Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • Elle aime se faire demander en mariage

    Elle aime se faire demander en mariage

    Une fois qu’elle a ferré sa proie en lui promettant son minou,
    Elle attend le moment propice où sa victime pavoisée
    Après un long chemin de croix, Ira demander à genoux
    À tomber dans le précipice du mariage apprivoisé.

    Après un mariage consommé avec dépenses et fioritures,
    Elle divorce dans la foulée, plus indemnités de surcroît.
    Une fois l’argent consumé, elle repart à l’aventure
    Et bien avant l’heure écoulée, repère sa prochaine proie.

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Elle aime se faire embrasser

    Elle aime se faire embrasser

    À cause des papilles amoureuses et de ses lèvres sirupeuses,
    Elle a développé son goût du sucré-salé d’un baiser.
    Alors sa langue langoureuse plonge dans la bouche pulpeuse
    De l’homme dont elle a le bagou sans jamais en être apaisée.

    Un peu d’alcool pour s’enivrer, un peu d’audace pour se livrer
    À son adorable convive qu’elle veut goûter absolument.
    N’hésitant pas à délivrer, de sa toilette, sa peau cuivrée
    Elle offre ses cuisses fraîches et vives pour gober l’amant goulûment

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Le capitaine à la rose

    Rose hier, l’esprit du pionnier animait ma soif de conquêtes
    Et je courrais le cœur léger pour me construire une carrière.
    J’ai longtemps été prisonnier de ce cycle à perdre la tête
    Jusqu’au sort qui m’a allégé de la machine aventurière avant-courrière.

    Rose aujourd’hui, en équilibre sur une actualité stressante,
    Je navigue à vue sur un fleuve à la fois tranquille et houleux.
    Hélas le prix pour rester libre est d’une souffrance oppressante
    Et chaque jour est une épreuve vers un avenir nébuleux.

    Rose demain, j’aurai planté tous mes espoirs à récolter
    Dont mes enfants sauront goûter mes valeurs et mes traditions.
    J’espère qu’ils pourront supplanter mes penchants pour me révolter
    Lorsque je me mets à douter contre ce monde en perdition.

    Tableaux de Rafal Olbinski.

  • Le combat sans-tête

    Le sans-culotte perd la tête au cours de la révolution
    Car il œuvre de tout son cœur et d’une volonté aveugle.
    À corps perdu il fait la fête à ceux dont la résolution
    S’oppose, du fond de leur bunker, aux revendications du peuple.

    Les hommes se sont tous regroupés à l’invite des gilets jaunes
    Pour arguer de l’austérité imposée par des mythomanes.
    Ils se sont fait entrecouper les yeux, les mains par un cyclone
    Déclenché par l’autorité d’un roitelet mégalomane.

    Les femmes, elles, ont le plus souffert de voir leurs familles endeuillées
    Et pleuré leurs enfants tués par d’honteuses forces de l’ordre.
    Tandis que les gens vocifèrent contre les troupes hélitreuillées,
    Les femmes vont se substituer à l’ange de la miséricorde.

    Tableaux de Beth Conklin sur https:ilmondodimaryantony.blogspot.com201806beth-conklin-digital-art.html?m=1 .

  • Elle aime se faire larguer

    Elle aime se faire larguer

    L’amour, comme les allumettes, n’allume qu’une fois ses amourettes
    Et, dès les matines sonnantes, elle largue bien vite son étalon.
    De peur qu’elle ne se soumette à trop se faire conter fleurette,
    On voit la religieuse amante l’expédier d’un coup de talon.

    Pourtant, s’il revient à la charge, hélas pour lui, son compte est bon !
    Car si la donzelle pardonne, elle déteste les pleurnicheurs.
    Or, il faut dire à sa décharge que malgré son air pudibond,
    Si dans l’amour il y a maldonne, pas de pitié pour les tricheurs !

    Illustration de Robert McGinnis.

  • La transmission des fluides

    La transmission des fluides

    Puisque la maladie d’amour est contagieuse à cent pour-cent,
    Il suffirait de vacciner l’homme OU la femme uniquement
    Mais pour obtenir, de nos jours, la certification « pur-sang »
    Il faut traiter la dulcinée ET le mari publiquement.

