête dans des promesses politiques
    En pots-de-vin désavoués qui se décomposent et cocotent
    Avec demandes et requêtes vers un monde apocalyptique.

    « Illusio in unguento, in vino veritas» : Illusion dans le parfum, vérité dans le vin.

    Tableaux de Chie Yoshii sur https://www.chieyoshii.com

  • Quelque part dans le ciel

    Parmi les eaux évaporées contenant toutes nos humeurs,
    Combien retombent et combien restent agglutinées en cristaux sourds
    De médisances abhorrées qui véhiculent les rumeurs
    Condensées en vapeurs agrestes au-dessous des nuages lourds ?

    Mais ces pensées noires de haine subissent un cycle de pyrolyse ;
    Elles sont grillées et calcinées par le nettoyage solaire.
    Quelques insolites phénomènes que le ciel serein diabolise
    Sont recyclés et vaccinés dans ses eaux de pluies de colère.

    Dans mes collines où s’écoulent ces pluies acides et polluées
    Je vois souvent des mousses oranges dans les ruisseaux s’agglomérer
    Dont les eaux ruissellent et roucoulent dans les rivières éberluées
    Où naitront des effets étranges que Dieu seul sait énumérer.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Pas si fous que ça, les romains !

    À Davos, fais comme les romains, lis, écris et parle latin ;
    Économise l’énergie mais prend ton bain du samedi !
    Remets tes soucis à demain et attends le lundi matin
    Pour glandouiller en synergie sinon te mettre en maladie.

    Chez nous, la procrastination est la méthode la plus sûre
    Pour gouverner impunément sans avoir de comptes à vous rendre.
    Lorsque la prédestination t’ouvre la voie de la luxure,
    Baise et jouis opportunément de tout ce qui est bon à prendre.

    À l’Élysée, mets-toi à l’aise ; au parlement, joue les absents ;
    À l’assemblée, fais-toi du blé ; des impôts, exonère-toi !
    De temps en temps, fais un malaise ; s’il le faut, charge tes remplaçants ;
    Tant pis si les temps sont troublés du moment que toi, tu festoies !

    Les Romains construisaient des bains avec un système de chauffage par hypocauste. Ils allumaient un feu de bois ou de charbon de bois. Les gaz chauds s’écoulaient sous le sol à chauffer et remontaient à travers des conduits le long des murs creux. Ils utilisaient également des sources d’eau chaude naturelles comme à Bath au Royaume-Uni, à Aix-la-Chapelle en Allemagne, à Budapest en Hongrie, etc.

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  • Demandeurs d’asile

    Quel sera le comportement des habitués des abysses
    Quand toutes les eaux monteront à l’assaut des terres inondées ?
    Prendront-ils leurs appartements parmi les nombreuses bâtisses
    Que nous leur abandonnerons sans pouvoir les vilipender ?

    Ils prendront nos poissonneries pour des tortures piscicoles,
    Tiendront nos boîtes de conserve pour des sardines locataires,
    Jugeront nos polissonneries comme stupides cas-d’école.
    Alors que Neptune leur réserve l’eau promise sur toute la Terre !

    Tableau de Jose Francese

  • Poissons-ballons

    Jamais je ne terminerai mes vacances en queue de poissons ;
    Voici la raison pour laquelle, je me fabrique un train de rêve.
    Un train de poisson et de raies mais de queues en colimaçon
    Afin d’éviter les séquelles des fins d’ semaine un peu trop brèves.

    Cette année, des poissons-ballons, poissons-clowns et poissons-volants,
    Tous enchâssés en montgolfière pour filer au-delà des mers !
    Je reprendrai bien du galon et des titres mirobolants
    En tant que capitaine fier d’être un grand rêveur de chimères.

    Tableau de Jose Francese

  • Pensées floues

    Souvent j‘ai beau me concentrer sur un sujet déterminé,
    Ma pensée subit l’attraction d’un trou béant de digressions.
    Alors l’objectif décentré dans un flou indéterminé
    M’entraîne dans une abstraction d’îles pavées de transgressions.

    J’y fait naufrage fréquemment pour échapper à la tourmente
    De choses sérieuses et ennuyeuses où d’autres y trouvent du plaisir
    Mais j’y découvre subséquemment l’irréalité qui m’aimante
    Vers d’inattendues et joyeuses opportunités à saisir.

    Tous les trésors que j’ai puisés n’ont pourtant aucune valeur,
    Toute l’eau que j’y ai goûtée ne décante aucune saveur
    Mais quand le corps a épuisé toute ma précieuse chaleur,
    Le cœur et l’âme viennent écouter la petite voix du rêveur.

    Tableau d’Eric Pedersen sur https://www.boumbang.com/eric-pedersen

  • Au pays des aveugles, les femmes sont nues

    Lorsque la lumière s’éteint et lorsque les yeux lâchent prise,
    Je me reconnecte au réseau de la vie avant la naissance.
    L’esprit comme un miroir sans tain laisse apparaître des surprises
    Prédécoupées par les ciseaux de mes anciennes connaissances.

