Auteur/autrice : Maryvon Riboulet

  • La porte du dimanche matin

    La porte du dimanche matin

    Elle m’a longtemps intrigué la porte du jardin d’en face ;
    Elle n’était même pas verrouillée et jamais personne n’y venait.
    J’avais résolu d’instituer un de ces quatre avec audace,
    Jeter un œil et patrouiller entre les ronces et les genêts.

    C’était un jardin paysan à l’abandon depuis longtemps ;
    Tout envahi de mauvaises herbes, vertiges d’un endormissement.
    Au milieu, caractérisant les coutumes des anciens temps,
    Deux tombes qualifiées d’un proverbe : « La mort n’est qu’un recommencement. »

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’école du charme

    La sirène, devenue moderne, séduit les femmes plus que les hommes
    Sauf que, plutôt que les noyer, elle les enchante, s’il vous plaît !
    Fi des marins, vieilles badernes, vivent les coquines amazones
    Dont l’amour sait s’apitoyer d’orgasmes vocaux décuplés !

    Celles qui cherchent la bonne école de la jouissance au féminin
    N’ont pas besoin de GPS à la voix de fausse sirène.
    Demandez Madame Nicole, au 4, rue Saint-Saturnin,
    Et découvrez, je vous l’ confesse, le chant langoureux d’une reine.

    Tableau de Gustave Gélinet extrait de la BD « La Sirène des pompiers » dessinée par Zanzim

  • Sirénologie

    Depuis que j’ai approfondi mes connaissances sur les sirènes,
    Elles m’acceptent à condition de prendre un poisson pour parrain.
    J’en ai choisi un, arrondi, que j’appelle « Simon de Cyrène »
    Car il me croit, sans conviction, grand ambassadeur des marins.

    J’ai donc passé mes examens à l’université Neptune
    Et j’ai été promu « Triton » lors du grand bal de fin d’année.
    Je n’suis plus qu’à moitié humain mais à l’apparence opportune
    D’un amphibien en demi-thon et demi-homme simultanés.

    Illustration de Charles Santore

  • Vivre avec une sirène

    J’avais commandé sur le Net une « Femme-Poisson authentique »
    Garantie à vie, s’il vous plaît, et « satisfait ou remboursé » !
    Écologique pour la planète, elle a traversé l’Atlantique
    Pour me parvenir au complet dans une caisse renforcée.

    « Avant le tout premier usage, baignez-la trois jours et trois nuits ! »
    Collé comme avertissement pour obtenir « bon résultat ».
    J’ai commencé son arrosage que j’ai terminé à minuit
    Et pris un rafraîchissement glaçons et triple-margarita.

    Soixante-douze heures passées, elle frétillait là, dans mon lit
    Et moi, comme un poisson dans l’eau, j’ai honoré sept fois ma reine.
    Quant à elle, elle s’est surpassée et m’a aimé à la folie
    À en devenir ramollos, ma queue et celle de la sirène.

    Kristen Mcmenamy photographiée par Tim Walker sur http://visualoptimism.blogspot.com/2013/12/far-far-from-land-kristen-mcmenamy-by.html?m=1

  • Toutes ces autres sirènes

    Dans le Grand Livre des Sirènes – que Dieu n’aurait pas imprimé –
    Existent d’autres créatures que la femme en queue de poisson
    Qui n’ont pas besoin d’oxygène ni de belle voix pour s’exprimer
    Sans faire offense à la nature ni lui faire de contrefaçon.

    Les femmes au corps de raie manta préfèrent les eaux tropicales
    Et leurs belles ailes delta permettent les belles prouesses.
    Elles ont acquis leur potentat après des luttes syndicales
    Grâce à leur voix de célesta qui ont fait d’elles des déesses.

    Les femmes-pieuvres – ou femmes-poulpes – vivent dans les eaux boréales
    Dans les abysses où leur fortune est de récolter des godasses.
    Il paraît que c’est là leur coulpe d’avoir volé les céréales
    Du jardin privé de Neptune qui les a puni de l’audace.

    Illustrations de Viccolate, HTG17 et Ryan Firchau

  • Ève démultipliée

    Ève démultipliée

    Que nous soyons nés de Lucy – ou d’Ève selon les écrits –
    Nous avons tous les caractères du cher Ancêtre dans nos gènes.
    J’en vois la preuve réussie dans tous les regards circonscrits
    Des femmes tout autour de la Terre, étrangères ou indigènes.