    Et puis prémunir les enfants, les femmes enceintes également
    Et si jamais on s’est trompé, il faudra tout recommencer.
    Or, si jamais je m’en défends, j’suis étiqueté salement
    De criminel au cœur trempé de complotisme prononcé.

    Tableau de Jeanette Jarville sur https:www.jeanettejarville.comportfoliofigurative .

  • Coupe fleurie

    Coupe fleurie

    Des voyages les plus chevelus aux filles les plus enchanteresses,
    Seules les croisières aphrodisiaques offrent la touche magicienne
    Ou bien ces coiffeurs farfelus qui enchantent coiffes et tresses
    Par des coupes paradisiaques qui font rêver aux tahitiennes.

    Par le truchement des ciseaux qui naviguent cheveux au vent
    Et passent, sur le fil du rasoir, outre les épis rabotés
    En imitant les becs d’oiseaux qui chantent au soleil levant
    Et changent un visage dérisoire en une Reine de beauté.

    Tableau de Stéphanie Ledoux sur https:positivr.frstephanie-ledoux-dessins-portraits-monde .

  • L’humanité est dans le cloud

    L’humanité est dans le cloud

    Au vingt-et-unième siècle, où est passée l’humanité ?
    D’un cloud dématérialisé où l’on stocke nos aptitudes,
    Le futur s’est montré espiègle envers nos personnalités
    Sans que nous eûmes réalisé quelles seraient nos servitudes.

    Nous n’avons pas su connecter le progrès et l’intelligence ;
    La politique gère la santé, les médias dictent nos loisirs.
    Les promesses nous sont injectées avec tellement de diligence
    Que nous nous sentons exemptés de nos véritables désirs.

    Photo de @vermibus.

  • Elle aime se faire discrète

    Elle aime se faire discrète

    Quand le matin la surprend nue dans la chambre de son galant,
    En courant d’air, elle se transforme en quête de ses vêtements.
    D’une discrétion soutenue derrière de grands rideaux ballants,
    On aperçoit ses jolies formes frémir et bondir prestement.

    D’un geste sec, elle récupère chaussures robe et soutien-gorge
    Des mains de l’amant éconduit qui lui dit : « À demain, Chérie ! »
    Puis, fébrilement elle espère ne pas trop faire attendre Georges,
    Son mari qui rentre aujourd’hui et que la fortune renchérit.

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Elle aime se faire mettre en valeur

    Elle aime se faire mettre en valeur

    Elle danse sous le ciel étoilé, juste à la lueur des lampions,
    Comme une louve déguisée qui patiemment cherche sa proie.
    Quand son visage est dévoilé à celui qu’elle prend pour champion,
    Elle l’emporte, tous sens aiguisés, mais ce n’est pas pour ce qu’il croit.

    D’abord, elle lui propose un verre. « Allons chez moi, c’est préférable ! »
    Et jusqu’à ce que le mec soit mûr, elle le ressert plusieurs fois.
    Alors elle dit d’un ton sévère : « c’est moi ta femme, misérable !
    Et ma vengeance, mon amour, est un plat qui se mange froid ! »

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Le Club des Grandes Perches

    Le Club des Grandes Perches

    Entre ses parrains fabuleux, elle attendait avec langueur
    L’acceptation enfin promise, fruit abouti de ses recherches.
    Grâce à la perruche à col bleu et la girafe toute en longueur,
    Elle fut heureuse d’être admise au fameux Club des Grandes Perches.

    Elle fut promue Femme-étalon, habilitée à mesurer
    Tous les géants de la nature, de l’éléphant au cachalot.
    Et juchée sur ses hauts talons à semelles démesurées
    Elle obtint enfin la stature de la première dame mégalo.

    Tableau de Sophie Wilkins.

  • L’oraison du miroir

    L’oraison du miroir

    Miroir, tu triches ! Miroir, tu mens ! La vérité, tu n’en veux pas !
    Tu ne sais juste qu’inverser la gauche et, vice-versa, la droite
    Mais il te manque le mouvement qui renverse le haut et le bas
    Et le côté controversé de mon image maladroite.

    Mais mon reflet reste muet alors qu’il devrait réfléchir
    Au monde vu de l’autre côté et complètement à l’envers
    Où je me sens si désuet à voir mon univers fléchir
    Sous les lois tarabiscotées de ce gouvernement pervers.

    Photo Nathalie ?