    Dans ce monde nu de science et dépouillé de tout langage,
    Je ne vis aucune expérience mais la légèreté de l’être.
    Qu’il est bon d’ôter sa conscience et ne garder pour tout bagage
    Ce qui fond dans la luxuriance des mots dénués de toute lettre.

    Les femmes nues sont souveraines ; j’en suis leur aveugle sujet.
    Je ne m’en fait aucune image à la couleur des sentiments.
    Chaque nuit j’épouse une reine qui fait de moi son homme-objet ;
    Mon inconscient lui rend hommage dans mes poèmes les plus cléments.

    Illustration d’Ernst Stöhr.

  • L’ingénue au soleil

    Je ne rêve ni de saison, ni de lumière particulière,
    Ni même en teinte dominante mais de stimuli plus discrets.
    Les yeux n’ont pas toujours raison et d’autres émotions singulières,
    D’une attention déterminante, suscitent mes désirs secrets.

    Des images sentimentales dans des nuances aux bleus de l’âme
    Forment mes îles enchanteresses peuplées de femmes ingénues.
    Mes amours expérimentales se matérialisent et s’enflamment
    Dans une apparence aux caresses de couleurs les plus soutenues.

    Tableau de Denis Chernov sur https://www.risunoc.com/2013/06/sovremennyye-khudozhniki-ukrainy-denis.html

  • Debout les morts !

    J’entendis le réveil sonner au milieu d’un rêve émouvant,
    Maudissant l’ordre autoritaire qui détonait tel une bombe.
    Je restais là, tout étonné, de me retrouver mort-vivant
    M’extirpant des mottes de terre où était enfouie ma tombe.

    Un par un, nous nous sommes levés, hommes et femmes ressuscités,
    Après quelques génuflexions pour nous réveiller tout à fait.
    Tandis qu’un archange élevé contre toute caducité
    Suscitait notre réflexion, le cœur et l’âme stupéfaits.

    Eh bien voilà, tout recommence. Autres lieux, autres circonstances.
    Comment sera le paradis ? Est-il vraiment comme on le dit ?
    Va-t-on revivre une romance ou faire l’amour à distance ?
    Renaître est-ce une bonne affaire même si, les autres, c’est l’enfer ?

    Arcane XX du tarot PreRaphaelite sur http://www.marytcusack.com/maryc/decks/html/Tarot/PreRaphaelite.html

  • Des ténèbres à la lumière

    Désormais, nous pouvons l’admettre, Dieu, créant la femme en premier,
    Était par conséquent femelle puisqu’elle était à son image.
    Et tout ce qu’elle a pu commettre était forcément coutumier
    Aux aberrations informelles dont Elle seule nous porte dommage.

    Et d’où venaient donc les ténèbres avant que la lumière soit
    Sinon, de son propre dessein, qu’elle l’emporte sur le mal ?
    Et je propose qu’on célèbre l’évènement qui va de soi
    En reconnaissant que les saints sont tous issus de l’animal.

    Les voies génitales de Dieu, apparemment impénétrables,
    Proviennent du Saint Utérus, Sainte Matrice Virginale.
    Moi-même miséricordieux, je respecte mes vénérables
    Mères qui m’ont donné le virus de la vision originale.

    Illustration de S.V. Mitchell sur https://svmitchell.com/portfolio/drawings

  • La diablesse et le tonnerre

    Elle cheminait sans parapluie mais avec une jupe évasée
    Et proposait à qui voulait son corps pour se mettre à couvert.
    Quand je l’ai croisée sous la pluie, elle a dit pour m’apprivoiser :
    « Prenez-moi, Monsieur Riboulet, mes fuseaux vous sont grand-ouverts ! »

    Sans penser aux sous-entendus quand la belle vint à ma rescousse,
    Je lui ai donné tous mes sous pour un peu d’abri en chemin.
    J’attrapai le pépin tendu en séchant l’eau de ma frimousse,
    Les yeux fixés sur ses dessous tout juste à portée de mes mains.

    J’étais de petite noblesse, j’habitais une gentilhommière,
    Seul face à ma mélancolie mais toujours prêt à en découdre.
    Et c’est ainsi que la diablesse éteignit toutes les lumières,
    Puis tous deux, mouillés dans mon lit, eûmes ensemble un coup de foudre.

    Illustration d’Alexandre Mahboubi sur https://www.artstation.com/alex-mabb

  • La goutte d’eau de Damoclès

    Quand l’eau potable et salutaire, puisée aux frais de la princesse
    En dépit des peuples assoiffés, est revendue aux pays riches,
    Ceux qui se croyaient propriétaires de leur légitime richesse
    Se retrouvent le crâne décoiffé au visage réduit en friche.

    La goutte fait déborder le vase lorsque, pompée aux antipodes,
    Elle est transportée par les airs sans probité ni écotaxe.
    Or à mesure que l’on transvase l’eau aux maisons à digicodes,
    La Terre deviendra un désert et basculera sur son axe.