    Chez les hommes, elle reste cachée cette féminité infâme
    Que beaucoup voudraient refouler dans la plus profonde oubliette.
    Par bonheur, elle s’est entachée à nous faire rechercher la femme
    Pour l’extraire dans la foulée du fin fond de nos coucougnettes.

    Collage de Giorgos Achilleos.

  • Derrière la structure de l’œuf

    Derrière la structure de l’œuf

    M’imaginé-je un embryon tapi au secret de son œuf
    Qui percevrait de l’extérieur tous les mystères de l’Univers ?
    Saurais-je comme Cendrillon avec son prince en habits neufs
    Quitter mon intime intérieur chaussé de pantoufle de vair ?

    Eh bien, Mesdames et Messieurs, nous sommes enfermés dans ce rêve
    D’un Dieu fou derrière les coulisses qui nous persécute, impassible.
    Loin de la Terre, au bord des cieux, Il déambule sur la grève
    En inventant avec malice sa prochaine figure impossible.

    Tableau de Jesse Reno.

  • Femme-flore

    Femme-flore

    À l’instar des femmes amoureuses des animaux dites « à faune »,
    J’ai un faible pour les mains vertes par les femmes dites « à flore ».
    Avec leurs passions langoureuses pour la vie végétale aphone
    Mais qui s’exprime à fleurs ouvertes, arums, roses et passiflores.

    Dans leur serres pleines de lumière en robes à pois ou à violettes
    Qu’elles associent au décor pour y être plus ressemblantes.
    Elles en décorent leur chaumière avec tout l’art de la houlette
    Qu’elles manient d’un corps à corps accordé aux plus belles plantes.

    Tableau de Michael Carson.

  • L’amour en papier mâché

    L’amour en papier mâché

    Tout l’amour que j’ai ruminé lors des refus et des râteaux
    Quand l’eau me venait à la bouche pour un baiser inaccessible,
    Et la sueur éliminée lorsqu’on me menait en bateau
    M’ont donné l’occasion farouche de réorienter ma cible.

    Alors je fais des marionnettes avec tout mon papier mâché ;
    Avec toute l’eau transpirée et tout ce que j’ai salivé,
    Avec lettres et chansonnettes de mes passions empanachées,
    Et mes statues, fort inspirées, s’en révèlent enjolivées.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Tout va bien !

    Quand la mer aura retiré tout le poids de ses tsunamis
    Qu’elle déverse sur les terres pour protester à sa manière,
    Tous les survivants attirés à contrer les épidémies
    Se retrouveront solidaires pour reconstruire leurs tanières.

    « Tout reviendra-t-il comme avant ? » Pense-t-on prématurément
    Comme si les blessures ouvertes ne laissaient point de cicatrices.
    Il faudra vivre dorénavant dans un présent assurément
    Éclairé par les découvertes de son histoire évocatrice.

    Illustration de François Ravard

  • La crête de la vague

    Comme il fallait bien s’y attendre, lorsque la houle atteint la crête,
    Toute la vague alors déferle et se fracasse sur les brisants.
    Observez la tension se tendre lorsque la foule est enfin prête
    À faire cesser le Clochemerle d’un gouvernement méprisant !

    Tandis que la vague se forme sous la forte impulsion de l’onde,
    Toute la masse s’accumule pour écouler son énergie.
    Tandis que le poids des réformes à force de peser sur le monde
    Pousse le peuple et le stimule à s’opposer en synergie.



    « Clochemerle » est un roman de Gabriel Chevallier qui offre une description sans indulgence de la vie des habitants dans un village du Beaujolais, avec leurs préoccupations sexuelles et dévorantes, leur goût de l’argent, leurs vieilles haines, les divisions entre catholiques et républicains, les ambitions des uns et des autres… Hommes politiques, militaires sont particulièrement brocardés, ainsi que la haute administration.

    Illustration de François Ravard

  • La dame oiselle – 1

    La dame oiselle - 1

    Le mimétisme inspirateur de la sorcière chamanique
    S’apparente à l’aspiration du volatile par la Lune.
    Par son halo révélateur d’un vieux procédé alchimique
    Et le cœur en adoration envers son compagnon à plumes.

    Quand le corps subit l’attraction vers l’âme de la créature,
    Celle-ci l’attire en son sein pour lui en livrer sa structure.
    L’humaine alors fait abstraction sitôt de sa propre nature
    Pour revêtir celle du poussin qui lui en offre sa texture.

    Illustration de Jana Heidersdorf.

  • La dame oiselle – 2

    La dame oiselle - 2

    Lorsque la femme est transformée en volatile chimérique,
    Son reflet pourtant continue à renvoyer sa vraie nature.
    J’en vois des éclats se former dans des flaques d’eau féeriques
    Après une pluie obtenue sous de chaudes températures.