  • Cultiver son petit bonheur

    Cultiver son petit bonheur

    Jamais bonheur n’a existé confectionné de toutes pièces
    Et sa recherche ne mène à rien si je l’attends toute ma vie.
    Car je ne souhaite être assisté d’aucun conseil de toutes espèces
    Et je me veux épicurien de chaque pas qui me ravit.

    Je suis comme ce chercheur d’or qui filtre au fond de la rivière
    Cailloux, galets multicolores, petits trésors du temps présent.
    Et la nuit lorsque je m’endors, mes rêves partent en croisière
    Sur l’océan versicolore des p’tits bonheurs omniprésents.

    Illustration de Kemineko Art Works.

  • Elle aime se faire emballer

    Elle aime se faire emballer

    Pour emballer ses prétendants, elle se couchait dans les filets
    De son hamac, bien exposée comme une proie à emporter.
    Elle décomptait en attendant les princes charmants défiler
    En guettant le présupposé gros lot qu’elle pourrait remporter.

    On l’appelait la jardinière ; elle proposait ses fruits bien mûrs
    Aux chalands qui pouvaient tâter – à condition de bien payer.
    Le soir, vêtue d’une marinière, on la voyait raser les murs,
    Presque nue pour mieux appâter les retardataires égayés.

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Elle aime se faire déshabiller

    Elle aime se faire déshabiller

    Elle est passée maîtresse d’armes par le jeu de la séduction
    En croquant d’une botte secrète le cœur battant de ses amants.
    Elle dévoile un à un ses charmes patiemment en introduction
    Par le sex-appeal qu’elle sécrète et qui les gobe goulûment.

    C’est une amante religieuse qui fait aux homme découvrir Dieu
    Juste avant la petite mort qui leur transpercera le cœur.
    Mais sa prestation élogieuse leur laisse un sourire radieux
    Au moment où ces matamores se croient devenus son vainqueur.

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Elle aime se faire tripoter

    Elle aime se faire tripoter

    Couchée dans le foin, attachée par un bandit de grand chemin ;
    Au début, elle se débattit mais trouva le gredin bel homme.
    Et lui, pour ne rien vous cacher, prenant son courage à deux mains,
    La croqua de bon appétit grâce au syndrome de Stockholm.

    Elle devint vite sa complice et savait user de ses charmes
    Afin de distraire l’attention des victimes du Robin-des-cœurs
    Jusqu’à ce qu’un jour la police, par un fichu signal d’alarme,
    Mit fin aux mauvaises intentions de notre couple d’arnaqueurs.

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Elle aime se faire caresser

    Elle aime se faire caresser

    Elle aime se faire caresser par un vent chaud sur le perron,
    La chevelure dorée à point, pareille à un champ de blés d’or.
    Le chat, lui, aime paresser le ventre mou et le dos rond
    En exposant son embonpoint à la porte du corridor.

    Vent du matin ou vent du soir, c’est toujours le même plaisir
    Lorsqu’il s’engouffre sous sa jupe et lui fait frissonner le corps.
    Le chat, lui, ne saurait surseoir à ronronner tout à loisir
    Quand il vient, par un jeu de dupes, lui peloter le justaucorps.

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Elle aime se faire surprendre

    Elle aime se faire surprendre

    Espèce de petite ingénue qui aime te baigner presque nue,
    Les seins hardiment qui ballottent, juste vêtue d’une culotte !
    Tu cherches à te faire entreprendre, en tâchant de te faire surprendre,
    Par un pauvre prince charmant pour tes appas si désarmants !

    Sans doute par inattention ou avec perfide intention
    As-tu laissé tes vêtements s’envoler au vent prestement.
    Si tu te tournes avec pudeur, c’est pour exposer tes rondeurs
    Et si tu plonges dans la flotte, c’est pour y perdre ta culotte !

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Elle aime se faire admirer

    Elle aime se faire admirer

    Bonjour Vous, je m’appelle Aurore et j’aime me faire admirer
    Aussitôt que le jour arbore son uniforme ensoleillé
    Tandis que les oiseaux pérorent de leurs voix douces et inspirées
    Et que le soleil collabore à mes désirs émerveillés.

    Quand viendra l’heure du crépuscule, peut-être changerai-je de nom
    Au moment où le soleil bascule je serai Ninette ou Ninon.
    Faites tourner la pellicule et faites de moi le Canon
    De la Beauté en Majuscules d’une starlette de renom.