    Sculpture de Nazar Bilyk sur https://dailygeekshow.com/artiste-statue-pluie/?amp=1

  • La coopération

    Un jour viendra où les plus lents demanderont aux plus rapides
    De les aider à avancer dans l’épanchement des réseaux.
    Les vieux escargots chancelants, sur de jeunes poissons intrépides,
    Pourront ainsi concurrencer les plus véloces des oiseaux.

    Cependant en contrepartie les traînards devront s’adapter
    Ou à l’inverse ralentiront ceux qui sont constamment pressés.
    Cette synergie répartie entre ces deux forces impactées
    Sera cruciale aux environs de la fin d’un monde oppressé.

    Tableau d’Ani Mnatsakanyan sur https://www.saatchiart.com/art-collection/Painting-Photography-Collage/Contemporary-Surrealists/782019/103514/view?crlt.pid=camp.1aR0WyDS9qrw&epik=dj0yJnU9TVFpV0tyUVV5MDljdnRsSV93eHJlMTQ5aXFldE03cWYmcD0wJm49cEx0S18wbW1Ma1ExZXlVOGJ2QWZzUSZ0PUFBQUFBR01BZVhz

  • Les roses de paradis

    Chaque jour j’achetais des roses pour les semer à tous les vents,
    Les voir s’envoler sur la mer d’une vague rouge enflammée.
    Jusqu’à en avoir la névrose d’associer au soleil levant
    L’œuvre que mon art éphémère se plaît au ciel à déclamer.

    Car j’aime déclarer ma flamme par devant les quatre éléments
    Comme une vestale d’amour qui veille sur son feu sacré.
    Plaise à mon cœur, plaise à mon âme de consacrer obstinément
    Chaque pétale de velours à sa demande consacrée.

    Mes roses forment une prière qu’évoquent toutes leurs corolles
    Par des tons plutôt que des mots et des litanies de couleurs.
    Les épines restent en arrière, les pétales portent mes paroles
    Qui me lavent de tous les maux qui ont crié mille douleurs.

    Texte inspiré des « Roses de Saadi » de Marceline Desbordes-Valmore

    Tableau de Jonas Burgert sur http://improvvisazionipoetiche.blogspot.com/2017/03/la-linea-di-piombo-jonas-burgert-al.html

  • La femme qui venait de l’azur

    Belles sirènes dont l’existence n’est connue que des initiés,
    Vos cousins pionniers intrépides sont partis conquérir l’azur !
    Leurs corps prirent la consistance des pluies et des vents nourriciers
    Et leurs yeux autrefois limpides bleuirent au fur et à mesure.

    Sirènes d’air aussi légères que des nuages ascensionnels
    Et dont les tribus tout entières ont quitté les marées esclaves,
    Peuplent mes envies passagères et mes rêves les plus passionnels
    De m’affranchir de la frontière d’une gravité qui m’enclave.

    L’une d’elles a croisé ma route lors d’une chute dans les montagnes
    Et m’a soutenu dans l’éther dans une étreinte anesthésique.
    Mon corps désormais en déroute du souvenir de sa compagne
    Me laisse le cœur solitaire et l’âme à jamais amnésique.

    Illustration d’Alexandre Mahboubi sur https://www.artstation.com/alex-mabb

  • Biographie d’une femme-fleur

    Déjà bébé, la femme-fleur, aux pétales tout potelés,
    Séduit d’un sourire charmant, toujours aux anges évidemment.
    Premières larmes, premiers pleurs et la voici remodelée
    À coups de serpes et de sarments que la vie porte vaillamment.

    À l’heure des jeunes filles en fleur, on la célèbre sous toutes formes ;
    Bouquet discret de séduction, bouquet sacré de mariage.
    Bouquet de toutes les couleurs, gerbe aux nuances uniformes,
    Bouton d’or en introduction au plus érotique voyage.

    La femme-fleur ne fane pas. N’est-elle pas une fleur immortelle ?
    Fleurette qui s’altère le nuit ressuscitera au matin.
    Elle s’épanouit sans faux pas sous autant de plis, de dentelles,
    S’évanouit, puis s’amenuit le soir dans ses draps de satin.

    Tableaux de Anna & Elena Balbusso sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2014/02/Anna-Elena-Balbusso.html

  • Dans la famille Fleur, je voudrais…

    Dans la famille Fleur, je voudrais une rose
    En couleur irisée de gouttes de rosée.
    Arrosée de mes pleurs sous un soleil morose
    Au fond d’un cœur brisé et l’âme névrosée.

    Cette fleur qui grandit d’amour immaculé
    Refleurit dans mon corps un matin de printemps.
    Pétales d’organdi où vont s’accumuler
    P’tits bonheurs en accord au ton de l’air du temps.

    Mais la rose se fane sans perdre de beauté,
    Puis ride son calice et dessèche sa tige.
    Le jardinier profane lui croit sa vie ôtée ;
    Le rêveur, sans malice, y voit fleur de prestige.

    Tableaux d’Anna & Elena Balbusso sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2014/02/Anna-Elena-Balbusso.html

  • La boule à mémoire

    Chaque année notre mappemonde ressemble à une boule à neige
    Que les actualités chamboulent dès qu’on a dépassé les fêtes.
    Et notre pauvre petit monde, si malmené dans ce manège,
    Nous semble alors perdre la boule à nous donner mal à la tête.