    Après des jours caniculaires, quand la Terre a évaporé
    Toute son eau maléficiée par la pollution du diesel,
    Alors sous la clarté lunaire, sa mémoire revigorée
    Permet aux femmes initiées à redevenir femmoiselles.

    Photo d’Alicja Posluszna.

  • Au pays des baleines, la poussée sereine

    Au pays des baleines, la poussée sereine

    Si Archimède avait été une femme qui, en prenant son bain
    Et en constatant la poussée, aurait-elle crié « Eurêka » ?
    Aurait-elle sorti ses tétés, et risqué un scandale urbain
    Et voir les hommes se trémousser devant ses charmes délicats ?

    Aurait-elle incité les femmes, les potelées, les grassouillettes,
    À plonger nues entre les vagues et nager à en perdre haleine ?
    Les hommes auraient trouvé infâme de les voir faire l’andouillette
    Et estimé qu’elles divaguent à se conduire comme des baleines !

    Sculpture de Tristan Elwell.

  • Méchante sirène

    C’est dans un sinistre « glou-glou » que le marin trouva la mort,
    Transbahuté sous la carène, lui qui espérait tant l’amour.
    Périr en mer, pour un marlou, belle fin pour ce matamore
    En manque d’air pour la sirène, lui, qui souffrait du mal d’humour.

    Regardez-la sur son rocher, dans son angélique innocence
    Qui obtiendrait l’acquittement et le Bon Dieu sans confession !
    Personne ne peut s’accrocher à vaincre sa concupiscence
    Et l’amour pragmatiquement finit toujours en queue de poisson.

    Tableaux de Gustave Gélinet extrait de la BD « La Sirène des pompiers » dessinée par Zanzim

  • Les femmes-poissons dans l’intimité

    Dans l’intimité du foyer du nid d’amour de son marin,
    La sirène a peint les mémoires de son univers maritime.
    Son cœur, encore apitoyé de ses souvenirs utérins
    Marquant sa naissance en mer noire d’un mariage illégitime.

    Sa mère était femme de mer, son père était marin au pair,
    Ils étaient jeunes et insouciants, ils se sont aimé tendrement.
    Mais le beau-père, un homme amer, voulant une lignée prospère
    Envoya son fils inconscient dans un sévère encadrement.

    La femme-pieuvre possède aussi des mémoires à n’en plus finir
    Tatouées sur ses tentacules aux ventouses impitoyables.
    Une fois sa jeunesse dégrossie, elle vit ses amants survenir
    Chacun dardant ses testicules dans des étreintes inoubliables.

    Elle pondit tant d’œufs à berger, qu’on l’appela « Octopussy »
    Elle doit ce drôle de sobriquet aux mâles qui s’y devaient mourir.
    Mais après avoir gambergé tant de grossesses, non sans souci,
    Elles eut huit fois huit poulpiquets, soixante-quatre calmars à nourrir.

    Illustrations de Maxine Vee

  • Le Clan Extraverti des Rigolards

    Le Clan Extraverti des Rigolards

    Il n’y a pas d’heure pour rigoler, pour chanter ou faire les fous
    Pour ceux qui font partie du Clan Extraverti des Rigolards.
    Quel plaisir de fariboler et de se donner rendez-vous
    Pour faire ensemble un bataclan à tout casser entre gueulards !

    Évidemment les braves gens ne dorment pas quel que soit leur âge ;
    Ils râlent mais – que voulez-vous ? – c’est l’anniv’ d’une connaissance…
    Et n’appelez pas les agents car chaque jour dans le village
    Il y aura toujours un fou qui fête son jour de naissance.

    Presque tous les Tableaux de Michael Carson sur https:www.sohu.coma428867333_120065965 .

  • L’impudique

    L’impudique

    La femme, toujours pragmatique, à l’école de la séduction
    Connaît le maniement des armes qui n’ sont en fait que des appâts.
    Par des moyens fantasmatiques, elle transporte par adduction
    Les hommes par le pouvoir du charme qui se dégage de leurs appas.

    Nul besoin de trop d’accessoires puisqu’une femme nue suffit
    À paralyser le système reptilien du cerveau du mâle.
    Exhibant sin divertissoire – comme le prêtre son crucifié –
    Et de son coup mortel : « je t’aime », elle vainc sans peine l’animal.

    En argot, le divertissoire s’apparente à toutes les parties physiques qui font le charme féminin.