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Elle aime se faire attendre

    Elle aime se faire attendre

    Chaque fois qu’ils devaient sortir, elle guettait le dernier moment
    Pour arranger un peu sa coupe et se refaire une beauté.
    Monsieur prenait l’air d’un martyr en l’attendant impatiemment
    Le regard fixé sur sa croupe qu’il aurait tant souhaité botter.

    Ils ont raté cent fois le train et tant loupé d’embarquements
    Que Monsieur a pris l’habitude de réserver plusieurs billets.
    Madame, toujours avec entrain, s’amusait à retardement
    À user de féminitude le soir à se démaquiller.

    Illustration de Robert McGinnis.

  • Elle aime se faire désirer

    Elle aime se faire désirer

    Elle aimait se faire surprendre par quelque voleur au cœur tendre
    Mais sans utiliser d’autre arme que le prestige de ses charmes.
    Un gentleman-cambrioleur, charmant mais juste un peu violeur,
    Lui vola sa virginité contre sa masculinité.

    La suite, il faut l’imaginer entre la rose invaginée
    Et le bourdon un peu fripon qui lui souleva le jupon.
    Sans doute le jeu la conquit car bientôt un enfant naquit
    Suivi par une ribambelle que le mari fit à sa belle.

    Illustration de Robert McGinnis sur https:pulpcovers.comtagrobertmcginnis .

  • Un goût d’Halloween

    Un goût d’Halloween

    Halloween en désuétude tombe pour la deuxième fois
    Depuis que les morts du COVID pleuvent avec effet immédiat.
    Cela devient une habitude, un peu ridicule toutefois,
    Car les gens hélas sont avides des gros titres dans les médias.

    Alors creusons bien nos citrouilles en carapaces sanitaires
    Dans lesquelles nous ferons brûler une bougie malodorante.
    Nous organiserons des patrouilles à vocation humanitaire
    Et nous irons déambuler pour une marche déshonorante.

    Illustration de Ray Bradbury.

  • Mortelle fricassée

    En revenant de ma cueillette des champignons de la forêt,
    Je les ai tous fait revenir avec persil et échalotes.
    Je leur ai creusé deux œillettes comme têtes de mort dorées
    D’après mon lointain souvenir d’une recette de gibelotte.

    Mais comme on ne vit que deux fois juste après sa mort imminente,
    J’en ai apprécié le poison qui coulait des orbites vides.
    Avec une fricassée de foie flambée à l’eau-de-vie dominante,
    J’en ai fait goûter à foison à toutes mes lectrices avides.

    Cuisine originale sur https:castellonskitchen.blogspot.com202004bread-of-dead-squid-ink-flatbread.html .

  • La girafe à rebrousse-poil

    L’indiscrétion de la girafe est de notoriété publique.
    Ses hautes jambes et son long cou satisfont sa curiosité.
    Heureusement les géographes ont délimité ses répliques
    À l’Afrique et, par contrecoup, on n’en voit pas dans nos cités.

    C’est bien dommage car la police, montée sur ces artiodactyles,
    S’élèverait à la hauteur pour observer tout l’horizon.
    Voyez, avec quelle malice, elle espionnerait en temps utile
    Terroristes et comploteurs avant de les mettre en prison !

    Mais la girafe, c’est notoire, au ras du sol si ridicule,
    Jamais ne s’y rabaissera car elle est plutôt bon enfant.
    Nous aurions déjà, dans l’histoire, noté ce genre de véhicule
    Lorsque Hannibal élabora sa traversée des éléphants.

    Sculptures de Lori Hough.

  • Les ondes féminines

    Quand les orgasmes de la Terre déclenchent séismes et répliques,
    Elle répond aux préliminaires de l’homme qui répand sa 5G.
    Et les Tsunamis qui atterrent sont phénomènes qui expliquent
    Une riposte disciplinaire envers ses enfants dérangés.

    Quand le halètement de la Terre provoque cyclones et tempêtes,
    Elle rend la monnaie de sa pièce à la flotte aéronautique.
    Et les tornades délétères mues par leurs forces centripètes
    Sont déchaînées avec hardiesse par ses calottes gyrostatiques.