    Bien sûr, on change de décor qu’on peint aux nouvelles couleurs
    Pour nous faire croire au changement et au bonheur qui va s’ensuivre.
    Mais malgré d’insidieux raccords dissimulés sous les douleurs,
    Ce sont les mêmes événements qui nous imposent la marche à suivre.

    Telle année, une pandémie agite notre planisphère ;
    Telle autre année c’est une crise qui appauvrit notre panier.
    Cette année qui sera l’ennemi à montrer pour nous satisfaire ?
    Peu importe car c’est la surprise qui nous divise pour mieux régner !

    Tableau de Shiori Matsumoto

  • Les piliers du ciel

    Nos gaulois ne craignaient qu’une chose : qu’un de ces quatr’ jours leur échoit
    Un ciel leur tombant sur la tête à cause de leurs dieux innombrables.
    Mais depuis la métamorphose du latin en langue de bois,
    Ce sont nos énarques esthètes qui se montrent indésirables.

    À tant faire qu’obéir aux lois qu’ils nous imposent en soutien
    Aux catastrophes programmées pour le bonheur des hommes riches,
    Il semblerait de bon aloi de veiller au bon entretien
    Des avantages amalgamés – cela va sans dire – à de la triche.

    Et je propose de planter des poteaux au bord de la mer
    Pour mieux soutenir l’horizon qui pèse sur l’immigration ;
    Et nos retraites supplantées au profit des gens d’outremer
    Et, au cas où, mettre en prison les rebelles à l’intégration.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’hélice rose

    J’ai offert mon hélice rose à une sirène helvétique
    Qui m’a attiré dans le lit de sa rivière aux eaux dormantes.
    Puis, après ma métamorphose en un nouvel homme aquatique,
    Je l’ai aimée à la folie, ma douce princesse charmante.

    Et mon bateau à la dérive a navigué fidèlement
    En suivant le sens du courant du Rhin jusqu’à la mer du nord.
    Il est resté dans ses eaux vives poussé par le ruissellement,
    Puis vers l’océan concourant au point où défier la mort.

    Parfois l’hélice rose tourne dans notre palais englouti
    Mon bateau en pèlerinage revient à chaque anniversaire.
    Pourtant jamais je ne retourne vers mon passé inabouti
    Car je vis dans ce nouvel âge dont ma sirène fut l’émissaire.

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  • Le bateau qui posait des questions

    Revenait tous les vendredis la même éternelle question :
    « Verrais-je sortir la sirène avec ou sans provocation ? »
    Bien sûr, rien ne le contredit malgré l’étrange suggestion
    D’un bateau virant de carène comme point d’interrogation.

    Pourquoi cette interrogation ? À l’évidence le pêcheur
    Est amoureux de sa chimère qu’il ne voit qu’un’ fois par semaine.
    En guise de provocation pour éloigner les empêcheurs,
    De tourner en rond, victimaire, il ép’ronne tout énergumène.

    Enfin seul avec sa sirène, il continue de tournoyer ;
    Sans doute une danse nuptiale pour conquérir sa dulcinée.
    Il vivra des amours sereines, n’ayant pas peur de se noyer,
    Mais pass’ra six journées cruciales à patienter et fulminer.

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  • Faux-chat et chaud-lapin

    Au pays des faux-lapins blancs, les chauds lapins ont le beau rôle ;
    Les chats faux qui sont échaudés se réfugient à la maison
    Car dès qu’ils sortent en tremblant, ils passent à la casserole
    Et force leur est d’échafauder des ripostes en toutes saisons.

    On appelle la semaine pascale, la Saint-Barthélemy des chats
    Car les lapins en chocolat, distribués dans les jardins,
    Font une chasse radicale – sans faire de prêchi-prêcha –
    Aux matous sous les pergolas en les fourrant de leurs gourdins.

    Tableau de Marta Orlowska sur https://www.behance.net/gallery/4262059/Surreal-Storybook-Ladies

  • Couleurs paradisiaques

    Saurais-je passer, par la foi, du rêve à la réalité
    Comme passer du noir et blanc à la couleur puis, la 3D ?
    Il me manque tout à la fois tant à ma sensualité
    Qu’il me faut des sens rassemblant tout l’univers sauvegardé.

    Ou peut-être juste une miette de poussière de création
    Recueillie au cœur des étoiles d’où tout notre monde est issu.
    Poser sur mes yeux ces paillettes et partir en récréation
    Où tous les secrets se dévoilent pour créer ce que j’ai conçu.

    Tableaux d’Elena Kotliarker sur https://fineartamerica.com/featured/queen-lillie-elena-kotliarker.html?epik=dj0yJnU9YkMxN3ZHN2h3bW5ZbzNkTWhPWGc1M0EwQnROZHpjMVcmcD0wJm49ZDdyamdiZnFfNFROZDB3WmRXU1RyQSZ0PUFBQUFBR01lenN3

  • Joyeuses vigneronnes

    Pour fêter la fin des vendanges, les petites-filles de Demeter
    S’incarnent en Vénus callipyge aux fortes fesses en étau
    Qui bénissent les fûts en vidange, prêts à boire le sang de la Terre
    Des grains qui donnent le vertige par leurs arômes végétaux.