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  • L’amoureuse

    L’amoureuse

    Si l’arcane de « l’amoureux » – sixième lame du tarot –
    M’autorisait à proposer une alternative à saisir,
    Alors deux hommes langoureux, deux hommes forts comme des taureaux,
    Lorgneraient la femme supposée devenir l’objet du désir.

    L’opportunité de la femme à choisir l’élu de son cœur
    Rivalise avec celle de l’homme qui lutte pour la conquérir.
    Ainsi ce que l’on juge infâme dans la vanité du vainqueur
    Est à répartir en binôme avec celle qui veut le chérir.

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  • Baptême de mer

    Tout navire, avant son baptême, a droit à son cérémonial
    Afin d’affermir sa carène et de consolider ses voiles.
    Selon la saison et le thème, selon le site régional,
    Il a droit au ban de sirènes ou au firmament des étoiles.

    Moi-même, jeune bâtiment, un trois-mâts fraîchement armé,
    Je fus baptisé sans remords d’une manière douce-amère ;
    Ma marraine m’avait gentiment déniaisé pour mieux me charmer
    Et l’artimon bandant à mort, je pénétrai la haute mer.

    Tableau de Michael Cheval sur http://chevalfineart.com/portfolio/new-releases

  • La reine oubliée

    Entre la flèche du Sagittaire et la Reine du Capricorne,
    Une treizième constellation en dessinait son côté face.
    C’était bien avant que la Terre bascule sur son axe morne
    Et que la vie en gestation ne transparaisse à sa surface.

    Mais n’est pas Cupidon qui veut car la flèche rata sa cible
    Et se planta sur le point même qui deviendrait l’axe nouveau.
    Or, s’il s’en fallu d’un cheveu que la vie conclut l’impossible,
    Dans le zodiaque, aucun emblème incontestable ne le prévaut.

    Illustration de Moebius

  • Jeune Gaïa deviendra grande

    Avant de devenir Terre-Mère, la jeune Gaïa dut grandir
    Au cœur des étoiles filantes dont elle fut excellente élève.
    Si son enfance fut éphémère, elle sut néanmoins resplendir
    Le sixième jour, midi pétante, pour accueillir Adam et Ève.

    Gaïa déesse de la Terre règne malgré ses habitants
    Dont les animaux trop placides et les humains trop turbulents
    Rendent son jardin délétère et ses océans dégoûtants.
    Alors, Elle pleure de pluies acides des torrents de larmes truculents .

    Tableau de Michael Cheval sur http://chevalfineart.com/portfolio/new-releases

  • Trempé de science égyptienne

    Les charmes de l’Égypte ancienne, entretenus par Cléopâtre
    Qui prenait ses bains entourée des plus belles filles pubères,
    Ont donné aux cartomanciennes des affaires de cœur à débattre
    Grâce à leurs cartes détourées du Livre Sacré Syllabaire.

    L’Atlantide eut aimé transmettre ses connaissances émerveillées
    Dans un grimoire aux feuilles d’or orné d’Europe et son Taureau.
    Mais le temps n’a su nous remettre quelques arcanes dépareillées
    Dont tout le mystère s’endort dans l’antique jeu du tarot.

    Tableau de Michael Cheval sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2011/03/michael-cheval.html

  • Les reflets jumeaux

    Je ne sais pour quelle raison elle a disposé ce miroir
    Qui m’offre une polygynie en dédoublant ma partenaire.
    Sans doute la comparaison entre mes mémoires à tiroirs
    Qui cherchent un goût de l’infini dans mon espace stationnaire ?

    Elles ne sont pourtant pas jumelles mais se ressemblent toutes pareilles ;
    L’une est rattachée à mon cœur, l’autre à jamais indépendante.
    J’aime donc sa partie femelle lorsque l’amour nous appareille
    Et son reflet à contrecœur pour son image condescendante

    Presque tous les Tableaux de Michael Carson sur https:www.sohu.coma428867333_120065965 .

  • Trop pudique

    Trop pudique

    Trop pudique ou trop réservée comme une fille sainte-nitouche,
    Mon intuition effarouchée s’enfuit lorsque je parle d’elle.
    Alors j’essaie de conserver une quiétude qui la touche
    Sinon, elle reste mal embouchée et… à Dieu vat, mon hirondelle !

    Mais dans les moments de silence, quand l’esprit peut se débrancher
    Du matérialisme imbécile de l’existence mécanique,
    Une fois chassées les turbulences, elle revient le cœur épanché
    Parler à mon âme indocile dans ses tréfonds neurasthéniques.