    Quand l’embrasement de la Terre foudroie d’incendies ses forêts,
    Elle contre-attaque à l’audace des hommes qui creusent sa chair.
    Les coups de grisou qui les enterrent dans les mines qu’ils ont forées
    Sont imputés à ses fugaces indigestions en surenchère.

    Illustrations de Nester Formentera.

  • Qui saura me remonter le moral ?

    Qui saura me remonter le moral ?

    Je reste assise à ma fenêtre, moitié dedans, moitié dehors,
    Comme sur une balançoire qui oscille entre vie et mort.
    Si je recule, je vais connaître la trajectoire d’un météore
    Et si j’avance, je vais m’asseoir et tout accepter sans remords.

    Si je veux pouvoir entreprendre ce que je veux dans ce pays,
    J’accepte un vaccin sans histoire en déléguant mon existence.
    Mais lorsque j’essaie de comprendre, on dit que je désobéis ;
    Je deviens complotiste notoire, tel est l’écho de ma conscience.

    Photo de Drew Denny.

  • Les singes endormis

    Les singes endormis

    Les yeux de ceux qui n’ont rien vu baignent dans une eau conjonctive,
    Les dents de ceux qui n’ont rien dit trempent dans un bain de salive ;
    Quant aux oreilles dépourvues de toute audition attentive,
    Elles décantent bien refroidies d’une immersion de voix passive.

    Le lendemain les yeux sont cuits et ne voient qu’avec des œillères ;
    Les dents passées au lave-linge n’entendent plus que platitudes.
    Les oreilles sont en court-circuit avec l’intuition conseillère ;
    Finalement les trois p’tits singes sont heureux dans l’incertitude.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Plus noir que le tain de mon miroir

    Plus noir que le tain de mon miroir

    Aujourd’hui les miroirs magiques répondent avant qu’on leur demande ;
    Ils vous suggèrent vos désirs et même vous y conditionnent.
    Et l’on en devient léthargique à écouter leur propagande ;
    On y prendrait même du plaisir tellement on les affectionne.

    « Mon beau miroir, rassure-moi ! Donne-moi les informations
    Qui montrent que le gouvernement m’oppresse pour me récompenser !
    Influence-moi au fil des mois de terrorismes et migrations
    Et puisque jamais tu ne mens, dis-moi ce que je dois penser ! »

    J’ai mis mon miroir la cave quand j’ai su qu’il me trahissait,
    Qu’il me projetait l’avenir préparé pour mieux me berner.
    Depuis je ne suis plus l’esclave d’un despotisme policé
    Qui ne veut de moi qu’obtenir un pion soumis et consterné.

    Photo de Javier Vallhonrat.

  • QR-Trombines

    QR-Trombines

    Après mes empreintes digitales sur ma carte d’identité
    Et le lecteur du même type sur mon clavier d’ordinateur,
    Ma pupille devient capitale aux webcams de sécurité
    Qui analysent mon génotype plus ou moins discriminateur.

    Le QR-code sur le front, la puce insérée sous la peau,
    Le vaccin à champ magnétique et les contrôles d’immunité ;
    Tous ces trucs qui me font l’affront d’examiner tous mes propos
    M’obligent à trouver pathétique le futur de l’humanité.

    Illustration de Toru Fukuda.

  • Les faux-témoins

    Les faux-témoins

    L’un qui regarde par-dessus, l’autre qui observe par-dessous ;
    Aujourd’hui les regards se croisent mais sans jamais se rencontrer.
    L’un croit ferme aux idées reçues et l’autre croit de tout son saoul
    Qu’ils sont ennemis et ils se toisent sans que rien ne soit démontré.

    Qu’est-ce qui est faux ? Qu’est-ce qui est vrai ? Qui donc détient la vérité ?
    Sans doute est-elle relative et dépend de l’observateur ?
    Si d’aventure je découvrais la juste contre-vérité,
    Je n’aurais d’autre alternative qu’être à mon tour perturbateur.

    Art Maori.

  • L’art alimentaire

    L’art alimentaire

    En cas de pénurie des sens, j’ai peint des tableaux à goûter
    D’une technique alimentaire avec la peinture au couteau.
    Le palais en effervescence pour savourer le velouté
    De la matière pigmentaire qui fait ressortir le gâteau.