    L’honneur vient à la plus charnue de nous entraîner au foulage
    Sous l’action de cuisses costaudes et de puissants coups de mamelles.
    Puis de petits démons cornus enivreront tout l’entourage
    Dans l’antique transe rustaude d’une sainte liqueur femelle.

    Tableau de Frantisek Kupka alias Frank Kupka et François Kupka

  • La renaissance de l’Univers

    Admettons un Dieu féminin qui aurait créé en son sein
    Toutes les étoiles de l’Univers, les cieux, le Soleil et la Terre.
    Des nonnettes et des nonnains et tous les anges sacro-saints
    L’auraient accouchée en hiver dans une froideur planétaire.

    C’est à la naissance du monde que la lumière s’est déclenchée
    Car l’enfant-cosmos apparut beau comme un astre, bien entendu.
    Et Lucifer, la bête immonde, n’était qu’ampoule mal branchée
    Dont la clarté a disparu par trop de satan répandu.

    Sculptures d’Adam Martinakis sur https://www.martinakis.com

  • La Reine Blanche et le Roi de Carreaux

    La Reine Blanche sans-culotte débattait de révolution
    Tandis que le Roi de Carreaux cherchait à noyer le poisson,
    Sa Reine Noire dans la menotte et l’autre cherchant des solutions,
    En se grattant d’un air faraud l’ menton d’un’ drôle de façon.

    À force de circonlocutions répétées comme un perroquet,
    Il s’égarait dans des impasses et des échecs en escaliers.
    À force de circonvolutions, il ne pouvait même plus roquer
    Malgré ses tours de passe-passe et ses assauts peu cavaliers.

    Mais le Roi perdit sa chemise, troublé par la Reine impudique
    Et répudia sa Dame Noire au profit de sa conquérante.
    Or pour honorer sa promise, son jeu devint plus méthodique
    Et l’on retînt dans les mémoires une Reine Blanche prépondérante.

    (L’art dans la rue de Natalia Rak.)

  • L’ange de la vigne

    Dans ma comporte de vendange, toute blottie, la fée des vignes,
    Toute endormie durant l’attente de la grand’fête du foulage.
    Aussi innocente qu’un ange, elle attend là, superbe et digne,
    D’aller s’immerger sous la tente dans le pressoir qui la soulage.

    Car il faut voir ses jambes nues teintées du raisin rouge sang
    Qui lui remonte tout le corps des pieds jusqu’aux yeux insatiables.
    Comme elle est belle l’ingénue dont les spectateurs rougissants
    La portent au livre des records du vin de charme appréciable !

    Hallali sur la lie-de-vin et dans un lit des plus divins
    Car la fatigue du travail exige repos compensateur.
    Que fallait-il donc qu’il advint afin que l’amour intervint ?
    Un peu d’ivresse, vaille que vaille, et de breuvage tentateur !

    Photo de Pavel Szenk

  • Chaud lapin

    « Alice au pays des merveilles » ? Un conte cousu de fil blanc !
    Lewis Caroll avec talent mais en nous trompant l’a dépeint ;
    Sous prétexte qu’il nous éveille aux casse-têtes les plus troublants,
    Mathématiquement parlant, il n’était autre qu’un chaud lapin.

    Ainsi au début de l’histoire, pour apaiser ses arrogances,
    Il prend la fuite pour attirer sa proie sur son propre terrain.
    Puis, par la suite, il est notoire de constater les manigances
    Qu’il sème pour lui soutirer le fruit blotti entre ses reins.

    Le chat évoque son ego et sa passion des stratagèmes ;
    L’heure du thé ? Liquide intime pour l’endormir de ses faveurs.
    Les jumeaux expriment tout de go la dualité du système
    Entre le bourreau et sa victime afin d’en être son sauveur.

    Tableau de Steven Kenny http://art-et-cancrelats.blogspot.com/2011/09/steven-kenny.html

  • L’autre Alice

    Dans une autre histoire inédite, Lewis déguisé en lapin
    Troque son cœur et sa raison pour deux loups lubriques et vicieux.
    Son stratagème s’accrédite par la manière dont le grappin
    S’abat sur ses défloraisons au cours du conte malicieux.

    Dans cet épisode inconnu, un chaperon rouge revêt Alice
    Et les deux bêtes lui font la cour d’un appétit concupiscent.
    Mais sous la cape, notre ingénue, entièrement nue avec malice
    Les séduira par le concours de son piège-à-loup turgescent.

    Illustrations de Chelsea Greene Lewyta sur https://www.escapeintolife.com/artist-watch/chelsea-greene-lewyta

  • Où est le chat de l’écrivaine ?