    Presque tous les Tableaux de Michael Carson sur https:www.sohu.coma428867333_120065965 .

  • Crépusculaires

    Mes deux voisins crépusculaires n’apparaissent que deux fois par jour ;
    Je devrais dire qu’ils se signalent, soit au coucher, soit au lever.
    Des petits pieds corpusculaires – sans doute le fruits des amours –
    Courent aux premières matinales à petits pas, bien élevés.

    Et puis, plus rien… fors le silence qui occupe seul la maison
    Mais à l’heure entre chien et loup, l’escalier résonne de rires.
    J’ai bâti cette vigilance, indépendante de ma raison,
    Comme une horloge un peu cheloue qui scande le temps du délire.

    Tableaux d’Anna Carll sur http:cristinafaleroni.blogspot.com201507anna-carll.html .

  • Le jeu du fou, de la Reine et des cavaliers

    D’abord le fou charme la Reine par son caractère astucieux
    Qui permet de damer le pion au Roi lorsqu’il part à la chasse.
    De sa jolie voix de sirène, elle leur promet un audacieux
    Avenir doré de champion ou héros si leurs cœurs trépassent.

    Promu chevalier, à son tour, il transmet son métier des armes
    Aux jeunes recrues qu’il entraîne pour servir leurs maîtres et leur Roi.
    Mais il enferme dans la tour ceux qui n’ont cédé à ses charmes
    Ou ont opté suivre la Reine sans pour autant payer l’octroi.

    Tableaux de Michael Cheval sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2011/03/michael-cheval.html

  • Tandis que courent les lièvres

    Il ne faut pas courir deux lièvres à la fois ;
    Ne pas viser deux buts sinon perdre les deux.
    Mais si les lièvres courent de partout à la fois,
    Je risque d’être imbu d’en sacrifier l’un d’eux.

    Je ne peux pas passer par deux portes ouvertes
    Et si elles sont fermées, je dois chercher plus loin.
    Avec un œil ouvert sur chaque découverte ;
    Les deux pour confirmer si j’en sens le besoin.

    Mais deux lièvres à moitié n’en font pas un complet.
    Un bon tiens ne vaut-il mieux que deux tu l’auras ?
    L’amour doit être entier au risque d’incomplet
    Comme celui si fertile de ma chère Laura.

    Tableau de Masaru Shichinohe sur https://freewechat.com/a/MzUyMjQ0MjkwMw==/2247503907/1

  • L’innocence

    L’innocence

    Eh oui ! Sous la jupe des filles se cache une sorte d’ara
    Dans une cage qui – quel émoi ! – l’abrite, le chauffe et le nourrit.
    Pour entrer, tirez la cheville et la bobinette cherra ;
    Pour sortir, attendez neuf mois et guettez le trou de souris.

    Les filles aiment les métaphores mais les garçons vont droit au but
    Et le mystère des naissances impose un tabou familial.
    Le père en fait tout un fromage pour éviter toute dispute
    Et la mère, en toute connaissance, en fait un conte convivial.

    Tableaux de Shiori Matsumoto sur https:iamachild.wordpress.comcategorymatsumoto-shiori .

  • L’enfance d’Ariane

    Le labyrinthe de l’enfance déroutait tout mon bon vouloir ;
    Je n’étais pas très perspicace d’en voir ses traverses médianes.
    J’aurais pu forger mes défenses en empruntant tous ses couloirs
    Avec des moyens efficaces ou tout au moins un fil d’Ariane.

    Combien de « moi » se sont perdus dans les ruelles de mes pensées
    En croyant résoudre un dilemme semblant faussement goguenard ?
    Et mes réflexions éperdues ont cru être récompensées
    Par la solution du problème qui masquait un vrai traquenard.

    Tableaux de Shiori Matsumoto sur https:iamachild.wordpress.comcategorymatsumoto-shiori .

  • Le charmeur dithyrambique

    Le charmeur égrène de sa vie les perles toujours savoureuses
    Contenues dans le florilège de ses amours les plus loquaces.
    Si son auditoire est ravi de ses aventures amoureuses,
    Il lui offre le privilège d’en écouter les plus cocasses.

    Puis, le flot de belles paroles devient un grappin qui tournoie
    Garni au bout d’accroche-cœurs et de pensées subliminales.
    Tout va trop vite ! À tour de rôle, chacun des petits mots sournois
    Plante le drapeau du vainqueur sur sa conquête libidinale.