    J’ai peint des boîtes de conserve pour dîner comme un petit prince ;
    J’y ai collé des étiquettes des menus des grands restaurants.
    Au fond, la porte de la réserve avec du champagne de Reims
    Que j’ai verni d’une frisquette de caramel édulcorant.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Hors-jeu

    Hors-jeu

    Plus vraie que la réalité, l’imagination m’hypnotise
    En effaçant portes et fenêtres et l’empreinte de l’habitude.
    Hermétique aux actualités qui ne deviennent que sottises,
    Elle m’isole et me pénètre d’une séduisante quiétude.

    Lorsqu’un intrus crève ma bulle avec l’esprit perturbateur,
    Il me croit toujours disponible pour me raconter ses sornettes.
    Et moi, pareil au somnambule, je vis l’effet dévastateur
    De l’anéantissement pénible de tous mes plans sur la comète.

    Illustration de Ray Bradbury.

  • Cœur de papillon

    Cœur de papillon

    Cœur d’artichaut, cœur sur la main, tu donnes à tous, sans lendemain.
    Toutes les feuilles que tu détaches pour donner un peu à tout l’monde
    Symbolisent les graines de demain qui poussent le long du chemin ;
    Même si ceux à qui tu t’attaches un jour jamais ne te répondent.

    Cœur d’artichaut, ton messager, ce papillon aux ailes d’or,
    Transmet les ondes positives de tes petits bonheurs passés.
    Tant pis si l’amour passager, parti comme un conquistador,
    Trouve réaction négative parmi la foule compassée.

    Tableau de Catrin Welz-Stein.

  • Auto-portrait à la Vénus de Milo

    Auto-portrait à la Vénus de Milo

    Les bras m’en tombent le plus souvent quand je réalise une erreur ;
    Je me vois nue et dépouillée de toute trace intelligente.
    Tous ces souvenirs émouvants alimentent alors la terreur
    Qui commence à me barbouiller ma confiance négligente.

    La somme de toutes mes fautes après tout n’est qu’un examen
    Que j’ai complètement déformé pour le décrocher et survivre.
    Pourtant je tiens la dragée haute car ça éclaire le chemin
    De ma personne transformée et j’en fais ma raison de vivre.

    Photo de Andrea Mary Marshall.

  • Auto-portrait démultiplié

    Auto-portrait démultiplié

    Est-ce que je pense avec mon cœur, mes bras, mes cuisses et mon bassin ?
    Est-ce que je rêve avec ma bouche, avec mes pieds, avec mes mains ?
    Mon cerveau n’est que chroniqueur qui consigne tous les desseins
    De tout ce dont mon corps s’attouche par tous ses organes humains.

    Le sexe estime à sa façon comment diriger mes envies,
    Le cœur dirige mes émotions pour en exprimer la couleur,
    Mes mains retiennent la leçon des brûlures au cours de la vie,
    Et le cortex en commotion n’en retient que rires et douleurs.

    Photo de Ahn Sun Mi.

  • Auto-portrait mensonger

    Auto-portrait mensonger

    Quand je m’enfonce dans les limbes de l’eau de mes rêves en couleurs,
    Ma réalité se transforme et fait place à l’absurdité.
    Mon irréalité regimbe contre ce monde de douleurs
    Et l’exprime par toutes les formes d’une folle intrépidité.

    Âme et pensées se liquéfient et passe à travers l’écumoire
    Qui ne retient que le réel et oublie tout l’imaginaire.
    Et le matin solidifie le peu qui reste en ma mémoire
    Et j’en écrit de surréels poèmes au goût d’Apollinaire.

    Tableau d’Alexa Meade.

  • Auto-portrait en pied

    Auto-portrait en pied

    Au pied du mur, on voit le maçon ; au pied du chef-d’œuvre, l’artiste.
    Et peu importe la pointure s’il y a l’ivresse des couleurs.
    Il n’est point de contrefaçon dans l’autoportrait réaliste
    Si le peintre y met sa peinture pour couvrir ses propres douleurs.

    Ainsi je peins ma chevelure juste au couteau selon la coupe
    Que je souhaite mettre en valeur pour un résultat chatoyant.
    Je repasse et je peinturlure en faisant couler sur ma croupe,
    À même la peau, la couleur qui dégoutte en me chatouillant.

    Tableau d’Alexa Meade.

  • Auto-portrait naturiste

    Auto-portrait naturiste

    Changer de vie ou de lunettes ? J’ai peint les verres de mes mirettes !
    Je vis l’existence autrement de tout mon corps entièrement.
    J’ai hésité… fatalement mais je vis nue finalement
    Et choisis un look futuriste en redevenant naturiste.