    Il est là où il ne faut pas et n’est pas là où on l’attend
    Mais quand le maître est écrivain ou la maîtresse, femme de lettres,
    Alors le chat n’est pas sympa et devient suppôt de Satan
    Ou égérie de droit divin selon le souffle à lui transmettre.

    Celui de Shakespeare, coquin, était un matou choupinou ;
    Le chat scénique de Molière manifestait beaucoup d’humour ;
    Ceux des auteurs américains dorment toujours sur leurs genoux
    Et ceux des femmes romancières miaulent sur les romans d’amour.

    Illustration de Trina Schart Hyman

  • Cœur d’étoile

    Du vide est venue la lumière et la parole, source de vie,
    Créées dans le cœur des étoiles où un dieu forgea son empire
    D’une symphonie de matière dans un tempo inassouvi
    Dont les anges ont tissé la toile pour le meilleur et pour le pire.

    Et je sens l’écho dans mon cœur comme une vibration fantôme
    Accordée au verbe divin dont mon âme se fait l’essence ;
    Petit esprit alambiqueur qui aspire à être l’atome
    Qui constituera le levain pour élever la connaissance.

    Mon cœur d’étoile s’est ouvert lorsque j’ai brisé la coquille
    De mes contrôles et mes limites qui m’occultaient ma subconscience.
    Par cet interstice entrouvert de fêlures qui me fendillent,
    Je vois l’origine des mythes et l’insoutenable omniscience.

    Tableau de Heather Thornton

  • Obsession féminine

    J’ai longtemps cherché l’héroïne qu’était l’idéal féminin
    Parmi les brunes et les blondes, les rousses aux cheveux embrasés.
    Un marc gorgé de caféine au malt saturé de tanins
    M’a révélé des furibondes âmes-sœurs à apprivoiser.

    J’ai pris les chemins de traverse parmi les mondes fantastiques
    À la recherche de ma promise bien loin de mes contrées natales.
    J’ai pérégriné de converse avec des filles bombastiques
    Mais j’y ai mouillé ma chemise sans trouver la femme fatale.

    J’ai vécu avec une meuf qui m’a capturé dans sa toile
    Et m’a conservé vingt-six ans pour élever nos deux enfants.
    Mais en traversant le Pont-Neuf, la tête ailleurs dans les étoiles,
    J’ai fait un plongeon suffisant pour fuir ce foyer étouffant.

    Justement, dans les hautes sphères, au-delà des chaînes alpestres,
    J’ai rencontré ma dulcinée, artiste-peintre passionnée.
    Dans cette nouvelle atmosphère, au milieu des vallées sylvestres,
    Mes pauvres ailes calcinées ont pu se reconditionner.

    Comics américains un peu partout sur la planète

  • Prête-moi ta plume

    Le pied du mur voit son maçon, le clair de Lune voit son poète,
    Le lac voit son temps suspendu et le ciel ses chasseurs d’étoiles.
    Je collecte ainsi ma moisson de petits bonheurs où je souhaite
    Redécouvrir l’inattendu et ses mystères qui s’en dévoilent.

    La plume en guise de canot sur une étendue insipide
    M’offre toujours un imprévu qui crève l’écran de l’azur.
    L’encre en manière des canaux s’agite en vagues intrépides
    Qui, d’un reflux de déjà-vu, grandissent au fur et à mesure.

    Pareil à Morphée qui m’endort, ma muse m’envoûte et m’emmène
    Derrière les coulisses terrestres vers les royaumes de l’invisible.
    L’esprit paré de toison d’or redécouvre maints phénomènes
    Que mon cœur et mon âme orchestrent en aventures imprévisibles.

    Illustrations d’Akira Kusaka sur https://akira-kusaka-illustration.tumblr.com

  • Merde !

    Ce n’est pas l’homme qui bousille chaqu’ jour un peu plus sa planète
    Mais Dieu qui a créé le monde avec maintes contradictions.
    Métrosexuels en bas résille, femmes modernes et proxénètes
    Ne seront plus jugés immondes mais victimes à leurs addictions.

    Car Dieu nous a créé le mal pour en devenir dépendant
    Au point de tuer père et mère et bien plus si affinités.
    Ce côté obscur animal, tapi à notre corps défendant
    Dans notre chair douce et amère, nous marque de sa divinité.

    Alors après tout bousillons, dégénérons, multiplions
    Puisque tel est notre objectif et la raison de notre vie !
    Merci, Ô Dieu, et oublions avec tes anges trublions
    Ce prétendu « bien » subjectif qu’ Tu nous baratine à l’envi !

    Illustration d’Agim Sulaj

  • L’imposition des mains

    Tous ceux qui m’imposent les mains ne l’ font pas pour ma guérison
    Mais pour m’obliger à me taire au cœur du troupeau de moutons
    Et remettre sur le droit chemin – à défaut de mettre en prison –
    Rebelles et contestataires, fiers et prognathes du menton.

    Hélas Dieu aime tout le monde ce qui oblige tout chrétien,
    Tout musulman, bref tout déiste à abuser de Sa Puissance.
    Toutes les religions immondes ne signifient que le maintien
    Des multitudes populistes dans le respect, l’obéissance.