    Tableau de Michael Cheval sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2011/03/michael-cheval.html

  • Du cœur, de l’esprit et des mains

    Tandis que le cœur bat trop vite et que le corps poursuit sa course,
    L’esprit projette ses désirs sur l’écran vierge de mon âme.
    Peu à peu, le cœur s’y invite, le corps s’y abreuve à sa source
    Et mes petits « moi », à loisir, se réjouissent du programme.

    Ainsi l’existence déroule le film intime de ma vie
    À la poursuite des amours qui m’entraînent dans d’autres histoires
    Tandis que ma mémoire enroule toutes les anecdotes ravies
    Que reverront avec humour mes petits « moi » contradictoires.

    Tableau d’Aaron Jasinski

  • Le secret d’Ariane

    Le secret d’Ariane

    Fille d’un père compliqué – un architecte extravagant –
    Ariane reçu dès le berceau des jouets les plus fantaisistes.
    Dédale lui avait expliqué comment marcher en zigzaguant
    En lui offrant comme cerceau un labyrinthe spinoziste.

    À l’instar de ses camarades et de leurs cerceaux répandus
    Qui ne trouvaient que leur bonheur en l’accompagnant d’un bâton,
    Ariane étudia par bravade et de manière inattendue
    À sortir en bien tout honneur de son écheveau à tâtons.

    Le spinoziste adhère à la philosophie de la joie et du bonheur.

    Illustration de James Jean.

  • La nuit dans la forêt

    Dans la forêt des nuits profondes aux arbres peints en clair-obscur,
    Jamais étoile ne pénètre fors un petit rayon de Lune.
    Mais quelques herbes vagabondes tendent leurs limbes et leurs nervures
    Vers l’astre pour s’y reconnaître ; bruyères, genêts et callunes.

    Petite musique de Lune jouée sur un halo léger
    Semble animer des feux follets entre les bois reconnaissants.
    Quelques farfadets de fortune se mettent alors à galéjer
    Et soudain s’enfuient, affolés, au premier cri du jour naissant.

    Tableau de Jan Sluyters

  • Éternel Saint-Michel

    Dominant les quatre éléments, le Mont-Saint-Michel ne déroge
    Ni aux lois des flux telluriques ni à la règle des marées.
    Même le cours du temps véhément ne ralentit pas son horloge
    Qu’il soit météorologique ou d’un présent contrecarré.

    Plusieurs histoires s’y rencontrent dans le dédale de ses rues
    Depuis l’époque gallo-romaine jusqu’à Arthur et Pendragon.
    Même les dieux vont à l’encontre de leurs religions disparues ;
    Seule une force surhumaine maintient Michel et son dragon.

    Photo de Mathieu Rivrin

  • Conjonction Lune-Soleil

    Jeudi, les quartiers de la Lune croissent ou décroissent à volonté.
    Les éphémérides le confirment et l’astronomie en fait foi.
    Quoi qu’il en soit, cette opportune faculté de désorienter
    Son monde, à mon avis, affirme que l’astre nous ment plusieurs fois.

    Vendredi, le Soleil, la Lune et la Terre avaient rendez-vous
    Et l’astrologie en profite pour m’annoncer plein de bonheur
    Bien qu’une chance inopportune se soit glissée, je vous l’avoue,
    Comme une éclipse à la va-vite pressentie en bien tout honneur.

    Samedi, j’attends les étoiles qui mentent nettement moins souvent
    Et j’en appelle à la Grande Ourse sans pour autant la prendre au mot
    Car voici qu’un nuage voile le ciel au moment émouvant
    Où elle me révèle la source originelle de tous mes maux.

    Tableaux de Lilly Nilly

  • De marée haute à marée basse

    Lundi, je sens le blues qui monte avec la première marée
    Qui m’apporte du vague à l’âme à l’idée de recommencer
    À rajouter à mon décompte un nouveau jour à démarrer,
    Attiser, surveiller sa flamme sans pour autant le romancer.

    Mardi, le cœur à marée basse fait l’inventaire de la place
    Qu’il occupe sur cette plage, sur cette tranche de ma vie.
    J’observe tout ce qu’il s’y passe, chaque seconde qui remplace
    La précédente au recyclage et qui se répète à l’envi.

    Mercredi, j’ai oublié l’heure et j’ai raté la marée haute.
    Tant mieux car Madame la Lune m’agace avec ses haut-le-cœur.
    Je cesse d’obéir au leurre de monter ou baisser la cote
    De mon moral à la fortune des phases de l’astre moqueur.