    Après la douche du matin, j’use un kilo de fond de teint
    Que je répands sur tout le corps, deux, trois fois, encore et encore.
    Peinture à l’huile sur les seins, peinture à l’eau sur le bassin ;
    Enfin en guise de cache-sexe, juste un collage sans complexe.

    Tableau d’Alexa Meade.

  • Auto-portrait immergé

    Auto-portrait immergé

    Puisqu’il faut l’autorisation de l’Empereur de la santé
    Pour découvrir dans les musées des œuvres d’art non-essentielles,
    J’inverse la vaporisation sur mes tableaux innocentés
    Et j’établis pour m’amuser leurs identités officielles.

    J’en appelle à Claude Monet pour ma photo d’identité
    Avec un QR-code flou et un visa impressionniste
    À mettre dans mon porte-monnaie pour montrer aux autorités
    Combien la peinture renfloue mon agrément de complotiste.

    Tableau d’Alexa Meade.

  • Auto-portrait réfléchi

    Auto-portrait réfléchi

    Si le tableau réfléchissait comme un miroir impressionniste,
    J’en produirais plusieurs saisons, période bleue, période rose.
    Si les couleurs me guérissaient de mon côté perfectionniste,
    J’en recouvrerais ma maison en petites touches de prose.

    Si le miroir osait mentir comme une peinture hypocrite,
    Je me verrais tel qu’on me voit sous un œil juste et percutant.
    Si l’éclat pouvait pressentir tout mon potentiel émérite,
    J’aurais déjà choisi la voie qui m’aurait fait gagner du temps.

    Finalement tous mes tableaux renvoient la valeur de mon âme
    Comme un miroir intelligent ferait la météo du cœur.
    La nuit, ils forment des hublots entrouverts sur les mélodrames
    Que vivent mes rêves émergents sur un monde absurde et moqueur.

    Tableau d’Alexa Meade.

  • Chromothérapie

    Quand la migraine et la douleur s’étendent sur la moitié du crâne,
    L’accalmie n’est de bon augure qu’après trois cachets d’aspirine.
    À part peut-être la couleur que je répands sur la membrane
    De la moitié de ma figure en reflets-vers bleu-azurine.

    Quand le coccyx et le bassin me rappellent à leurs souvenirs,
    J’étale alors sur tout le corps la thérapie par la peinture.
    Mais pas besoin d’faire un dessin ; je n’aurais aucun avenir
    Dans le grand livre des records à poser ma candidature.

    Tableaux d’Alexa Meade.

  • Vespa Godiva

    Vespa Godiva

    Pour protester contre son Jules qui vendait ses charmes trop cher,
    Madame enfourcha sa Vespa et roula nue dans le village.
    Elle se flattait d’être l’émule du bloc en exposant sa chair
    Et força Monsieur Godiva à solder sa femme volage.

    Tableau d’Alexey Kondakov sur https:mymodernmet.comphoto-manipulation-alexey-kondakov .

  • Un tour de cochon à vélo

    Puisque je suis ce que je mange tant que mon corps s’en trouve accru,
    Mon caractère de cochon ne ramène plus jamais sa fraise.
    J’ai l’estomac qui me démange d’avoir aimé le jambon cru
    Et la queue en tire-bouchon quand le soir j’honore Thérèse.

    Elle m’appelle « cochonnet » et je rougis comme un goret
    Qui se retrouve avec sa truie à copuler en trémolo.
    Ça me coupe le robinet et je me sens bien timoré
    D’avoir voulu faire à autrui un tour de cochon à vau-l’eau.

    Tableaux de Stasys Eidrigevičius sur http:dreamersrise.blogspot.com201104stasys-eidrigevicius.html .

  • L’enlèvement de Sabine

    L’enlèvement de Sabine

    Sabine aimait son Roméo et Roméo aimait Sabine
    Seulement papa ne voulait pas, maman et ses frères non plus.
    Il ne resta aux deux héros que s’engouffrer dans la cabine
    De l’autocar vert, à grand pas, pour fuir ceux qui leur ont déplu.

    Tableau d’Alexey Kondakov sur https:mymodernmet.comphoto-manipulation-alexey-kondakov .