    L’imposition est un impôt de bonne foi qui nous endort
    Par aréopage d’anciens, à toutes pensées, rétrogrades.
    La crédulité est un pot pire que la boîte de Pandore
    Où croyants et politiciens entassent les maux les plus crades.

    Illustration de Lisa Aisato

  • L’heure des poissons-volants

    L’heure entre chien et loup-de-mer marque un étrange rendez-vous
    Lorsque la lumière bleuit sous l’influence crépusculaire.
    Le ciel lourd d’embruns doux-amer devient l’hôte qui se dévoue
    Pour que les poissons ébahis s’éveillent et s’envoient en l’air.

    Et puis, divine et magnifique, tenant la barre de sa jonque,
    S’avance leur ange-gardienne perchée sur son colimaçon.
    Tous s’apprêtent à l’honorifique rassemblement de toutes conques
    Qui vont jouer en file indienne un concerto pour infrasons.

    Entends-tu les cornes de brume dont les sons glissent sur les eaux ?
    Ils émanent des mille coquilles des olifants de l’océan.
    L’écho qui jaillit de l’écume et qui se déploie en réseau,
    Provient de l’illustre flottille qui le soir ressort du néant.

    Tableau de Laura Diehl

  • Quand rôde la sirène

    Quand elle rode entre deux eaux, cachée derrière les roseaux,
    Nul ne saurait l’apercevoir ni même ne saurait prévoir
    La nature de ses intentions à moins de faire très attention
    Aux cris des oiseaux qui trahissent l’avancée de l’instigatrice.

    Quand vous apercevrez son corps, sans doute vous pourriez encore
    Fuir et rejoindre la terre ferme avant que ses bras vous renferment
    Contre sa poitrine opulente et sa plastique corpulente
    Pour vous proposer d’en jouir avant de vous évanouir.

    Trop tard ! Et ses lèvres pulpeuses goûtent votre chair sirupeuse ;
    Ses doigts enserrent votre sexe, vous abandonnez tout réflexe
    Et quand vient la petite mort, alors que la sirène mord,
    Par le meilleur, elle vous déguste à pleine dents dans votre buste.

    Tableau de Barbara Tyson

  • L’invitation génétique

    J’ai reçu cette invitation dans les messages génétiques
    Inscrits dans la correspondance entre l’existence et la mort.
    À la fin de ma prestation, je quitterai ma pathétique
    Robe de chair en discordance avec une vie sans remords.

    Ainsi, nu(e) je nais, nu(e) je meurs et nu(e) je rejoins ma maison
    Où je retrouve la famille de tous ces « moi » que j’ai été.
    Ensemble dans la bonne humeur, je vis ma cinquième saison ;
    Celle où les années s’éparpillent dans une infinité d’étés.

    « Dieu » n’était que mon majordome et ses anges, mes jardiniers
    Qui m’ont assisté(e) à renaître et vivre en toutes circonstances.
    J’ai voyagé parmi les hommes, conquis mille carabiniers,
    Pour mener de mon propre maître les récits de mon existence.

    Tableaux de Rafal Olbinski

  • Ô Lotus !

    Fleur de lotus, reine sacrée, cueillie il y a dix-mille ans,
    Tu es demeurée immortelle dans mes mémoires maternelles !
    Image pure et consacrée aux vies qui vont s’assimilant
    À tous les enfants qui constellent ta progéniture éternelle !

    Fleur de lotus, originelle, rebelle aux lois de la science,
    Tu te moques des religions officielles ou ésotériques.
    Vaillante et sûre sentinelle qui sait éveiller ma conscience
    Aux indénombrables légions de mes âmes fantasmagoriques.

    Tableau de Louis Kronberg

  • La Capitaine de la Licorne

    On n’a jamais rien retrouvé de la première centurie
    Que commandait la Capitaine de la Licorne disparue.
    Cette absence pourrait prouver que vents et vagues en furie
    Ont enseveli par centaines des marins pourtant fort férus.

    Toutefois les légendes perdurent et de nombreux témoins ont vu
    La Capitaine entièrement nue naviguer en figure de proue
    Et affronter vents et froidures jusqu’à les prendre au dépourvu
    Dans le grand nord où l’inconnu demeure impudent, peu ou prou.

    Âgée de cinq ou six-cents ans, il parait qu’elle est toujours belle,
    Les cuisses et les seins aussi fermes qu’une licorne adolescente.
    Je l’imagine terrorisant tous les touristes en ribambelle
    Venus corroborer à terme leur vanité obsolescente.

    Tableau de Wojtek Siudmak

  • Avec ou sans clarinette, telle est la question

    Après le retour de bâton d’un opéra interminable
    Où la ballerine fatiguée s’écroule à même le plancher,
    En dépit du qu’en-dira-t-on, elle goûtera une inestimable
    Détente souvent prodiguée avec un instrument anché.

    Anché comme une clarinette plutôt qu’haubois ou saxophone.
    Ne me demandez pas pourquoi… sans doute son corps longiligne
    Dont l’extrémité choupinette ferait penser au sexophone
    Semblable à l’organe adéquat pour quelques délices malignes.