    Tableaux de Francisco Fonseca

  • La divination

    La divination

    Voir l’avenir en papillons brassant de l’aile à l’horizon
    Et l’air se changer en tempête dans des mouvements chaotiques.
    Voir le futur en tourbillons de vents que nous favorisons
    Par de la poudre d’escampette dans une fuite chaotique.

    Mais voir l’avenir autrement au carrefour de tous les possibles,
    Trouver d’autres prédilections, d’un autre élan locomoteur.
    Choisir dans l’enchevêtrement – même si ça paraît impossible –
    Et prendre la même direction que celle des tigres psychomoteurs.

    Tableau de James Jean sur https:theartofanimation.tumblr.compost181288922412james-jean .

  • Les feux de l’attente

    Les feux de l’attente

    Passe le temps sur mon postérieur tant que je guette l’aventure,
    Notant les feux passer au vert comme éternelle ritournelle.
    Mais au carrefour ultérieur, les mêmes feux contre-nature
    Semblent limiter l’univers d’une attente sempiternelle.

    J’attends l’amour comme au printemps, trouver un cœur concomitant ;
    J’attends l’enfant comme l’été et voir ma vie s’y refléter ;
    J’attends la fin comme en automne et sa retraite monotone ;
    J’attends la mort comme un hiver pour redoubler mon univers

    Je t’attends toi, qui lis ces vers… mais tu t’en fous, tu n’es qu’un veau
    Que l’on dirige, tel un héros, vers l’abattoir, t’éliminer.
    J’attends que ce monde à l’envers soit remplacé par un nouveau
    Pour recommencer à zéro, mon histoire n’est pas terminée.

    Illustration de Ner-Tamin.

  • Noire-Neige

    Blanche-Neige s’est faite piquer et son auréole a noirci ;
    Sa robe est devenue toute sale et son histoire n’est plus drôle.
    La sorcière a su s’appliquer diaboliquement, cette fois-ci,
    En inondant toutes les salles de son château par du pétrole.

    Ainsi finissent tous les contes, entachés par de l’argent sale ;
    Les fées délèguent leurs pouvoirs à la magie du capital.
    Tant et si bien, au bout du compte, qu’elles ont ouvert des succursales
    Qui offrent un philtre à promouvoir qui vous conduit à l’hôpital.

    Photo de charme vue sur https://sacredcharm.tumblr.com

  • Tout feu tout femme

    La fée de l’essence, elle-même, est venue soutenir les troupes
    Qui roulent tout autour de la Terre dans leurs beaux camions tout chromés.
    Tout feu tout flamme, tout que qu’elle aime communiquer à chaque croupe,
    Donne une énergie salutaire à la justice qu’on nous promet.

    Mesdames, ne prenez pas ombrage si l’amour leur monte à la tête !
    Messieurs, ne soyez pas jaloux, si les femmes au volant s’en mêlent !
    Car pour lutter contre l’outrage des restrictions qui nous embêtent,
    Il faut sans cesse hurler « au loup ! » lorsque nos ressources s’emmêlent.

    Tableau de J Zhao

  • Feuille-papillon

    Feuille-papillon

    Je suis la feuille-papillon, la messagère de fin d’automne
    Qui, sans retourner à la terre, s’envole déployant sa mâture.
    Lorsque j’entends le carillon des cloches des anges qui tonnent
    J’incarne le parlementaire au nom de toute la Nature.

    Je leur raconte tous les faits et gestes des bois et forêts ;
    Je narre les fleurs du bonheur, chefs-d’œuvre d’un printemps adroit ;
    Je décris les plus beaux effets des arbres les plus décorés
    Et de ceux qui m’ont fait l’honneur de vous en transmettre les droits.

    Tableau de Vladimir Kush sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201210Vladimir-Kush.html .

  • Mauvais présages

    Mais ce qui devait arriver est arrivé finalement ;
    À force d’être exterminés, les poissons deviennent insolents.
    Avec des oiseaux motivés, ils ont croisés leurs filaments
    D’ADN prédéterminés à produire des poissons volants.

    Et les voici crevant l’écran des aquariums et des fenêtres !
    Les voilà perçant la surface de toutes calottes glaciaires !
    Ainsi foncent les oiseaux à cran et tous les alevins à naître
    Qui réclament l’ultime face-à-face contre l’humanité carnassière.

    Tableau de Cyril Rolando sur https://mymodernmet.com/cyril-rolando-surreal-digital-art

  • La musique aquatique

    Pourquoi du poisson aux chrétiens et des croissants aux musulmans ?
    C’est le secret du Vendredi mais pas celui de Robinson.
    Mais quoi qu’il en soit, l’entretien de cette légende ridiculement
    Pèse dans le monde des érudits bouddhistes, juifs et franc-maçons.