  • Ô Châteaux – 2

    Tous les châteaux inachevés continuent encore de vivre ;
    Leurs toits ne sont pas terminés car ils ne cessent de monter.
    Ils s’endorment sur le chevet de leurs tours couvertes de givre
    En attendant une destinée dépendante d’autres volontés.

    Si d’aventure je devenais propriétaire d’un château,
    Je m’assiérais sur une chaise face aux murs en démolition.
    Et si son fantôme revenait portant sa tête sur un plateau
    Je lui dirais : « Cher Louis XVI, on refait la révolution ! »

    Tableaux de Olivier Lamboray sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201908Olivier-Lamboray.html .

  • Jamais muse ne s’use si j’en abuse

    Jamais muse ne s’use si j’en abuse

    La poésie, mon véhicule au moteur de l’inspiration,
    M’invite aux voyages impossibles entre les lignes, entre les vers
    Où l’imagination circule à l’encre de transpiration
    Sur la page vierge impassible dépucelée à mots couverts.

    Elle va de la bouche des hommes à celle des femmes en prose,
    Elle s’invente des chimères chaussées de semelles du vent,
    Elle recouvre les fantômes du romantisme à l’eau de rose
    Par des étoiles éphémères qui s’évanouissent du levant.

    Je la chasse en salles d’attente dans le silence de l’ennui
    Et je tue la mélancolie des journées où rien ne se passe.
    Grâce à ma muse combattante et à l’insomnie de mes nuits,
    Mon cœur d’étoile vit la folie de l’infinité de l’espace.

    Illustration de Karl James Mountford.

  • Madame aux quatre quarts

    Au matin, Madame se lève, baignée des couleurs de l’aurore
    Encore parfumée des étreintes qui l’ont fait rugir de plaisir.
    À midi, Madame prélève juste une pincée d’ellébore
    Pour éliminer sans contrainte l’ennui qui pourrait la transir.

    Tout l’après-midi jusqu’au soir, Madame sort de son apathie
    Avec ses prétendants galants pour sélectionner le vainqueur.
    La nuit, comme elle ne peut surseoir à l’appel de ses appétits,
    Elle festoie en se régalant d’amour et d’ivresse du cœur.

    Tableaux de Manolo Valdés.

  • La voix des oiseaux

    Sur l’onde subtile du temps qui n’use d’aucune fréquence
    Les cris des oiseaux se diffusent sans nuire à l’environnement.
    D’eux-mêmes les piafs débutants se rallient à cette alliance
    Malgré l’agitation confuse de leurs jeunes égarements.

    Une voix perce leurs ramages ; la colombière qui les appelle,
    Envoie sa perdrix aux ailes d’or pour en recueillir les nouvelles.
    Langue de becs et de plumages s’échangent là-haut à la pelle
    Et lorsque le soleil s’endort revient la fière bartavelle.

    Sculpture de Kathleen Sukiennik.

  • La couleur des émotions

    Verte de peur, rouge de colère, ses serrements de cœur la trahissent
    En témoignant de tous ses gestes la couleur de ses sentiments.
    Éclipses et éruptions solaires couvrent son corps et le tapissent
    D’une écarlate orbe céleste dans un costume rouge piment.

    Les bleus de l’âme sur son visage et sur la pointe de ses seins,
    Autant de témoins indiscrets qui s’expriment par la couleur.
    Pour se noyer dans le paysage et masquer ses obscurs desseins,
    Elle dérobe tous ses secrets derrière son habit de douleur.

    Photos de Nick Knight et de Nadia Lee Cohen sur http:www.nadialeecohen.com .

  • Il est des jours où la sirène s’en fout

    Il est des jours où la sirène s’en fout

    Comment fête-t-elle Halloween sans une automne au fond des mers ?
    Comment fête-t-elle Noël sans un hiver dans les abysses ?
    Comment chante-t-elle à la Lune sans une Grande Ourse opportune ?
    Comment échappe-t-elle au réel sans un parfum de cannabis ?

    Mais la sirène est au-dessous de ce qui s’ passe en nos manoir
    Car au fond, elle n’est pas si conne parmi les algues fourmillantes.
    Quand le pétrole se dissout dans la mer, elle broie du noir
    Et quand l’humanité déconne, elle rit d’une queue frétillante.

    Tableau de Marcia Snedecor.