    Tableaux de Rakhmet Redzhepov

  • Merci Janvier pour tes naissances !

    Merci Janvier pour tes naissances !

    Bonne année, bon anniversaire à ceux dont la naissance se fête
    Aux premiers jours que l’on découvre avec les yeux d’un cœur d’enfant.
    Ceux du premier, soyons sincères, nous ont tant fait tourner la tête
    Que pour la vie entière s’ouvrent nos cœurs sur leurs airs triomphants.

    Du deux au trois, on se repose, on pose ses résolutions
    Pour modérer jusqu’au printemps de quoi se faire une raison.
    Le quatre mérite une pause ; le temps d’une révolution
    Pour apprécier chaque instant ; joie et bonheur dans la maison.

    Du cinq au six, on se retrouve ensemble autour d’une galette
    Pour célébrer l’épiphanie avec Maryvonne et Raymonde.
    Et jusqu’au dix, tous, on éprouve la même joie pour nos starlettes :
    Rebby, Sandrine et Stéphanie et toutes les reines du monde.

    Après j’ai des trous de mémoire ; sur l’éphéméride j’écorne
    Chaque quantième des naissance des dates les plus enviées.
    Je marque d’une étoile noire le dernier jour des capricornes
    Et d’une stellaire iridescence, l’aube des poissons de janvier.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Duo de dames

    Pourvu d’un mécanisme Suisse et d’une interprète helvétique,
    Le duo de dame donnait un sens au chant alémanique.
    Le luth posé contre la cuisse dompté d’un archet frénétique
    Vibrait, sonnait et bourdonnait sur d’anciennes lieds germaniques.

    Le violon accordé au dos de sa compagne musicienne
    L’accompagnait en continu de toute sa gamme étendue ;
    Do Ré Mi Fa Sol La Si Do, répondaient les notes italiennes.
    Mais pourquoi jouer les seins nus ? Mais pour le charme, bien entendu !

    Tableau d’Igor Samsonov

  • Dans le métro

    Le métro, grand collectionneur de tous types d’individus,
    Se nourrit du désir d’aller dans le sens de sa destinée.
    Direction au petit bonheur ou itinéraire assidu ?
    Lui, ne fait que bringuebaler ses échantillons coltinés.

    Beaucoup de quidam dans leurs bulles, isolés dans leurs téléphones,
    Ou cherchant à communiquer ou vampiriser leurs victimes.
    On y croise des somnambules parmi l’hétéroclite faune
    De saintes-nitouches paniquées à la vue de parties intimes.

    Comme un transit intestinal, le métro digère ses gens ;
    Toujours ses mêmes aliments ensommeillés et malpolis.
    Lorsqu’il arrive au terminal après sa douche au détergent,
    Il rêve à son rapatriement au paradis des wagons-lits.

    Illustration de Tony Sart

  • Fantasmes emprisonnés

    Dans le secret de sa raison, chacun y bâtit sa prison ;
    Cachots secrets pour assouvir tout ce que l’on aime asservir
    Juste pour rêver ses fantasmes et l’addiction à ses orgasmes
    Qui lient tant l’esprit à la chair et à ses désirs les plus chers.

    Derrière le masque des yeux tout parait toujours merveilleux ;
    Les personnes les plus honnêtes ne paraissent jamais malhonnêtes
    Mais si l’on franchit la limite et gratte derrière le mythe,
    On y découvre les horreurs du cynisme et de la terreur.

    Paradoxalement les gens probes cachent des penchants ivres d’opprobre ;
    Barbe-Bleue habite parmi nous juste à quatre pas de chez vous.
    J’ai mon propre jardin secret mais il se montre assez discret ;
    De temps en temps je vous en livre une captive que je délivre.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Lilith et la Lune Noire

    Dans les livres secrets apocryphes, l’histoire de la création
    Est décrite d’une autre manière que celle écrite dans la Genèse.
    Lilith avait montré ses griffes et renié l’agréation
    De sa réclusion prisonnière pour cause de parthénogenèse.

    Elle n’avait pas besoin d’un homme pour procréer ses propres enfants ;
    Juste besoin d’un luminaire gérant le cycle menstruel.
    Avec l’aide d’un ange astronome d’une mémoire d’éléphant,
    Elle déroba l’astre lunaire juste vêtue d’un sarouel.

    Bien sûr, c’était la Lune Noire que Lilith emportait au loin
    La troquant pour la Lune Blanche qui brille en notre firmament.
    Puis elle regagna son manoir, l’ trésor porté par son adjoint,
    Et enfanta une avalanche de filles issues de leur maman.

    Que sont ses filles devenues ? Ont-elles engendré à leur tour ?
    Personne ne se le rappelle, ce n’est pas écrit dans la bible.
    Mais des sorcières m’ont soutenu qu’en faisant des allers-retours
    Lorsque la Lune se renouvelle, elles les savaient reproductibles.

    Tableaux d’Andrej Mashkovtsev sur https://foxword.livejournal.com/166536.html