    J’en ai fait ce pianoquarium pour poissons muets comme une carpe
    Qui permet de communiquer avec des bulles de toutes sortes.
    Mon piscicole auditorium sous l’action de mes métacarpes
    M’a dit d’cesser d’polémiquer ; chacun voit midi à sa porte.

    Tableau de Cyril Rolando sur https://mymodernmet.com/cyril-rolando-surreal-digital-art

  • Jour intemporel

    Si je devais mourir un jour, je voudrais que ce soit la nuit ;
    Un jour éclipsé par ma vie qui cesse de donner sa lumière.
    Comme le soleil revient toujours, je continuerai sans ennui
    Ce long voyage dont le devis est signé d’une âme plénière.

    Intemporel sera ce jour et sa nuit fuira hors du temps ;
    Mon corps reviendra à la Terre et l’âme rejoindra le ciel ;
    Mon cœur quittera ses poids lourds qui ont pesé à chaque instant
    Chaque battement élémentaire et épuisé son potentiel.

    Tableau de Jan Sluyters

  • L’ange inspiratrice

    Parfois elle m’interdit l’accès à mon nécessaire à écrire
    Lorsqu’elle pense mécanique ma façon de vivre en ce monde.
    Alors elle crève l’abcès et mes outils sont à proscrire
    Tant que ma bouche reste laconique avec des pensées vagabondes.

    Alors le cœur s’en va puiser dans la mer des larmes amères
    Les idées qui ont décanté depuis que je les y ai versées.
    Et j’extrais jusqu’à m’épuiser de cette mémoire mammaire
    Une encre qui a fermenté de mes remords controversés.

    Tableau de Michael Cheval sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2011/03/michael-cheval.html

  • Nuit intemporelle

    Le même paysage immobile voyage pourtant dans le temps ;
    Les jours le transforment à leur guise et les nuits le métamorphosent
    Avec une encre indélébile puisée dans les trous noirs distants
    Et dont l’empreinte se déguise dans les reflets d’anamorphoses.

    Ainsi la Lune se reflète et la Voie Lactée réfléchit
    Dans l’eau dormante dont les rives se teintent d’un conte de fées.
    Mon coeur d’étoile me soufflette dans l’obscurité qui fléchit
    Que mon canot à la dérive lui aussi en subit l’effet.

    Tableau de Jan Sluyters

  • La belle bleue

    Toutes les roses ont des épines, apparemment pour se défendre
    Mais les cactus ont des piquants, probablement plus convaincants.
    Si les ronces et les aubépines ont des arguments à pourfendre,
    Le cactus, plus communiquant, possède un pouvoir requinquant.

    Le Mezcal et la Tequila, deux eaux-de-vie bleues et piquantes
    Relèvent l’agave au sommet des plantes les plus épineuses.
    Si la boisson obnubila l’armée d’Espagne conquérante,
    Cortès en a tant consommé qu’il l’a sacrée faramineuse.

    Photo de Hugo Tejjada

  • Regard en cocotte

    Regard en cocotte

    Son regard porte à l’horizon comme une envolée de cocottes
    Sur lesquelles son cœur a écrit tous ses chagrins entre les plis.
    Entre les murs de la prison, elle a trouvé cet antidote
    À l’envie de pousser des cris mais l’âme a-t-elle tout accompli ?

    J’en ai intercepté l’une d’elles et l’ai dépliée tendrement ;
    J’ai lu les échos de son cœur résonner fort entre les lignes.
    Je lui ai envoyé l’hirondelle pour mettre fin à ses tourments
    Car elle annonce, d’un air moqueur, le printemps et ça, c’est bon signe !

    Tableau d’Aykut Aydoğdu sur https:www.behance.netgallery45715277Set .

  • Une femme à chaque bord

    Une femme à chaque bord

    La vie de l’homme vit d’aventures de femmes avec lesquelles il se vautre ;
    Celle qui l’accouche dans son lit et celle qu’il couche dans le sien.
    Souvent les garçons peu matures passent d’une mère à une autre ;
    La boucle est bouclée sans délit et l’Œdipe reste platonicien.

    Mais cet amour incomparable se combine avec ses deux bouts
    Et l’homme ne sait plus penser autrement que par sa gynécée.
    Mais serait-il au moins capable de se tenir tout seul debout
    Sans équilibre à compenser ? Hélas… l’âme en reste émoussée.

    Tableau de Rafal Olbinski sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201612Rafal-Olbinski.html .